‹ La chaussée des géants: romanChapitre 12 sur 16 · Malaises. Regardez-moi · texte numérisé non relu

Malaises. Regardez-moi

; ^ i Chaussée de hautes bottes, elle disparaissait Sans un manteau de caoutchouc. Ses fins cheveux -j -étaient invisibles sous une toque de grèbe. 2 iï — Je vous attends, dit-elle, ii- --, En dix minutes, je l'avais rejointe.

-. : Nous descendîmes vers la plage, et, toute la ^-matinée, nous errâmes le long de la mer. Pas un ijsaaul moment, la pluie ne cessa de tomber avec

2, rage. Mais nous la sentions à peine, parmi le vent et les embruns.

Pendant la première partie de cette promenade forcenée, Antiope -fut gaie, étrangement gaie. Mais, même au prix des efforts les plus douloureux, je ne pus réussir à faire écho à cette gaieté. ... .Aux regards d'interrogation anxieuse qu'à plu- '^, .sieurs reprises elle me jeta, je sentis qu'elle se ' ^.-rendait compte à la fois de ces efforts et de leur inutilité. Les paroles que nous échangions, nous

Cooyk'

vcus voyez, il a fait du chemin. Ah I fichtre, il y a plus d'avancement pour les gens de maison que pour la police.

— Je suis fatigué, dis-je, je vais me coucher.

— Permettez-moi de ne pas vous accompagner, fit-il, je crois décidément que c'est une foulure que je me suis donnée. A demain, donc, mon cher collègue. Tout est bien qui finit bien. Et gardonsnous d'oublier l'un et l'autre que notre intérêt est de marcher la main dans la main.

Il mit un doigt sur ses lèvres.

— Chut I - .

Je ne dormis pas. Je ne me couchai même pas.

L'aube blême parut peu à peu dans ma chambre. Le vent soufflait en tempête. La pluie tombait à

torrents.

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— mais peut-être que ceiie promenade no vos»

paraît qu'une fatigue inutile.

Je la regardai gravement.

— Des phrases pareilles, pourquoi ? dis-je.

— Alors, allez vous habiller. Vous savez bien" que vous n'êtes pas en tenue pour arpenter le* falaises. Regardez-moi.

Chaussée de hautes bottes, elle disparaissait dans un manteau de caoutchouc. Ses fins cheveux étaient invisibles sous une toque de grèbe.

— Je vous attends, dit-elle.

-, En dix minutes, je l'avais rejointe.

Nous descendîmes vers la plage, et, toute la matinée, nous errâmes le long de la mer. Pas un seul moment, la pluie ne cessa de tomber avec rage. Mais nous la sentions à peine, parmi le vent et les embruns.

Pendant la première partie de cette promenade forcenée, Anliope -fut gaie, étrangement gaie. Mais, même au prix des efforts les plus douloureux, je ne pus réussir à faire écho à cette gaieté. Aux regards d'interrogation anxieuse qu'à plusieurs reprises elle me jeta, je sentis qu'elle se rendait compte à la fois de ces efforts et de leur inutilité. Les paroles que nous échangions, nous

Cooyk'

moi ? Comme si vous ne saviez pas aussi bien qu« moi que le comte d'Antrim est l'âme du Sinn-fein. Mais il est paralysé, ce brave seigneur. Alors, c* qu'il conçoit, c'est Ralph qui l'exécute. Voilà h secret de l'importance prise par cet ancien groom, car, cher monsieur Gérard, l'amant de la comtesse de Ken claie a débuté comme groom au château de Dunmore, il y a quelque vingt ans. Depuis, vous voyez, il a fait du chemin. Ah I fichtre, il y a plus d'avancement pour les gens de maison que pour la police.

— Je suis fatigué, dis-je, je vais me coucher.

— Permettez-moi de ne pas vous accompagner, fit-il, je crois décidément que c'est une foulure que je me suis donnée. A demain, donc, mon cher collègue. Tout est bien qui finit bien. Et gardonsnous d'oublier l'un et l'autre que notre intérêt est de marcher la main dans la main.

Il mit un doigt sur ses lèvres.

— Chut! •

Je ne dormis pas. Je ne me couchai même pas.

L'aube blême parut peu à peu dans ma chambre. Le vent soufflait en tempête. La pluie tombait à

torrents.

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j que vous n'êtes pas en tenue pour arpenter les j falaises. Regardez-moi.

Chaussée de hautes bottes, elle disparaissait l dans un manteau de caoutchouc. Ses fins cheveux j étaient invisibles sous une toque de grèbe.

— Je vous attends, dit-elle, j -, En dix minutes, je l'avais rejointe.

1 Nous descendîmes vers la plage, et, toute la matinée, nous errâmes le long de la mer. Pas un ; seul moment, la pluie ne cessa de tomber avec ; rage. Mais nous la sentions à peine, parmi le vent J et les embruns.

Pendant la première partie de cette promenade \ forcenée, Antiope -fut gaie, étrangement gaie. ! Mais, même au prix des efforts les plus doulou- , reux, je ne pus réussir à faire écho à cette gaieté. ■ Aux regards d'interrogation anxieuse qu'à plusieurs reprises elle me jeta, je sentis qu'elle se 1 rendait compte à la fois de ces efforts et de leur * inutilité. Les paroles que nous échangions, nous

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si apparent, il n'est même plus le mensonge.

Bientôt, nous ne nous donnâmes plus la peine de parler. • ■

Arrivés dev-aot une sorte de cap rocheux, qui tombait à pic dans la mer, nous l'escaladâmes. A cent pieds de liant,, la roche formait en retrait une banquette sur laquelle nous nous assîmes. De ià, pendant une heure, deux peut-être, nous assistâmes à la fcataiitfe furieuse de la mer et du vent. 'Sous le ciel noir, âes grandes lames v-erduires se pressaient en rang3 serrés à l'assaut de notre forteresse. Des flocons d'éeume poreuse et jaune venaient fondre à nos pieds. Avec des cris tragiques et rauques, des mouettes surgissaient devant nous, près, si près que nous aurions pa les toucher. Nous les voyions lutter désespérément contre la rafale pour sa maintenir îà, au même point de l'espace ; puis, elles se laissaient aller, et le vent les emportait dans ses volutes noires, pauvres choses anssi désemparées que des lambeaux arrachés à la. voilure d'jtn navire ea détresse...

— Queilo horreur î

Je' tressaillis. Je regardai Antiopc. La tête dans ses mains, elle était immobile. Je l'entendis qui, répétait, à voix basse :

— Quelle horreur !

— Ah I dis-je, qu'avez-vous î Parlez-moi.

Elle ne répondit pas, et je n'osai l'en presser encore. « A quoi bon ! » m'eût-elle dit, sans doute.

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homme, ce valet, comment avait-il pu l'acquérir ? , Je songeai à la petite amazone d'Aix-les-Bains, a cette enfant qui avait l'air d'entrer dans la vi* , une cravache à la main. Ah ! c'était la vie qui avait! eti raison d'elle. \

— Rentrons, dit Antiope d'une voix déchirante." Nous descendîmes du rocher. Elle tremblait si ;

fort qu'à plusieurs reprises je dus la retenir dans mes bras.

Au bout d'une demi-heure de marche silencieuse, ; bous étions de retour au château. Nous gravîmes ' ensemble le grand escalier. Machinalement j'ac- : eompagnai jusqu'à la porte de sa chambre la com- « tesse de Kendale.

Alors, comme j'allais la quitter, Antiope me : saisit la main. Sa voix était basse et saccadée :

— Plus tard, dit-elle, quelle que soit la chose que vous apprendrez sur moi, il faut me jurer de ; ne pas m'en vouloir.

Elle tremblait; ses yeux suppliaient. Elle sen-~ tait donc obscurément que j'avais deviné son secret indigne. Ah ! comment lui en vouloir plus longtemps? L'occasion qu'elle me fournissait de manière inespérée, n'était-ce pas au contraire h moi d'en profiter à l'instant même, pour faire ,

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<. ratait pas û im...

Elle avait brusquement arraché sa main à la [mienne.

— Taisez-vous ! murmura-t-elle.

Je la regardai avec épouvante.

,, — Supposez..., essayai-je encore de continuel. i — Taisez-vous I répéta-t-elle, sur un ton qui dm r glaça.

\ Elle chancelait, le dos appuyé à la porte, les bras ■en croix.

— Taisez-vous, taisez-vous.

Et, comme je faisais un geste pour lui prendre la main, elle ouvrit brusquement la porto et se ■réfugia dans sa chambre. La clef tourna dans la serrure. Je restai seul au milieu du corridor.

Cooyk'

tare des consultations recueillies la veiïle par le professeur Henriksen ; en l'espèce, celles du chancelier Gortschakof et du cardinal Rampolla.

En outre, le colonel Harvey nous communiqua une lettre du sénateur Barkhilpedro qui s'excusait «ne fois de plus de n'être pas encore arrivé. Il avait été contraint à divers déplacements pour se procurer des documents nécessaires aux travaux ço'il poursuivait. L'enveloppe de sa lettre portait le timbre de Monte-Carlo.

— Nous sommes le 15 avril, dit le colonel Harvey. Sera-t-il ici pour le. lundi de Pâques î Je ■'ose l'espérer. Il n'y a plus que huit jours.

— Ah I pensai-je. Huit jours encore 1

.' Le repas terminé, le F> Griitli, qui bottait décidément de façon inquiétante, me demanda de l'aider à regagner sa chambre. La crainte qu'il m'avait inspirée en tant que spécialiste des langues •eltiques s'était muée en un solide sentiment de répulsion. Je crus prudent, néanmoins, de déférer à son désir.

'Dès qu'il se fut assis, il crut spirituel de recommencer ses facéties de la veille.

— Malgré mon entorse, — mais oui, c'est bien ■ne entorse, — je viens de faire un charmant déjeuner. Comprenez-moi ; c'est la première fois que je n'ai pas craint de vous voir commencer un vers de Thomas Moore, et me prier de l'achever.;

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; Elle avait brusquement arraché sa main à la [mienne.

— Taisez-vous ! murmura-t-elle.

Je la regardai avec épouvante.

v — Supposez..., essayai-je encore de continuel. i — Taisez-vous I répéta-telle, sur un ton qui ra« '. glaça.

; Elle chancelait, le dos appuyé à la porte, les bras ■ en croix.

— Taisez-vous, taisez-vous.

Et, comme je faisais un geste pour lui prendre la main, elle ouvrit brusquement la porte et se réfugia dans sa chambre. La clef tourna dans la serrure. Je restai seul au milieu du corridor.

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nu ucjcuiibi, iiuus eumea.pour cnanger, la lecture des consultations recueillies la veille par le professeur Henriksen ; en l'espèce, celles du chancelier Gortschakof et du cardinal Rampolla.

. En outre, le colonel Harvey nous communiqua une lettre du sénateur Barkhilpedro qui s'excusait ■ne fois de plus de n'être pas encore arrivé. Il avait éU contraint à divers déplacements pour se procurer des documents nécessaires aux travaux qu'il poursuivait. L'enveloppe de sa lettre portait Je timbre de Monte-Carlo.

— Nous sommes le 15 avril, dit le colonel Harvey. Sera-t-il ici pour le. lundi de Pâques ? Je ■'ose l'espérer. Il n'y a plus que huit jours.

— Ah t pensai-je. Huit jours encore !

r Le repas terminé, le & Griitli T qui boitait décidément de façon inquiétante, me demanda de l'aider à regagner sa chambre. La crainte qu'il m'avait inspirée en tant que spécialiste des langues •eltiques s'était muée en un solide sentiment de répulsion. Je crus prudent, néanmoins, de déférer à son désir.

"Dès qu'il se fut assis, il crut spirituel de recommencer ses facéties de la veille.

— Malgré mon entorse, — mais oui, c'est bien ■ne entorse, — je viens de faire un charmant déjeuner. Comprenez-moi ; c'est la première fois que je n'ai pas craint de vous voir commencer un vers de Thomas Moore, et me prier de l'achever.

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— uujj«ciiuilb-huus, uis-je, ju oui Encore une fois, de quoi s'agit-il?

Le D r Gruili oie regarda avec intérêt.

— Vous êtes probablement marié, eber monsieur Gérard ?

— Marié î Non. Pourquoi 1

— Je le suis, moi, hélas ! fit-il en levant oomiqu ornent les yeux au cieL Mais, comme bien: tous le pensez, — et il eut un sourire de biais, — cela ne m'empêche pas d'avoir — eh ! eh 1 eh I — une petite amie.

— Je vous en félicite.

— Un ange, cher monsieur, un ange. H suffît de voir Desdeniona Parker pour l'aimer. De» cheveux d'or. Des yeux, plus bleus que la tunique d'un horse-guard. Et un esprit... Et un cœur !

— Je croyais vous avoir dit que j'étais pressé.

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mes nouvelles. Mais- aujourd'hui, je suis immobilisé...

— Eh feien ?

— J"ai compté sur tous powr feire partir & sot adresse ce télégramme. A charge de revanche."

— Merci bien. Mais le bureau de poste le plus rapproché est celui de Tr-alee...

— J« le sais. Aussi est-ce à Tralee que je tous demande d'avoir la grande amabilité de tous rendre.

Pour toute réponse, je lui désignai les vitres de la fenêtre, sut lesquelles 3a pîuie B'acharnait. Le parc disparaissait dans un brouillard d'eau.

