‹ La chevalerieChapitre 2 sur 70 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

utre première intention avait été de donner à ce livre un litre plus développé : la Chevalerie d'après les Chansons de geste; mais nous avons été amené à consulter tant d'autres documents, que nous avons pu nous croire légitimement autorisé à adopter un titre plus général et plus bref.

Les Chansons de geste n'en demeurent pas moins la principale et la meilleure de nos sources, et c'est là qu'à notre sens on trouvera la peinture la plus exacte de la Chevalerie et des temps chevaleresques. Les auteurs de ces poèmes populaires, dont la sincérité n'est douteuse pour personne, ne pouvaient peindre et n'ont peint en réalité que ce qu'ils avaient sous les yeux. Nul n'a décrit avec une plus heureuse précision le costume et l'armure, l'habitation et le mobilier, la vie privée et les mœurs de la noblesse féodale. Les bons juges ne s'y sont pas trompés. 11 n'est peut-être pas une seule

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page de 1 admirable Glossaire de Ducange el des Mémoires de Sainte- Palaye où le témoignage de nos chansons ne soit plusieurs fois invoqué. Jules Quicherat ne les tenait pas en moindre estime, et déclare en bons termes que « leurs héros sont des créations faites à l'image des seigneurs féodaux ». Viollet-le-Duc les cite aussi fréquemment que Ducange. Elles complètent les Chroniques et les Annales; elles en comblent les lacunes et en précisent les données. 11 est d'ailleurs trop aisé de s'assurer que ces poètes parlent la même langue que nos historiens, et que leurs œuvres rendent le môme son. C'est ce dont on se convaincra facilement en lisant tour à tour une chronique comme celle de Lambert d'Ardre, un poème comme Ogier.

Il semblera à beaucoup de bons esprits que notre entreprise a quelque chose de téméraire, si l'on songe à tant de livres remarquables que la Chevalerie a inspirés. Nous avons voulu, à tout le moins, donner au nôtre un plan nouveau, et c'est par là, peut-être, qu'il se recommande le mieux à la bienveillance des juges compétents. Nous y avons fait la plus large part à la peinture de la vie privée, et l'avons enfermé en un cadre chronologique qui est d'une étendue restreinte. Il est rare que nous remontions beaucoup plus haut que l'avènement de Philippe Auguste, et il est rare aussi que nous descendions beaucoup plus bas que sa mort. C'est vraiment là, comme on l'a dit, « la grande époque du moyen âge », et il y a plaisir à s'y confiner. Le principal défaut des œuvres qui ont précédé la nôtre, c'est, suivant nous, qu'elles embrassent une trop longue période et n'établissent pas une distinction assez nette entre la chevalerie du xn° siècle et celle du xvi\ Nous espérons avoir évité cet écueil.

Résultat de longues années de travail, ce livre a été, à tous les points de vue, l'objet d'une préparation consciencieuse. L'auteur s'est surtout attaché à y être rigoureusement impartial, et se croirait le dernier des hommes, s'il avait, de propos délibéré, forcé ses couleurs et embelli ses modèles. Son but avoué, c'est de remettre en gloire la vieille France ; c'est de la faire aimer, à

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force de la faire connaître; c'est enfin, comme le disait Guizot, « de la faire rentrer dans la mémoire et dans l'intelligence des « générations nouvelles ».

Mais nous avions conçu un autre dessein et qui paraîtra plus hardi : c'était d'agrandir les âmes; c'était de les arracher au mercantilisme qui les abaisse et à l'égoïsme qui les tue; c'était de leur communiquer de fiers enthousiasmes pour la Beauté qui est menacée et pour la Yérité qui semble vaincue.

Il y a plus d'une sorte de chevalerie, et les grands coups de lance ne sont pas de rigueur. A défaut d'épée, nous avons la plume; à défaut de plume, la parole; à défaut de parole, l'honneur de notre vie.

L'auteur de la Chevalerie s'estimerait heureux, s'il avait fait des chevaliers.

Léo* GAUTIFR.

8 décembre 1883.

•t la Cbetalcrie (p. I»j. — Composition de Luc Olivier Mci-on.

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