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des dames nobles est de riche étoffe, le plus souvent en paile ou en tissus d'Orient, fins et souples. Elle n'est aucunement décolletée; mais est parfois munie d'une traîne contre laquelle a tonné la sévérité des prédicateurs. (Lecoy de la Marche, Chaire française, p. 406.) C'est comme une autre chemise tombant jusqu'aux pieds et ne laissant que le cou à découvert. La robe s'appelle aussi «cotte»; mais ce dernier nom caractérise surtout la robe

l'an dernier qui tonnait si fort contre le luxe de l'habillement des femmes et s'était écrié, dans un moment d'indignation éloquente : « Certaines chemises coûtent plus cher que le surplis d'un prêtre. »

très simple du xuie siècle, en drap ou en laine. 7° Robes, pelissons et bliauts de dames, tous ces vêtements étaient l'œuvre de couturiers ou tailleurs. (Viollet-le-Duc, Mobilier, IV, 2 16.) En parlant du bliaut de Beatrix, l'auteur du Chevalier au cygne s'écrie : Dex ! com fu gentiex maistres qui si le sot taillier (v. 4065.) = 111. Du bliaut. 1° Le bliaut est une tunique de dessus qui se porte sur le pelisson hermin [Chevalier au Cygne, v. 4062, 400.");

Godefroi de Bouillon, v. 185-187); ou sur la robe (Ogier, v. 1022, 1025) ; quelquefois, mais rarement, sur la chemise : Une chemise blanche com flor de pré — Ont là vestue Beatris au vis cler. — Puis li vestireat un bliall d'or oxré(Hervis, Bibl. nat., fr. 19160, 1"viii).2° 11 y a un fait qui domine ici toute la matière : c'est qu'à tout le moins, il y a eu au xn° siècle deux espèces DE BLIAUT A L'USAGE DES FEMMES. Le

bliaut « simple » et le bliaut « composé ». Nous les allons étudier l'un après l'autre. 5" Le bliaut « simple » était un vêtement de dessus « qui avait la forme des blouses des gens de la campagne et était brodé au collet et aux manches. » (F. Godefroy eu son Dictionnaire de l'ancienne langue française, au mot Bliaut.) Sur ce bliaut fort bien décrit par J. Ouicherat (Histoire du costume, i" éd., p. 148, 149) et qui ne descend souvent qu'à mi-jambes, on plaçait une ceinture plus ou moins riche. C'est ca même vêtement qu'un autre archéologue a peint eu termes fort exacts : « Le bliaut des femmes est une tunique serrée à la taille et au buste, lacée sur les côtés [ou par derrière], fermée sur la poitrine par un bouton ou une agrafe et munie d'une ceinture. » (Victor Gay, en son Glossaire archéologique , au mot Bliaut.) — 4° Le bliaut « composé », celui dont les statues de Chartres nous offrent l'image, est formé, suivant M. Viollet-le-Duc, de deux éléments bien distincts : « a. Un corselet juste au corps, à manches longues, lacé ou boutonné par derrière ou sur les côtés. Fig. 59. Le bliaut « composé ». d'après un dessin 6. A ce corselet élaient cousues soit une

de Viollet-le-Duc (Dvlionnaire du Mobilier, III, p. 1*3), ' . r , ,

rcpioduit,aiiisiquelessuivantsavecl'autorisationdel'éditeur. jupe plus COUlte que la TOUe, lenOUe des

deux côtés, soit deux pentes en manière de tablier, l'une par devant, l'autre par derrière. » (Viollet-le-Duc, Mobilier, 111, p. 41.) « Le corsage s'ouvrait sur le devant avec galons de passementerie. A sa partie inférieure était cousue une étoffe crépelée, souple, qui pressait le ventre et le haut des hanches, et était larée parderrière. Les manches étaient très larges. Au moyen d un galon ou d un eu-

Elle s'est bien promis de ne jamais mériter un tel reproche, même le jour de ses noces, et elle s'est tenu parole. Sur cette chemise qui descend jusqu'aux pieds, Aélis s'empresse de revêtir cette sorte de robe qui forme alors l'élément principal du costume des femmes, comme de celui des hommes, le pelisson hennin. Une très fine fourrure d'hermine a été enfermée par le tailleur entre deux étoffes, de façon à n'apparaître qu'aux bords du vêtement, aux manches et au cou. L'une de ces deux étoffes est de la toile : c'est celle qu'on ne voit pas et qui touche directement la chemise. L'autre, au contraire, celle qu'on voit, est une bonne et belle soie, un cendal de haute valeur. Aélis a longtemps hésité sur la couleur de ce

tredeux, la jupe, fendue par derrière et plissée à très petits plis, était cousue à cette sorte de large ceinture. » [Ibid., pp. 44, 45.) 5* Pour plus de clarté, nous croyons qu'il faut faire de cette sorte de large ceinture us élément spécial du « bliaut composé », et c'est ce qui nous décide à affirmer que, dans ce bliaut, on doit réellement distinguer trois éléments : t a. le corsage : b. la jupe; c. la pièce du milieu ». Tel est le système que nous adoptons et que nos figures 59 et 60 feront plus aisément comprendre. 6° Les archéologues qui , comme J. Quicherat, n'ont admis qu'une sorte de bliaut, sont forcés d'expliquer les statues de Chartres et les autres par l'emploi (combiné avec celui du bliaut simple) d'une sorte de corset extérieur ci, en d'autres termes, d'un gilet justaucorps nommé gipe, • qui, ajusté sur le buste comme une cuirasse, en dessinait toutes les formes » (J. Quicherat, Histoire du costume, l'e éd., [i. !<■'."> i : Puis li veslirent un blialt d'or ovré — Et une gipe de griz sans arester(//erri*, Bibl. nat., fr. 19160, f* vm). Bien peu de textes (encore sont-ils obscurs) justifient une telle doctrine, et il nous semble plus fondé d'admettre nettement deux espèces de bliaut, ainsi que nous venons de le faire. — 7* Le bliaut « simple » est celui que nous voyons figurer dans la plupart de nos vieux poèmes; mais nous ne l'appelons a simple » qu'à cause du peu d'éléments dont il est formé. Il était souvent fort riche. 8* Les bliauls de nos chansons sont le plus ordinairement en étoffes de soie, parfois brochées d'or, enpaile, en samit. (Certaines de ces étoffes sont d'importation orientale.) Ils étaient rarement

fourrés. (V. les nombreux exemples cités par F. Godefroy en son Dictionnaire, au mot Bliaut.) Ils comportaient quelquefois des manches très longues, tailladées et qui descendaient jusqu'à terre. C'est contre ces manches et contre les corsages trop ajustés qu'ont surtout protesté les prédicateurs. (Viollet-le-Duc, Mobilier, III, p. 44.) Il' Ils étaient très étroitement lacés; bordés de galons d'or (En son dos ot vestu un bliaut à orfrois, Gui de Nanteuil, v. 751; Veslu ot un bliaut entaillié à orfrois; Saisîtes, couplet xxxiu) et même enrichi de pierres précieuses (Un bliaut d'Abilant à oysiaus colorez, — De pieres précieuses fu lot enlor orlés; Age d'Avignon, v. 3702-5705). 12° Il était souvent entaillié, c'est-àdire orné de découpures en forme de langues. Gironné a le même sens {Godefroide Bouillon, v. 3222 : Et tant riches bliaus enlailliês a girons). Les bliauts entaillié* se terminaient par des dents VV'I les bliauts gironnés par des girons V V- 13" Les bliauts étaient serrés à la taille par une ceinture en orfèvrerie où l'on multipliait trop souvent les prodigalités