— Oh 1 flt-il, à peine un petit -orage I Encore dix minutes, «t Tarc-en-ciel resplendira. En outre, les voitures du comte d'Antrim ne sont pas faites pour les chiens. Le brave Joseph se fera un plaisir de voua être agréable. Aller et retour, c'est l'affaire de deux petites heures.

Ce qui me mettait le plus en rage, c'était la déeinvolture avec laquelle ee sinistre bonhomme dispoiait de moi. Mais pouvais-je réellement refuser quelque chose à qui avait dans son tiroir la photographie du professeur 'Gérard t

Je prie mon air le plus maussade pour dire que j'acceptais.

— Je vous le répète, c'est à charge de revanche. Car vous avez bien, n'est-oe pas, vous aussi, une

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— Dépêchons-nous, dis-je, je suis pressé.

Encore une fois, de quoi s'agit-il r

Le D* Grûtli me regarda avec intérêt.

— Vous êtes probablement marié, eher monsieur Gérard ?

— Marié ? Non. Pourquoi ?

— Je le suis, moi, hélas t fit-il en levant oomicpiement les yeux au ciel. Mais, comme bien tous le pensez, — et il eut un sourire de biais, — cela ne m'empêche pa3 d'avoir — eh ! eh 1 eh 1 — une petite amie.

— Je vous en félicite.

— Un ange, cher monsieur, un ange. H suffit de voir Desdemona Parker pour l'aimer. Des cheveux d'or. Dc3 yeux, plus bleus que la tuniqae d'un horse-guard. Et un esprit... Et un cœur I

■ — Je croyais vous avoir dit que j'étais pressé.

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mes nouvelle». Mais aujourd'hui, je suis immobilisé...

— Eh bien ?

— J'ai compté sur tous poar faire partir & ao» adresse ce télégramme. A charge de revanche.'

— Merci bien. Mais le bureau de poste le plus rapproché est celui de Tralee...

— Je le sais. Aussi estce k Tralee que je vous demande d'avoir la grande amabilité de vous rendre.

Pour toute réponse, je lui désignai les vitres de la fenêtre, sur lesquelles 3a pluie s'acharnait. Le parc disparaissait dans an brouillard d'eau.

— Oh I fit-il, à peine un petit orage ! Encore dix minutes, et Tarc-en-ciel resplendira. En outre, les voitures du comte d'Antrim ne sont pas faites pour les chiens. Le brave Joseph se fera un plaisir de vous être agréable. Aller et retour, c'est l'affaire de deux petites heures.

Ce qui me mettait le plus en rage, c'était la désinvolture avec laquelle ee sinistre bonhomme disposait de moi. Mais pouvais-je réellement refuser quelque chose à qui avait dans son tiroir la photographie du professeur Gérard T

Je pris mon air le plus maussade pour dire que j'aeceptais.

— Je vous le répète, c'est à charge de revanche. Car vous avez bien, n'est-ce pas, voue aussi, un»

Cooyk'

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Il parlait de sa voix monocorde, ne quittant paa des yeux les oreilles droites du cheval.

Une dizaine de minutes s'écoulèrent. Toujours sans me regarder, M. Ralph demanda :

— C'est bien au bureau de poste que je dois conduire monsieur le professeur î

— Oui, dis-je machinalement.

Et soudain, je me rappelai que je n'avais parlé à personne du but de ma course ; j'eus l'intuition qu'il valait mieux jouer cartes sur table.

— Qu'est-ce qui vous a fait deviner que j'allais au bureau de poste ?

M. Ralph ne répondit pas de façon directe.

— Connaissez-vous personnellement, monsieur le professeur, Miss Desdemona Parker?

— Miss Desdemona Parker ?

— Si vous ne la connaissez pas personnellement, ce que je suis porté à croire, vous seriez sans doute bien étonné de la différence qui existe entre sa physionomie réelle et l'image que vous pouvez vous en faire. Oui, très étonné.

— Explïquez-vous.

— Bien volontiers. Miss Desdemona Parker habite Londres, Wardour Street, 47, adresse que porte le télégramme que vous avez bien voulu vous charger d'expédier. Mais là, elle n'a que sa garçonnière, oui, garçonnière, le mot convient très bien

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il'iujjo a suub, uni; ucpounc i

Il cligna de l'œil.

— Nous nous comprenons je pense ?

Il me tendit le télégramme tout rédigé ; pas une minute, il n'avait douté de mon acceptation.

Comme je sortais, il me rappela.

— Chut, fermez la porte. Ce qui me ravit 1b plus, voyez-vous, dans notre aventure, c'est l'idée

'que Lausanne n'est pas si loin que cela de Paris. Le professeur Gérard et le D r Griitli sont en relations, vous pouvez en être certain. Deux aussi illustres' celtisants ne sauraient s'ignorer. Dire que, tandis que nous sommes ici l'un et l'autre, en train de deviser si gentiment, ils sont peutêtre eux aussi réunis, à Lausanne ou à Paris, et occupés à discuter quelque passionnant problème de philologie ! N'est-ce pas drôle î Voyons, riez. Mais riez donc 1 ■:• •■

— Allez au diable, murmurai-je, en refermant violemment la porta.

Un quart d'heure plus tard, William vint me prévenir dans ma chambre que la voiture était attelée.

— - Il faut vous presser, Votre Honneur, si vous désirez être de retour avant la nuit.

La voiture, un cabriolet, attendait devant le perron. Je montai rapidement. J'eus à peine le temps de m'asseoir : le cheval avait déjà pris le trot allongé. Nous étions en un clin d'œil hors du parc.

Alors, je m'aperçus, avec un étonnement qui

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Il parlait de sa voix monocorde, ne quittant pas des yeux les oreilles droites du cheval.

Une dizaine de minutes s'écoulèrent. Toujours sans me regarder, M. Ralph demanda :

— C'est bien au bureau de poste que je "Bois conduire monsieur le professeur?

— Oui, dis-je machinalement.

Et soudain, je me rappelai que je n'avais parlé a personne du but de ma course ; j'eus l'intuition qu'il valait mieux jouer cartes sur table.

— Qu'est-ce qui vous a fait deviner que j'allais au bureau de poste ?

M. Ralph ne répondit pas de façon directe.

— Connaissez-vous personnellement, monsieur le professeur, Miss Desdemona Parker?

— Miss Desdemona Parker ? -.

— Si vous ne la connaissez pas personnellement, ce que je suis porté à croire, vous seriez sans doute bien étonné de la différence qui existe entre sa physionomie réelle et l'image que vous pouvez vous en faire. Oui, très étonné.

— Expliquez-vous.

— Bien volontiers. Miss Desdemona Parker habite Londres, Wardour Street, 47, adresse que porte le télégramme que vous avez bien voulu vous charger d'expédier. Mais là, elle n'a que sa garçonnière, oui, garçonnière, le mot convient très iùçn

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Miss Parker est John Gillchrât.

Il parlait toujours de sa voix calme, ne cessant «le suWeiUer les oreilles de son cheval.

Je tirai mon portefeuille.

— Voici le télégramme, fis-je simple-meai.

M. Ra' ph arrêta la voiture et prit la dépêche. qa« je lui tendais.

— Je vous remercie, monsieur le professeur, 'dit-il avee gravité.

i — Vous me fereï l'honneur de croiro..., eom-

mençai-je.

' Pour la première fois, il me regarda. îl y avait

clans ses yeux glacés une lueur d'ironie.

- ■ — Je vous en prie, monsieur le professeur. En

toute équité, vous n'étiez pas obligé de soupçonner

qu'il pouvait y avoir des espions parmi les hâtes

cle Leurs Seigneuriee.

J'étais dépité de me sentir dana une peaiure aussi ridicule devant cet homme redoutable. Et pourtant, chose extraordinaire, malgré le brutal souvenir d' Anticipe demi-nue entre ses bras, je n'arrivai pas à haïr complètement M. Ralph. Ma raison seule y parvenait. Mais mon cœur, je le- sentais secrètement s'intéresser pour loi. fc

En cette minute, je Eus sur le point de tout lui

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être coûté le bonheur.

La voiture était toujours arrêtée sur la gauehe de la route déserte. Le- vent tordait dans le ciel gris les rameaux des arbres hérisses ça et là de bourgeons malingre*. La pluie ruisselait sur .la toile'

. résonnante de la eapote.

\ M. Ralph, sans L'avoir lu, me rendit le télé-

■ gEanune. ■•; ■■

j* — Je ne nae permettrai pas, monsieur te professeur, d'en prendre confiaissaRce avant vous. Lisez, toutefois,, et tous verrez gue j* n'ai pas dû me tromper.

' ■• Non sans un certain ébaîrissement, je lus :

,."' Miss Besdém&na Parker, 47, Wardour Street, Londres. — Offrez pour le lundi de Pâques un cake au petit Teddy. Mais veillez à ce 'qu'il n'y ait pas de raisins de Corinthe, si vous voulez que Callirhoé conserve quelques chances de gagner le prochain Derbf. Vraiment vôtre. Signé : Stanislas Grutli. M. Ralph lut à son tour, se référant après chaque mot à usa calepin de toile noire qu'il venait de tirer

de sa poche.

'— C'est clair, murmura-Mi.

r ■ — Tant mieux, fis-j.8.

'- Il ajouta :

; —-, C'est égal. Le B 1 Grutli n'est tout de même

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petites moustaches rousses, d'ordinaire un joli browning dans la poche droite de son veston, et qu'elle bourre sa pipa de préférence avec du Mmvy , Dut. En outre, de même que le véritable nesa du D r Oriitli est WiUkie Joyce, le véritable nom. de Miss Parker est John GiJJchrist.

Il parlait toujours de sa voix calme, ne eaesant 'de stfrveiller le» oreilles de son cheval Je tirai mon portefeuille.

— Voici le télégramme, fis-je simpleaw«L

M. Ralph arrêta la voiture et prit la dépêche qus je lui tendais.

— Je vous remercie, monsieur le professeur, dit-il avec gravité.

; — Vous me ferez l'honneur de croire..., eom-

mençai-je,

' Pour la première fois, il me regarda. Il y avait

dans ses yeux glacés une lueur d'ironie.

— Je vous en prie, monsieur le professeur. En toute équité, vous n'étiez pas obligé de soupçonner qu'il pouvait y avoir des espions parmi les bûtes de Leurs Seigneuries.

J'étais dépité de me sentir dans une peaiure 'aussi ridicule devant cet homme redoutable. Et pourtant, chose extraordinaire, malgré 1© brutal souvenir d'Antiope demi-nue entre ses bras, je n'arrivai pas à haïr complètement M. Ralph. Ma raison seule y parvenait. Mais mon cœur, ]«■ le- sentais secrètement s'intéresser pour loi. - - En cette minute, je fus sur le point de tout lui

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être coûté le .bonheur.

La voiture était toujours arrêtée sur la gauehe de la route déserte. L» vent, tordait dans le ciel gris les rameaux dos arbres hérissés ça et là de bourgeons malingres. La pluie ruisselait sur la toile résonnante de la eapote.

~"j M. Ralph, sans l'avoir lu, me rendit le télé-

' gramme. ■ ■■■'

j — Je ne me permettrai pas, monsieur Le professeur, d'en prendre connauBaRce avant vous. Lisez, toateîQïSv et tous verrez gue je- n'ai pas dû me tromper.

S,Non sans un certain ébahissement, je lus :

."Miss Besdémena Parker, 47, Wardour Street, Londres. — Offrez -pour le lundi de Pâques un cake au petit Teddy. Mais veillez à ce 'qu'il n'# ait pas de raisins de Corinthe, si vous voulez que Callirhoé conserve quelques chances de gagner le prochain Derby. Vraiment vôtre. Signé : Stanislas Griîtli. M. Ralph lut à son tour, se référant après chaque mot à un calepin de toile noire qu'il venait de tirer de sa poche.

:— C'est clair, murai ura-t-il.

"-. • — Tant mieux, fis-je.

. Il ajouta, : - .

i -. — , C'est égal. Le B' Qriitli n'est tout de même

Cooyk'

de Desdemona Parker ?

M. Ralph sourit.

— Si l'on n'avait pas des relations un peu dans tous les mondes, mieux vaudrait ne pas essayer de se mêler de politique, dit-il.

Parlant ainsi, il venait de remettre le cheval au trot.

— Je ne vois plus très bien maintenant l'utilité de notre promenade à Tralee, dis-je.

— Y pensez- vous, monsieur le professeur ?

Depuis trois semaines, il part une dépêche de ce genre chaque jour, et toutes fort bien documentées, ma foi. La police de Sa Majesté n'en tient aucun' compte, c'est entendu, mais peut-être commencerait-elle & se méfier le- jour où elle n'en recevrait plus. Rien ne doit être changé. Jusqu'à ce jour, j'ai eu connaissance de ces télégrammes une heure après leur dépôt. Aujourd'hui, grâce à votre obligeance, j'aurai connu celui-ci un quart d'heure avant, voila tout.

Un quart d'heure plus tard, en effet, ma mission dûment remplie, nous étions sur le chemin du retour.

