L'ES F A1SC E DU BAHO.S
« froid dans les fonts? » Ce ne sont que baisers et babillage charmants. « Que Dieu soit béni ! » dit enfin la mère. Et tout rentre dans le repos.
Le plus charmant récit de baptême que nous offrent nos vieux poèmes est peut-être celui que nous trouvons dans Macaire. La jeune mère n'est rien moins que la reine de France; le nouveau-né n'est rien moins que le propre fils de Charlemagne, le futur héritier de l'immense empire. Mais ne vous attendez à rien de joyeux, ni de solennel. C'est sur la terre de l'exil, c'est chez un petit bourgeois de Hongrie que la pauvre Blanchefleur, — fille de roi, femme de roi, mère de roi, — met au monde ce cher premier enfant si impatiemment attendu et qu'elle arrose de ses larmes. L'Impératrice a été accusée d'un ci'ime abominable; toute la race des traîtres, toute la maison de Mayence s'est liguée contre cette innocence : l'Empereur a cru les accusateurs, et a condamné l'accusée. Si l'on a fait grâce de la mort à la victime d'un aussi perfide complot, c'est à cause de l'enfant qu'elle porte en son sein : mais elle a dû s'éloigner sans retard et quitter la France. Cependant la haine des traîtres n'était pas encore désarmée, et le bon chevalier Aubri, qui avait été chargé d'accompagner la Heine, a été un jour attaqué à l'improviste et mis lâchement à mort. La femme de Charlemagne est demeurée seule, sans défense, au milieu d'un bois où elle serait morte de faim et de douleur sans l'assistance inespérée d'un homme de rien, d'un bûcheron, d'un vilain qui a vraiment le cœur d'un chevalier. Ce libérateur, un des très rares roturiers que nos poètes aient mis en gloire, c'est Varocher. Il a tout quitté, pays, maison, famille, pour servir de guide et de protecteur ;'i cette femme, à cette reine malheureuse. II a traversé avec elle la France, la Provence, la Lombardie, Venise, la mer: et le voilà, tenez, le voilà qui fait bonne garde en ce moment à la porte de Blanchefleur, tandis qu'elle serre son fils entre ses bras et le contemple longuement. Or, rien n'est plus étrange que la physionomie de ce fidèle gardien, que la Heine essaye de faire passer pour son mari. 11 est grand, fort, carré, membru, avec une grosse tète toute ébouriffée. De plus (détail caractéristique) il brandit sans cesse en sa main un énorme bâton noueux, une sorte de massue rustique qu'il ne veut lâcher ni le jour, ni la nuit. Bref, l'homme le plus étrange
qu'on puisse voir. Le poète du xine siècle a bien dessiné cette figure originale, cette sorte de Quasimodo au grand cœur et qui n'a de vilain que la naissance. Sous la garde de ce rude champion, la Reine reste huit jours au lit, « comme c'est la coutume dans les villes '; » puis on pense au baptême, et l'hôte de l'accouchée, le bon Primerain vient chercher le nouveau-né pour le porter au moutier voisin. Varocher est là, avec son bâton, qui ne quitte pas son petit protégé et ferme gravement la marche. Passe le roi de Hongrie : « Quel est ce « bel enfant, » dit-il. Primerain lui raconte en bons termes l'aventure de la dame inconnue qui vient d'accoucher en son hôtel et, pendant ce récit, tous les barons éclatent de rire à la vue de Varocher, qui ne se déconcerte pas. On soulève un peu le manteau de l'enfant, afin de le mieux voir : « Eh quoi ! s'écrie le Roi, il a une croix blanche « sur l'épaule droite* ! Dieu permet qu'on reconnaisse à ce signe les « enfants de race princière. C'est un fils de roi que nous avons « sous le yeux. » Et il ajoute : « Je veux être à son baptême. » Là-dessus, il fait venir l'Abbé : « Raptisez cet enfant comme si c'était l'hé- « ritier d'un empereur. » Le Roi descend de cheval, ses chevaliers en font autant, et voilà un magnifique cortège qui entre dans la basilique égayée. L'Abbé prépare l'huile sainte pour la première onction ; puis : « Comment le voulez-vous nommer ? » dit-il au Roi. « 11 « s'appellera comme moi, Louis. »Le baptême s'achève sous les yeux de Varocher, qui est radieux, mais qui l'est encore davantage quand on lui donne une grosse bourse pleine de deniers. Le poète ajoute naïvement que la jeune mère fut encore mieux soignée par ses hôtes, quand ils surent qu'elle avait plus d'argent à dépenser. A quelque temps de là, elle révélait au Roi sa véritable origine et lui apprenait qu'il avait été, sans le savoir, le parrain d'un fils de Charlemagne. Nous n'avons pas à reconter ici le reste de l'histoire, et nos lecteurs savent où la trouver5. Mais, on nous permettra, au sujet de Varocher, de signaler ici un usage profondément chrétien. Les riches et les grands choisissaient parfois les parrains de leurs enfants parmi
'Dans Jourdain de Blaiviesil est question de 19 ou 20 jours, et la nouvelle accouchée ne se lève que pour les relevailles : « Dis et nuef jours ou vint trestouz passez — Voldrai jesir et puis à messe aler — Selon l'uzaige de lacrestienté — Que li miens cors n'en soit point encombrez, (v. 2356-255!!). Et plus loin : « Dis et nuef jours, voire vint touz entiers — Tant jut la damme. etc. » (V. 257 1-2372.) = '-Sur ce signe miraculeux qui atteste toujours une origine royale, voy. Parise la Duchesse, v. 825, etc. = zMacaire, p. 112-151. Cf., dans cette
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les pauvres et les mendiants, « afin de se rappeler que les pauvres étaient vraiment leurs frères. » Cette coutume fleurissait encore aux derniers siècles. C'est ainsi que Buffon eut pour parrain « le plus pauvre homme de Montbard » et pour marraine une mendiante'. 11 en avait été de même, avant lui, de Montaigne' et de Montesquieu3. De tels filleuls ont fait honneur aux haillons de leurs parrains.
