‹ La chaussée des géants: romanChapitre 13 sur 16 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Le printemps semblait être né d'un seul coup. La veille encore, on ne pouvait soupçonner m. Tenue aussi prochaine, dans le triste jardin aux massifs dénudés le long desquels os m'avait permis de me promener un quart d'heure, le jardin aux allées humides et noires où de lentes limaces mettaient des taches brique. Maintenant, il était là. Le ciel apparaissait bleu comme un col de ramier, dont la brise ébouriffe les douces plumes d'ardoise. Le jeune soleil riait. De mon lit, j'entendais de frais appels d'oiseaux. Il pouvait être dix heures du matin.

Vna infirmière, nurse à lunettes, prisonnière dans une gaine de toile plate, gaine terminée par un col et des manchettes empesés et agrémentée 6e petites croix rouges et d'épingles de sûreté, s'avançait dignement vers moi. Elle n'avait point à se hâter, elle n'était point surchargée de besogne, puisque, de la douzaine de lits que contenait cette longue salle aux rideaux blancs, le mien seul était occupé.

. — Le docteur est venu, dit-elle. Vous dormiez.

Cooyk'

à toute volée quatre grenades, dont pas utia ne fut perdue.

Enfin, comme il se baissait pour armer la cioquième, une balle l'atteignit. Je via le grand corps dégringoler le long de l'escalier. J'aperçus, une seconde, le visage du forcené...'

H eût été contraire à toutes les lois de la' vraisemblance que M. Térence se fût abstenu de placer un .seul accord dans ce farouche concert finissant. •

Cooyk'

Le printemps semblait Être né d'an seul coup. La veille encore, on ne pouvait soupçonner s* venue aussi prochaine, dons le triste jardin aux massifs dénudés le long desquels on m'avait permis de me promener un quart d'heure, le jardin aux allées humides et noires où de lentes limaces mettaient des taches brique. Maintenant, il était là. Le ciel apparaissait bleu comme un col de ramier, dont la brise ébouriffe les douces plumes d'ardoise. Le jeune soleil riait. De mon lit, j'entendais de frais appels d'oiseaux. Il pouvait être dix heures du matin.

Une infirmière, nurse à lunettes, prisonnière dans une gaine de toile plate, gaine terminée par un col et des manchettes empesés et agrémentée de petites croix rouges et d'épingles de sûreté, s'avançait dignement vers moi. Elle n'avait point à se hâter, elle n'était point surchargée de besogne, puisque, de la douzaine de lits que contenait cette longue salle aux rideaux blancs, le mien seul était occupé.

. — Le docteur est verni, dit-elle. Vous donniez.

Cooyk'

— Pas dans Dublin, sans doute. Mais vous pourrez vous lever à onze heures et faire un tour dans le jardin. Vous déjeunerez à table. Je pense que, vers le 10 mai, vous serez en état de quitter l'hôpital.

— Ah ! fis-je, encore quatre jours I

— Eh ! riposta-t-elle avec aigreur, on dirait que vous vous êtes trouvé mal soigné. Quand on vous a conduit ici, ce n'est pas douze jours que nous pensions avoir à vous garder, mais un mois.

— Je ne me plains pas, murmurai-je.

Elle eut un geste qui signifiait : il ne manquerait plus que cela. Elle tira un peu mes couvertures, tapota mon oreiller et sortit, après avoir donné quelques ordres à un garçon de salle.

Celui-ci, grand gaillard barbu, juché sur l'appui d'une fenêtre, était occupé à en laver les carreaux.

Cette fenêtre était précisément celle qui était en face de mon lit La vue du jardin m'était obstruée par le dos du laveur de vitres. Il n'en finissait pas, ce laveur de vitres. J'eus l'impression que, depuis un quart d'heure, il frottait toujours le môme carreau. ■■..>■— a

Au bout de dix autres minutes, comme il en était encore à la même victime, je ne pus contenir mon énervement. .. .

— Combien gagnez-vous par jour ? demandai-je.

— Dix schellings, monsieur, plus la nourriture.

— Mettons quinze schellings, fis-je. Et ptur combien d'heures de travail î

; ,GoogIc

nistration la vitre nettoyée à un schilling six pence.

— C'est fort possible, dit-il. Mais l'administration a intérêt à ce que le travail soit bien fait. Il y en a pour plus longtemps.

Parlant ainsi, le garçon de salle avait rangé posément ses petits instruments : éponge, chiffon de laine, terrine. J'eus la stupéfaction de le voir venir vers moi et s'asseoir au pied de mon lit avec la plus parfaite désinvolture.

— ■ Je n'aurais jamais espéré, dit-il, qu'une barbe de huit jours vous transformât autant son homme. Vous ne me reconnaissez donc pas, monsieur le professeur?

Je sursautai.

— Vous, fls-je, vous ici !

M. Ralph mit un doigt sur ses lèvres.

— Chut 1 ce n'est, comme bien vous pouvez le penser, qu'une situation d'attente, monsieur le professeur. Chut! Parlons bas, je vous le demande comme un service personnel. J'ai l'impression que ma tête ne revient pas à Miss Gertie, votre digne infirmière. Ce n'est pas pour suspecter son désintéressement, mais je préfère la voir continuer à ignorer que cette tête est mise à prix.

M. Ralph s'était agenouillé. Il lavait maintenant avec méthode les dalles blanches du sol, tout près de mot.

— Nous disposons de peu de temps, dit-il.

Tachons de mettre de l'ordre dans lés questions que nous pouvons avoir à nous adresser. Comment alliT-v^nR? monsieur le professeur. '

pourrez vous lever a onze neures ei iaire un tour dans le jardin. Vous déjeunerez à table. Je pense que, vers le 10 mai, vous serez en état de quitter l'hôpital.

— Ah ! fls-je, encore quatre jours !

— Eh I riposta-t-elle avec aigreur, on dirait que vous vous êtes trouvé mal soigné. Quand on vous a conduit ici, ce n'est pas douze jours que nous pensions avoir à vous garder, mais un mois.

— Je ne me plains pas, murmurai -je.

Elle eut un geste qui signifiait : il ne manquerait plus que cela. Elle tira un peu mes couvertures, tapota mon oreiller et sortit, après avoir donné quelques ordres à un garçon de salle.

Celui-ci, grand gaillard barbu, juché sur l'appui d'une fenêtre, était occupé à en laver les carreaux.

Cette fenêtre était précisément celle qui était en face de mon lit. La vue du jardin m'était obstruée par le dos du laveur de vitres. Il n'en finissait pas, ce laveur de vitre3. J'eus l'impression que, depuis un quart d'heure, il frottait toujours le môme carreau. û

Au bout de dix autres minutes, comme il en était encore à la même victime, je ne pus contenir mon énervement

— Combien gagnez-vous par jour î demandai-je.

— Dix schellings, monsieur, plus la nourriture.

— Mettons quinze schellings, fls-je. Et p*ur combien d'heures de travail î

nîstration la vitre nettoyée à un schelling six pence.

— C'est fort possible, dit-il. Mais l'administration a intérêt à ce que le travail soit bien fait. Il y en a pour plus longtemps.

Parlant ainsi, le garçon de salle avait rangé posément ses petits instruments : éponge, chiffon de laine, terrine. J'eus la stupéfaction de le voir venir vers moi et s'asseoir au pied de mon lit avec la plus parfaite désinvolture.

