II. eut un ricanement
-r- Non, non, pas où nous croyez t.. . Je n'ai pas droit- au titre de blessé de guerre. Les balles m'ont épargné dans les tranchées, me laissant le loisir d'y faire mon examen de conscience. J'ai songé à nos leaders au Parlement anglais, passés à la. couverture, engageant notre sang, le donnant contre des promesses dont aucune n'a été tenue. Alors qu'on refuse à nos soldats d'avoir sur leurs bonnets notre insigne national, j'ai vu tous nos ennemis mis au pinacle, l'ulstérien Carson, le pire de tous, appelé à siéger dans le cabinet de guerre. Savezvous qui est ce Carson, monsieur Gérard, l'homme qui au printemps de 1914 demandait au kaiser de lui envoyer des fusils pour ooua massacrer, et, en retour, l'assurait de toutes ses bonnes amitiés?...
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nous n'aurions jamais au aoauwonoer. uest dans une écnauffoupée avec les- soldats de la Couronne que j'ai eu ce bras cassé. On m'a condamné à mort, une foi&de plus. Je suis sous le coup d'une demande d'extradition. Dans huit jours, le vieux fenian peut fort bien se balancer au bout d'une corde, dans la prison de Pentonvtlle. La police, anglaise et française! ne me laisse guère de répit. Vous avez bien pu penser que ce n'était pas de gaieté de cœur que j'avais fait, toute une matinée, virevolter dans Paris et la banlieue un professeur au Collège de France! pour lequel j'ai, par ailleurs, le respect le plus profond. Je ne coucherai pas ici ce soir; monsieur Gérardi Dès que je vous aurai dit ce que j'ai à vous dire, je repartirai...
Un autre appel' de clairon monta. Un nouveau train s'ébranlait.
— Ah I qu'avez-vous à me dire de plus, m'écriai-je, sinon que vous nous trahissez.
M. Térence ne broncha pas.
— Monsieur le professeur, dit-il avec un grand calme, quand la France luttait contre l'Angle terre. nous avons toujours été à ses côt£s. Nous avons secondé les efforts de Château -R&nault et de Lauzun, de Hoche et d'Humbert. C'est à la Légion irlandaise qu'a été due la victoire de Fontenoy. Jamais, durant six siècles, un Français n'a eu, je pense, l'occasion de nous appliquer le mot traître. Je vois qu'aujourd'hui les choses sont en passe de
Cooyk'
nuisible à la France. Je vous le demande : les ' hommes qui ont la charge de votre politique exté- ; rieure n'auraient-ils pu s'entremettre pour que les promesses souscrites par le gouvernement anglais a notre égard fussent tenues 7 Vos diplomates ne sont-ils pas intervenus auprès du czar dans la question de l'indépendance polonaise ? Croyez bien que nous vous en aurions eu une certaine reconnaissance. Mais non, vous avez continué à ignorer l'Irlande. Aujourd'hui qu'elle est sur le point de sortir d'une lutte où elle n'a rien à gagner, vous ne vous souvenez d'elle que pour prononcer le mot 1 de trahison. Et pourtant, il vous eût été si facile de vous faire entendre. Nous avons l'habitude des conversations avec l'Angleterre. Nous savons que les observations qui lui sont faites sur un certain ton sont toujours écoutées. Vous aviez tout ce qu'il fallait pour faire écouter les vôtres. Ah t si vous l'aviez fait, vos régiments peut-être ne seraient pas seuls à s'embarquer dans l'horrible gare que voici. Deux cent mille Irlandais seraient prêts à vous apporter leur aide, au lieu d'être chez eux, en train de s'apprêter à y immobiliser un nombre égal de soldats anglais. Vous, pendant ce temps, vous célébrez French comme un génie et Kitchener comme un sauveur. Vous ignorez que tout ce qui a été au pouvoir de ce dernier pour décourager l'enrôlement irlandais, il l'a mis en œuvre. Ecoutez : quand est venue la guerre, John Redmond a offert sans conditions au parlement anglais les services
Cooyk'
.-- Puis-je wius demaeder, dis-je, désireux delaisser là une conversation où je me sentais déplor rablement malhabile, puis-je vous demander comment vous avez pu avoir l'idée- de vous adresser au jeune Laboulbènepour-...-
— Pour vous amener ici? dit eo souriant, M. Térenoe. De la, façon la plus simple. J'avais, ordre d'entrer en relations avec vous. A plusieurs reprises, j'ai essayé de vous rencontrer au Collège de France* mais vos, cours- du semestre d'hiver étaient terminés; Préférant ne pas me rendre à. votre domicile, et encore moins vous écrire, j'allais pourtant être obligé de recourir à l'une de ces, deux, solutions. Mais juste en même temps l'acquisition d'une automobile me faisait faire la connaissance de Vinoent Laboulbène. Il n'est ni très, discret, ni très défiant, o'est une justice à lui rendre. H me parla, de vous comme d'un de ses excellents amis. J'avoue que je ne crus pas d'abord que le hasard eût pu si bien me servir. Je doutai qu!il s'agît bien de vous. Mais, en même temps, ' j'apprenais que vous étiez chargé à la Maison de ., la Presse de la traduction des documents c::
langue mingrêlîenne. II m'était désormais impossible de lutter contre l'évidence. Il n'y a pas deux personnes en France, n'est-ce pas, qui portent le nom de Gérard, et qui connaissent le mingrélien.
Je baissai la tête, vaineu par un argument aussi irréfutable.
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— Diable 1 Notre jeune ami ne va plua tarder a nous revenir. Il me reste juste le temps de vous faire connaître l'objet de ma mission.