Il n'y avait guère de baptême sans un grand repas comme de nos jours; mais nous n'avons que peu de détails sur ce banquet plus ou moins solennel, et il n'avait rien, je pense, qui le distinguât de tous les autres.
L'enfant, cependant, dort en son berceau, et nos poètes n'ont pas eu l'imagination assez chrétienne pour placer des Anges près de ce sommeil. Hélas! hélas! l'homme est de glace aux vérités, il est de feu pour les mensonges. Les romans de la Table-Ronde eurent cette influence néfaste d'acclimater parmi nous les fables celtiques et de nous déshabituer des Anges pour nous accoutumer aux Fées. Nous avons montré ailleurs qu'un grand nombre de nos chansons de geste ont été envahies par ces dangereuses et inutiles fictions. Il en est même qui peuvent passer pour de vrais contes de fées et où l'on trouve jusqu'à la terminologie que Perrault a vulgarisée parmi nous. Tel est ce singulier roman A' Auberon où nous assistons au mariage, bien inattendu, de Jules César avec la fée Morgue. Deux enfants, deux jumeaux naissent de cette étrange union: c'est le nain Auberon et, qui le croirait? saint Georges. Le jour même de leur naissance, trois Fées descendent prés des berceaux où dorment ces innocents, les prennent dans leurs bras, les caressent, les bercent et sans plus attendre, leur font leurs « dons » ou leurs souhaits : « Tu seras roi de « Monmur, dit la première à Auberon. — « Oui, mais tu n'auras « jamais que trois pieds de haut, » s'écrie la seconde qui préfère l'autre enfant et représente ici notre fée Carabosse. — « Sans doute, » reprend la troisième qui, ne pouvant détruire ce souhait fatal, s'efforce au moins d'en atténuer la rigueur; « mais, à l'exception de Celui qui viendra bientôt sauver le
édition, l'excellent Sommaire du potntio, p. an-cu. =>Nadault do Ruffon, Correspondance inédite de Bu([on(l.\, p. 523).=: * Essais, ].\l, c. xn. = » Vian, llittoirc de Montesquieu, p. 15. Ces trois exemples sont cités par l'abbé Corblet (Histoire du Sacrement de baptême, II, p. 185.) Nous
« monde, tu seras le plus beau de toute la terre. » Sur ce, elle le baise doucement sur la bouche et le reporte dans le lit de sa mère1. La scène ne manque pas de grâce, mais rien ne vaut encore la grâce de la vérité. Le plus curieux, d'ailleurs, c'est que ces fées de nos romans sont le plus souvent de bonnes chrétiennes. L'une d'elles prédit à Georges qu'en paradis saintifiés sera1, et une autre, près du berceau de Garin de Montglane, tient au nouveau-né un langage qui est presque mystique : « Tu nais « bien pauvre, cher petit; mais Jésus n'est-il pas né dans une « étable3? » Yoilà des fées qui ont certainement été baptisées, et chacune d'elles pourrait dire, comme Auberon: «Notre Seigneur « m'appelle au paradis, là-haut, et mon siège est préparé à sa « droite*. » 0 singuliers mélanges de la vérité et de l'erreur!