— Je n'aurais jamais espéré, dit-il, qu'une barbe de huit jours vous transformat autant son homme. Vous ne me reconnaissez donc pas, monsieur le ' professeur?

Je sursautai.

— Vous, fis-je, vous ici I

M. Ralph mit un doigt sur ses lèvres.

— Chut 1 ce n'est, comme bien vous pouvez le penser, qu'une situation d'attente, monsieur le professeur. Chut ! Parlons bas, je vous le demande comme un service personnel. J'ai l'impression que ma tête ne revient pas & Miss Gertie, votre digne infirmière. Ce n'est pas pour suspecter son désintéressement, mais je préfère la voir continuer à ignorer que cette tête est mise à prix.

M. Ralph s'était agenouillé. II lavait maintenant avec méthode les dalles blanches du sol, tout près de moi. „

— Nous disposons de peu de temps, dit-il.

Tachons de mettre de l'ordre dans les questions que nous pouvons avoir à nous adresser. Comment aJ].f>T-vmm ? monsieur le professeur. '

i quietucte.

— Et vous, dis Je, depuis combien de temps êtes» vous ici ? On ne. savait ce que vous étiez devenu.

— Eh I c'est à cela que je dois d'être encore eu 1 vie. Vous avez été apporté dans cet hôpital le 89 au

soir, monsieur le professeur. J'y entrai presque en môme temps que vou3, mais, comme il convient, par l'escalier de service. C'est une situation d'attente, j'ai l'honneur de vous le répéter. Doubla avantage : j'économise mes modestes deniers et je reste à la disposition de nos amis. -'

Il eut un bizarre sourire pour me dire :

— Vous ne me demandez pa3 de leurs nouvelles ?

— J'en ai eu, dis-je avec effort, jusqu'à mardi dernier par le baron Idzumi et le colonel Harvey.

— Entre parenthèses, fit M. Ralph, ces messieurs ont peut-être omis de vous dire que c'est à eux que vous deviez la vie. Il est équitable que je vous l'apprenne.

— Ils sont aussi modestes que bons, murmurai-je.

— Et braves, monsieur le professeur. Je puis vous dire comment les choses se sont passées. Après l'irruption de ce fâcheux obus dans la maison, presque dans la salle où venait de se signer la capitulation, tout le monde s'est relevé à peu près indemne, sauf vou3, monsieur le professeur. Vous aviez été projeté contre la muraille, votre nuque est, parait-il, fragile, de sorte que vous gisww par terre, privé de MutùMftt, Dum, vous

Cooyk'

monsieur la professeur, qui l'auraient 1« plus désiré étaient dans le même instant appréhendés par nos bons amis britanniques.

— Je sais, dis-je, c'est en cet instant qu»

MM- Harvey et Idzumi te sont interposés.

-T- Leurs papiers «n main, monsieur Li pnrfair seur, ils ont fait un tapage de tous les diables; dans le même temps que 1g professeur Henrikaen était remis sur ses pieds à coups de crosse par les soldats, non seulement ceux-ci ne vous brutalisaient pas, mais encore, ahuris par les injonctions de l'Américain et du Japonais, ils vous transportaient bien gentiment, colonel Harvey tonnant devant, baron idzumi tempêtant derrière, vers des lieux plus tranquilles... Je n'en ai pas vu davantage, ayant jugé préférable de différer les explications qu'étaient parfaitement en droit de me demander les, fidèles troupes de §a Majesté George V.

t- Le baron Idzumi et le colonel Harvey ont quitté Dublin il y a deux jours, di^-je. Je saia qu'a»ant de partir ils ont faii le nécessaire aupria du général Maxwell pour que, sitôt guéri, je puisse rentrer en France. Jamais je na leur aurai esses: de reconnaissance.

M. Ralph frottait les dalles avec application. Il réitéra sa question.

— Et les autres ? Vous nt me demandez pas dt leurs nouvelles.

— Pearse 7

— Fuçillé, m«nji«u? 1« professeur, mercredi damier.

Cooyk'

— Eh I c'est à cela que je dois d'être eneore en vie. Vous avez été apporté dans cet hôpital le 29 au soir, monsieur le professeur. J'y entrai presque en même temps que vous, mais, comme il convient, par l'escalier de service. C'est une situation d'attente, j'ai l'honneur de vous le répéter. -Double avantage : j'économise mes modestes déniera et je reste à la disposition de nos amis. *;

Il eut un bizarre sourire pour ma dire :

— Vous ne me demandez pas de leurs nouvelles ?

— J'en ai eu, dis-je avec effort, jusqu'à mardi dernier par le baron Idzumi et le colonel Harvey.

— Entre parenthèses, fit M. Ralph, ces messieurs ont peut-être omis de vous dire que c'est à eux que vous deviez la vie. 11 est équitable que je vous l'apprenne.

— Ils sont aussi modestes que bous, murmurai-je.

— Et braves, monsieur le professeur. Je puis vous dire comment les choses se sont passées. Après l'irruption de ce fâcheux obus dans la maison, presque dans la salle où venait de se signer la capitulation, tout le monde s'est relevé à peu près indemne, sauf vous, monsieur le professeur. Vous aviez été projeté contre la muraille, votre nuque est, paraît-il, fragile, de sorte que vous gisiee par terre, privé de sentiweat. Daeee, Ton»

désiré étaient dans le même instant appréhendés par no» bons am>p britannique*.

— Je sais, dis-je, c'est en cet instant qu»

MM. Harvey et I4?unii se sont interposés.

~~ Leurs papiers en main, monsieur la profitaseur, ils ont fait un tapage de tous les diables; dans la même temps que Je professeur Henriltaen était remis sur ses pieds a coups de crosse par les soldats, non seulement ceux-ci ne vous brutalisaient pas, mais encore, ahuris par les injonctions de l'Américain et du Japonais, ils vous transportaient bien gentiment, colonel Harvey tonnant devant, baron Idzumi tempêtant derrière, vers des lieux plus tranquilles... Je n'en ai pas vu davantage, ayant jugé préférable de différer les explications qu'étaient parfaitement en droit de me demander les fidèles troupes de ga Majesté George V.

tt Le paron Idîumi et le colonel Harvey ont guitté, Dublin il y a deux jours, dis-je. Je soi» qu'avant de partir ils ont fait le nécessaire auprès du général Maxwell pour que, sitôt ^uérj, je puiss» rentrer en France. Jamais je ne leur aurai assez de reconnaissance.

M. Ralph frottait les dalles avec application. Il réitéra ça question.

— Et les autres? Vous nt nie demandez a** dt leurs nouvelles.

— Pearseî

— Fusillé,, msmsiçur l« professeur, mercredi dernier.

Cooyk'

— Clarke ?

— .Fusillé, également mercredi.

— Mao Donagh?

— Fusillé, toujours mercredi dernier.

— Connolly?

— Condamné à mort. Mais on est humain. Oa attend pour le fusiller qu'il puisse se tenir debout.

— Mac Bride 1 . ""

— Fusillé, ainsi que Plunkett, Edward Daly, William Pearse, O'Hanrahan, l'un hier, les autres avant-hier. >v ■v ■ i

— Le comte d'Antrïm ? demandai-je à voix basse.