— Je viens de m'aperceroir, dit M. Ralph, que je me suis tout à l'heure conduit envers vous avec la plus complète incorrection, monsieur le professeur. Oui, j'ai oublié de vous donner la significa* tion de ce télégramme, qui, tel quel, ne pouvait évidemment vous dire gr,and*chose. Que je répare

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— Un honnête homme, et, j'ajouterai, un brave. Mais un timoré. Il est de ceux qui croient que ai le mouvement doit échouer, mieux vaut ne pas l'entreprendre. Il est de ceux qui ignorent qu« certains échecs enfantent des victoires. Bref, il est hostile au mouvement. Et comme son influence contre-balance ici celle du comte d'Antrim, qui n'est pas de la région, il n'y aura pas, le lundi de Pâques, de sérieuse prise d'armes dans le Kerry. C'est regrettable, mais c'est ainsi. Le D' Grûtli est bien informé.

Il me regarda d'un air railleur.

' — Ne prenez pas cet air désappointé. Nous nous; attraperons à Dublin, monsieur le professeur., .r-r A Dublin 7

— Oui, le premier coup 9e feu y sera tiré I* lundi, 24, à une heure, heure exacte de l'anniversaire de la comtesse Antiope, ainsi que le veut une prophétie dont vous avez certainement entendu parler. Ce premier coup de feu, c'est elle qui aura l'honneur de le tirer. Et il n'y aura pas de contre- • ordre, je vous le certifie.

— La comtesse de Kendale a sans doute oublié qu'elle a accepté de paraître a la soirée que donne la veille Lady Flora, dis-je nerveusement. Il lui est difficile de manquer à sa promesse sans éveillée les soupçons, et...

ae uesaemona farserT M. Ralph sourit.

— Si l'on n'avait pas des relations un peu dans tous les mondes, mieux vaudrait ne pas essayer de se mêler de politique, dit-il.

Parlant ainsi, il venait de remettre le cheval au trot.

— Je ne vois plus très bien maintenant l'utilité de notre promenade à Tralee, dis-je.

— Y pensez-vous, monsieur le professeur ?

Depuis trois semaines, il part une dépêche de ce genre chaque jour, et toutes fort bien documentées, ma foi. La police de Sa Majesté n'en tient aucun compte, c'est entendu, mais peut-être commencerait-elle à se méfier le- jour où elle n'en recevrait plus. Rien ne doit être changé. Jusqu'à ce jour, j'ai eu connaissance de ces télégrammes une heure après leur dépôt. Aujourd'hui, grâce à votre obligeance, j'aurai connu celui-ci un quart d'heure avant, voilà tout.

Un quart d'heure plus tard, en effet, ma mission' dûment remplie, nous étions sur le chemin du retour.

— Je viens de m'apercevoir, dit M. Ralph, que je me suis tout à l'heure conduit envers vous avec la plus complète incorrection, monsieur le professeur. Oui, j'ai oublié de vous donner la signification de ce télégramme, qui, tel quel, ne pouvait évidemment vous dire grand'chose. Que je répare

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Mais un timoré. Il est de ceux qui croient que ai le mouvement doit échouer, mieux vaut ne pas l'entreprendre. Il est de ceux qui ignorent qu* certains échecs enfantent des victoires. Bref, il est hostile au mouvement. Et comme son influence contre-balance ici celle du comte d'Antrim, qui n'est pas de la région, il n'y aura pas, le lundi de Pâques, de sérieuse prise d'armes dans le Kerry. C'est regrettable, mais c'est ainsi. Le D' Grûtli est bien informé.

Il me regarda d'un air railleur.

- — Ne prenez pas cet air désappointé. Nous nou§ rattraperons à Dublin, monsieur le professeur.. f

.^ A Dublin?

— Oui, le premier coup 3e feu y sera tiré I* lundi, 24, à une heure, heure exacte de l'anniver* saire de la comtesse Antiope, ainsi que le veut une prophétie dont vous avez certainement entendu parler. Ce premier coup de feu, c'est elle qui aura l'honneur de le tirer. Et il n'y aura pas de contre- ordre, je vous le certifie.

— La comtesse de Kendale a sans doute oublié qu'elle a accepté de paraître à la soirée que donne la veille Lady Flora, dis-je nerveusement. Il lui est difficile de manquer à sa promesse sans éveillet les soupçons, et...

Cooyk'

courage.

.,— Qui?

'. — Wilkie Joyce, monsieur le professeur;

— Pourquoi dites- vous' cela -T.- ■ — Vous voulez le savoir ?

ï\ avait brusquement arrêté la voiture: II' allait parler. Mais il- secoua la tête, sourit.

— Je vous le dirais beaucoup' moins bien qu8 quelqu'un que je sais. Ecoutez, monsieur' le prb* fesseur,. ce soir, demain, quand vous voudrez,

' arrangez-vous pour être seul avec William, votre valet de chambre, et demandez-lui qui : est Wilkie Joyce. N'en demandez' pas plus long, vous nous gêneriez: Cela suffira d'ailleurs et la réponse dô Wïlliamvous fera comprendre pourquoi il' faut au B" GrùtH un certain courage-poux être ici.

Cooyk'

le amer, aans ici saiie ae mitaru. je poussais au hasard les boules sur le tapis vert, sans idée qu'elles pussent se recontrer.

, — Wilkie Joyce, Voir» Honneur ?

Je ne voyais pas William. Je ne pouvais le voir, toute la salle, hors la table violemment éclairée par lai lampe à réflecteur, se trouvant dans l'ombre. Mais j'entendis sa voix. Elle était pleine d'angoisse. ; ;*— Oui, Wilkie Joyce.

— Wilkie Joyce est mort, Votre Honneur. '

— Gomment ? Il est mort I

J«) me mordis las lèvres. Je venais d'oublier que ï'atais l'ordre de ne pas poser d'autre question. \faue la' bon William ne voyait pas si loin...

— Il est mort, voilà vingt-cinq ans qu'il est merfc. Ah ! plût au ciel qu'il vécut encore !

■ — Pourquoi, William?

' — Pourquoi, Votre Honneur ? Pour pouvoir le vuer" moi-même. Votre Honneur ne sait donc pas » qu'il» fait?

— • Nort, William.

J'entendis dans l'ombre un soupir qui était peut jtre un sanglot.

— Qu'-a-t-il fait, William?

J'étais allé à lui. Je l'avais p<is par le bras- et «waduit vers un diva» de cuir, dans la partie

; ,GoogIc

'Arbukle, dit M. Ralph, d'un ion stw. Ella ira. Elite dansera, si besoin est, avec le colonel HarffleltJ, commandant d'armes de Tralee, et le letrdenwtirï-, à une heure de l'après-midi-, elle tirera- le- premier coup de feu, sur un camarade de ce même colonel Hartfïeld. Ces choses, monsieur le professeur, vous; les verrez d'aussi près que vous voudrez - . Lies dispositions nécessaires sont prises pour vous donner toutes satisfactions à cet égard 1 , à' vous et à vos collègues:

Il ! ajouta, avec un rire silencieux :

;■ — Y compris- le D r Grûtli.

Le cabriolet venait de- pénétrer' dans Ie'p&rcdu Château, j'enttendisM. Ralph murmurer':

— C'est égal, on ne peut le nier; il n'est pas sattS courage.

..:— Qui?

— Wilkie Joyce, monsieur le professeur; . — Pourquoi dites-vous' cela V.

— Vous voulez le savoir î

Il avait brusquement arrêté la voiture: It allait parler. Mais il secoua la tête, sourit.

— Je voua le dirais beaucoup moins bien que quelqu'un que je sais. Ecoutez, monsieur" le pro» fesseur,. ce soir, demain, quand vous voudrez, arrangez-vous pour être' seul avec William, voire valet de chambre, et demandez-lui qui' est Wilkie Joyce. N'en demandés pas plus long, vous nous gêneriez'. Cela suffira d'ailleurs et la réponse de William- vous fera comprendre pourquoi il faut au D' Griitli un certain courage pour être ici.

Cookie

' ; — - William, dis-je. Qui est Wilkie Joyce f <*

r Nous étions tous les deux seuls, une heure avant -, le dîner, dans la salle 'de billard. Je poussais au hasard les boules sur le tapis vert, sans idea qu'elles pussent se recontrer.

, — Wilkie Joyce, Votre Honneur?

Je ne voyais pas William. Je ne pouvais le voir, toute la salle, hors la table violemment éclairée par lai lampe à réflecteur, se trouvant dans l'ombre. M»iso'enbendis sa voix. Elle était pleine d'angoisse. '.;"•** Oui, Wilkie Joyce.

-*— Wilkie Joyce est mort. Votre Honneur.

- — Gomment ? Il est mort I

Je; me mordis les lèvres. Je venais d'oublier crue j'avais l'ordre de ne pas poser d'autre question. 4ai6 le' bon William ne voyait pas si loin...

— Il est mort, voilà- vingt-cinq ans qu'il est mwfc. Ah ! plût au ciel qu'il vécût encore !

— Pourquoi, William?

■' — Pourquoi, Votre Honneur? Pour pouvoir le Méï moi-même. Votre Honneur n» sait donc pas -j& qu'il a- fait?

— Nort, William.

J'entendiB dans l'ombre un soupir qui était peut jtre un" sanglot.

— Qu'-a-t-il fait, William ?

J'étais allé à lui. Je l'avais «ris par le bras- et eenduit vers ua divan de cuir, dans la partie

Cooyk'

normal.

— J'étai3 alors tout petit enfant. Votre Honneur...

— Parlez plus bas, William !

— Oui, Votre Honneur, j'étais tout petit enfant. Mon père tenait, k Wick tow, une auberge. Il n'appartenait pas aux associations révolutionnaires, mais il était Irlandais, Votre Honneur, et bon irlandais, de sorte que, le soir, il recevait, dans son arrière-boutique, cinq de ses compatriotes, et il ne leur ferma pas sa porte lorsqu'il eut appris que ces jeunes gens avaient résolu de faire sauter à la dynamite la tour de Londres et le palais de West- «inster. C'était en 1885. Vous avez sûrement entendu parler depuis de ce complot. Il échoua, dans les conditions que vous savez. On ne put arrêter d'abord qu'un seul des conjurés, Etienne O'Grady. Alors, comme il fallait satisfaire l'opinion anglaise, on arrêta aussi Patrick Evans, mon père. Il était complice, c'est entendu, puisque, connaissant le projet, il n'en avait pas parlé à la police. Après un procès qui dura près d'un an, ils furent tous deux condamnés à mort. On leur fit attendre encore un an leur exécution. Et pendant «e temps, la polie* continuait à chercher, et à ne ri»n trouver.

■ — Plus bas, William, je vous en prie.

^ — Je m'excnse auprès de Votre Honneur de

; ,GoogIc

tion s'était tellement fait attendre, c'est qu'os «Tait tout essayé pour obtenir d'eux les noms des autres conjurés. Ils répondirent qu'ils n'avaient pas de déclaration à faire. — « Voua tenez probablement à vous confesser? » Ils dirent que oui, et, l'aumônier de la prison étant Anglais, ils manifestèrent le désir d'avoir un prêtre irlandais. On leur répondit qu'ils auraient satisfaction. : — Continuez, William.

— A la nuit tombante, ce prêtre arriva. Il parlait à merveille le gaélique. Ni mon père, ni Etienna O'Grady ne pouvaient soupçonner, se douter, enfin... Une chose pareille I

', — Les malheureux I fis-je.

' — Ce prêtre, Votre Honneur, les entendit, l'un après l'autre, longuement. A l'un et à l'autre, il donna l'absolution. Or, ce prêtre, Votre Honneur, c'était...

■(, — C'était Wilkie Joyce I ';'* — Ouï, Votre Honneur, Wilkie Joyce. Et mon père et Etienne O'Grady lui avaient dit les noms ëe leurs camarades t , William se tut un instant.

— La suite de l'histoire est encore plus horribla que le commencement. Le lendemain, Patrick ■vans et Etienne O'Grady furent pondus. Mais avant de mourir, on leur apprit la vérité : qu'ils

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normal.

— J'étais alors tout petit enfant. Votre Honneur...

— Parlez plus bas, William I

— Oui, Votre Honneur, j'étais tout petit enfant. Mon père tenait, i Wicl. tow, une auberge. II n'appartenait pas aux associations révolutionnaires, mais il était Irlandais, Votre Honneur, et bon Irlandais, de sorte que, le soir, il recevait, dans son arrière-boutique, cinq de ses compatriotes, et il ne leur ferma pas sa porte lorsqu'il eut appris que ces jeunes gens avaient résolu de faire sauter à la dynamite la tour de Londres et le palais de Westminster. C'était en i8S5. Vous avez sûrement entendu parler depuis de ce complot. Il échoua, dans les conditions que vous savez. On ne put arrêter d'abord qn'un seul des conjurés, Etienne O'Grady. Alors, comme il fallait satisfaire l'opinion anglaise, on arrêta aussi Patrick Evans, mon père. Il était complice, c'est entendu, puisque, connaissant le projet, il n'en avait pas parlé à la police. Après un procès qui dura près d'un an, ils furent tous deux condamnés à mort. On leur fit attendre encore us an leur exécution. Et pendant •e temps, la police continuait à chercher, et à ne ri«n trouver.

; — Plus bas, William,- je vous en prie.