' D'une, voix aussi calme que celle dont il se fût servi pour louer les mérites de la 20 HP Laboulbène, M. Térence dit :
— Nous sommes aujourd'hui le 8 mars, monsieur le professeur, j'ai l'honneur de vous apprendre que dans un mois, vers le 20 avril, l'Irlande se soulèvera contre l'Angleterre ; pour parler plus exactement, lui déclarera la guerre.
— Une telle confidence me surprend moins après la conversation que nous venons d'avoir, dis-je, faisant de mon côté tous mes efforts, pour paraître calme.
— Evidemment, dit M. Térence. Mais il restait à préciser la date. C'est ce que je viens de faire.
: — Que diriez-vous, fis-je, si, en vous quittant, je me rendais au ministère de la Guerre, ou des Affaires étrangères, pour y présenter un résumé aussi complet que possible de notre entretien? M. Térence ne sourcilla pas.
— Ce serait sans doute une façon de comprendre votre devoir, dit-il. Je m'explique vos scrupules.
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— Vous seriez immédiatement arrêté.
— Ce ne serait pas la première fois, et j'ajoute que la chose n'aurait aucune importance. La seule chose qui importe, c'est le succès de nos projets. Or, à ce point de vue, votre démarche n'y changerait pas un iota.
— Comment cela ?
— C'est fort simple. Votre déposition sera immédiatement portée .a la connaissance du gouvernement anglais. Celui-ci demandera des explications au vice-roi d'Irlande, lord Wimborne. Lord Wimborne en causera avec le secrétaire d'Etat Birrell et le sous-secrétaire Nathan. Ils s'entertdront pour traiter la chose de racontar et de niaiserie. Je ne parle pas à la légère. Ce sont les termes mêmes qu'emploient ces trois gentlemen chaque |ois qu'un rapport de police leur annonce la rébellion pour l'été. Telle est la compréhension qu'a le château de Dublin. Stultos fecit... Vous n'y pouvez rien, monsieur le professeur, ni moi non plus. C'est dans votre intérêt que je vous demande de 'ne pas chercher à vous acquérir, auprès de vos : chefs hiérarchiques, la réputation d'un dangereux colporteur de ragots.
— Alors?
— Alors, je reviens à ce par quoi j'ai commencé. Je vous redis : l'Irlande va entrer en guerre contre l'Angleterre dans un mois. La guerre se fait avec deux sortes d'armes, matérielles et morales. Des premières, nous n'avons pas à nous occuper ici.
Cooyk'
hommes dont la parole ne puisse être suspectée, de ces hommes en qui, selon le mot de votre Victor rfuigo, la conscience humaine semble s'être réfugiée. Aspirant à faire reconnaître notre indëpen-
■ dance, il est indispensable que nous puissions faire constater que c'est en soldats, non en rebeïles ■que nous aurons combattu, sons le drapeau vert ■d'Erin, non sous le drapeau noir ou rouge des anarchistes ou des révolutionnaires. ■ — Ah ! dis-je, et vous avez pensé...
' — Nous avons pensé que, dans cette sorte de commission de contrôle préventif, où les principales nations alliées et neutres anront un représentant*hoisi par nou9 parmi leurs penseurs les
. plus respectés, nous a"ons pensé que nul mieuï
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que j'en oubliais presque qu'elle ne m'intéressait 'pas directement. Une question précise de M. Térenc& me rappela à la réalité.
— Acceptez-vous, monsieur le professeur f
— Je..., dis-je.
— Acceptez-'Vous ?
— Un délai de trois jours m'est nécessaire pour...
— Ce n'est que trop juste, dit M. Térence.
Parlant ainsi, sollicitant ce délai, voici à quel
parti je venais de m'arrêter, pour échapper aux conséquences d'une équipée qui commençait à prendre des proportions par trop inquiétantes : me mettre le soir même à la recherche de mon illustre et encombrant homonyme, lui conter mon histoire, le supplier de m'excuser, et le laisser en fin de compte se dépêtrer avec sa conscience.
— Trois jours de délai, ce n'est que trop juste, répéta M. Térence.
Il reprît :
— Dans trois jours, j'attends votre réponse.
Soyez assez aimable pour me la porter vous-même. Pas ici, naturellement. A Paris, c'est plus commode ; à l'adresse suivante : M. Lucien Bertrand, 78, boulevard Malesherbes. Vous n'aurez qu'à demander M. Plaute.
— M. Plaute î
— Ah 1 autre chose encore. Pour le cas où vous accepteriez, monsieur le professeur, il est entendu
Cooyk'
— Ah I ah I dit le vieillard, je crois que voilà enfin notre sauvage.
C'était en effet Vincent Laboulbène, ainsi que l'attestait maintenant dans l'escalier un bruit de marches gravies quatre à quatre, accompagné de jurons de plus en plus distincts.
— Il est déchaîné, dit M. Térence en souriant. C'est a croire qu'il a bu son marc en route. Quant à votre séjour en Irlande, disais-je donc, le nom seul de votre hôte... Hé la ! hé la ! mais ce jeune énergumène va détraquer la sonnette.
M. Térence s'était levé pour aller ouvrir à .Vincent.
— Le nom seul de mon hôte î répétai-je machinalement.
— Oui, ce nom vous est, à lui seul, un sûr garant de la parfaite correction de l'accueil qui vous attend là-bas, monsieur le professeur.
Et M. Térence ajouta :
— Vous recevrez l'hospitalité du comte d'Antrim. ,
Cooyk'