Fin'- 60 Le 1-Un it « composé », vu de dos

fiOG

« cendal » et a fini par adopter un rouge foncé, presque violet. Un léger galon d'or pare le bout des manches, qui sont serrées au poignet, et le bas de la jupe, qui s'arrête à la cheville. Une passemen-

du luxe le plus déraisonnable. Cette ceinture [quitombait au-dessous des hanches et se portait parfois sur le pelisson en l'absence du bliaut) était ornée de pierres fines auxquelles

Fig. Gl. Le bliaut «composé», la ceinture, et le cercle «l'orfèvrerie, d'après une statue île Notre-Dame de Corbeil (aujourd'hui à Saint-Denis).

Fig. 62. Le bliaut ■ compose ». le manteau et ta ceiulure, d'après une statue du portail de la cathédrale de Chartres.

on attribuait parfois des vertus médicinales ou merveilleuses: D'une coroie ert chainte qui fu de tel orine — Nus hom qui l'ait sor lui ne dotera vermine. — Labocle ert d'un topasse qui luist et enlumine, — Et d'un riche achatois estoil faite l'espine. — Entor avoit

Wj

terie toute semblable agrémente l'encolure ou, comme on disait, la goule du pelisson, un peu au-dessous de l'hermine qui déborde. Ce vêtement, qui est assez étroit et ajusté, n'est pas, s'il faut tout dire, d'un effet léger et gracieux. Il n'amincit pas : il « engonce »,

Fig. «3 Le bliaut « composé ■>, la ceinture et le cercle d'orfèvrerie, d'après une alatue de la a Porte toi aie ai la cathédrale de Chartres

asise mainte riche sardine, — Et maint brasme et maint saffre : chascuns a sa mechine. (Godefroi de Bouillon, v. 601-606.) Cette ceinture consistait, d'autres fois, en cordelettes de soie tressée, qui étaienr serrées par des bagues. (Viollet- (ÎÎËiEsîï

le -Duc, Dictionnaire du Mobi' lier, III, p. 108, Voy. notre fig. 62.) = IV. Le mante a- . 1° Sur le pelisson ou sur la robe (quand on ne portait pas le bliaut), mais le plus souvent sur le bliaut, les femmes nobles portaient le manteau : Atant es la confesse, s'ot un pale Testu ; — Desor ot afublé un mantel qui d'or fu. (Ren<iu$ de Montauban, p. 151, t. 19, 20.) Cf. Godejoi de Bouillon, T.190.) 2* Ce manteau qui est un vêtement très riche, est de soie.

II est souvent fourré, et presque toujours orné de galons d'or ou A'orfroi. Tantôt il est attaché» sur l'épaule droite, et le bras gauche alors le relève gracieusement (Viollet-le-Duc , Dictionnaire du Mobilier, IV, p. 109, 110; cf. notre fig. 64) ; tantôt, mais plus rarement, on l'attache sur le devant.

5* Le manteau, dans sa coupe, était tantôt de forme demi-circulaire, tantôt « plus que demi-circulaire « (Ibid., IV, 109). 4* Le tiglaton que portent les deux sexes, est un manteau rond.

B. Costume des hommes diiunt la

SECONDE MOITIÉ DU III' SIECLE. — I. Les

■raies. 1* La première pièce du costume masculin, c'est le caleçon, ce sont les braies dont l'origine gauloise est bien connue. On sait assez que la Gatlia braccata

«'étendait entre le Rhône, la Garonne et les Pyrénées, et que, d'ailleurs, les Germains portaient aussi des braies. — 2° Les braies sont presque toujours en cainsil, en toile de chanvre ou de lin : Il ot chemise et braies d'un cainsil adoré [Mol, 9822). Brages vest et chemise de bon cainsil (Girard de Roussillon, éd. Fr. Michel, p. 313). Ceniise et braies de cansil (Fregus, éd. Fr. Michel, p. 174, cité par Fr. Godefroy, en son Dictionnaire, au mot chainsil). — 5* Les braies étaient blanches : Chemise et blanches braies lor done a gratis plantés (Renaus de Montauban, p. 96, v. 12). Dimanche arons Pasque, bien le «avés, — Que toutes gens se doivent bel atoruer, — Blanches braies vestir et endosser

Fig e« Le bliaut ■< composé », le manteau attaché sur l'épaule droite elle cercle d'orfèvrerie, d'après une statue du portail de la calliédiale de Chartres.

et j'imagine (mais je n'ai pas de preuves à l'appui d'une telle témérité) que, dans le pelisson liermin, on a dû supprimer un jour la fourrure du corsage et même celle de la jupe, pour ne laisser un peu d'hermine qu'à l'encolure et aux manches. En d'autres termes, le pelisson a tourné à la robe. Attendez, d'ailleurs, pour en juger, qu'Aélis ait revêtu sa tunique de dessus, son bliaut