— Je m'excuse auprès de Votre Honneur de

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déclaration... » Il faut vous dire que si leur exécution s'était tellement fait attendre, c'est qu'os avait tout essayé pour obtenir d'eux les noms des autres conjurés. Ils répondirent qu'ils n'avaient pas de déclaration à faire. — ■ Vous tenez probablement à vous confesser î » Ils dirent que oui, et, l'aumônier de la prison étant Anglais, ils manifestèrent le désir d'avoir un prêtre irlandais. On leur répondit qu'ils auraient satisfaction.

— Continuez, William.

— A la nuit tombante, ce prêtre arriva. II parlait à merveille le gaélique. Ni mon père, ni Etienne O'Grady ne pouvaient soupçonner, se douter, enfin... Une chose pareille !

. — Les malheureux I fis-je.

-'■ — Ce prêtre, Votre Honneur, les entendit, l'un

après l'autre, longuement. A l'un et à l'autre, il

'donna l'absolution. Or, ce prêtre, Votre Honneur,

«'était...

S — C'était Wilkie Joyce!

* — Oui, Votre Honneur, Wilkie Joyce. Et mon père et Etienne O'Grady lui avaient dit les noms 4e leurs camarades !

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— La suite de l'histoire est encore plus horrible tjaa le commencement. Le lendemain, Patrick ■vans et Etienne O'Grady furent pendus. Mais avant de mourir, on leur apprit la vérité : qu'ils

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— Parlez plus bas, William !

— Oui, Votre Honneur, j'étais tout petit enfant. Mon père tenait, a Wick bw, une auberge. Il n'appartenait pas aux associations révolutionnaires, mais il était Irlandais, Votre Honneur, et bon Irlan- ' dais, de sorte que, le soir, il recevait, dans son arrière-boutique, cinq de ses compatriotes, et il ne leur ferma pas sa porte lorsqu'il eut appris que ces jeunes gens avaient résolu de faire sauter à la dynamite la tour da Londres et le palais de Westminster. C'était en 1885. Vous avez sûrement entendu parler depuis de ce complot. Il échoua, ' dans les conditions que vous savez. On ne put arrêter d'abord qu'un seul des conjurés, Etienne O'Grady. Alors, comme il fallait satisfaire l'opinion anglaise, on arrêta aussi Patrick Evans, mon père. Il était complice, c'est entendu, puisque, connaissant le projet, il n'en avait pas parlé à la police. Après un procès qui dura près d'un an, ils furent tous deux condamnés à mort. On leur fit attendre encore ua an leur exécution. Et pendant •e temps, la polk» continuait à chercher, et à ne ri«n trouver.

— Plus bas, William, je vous en prie.

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uon smait (tiimuieui iais auenare, cess quoi avait tout essayé pour obtenir d'eux les noms des autres conjurés. Ils répondirent qu'ils n'avaient pas de déclaration à faire. — « Vous tenez probablement à vous confesser? » Ils dirent qu« oui, et, l'aumônier de la prison étant Anglais, ils manifestèrent le désir d'avoir un prêtre irlandais. On leur répondit qu'ils auraient satisfaction. ': — Continuez, William.

— A la nuit tombante, ce prêtre arriva. II parlait à merveille le gaélique. Ni mon père, ni Etienna O'Grady ne pouvaient soupçonner, se douter, enfin... Une chose pareille !

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* — Oui, Votre Honneur, Wilkie Joyce. Et mon père et Etienne O'Grady lui avaient dit les noms 4e leurs camarades 1

, William se tut un instant.

— La suite de l'histoire est encore plus horribla que le commencement. Le lendemain, Patrick ■vans et Etienne O'Grady furent pendus. Mais avant de mourir, on leur apprit la vérité : qu'ils

; d'où -troua, la vitre tio ia fenëtije et vint i son euorier. Un mois .plus tard, c'était un bloc .de pierre qui tombait d'an échafaudage «L mantjuait de l' écraser, £e a'avais que eix .ans, oe notait pas mot, c'étaient les camarades. 11 prit .peur. <Qp Je muta de Dublin à Londres. Deux .autres attentats eurent lieu contre lui. Nous aurions bien fini ipar l'avoir si Die» u'en avait décidé autrement. Un jeur .de juillet 189£, il conduisait une -voiture légère, du côté de Greeewieh. Jbe- cheval s'-eiafcailLa, r-éQttipage roula dans la Tamise. Las journaux de cette époque ont raaonté, Votre Honneur, de la façon dont je visas de te 'aire, eommeni mou-ru I WUfcie Joyce.

Nous gardâmes te silence. Ea ce :EQanuant., ia cJoohe annonçant te -êimr sonna,.

, Au même instant, te timbra électrique -du tableau de service retentissait dans le vestibule . William Evans se redressa.

— Je demande pardo» à Votre Honneur. .Qn.

m'appelle.

Et il me laissa seul. >

La gflhouette Massive de M. Ralph surgit devant mai.

..' — Eh bien, naeoSieur te professeur?:

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Cooyk'

„,- « — ... Sans le vin, je crois, en vérité, eontintea ie caporal, que nous aurions laissé nos os dans la tr&nckée.

— Caporal, dit mon oncle Tobie avec des yeux étincelants, pour un soldai, il n'est pas un plus beau tombeau.

— J'en aimerais autant un autre, répliqua le caporal... »

Je posai Tristram Shandy sur la petite tabla proche de mon lit, et, ayant remonté les couvertures jusqu'à leur faire toucher mon nez, je laissai vaguer un peu mon esprit. Que) curieux livre I Rabelais et Molière avaient passé par là, le nom d'un des héros était pris à Shakespeare... Je le savais, et je ne pouvais m'empêcher malgré tout de trouver ce Tristram Shandy un livre sympa- ; thique, original même. Et, comme je cherchais \ les raisons d'une aussi grave inconséquence, j'en vins à me rappeler le cadeau que m'avait fait, vingt ans plus tôt, à Marseille, une jeune dame blonde, aux cheveux coupés court : un jeu de 'aubes géographiques. Avec les mêmes cubes, les

Cooyk'

piiue n'avaient pas cesse, us gemmaient reaouoier de violence. On eût dit que quelqu'un, au dehors, secouait mes contrevents. Des gémissements bizarres s'entendaient dans le château. Au milieu de oe vacarme, l'ampoule électrique qui éclairait ma chambre étonnait par sa rigidité.

Lorsque tout, dans une chambre, est immobile", la moindre chose qui vient à bouger attire immédiatement l'attention. Ce fut ce qui arriva pour le verrou qui fermait la porte donnant sur le eor- ■ridor.

Avec le malaise que l'on peut imaginer, je vie oe verrou se déplacer horizontalement. Il était manœuvré du dehors par une clé dan3 une serrure que je n'avais pas remarquée jusqu'alors. ' Puis, ce fut la poignée de cuivre qui tourna sur elle-même. De haut en bas, en son milieu, uiw raie noire fendit la porte, qui s'ouvrit silencieusement.

M Ralph entra.

Jp m'étais dressé sur mon lit. Il vint à moi. "

— Qu'y a-t-il ? fis-je, sans m'insurger davantage contre sa façon un peu leste do s'in^oduire.

H mit un doigt sur ses lèvres.

— Habillez- vous.

— Mais qu'y a-t I; ",

— Chut I

Cooyk'

chambres î Vos sacs de voyage vous y attendent. Allons, Michel, conduis ces messieurs à leurs chambres. Denis, reste avec moi, pour me donner un coup de main.

Denis était un grand garçon blond, en train de se chauffer devant la cheminée. Il nous jetait des regards curieux et mécontents. Notre venue avait l'air de le troubler dans ses habitudes. .

M"" Hugues le présenta. ■-

— Denis, Denis Hughes, neveu de mon mari, messieurs, soldat aux Irish Guards, et que nous avons actuellement la satisfaction de posséder pour la durée de sa permission. Il arrive de là-bas. Son (régiment est devant Ypres, n'est-ce pas, Denis î

— Oui, fit Denis en maugréant.

— Allons, Denis, sois donc aimable. Il ne faut pas lui en vouloir, messieurs. Vous comprenez : un jeune homme qui sort de la bataille pour en retrouver une autre, alors qu'il comptait pouvoir se donner un peu de bon temps 1 ■

'-. Denis eut un rire bougon. ■■

— Une bataille, ça, ma pauvre tante I ' '

— Eh ! mon enfant, ça tape, Dieu merci, assez, pour mon bonheur et celui de -ton oncle, fit M"* Hughes, l'oreille tendue vers la fusillade.

— Ce n'est pas en tout cas cette bataille-là, 'dit Denis avec une moue méprisante, qui m'empêchera de sortir tout à l'heure. > ,, ; ■- l *

— Tu ne feras pas cela, Denis I '"

— Vous le verrez bien, nia tante. *"-

— Mais songe donc, mon pauvre enfant, que, quoi qua tu fasses, une fois dehors, tu auras des ennuis. Si tu sors en civil, les soldats anglais te

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ignorera votre présente. Les paroles qui vont être prononcées, vous Mr«i m\4 & les entendre. Si te comte «"Antrim savait que v«us êtes là, il ne parierait $8& U aurait trop peur de paraître jouer; devant vous la comédie. Etes-vous prêt?

— Je le suis. «.

Il me prit la main et la sacra. En même temps, il entr'ouvraît la porte.

Il régnait dans la chambre une demi-obscurité. On voyait, à droite, I'aleôv», la lit, immense, avec ses colonnes et ton baldaçttis. Sur une commode, une verHeuse.

Je suivais tevjtws M. Ralph. 'Il m'indiqua, -entre Ue mur ôe l'akôwa -si le pied du lit, l'endroit ■où -se trouvait la "tofeewpet ; je m'y glissai silencieusement, je iM^aesis.

tin peu de lumière vint s'ajouter fc celle que distillait 'la -veilleuse. M. Ralph venait d'allumer une lampe éleetrique. Mate cette lampe, emprisonnée ette-mâine 'dans un abat-jour Jonoé, n'éclairait que fort modéréinest.

J'apereas néanmoins H -comte d' Antrim.

Le buste presque droit, adossé a de larges oreillers, il paraissait dormir. Il dormait. Je voyais ses longues mains, parallèles, sur les draps, ses cheveux blancs, les testions jauaes .de son eau»]

Cooyk'

prouver. . -

Denis avait baissé vers son assiette son front rougissant et buté. On sentait bien que son parti était pris.

Deux petits coups, frappés discrètement au plafond, nous firent lever la tête.

— Mon Dieu, fit M™ Hughes, c'est ce pauvre M. Davis que j'avais oublié. Montre que tu ne me gardes pas rancune, Denis. Va porter son thé à M. Davis, je ne peux pas abandonner comme cela ces messieurs.

Denis s'exécuta avec assez de bonne grâce.

— M. Davis, expliqua M" Hughes, est un locataire de la maison. C'est un vieux brave homme qui a eu le grand malheur de perdre la vue. J'ai accepté de prendre soin de lui. Il n'est pas bien exigeant, le pauvre vieux. Il habite la chambre juste au-dessus de nous. Quand il a besoin de quelque chose, il heu- ' le parquet avec- sa canne... Bon, voilà maintenu que c'est à la porte de la rue qu'on frappe 1 Va. voir, Michel.

— Crois-tu que... commença M. Hughes sans enthousiasme.

— Va donc voir, te dis-je. On ne peut laisser comme cela quelqu'un dans la rue. D'autant qu'il me semble bien reconnaître la voix de M™ Waîsh.

Cooyk'

visite d'un officier du Sinn-fein. Il nous a donné le conseil, ou l'ordre, — c'est tout un, — de partir de chez nous. La bataille s'étend du côté de Church Street. Et comme je lui demandais de nous indiquer une rue tranquille, il a dit : « Pour le moment, North King Street. » Tout de suite, j'ai pensé à! vous. J'ai voulu vous envoyer mon mari. Mais il était comme frappé de stupeur. M. Walsh ne pouvait bouger. C'est étonnant, l'effet que produit le bruit des fusils sur certains hommes. Alors, j'ai jeté un manteau sur mes épaules, et je suis venue. Ma bonne Noémie, vous ne nous laisserez pas dans une pareille situation, n'est-ce pas 7 M. Hughes fit entendre une petite toux.

— Evidemment, dit Mme Hughes, évidemment. 1 Je vais vous dire, ma chère Marthe. Nous avons déjà ces messieurs, qui sont quatre, plus le vieux Davis, plus Denis. Je sais bien que Denis est un jeune homme et que...

La toux de M. Hughes s'accentua.

— Nous coucherons dans la remise, fit M™ Walsh d'une voix éplorée.

— Dans la remise, certainement non, vous né pouvez coucher dans la remise. Enfin, commencez par arriver. On s'arrangera ensuite. Tâchez, par exemple, d'apporter quelques draps, et des traversins.

M. Hughes toussait avec désespoir. Le professeur, Henriksen eut son petit rire, "

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bout de la ville. Tu entends, mon enfant. Tu sais bien que ce n'est pas pour te contrarier. Si Annie O'Doherty était ici, elle serait la première à m'approuver. ■■■.'.•■ ' Denis avait baissé vers son assiette son front rougissant et buté. On sentait bien que son parti était pris.

Deux petits coups, frappés discrètement au plafond, nous firent lever la tête.

— Mon Dieu, fit M"* Hughes, c'est ce pauvre M. Davis que j'avais oublié. Montre que tu ne me gardes pas rancune, Denis. Va porter son tbé à M. Davis, je ne peux pas abandonner comme cela ces messieurs.