Nous ne voudrions pas tomber ici dans cette sensiblerie que l'on a si justement reprochée à Jean-Jacques; mais il nous faut bien constater, non sans quelque regret, que les mères de nos chevaliers ne nourrissaient pas volontiers leurs enfants, et que l'usage des nourrices était dès lors très répandu. L'auteur du Roman des sept Sages n'ose pas aller jusqu'à critiquer une mode si peu conforme aux lois de la nature; mais il se plaint en termes énergiques de la légèreté que l'on apportait au choix d'une nourrice. « Jadis on était plus sensé et c'était la coutume que le fils d'un roi était nourri par la femme d'un duc; l'enfant du duc par une comtesse; celui du vavasseur par une bourgeoise, » et ainsi de suite. « Étonnez-vous après cela, s'écrie notre satirique, que la race de nos jours soit en décadence, quand on voit une femme toute coursai nourrir le fils d'un amiral. » Et ce moraliste ajoute avec une pointe de philosophie : « On se ressent de la nature de celle qui vous nourrit5. »
On ne se contentait pas d'une nourrice, et l'on en donnait jusqu'à
n'avons pas trouvé, dans les poèmes du moyen âge, une seule trace de cette coutume. = • Auberon, v. 1557-1415. Une scène analogue s'est passée plus haut, lors da la naissance de Brunehaut, fille de Judas Maccabeu. Les quatre fées qui dotent l'enfant s'appellent ici lleracle , Melior, Sebille et Marse. Au premier chant du coq, elles deviennent invisibles (Auberon, v. 587-458). = s Auberon, v. 1581.= 'Enfances Garin de Montglane, Bibl. nat., fr. 1400, f° 9 et 10. = * Huon de Bordeaux, v. 10462. = 6 Romandes sept Sages, éd. Keller, 184. Aux textes cités par Schultz (I, 116) joindre les suivants : Raoul de Cambrai, éd. Le Glay, p. 7 ; Brun de la Montaigne, v. 1867 ; 627-629 ; Gui de Nanleuil, v. 116, Jourdain de Blaivies, v. 577-579, et surtout Parise la Duchesse, v. 944 et 959.
L'ENFANCE DU BARON. Ht)
trois à l'enfant noble1. Une cour. C'est ce métier que choisit la touchante héroïne d'un de nos meilleurs romans, cette Parise dont nous parlons plus haut, quand elle est chassée de son château et qu'on lui vole son enfant: « J'ai perdu le- fils que Dieu m'avait « donné et ne désire plus la lumière du ciel. » Elle offre ses services au comte de Cologne : « Norice serai bone, car je ai lait assez. » C'est ainsi, dit le poète, qu'on vit une grande clame devenir un jour nourrice'. 11 eût été presque aussi étonné de la voir, en d'autres temps, allaiter son propre fils.
A côté de toutes ces duchesses et châtelaines qui se déchargent aussi facilement d'un de leurs premiers devoirs, il faut se donner la joie de contempler enfin une vraie mère. C'est cette rude chrétienne dont Godefroi de Bouillon fut le fils, c'est la comtesse Ide. Celle-là ne permet pas que son enfant prenne le lait d'une seule nourrice, et s'écrie qu'une telle nourriture le « dénaturerait*. » Le mot est beau, mais l'étonnement, que cause une décision aussi simple, nous prouve trop clairement que nous avons affaire à une véritable exception. Or il arriva, un jour, que le petit Godefroi s'éveilla en jetant de grands cris et que, pour le calmer, une « damoiselle » lui donna le sein. La mère s'en aperçoit : elle devient noire comme cendre, le cœur lui chancelle, elle est forcée de s'asseoir. Mais, vile, elle se relève, bondit comme une lionne, se précipite sur son enfant, l'arrache à la nourrice, l'étend sur une table et lui fait rendre le lait étranger, le lait qu'il vient de prendre. Ce n'élait qu'une gorgée, sans doute,
• « Il fut jadis à Romme ung chevalier.... qui avoit épousé une dame comtesse.... Advint que, au disiesme an, la dame fut encbainle d'un fils.... Ils firent l'enfant alaiter et nourrir et gouverner par trois femmes qui n'avoient autre charge.... L'une le baigna, l'autre le coucha et l'autre l'allaita. » (Les Sept Sages, éd. Gaston Paris, pp. 6, 7.) En réalité il n'y avait là qu'une nourrice et deux servantes. A ce texte on ajoutera les doux suivants. Dans Aiol. le roi Gracien fait élever les deux enfants d'.Viol et de Mirabel : « En sa cambre les fait norir et alaitier — Et ont quatre norichet, (émet à chevalier. » (V. 9368, 95(19.) !■■ Jourdain de Blaiviet, Erembourc entre dans la chambre où est le petit Jourdain avec son propre enfant : « Seule en entra en sa chambre voltie. — Cinc dammes treuve de molt grant seingnorie, — Toutetgentiz et de molt franchi! oriiuic — Qui les anl'ans ambesdouz i norissent • (v. 57G-579.) Ces nourrices employaient parfois le biberon : « C'un cornet li l'afaitièrent — Conques puis ne l'alaitièrent. » (Texte de Robci-l le Diable cité par Viollet- Le-Duc en son Dictionnaire du Mobilier, II, 37 et par Schultz, I, p. 115, note t.) = 3 Parité la Duchesse, v. 9li. = J V'de nourrit ainsi tous ses enfants : « Tos les norri la dame, par le mien esciant, — Aine nus d'ax n'alaita ne moiller, ne soignant; — Moult en parvient dame et borjois et serjant. » (Godefroi de Bouillon, v.659.) Un Ange avait recommandé
mais enfin qui n'était pas de sa substance1. Une telle mère méritait d'avoir pour fils le plus parfait des chevaliers.