— Sa Seigneurie, dit M. Ralph, d'un ton détaché sous lequel se percevait un tremblement atroce, Sa Seigneurie a été arrêtée le 26 avril et enfermée immédiatement à la prison de Tralee. Mais pour un vieillard, de telles émotions, vous comprenez. Ajoutez que, dans cette saison, les cachots sont assez froids. Le comte d'Antrim a été trouvé mort dans le sien le dimanche 30 avril, comme le geôlier venait lui demander s'il aurait plaisir à assister à la messe.

Nous nous tûmes tous deux. M. Ralph exprimait dans la cuvette les gouttes brunes de l'éponge.

— Vous ne voyez personne encore sur le sort de qui, monsieur le professeur, vous désireriez avoir des nouvelles?

— La comtesse, fls-je d'une voix tremblante, la comtesse Markievicz ? »

M. Ralph, ayant rassemblé son matériel, avait déjà fait un pas pour me quitter.

— La comtesse Markievicz, fit-il. Ella attend en

; ,GoogIc

je me dressai sur mon ut avec un en d'angoisse.

— Ah I fls-je^ Ralph, arrêtez, pour Dieu, arrêtez. Il revint vers moi. Il était blême et souriant.

— Cessez, cessez, fis - je, cette abominable comédie. Ne voyez-vous donc pas que je ne suis pas de force.

— Vraiment, monsieur le professeur.

— Assez, Ralph, assez. Dites-moi, ah ! dites-moi. Au même instant, un glissement discret se fit

entendre sur les dalles.

La sèche et solennelle Miss Gertie, mains croisées sur sa poitrine plate, venait vers nous.

M. Ralph laissa tomber son éponge.

Comme il se baissait pour la ramasser, j'en- d tendis sa voix sifflante murmurer :

— Elle aussi, elle attend en prison sa sentence. ; Elle a du courage. Faisons comme elle.

. Il se tut.

Miss Gertie était entre nous.

— Que faites-vous là î fit-elle, soupçonneuse. : Ignorez-vous que le règlement interdit aux garçons de salle d'entrer en conversation avec les malades t \ i

M. Ralph serrait d'un air contrit la cuvette . contre sa poitrine. v

— Je ne l'ignore pas, Miss Gertie. Mais c'est monsieur qui m'a appelé.

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— Fusillé, toujours mercredi dernier.

— Conoolly?

— Condamné à mort. Mais on est humain. On attend pour le fusiller qu'il puisse se tenir debout.

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— Fusillé, ainsi que Plunkett, Edward Daly, William Pearse, O'Hanrahan, l'un hier, les autres avant-hier. r-j ■> ■ ; • i

— Le comte d'Antrim ? demandai-je à voix basse. •

— Sa Seigneurie, dit M. Ralph, d'un ton détaché sous lequel se percevait un tremblement atroce, Sa Seigneurie a été arrêtée le 26 avril et enfermée immédiatement à la prison de Traïee. Mais pour un vieillard, de telles émotions, vous comprenez. Ajoutez que, dans cette saison, les cachots sont assez froids. Le comte d'Antrim a été trouvé mort dans le sien le dimanche 30 avril, comme le geôlier venait lui demander s'il aurait plaisir à assister à la messe.

Nous nous tûmes tous deux. M. Ralph exprimait dans la cuvette les gouttes brunes de l'éponge.

— Vous ne voyez personne encore sur le sort de qui, monsieur le professeur, vous désireriez avoir des nouvelles?

— La comtesse, fis-je d'une voix tremblante, la comtesse Markieviczî -

M. Ralph, ayant rassemblé son matériel, avait déjà fait un pas pour me quitter.

— La comtesse Markievicz, fit-il. Ella attend en

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— C'est bien tout, n'est-ce pas ? Vraiment, je ne vois plus personne... Au revoir, monsieur le professeur.

Je me dressai sur mon lit avec un cri d'angoisse.

— Ah ! fis-je^ Ralph, arrêtez, pour Dieu, arrêtez. Il revint vers moi. Il était blême et souriant.

— Cessez, cessez, fis - je, cette abominable comédie. Ne voyez-vous donc pas que je ne suis pas de force.

— Vraiment, monsieur le professeur.

— Assez, Ralph, assez. Dites-moi, ah I dites-moi. Au même instant, un glissement discret se fit

entendre sur les dalles.

La sèche et solennelle Miss Gertie, mains croisées sur sa poitrine plate, venait vers nous.

M. Ralph laissa tomber son éponge.

Comme il se baissait pour la ramasser, j'en-^ tendis sa voix sifflante murmurer :

— Elle aussi, elle attend en prison sa sentence. ] Elle a du courage. Faisons comme elle.

. Il se tut. Miss Gertie était entre nous.

— Que faites-vous là ? fit-elle, soupçonneuse. Ignorez-vous que le règlement interdit aux garçons de salle d'entrer en conversation avec les malades ? .-

M. Ralph serrait d'un air contrit la cuvette . contre sa poitrine.

— Jô ne l'ignore pas, Miss Gertie. Mais c'est monsieur qui m'a appelé.

Cooyk'

affirmée que" vous vous' feriez un véritable plaisir de lui en procurer une. ,,'..,-,

Elle eut un regard à la fois «tonné et satisfait.

— Un plaisir, non, Bt-elle majestueusement.

Dites : un devoir. .

— Alors tout Madien, Amalec et les peuples orientaux se réunirent, et passant le Jourdain ils campèrent dans la vallée de lezrael. Mats [espra du Seigneur remplit Gêdèon qui, sonnant de ls trompette, convoqua la maison fAbiézer, afin quelle le suivit, et il envoya des messagers a lovl Manassè, qui, lui aussi...

De sa voix monotone, M. Ralph me faisait la lecture du livre sacré, que je m'étais déclaré dam l'impossibilité de lire moi-même, en raison de mes mauvais yeux. 11 y avait trois jours qu'il remplissait auprès de moi cet office. Miss \GertJe avait bien voulu alléger son service de salle, afin que le soin de mon âme fût mené parallèlement avec celui de mon corps. La digne infirmière, affligée d'une surdité assez accentuée, assistait généralement à nos pieux exercices. Pour l'instant, elle tricotait, la pieuse fille, ne s'interrompant que pour

DM,:, ;M; ,G00gIc

-— ... Or Madian et Amalec, et tous les peuples orientaux, étaient couchés épars dans la vallée comme une multitude de sauterelles...

— Rien de nouveau? demandai-je à voix basse.

— Les chameaux aussi étaient innombrables comme le sable qui est sur le rivage 4e la mer..., continua imperturbablement M. Ralph. ,

Sur le même ton, sans avoir l'air d'interrompre sa lecture, il dit : r i

— Si, il y a du nouwau. . ...

— Qwoi?

— £4 lorsque Gédéon se fut avancé, quelqu'un racontait ainsi à son, voisin un songe qu'il avait eu... vous quittez l'hôpital demain 'matin jeudi, 11 maii C'est . bien ce qui avaitéfié prévu... je voyais comme un pain d'orge cuit tous la Cendre rouler, et descendre dont le camp de Madian.»