(Aiol, v. 1210 et suiv.). Et unes braies de cainsil, — Plus blances que n'est flors d'avril (Aire périlleux, Bibl. nat., fr. 2168, f° 14% cité par Fr. Godefroy, 1. 1.) — 4° Les braies, au xu" siècle, sont généralement étroites et collantes. Quand on porte des chausses (c'est le cas ordinaire), les braies sont courtes. En l'absence des chausses, elles descendent jusqu'au pied, et c'est ainsi qu'on en peut signaler quelques-unes dans la tapisserie de Bayeux, qui est de la lin du xi* siècle. (Viollet-le-Duc, Dictionnaire du Mobilier, III, 71). — 5? Les braies sont retenues à la taille par une ceinture en étoffe et à boucle qu'on appelle le braïer : Desiques u braïer l'a le ber pourfendu. (Gaufrey, v. 5505.) De l'chiefjusqu'ei' braïer l'a fendu etcopé. (Renaus de Montauban, p. 128, v. 31.) La quisse et le genoil jusqu'à 1' neu de l'braïer. (Aiol, v. 6175.) Cette ceinture était assez importante, puisqu'on y put cacher quelques menus objets, comme des clefs ou des anneaux. (Viollet-le-Duc, 1. 1., 111, p. 86 et p. 178.) = II. Les chausses. 1" La seconde pièce du costume masculin, ce sont les chausses, qu'il faut considérer comme de véritables bas. Les braies, c'est le haut-de-chausse; les chausses, le c'est le bas de chausse. — 2" Il y avait des chausses en étoffes de tout genre : en fil (Girart de Roussillon , trad. P. Meyer, p. 124), en tricot, en laine, en drap. Dans les familles riches on ne se servait guère que de chausses en soie : c'était là un véritable luxe et auquel on attachait un grand prix: Il ol cauces de paile (Aiol, v. 9822). Unes chauces de paile, soliers poinz à lion (Parise, v. 66). Calces ot d'un diaspre qui fu fais en Persie (Godefroi de Bouillon, v. 1 556). Etc., etc. 5° Un des grands centres de fabrication des chausses en soie parait avoir été la ville de Bruges: « Elle fabriquait pour cet usage un tissu moelleux et coûteux qui n'était abordable qu'aux riches. » (J. Quicherat, Histoire du Costume, 1™ éd., p. 154.) De Bruges en Flandre venoie, — Cauches de soie en aportoie. (Eustache le Moine, v. 807, cité par Schultz, 1, p. 219, note 2.) — 3° Les chausses étaient le plus souvent de couleur sombre, et notamment brune : Causes ot de brun paile. (Renaus de Montauban, p. 99, v. 4. Cf. p. 96, v. 13.) Mais il y avait aussi des chausses à bandes rouges et noires (Amadas et Ydoine, v. 3770, cité par Schultz, 1. 1., note 1); il y en avait de rouges, de « taintes en bresil » (Perceval, v. 2794, cité par le même, I. 1., note 4), etc. 4° Le luxe des chausses ne consistait pas seulement clans leur étoffe ou dans leur couleur; il y avait des chausses à jour, des cauces perciet (Aiol, v. 8275), des chauces detrenchics (Aye d'Avignon, v. 2519), etc.= III. La Chemise. — l°La troisième pièce du costume masculin, c'est la chemise, qu'il faut considérer comme un vêlement de dessous, à manches et fermé. (Viollet-le-Duc, Dictionnaire du Mobilier, III, 175). — 2° Il ne faudrait cependant pas exagérer, comme l'a fait Quicherat (Histoire du costume, l"éd., p. 138), cette idée de « tunique » ou de « robe » : la «chemise» de nos pères ressemblait réellement à la nôtre et était réellement une chemise (que l'on quittait durant la nuit) — 3" Quelques grands seigneurs se donnaient le luxe de chemises en soie : Vesti une chemise de cendal de Russie (Godefroi de Bouillon, v. 1554); mais presque toujours les chemises du su" siècle étaient comme les nôtres, en toile de lin ou de chanvre, en cainsil blanc: Brages vest et chemise de bon chainsil. (Girard de Roussillon, éd. Fr. Michel, p. 515, etc., etc.) — 4° On était arrivé à faire pour cet usage des toiles très fines : « Le messager Pierre portait une chemise de toile; jamais vous ne vîtes de si fine étoffe. » (Girart de Roussillon, trad. Paul Meyer. p. 124, 257.) — 5° Le cainsil était parfois « à fleurs » : Il ot chemise et braies d'un cainsil ajloré. (Aiol, v. 9822.) — 6° « La chemise est plissée, gaufrée par le fer de la repasseuse » (Quicherat, Histoire du costume, i" éd., p. 147) et

qui est précisément inventé pour corriger jes imperfections du polisson... en le cachant presque tout entier. Ici le luxe éclate, et Aélis le laisse éclater. Tout est permis. C'est le vêtement des dimanches, ou même des grandes fêtes, et qu'on porte dix ou vingt fois par an. La belle tunique, très légère, en soie verte brochée

( ensafranée » (p. 182) comme les nôtres sont passées au bleu. — 7° Ce sont, d'après le même érudit, les pans flottants et les longues manches de la chemise que l'on aperçoit sous le haubert dans un certain nombre de monuments figurés du xn* siècle, « de sorte qu'on voit comme deux bannières de toile blanche voltiger autour des jambes du cavalier ». Histoire du coutume, l"éd., p. 149. Cf. G. Demay (Le Costume de gwrre et d'apparat, p. 8, pi. II.) Cette mode gênante n'a été ni générale ni durable. = IV. Le peussos; ia robe. — 1* La quatrième pièce du costume masculin est le « pelisson ». — 2° Le pelisson est une robe fourrée, généralement très longue, et tombant sur le pied. Ce vêtement, qui est d'un usage journalier, se porte le plus souvent ektre la chemise et le BLuiT,et, en d'autres cas, tient lieu du bliaut lui-même. (J. Quicherat, Histoire du costume, \" éd., p. Iô3.) 5° C'est de la pelleterie renfermée entre deux étoffes, et la fourrure n'apparaît qu'aux bords. — 4* Ces deux étoffes (comme nous l'avons dit plus haut (et nous le répélons à"dessein), c'est de la toile, pour le côté qui touche la chemise; c'est de la soie de différentes couleurs, pour le côté extérieur et visible. (Comptes de 1551, publiés par Ducange, au mot Pellicium, éd. Didot, t. V, p. 181.) — 5* Le poil de la fourrure est tourné du côté du corps. C'est ce poil qui est recouvert de toile, et c'est le cuir qui est recouvert de soie. (Id. ibid.) — 6° Que le pelisson se portât sous le bliaut, c'est ce qui est attesté par cent textes de nos chansons : Lors a vestu une peliçon d'ermine — Et par desf.ur un ver bliaut de sie. (Raoul de Cambrai, éd. Le Glay, p. 218.) Un pelisson hennin li ont el' dos gelé. — Et desore un bliaut. (Mol, v. 8599, 8600. Cf. 9821 et suiv.) Etc., etc.— 7" Quand on s'habille, on met d'abord ses braies, puis sa chemise, puis ses chausses, puis ses souliers, puis le pelisson, que l'on recouvre soit d'un manteau, soit d'un bliaut. (Girart de Roussillon, trad. Paul Meyer, p. 237, p. 124 ) Quand on se déshabille, on Ole d'abord son manleau, puis son bliaut, puis son pelisson, puis sa chemise, puisses braies: Ets'osla son bliaut, etl'crmin peliçon. — Sa chemise et ses braies. (Renuus de Mon'.auban, p. 250, v. 2.) Quelquefois on ne portait que le pelisson sans bliaut. — 8° Le pelisson étaitsurtoutd'hermine, el l'on disait couramment unpelisson hermin. (V. les textes cités plus haut.) — 9° C'était surtout à l'encolure du pelisson que l'hermine était apparente, et c'est ce qu'on appelait les gueules du pelisson : Moillent les geulesdoupelissonhermin.(Gaj/don,v. 1414.) Et moillièrent les gueules de l'ermin pelisson. (Aye d'Avignon, v. 175.) Lermes li moillent le menton — Et les gollées (?) dou pelison. (Roman de Troie, cité par Ducange, éd. Didot, t. V, p. 18t.) — 10° Les gueules, ce n'est pas (comme l'a cru Viollet-le-Duc) un camail, mais un simple collet de fourrure, plus ou moins large et épais. — H" Au lieu d'avoir des gueules en fourrures, certains pelissons étaient bordés, à l'encolure, de passementerie d'or : El' peliçon hermia tôt d'orfroi engoulé. (Aiol,\. 9823.) Lafourrurepouvaitégalement être apparente au boutdes manches, et c 'était encore (comme le bas de celle robe fourrée) une place tout indiquée pour recevoir une garniture d'orfroi. — 1 2° On pouvait donner à ce vêtement usuel une apparence de grand luxe, en multipliant les galonset les passementeries: Quatre peliçons gris de fin orfroi bandé, (itenaus de Jtfontàuoan, p. 161, v. 12.)Chascun avoit... hermin pelichon —As bendes d'or listées entor et environ. (Godefroide Bouillon, v. 1 779, 1780.) — f 3° Le pelisson était un vêtement très chaud dont l'emploi s'explique par l'insuffisance du chauffage dans leshabitations de cette époque, mais qui, en été, devait être d'un usage très rigoureux? 11 rouvaitalors être remplacé par une « cotte » ou « robe non fourrée », qui descendait également très bas : Blanche chemise et braies a vestu maintenant. — Et pardesores vest une cote avenant — Et puis après, un porpre. (Floovant, p. 781 et suiv.) Il s'agit de