Denis s'exécuta avec assez de bonne grâce.

— M. Davis, expliqua M*" Hughes, est un locataire de la maison. C'est un vieux brave homme qui a eu le grand malheur de perdre la vue. J'ai accepté de prendre soin de lui. H n"est pas bien exigeant, le pauvre vieux. Il habite la chambre juste au-dessus de nous. Quand il a besoin de quelque chose, il heu.- 1 le parquet avec- sa canne... Bon, voilà maintena que c'est à la porte de la rue qu'on frappe ! Va voir, Michel.

— Crois-tu que... commença M. Hughes sans enthousiasme.

— Va donc voir, te dis-je. On ne peut laisser comme cela quelqu'un dans la rue. D'autant qu'ii me semble bien reconnaître la voix de M" Wttîsh.

Cooyk'

— Nous venons, dit M™ Walsh, de recevoir Ifi visite d'un officier du Sinn-fein. Il nous a donné le conseil, ou l'ordre, — c'est tout un, — de partir de chez nous. La bataille s'étend du côté de Church Street. Et comme je lui demandais de nous indi* quer une rue tranquille, il a dit : « Pour le moment, North King Street. » Tout de suite, j'ai pensé à) vous. J'ai voulu vous envoyer mon mari. Mais il était comme frappé de stupeur. M. Walsh ne pouvait bouger. C'est étonnant, l'effet que produit le bruit des fusils sur certains hommes. Alors, j'ai jeté un manteau sur mes épaules, et je suis venue. Ma bonne Noémie, vous ne nous laisserez pas dans une pareille situation, n'est-ce pas ?

M. Hughes fit entendre une petite toux.

— Evidemment, dit Mme Hughes, évidemment. 1 Je vais vous dire, ma chère Marthe. Nous avons déjà ces messieurs, qui sont quatre, plus le vieux Davis, plus Denis. Je sais bien que Denis est un jeune homme et que...

La toux de M. Hughes s'accentua.

— Nous coucherons dans la remise, fit M™ Walsh d'une voix éplorée.

— Dans la remise, certainement non, vous ne pouvez coucher dans la remise. Enfin, commencez par arriver. On s'arrangera ensuite. Tâchez, par exemple, d'apporter quelques draps, et des traversins.

M. Hughes toussait avec désespoir. Le professeur, Henriksen eut son petit rire, "

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Cooyk'

— Je leur ai donné le change, dit le visiteur. Je leur ai dit que je rentrais en Irlande, pour y pr**-< clamer la révolution.

— Et ils t'ont cru ?

— Ils m'ont si bien cru, Mylord, qu'ils m'o»# immédiatement donné ce dont je n'avais que faire,* ce que je ne leur demandais pas.

— Quoi?

— Un transport a été armé, camouflé en navïrtt neutre, chargé de fusils et de munitions.

La terrible main valide du comte d'Antrinf surgit de sous la fourrure. Je la vis, raide té blanche, au bout d'un bras décharné.

— Ce transport, Roger, où est-il ?

— Il arrive, Mylord. Il a voyagé 3« co«sérnS avec le sous-marin qui me portait. -,

— Mon Dieu t murmura le comte.

Il y eut un silence tragique'.

— Mylord, qu'avez-vous ? murmura Sir Roger*

— Ce que j'ai, dit le comte d'Antrim, et qu»

j'ai?...

Un frisson secoua ses épaules. ' — Ainsi, Roger, tu as cru abuser rAllemagn*? ' Malheureux, malheureux 1 C'est elle qui tau** joué comme un enfant.

— Que voulez-vous dire, Mylord 7

— Qu'as-tu fait, Roger ? Qu'as-tu fait ?

— Vous avez reconnu vous-même que je ne poù* vais quitter l'Allemagne en déclarant que je partaSï

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côtes irlandaises que les côtes ennemies ? Tu viens, Roger, d'apporter à nos adversaires un argument qu'ils t'auraient payé bien cher. Notre révolte contre l'Angleterre as devait pas nous aliéner nécessairement les sympathies de ses flllnte, Alliés «te l'Allemagne; noua détenons pour eux des traîtres. Voila ce que tu aa fait, Roger.

' Celui-ci poussa un cri de douleur. ■ . . .

' — Mylord, Mylord, j'accepte vos reproches.

Mais, maintenant, du moins, avouez que c'est mai qui ai raison, que oe mouvement est folie pure, qu'il ne doit pas avoir lieu.

.' — Il aura lieu.

- — Il aura lieu, s'exclaraa Sir Roger. Pour parler" ainsi, Mylord, il faut donc que vous croyiez à son succès. Jurez-moi que vous croyez à ce succès. Si

! vous faites ce serment, Mylord, je croirai à mon tour que vous êtes fou, mais mon admiration pour vous, mon estime, n'auront pas subi la plus petite

! atteinte. Sinon...

— Sinon, Roger î

— Jurez, Mylord, je vous en supplie. Ah I vous . vêyai bien, vous ne jurez pas. Vous ne croyez pas .au luooès. Comment pouvez-vous alors accepter

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seulement témoin de leur mutile sacrifice?

— Je crois, Roger, que tu me parles en juge, dit le oomte d'Antrim.

Sir Roger ne pouvait répondre. Les bras en croix, la tête dans l«a fourrures du lit, il sanglotait.

— N'importa, continua lu comte avec une magniftq»e majesté triste, ce que tu Tiens de dire, tu a& eu raisGn de le dire. Tu m'as ainsi contraint à t'avwier mon effroyable douleur, l'effroyable douleur de l'homme que son âge, son impotence empêctast de participer a la lutte qu'il va déclancher, pares qu'il la juge sainte, utile, nécessaire. La snaur de sang que je verserai alors, Roger, je te, sonhaite de ne jamais la connaître. L'ordre que je donnerai de prendre les armes, je le donnerai avec autant de vigueur et de netteté que si j'étais encore d'Age à les porter, mais je le donnerai avec une angoisse dont tu ne ta fais pas idée, pour parler comme tu viens de le faire... Mais je t'excuse, va. J'attribue à un énervement bien compréhensible l'obligation où tu viens de me mettre d'entrer dans de telles justifications... Et puis, je fais que hors du sol de la patrie, on a tôt fait de méconnaître les réalités nationales. As-tu donc oublié Roger, le testa dans lequel tu as appris à lire? As-tu donc oublié la prophétie du Donegal ?

Sîr Roger releva la tête.

— La prophétie du Donegal, Mylord, dit-il avec un accent de stupeur. Savez-vous que voua me

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chez le même homme, le sens aigu des êtres et des choses les plus modernes peut-il s'allier au fétichisme enfantin des vieilles fables î La prophétie du Donegal ! 'Cette pauvre légende contemporaine des archers de Crécy, qu'en attendez-vous, à l'époque des mitrailleuses et de l'artillerie lourde T Demain, grâce à elle, Dublin va être en flammes. Nous serons vaincus, Mylord, vaincus I

— J'en ai ainsi que toi, Roger, la certitude, ei la douleur dont je te parlais tout à l'heure n'en est que plus atroce. Mais quelque chose, malgré tout, vois-tu, sortira victorieux de la lutte et ce quelque chose, c'est l'âme de l'Irlande. Ella allait sombrer, Roger, elle allait disparaître. Nos libéraux l'avaient traînée dans Îe3 assemblées anglaises. O'Connell, Parnell, Redmond lui avaient fait perdre dans les stériles parlotes parlementaires le culte de l'acte dur, régénérateur, libérateur. Le temps des compromissions est passé. Il faut, de temps en temps, qu'un peuple renouvelle le bail conclu avec son idéal centenaire... Quand, tout à l'heure, je te parlais de la prophétie du Donegal, ce n'était pas vainement. Pour toi, pour moi, la prophétie du Donegal n'est peut-être qu'un symbole. Pour les simples qui depuis huit siècles sont morts, qui demain encore vont mourir en la récitant, elle est une réalité, plus vivante que toi, que moi, appelés dans quelques heures à n'être que : poussière. Ces simples-là, Roger, est-ce à noua, ' est-ce à toi de les mésestimer î Ces simples-là, ce ' sont eux qui ont vu clair dans les geôles d'Allemagne. Alors que toi, Roger, on te jouait, on te

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l'après-midi, tandis que je serai ici, la main sur ce vieux cœur prêt à éclater -d'enthousiasme et de douleur sauvage, les fusils de nos volontaires salueront dans Dublin la date fixée pour l'accomplissement de la prophétie sacrée.

Sir Roger releva la tête.

— Je serai avec eux, Mylord, dit-il.

Le comte d'Antrim le considéra avec tristesse".

— Hélas 1 Roger. Voilà où tu te fais illusion. Ta ne seras pas, tu ne pourras pas être avec eux.

— Je ne serai pas avec eux 1

— Je sais que ce que j'exige de toi est terrible, dit le comte : la mort, la mort sous le voile noir, au bout de la corde infâme, au lieu de la mort, les yeux au ciel, des beaux lutteurs. Le sacrifice que je t'impose, tu le supporteras pourtant, je le sais, pour le salut de cette patrie, que tu aimes toi aussi plus que tout.

, — Mylord I que dites-vous ? C'est énouvantab'e. ■ — Epouvantable, Roger, mais nécessaire. Ecoute et comprends. Ta présence parmi nos soldats serait pour nos ennemis l'aveu d'un pacte nous unissant à l'Allemagne. Ne crois pas, je te prie, voir dans mes paroles une haine enfantine de l'Allemagne. Mes sympathies personnelles doivent se taire quand l'intérêt de mon pays est en jeu. Si je jugeais qu'à l'heure présente l'Allemagne peut nous

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■oire ae 1 escalier, i mage supérieur, un sourire . -d'une extraordinaire douceur illumina une seconde #en dur visage carré.

— Prenez exemple sur éUd Elle dort

On dut faire, en cette nuit du zà avril, une ; belle brèche à la réserve de Champagne de Lady Arbukle. A partir de dix heures, on avait dansé. On s'était mis à table vers une heure. Il pouvait Sn être trois.

Le souper groupait une quarantaine 3e convives. Lady Flora avait une robe de velours lilas, Antiope une robe de velours noir, à peine infléchie aux hanches par une ceinture de shamroks d'argent.

Nous étions en train d'écouter le commodora Rozel- Tower. Le commandant de la base navale de Tralee donnait des détails sur l'affaire qui passionnait depuis deux jours l'opinion publique.

— Ainsi, demanda avec nonchalance Lacîy Flora, ce transport avait l'intention bien nette de ilébarauer son chargement dans la baie de Tralee ?

— Bien nette, madame. Son commandant n'a d'ailleurs pas fait de difficultés pour l'avouer.

^'équipage n'a opposé aucune résistance, ni lorsque

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qui ont hâte d'en avoir fini.

— En tout cas, commodore, dit Reginald, quelle drôle d'idée d'envoyer ce navire à Queenstowa ! Si vous l'aviez gardé tout bonnement dans le port de Tralee, son équipage n'aurait pas eu le loisir 4e le faire sauter.

— Ce n'est pas une idée que j'ai eue, cher monsieur, c'est un ordre que j'ai reçu de l'Amirauté, dès qu'elle a été avisée de la capture de PAud, tel est le nom du transport en question ; j'ai obéi. C'est au moment d'entrer dans le port de Queenstown que VAud a sauté, son équipage étant d'ailleurs en parfaite sécurité dans les chaloupes du bord mises posément à la mer.

Le baron Idzumi leva la main, comme il le faisait quand il voulait parler.

— Me permettez-vous une question, monsieur lé commodore ?

— Je vous en prie, monsieur.

— Quel intérêt pouvait avoir le gouvernement de Sa Majesté Britannique à laisser ce navire se faire sauter ?

— Quel intérêt, monsieur î Vous voulez rire ! fit Je commodore ïtozel- Tower.

— Je dis bien, monsieur le commodore : quel intérêt?

— Notre intérêt n'était pas de laisser ce navire ■disparaître, monsieur. Au contraire. Il faut mettre

Cooyk'

idlme extraordinaire douceur illumina une seconde «en dur visage carré.

— Prenez exemple sur elle. Elle dorti

Oh dut faire, en cette nuit du 2o avril, une ; belle brèche à la réserve de Champagne de Lady Arbukle. A partir de dix heures, on avait dansé. On s'était mis à table vers une heure. Il pouvait in être trois.

Le souper groupait une quarantaine "de convives. Lady Flora avait une robe de velours lilas, Antiope une robe de velours noir, à peine infléchie aux hanches par une ceinture de shamroks d'argent.

Nous étions en train d'écouter le commodore Rozel-Tower. Le commandant de la base navale de Tralee donnait des détails sur l'affaire qui passionnait depuis deux jours l'opinion publique.

— Ainsi, demanda avec nonchalance Lady Flora, ce transport avait l'intention bien nette de Sébarauer son chargement dans la baie de Tralee?

— Bien nette, madame. Son commandant n'a d'ailleurs pas fait de difficultés pour l'avouer.

;L'équipage n'a opposé aucune résistance, ni lorsque,

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lofs avaient l'air maussade et résigné de gens qui se trouvent en face d'une corvée peu agréable, et qui ont hâte d'en avoir fini.