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,: !■*■ Cela n'est pas autre choie que le glaive de Gédéan, fils de j'aas, homme ^'Israël... Elle? La Gpux, martiale ne s'est pas encore prononcée à son Sujet"- ,Oe,sera pour dêmain t ôu.pour samedi.

— Je ne veux pas quitter Dublin avant de savoir...

"— Voue dites : Je ne veux pas. Mais on ne vous ■demandera pas votre avis. Il est décidé que vous quitterez Dublin demain soir 1 ... Quand la trompette .sonnera dans ma main, vous aUsSi^ sonnez autour du camp, et criez ensemble .- Au Seigneur et à Gédéon!.,. Les relations par mer ne sont pas encore reprises entre Dublin et l'Angleterre. C'est pour

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affirmer que vous voua feriez un véritable plaisir de lui en procurer une. /

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— Un plaisir, non, fit-elle majestueusement.

Dites : un devoir. ,

— Alors tout Madien, Amalec et les peuples orientaux se réunirent, et passant le Jourdain ils campèrent dans la vallée de lesraêl. Mais f esprit du Seigneur remplit Gédéon qui, sonnant de ta trompette, convoqua la maison aTAMézer, afin qu'elle le suivit, et il envoya des messagers à tout Manassè, gui, lui aussi...

De sa voix monotone, M. Ralph me faisait la lecture du livre sacré, que le m'étais déclaré dans l'impossibilité de lire moi-même, en raison de mes mauvais yeux. Il y avait trois jours qu'il remplissait auprès de moi cet office. Miss Sertie avait bien voulu alléger son service de salle, afin que le soin de mon âme fût mené parallèlement avec celui de mon corps. La digne infirmière, affligée d'une surdité assez accentuée, assistait généralement à nos pieux exercices. Pour l'instant, elle tricotait, la pieuse fille, ne s'interrompant que pour

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orientaux, étaient couchés épars dans la vallée comme une multitude de sauterelles...

— Rien de nouveau? demandai-je à voix basse.

— Les chameaux aussi étaient innombrables comme le sable qui est sur le rivage 4e la mer..., continua imperturbablement M. Ralph, .,.

Sur le môme ton, sans avoir l'air d'interrompre sa lecture, il dit : ;

— Si, il y a du nouvsaut ...... ..■.--....

— Qwoi?

— Et lorsque Gédéon «, fut avancé, quelqu'un racontait ainsi à son, voisin, un. songe qu'il avait eu... vous quittez l'hôpital demain matin jeudi, 11 maii C'est .bien ce qui avait été prévu... je voyais comme un pain d'orge cuit sotts la tendre toulet, et descendre dans le camp de Madian.~

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— Je ne veux pas quitter Dublin avant de savoir...

"— Vous dites : Je ne veux pas. Mais on ne vous demandera pas votre avis. Il est décidé que voua ^quitterez Dublin demain soir 1 . .. Quand la trompette sonnera dans ma main, vous eUstii sonnez autour du camp, et criez ensemble ; Au Seigneur et à Gédéon!... Les relations par mer ne sont pas encore reprises entre Dublin et l'Angleterre. C'est pour

Cooyk'

— Oh 1 fls-je, je ne pourrai donc rien pour elle 1

— Vous lirez les journaux, fit sèchement M. Ralph. Et vous songerez que je suis là. Ayant pris deux hommes de Madian, Oreb et Zeb, Us tuèrent Oreb au rocher d'Oreb, et Zeb au pressoir de Zeb, et ils poursuivirent Madian... Par exemple, monsieur le professeur, peut-être pourrez-vous quelque chose pour moi, votre serviteur.

— Pour vous ? .

— Pour moi. Vous quittez demain soir Dublin, je le répète. Vous arriverez vers minuit à Belfast. Le bateau pour Liverpool ne part que le dimanche 14 mai. C'est donc toute la journée de samedi que vous allez avoir disponible. Or, Belfast, je vous en donne ma parole, n'est pas ce qu'on appelle une ville à mourir de rire. Quand vous aurez tourné une petite heure autour de la Thompson Mémorial Fountain...

— Eh bien ?\

- — Une grappe de raisin d'Ephraïm ne vaut-elle pas mieux que les vendanges d'Abièzer... Je vous demande, monsieur le professeur, de prendre le train à Midland station. En deux heures, il vous mènera à Colemine et à Portrush. De là, un tram- ^way électrique vous conduira au château de Dun-

Cooyk'

Seigneuries, avant de venir, à Kendale.

— Je sais, Ralph. ■ 1

— ...Lors donc que le Seigneur aura livré Zêbêe et Salmana en mes mains, je déchirerai votre chair avec les épines et les ronces du désert... Arrivé devant la grande porte du château, vous verrez, enchâssée dans la muraille, une sonnette de fer. Vous là tirerez deux fois, sans vous inquiéter de ne pas entendre résonner la cloche, qui est assez loin, à l'intérieur des bâtiments. Vous attendrez qu'on vienne vous ouvrir. Ce sera une vieille femme qui viendra. Ma mère, monsieur le professeur.

— J'irai, Ralph.

— Merci, monsieur le professeur. Ma mère n'a jamais quitté Dunmore, dont elle doit être à l'heure actuelle la seule gardienne. J'ai bien peur que là aussi, ces derniers jours, il n'y ait eu des histoires, du .fait de la police. On aura sûrement perquisitionné, peut-être fait des désrâts... Et Gèdéon montant par la voie de ceux qui demeuraient dans les tentes, vers la patrie orientale de Nobé et de Zegbaa... Mais enfin, je ne peux croire qu'ils aient inquiété ma mère, elle a soixante-douze ans, mon-,, sieur le professeur.

— Que faudra-t-il lui dire, Ralph î

— Ce qui s'est passé, que je suis vivant et que, dès que je le pourrai, j'irai l'embrasser. Vous lui expliquerez que, pour l'instant, c'est impossible, et que d'ailleurs ma besogne n'est pas terminée ici. Vous tâcherez de bien la rassurer, la pauvre vieille* Par avanse, je vous remercie... Et revenant du

Cooyk'

— Oh ! fis-je, je ne pourrai donc rien pour elle I

— Vous lirez les journaux, fit sèchement M. Ralph. Et vous songerez que je suis là. Ayant pris deux hommes de Madian, Oreb et Zeb, ils tuèrent Oreb au rocher d'Oreb, et Zeb au pressoir de Zeb, et ils poursuivirent Madian... Par exemple, monsieur le professeur, peut-être pourrez-vous quelque chose pour moi, votre serviteur.

— Pour vous T ; ■

— Pour moi. Vous quittez demain soir Dublin,' je le répète. Vous arriverez vers minuit a Belfast. Le bateau pour Liverpool ne part que le dimanche 14 mai. C'est donc toute la journée de samedi que vous allez avoir disponible. Or, Belfast, je vous en donne ma parole, n'est pas ce qu'on appelle une ville à mourir de rire. Quand vous aurez tourné une petite heure autour de la Thompson Mémorial Pountain...