MO

d'or, descend presque aussi bas que l'habit de dessous. Les manches, très larges et fort longues, traînent jusqu'à terre, et l'on voit, par-dessous, les manches ajustées du pelisson avec leur étoffe violette et leurs galons d'or. Le corsage du bliaut est collant avec un petit décolletage carré, sous lequel on aperçoit la goule de la robe fourrée. La jupe, fendue par derrière, est à tout petits

Maugaliequisetravestitenhomme.(VioIlel-Ie-Duc,ilfo6i7ier,lII,pp.28o,286.) — 14° «Les grands personnages, dans les provinces de l'ouest, portaient vers le milieu du xne siècle la cotte longue tombant sur les pieds, par-dessous le bliaut. Cette robe était assez ample pour nepas gêner les cavaliers. » {Ibid., Il l,pp. 285, 287.) Telle estlarobe que porte GeofTroi Plantagenet. (r6id.,H,p.2l8.)OnpeutgénéralisercesdernièrespropositionsdeViollet-le-Ducet

Fig. 6:>. Bliaut d'homme a simple », conservé au Trésor impérial de Vienne, d'après un dessin de J. Quicherat, en son Histoire du Costume, 1« éd., p. 1V8.

affirmer « qu'en été le pelisson était souvent remplacé par la robe. » =s V. Le bliaut. 1° La cinquième pièce du costume masculin est le bliaut, qui est une tunique ou robe de dessus. — 2° Les hommes ont porté rarement le bliaut composé, et presque toujours le bliaut simple, dont nous allons parler. — 3° « Le nom de « bliaut » s'applique aux robes de dessus des hommes et des femmes, pendant les xi", xu" et xar siècles. » (Viollet-le-Duc, Mobilier, 111, pp. 58, 59.) — A° C'est un vêtement de riche et de noble, et qui n'est point à l'usage des petites gens. — 5° Le bliaut se porte généralement sur le pelisson ou sus la robe, sous le manteau. — 6° Le type parfait du bliaut masculin a été donné par J. Quicherat, en son Histoire du Costume (1™ éd., p. 148), d'après une pièce des plus rares, qui est conservée au Trésor impérial de Vienne (fig. 65). a La date de ce bliaut est certaine. On lit sur les bordures d'une large bande de soie brochée dont il est paré par le bas une double inscription en latin et en arabe, d'où il résulte que cet ornement fut tissé à Païenne en 1181. » — 6°« Cette tunique est d'une soie sergée de couleur bleue tirant sur le violet. Les manches vont en entonnoir depuis les entournures jusqu'aux poignets. Le corps est bâti avec des pointes qui procurent une largeur extrême par le bas. L'encolure est étroite. La hauteur totale de tout le vêtement est de 1 mètre 50. » — 7° La forme

plis. Entre le corsage et la jupe, le tailleur a cousu une pièce d'étoffe, souple et légère, non moins juste que le corsage et qui emboîte très étroitement les hanches et le ventre. Cette « pièce du milieu » se lace par derrière, comme le corsage lui-même dont elle forme le prolongement, et on la serre autant qu'il est humainement possible, comme nos « cuirasses » d'aujourd'hui. Toute l'encolure de ce bliaut d'apparat est ornée de larges galons d'or; les manches énormes, munies du même galon, sont tailladées et découpées. Mais ce qui frappe tout d'abord les yeux, c'est la ceinture, la magnifique ceinture, qui est jetée négligemment sur les hanches et retombe par devant jusqu'au bas du bliaut. L'orfèvre n'y a pas travaillé moins de deux mois, et y a enchâssé, sans les compter, les topazes, les agates, les escarboucles et les sardoines. Notez que chacune de ces pierres a une vertu

de ce bliaut concorde parfaitement avec tous les textes de nos vieux poèmes, et il faut se représenter, pour les bien comprendre, une tunique à manches larges et moins longue que le pelisson ou la robe. — 8* Pour mettre le bliaut, il fallait simplement passer la tête dans un trou ; mais, s'il y avait des bliauts sans couture, il y en avait de fendus : < Bliaus ont de coton porfendus lez les cors» (Aye d'Avignon, v. 2321); il y en avait aussi de lacés par derrière ou sur les côtés : o Li Rois avoit un bliaut endossé — Qui tous estoit de soie naturel, — Et à fiex d'or sont laciet li costé ». illuon de Bordeaux, v. 5G21-5623.) — 9* Le bliaut est un vêtement de luxe et pour lequel on n'épargne rien. Il est en étoffe précieuse, presque toujours en soie. La plupart des bliauts de nos vieux poèmes sont en paile (Roland, v. 503; Godefroi de Bouillon, v 6555) ; en tamit (Amis cl Amilet, v. 1739, 1740. Cf. les Lorrains, ms. de Montpellier, f°' 40 et 44, cités par F. Godefroy) ; en cendal, (Fierabras, v. 1927). Mais il y en a de plus ordinaires : en coton (Aye d'Avignon, v. 2321) et en futaine : Quidam miles de corte, nomine Wido, calumpniabat Aniicum Coraldum et infantes ejus pro servis suis; sed Amicus Coraldus dédit ipsi Widoni viginti solidos, et uxori ejus caligas, et fllio ejus union blialdum defuslanis. (Cartulaire de Paray, aux Archives nationales, f* 32, r*, pièce non datée, mais probablement du xr-xii» siècle.) — 10° Les bliauts sont (comme celui de Vienne, cité plus haut) ornés, à l'encolure, aux manches et au bord inférieur, de bandes de soie brodée (J. Quicherat, 1. I., p. 148) ou de passementeries d'or: Richars ot un bliaut trestot à orbatu. (Les Chctifs, éd. Ilippeau.p. 203.) Ces derniers bliauts, qui étaient d'un usage fort répandu, étaient appelés « bliauts à orfrois ». — 11* Moins coquets que les bliauts de femmes, ceux des hommes, cependant, étaient parfois entailliis ou gironnés (Fierabras, y. 1821 ; Renaus de Honlauban,\>. 596, v. 14; Godefrui de Bouillon, v. 3222), c'est-à-dire ornés par en bas de découpures en forme de dents et de « girons ». — 12° On portait en guerre le bliaut sous le haubert. Quand Roland vientau secours de Turpin.à Roncevaux: Si li tolit le blanc osberclegier; — Puis sunblialt Ji ad tut detrenchiet, — En ses grans plaies les pans li a Gchiet. (Roland, v. 2171-2173 ) C'est ce qui apparaît encore plus clairement dans ces vers d'Iluon de Bordeaux, cités par Bartscben sa ChrestomaUiie de l'ancien français: « Li autre l'ont maintenant desarmé; — De l'dos li ostent le bon osberc saffré; — Eus cl' bliaut est Hues demorés. » Autres textes, non moins clairs : Dou dos li traient le bon hausberc treslis; — Saingles remest eu bliaut de «amis. (Amis et Amiles, v. 1739, 1740). Desor un bliaut de samit — Vesti un bon haubert tresli. (Flore et Blancheflor, 2e version, v. 947, cité par Fr. Godefroy en son Dictionnaire de l'ancien français). Etc., etc. = VI. Le m*>T£»u 1° La sixième pièce du costume masculin est le