— En tout cas, oommodore, dit Reginald, quelle drôle d'idée d'envoyer ce navire à Queenstown I Si vous l'aviez gardé tout bonnement dans le port de Tralee, son équipage n'aurait pas eu le loisir «le le faire sauter.

— Ce n'est pas une idée que j'ai eue, cher monsieur, c'est un ordre que j'ai reçu de l'Amirauté, dès qu'elle a été avisée de la capture de VAud, tel est le nom du transport en question ; j'ai obéi. C'est au moment d'entrer dans le port de Queenstown que VAud a sauté, son équipage étant d'ailleurs en parfaite sécurité dans les chaloupes du bord mises posément à la mer.

Le baron Idzumi leva la main, comme il le faisait quand il voulait parler.

— Me permettez-vous une question, monsieur le cômmodoreî"

— Je vous en prie, monsieur.

— Quel intérêt pouvait avoir le gouvernement de Sa Majesté Britannique à laisser ce navire se faire sauter ?

— Quel intérêt, monsieur î Vous voulez rire I fît le commodore Rozel-Tower.

— Je dis biea, monsieur le oommodore : quel intérêt?

— Notre intérêt n'était pas de laisser ce navire ■disparaître, monsieur. Au contraire. Il faut mettre

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défaillances. Lorsque des navires ennemis dont eue a la garde se font sauter entre ses mains, Terreur qui consiste à juger volontaire ee. manque de surveillance, comme vous diteSi est bien excusable, monsieur le commodore. Veuille» donc, je vous prie, m'excuser.

J'avais pour voisin le D* Grùtli. Il me poussa le. coude.

— Eh f eh ! murmura-t-il avec un sourire, voilà un petit monsieur que vous eussiez gagné à aroir comme négociateur au moment de l'histoire de Fachoda. Heureusement que de semblables malentendus sont désormais impossibles entre nos deux nations. Bon, à celui-là, maintenant I... Quelle stupidité va-t-il nous servir?

Ces aménités étaient à l'adresse du beau colonel Hartfield. Au cours du souper, j'avais eu le loisir de constater que le docteur ne nourrissait pour le commandant d'armes de Tralee qu'une adnri ration très modérée.

— L'armée de mer, dit celui-ci, ai eu son rôle dans cette affaire. Mais l'armée de terre aussi.

— Oui, c'est cela, colonel, dit Reginald, perleznous de l'arrestation de Casement. Cette équipée m'intéresse au delà de tout ce que vous pouvez croire. ..

— Les choses n'ont pas traîné, dit le colonel. Casement a été débarqué par un sous-mari» le jeudt 20 avril, à une heure et es un lieu ou.» Feu-

Cooyk'

une heure vingt, non loin d'Ardfert, près du vieux fort Mac Kenna, mes hommes lui ont. mis la main au collet. Son affaire est bonne. Je demande pardon de m'arprimer ainsi devant la comtesse d« Kendale, qui peut-être lui porte quelque intérêt.

— Le connaissez-vous, ma chère t demanda Lady Flora.

— 9i je connais . sir Roger Casement? dit Aatiope avec une indifférence pleine d'enjouement, certainement. J'ai eu l'occasion de le Toh* plusieurs fois, avant la guerre.

— Mais comme c'est intéressant I fit le jeuBt Reginald. Antiope, vous ne m'aviez jamais parje de lui. Pourquoi ?

— Parce que, Reginald, nous ne pouvons pas deviner à l'avance quels hommes l'adversité va rendre illustrée, en s'abattant sur eux.

— Quel, homme était ce Sir Roger? demanda Lady Flora.

— Un homme comme les autres, dit la comtesse de Kendale. Et à ce propos, colonel î'arLfiel<L c'est à moi de vous doinantitr maintenant de m"escuser : le gouvernement de Ëa Majesté est peut-être responsable de la haine que Sir Roger lui a vouée. Il a été, je crois, fonctionnaire et n'a pas eu toujours à se louer, paraît- il, des procédés de l'administration anylai.^ à son t>ard.

— C'est la vérité, dit, le major Siar.ton. Case-

Cooyk'

plus tard, nous roulions vers Limerik. Deux compartiments avaient été retenus pour notre petite troupe. La comtesse de Kendale prit place dans le premier. J'y montai également, ainsi que les quatre epquèteurs. M. Ralph monta dans le ! second, avec William, et deux autres serviteurs ' du château, James et David. Tous trois portaient, ■ comme Antiope, comme M. Ralph, l'uniforme de» volontaires, et ils avaient leurs fusils.

Dans notre compartiment, ce fut le silence.

Antiope, pâle et grave, se taisait. Le D r GrûUi, gêné par la présence de cette sorte de statue tragique, n'osait pas se livrer à ses facéties accoutumées.

A Limerik, il se délassa un peu. Nous arrivâmes à 9 h. 5 dans cette gare, dont nous ne devions repartir qu'à 10 h. 15. La comtesse de Kendale s'assit dans un des fauteuils de velours vert de la salle d'attente. Dans un coin, sur une banquette, William, James et David continuaient avec une enfantine insouciance une partie de cartes commencée dans le train. Les soldats anglais, de service à la gare, les regardaient jouer d'un air d'envie.

Le D/ Griitli, que je cherchais toujours à fuir, et qui me rejoignait toujours, me prit par le bras.

— Voyez-moi ces imbéciles, dii-il en me dôsi-

aï GoogIc

nais ce jcu-ia i

Il était allé vers le petit groupe formé par William et ses camarades. Il leur parlait. Je vis les pauvres garçons se- lever, très rouges, balbutier des mots que je n'entendis pas. Puis ils se rassirent, non sans une certaine gêna. Le D' Grùtli s'assit lui aussi. Maintenant, il battait les cartes. Il était entré quatrième dans la partie.

Comme 10 heures sonnaient, il se leva et vint rers M. Ralph qui causait avec moi.

— Je pense, dit-il, que vous ne verrez pas d'ineonvénieni à ce que je fasse dans votre compartiment le reste du voyage. Je viens de commencer avec ces braves gens une partie que je désire mener jusqu'au bout.

— Comme il plaira à Votre Honneur, dit M. Ralph en s'inclinant.

— Par exemple, continua le docteur, je vais lâcher de me procurer un jeu convenable. Celui

...dont se servent vos subordonnés abuse vraiment 'Aa droit qu'ont les cartes de n'être pas propres.

— Il y a, sur la place, un magasin où Votre Honneur aura satisfaction. Je crois devoir lui rappeler toutefois que nous partons dans un quart d'heure.

Le docteur sortit. Presque en même temps, de sa voix brève, M. Ralph appela :

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A 6 h. 40, nous arrivâmes à Listovel en même temps que le train venant de Tralee. Trois minute» plus tard, nous roulions vers Limerik. Deux compartiments avaient été retenus pour notre petite troupe. La comtesse de Kendale prit place dans le premier. J'y montai également, ainsi que les quatre epquêteurs. M. Ralph monta dans le ' second, avec William, et deux autres serviteurs ' du château, James et David. Tous trois portaient, ' comme Antiope, comme M. Ralph, l'uniforme des volontaires, et ils avaient leurs fusils.

Dans notre compartiment, ce fut le silence.

Antiope, pâle et grave, se taisait. Le D r Grùbli, gêné par la présence de cette sorte de statue tragique, n'osait pas se livrer à ses facéties accoutumées. A Limerik, il se délassa un peu. Nous arrivâmes à 9 h. 5 dans cette gare, dont nous ne devions repartir qu'à 10 h. 15. La comtesse de Kendale s'assit dans un des fauteuils de velours vett de la salle d'attente. Dans un coin, sur une banquette, William, James et David continuaient avec une enfantine insouciance une partie de cartes commencée dans le train. Les soldats anglais, de service à la gare, les regardaient jouer d'un air d'envie.

Le D* Griitli, que je cherchais toujours à fuir,

et qui me rejoignait toujours, me prit par le braa.

— Voyez-moi ces imbéciles, dit-il en me dôsi-

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t>aa un yeaw; i

aux cartes à leur barbe. Tiens 1 mais à quoi jouent-ils, ces gaillards? Il me semble que je connais ce jeu-là 1

Il était allé vers le petit groupe formé par William et ses camarades. Il leur parlait. Je vis les pauvres garçons se- lever, très rouges, balbutier des mots que je n'entendis pas. Puis ils se rassirent, non sans une certaine gêne. Le D r Grutli s'assit lui aussi. Maintenant, H battait les cartes. Il était entré quatrième dans la partie.

Comme 10 heures sonnaient, il se leva et vint vers M. Ralph qui causait avec moi.

— Je pense, dit-il, que vous ne verrez pas d'inconvénient à ce que je fasse dans votre compartiment le reste du voyage. Je viens de commencer avec ces braves gens une partie que je désire mener jusqu'au bout.

— Comme il plaira à Votre Honneur, dit M. Ralph en s'inclinant.

— Par exemple, continua le docteur, je vais tacher de me procurer un jeu convenable. Celui

,,'dont se servent vos subordonnés abuse vraiment 'du droit qu'ont les cartes de n'être pas propres.

— Il y a, sur la place, un magasin où Votre Honneur aura satisfaction. Je crois devoir lui rappeler toutefois que nous partons dans un quart d'heure.

Le docteur sortit. Presque en même temps, de se voix brève, M. Ralph appela :

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vous uire.

Ft il le conduisit à l'écart, tiuia an •oin de la, salle d'attente.

Cinq minutes plus tard, ils revenaient tous deux. Mais le visage du valet de ckambre était couleur de terre.

— Allez retrouver tos camarades, William. ■

Au même instant, brandissant son paquet d»

cartes, le D' Grùtli reparaissait dans la salle (l'attente.

Il pouvait être il heures. Le front collé à la vitre de !a portière je regardai, parallèles à la voie, les eaux écumcuse3 et jaunes du Shannon. Puis, la voie abandonna le fleuve. Ce fut alors, et brusquement, un brutal couloir granitique, un eouloir qui semblait devoir se terminer en tunnel. Le train y filait à toute vilesae, en sifflant épordument.

Soudain, le frisson attendu m'étreignit. Je venais &2 voir la portière du compartiment voisin s'ouvrir et, presque simultanément, se refermer. Quelque chose, qui semblait un sac gris, en avait jailli, et éLait allé se broyer en face, contre la— roche. Avec l'apparence de la plus complète indifférence, je baissai la vitre, je ma penchai... Mais la voie avait fait un coude. Je ne pouvais plus rien voir.

En tout cas, une chose restait certaine : la Suisse, désormais, n'était plus représentée dans la fameuse commission de contrôle.

obéîmes, un peu interloqués toutefois, sachant qu'un nombre respectable de milles noua séparait ■encore de Dublin.

— Les voitures sont-elles là, Ralph? demanda

la comtesse de -Kendale.

— Elles sont là, Votre Seigneurie.

Il pleuvait à torrents. Dans la cour de la gare, 'deux hommes revêtus de l'uniforme des volontaires attendaient. Ils coururent vers M. Ralpfc qui leur serra la main.

— Je vois que tout va bien, George, 'dit-il aiï ! plus grand des deux hommes.

— Tout va bien, monsieur Ralph.

— L'erdre d'appel?

— Expédié ce matin à 4 heures.

— Les bataillons?

— Ils ont dû prendre leur3 emplacements à], 10 heures.

George ajouta timidement :

— .Et... Sa Seigneurie?

— la voici, dit M. Ralph eh désignant la comtesse.

Les deux soldats enlevèrent leurs chapeaux. Ils ■étaient plus émus qu'il ne se peut dire de se trouver devant la fille d'Antrim.

— Ce sont là vos voitures? demanda M. Rahih, arrêté devant deux énormes automobiles qui a-U\tionnaient dans la cour.

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Mais le visage du valet de chambre était couleur de terre.

— Allez retrouver vos camarades, William. ' Au même instant, brandissant son paquet -de cartes, le D r GriitJi reparaissait dans la salle d'attente.

Il pouvait être 11 heures. Le front collé à la vitre de la portière je regardai, parallèles à la voie, les eaux écumeuses et jaunes du Shannon. Puis, la voie abandonna le fleuve. Ce fut alors, et brusquement, un brutal couloir granitique, un eouloïr qui semblait devoir se terminer en tunnel. Le train y filait à toute vitesse, en sifflant éperdument. "

Soudain, le frisson attendu m'étreignit. Je venais de voir la portière du compartiment voisin s'ouvrir et, presque simultanément, se refermer. Quelque chose, qui semblait un sac gris, en avait jailli, et était allé se broyer en face, contre laroche. Avec l'apparence de la plus complète indif-' férence, je baissai la vitre, je ma penchai... Mais la voie avait fait un coude. Ja ne pouvais plus rien voir.

En tout cas, une chose restait certaine : la Suisse, désormais, n'était plus représentée dans la fameuse commission do contrôle.

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qu'un nombre respectable de milteB nous séparait encore de Dublin.

— Les voitures sont-elles là, Ralph? demanda la comtesse de -Kendale.

— .Elles sont là, Votre Seigneurie.

H pleuvait à torrents. Dans la cour de la gare, deux hommes revêtus de l'uniforme des volontaires attendaient. Ils coururent vers M. ItaLoM qui leur serra la main.

— Je vois que tout va bien, George, 'dit-il à« ! plus grand des deux hommes.

— Tout va bien, monsieur Ralph.

— L'ardre d'appel ?