— Eh bien î 1 -. ,

- — Une grappe de raisin d'Epkraïm ne vaut-elle pas mieux que les vendanges d'Abiêzer... Je vous demande, monsieur le professeur, de prendre le train à Midland station. En deux heures, il vous mènera à Colemine et à Portrush. De là, un tram- ^way électrique vous conduira au château de Dun-,

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— ...Lors donc que le Seigneur aura livré Zêbèe et Salmana en mes mains, je déchirerai votre chair avec les épines et les ronces du désert... Arrivé devant la grande porte du château, voua verrez, enchâssée dans la muraille, une sonnette de fer. Vous là tirerez deux fois, sans vous inquiéter de ne pas entendre résonner la cloche, qui est assez loin, à l'intérieur des bâtiments. Vous attendrez qu'on vienne vous ouvrir. Ce sera une vieille femme qui viendra. Ma mère, monsieur le professeur.

— J'irai, Ralph.

— Merci, monsieur le professeur. Ma mère n'a jamais quitté Dunmore, dont elle doit être à l'heure actuelle la seule gardienne. J'ai bien peur que là aussi, ces derniers jours, il n'y ait eu des histoires, du iait de la police. On aura sûrement perquisitionné, peut-être fait des dérâts... Et Gédéon montant par la voie de ceux qui demeuraient dans les tentes, vers la patrie orientale de Nobé et de Zegbaa... Mais enfin, je ne peux croire qu'ils aient inquiété ma mère, elle a soixante-douze ans, mon-,, sieur le professeur.

— Que faudra-t-il lui dire, Ralph ?

— Ce qui s'est passé, que je suis vivant et que," dès que je le pourrai, j'irai l'embrasser. Vous lui expliquerez que, pour l'instant, c'est impossible, et que d'ailleurs ma besogne n'est pas terminée ici. Vous tâcherez de bien la rassurer, la pauvre vieille* Par avanee, je vous remercie... Et revenant du

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reposent Leurs Seigneuries* tfc d'eu l'en 4, que 1» temps soit oaliïMi ou que le veatt «ouifti oh tempête, uns bien belle vue sur la mer»; Gethtrne tir» pas son glaive, Gédêon se leva et tua Zèbée et Salnuma. Il prit ensuite les ornements et tes bulles dont on a coutume d'orner le eou des chameaux des roit.

L'infirmière s'était levée et, penchée sur l'épaule de M. Ralph, elle aussi, maintenant, elle lisait.

— Vous n'en êtes encore que la ? dit-elle. -

— Effectivement, miss Gertie. Gela tient à ce que M. la professeur Gérard interrompt de temps à autre, par quelque commentaire approprié, la lecture du divin texte.

Ma bible d'une main, mort petit bagage 'de l'autre, je franchie le lendemain matin vers dix heures la porte de l'hôpital, j'étais accompagné des vœux de miss Gertie, mais je n'avais pu parvenir a revoir M. Ralph:

A midi, j'étais en règle avec l'autorité britannique. On m'avait remis, accompagné de quelques paroles sans bienveilU ice, mon passeport pour Belfast, où je devais le faire viser à nouveau par l'autorité militaire, l'état de siège n'étant pas sur le point de cesser.

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•eul. Une jeune fille tremblante me servait maladroitement.

Par des rués effondrées, que je ne reconnaissais peu, j'essayai de gagner les endroits où j'avais passé quelques heures auprès d'Antiope ; je ne pus y parvenir. Il n'y avait plus que des décombres gardés par des sentinelles, baïonnette au canon, qui, de loin, faisaient signé de ne pas approcher.

Alors, tournant lé dos aux quartiers où la lutte s'était déroulée avec le plus d'atrocité, je me diri- . geai vers North King Street.

— Madame Hughes !

— Monsieur, c'est vous ( \ J'étais venu pour avoir des nouvelles 3e ce»

pauvres gens, qui avaient fait pour nous de leur mieux. Maintenant, je restais muet devant M" Hughes, toute de noir vêtue.

— Asseyez-vous, monsieur, je vous prie. Je suis contente de voua voir en bonne santé, après 'de si terribles choses.

Ella était devenue en ces douze jours une vieille, Iris vieilli femme, avec de tristes mains tremblantes et une voix cassée.

Je parvins enfin à prononcer un mot,,

*■ Denis t '<.

M™ Huches eut urt gesta.

«* Ils ne l'ont pas eu, monsieur, grâcs au ciel. Il «toit ètra quelque part, sur les routes, à l'intérieur •lu pays. Il ne pouvait plus être Question pour lui, a'Mt-M pas, 4s rejoindre son régiment dans les

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xera a uajsutwr. au pem-eiro wwiujvs-veus ■ iui

dsraander de visiter le château, le eimetiira «à reposent Leure Seigneurie^ et d'Où l'en *, qu» le tempe soit «aime ou que le veftt eouïfte es tsmpôte, une bien belle vue sur la mer*<: Gethtr ne tira pas son glaive, Gédéon se leva et tua Zébée et Satmana. H prit ensuite les ornements et les bulles dont on a coutume d'orner le cou des chameaux des roit.

L'infirmière s'était levée et, penotife sur Vê de M. Ralph, elle aussi, maintenant, elle lisait.

— Vous n'en êtes encore que là î dit-elle. -

— Effectivement, miss Gertïe. Gela tient à ce que M. le professeur Gérard interrompt de temps à autre, par quelque commentaire approprié, la lecture du divin texte.

Me. bible d'une main, mort petit bagage 'de l'autre, je franchis le lendemain matin vers dix heures la porte de l'hôpital, j'étais seeompagn* des vœux de miss Gertie, mais je n'avais pu parvenir à revoir M. Ralph;

A midi, j'étais en règle aVec l'autorité britannique. On m'avait remis, accompagné de quelques paroles sans bienveilk ice, mon passeport pour Belfast, où je devais le /aire viser à nouveau par l'autorité militaire, l'état de siège n'étant pas sur le point de cesser.

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ieul. Une jaune fille tremblante me servait maladroitement,

Pir dM rues effondrées, que je ne reconnaissais pas, j'essayai de gagner les endroits où j'avais passé quelques heures auprès d'Antiope ; je ne pus y parv*nir. Il n'y avait plus que des décombres gardés par des sentinelles, baïonnette au canon, qui, de loin, faisaient signe de ne pas approcher.

Alors, tournant lé dos aux quartiers où la lutte s'était déroulée avec le plus d'atrocité, je me diri- . geai vers North Ring Slrcet.

— Madame Hughes I

— Monsieur, c'est vous f \ J'étai» venu pour avoir des nouvelles de ces

pauvres gens, qui avaient fait pour nous de leur mieux. Maintenant, je restais muet devant M™ Hughes, toute de noir vêtue.

— Asseyez-vous, monsieur, je vous prie. Je suis contente de vous voir en bonne santé, après 'de si terribles choses.

Ella était devenue en ces douze jours une vieille, tris vieille femme, avec de tristes mains tremblantes et une voix cassée.

Je parvins enfin à prononcer un mot..

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M™ Huf hes eut urt geste.

aat Ils ne l'ont pas eu, monsieur, grâco au ciel. Il doit être quelque part, sur les routes, à l'intérieur «lu paya. Il ne pouvait plus être Question pour lui, a'Mt-M pas, de rejoindre son régiment dans les

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Cooyk'

j'entendis en haut la voix de quelqu'un qui disait : « Pourquoi faites- vous cela ? Nous ne vous avons rien fait. » Après il y eut un bruit sourd qui nous fit tressauter, comme si les soldats avaient remué ou renversé un gros meuble, comme une armoire. Je ne pensais guère que c'était l'un des deux hommes qui venait de tomber. Nous avons entendu des soldats aller et venir toute la nuit au-dessus de nous. Un soldat blessé fut apporté dans le vestibule, je l'ai veillé et j'ai fait tout ce que j'ai pu pour lui.