spéciale : telle préserve de la fièvre, telle autre éclaire en pleine nuit et rend inutile toute autre lumière. Aélis est toute joyeuse de la montrer, et regrette presque d'être obligée de jeter, sur

manteau. — 2° Plus encore que le bliaut, le manteau est un vêtement noble. — 3° Développé, le manteau du xne siècle est le plus souvent semi-circulaire, ou parfois quadrang jlaire. — 4° Le principal élément du manteau est, à l'origine, une fourrure, et la soie ou le drap n'est alors qu'une doublure. Tel est le manteau que revêt le messager Pierre,

Fig. 66. Premier mode d'atlache du manteau, d'après un dessin de Viollet-le-Duc

(Dictionnaire {lu Mobilier, IV, p. 106),

reproduit, comme les fig. 67 et 70, avec l'autorisation de l'éditeur.

dans Girarl de Roussillon : « Il agrafa un manteau phrygien de zibeline, dont la doublure était de paile neuf, teint en pourpre » (trad. Paui Meyer, p. 124, § 239). Cette fourrure était surtout de la zibeline ou de la martre. — 5° Les « peaux de martre » dont il est question dans nos plus vieux poèmes, ne sont à vrai dire qu'un manteau de fourrures. Quand Ganelon est désigné pour aller en ambassade auprès du roi Marsile, il est indigné, furieux. 11 rejette de son cou « ses grandes peaux de martre», cl est rcmés en son blialt de pâlie (v. 502,505). Il est question, dans Aije d'Avignon, de trois mille chevaliers qui ont des chausses de soie, des bliauts de ciglaton, « el grans piaus marterinnes, et hermins peliçons» (v. 2684). Ces manteaux fourrés étaient longs et traînants [Girarl de Roussillon, trad. P. Meyer, p. 52, § 10 i), et c'était un vêtement très solennel et magnifique. — 6° Les manteaux cependant ne tardèrent pas à n'être plus fourrés. En d'autres termes, la pelleterie n'y figura plus qu'à l'état de doublure, et c'est la soie ou le drap qui en fut le principal élément. Déjà, dans le Roland, il est question d'un manlelsabelin, « Kifutcuverz d'un pâlie alexandrin » (v. 462, 463). C'est avec ces éléments, ainsi combinés, que le manlel conquit sa forme définitive. — 7° Le manteau était toujours très riche, orné de

tant de richesses, ce manteau qui est alors la principale marque à laquelle on reconnaît la femme noble. Mais laissez-la faire : elle saura montrer, quand même, et son bliaut, et sa ceinture, et son manteau. Elle attache gracieusement celui-ci sur son épaule

franges, de passementeries, de pierres précieuses. — 8° Les tasseaux, au Ire ornement du manteau, semblent avoir été de petites pièces carrées d'étoffe précieuse, dorées el garnies de pierres fines, que l'on cousait au manteau sur le devant et au bas, comme le parement de l'aube. (Ducange, au mot Taxellus; Littré, au mot Tasseau.) Nous n'en trouvons

Fig. «7. Deuxième aiode d*atta«-he du manteau, d'aprèt un deftiin de Viollel-Ie-Duc IDiclionnain du Mobilier, IV, p. 107).

la mention que dans un assez petit nombre de poèmes, lesquels sont relativement modernes : S'ot bon mantel au col, de drap de Monpeslier. — Li sebles et les lasmes et li tasel d'or mier. — Fussent grief à avoir que's volsist esligier. (Godefroi de Bouillon, v. 3258 et ss.) Un mantel ostorin qui par terre balie. — Li tassel furent fait el' règne de Claudie (Ibid.. 4557. 1558) Li mantiax de son col et la pane qu'i fu — Et li tassel à brasmes qui sont à or tissu — Valurent bien cent livres de fin argent fondu. (Les Chetift, éd. Ilippeau, p. 203.) — 9* Le manteau s'agrafait de deux façons principales : a. Sur le devant du cou avec une ganse et des coulants, avec un anneau ou un nœud (Viollet-le-Duc, Mobilier, IV, pp. 107, 108. V. notre fig. 66). Ou, b., sur l'épaule droite avec une agrafe ou un nœud (id. ibid., fig. 67). — 10* En dehors du manteau semi-circulaire ou quadrangulaire dont nous venons de parler, il existe encore le manteau rond, dit ciclaton (Viollet-le-Duc, Mobilier, IV, p. 328), lequel est commun aux deux sexes, mais qui est surtout porté par les dames {Âuberi, cité par Ducange: Si comme feme, vestus d'une siglaton). — H" La chape enfin, qu'il ne faut pas confondre avec le manteau, est exactement ronde, avec un trou au milieu

droite avec une agrafe qui est ornée d'un saphir et d'un rubis, et le relève, plus gracieusement encore, avec son bras gauche. La fente du manteau est sur le côté, et l'on voit toute la ceinture avec un tiers, que dis-je, avec la moitié de ce bienheureux

pour passer la tête (Viollet-le-Duc, Mobilier, Ul, 93). Elle semble avoir été le vêtement distinctifdes messagers ou ambassadeurs (ibid., III, 101). — 12° Le manteau proprementdit, quand il est jeté par terre, est un signe de défi. On exprime par là que l'on est prêt au combat, que l'onaccepte un duel. Quand Thiébaut accepte le défi de Gaydon : Dou mantel grisest Thiebausdeffunblez... — DevantFrançoisl'aà terre gieté — Etremest sainglesen bliaut gironné (Gaydon, v. 597 et suiv.). Et il ne remet son manteau que quand le combat est décidé : «Baron, dist Karles,si soit com dit avez. » — Et Thiébaut r'a son manlel affunblé (ibid., v. 621, 622). = VII. Les souliers et les heuses. — 1° La septième pièce du costume masculin, ce sont les souliers, qui, généralement, pour la noblesse, sont fails d'étoffe, légers, souples, à semelle très minceet toujours dépourvus de talons (Viollet-le-Duc, .Uofcife', IV, 338). — 2° Ony emploie le cuir aussi bien que les étoffes. « Étoffes et cuirs sont brodés de diverses couleurs et d'une excessive richesse »(ibid., III, 160). — 3° Il y a des souliers qui sont lacés; d'autres sont à pattes; à boutons (Renaus de Montaaban, p. 96, v. 13), à

Fig- 68- Soulier de saint Bertrand de Comrainges,

d'après l'Histoire du costume en France, de J. Quicherat

(1~ éd., p. 157).