Le jour des relevailles est arrivé. Durant toute sa grossesse la jeune mère s'était efforcée à devenir plus pieuse encore et tout à fait « sainte femme ». Avant ses couches, elle avait reçu le sacrement eucharistique2. Elle veut aujourd'hui qu'après la naissance de son enfant l'église ait sa première visite. On l'y conduit, pâle encore. A cette belle cérémonie des relevailles, à ce rite touchant, que nous avons oublié, on donnait alors la même solennité qu'aux noces elles-mêmes. Les chevaliers y allaient en grand apparat, les dames en riches toilettes. On dirait que c'est un nouveau mariage, et l'on se sert même du mot « noces » pour désigner cette fête où tout le monde est joyeux. La messe est chantée au milieu d'une assistance à la fois recueillie et bourdonnante. Puis, on fait la conduite à la « mariée » qui salue le crucifix en partant. C'est une procession interminable : et quels manteaux! quelles robes! quelles coiffures! Toute l'assistance entre au palais, et se presse dans la grande salle pavée. On complimente la mère, on demande à voir le nouveau-né qui est aux bras de sa nourrice'. Des voix retentissent, des vielles s'accordent. Ce sont les jongleurs qui commencent le répertoire de leurs plus jolies chansons. Après l'énorme repas, il y aura peut-être, cet aprèsmidi, tournoi et behourd. Quant à la pauvre mère, elle a besoin de repos, et prend la permission de ne se pas réjouir aussi longtemps que les autres. Tant de bruit, tant de joie la pourrait fatiguer. Silence'!
à Iieatrix, mère d'Yde. d'allaiter elle-même son enfant : « Après toit de tonpisalailie et gardée ; — Car Damledex te mande qn'ele soit honerée — Que par lait de soignant nesoitdcsnaturée. » (Chevalier du Cygne, v. 41 76 etss. Cf. Godefroide Bouillon, v. 685-722.) = ' Le même trait a été attribué à plusieurs autres princesses. =2 « La conlesse ert enchainte, si prist à agrever. —Volontiers vait as glises le servise escoter. — Ne messe ne mâtine ne lui puet escaper. — Moult devint sainte feme la dame o le vis cler. » (Godefroi de Bouillon, v 566.)::= 4 « Ses termes ert venus, mel commence à aler.— Son chapelain ot fait la dame tost mander. — Corpus Dotnini prist; si se fist confesser. — Puis travailla la dame desi à l'ajorner. » (Godefroi de Bouillon, v. 574.) = 5 La nourrice est très richement habillée. (Raoul de Cambrai, éd. Le Glay, p. 7. )==4 Les détails qui précèdent sont tirés des cinq textes suivants :i°Quant la comtesse ot jut desi à son termine, — Apareillier se fist en sa chambre perrine. — En son dos ot vesluun pelichon hermine. — D'une coroie ert chainte, etc.... — Ses mantiax estoit gris, orlés de sebeline — Et estoit par desos envols d'une porprine. — La contesse est plus bcle que fée, ne serine... — Al' mostier Nostre Dame qui del' ciel est roïne, — Se fist messe canter et, quant elle define, — El' palais repaira, le crochefis incline. — Là
Jusqu'à sept ans le futur chevalier était généralement confié aux femmes, et ses nourrices ne le quittaient pas1. Dans la rudesse des temps féodaux, le baron, quelque peu brutal, n'avait ni l'intelligence ni le goût des grâces enfantines, et nos vieux poètes ne semblent guère en faire plus d'estime. Jusqu'au dernier siècle, jusqu'au commencement du nôtre, il nous est resté quelque chose de cette antique sévérité. Au temps de Philippe- Auguste, on se souvenait d'une époque où le jeune noble n'était pas admis, avant l'âge de sept ans, à l'honneur de s'asseoir à la table de son père et, au moment même où nous écrivons ces lignes, il est encore quelques familles austères où les enfants n'assistent point à la fin du repas. Toute cette éducation était rude, et un sermonnaire du xiu" siècle en a résumé l'esprit en quatre mots, quand il dit que le corps des enfants doit être
peûst on veoir maint lil de palasine — Et tante noble dame, tante noble meschine. — Moult furent grans le» nocheê en la sale perrine.... — Àssés i ot Bretons et de gent Picardine,
— Et nobles jagleors.... — Grant joie démenèrent tant que li jors décline. (Godefroi de Bouillon, v. 598 et ss.) — 2* Desi au terme qu'elle dut relever, — Au moustier va por la messe escouter.... — Cant or futdite, si en sont relornei : — Grans fu la joie sus ou palais litei. (Cirbertde Mets, Bibl. nat., fr., 19160.) — 5* Dusc' à son terme jut, puis si est relevée.