— Et puis, madame Hughes ?

— Dans la journée, j'ai été porter une fasse dé thé au vieil aveugle, vous savez, comme je montais les escaliers, un soldat me cria : « Vous ne devez pas monter là. » Je commençai à devenir nerveuse et inquiète. En passant devant la porte du salon sur le devant, je m'arrêtai pour regarder par le trou de la serrure. Quelle horreur I II y avait un homme mort qui gisait près de la cheminée. Je demandai au soldat :, « Qui est-ce ?» Il répondit : a Un rebelle de l'une des maisons. » Je n'étais pas encore sûre. Je suis redescendue toute tremblante et j'ai demandé à M"" Walsh de quelle couleur étaient les chaussettes de son mari, comme j'avais pu voir distinctement les jambes de l'homme qui gisait en haut. Elle vit que j'étais terrifiée et elle commença à s'alarmer aussi. Mais je la rassurai pour quelque temps. Après cela, j'ai commencé à soupçonner la vérité et j'ai demandé plusieurs fois aux soldats : « Où est mon mari î » Ils ont répondu :

Cooyk'

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rien fait. » Après il y eut un bruit sourd qui nous fit tressauter, comme si. les soldats avaient remué ou renversé un gros meuble, comme une armoire: Je ne pensais guère que c'était l'un des deux hommes qui venait de tomber. Nous avons entendu des soldats aller et venir toute la nuit au-dessus de nous. Un soldat blessé fut apporté dans le vestibule, je l'ai veillé et j'ai fait tout ce que j'ai pu pour lui.

— Et puis, madame Hughes ?

— Dans la journée, j'ai été porter une fasse de thé au vieil aveugle, vous savez, comme je montais les escaliers, un soldat me cria : « Vous ne devez pas monter là. » Je commençai à devenir nerveuse et inquiète. En passant devant la porte du salon sur le devant, je m'arrêtai pour regarder par le trou de la serrure. Quelle horreur I II y avait un homme mort qui gisait près de la cheminée. Je demandai au soldat : « Qui est-ce ? » n répondit : « Un rebelle de l'une des maisons. » Je n'étais pas encore sûre. Je suis redescendue toute tremblante et j'ai demandé à M*" Walsh de quelle couleur étaient les chaussettes de son mari, comme j'avais pu voir distinctement les jambes de l'homme qui gisait en haut. Elle vit que j'étais terrifiée et elie commença à s'alarmer aussi. Mais je la rassurai pour quelque temps. Après cela, j'ai commencé à soupçonner la vérité et j'ai demandé plusieurs fois aux soldats : « Où est mon mari ? » Ils ont répondu :

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d'eau et un linge et monta, le premier. Certainement il voulait laver la sang qui était Sur las cadavres, car plus tard nous les avons trouvés les vêtements mouillés. Quand il eut fini, l'officier redescendit, et, portant une bougie, il m'accompagna jusqu'à la chambre en haut, où je trouvai le cadavre de mon mari. ,

-* Ecrivez cela, madame Hughes, sans omettre aucun détail. Et peut-être ainsi la mort dii pauvre M. HugheB n'aura pas été absolument inutile a son pays (t).

> Vers sept heures du soir, dans la sinistre gare d'Amiens Street, toute grouillante de: .troupes obscures, j'eus une défaillance. Je résolmbmaquement de rester, coûta que coûte, dans cette, ville où le sort d'Antiope allait se. décider. Déjà les portières du train qui allait partir se fermaient l'une après l'autre. Je demeurais sur un banc .du iju», prostré, grelottant de. fièvre.. Deux ,©mhres, a\u> girent alors devant moi. En quelques roots, brefs, je fus invité à prendre place dans un compartiment

(1) M" Hugues s suivi le conseil qui lui a' été donné. Sa déposition devant la Commission' d'enquête reptfAtiit textuellement les termes du récit ci-dessus (Cf. le» Mattaere» de Dublin. Traduit de l'anglais pour la société de documentation Internationale. Paris. Déposition de M"' Hugues, t»uy« de lù»W UtigUM, V 172, Nortn King Street). - . -,

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de telles heures, on ne redoute plus grand'c la vie.

Le cœur battant, je tirai la vieille sonnette rouillée dont M. Ralph m'avait parié. Deux minutes interminables B'éooulèreni. L'énorme porte s'ouvrit pesamment.

— Madame Macgregor, n'est-ee pas ?

J'avais devant moi une petite, toute petite vieille. Ses yeux m'interrogeaient avec une sorte d'effroi douloureux. Des yeux "bleu pâle, presque aussi pale que la ciel surplombant, à travers lequel de grands nuages blanee naviguaient avec majesté.

— Je viens de la part de votre fils Ralph. Il vit. Et il est libre.

Elle joignit sur son eosur ses mains émergeant à peine de mitaines de laine noire.

-v- De la pari de Ralph ? Ah 1 monsieur, entrez, entrez.

La porte se referma derrière nous avee un brait sourd.

— Venez, monsieur, venez.

Nous traversâmes une cour dominée par de gigantesques murailles grises. PrèB d'un perron do grande allure, mais vieux, mais laissant pousser des herbes entre chacune de ses pierres U3ées et disjointes, il y avait une niche au bord de laquelle un dogue à la chaîne sommeillait. Il devait lui aussi

Cooyk'

insisté pour en savoir davantage et quelques-uôs des soldats dirent que je devrais voir un officier. A la fin, vers dix heures du soit, lin Officier vint. Après une longue attente, il me permit de monter voir. Auparavant, il nous demanda une terrine d'eau et un linge et monta le premier. Certainement il voulait laver le sang qui était sur les cadavres, car plus tard nous les avons trouvés les vêtements mouillés. Quand il eut fini, l'officier redescendit, et, portant une bougie, il m'accompagna jusqu'à la chambre en haut, où je trouvai le cadavre de mon mari. ,

-* Ecrivez cela, madame Hughes, sans omettre aucun détail. Et peut-être ainsi la mort du pauvre M. Hughes n'aura pas été absolument mutile a sou pays (1).

! Vers sept heures du soir, dans la sinistre gare d'Amiens Street, toute grouillante de: troupe* obscures, j'eus une défaillance. Je résolus. brusquement de rester, coûte que coûte, dans cette ville où le sort d'Antiope allait se, décider. Déjà las portières du train qui allait partir se fermaient l'une après l'autre. Je demeurais sur un banc du quai, prostré, grelottant de fièvre. Deux ombres, suri girent alors devant moi. En quelques roots brefs, je fus invité à prendre place dans un compartiment

. (1) M™ Hugues * suivi le conseil qui lui a'éie donné. S» déposition devant la Commission d'enquête reproduit textuellement les termes du récit ci-dessus (Cf. te* Fdanaerea de Dublin. Traduit de l'anglais pour la société de documentation Internationale. Paris. Déposition de M J - Hugues, Tsuve de "' ■' '" """ i* IB, Mono Kong Street). -..i.

vers lequel ces hommes me guidèrent, me traînèrent presque. L'un d'eux monta avec moi. Après de telles heures, on ne redoute plus grand'cbose de la vie.