Fig. 69. Soulier à quartier panaché,

d'après l'Ubtotre du costume en France, de 1. Quicherat

(l"éd., p. 150).

boucles et à cordons; d'autres sont ouverts ; d'autres présentent sur le devant, au milieu, une couture saillante bien piquée et quelquefois cachée sous une plaque de métal; enfin, les bandelettes reviennent à la mode, et leur usage se perpétue jusque dans les premières années du xiu* siècle (Viollet-le-Duc, 1. 1., III, 160 et IV, 335). — 4" Le luxe des souliers était très recherché. Il y en a qui sont ornés de galons ou de lanières d'applique en cuirs de couleur ifférente (J. Quicherat, Histoire du, costume, l" éd., p. 157). Il en est de « vermeils et ornés par devant d'une (leur » (Girart de Roussillon, trad. Paul Meyer, p. 124). On les dorait ". Soliers à or ovrés (Aiol, v. 9822). On les brodait : Une chauce de paile, soliers poinz à lion (Panse, v. 66). Elie de Saint Gilles reproche à son fils Aiol d'en porter de pains (Aiol, v. 8273). On employait enfin à leur fabrication le cuir de Cordoue, le cordouan le plus fin (Huon de Bordeaux, v. 437). — 5" Il ne faudrait pas, d'ailleurs, s'étonner à l'excès de ce luxe qui n'a rien d'étrange. La coutume orientale de baiser le pied était encore très répandue (Huon, v. 437, Floovant, v. 113), et il fallait que les souliers de nos barons fussent presque aussi beaux que la mule du Pape (Viollet-le-Duc, Mobilier, III, 159). — 6° Les modes les plus ridicules sévirent sur les chaussures du xu° siècle. 11 faut, parmi elles, signaler, après Orderic Vital, l'emploi des pigaches, ou pointes exagérées, que Foulques le Reschin, comte d'Anjou, mit ou remit à la mode; l'usage de certaines pointes, encore plus compliquées et en forme de « cornes de béliers », qu'inventa à la cour de Guillaume le Roux un certain Robert, justement surnommé « le Cornu », et enfin la hauteur exagérée que l'on donna aux quartiers qui retombèrent au-dessus du talon à l'instar d'un panache. (J. Quicherat, Histoire du costume, V' éd., p. 156.)V. notre fig. 68. - 7° 11 va sans dire que l'on aimait à se chausser

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bliaut. Au reste, rien n'est plus riche que ce manteau aux plis artistiques et qui s'arrête à mi-jambe. Il est en paile, de couleur pourpre, et garni de larges broderies sur les bords. Pour tout dire, Aélis trouve qu'il lui sied bien, et voilà qui nous dispense de tout autre éloge.

trèsj uste et que l'on appréciait «les biauspiezcauchiésestroitenient ». (Doon de Maience, v. 3236.) — 8° Avec les souliers proprement dits, il faut se bien garder de confondre les heuses, qui sont de vraies bottes, en bon cuir, des chaussures de voyage, de fatigue, de chasse, solides, imperméables, « poursoi garder de la boe et de froidure, quant on chemine par païs et pour soi garder de l'eaue ». (Texte du xiv° siècle cité par Viollel-le-Duc, Dictionnaire du Mobilier, III, 452.) Quand Guillaume au court nez revient de la chasse et qu'il entre, furieux, au palais de l'Empereur : Par tel vertu a le planchrer passé, — Rompent les heuses de l'cordoansoler. (CAarroideJVimes, v. 55, 56.) Quand Roland fait son

Fig. 70. Le chaperon, d'après an de*Mn de Vîo]lel-le-Due (fiiclionnitfr* du Mobilier, III, p. 132).

apparition à la cour de Charles, le jeune voyageur est chaussé de heuses d'Afrique (p. 119, v. 23). Elfe de Saint-Gilles porte des heusses cordouanes. (Elie, v. 1467.) — 9° Sous ces heuses préservatrices, on portait parfois des souliers de luxe : « Pierre mit des souliers vermeils, munis d'une lleur ; il chaussa des houseaux de cordouan et des éperons d'argent doré. » (Girart de Roussillon, trad. P. Meyer, p. 124, §238.)— 10" Il y avait plusieurs espèces de heuses, qui étaient plus ou moins étroites. Celles de Ganelon, dans la Chanson de Roland, sont assez évasées d'en haut pour que le traitre y puisse placer les bracelets, les nusches que la reine Dramimunt envoie à sa femme : Il les ad prises, en sa hoese les butet (v. 641). = VIII. La coiffure des hommes. — 1° Il n'y eut pas, au xnc siècle, qu'une seule espèce de coiffure, et ce fut peut-être la pièce la plus variable du costume masculin. — 2" La coiffure d'apparat, à domicile, les jours de fêle, c'est le chapelet ou le dressoir orné de pièces d'orfèvrerie. (J. Quicherat, Histoire 'lu costume, iro éd., p. 100.) — 3" La coiffure « utile», pratique, c'est, en hiver, le bonnet, dont la forme est absolument celle du bonnet phrygien. — 4° On fit ensuite, à l'usage des deux sexes et

Durant les longues heures qu'elle vient de consacrer à sa toilette, Aélis s'était contentée d'une chaussure découverte et uniquement destinée à la chambre1. Mais, si charmants qu'ils soient, ces eschapins jurent maintenant avec son riche accoutrement, et ou lui enferme les pieds en deux petits souliers, très étroits, à bec pointu1, en beau cuir de Cordoue brodé d'or5. Des bijoux, de véritables bijoux. Sur sa tête elle tient à ajuster elle-même un petit voile circulaire* (c'est si difficile à bien poser!), et sur ce voile, qui est très léger et très fin, elle permet qu'on lui mette enfin son cercle d'or5, garni d'émeraudes8 et délicatement émaillé. A cette véritable couronne que le voile fait merveilleusement ressortir, la jeune fille préférait encore les simples chapels de roses qu'elle portait jadis au temps de la Pentecôte1, qui coûtaient si peu,

sous le nom de coifes, des bonnets en toile qui devaient tenir quelque peu du turban. Puis les chapeaux de poils de chameau et de toutes sortes de feutres parurent durant les dernières années du règne de Louis VII. Ces chapeaux sont à basse forme et à petits bords. (Viollet-le-Duc, Dictionnaire du Mobilier, III, p. 123, 519.) — 5° La coiffure la plus populaire, celle qui est portée a la fin du xii« siècle par les deux sexes dans toutes les classes, c'est le chaperon, en forme d'entonnoir plissé autour du cou, avec une ouverture pour laisser passer le visage. (J.Quicherat, 1.1., p. 160; Viollet-le-Duc, 1. 1..UI, p. 137, 519. Cf. notre fig. 70.) — 6° Sous le chaperon, en temps de paix, on porte un petit bonnet de toile, de laine et de soie, juste à la tète, et un peu semblable aux bonnets de nuit de nos enfants. Pendant la guerre, on le porte sous le heaume, et nous aurons lieu d'en reparler dans notre note sur le costume militaire.