— Hé Dex ! corn ele fu richement achesméc! — A moult riche compaigm- est à l'mostier alée. — Detor C autel a mite une por pre frétée.— Puis s'en rêvait ariére, quant messe lu cantée. — Des barons de la terre i ot grant assemblée. — Riches furent les noces en la sale pavée. — Ce samble qu'ele fust de novel mariée (Le Chevalier du Cijijne, v. 5769 et ss.)
— V Et quant ce vint au terme qu'el deûst relever.... — « Tant ai geû à terre, duellent m'an li coslé..»— Al' prcinerein chastel que ilorent trové, — Lai se fait la Duchesse messe dire et chanter.— llluec se list la dame baigner et reposer (Parité la Duchesse, v. 912-919).
— 5* Je vous dirai comment et la propre jornée — La dame qui gisoit d'enfant fut relevée.
— Elle fu au moustier moult noblement ment'.'. — L'arcevesque Richier a la messe chantée. — En may par un lundi, après la matinée, — Maint chevalier i ot, mainte daine
i loée, — Et maint riche mantcl, mainte dame parée — De cercles de fin or d'euvre bien eslevée. — Et à son relever fu si joie doublée — Qu'il sembloit proprement, par toute la contrée, — Qu'ele fut de lîutor de nouvel espousée. — Et, quant au chastel fu la dame ramenée, — il y ot maint cornet, mainte trompe sonnée, — Mainte belle chanson noblement vieléc. — Et, ainsi qu'elle fut dedans sa chambre entrée, — Un hiraut s'escria à moult grant alenée, etc. Ce héraut annonce un tournoi pour le lendemain, et ce tournoi met lin aux fêtes des relevailles (Brun de la Montaigne, v. 2019-2041.) Sainte Elisabeth de Hongrie, le jour de ses relevailles, offrait, à l'exemple de la Vierge, un cierge et un agneau ; mais nous ne trouvons rien de semblable dans nos poèmes français. = ' Dolopathot, éd. Brunetet de Montaiglon, vers 1171-1 187. (Cité par Sehultz): Coustume iert anciennement,
— S'uns gentishoms un fil eûst — Ou uns rois, jà ne 1' remeûst -- Devant set ans de sa
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sévèrement traité : Dure nutriendi quoad corpus.' À vrai dire, rien n'était plus sage, et il ne pouvait en être autrement pour de jeunes barons qui étaient appelés à mener plus tard une vie de chasseurs et de soldats. Que fussent-ils devenus, si on les avait élevés avec nos délicatesses et mollesses contemporaines, ces solides gaillards qui devaient se battre pendant le plus long temps de leur vie, et se délasser uniquement de tant de batailles en poursuivant le sanglier, dix heures par jour, dans leurs grandes forêts sauvages? Aussi ne faut-il pas s'attendre à trouver chez nos poètes de ces peintures mièvres de l'enfance, auxquelles nous sommes un peu trop accoutumés'. Un de nos épiques, qui a écrit, à la fin du xne siècle, sur les confins de la langue d'oc et de la langue
Fig. 13- Le jeu de paume, d'après le ms. du British Muséum, Bibl. du Roi, H B V (nu» siècle), reproduit par Strutt : Tne Sports and Pastimes of the people of England, pi. VIII (s» éd.. Londres, 1810).
d'oïl, l'auteur de Daurel et Béton s'est cependant attardé dans le portrait d'un tout petit : « A l'âge de trois ans, Betonnet avait un charmant visage, les cheveux blonds, les yeux comme ceux d'un faucon après la mue, la bouche fraîche comme rose en été, la peau blanche comme neige.3» Mais il n'est pas longtemps question de cette gentillesse, et nous en avons fini avec le pastel. A quatre ans, Béton vole les gants dorés du bon roi qui le nourrit et les porte espièglement à la reine qui l'embrasse. A cinq ans, il joue aux échecs et aux dés, pérore gentiment et, surtout, monte admirablement à cheval*. Oh! le cheval, c'est le grand attrait du petit enfant féodal, et l'amitié entre l'homme et la bête commence alors de très bonne heure. Certes, les petits hommes de ce temps-là ne
norrice.— Por mal le tenist et por vice — Que devant set ans le veïst — A table où ces pères seïst. etc. = ' Lecoy de la Marche, La Chaire française au moyen âge, p. 482. = 2 Voy. cependant Uoon deMaience,\. 1550, 1811.= *Daurel elBcton, vers 1249-1252.=-»/Wd., vers 1260-1278.
i: r:\FA\CE nu bamw.
sont pas indifférents aux jeux qui occupent et ravissent nos enfants. Aux m' et xiii* siècles, on connaissait, que dis-je, on pratiquait les billes1, leséchasses*, les raquettes et le volant5, « la balle ou pelote.