Le cœur battant, je tirai la vieille sonnette rouillée dont M. Ralph m'avait parlé. Deux minutes interminables s'écoulèrent. L'énorme porte s'ouvrit pesamment.

— Madame Macgregor, n'est-ce pas ?

J'avais devant moi une petite, toute petite vieille.

Ses yeux m'interrogeaient avec une sorte d'effroi douloureux. Des yeux bleu pâle, presque aussi pâle que la ciel surplombant, à travers lequel de grands nuages blancs naviguaient avec majesté.

— Je viens de la part de votre fils Ralph, il vit. Et il est libre.

Elle joignit sur son eosur ses mains émergeant à peine de mitaines de laine noire.

-.- Da la part de Ralph ? Ah 1 monsieur, entrez, entrez.

La porte se referma derrière nous avec un bruit sourd.

— Venez, monsieur, venez. ,

Nous traversâmes une cour dominée par de gigantesques murailles grises. Près d'un perron de grandp allure, mais vieux, mais laissant pousser des herbes entre chacune de ses pierres usées et disjoint*», il y avait une niche au bord de laquelle un dogue a la chaîne sommeillait. Il devait lui aussi

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me faire voir le château. J'ai connu autrefois, alors

qu'elle était toute petite fille, la comtesse Antiope.

Elle me parlait souvent de Dunmore. Je serais

heureux, vraiment...

. — Mais, monsieur, tout ce que vous voudrez.

' Elle secouait & sa ceinture un gros trousseau de

clefs.

-T- Ralph m'a dit aussi, fis-je en souriant, que ce ne serait pas indiscret à moi de vous demander a partager votre repas.

Elle joignit les mains.

— Oh ! monsieur, je vous demande pardon. Je suis une pauvre vieille femme, voyez-vous, à qui les événements ont enlevé le peu d'idées qui lui restaient. Il faut tout' me dire.

Elle eut dans ses yeux la seule lueur que j'y vis 'de toute la journée.

— Ralph, dit-elle, lui, il pense à tout. Il a tou-~ jours pensé à tout.

En même temps, elle me tendait son trousseau de clefs. Et, comme j'avais un geste de refus discret.

— Oh 1 diïVelle avec une naïveté désarmante, ces messieurs de Belfast me les ont prises. Un ami do mon fils a ici autant de droits, je pense, que les policiers anglais..

Une heure 'durant, ferrai dans le château. Mes pas résonnaient à travers les escaliers et les corridors déserts. Parvenu au second étage, j'ouvris une

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me faire voir le château. J'ai connu autrefois, alors

qu'elle était toute petite tille, la comtesse Antiope.

Elle me parlait souvent de Dunmore. Je serais

heureux, vraiment...

. — Mais, monsieur, tout ce que vous voudrez.

' Elle secouait à sa ceinture un gros trousseau de

clefs.

-r- Ralph m'a dît aussi, fls-je en souriant, que ce ne serait pas indiscret à moi de vous demander à partager votre repas.

Elle joignit les mains. *

— Oh I monsieur, je vous demande pardon. Je suis une pauvre vieille femme, voyez-vous, a qui les événements ont enlevé le peu d'idées qui lui restaient. Il faut tout'me dire.

Elle eut dans ses yeux la seule lueur que j'y vis de toute la journée.

— Ralph, dit-elle, lui, il pense à tout. Il a tou-~ jours pensé à tout.

En même temps, elle me tendait son trousseau de clefs. Et, comme j'avais un geste de refus discret.

— Oh ! dit«lle avec une naïveté désarmante, ces messieurs de Belfast me les ont prises. Un ami de mon fils a ici autant de droits, je pense, que les policiers anglais.

Une heure durant, j'errai dans le château. Mes" pas résonnaient à travers les escaliers et les corridors déserts. Parvenu au second étage, j'ouvris une

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— Votre déjeuner est prêt, monsieur, dit-elle. Je dus, malgré mes protestations, m'attabler seul

dans l'énorme salle à manger où elle avait dressé mon couvert. Une bui rc de cristal et d'argent, remplie de vin pâle, -projetait sur la nappe son ombre rose et diaprée. Je mangeai rapidement, en évitant de heurter entre eux les objets dont je me servais.

— Et maintenant, dit la petite vieille, si monsieur veut bien me suivre.

J'obéis. Nous descendîmes tous deux dans la cour d'honneur. Elle ouvrit la porte d'entrée, s'effaçant pour me laisser passer. Je m'aperçus alors qu'elle avait à la main un bouquet de fleurs.

— Monsieur, dit-elle, ne m'en voudra pas de l'amener là.

Nous vînmes à traverser la route rocheuse qui serpente au pied du château de Dunmore. De Vautre côté de cette route il y avait une muraille haute d'environ six pieds avec, en son milieu, une grille de* fer surmontée d'une croix.

La mère de Ralph poussa cette grille qui s'ouvrit en grinçant. A ce grincement, répondit un concert de cris rauques. Des mouettes s'étaient mises & tourbillonner autour de nous.

Nous nous trouvions dans une sorte d'enclo3 taillé dans le sommet de la roche. De trois côtés, c'était l'immensité bleue et blanche du ciel et de la mer ; derrière nous, s'érigeait l'âpre et majestueuse silhouette du château.,

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loiietre. je ni y accoudai. 1j& mer s eienaan a perse de vue, une mer de printemps, d'up lilas trèB pâle, à la surface de laquelle les courants, en teintes plus fonGée», dessinaient leurs fleuves.

Je refermai la fenêtre. Avec, au cœur, une émotion immense, je me mis à ouvrir des portes.

C'étaient toujours les mîmes sort*s de pièces, en forme de nefs renversées, solennelles comme des chapelles, austèrement boisées de çhône. Au mur, des portraits. La longue puite des gentilshommes qui avaient mené au cours des âges le tragique combat contre le Sayon. Des glaces, parfois, dans lesquelles je me voyais venir de très loin, .augmentaient encore les dimensions fantastiques de ces ealles. Cette demeure, on l'avait quittée depuis moins de deux ans, et elle semblait inhabitée depuis des siècles. :,:.

Soudain, je tressaillis, ayant poussé une ports, A n'en pas douter, je venais d'entrer gana la chambre d'Antiope. .."*«-■

j'allai droit à une petite console de bois de rose.' Dans les cadres vieillot», jl y avait quelques photographies. C'étaient des portraits d'Antiope enfant. . Une de ces photographies la représentait avec sa petite jupe courte, sa blouse, son col marin [ je la retirai do son cadre. Au dos, je lus le nom du photographe, son adresse. (jrande-JEïup, A^c-lfiS- Bains, et la date, 1894.

Je glissai le mince portrait dans mon porUfeoillt et, doucement, je sortis sur la pointa des pieds. .--

Des pas lé.-jers s'entendaient dans l'escalier. C'était la petite vieille, ce ne pouvait Être qu'alla..

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— Votre déjeuner est prêt, monsieur, dit-elle. Je dus, malgré mes protestations, m'attabler seul

dans l'énorme salle à manger où elle avait dressé mon couvert. Une buire de cristal et d'argent, remplie de vin pâle, -projetait sur la nappe son ombre rose et diaprée. Je mangeai rapidement, en évitant de heurter entre eux les objets dont je ma servais.