— Expédié ce matin à 4 heures.

— Les bataillons?

— Us ont dû prendra leurs emplâcesbeBia £ ] 10 heures.

George ajouta timidement :

— Et... Sa Seigneurie?

— la voici, dit M. Ralph en désignant la comtesse.

Les deux soldats enlevèrent leurs chapeaux. Ils ■étaient plus émus qu'il ne se peut dire de se trouver devant la fille d'Antrim.

— Ce sont là vos voitures ? demanda M. Ra'ph, arrêté devant deux énormes automobiles qui s'iv tionnaient dans la cour.

pas erreur. C'est une des automobiles du vice-roi. C'est Michel qui l'a empruntée ce matin, devant la porte du temple, tandis que le chauffeur jr faisait ses dévotions.

— Elle marche bien ?

— En une heure, nous serons â Dublin.

— Il est onze heures et demie, dit M. Ralph'. A merveille.

— L'autre, dit George, va un peu moins vite.

Elle arrivera une.demi-heure après, c'est une automobile à nous.

" — Eh bien, dit M. Ralph, en avant.

R étendit les bras.

., — Quatre places seulement à l'intérieur de la première voiture. Messieurs, en est-il un parmi vous qu'une demi-heure de retard ne dérangerait pas trop î

— Moi, moi, fit le professeur Henriksen. Je ne tiens pas à me casser la figure pour gagner quelques minutes.

— Bien. Vous monterez donc dans la seconde voiture, celle que conduira Michel. Messieurs, maintenant, si vous voulez...

Il avait déjà pris place près du volant, a côté de George, qui était chargé de conduire l'automobile empruntée au vice-roi.

Antiope monta, puis le baron Idzumi, puis moi. Le colonel Harvey allait en faire autant, lorsqu'il S'arrêta.' "

Le colonel Harvey prit une mine désolée.

— Voilà la commission réduite à quatre membres, dit-il. Quel ennui de penser que deux pays de l'importance de l'Espagne et de la Suisse vont être, par la faute de leurs représentants...

M. Ralph lui coupa poliment la parole :

— Nous partons, Votre Honneur.

Les maisons de la petite ville disparurent. Tout de suite, ce fut la route boueuse et jaune sur laquelle l'automobile filait furieusement au milieu d'énormes gerbes de boue.

La main droite d'Antiope serrait un chapelet de jais. Sur le gant blanc, on voyait la marche lento et régulière des petites boules noires.

— Déjà ! ne pus-je m'empêcher de dire.

L'automobile s'était arrêtée, et M. Ralph venais

3e nous en ouvrir la portière.

— Déiàl

Les vitres, recouvertes d'une couche de boue, ne nous avaient même pas permis de npus rendre compte de notre entrée dans Dublin.

Nous sautâmes à terre.

la porte du temple, tandis que le chauffeur x faisait ses dévotions.

— Elle marche bien ?

— En une heure, nous serons à Dublin.

— Il est onze heures et demie, dit M. Ralplf. À merveille.

— L'autre, dit George, va un peu moins vite.

Elle arrivera une. demi- heure après, c'est une automobile à nous.

' — Eh bien, dit M. Ralph, en avant.

II étendit les bras.

... — Quatre places seulement h l'intérieur de la première voiture. Messieurs, en est-il un parmi vous qu'une demi-heure de retard ne dérangerait pas trop ?

— Moi, moi, fit le professeur Henriksen. Je ne tiens pas à me casser la figure pour gagner quelques minutes.

— Bien. Vous monterez donc dans la seconde voiture, celle que conduira Michel. Messieurs, maintenant, si vous voulez...

Il avait déjà pris place près du volant, à côté <le George, qui était chargé de conduire l'automobile empruntée au vice-roi.

Antiope monta, puis le baron Idzumi, puis mot. Le colonel Harvey allait en faire autant, lorsqu'il S'arrêta. ""

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pour acheter des mandarines. , J'ai eu beau lui répéter que le train ne s'arrêtait que trois minutes...

Le colonel Harvey prit une mine désolée.

— Voilà la commission réduite à quatre membres, dit-il. Quel ennui de penser que deux pays de l'importance de l'Espagne et de la Suisse vont être, par la faute de leurs représentants...

M. Ralph lui coupa poliment la parole :

— Nous partons, Votre Honneur.

Les maisons de la petite ville disparurent. Tout de suite, ce fut la route boueuse et jaune sur laquelle l'automobile niait furieusement au milieu d'énormes gerbes de boue.

■ La main droite d'Antiope serrait un chapelet de jais. Sur le gant blanc, on voyait la marche lente et régulière des petites boules noires.

— Déjà t né pus-je m'empêcher de dire.

L'automobile s'était arrêtée, et M. Ralph venait

fie nous en ouvrir la portière.

— Déià I

Les vitres, recouvertes d'une couche de boue, ne nous avaient même pas permis de nous rendre compte de notre entrée dans Dublin.

Nous sautâmes à terre.

citait les noms.

— La Liffey, la status d'QiCoowel, Saekeiors Wsllc.

— Messieurs, je tous en prie, dit M. Italpfa.

Hâtons-nous.

La porte d'une haute maison s'était ouverte. ' L'intendant dit à Antiope :

— On nous attend ici, Votre Seigneurie, à la maison Kelly. Plus tard, quand le signal sera donné, nous nous rendrons à Liberty Hall.

Nous entrâmes dans la maison. Une exclamation joyeuse, retentit :

— AnLiope ! ma bien-aimée. Vous voila ! Qua je suis heureuse.

Une femme de haute taille, à la beauté altière, vêtue elle aussi de l'uniforme des volontaires se tenait devant nous. Elle saisit dans ses bras la comtesse de Kendale et, à deux reprises, l'embrassa.

— Que je suis heureuse, répétait-elle. Ah !

puisque vous voilà, Dieu est avec nous.

. M. Ralph me murmura à l'oreille :

— La comtesse Markievicz.

— J'ai eu quelque mérite à arriver à temns, dit Antiope. Savez-vous qu'il y a à peine huit heures, j'étais en toilette de soirée, en train d'écouter les galanteries d'un colonel ans-lais.

Tout dans l'allure et le ton de la comtesse ds Esndale venait instantanément de se transformer. Son abattement avait fait place à une espèce de gaieté farouche.

La comtesse Markievicz ouvrit une porte.'

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table centrais, un immense plan de Dublin déployé. Un peu partout, des appareils télépho-

nes deux femmes firent rapidement les présentations. M. .Ralph, derrière moi, me répétait les noms. On sentait en lui, lorsqu'il les prononçait,

une-sorte. de fierté sauvage. L'approche de la lutte rendait presque communicatîf l!homme le plus taciturne que j'aie connu.

Clarke, Eamon Cennt, Mac Diarmada, et vous Mac Donagh, et vous Pearse, c'est dans cette «hambre mystérieuse que j'ai entendu pour la première fois prononcer vos noms, vos noms hier encore intonnus, et demain étincelants à tout jamais de la plus pure des gloires, vos noms que les petites Irlandaises qui se hâtent sous la bruine, le dimanche, vers l'église de leur village, portent toutes dans leur missel, imprimés en regard du nom du Seigneur.

. Ils venaient, l'un après l'autre, s'incliner devant Antiope. Plusieurs la connaissaient, tous lui baisaient la main.

La. comtesse Markfevicz avisa Tus d'entre eux, qui se tenait un peu à l'écart, un mi::ce jeune komme au teint pâle, aux manières timides et hautaines, à l'œil do feu.

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WmUc.

— Messieurs, je vtras en prie, dit M. Ralpb.

Hâtons-nous.

La porte d'une haute maison s'était ouverte. ; L'intendant dit à Antiope :

— On nous attend ici, Votre Seigneurie, -à la ' maison Kelly. Plus tard, quand le signal aar» donné, nous nous rendrons à Liberty Hall.

Nous entrâmes dans la maison. Une exclamatio» ', joyeuse, retentit :

— Antiope ! ma bien-aimée. Vous voila ! Qu'a je suis heureuse.

Une femme de haute taille, à la beauté altière, vêtue elle aussi de l'uniforme des volontaires ve tenait devant nous. Elle saisit dans ses bras la comtesse de Kendale et, à deux reprises, l'embrassa.

— Que je suis heureuse, répétait-elle. Ah f puisque vous voilà, Dieu est avec nous.

M. Ralph me murmura à l'oreille :

' — La comtesse Markievicz.

— J'ai eu quelque mérite à arriver à temns, dit Antiope. Savez-vous qu'il y a à peine huit hem-es, j'étais en toilette de soirée, en train d'écouter les galanteries d'un colonel anglais.

Tout dans l'allure et le ton de la comtesse da Kon-:!;'.k venait instantanément de se transformer. Son abattement avait fait place è une espèce de gaieté farouche.

La comtesse Markievicz ouvrit une porte.'

niquos.

Les deux femmes firent rapidement les préseftt&iiona. M. Ralph, derrière moi, me répétait les noms. On sentait en lui, lorsqu'il les prononçait, une sorte de fierté sauvage. L'approcha de la lutta rendait presque communicatif l'homme le plus taciturne que j'aie connu.

Clarke, Eamon Cennt, Mac Diarmada, et vous Mac Donagh, et vous Pearse, c'est dans cette chambre mystérieuse que j'ai entendu pour la première fois prononcer vos noms, vos noms ïriur encore inconnus, et demain étincelants à tout jamais de la plus pure des gloires, vos noms qtia les petites Irlandaises qui se hâtent sous la bruine, le dimanche, vers l'église de leur village, portent toutes dans leur missel, imprimés en regard du nom du Seigneur.

. Ils venaient, l'un après l'autre, s'incliner devant Antiope. Plusieurs la connaissaient, tous lui baisaient la main.

La comtesse Markfevicz avisa Tus d'er.trg eux, qui ee tenait un peu à l'écart, un mir.ce jeune homme au teint pâle, aux manières timides et hautaines, à l'œil de feu.

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■ — ijjii bien, fit-il avec un accent de joyeuse ivresse, sait-on, ici, qu'il est une heure moins dix !

— James Connolly I murmura M. Ralph.

* De celui-là, je connaissais l'histoire. C'était lui, ce meneur socialiste, ce chef du Liberty Hall, la Bourse du Travail de Dublin, c'était lui qui avait organisé, et s'en vantait, avant les nationalistes d'Irlande, « la première force citoyenne année publiquement au sud de la Boyne ». Il était là, debout, la face ardente de foi, les bras croisés.

, — Regardez-le bien, monsieur Gérard, murmura la voix de M. Ralph devenue sifflante. Sauf en Allemagne, vous ne rencontrerez qu'ici ce mouton à cinq pattes : un travailliste patriote. Il ajouta :

— De celui-là, nous avons fait le commandant général de nos troupes. Et personne de nous n'aura a s'en repentir.

— James ! dit Constance Markievicz, venez.

Et, se tournant vers noua.

— Il s'est vanté, dit-elle, de n'appeler la comtesse de Kendale que citoyenne, selon la bonne tradition larkiniste. Eh bien, James, approchez, tenez votre parole I

i James Connolly marcha non sans embarras vers Antiope. Mais celle-ci le devança, et, dans un geste qui fit surgir chez les spectateurs des sourires mêlés de larmes, elle lui donna ï'aocolade.

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laicnt.

— Le signal maintenant, dit Connolly.

Il avait pris dans un coin de la salle un rifle qu'il arma lui-même. Puis, il conduisit Antiope vers la fenêtre ; il lui mit l'arme entre les mains.

La pendule de la chambre sonna une heure, l'heure à laquelle sept lustres plus tôt, le 24 avril 1881, la petite fille promise depuis six siècles par la prophétie était venue au monde.

— La pendule avance d'une minute, dit Clarke. En face de la maison, assis, jambes pendantes

sur la balustrade du quai, se tenait un soldat anglais, un pitoyable petit tommy jaune. Le3 yeux vagues, il ne voyait pas le canon de la carabine que tendait dans sa direction l'inexorable commandant général des forces révolutionnaires.

Antiope, passive, se laissait guider. ..,„...

Soudain, elle sursauta. Au sommet d'un mât dressé sur le quai, elle venait d'apercevoir le drapeau rouge et bleu, le drapeau du Royaume- Uni.

Brusquement, elle redressa son arme. Le coup partit : la balle venait de trouer l'étamine de VUnion Jack.

■ La fusillade éclata de toutes parts. La bataille était commencée - '

Elle poussa un cri.

— Les fils O'DoIrerty, fit-elle. Eux aussi? du Sinn-fein 1 ■

— Oui, madame Hughes. ■

Elle avait ouvert la petite porte donnant sur la cour,

— Michel, tu entends, Michel, ce que dit monsieur. Les fils O'Doherty sont du Sinn-fein. Et Denis est avec eux.

Elle allait et venait dans la pièce. Elle prit un coin de son tablier, et se mit à frotter machinalement un bougeoir de cuivre.

— Mais ils seront fusillés, monsieur, ils seront fusillés. Tu entends, Michel, toi qui souhaitais hier soir qu'on les fusille.

On entendit au dehors un gémissement, c'était le vieux Michel qui sanglotait. ■■. ■ ■■-

— Dieu est avec eux, madame, dit gravement le colonel Harvey.

Au plafond, deux petits coups furent frappés timidement. M™ Hughes abandonna son bougeoir.