Ng. 1». La balle, d'après le ma. du Brilisu Muséum, llarlcien, us (ht* siècle), reproduit dans la pi. VU de Strult.
les boules, le sabot, les bagues et la balançoire. » Les garçons jouaient « à courir, » et à se battre, tout comme aujourd'hui, et ceux qui aimaient déjà les chances du hasard, s'aventuraient dans
Fïg. li. Les raquettes et le volant, d'après un m*, du ht* tiède, qui faisait partie, en 1810, de la Collection particulière de tir Fr Douce, reproduit dans la pi. IIIIII de Strult.
le jeu de « pair ou impair. » On se divertissait à construire de petites maisons comme nos petits Parisiens en bâtissent avec le sable de Trouville ou de Villers*. Les joies de Guignol, oui, ces joies elles-mêmes n'étaient pas inconnues de ces siècles primitifs,
•A la billettejeuent (Charroi de .Mme», y. 885) = « Viollet-Le-Due, Dictionnaire du Mobilier, II, 478 (Og.) = * V. Strult, The Sporlt and Pattimct of Ihe people of England, éd. AV. Howe, 1834, p. 503. Dans le même livre on trouve des figures se rapport a ni au jeu de balles (p. 96), aux échecs et au trictrac (p. 321). Nous reproduisons les principales, d'après les planches en couleurs de l'édition de 1810. = * Le maître des enfant» de Gjji de Haience les conduit
L'ENFANCE DU BAliON.
et les garçons (cet âge est sans pitié) attelaient volontiers des souris aux voitures où se prélassaient les poupées de leurs sœurs'. Mais tout cela n'était rien, et il faut également compter pour
peu de chose les plaisirs du bain froid* et la cueillette des fleurs ou des fraises emmy les bois. Il n'y a vraiment que deux pôles dans la vie joyeuse de l'enfant. A la maison ce sont les tables*, les dés, et surtout les échecs*, ces éternels échecs que l'on ap-
Fig. 16. Le jeu de « tables », d'après le ms. du British Muséum, llarleien, 1525 (commencement du xui* siècle), reproduit par Srult en tète de l'ouvrage précité.
prend à jouer dès la plus petite enfance, et qui tiendront désormais tant de place dans la vie de notre chevalier. Puis, en plein air, c'est le cheval et toujours le cheval. Dès que ses petites jambes le permettaient, on juchait l'enfant sur une de ces énormes bêtes, sur un de ces gros chevaux entiers qu'affec-
sur le bord de la mer : De si biaus cailloutez vos i cuit ja donner — Que vous amerez moult enquenuit à jouer (Doon de Maience, v. 518, 519). = * Schultz a cité (t. 117-1201, à l'appui de chacun de nos dires, toute une série de textes romans ou haut-allemands qui sont irrécusables et que nous croyons inutile de reproduire après lui. Pour les barres et la petite guerre, y ajouter le texte de Jourdain de Btaivies (v. 660, 661) ; pour les danses et la lutte, celui du Roman de la Charettc (v. 1642 et suiv.). (( Les jeux d'enfants, pendant le moyen âge, étaient ce que sont ceux de notre temps : la poupée pour les filles, les petites armes pour les garçons, les chevaux de bois faisaient le fond de ces divertissements de l'enfance. Le manuscrit d'Herrade de Landsberg (xue siècle) nous montre deux très jeunes gens qui jouent aux marionnettes. Les petits moulins tournant au vent, les animaux de terre cuite pouvant servir de sifflet, tels étaient les jeux de la première enfance: puis venaient les exercices, l'escarpolette, les échasses, les billes, la pelote; puis, plus tard encore, l'escrime, l'équitation, les joutes, les bagues, les simulacres de combat. » (Viollet-Le-Duc, Dictionnaire du Mobilier, II, 477, 478.) On jouait aussi aux petits jeux où l'on donne des gages, au Roi qui ne ment, au Jeu de saint Coisne, etc. = ! Les bains étaient alors, comme aujourd'hui, une grande joie, et l'un de nos poètes nous dit « qu'on entendoit la vie — Que mainent li enfant en l'iauète petite. » (Chetifs, éd. Ilippeau, p. 250.) = 5 C'est le trictrac ou le jacquet. = * Et fit Ogier nourrir de bonne volenté — Où il aprist asés des esches et des dés. (Gaufrey, y. 10569.) Et quant il ont sis ans, bien galopent destrier — Et d'eschez et de tables les font bien enseignier. (Gui de Nanteuil, v. 117.) Aprendoient l'enfant honnour et courtoisie. — Des tables et des dés avoit bien sa partie — Et du jiu des esches savoit-il la maistrie. (Le Bastart de Buillon,
L'ENFANCE DU BAIIOY.
Pif. 17. Les ècbecs, d'après le m», des Miaweiuigere de U Bibliothèque nationale. — T. Schulls, I, U8.
tionnaient nos pères. Le petit ne tardait pas à prendre son assiette sur la croupe immense, s'y tenait droit et raide, écoutait gravement les leçons qu'on lui donnait, frappait de ses petits pieds le flanc rebondi de l'animal; puis, hop! hop! se mettait un jour à galoper bravement.