— Et maintenant, dit la petite vieille, si monsieur veut bien me suivre.

J'obéis- Nous descendîmes tous deux dans la cour d'honneur. Elle ouvrit la porte d'entrée, s'eîfaçant pour me laisser passer. Je m'aperçus alors qu'elle avait à la main un bouquet de fleurs.

— ■ Monsieur, dit-elle, ne m'en voudra pas de l'amener là.

Nous vînmes à traverser la route rocheuse qui serpente au pied du château de Dunmore. De l'autre côté de cette route il y avait une muraille haute d'environ six pieds avec, en son milieu, une grille de* fer surmontée d'une croix.

La mère de Kalph poussa cette grille qui s'ouvrit en grinçant. A ce grincement, répondit un concert de cris rauques. Des mouettes s'étaient mises & tourbillonner autour de nous.

Nous nous trouvions dans une sorte d'enclos taillé dans le sommet de la roche. De trois côtés, c'était l'immensité bleue et blanche du ciel et de la mer ; derrière nous, s'érigeait l'âpre et majestueuse silhouette du château..

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— Les tombes de Leurs Seigneuries, dit la petite vieille.

Et elle s'engagea dans l'allée que faisaient, de part et d'autre, les lourds rectangles gris.

Des inscriptions étaient gravées sur toutes ces pierres. Les premières étaient effacées, à peu près indéchiffrables. Au fur et à mesure que nous avancions, que nous descendions avec elles le cours des temps, elles devenaient plus lisibles.

La petite vieille alla vers la dernière, qui était ornée d'un bouquet de fleurs fanées. Elle enleva ce bouquet et le remplaça par le bouquet de fleurs fraîches qu'elle avait apporté. S'étant agenouillée quelques minutes, elle pria.

Autour de nous, le vol des mouettes se rétrécissait. Rassurées, quelques-unes se posèrent.

Debout, derrière la mère de Ralph prosternée, je laissais mes regards flotter entre le eiel et l'océan. Puis, je les sentis se fixer sur la pierre tombale que nous avions devant nous. Elle était séparée en deux parties égales par une barre noire. Dans la partie gauche, je lus :

Henry Baxter, comte de Kendale, 22 novembre 1878-6 juin 1915.

Dans la partie à droite de la barre noire, il fcfy avait rien.

Bientôt, la petite vieille se releva.

— Monsieur, dit-elle, a encore deux heures avant le départ de son train. Au lieu de rentrer

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sûr, de conseiller a monsieur d'employer le temps qui lui reste à aller voir la Chaussée des Géants.

Elle dit encore :

— Je m'excuse de ne pas conduire moi-même monsieur, mais je n'ai pas le droit de rester plus longtemps absenta du château. D'ailleurs, monsieur ne peut pas se tromper. Le sentier que voici mène tout droit à la Chaussée. Il n'y a pas pour dix minutes de chemin.

Et la Chaussée des Géants verra, avec ta victoire de Finn Mac Coul, la fuite de V envahisseur.

Finn Mac Coul, le géant, premier comte au pays d'Antrim, le pays des cavernes, s'est vu défié en combat singulier par son rival anglais, le géant Ballendoner. Finn Mac Coul ne craint pas Ballendoner ; non seulement il ne le craint pas, mais même pour permettre à Ballendoner de venir à lui, il a poussé la condescendance et la courtoisie jusqu'à relier par une chaussée construite de sa main l'Ecosse et l'Irlande. Ainsi Ballendoner pourra venir sans se mouiller les pieds. Ballendoner est venu, et Finn Mac Coul l'a vaincu. On pouvait espérer que Ballendoner accepterait d'un

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— Lies tomDes œ L<eurs seigneuries, ait la peute vieille.

Et elle s'engagea dans l'allée que faisaient, de part et d'autre, les lourds rectangles gris.

Des inscriptions étaient gravées sur toutes ces pierres. Les premières étaient effacées, à peu près indéchiffrables. Au fur et à mesure que nous avancions, que nous descendions avec elles le cours des temps, elles devenaient plus lisibles.

La petite vieille alla vers la dernière, qui était ornée d'un bouquet de fleurs fanées. Elle enleva ce bouquet et le remplaça par le bouquet de fleurs fraîches qu'elle avait apporté. S'étant agenouillée quelques minutes, elle pria.

Autour de nous, le vol des mouettes se rétrécissait. Rassurées, quelques-unes se posèrent.

Debout, derrière la mère de Ralph prosternée, je laissais mes regards flotter entre le eiel et l'océan. Puis, je les sentis se fixer sur la pierre tombale que nous avions devant nous. Elle était séparée en deux parties égales par une barre noire. Dans la partie gauche, je lus :

Henry Baxter, comte de Kendale, 22 novembre 1878-6 juin 1914.

Dans là partie à droite de la barre noire, il tfy avait rien.

Bientôt, la petite vieille se releva.

— Monsieur, dit-elle, a encore deux heures avant le départ de son train. Au lieu de rentrer

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sûr, de conseiller a monsieur d'employer le temps qui lui reste à aller voir la Chaussée des Géants.

Elle dit encore :

— Je m'excuse de ne pas conduire moi-même monsieur, mais je n'ai pas le droit de rester plus longtemps absente du château. D'ailleurs, monsieur ne peut pas se tromper. Le sentier que voici mène tout droit à la Chaussée. Il n'y a pas pour dix minutes de chemin.

Et la Chaussée des Géants verra, avec la victoire de Finn Mac Coul, la fuite de Fenvahisseur.

Finn Mac Coul, le géant, premier comte au pays d'Antrim, le paya des cavernes, s'est vu défié en combat singulier par son rival anglais, le géant Ballendoner. Finn Mac Coul ne craint pas Ballendoner ; non seulement il ne le craint pas, mais môme pour permettre à Ballendoner de venir à lui, il a poussé la condescendance et la courtoisie jusqu'à relier par une chaussée construite de sa main l'Ecosse et l'Irlande. Ainsi Ballendoner pourra venir sans se mouiller les pieds. Ballendoner est venu, et Finn Mac Coul l'a vaincu. On pouvait espérer que Ballendoner accepterait d'un

qui gisaient a ierre, uisiuquees. au iuiii, a i infini, s'étendait la grande mer grise, la mer à travers les brumes de laquelle les soldats de César, dans l'angoisse et la fierté de se sentir parvenus aux confins du monde, avaient cru entrevoir Thulé.

Gomme une sentinelle qui fait les cent pas, un contre-torpilleur allait et venait sur l'eau obscure. A mesure que les ténèbres devenaient plus denses, on voyait des lueurs rouges se mêler aux épais tourbillons noirs que vomissaient ses cheminées.

En attendant, dans une taverne de Coleraine, l'heure du train qui devait me ramener à Belfast, je lus dans un journal du soir les nouvelles de la journée. James Connolly et Sean Mac Diannada avaient été exécutés à Dublin le matin même. Le journal donnait en outre une liste de rebelles condamnés par la Cour martiale aux travaux forcés, a perpétuité.

Dans cette liste, je relevai le nom de M. de Valera et ceux des comtesses Markievicz el de Kendale.

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