1 « Les escapins (escarpins) étaient des chaussures entièrement découvertes, à quartier bas, pour la chambre. De cette façon est chaussée une femme que l'auteur de Garin le Loherain (II, p. 112) a voulu peindre dans le négligé de la douleur : Toute dolante hors de la chambre issist — Desafublée, chaude d'escapins. — Par ses espaules li raioient si crin. (J. Quicherat, Histoire du costume, l" éd., p. 157.) C'étaient des pantoufles. = *V.Lecoy delà Marche, La Chaire française au moyen âge, p. 409. Ces souliers ne méritent pas le nom de rostrali, consacré aux fameux souliers à la poulaine qui, « interdits au xu* siècle, reparaissent au xm* ». =3 Elleot caucié un cordoans estrois; — Panturé fuient à or sarrasinois. (Ogier, v. 1027, 1028.) Sur le luxe et la coquetterie de la chaussure, voy. Schullz, 1. 1, 1. 1, p. 188, notes i-4. = 4 Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier, IV, 502. « Ce voile, en tissu de soie, avait environ 80 centimètres de diamètre. » = 5 Et fu d'un cercle d'or son chief avironnez. (Aije d'Avignon, v. 5704.) Un cercle ot en son chié d'une ovre tregitée — Et fu de riches pierres tôt environ orlée ; — Et desor fu la tresse qui sembloit sororée. (Parise, v. 5078-5080 ) Un capel ot u cief à pierre d'orient — Qui tout fu de fin or ouvré menuement. (Doon de Maïence, v. ^>63i, 5655.) Etc., etc. En réalité, les cercles étaient (comme le dit fort bien Viollet-le-Duc) de véritables couronnes ornées de pierres précieuses, de perles et d'émaux. (Dictionnaire du mobilier, III, p. 120.) =6 Un cercle d'or... — A riches esmeraudes qui getent grant clarté. (Aye d'Avignon, v. 3704. 3705.) Au lieu du cercle, on mettait volontiers, les jours plus ordinaires, un simple galon d'or: Et un orfrois a mis desus sa teste. (Garins li Loherains, cité par Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier,l\, p. 160.) = 7 Chapel de Hors qui petit couste. — Ou de roses, à Pentecouste. (Rose, v. 2168, 2169.) Mais capeaus de roses avoient— En lor chiés mis et d'aiglentier — Porle plus doucement flairier. (Le Lai du Trot, xm* s.) Ces couronnes de ileurs naturelles étaient si goûtées qu'elles donnaient

RENAUD A SMNT-PIEnUE DE COLOGNK (P 497 1

> faire pénitence et sanver son Ime, Renaud de Monlauban s'enfuit de son château, se sépare de tous ceux qu'il aime, et, cachant son nom avec sa gloire, arrive un jour à Cologne, on l'on construit le montier de Saint-Pierre. 11 se présente au maître maçon : •< Si vous le voulez, dit-il, je travaillerai pour vous, et « porterai la jùirre. » Lors, il va vers une pierre qui était grande et large : « Allez- •■ vous-en, dit-il aux quatre hommes qui allaient s'en charger : je vais la porter seul. » Il v mit la main, et la souleva. (Rntnts dt Mtmtimbnn, éd. Michelant.

Composition d'KDOUAnn Zusu.

étaient si jolis et sentaient si bon. Le cercle est plus beau : le chapeî était plus joyeux. Mais il serait oiseux d'y penser davantage. C'est fini. La toilette de noces est achevée.

Aclis n'est point coquette; mais elle sait s'habiller, et fait, d'une voix qui n'a rien de trop impatienté, vingt observations à chacune de ses servantes : « Ce pli ne fait pas bien ; il est trop lâche. Il est trop serré maintenant. Examine bien tout autour de moi. Donne-moi le miroir. Regarde par derrière, tandis que je regarde par devant. Là, je crois que c'est tout'. » Elle n'ajoute pas, comme certaine dame de sa connaissance : « Je vois un poil « de travers dans mon sourcil; remets-le en place'. » Mais, somme toute, elle n'est pas trop mécontente de sa petite personne, et s'envoie un sourire de satisfaction contenue.

«Eh bien! ma chère enfant, te voilà singulièrement attifée, dit soudain la grand'mère qui vient d'entrer dans la chambre. Si tu étais tous les jours habillée de la sorte, tu ne pourrais plus, je le crains bien, faire œuvre de tes dix doigts5, et il te faudrait, immobile comme une statue et solennelle comme une châsse, t'occuper uniquement... à regarder travailler les autres.

« — Ne craignez rien, bonne mère, et mettez-vous l'âme en paix. Je me sens en effet toute gênée en cet accoutrement, et ne saurais même point me baisser. Mais soyez assurée que je ne le porterai qu'aux grands jours, et lorsque l'Église défend le travail. Quand il sera usé, je le donnerai à quelque pauvre moûtier, pour en faire chasubles ou chapes*. Ce sont là, comme vous le

lieu a une industrie d'une véritable importance. « Dans certaines villes, et notamment à Taris, il y avait des Corporations de fabricants de chapels de fleurs. » On en portait dans les repas. (Tous les éléments de cette note sont empruntés à Viollet-le-Duc, 1. 1., t. III, pp. 121 et 119.) =' Ce qui précède est extrait du roman de Paitonopeus de Mois, admirablement traduit par J. Quicherat en son Histoire du costume, 1~ éd., p. 166. = » ld., ibid. = * « Les pauvres femmes du tu* siècle ne pouvaient plus rien faire après s'être habillées, i Telle est la thèse de Viollet-le-Duc (1. 1., IV, p. 411), et il s'y complaît souvent. A ces toilettes fastueuses il oppose les vêtements si commodes et si simples du mi" siècle, et ne craint pas de comparer les châtelaines de IloO aux grandes dames du xviii*. Deux petites observations suffiront pour atténuer la portée de ces critiques : il n'y avait que les femmes très riches qui s'habillassent de la sorte au temps de Louis VII et de Philippe Auguste, et elles ne s'attifaient ainsi qu'aux jours de fête. Durant la semaine, elles n'étaient aucunement vêtues c comme les statues de Chartres ». = * Quand on dépouille de ses vêtements la femme de Gui de Maîence : Dez riches dras qu'ele ot l'ont toute despoullie... — Et puis lez donna on une povre abeîe. [Doon de itaïencc, v. 951, 936.) C'est par hypothèse que j'ajoute ici qu'on en faisait des vêtements sacerdotaux; mais l'hypothèse n'a

savez, nos toilettes d'apparat ; mais nous en avons d'autres pour tous les jours. Une bonne cotte de laine ou de drap (on commence à en faire, qui sont vraiment fort commodes)1, et, s'il faut un peu plus de solennité, un bliaut tout d'une pièce, moins long que notre robe, et serré aux flancs par une simple cordelette. Une guimpe sur la tète1 et, aux pieds, des souliers qui ne sont pas brodés. Qu'en dites-vous, grand'mère?