Avant sept ans, c'était fait'.
Au fils de son seigneur, à un pauvre enfant innocent qu'un traître veut mettre à mort, substituer son propre fils, sa chair, son sang, sa vie, c'est (même au témoignage des poètes du moyen âge) un héroïsme dont peu de vassaux ont accepté le poids. Supposer une mère capable d'un tel sacrifice, c'est ce qui parait invraisemblable et excessif. Voilà cependant ce que font, très simplement, le bon vassal Renier et sa femme Erembourc pour le fils de Girart de Blaives, pour ce petit Jourdain auquel ils substituent leur propre enfant qui meurt. Nous avons déjà eu lieu de nous étendre sur ce rude et beau récit qu'un trouvère inconnu a placé au début de Jourdain de Blaivies, et n'y voulons faire allusion à cette place que pour achever ce portrait ou plutôt celte esquisse de l'enfant noble « avant sept ans ». Donc la pauvre mère se met en route pour livrer son fils à ceux qui le vont tuer. L'enfant leur sourit : car « rien ne sait encore de félonie, » et il ne connaît pas d'homme félon. Et Erembourc place alors, sous ses yeux de mère, ce que serait devenu ce fils bien-aimé, ce gentil petit Garnier, s'il n'eût pas été condamné à mourir de la sorte : « Les beaux jours d'été « vont revenir, et je m'en irai sur ces milrs, tout là-haut. De
T. 3836.) Li rois l'a fait aprendre de lot son errement; — Kt d'escliés et de tables de ce set-il forment. (Aye d Avignon, v. 2556.) Cf. Gode/roi de Bouillon, v. 890 et surtout Panas la Duchense, v. 1191 et suiv. Il y a, dans ce dernier roman, un épisode qui est plein de réalité et de vie. Les enfants de la terre de Hongrie prient le (ils de Parisse, lluguet, de leur apprendre les échecs .« Kt si nous monstreras des escliax et des dez. — Certes tu an sez plus que nus de nos asez, etc., etc. = « Quand ils orent chic ans, si les font chevauchicr — Et, quant ils en ont sis, bien galopent destrier. » {Gui de Nanlcuil, v. 110.) Dou chevaucher
« là, je verrai les enfants, les petits damoiseaux de son âge: « je les verrai jouer à l'écu, à la quintaine, aux barres, lutter « ensemble et se renverser. Et mon cœur repleurera1. » Scène charmante, et surtout vraie.
Nous attribuons trop volontiers aux temps modernes certaines fictions instructives et hardies, certains types heureux que nous supposons, non sans quelque témérité et présomption, avoir été inconnus de nos arrière-grands-pères. C'est ainsi que nous faisons honneur à Daniel de Foë du premier de tous les Robinsons. Rien n'est en réalité plus vivant, plus humain qu'un tel livre. Un homme seul, tout seul, luttant contre la nature entière et la domptant sans autre secours que sa propre industrie et sa confiance en Dieu; un homme recommençant l'œuvre d'Adam et de l'humanité primitive et la recommençant sans Eve et sans Abel, c'est beau, c'est grand, et il n'est peut-être pas de meilleures pages à mettre sous les yeux de nos enfants. Eh bien! le moyen âge, lui aussi, a eu son Robinson qu'on racontait aux jeunes barons de dix ans. Il ne faut pas s'étonner s'il est marqué à l'empreinte féodale et s'il ne ressemble que de fort loin à celui de Foë. Chaque siècle a sa façon de voir les choses et leur prête sa propre couleur.
Au commencement de ce Robinson du xme siècle, il doit nécessairement y avoir une histoire de traître, comme il y a nécessairement un naufrage au premier chapitre de tous les Robinsons modernes. Donc, le vieux comte Gui de Maience habitait un château des bords du Rhin, là-bas, près de l'embouchure du fleuve, non loin de la « mer salée ». C'était un infatigable chasseur, et il n'avait guère eu, durant toute sa vie, que deux passions, mais belles : la bataille et la chasse en bois. Or, un jour qu'il poursuivait un cerf par la forest par fonde, il ne fut pas médiocrement surpris et irrité de voir la bête se réfugier soudain dans la petite cour d'un ermitage, et l'ermite tomber à ses pieds en lui demandant grâce pour l'animal aux abois : « Non, non, pas de grâce », s'écrie le chasseur implacable, et il lance sur le cerf le grand dard qu'il tenait à la main ; mais la flèche, mal dirigée, atteint l'ermite et
furent jà doctrine ; — L'un ot huit ans l'autre sis ans passez (Hervis de Metz, Bibl. nat., fr., 19160., f° 46).= lJourdains de Blaivies, v. 610-612 et 656-662.
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lui perce le cœur. Les Anges descendent du ciel pour recueillir son âme : il meurt. Rien ne peut rendre alors la douleur du meurtrier involontaire : «Je fais le vœu, dit-il, de prendre la place « de celui que j'ai tué et de rester en cet ermitage jusqu'à la fin t de ma vie. »
Cependant nous n'avons pas vu paraître le traître. Le voici.