— M. Davis, maintenant l Je l'avais oublié.

C'était Denis qui lui apportait son thé. Où est-il maintenant? Ah I le brave, le brave petit...

De ses pauvres mains vacillantes, elle disposait sur un plateau la tasse de l'aveugle.

Insensible à tout ce remue-ménage, le baron Idzumi s'était assis sur une chaise basse, près de

Cooyk'

Soudain, une commotion formidable ébranla la maison. Les piaillements des enfants s'interrompirent une seconde, pour recommencer, mille fois plus aigus et déchirants.

Le baron Idzumi s'était arrêté d'écrire.

— L'artillerie lourde britannique, murmura-t-il. Une seconde détonation, plus puissante encore,-

semblait-il, que la première, retentit. Tous les cris s'étaient tus. On n'entendit plus que les aboiements affolés d'un chien, dans une maison voisine.

— C'est la fin, dit le colonel Harvey.

— Monsieur le professeur Gérard, qu'y a-t-il pour votre service ?

C'était la troisième fois en trois jours que, cherchant à retrouver Antiope à travers la ville erf flammes, je me heurtais à M. Ralph. C'était la troisième fois qu'il m'accueillait par cette phrase.

— Je veux parler à la comtesse de Kendale, dis-je violemment, je vous préviens que vous ne m'en empêcherez plus. ■ *x .

Il me regarda avec ironie..

— Vous aurez satisfaction, dit-il. Je me permettrai toutefois de vous faire remarquer qu'on a généralement intérêt à tenir sa parole. Vous aviez donné au colonel Harvey votre parole de ne plus faire

; ,GoogIc

y a deux Heures qu'un soldat a été envoyé par mes soins au 172 de North King Street. Il a ramené le colonel Harvey et le baron Idzumi, et même, en le bousculant un peu, le professeur Henriksen. S'il ne vous a pas trouvé avec ces messieurs, on ne saurait décemment lui en vouloir. J'ai eu alors l'idée que vous auriez sans doute cherché à revoir Sa Seigneurie à l'endroit où vous l'aviez vue mardi dernier. Il paraît que mon raisonnement était juste. Mais nous sommes aujourd'hui samedi, monsieur le professeur, et, en ces trois jours, bien des petites modifications se sont produites. Le Quartier Général, notamment, a dû changer de local. Permettez-moi de vous conduire à celui où il est installé présentement.

— Faisons vite, dis-je.

— Faisons vile, en effet, monsieur le professeur. Car, à muser par les rues, nous risquerions d'arriver trop tard.

Jamais encore la lutte ne m'avait paru atteindre

une telle intensité, en cet instant où eHe touchait pourtant si près de sa fin. La fin ? Il y avait quatre jours que le colonel Harvey avait prononcé ce mot Cette fin, il était normal alors de la prévoir pour la lendemain. Gr, pendant cent heures encore les insurgés avaient tenu. La mère Angleterre avait eu beau déverser sur eux ses tonnes de métal en fusion... Contre les obusiers, contre Iw mitrafl-

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— Par ici, monsieur le professeur, par ici. Hé, là ! couchez-vous. Bon. Debout. Vite, plus vite encore. ■ - * - '

Oh I la farouche course au milieu de ces rues croulantes, le long de ces barricades où des fantômes accroupis tirent encore, tirent toujours. Les murailles s'effondrent, les cieux s'embrasent.

— Ici, monsieur le professeur, ici 1 Là, cette porte. Dépêchez-vous...

Par un couloir tout encombré de blessés qui râlaient, nous marchâmes vers la porte d'une pièce éclairée. Nous nous arrêtâmes sur le seuil. Un cri de joie avait salué notre arrivée. Antiope était là devant moi. Elle m'avait saisi la main. Elle allait parler, peut-être...

Une dernière fois, la dure voix de M. Ralph s'interposa.

— Votre Seigneurie I dit-il simplement.

Du geste, en même temps, il nous désignait la' salle.

Je frissonnai devant le tableau qui m'apparut alors, et il est vrai que, de quelques instants, la pensée d* Antiope m'abandonna. Dans les rues sanglantes et boulevsnéM que neui venions ds tra-.

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— C'est comme j'ai l'honneur "de vous le dirt. Il y a deux heures qu'un soldat a été envoyé par mes soins au 172 de North King Street. Il a ramené le colonel Harvey et le baron Idzumi, et même, en le bousculant un peu, le professeur Henriksen. S'il ne vous a pas trouvé avec ces messieurs, on ne saurait décemment lui en vouloir. J'ai eu alors l'idée que vous auriez sans doute cherché à revoir Sa Seigneurie à l'endroit où vous l'aviez vue mardi dernier. 11 paraît que mon raisonnement était juste. Mais nous sommes aujourd'hui samedi, monsieur le professeur, et, en ces trois jours, bien des petites modifications se sont produites. Le Quartier Général, notamment, a dû changer de local. Permettez-moi de vous conduire à celui où il est installé présentement.

— Faisons vite, dis-je.

1 — Faisons vite, en effet, monsieur le professeur. Car, à muser par les rues, noua risquerions d'arriver trop tard.

Jamais encore la lutte ne m/avait paru atteindre une telle intensité, en cet instant où eHe touchait pourtant si près de sa fin. La fin ? Il y avait quatre

jours que le colonel Harvey avait prononcé ce mot. Cette fin, il était normal alors de là prévoir pour le lendemain. 0r, pendant cent heures encore, les insurgés avaient tenu. La mère Angleterre avait eu beau déverser sur eux ses tonnes de métal en fusion... Contre les obusiers, contre les mitrtil-

Cooyk'

naires de toat l'Empire, à un contre vingt, contra les Basset-Holmer et les Peot-Mildred..., ils avaient tenu, eux, les petits boutiquiers, ies petits professeurs, les petits saute-ruisseau, toute cette blême tourbe si méprisée des rudes mangeurs de rosbeef. Maintenant, la révolution allait mourir, elle était morte. : -c

— Par ici, monsieur le professeur, par ici. Hé, là ! couchez-vous. Bon. Debout. Vite, plus vite encore. ■--*-;

Oh ! la farouche course au milieu de ces rues croulantes, le long de ces barricades où des fan* tomes accroupis tirent encore, tirent toujours. Les murailles s'effondrent, les cietuc s'embrasent.

— Ici, monsieur le professeur, ici 1 Là, cette porte. Dépêchez-vous...

Par un couloir tout encombré de blessés qui râlaient, nous marchâmes vers la porte d'une pièce éclairée. Nous nous arrêtâmes sur le seuil. Un cri de joie avait salué notre arrivée. Antiope était là devant moi. Elle m'avait saisi la main. Elle allait parler, peut-être- Une dernière fois, la dure voix de M. Ralph s'interposa.

— Votre Seigneurie I dit-fl simplement.

Du geste, en même temps, il nous désignait la salle.

Je frissonnai devant le tableau qui m'apparui alors, et il est vrai que, de quelques instants, la pensée d'Antiope m'abandonna. Dans les rues sanglantes et boulsvanéw que nous venions de tra-

Cooyk'

je l'avais devant moi.

Je vis James Connolly, et je vis Pearse. Gonnolly, blessé, était étendu dans un fauteuil. Pearse, debout, lui faisait lire une feuille de papier. 11 tenait à la main un porte-plume. Il s'efforçait de le faire accepter à Connolly. Le blessé le repoussait. Pearse insistait. Mac Donagh, accoudé à une fenêtre, pleurait. D'autres hommes, que je ne connaissais pas, pleuraient» aussi.

Dans un coin, les bras croisés, muette et pâle, se tenait la comtesse Markievicz.

— Il faut, James, il faut I répétait Pearse d'une voix tremblante.

A la fin, vaincu, Connolly signa. Puis, avec un juron de douleur, il jeta loin de lui le porte-plume.

Pearse, humblement, le ramassa. Il vint vers Mac Donagh, qui signa aussi. Alors, il apposa sa signature sous celles de ses camarades.

— Les clairons, maintenant, flt-U d'une vois brisée.

Et, n'en pouvant plus, il s'abattit sur la table, la tête dans ses bras, pleurant comme un enfant.

Il y eut une minute vide, pendant laquelle nous n'entendîmes plus que les sanglots de Pearse. EL puis, soudain, de la place, au bas de la fenêtre, dominant le bruit de la fusillade, une sonnerie de clairon monta.

Elle résonnait, froide et sinistre, dans l'horrible soir commençant. Puis, il y en eut deux, puis dix. Le Sinn-Fein avouait sa défaite.

Ln tonnerre de l'artillerie semblait se faire plus

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■ Je sentis une main sur mon bras. Le colonel Harvey était à côté de moi.

— Préparez vos papiers d'identité, murmura-t-il. L'instant approche où nous allons peut-être leur devoir la vie.

U ajouta :

— Notre rôle va commencer.

Il était, je dois le dire, très beau dans son calme, ainsi que le baron Idzumi. Affalé le long d'une banquette, le professeur Henriksen, par contre, n'était plus qu'une sorte de loque, répugnante à voir.

Au bas de la fenêtre, un grand silence impressionnant avait remplacé le bruit des fusils. Soudain ceux-ci recommencèrent à crépiter de plus belle, là, tout près de nous.

— Cessez le feu, cessez le feu, répétait Pearse, comme si, du dehors, on avait pu entendre sa misérable voix.

Mac Donagh, a la fenêtre, faisait des signes désespérés. Que se passait-il, pour qu'il eût sur son visage une telle expression d'admiration et d'horreur mêlées. Je courus, d'instinct, à la fenêtre, . M. Ralph m'avait devancé. Nous poussâmes tous deux une sourde exclamation.

Sur la petite place, un combat extraordinaire était en train de se terminer. D'un côté, des soldats anglais, qui surgissaient de toutes parts ; de l'autre, un homme, un seul.

C'était une espèce de géant manchot. Debout sur le perron d'une maison, il tirait, d'une gibecière pendue à son cou, des grenades ; on le voyait, de sa

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tragique. Je m étais irumpe. ueiiiiip uidunuimiii que je l'avais devant moi.

Je vis James Connolly, et je vis Peaf se. Connolly, blessé, était étendu dans un fauteuil. Pearse, debout, lui faisait lire une feuille de papier. 11 tenait à la main un porte-plume. 11 s'efforçait de le faire accepter à Connolly. Le blessé le repoussait. Pearse insistait. Mac Donagh, accoudé a une fenêtre, pleurait. D'autres hommes, que je ne connaissais pas, pleuraient-aussi.

Dans un coin, les bras croisés, muette et pâle, se tenait la comtesse Markievicz.

— Il faut, James, il faut 1 répétait Pearse d'une voix tremblante.

A la fin, vaincu, Connolly sigria. Puis, avec un juron de douleur, il jeta loin de lui le porte-plume.

Pearse, humblement, le ramassa. Il vint vers Mac Donagh, qui signa aussi. Alors, il apposa sa signature sous celles de ses camarades.

— Les clairons, maintenant, fit-il d'une vois brisée.

Et, n'en pouvant plus, il s'abattit sur la table, la tête dans ses bras, pleurant comme un enfant.

Il y eut une minute vide, pendant laquelle nous n'entendîmes plus que les sanglots de Pearse. Et puis, soudain, de la place, au bas de la fenêtre, dominant le bruit de la fusillade, une sonnerie de clairon monta.

Elle résonnait, froide et sinistre, dans l'horrible soir commençant. Puis, il y en eut deux, puis dix. Le Sinn-Fein avouait sa défaite.

L<i tonnerre de l'artillerie semblait se faire plus

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' Je sentis une. main sur mon bras. Le colonel Harvey était à côté de moi.

— Préparez vos papiers d'identité, murmura-t-il. L'instant approche où nous allons peut-être leur devoir la vie.

11 ajouta :

— Notre rôle va commencer.

Il était, je dois le dire, très beau dans son calme, ainsi que le baron Idzumi. Affalé le long d'une banquette, le professeur Henriksen, par contre, n'était plus qu'une sorte de loque, répugnante & voir.

Au bas de "la fenêtre, un grand silence impressionnant avait remplacé le bruit des fusils. Soudain ceux-ci recommencèrent à crépiter de plus belle, là, tout près de nous.

— Cessez le feu, cessez le feu, répétait Pearse, comme si, du dehors, on avait pu entendre sa misérable voix.

Mac Donagh, à la fenêtre, faisait des signes désespérés. Que se passait-il, pour qu'il eût sur son visage une telle expression d'admiration et d'horreur mêlées. Je courus, d'instinct, à la fenêtre, M. Ralph m'avait devancé. Nous poussâmes tous deux une sourde exclamation.

Sur la petite place, un combat extraordinaire était en train de se terminer. D'un côté, des soldats anglais, qui surgissaient de toutes parts ; de l'autre, un homme, un seul.

C'était une espèce de géant manchot. Debout sur le perron d'une maison, il tirait, d'une gibecière pendue à son cou, des grenades ; on le voyait, de sa

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perdue.

Enfin, comme il se baissait pour armer la cinquième, une balle l'atteignit. Je vis le grand corps dégringoler le long de l'escalier. J'aperçus, une seconde, le visage du forcené....

Il eût été contraire à toutes les lois de la' vraisemblance que M. Térence se fût abstenu de placer un ,feul aceord dans ce farouche concert finissant. •

Cooyk'

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