AVERTISSEMENT XIII
chose vraie, qui ne peut jamais se montrer sans se faÏQ reconnaître, et sans être puissante sur les cœurs...
Bernardin de Saint-Pierre, malgré le tour brillant de son imagination, ne craint pas les termes simples, particuliers, les noms propres des choses. Son expression colorée n'en est pas moins familière. Il y a chez lui du savant, pas trop savant, qui parfois emploie les paroles techniques, quand elles sont plus précises, mais plus souvent fait servir le langage usuel à exprimer avec grâce, avec vivacité, les objets que récapitule et que dissèque la science. Il y a dans son style du voyageur, du marin, du botaniste, autant que du poëte. On reconnaît l'homme qui a souffert les bourrasques de la vie... Ecrivain si harmonieux et si pur, il a baissé d'un ton la dignité du beau style. Comme Jean-Jacques Rousseau, et peut-être plus que lui, il innove par la familiarité des comparaisons. L'expressive simplicité des images, son dédain pour la richesse et le faste, sous toutes les formes, depuis le luxe des palais jusqu'à celui des livres et du style, l'ont ramené vers notre littérature du XVI*^ siècle. Il est élève de Montaigne et
XIV AVERTISSEjMENT
d'Amyot. Il étudie dans leurs ouvrages une double antiquité, celle des sentiments ^cs et romains, et du bon vieux style français. Il imite avec un art infini cette langue moins régulière, moins bien faite, moins liée que notre langue classique, mais libre, naïve, abondante en images et en expressions heureuses, que la désuétude a rajeunies. La nature lui donne le sujet de ses tableaux; la vieille littérature française lui donne en partie ses couleurs.
Dans le troisième tome de son Histoire de la Littérature (1841), M. Lefranc [qui, d'habitude, ne ménage guère les auteurs quil juge) dit de la Chaumière indienne et du Café de Surate :
Ce sont deux vrais modèles d'une causticité fine et décente, compatible avec l'imagination et avec l'idéal.
Gardons-nous d'omettre, dans cette série d' appréciations j l'opinion d'un éniinent lettré, M. D. Nisard (1844)' :