Le traître, c'est le Sénéchal du vieux comte que l'on croit mort. Rarement les Sénéchaux ont un beau rôle dans nos vieux poèmes; mais celui-ci surpasse encore tous les autres en félonie et prétend s'emparer à la fois de la femme et de la terre de son seigneur. La femme résiste : il la bat et l'aurait tuée sur l'heure, n'était un bel enfant de sept ans, qui est l'aîné des trois fils de Gui, et s'appelle Doolin. Il prend héroïquement la défense de sa mère et se jette, comme un petit lion, sur le misérable qui a osé frapper la femme de son seigneur. Doolin est désormais le héros de notre poème; Doolin sera, tout à l'heure, le Robinson que nous attendons.
Pour se débarrasser des trois enfants, le Sénéchal essaye de les faire noyer; mais on ne vient à bout que du plus jeune, et les deux autres sont lancés, en pleine mer, sur un méchant petit bateau, seuls. Us gagnent le large, ils sont perdus. Perdus? Non pas. Doolin ne désespère point. Mais son frère, hélas! n'a pas assez de force pour résister à une telle épreuve. Il n'avait que cinq ans, le pauvre petit. Si joli cependant, et avec de si beaux yeux de faucon ! La faim le travaille; il ne se peut plus soutenir; il pâlit, ses yeux se ferment, il rend l'âme. Voilà Doolin seul.
Un enfant de sept ans dans un batelet, sur l'océan immense! Au moment où son petit frère expirait sous ses baisers, le soleil venait de se coucher, la nuit tombait. Quelle nuit! Doolin ne voyait rien, et avait faim. Il s'évanouit et resta sans mouvement durant plusieurs heures; mais enfin le soleil « que Dieu fist bel lever» reparait dans le ciel, et l'espérance renaît au cœur de l'enfant qui s'est réveillé. Là-bas, là-bas, quel est ce point noir? C'est la terre; mais elle est à sept lieues, et il faut y arriver. Or, le pauvret est si faible qu'à paine peut ses bras vers sa teste lever. I.à-dcssus, une tempête éclate, épouvantable. Les vagues énormes « ondoient et montent »; le vent fait rage; il pleut, il grêle, il tonne. L'enfant se recommande à Dieu et à la Dame du ciel.
Mais qu'il a faim! Il en est réduit à recueillir les grêlons blancs en sa main, à les sucer, à les boire. Quelque branches d'arbres flottent à la surface de l'eau : il en mange, que dis-je? il en broute les feuilles. Par bonheur l'orage s'éloigne, le soleil brille, et le vent pousse la petite barque vers la terre. Elle y aborde : il était temps.
Quel est ce rivage , quel est ce pays où le flot vient, si heureusement, de jeter notre naufragé? C'est une immense forêt, pleine de pommes sauvages et de noix qui apaisent sa faim. Mais elle est bien vaste, elle est bien déserte, cette forêt, et Doolin est tenté de regretter son lit. Puis, il y a les loups. « Bah! s'ils viennent, je leur « planterai mon couteau dans le groïng. » Où coucher cependant, où dormir? Un bon vieux chêne se rencontre là tout à point, usé par les ans et creux à plaisir. C'est un lit tout trouvé. Il y a plus : c'est une cachette, et notre Robinson s'y blottit. A cette époque, s'il en faut croire notre poète, il y avait des tigres et des lions près de l'embouchure du Rhin. C'est un cas d'histoire naturelle que je n'ai pas à approfondir, et je ne me porte point garant pour la science de ce bon trouvère qui croit aussi à l'existence d'une certaine espèce de tigres, absolument inconnue des savants modernes: le tigre à aiguillon! Ce qu'il y a de certain, c'est que, du fond de son chêne, Doolin assiste au combat de ce tigre avec un lion. Les deux bêtes se tuent, cela va sans dire, et un léopard surgit, qui n'ose pas attaquer l'enfant abandonné. Un léopard! Près du Zuiderzée! Il ne nous manquait plus que cela. Mais enfin, le temps est devenu tout à fait beau, les oiseaux chantent cler, les sangliers et les daims bondissent dans le bois, les loups braient, et Dieu conduit, de sa main invisible, cet enfant courageux qui n'a rien perdu de son calme au milieu des plus grands périls, armé de son petit couteau et récitant ses psaumes.
Ce bois était précisément (nos lecteurs l'ont deviné) celui où le père de Doolin avait son ermitage. Le jour vient, et il s'y fallait attendre, où le père et le fils se rencontrent et se reconnaissent. C'est de la « robinsonnerie à deux»; mais elle n'est vraiment ni moins instructive, ni moins touchante que l'autre. Une péripétie, ' très heureusement amenée par l'auteur de notre roman, va, d'ailleurs, compliquer singulièrement la situation du vieillard et celle de