« — Je dis que c'est parfait et que , malgré ta couronne qui éblouit mes pauvres yeux, je te veux embrasser dix fois. Partons. »

La toilette d'un homme ne saurait jamais durer un aussi long temps que celle d'une jeune fille, alors même que celle-ci, d'aventure, ne serait pas coquette. Certes, au xi)e siècle, il y a de nombreux points de ressemblance entre l'ajustement d'une femme noble et le vêtement d'un baron. La chemise, le pelisson, le manteau, le chapel, ne sont pas sans offrir une affinité qui est frappante. Cependant notre jeune chevalier n'a mis qu'une heure à se vêtir, tandis qu'Aélis, assistée de trois servantes et de sa mère, n'en a guère dépensé moins de quatre. C'est la faute de ces tresses blondes; c'est la faute de ce bliaut dont j'ai essayé de faire comprendre l'économie un peu compliquée ; c'est la faute des servantes, qui sont si lentes, et de la mère qui ne trouve jamais sa fille assez belle; c'est la faute du miroir. On me comprend, enfin, et celui qui va être le mari d'Aélis, fort vif de sa nature, est cependant le premier à l'excuser... ce jour-là. Il est prêt, lui, et n'est guère moins

rien que de très vraisemblable. = ' Ce changement de costume, cette substitution de la cotte de drap à l'hermin pelisson et à la robe de soie, ne fut un fait accompli qu'au commencement du xiii" siècle (Voy. Viollet-le-Duc, 1. 1., IV, p. 411). — * La guimpe était une sorte de voile, de toile fine de lin ou de mousseline, qui couvrait une partie de la tête, le cou et les épaules des femmes : il fut adopté par les veuves et conservé plus tard par les religieuses. Ce capuchon est, dans nos romans, porté par les jeunes filles ou par les femmes, comme une coiffure ordinaire, avec laquelle on sort, avec laquelle on va à l'église (Amadas el Ydoine, cité par Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier, III, p. 210). On portait quelquefois des guimpes avec la toilette d'apparat (Ogier, v. 1029); mais c'était, parait-il, une coiffure assez chaude et qu'on se hâtait d'ôter dès qu'on le pouvait : Oste sa guimple por le caut qu'ele avoit (Ogier, v. 1029). Pour le chaut qu'ot eu s'estoit desafublée. — Jehenneite et Martine li ont sa guimple ostée. (Gui de Nantcuil, v. 457, 458.)

beau qu'elle. Ses jambes sont couvertes de chausses en soie brune, qu'il a fait venir de Bruges. Il n'a pas, en revanche, accepté l'usage efféminé de la chemise en soie et a préféré une belle toile blanche, un bon cainsil qui est à la fois solide et fin. Son « polisson hermin » est tout à fait semblable à celui qu'Aélis porte tous les jours. C'est de la pelleterie qui est enfermée entre deux étoffes, l'une de toile, l'autre de soie. Il est inutile d'ajouter que c'est cette dernière qu'on porte au dehors : un beau paile rouge incarnat, broché d'or, avec des gueules d'hermine à l'encolure, et de larges galons d'orfroi au cou et aux manches. Le bliaut est à peu près celui que sa femme revêtira demain : c'est une tunique, moins longue que le pelisson , et qui n'a pas plus de quatre pieds de haut. Elle est en soie légère, en cendal bleu foncé. Ses manches sont serrées au poignet et évasées au haut du bras. Des orfrois, bien plus larges que ceux du pelisson, décorent non seulement ces manches, mais le bas de la jupe et l'encolure qui est munie d'une fente verticale. Sous le galon, le bliaut est entaillic ou, pour être ici plus exact, gironné. Le manteau, qui est demi-circulaire, est doublé de fourrure : car c'est là le grand luxe et, dût-on étouffer sous le poids, dût-on suer à larges gouttes, on met partout du vair et du gris, de l'hermine et de la martre. La soie de ce manteau est la même que celle du pelisson : même grain, même couleur. Sur le devant et au bas, à droite et à gauche, éclatent quatre pièces carrées, très riches, qui sont brodées d'or et sur lesquelles on a jeté des pierres fines : ce sont les tasseaux. Une agrafe retient élégamment ce splendide vêtement sur l'épaule droite. Notre baron sait porter le manteau, et c'est vraiment un art. Il sait lui donner de beaux plis, et le rejeter derrière lui avec une désinvolture étudiée. C'est un homme de goût, et il a formellement refusé de se soumettre à la mode qui sévit alors sur les chaussures, dont on fait vraiment la chose la plus ridicule du monde. Ses souliers se terminent par une pointe, mais légère et à peu près raisonnable. Pas de ces pigaches, ni de ces « cornes de béliers » qu'un goût dépravé impose alors aux chevaliers de certaines provinces. Un cordouan très fin, des semelles très minces, pas de talons. Reste la tète, la jeune tête bouclée qu'il faut couvrir ou, plutôt, parer. On ne saurait, en effet, adopter aujourd'hui

le « bonnet » de tous les jours qui serait fait pour déshonorer une si riche toilette, et notre baron entoure son front d'un chapelet, auquel il a voulu donner la même forme qu'à celui d'Aélis, qu'il a fait incruster des mêmes émeraudes et orner des mêmes émaux. C'est fini, d'ailleurs, et bien fini. La toilette de noces est achevée.

11 se montre alors à sa fiancée dans toute sa gloire, et, plus curieux de regarder le costume de la jeune fille que désireux de faire admirer le sien, lui demande en souriant : « Me trouvez-vous bien de la sorte? »

« Et elle ne lui répond qu'un mot : « Partons. »

L'église n'est pas loin, et vous entendez d'ici les belles cloches qui tintent joyeusement la messe1; néanmoins il faudra bien à nos mariés un quart d'heure pour arriver devant le porche du moûtier. Ils ont décidé qu'ils ne feraient pas cette promenade à pied ; mais, suivant l'usage, à cheval. Sans doute (comme plusieurs de leurs voisins qui ont aspiré à passer pour de grands seigneurs), ils auraient pu se donner le luxe de se marier dans la chapelle du château*: ils ont un cousin qui est évêque et serait volontiers venu les bénir. Mais ils ont préféré, fort sagement, ne pas faire autrement que leurs pères avaient fait. Le cortège s'organise devant le perron.

En tête s'avance un groupe de jongleurs, formant un véritable orchestre : vielles, gigles, flûtes et harpes5. Les instruments ont des

1 Au matin sont levé ; — Au raostier vont qu'on a les sainz soné. (Moniage Renoarl, Bibl. nat., fr. 368, f° 243.) Il s'agit d'une matinée et d'une messe ordinaires. =2 II n'y avait guère, à l'origine, que les grands seigneurs ou les suzerains (ceux enfin qui avaient un palais principel) qui se mariaient ainsi dans leur chapelle ou y mariaient leurs enfants : « Adonques fisl tost l'Evesque mander, — A sa chapelle fait sa fille espouser. — Grans sont les noces ou palais principe). (Hervis de Metz, Bibl. nat., fr. 19160, f°2.) Cf. le Département des en fans Aimeri. Bibl. nat., fr. 1448, f» 87 et suiv.; trad. dans nos Epopées françaises, I, pp. 496, 499 et 500. Mais, comme il arrive toujours, les petits seigneurs voulurent nom. les autres, et il en résulta des abus que l'Eglise dut réprimer. « 11 est sévèrement défendu, s'écria-t-elle, de se marier dans les « chapelles et oratoires privés. » (Statut, synod. (îuillelmi Majoris, episcopi Andegavensis, Spicilegium, t. II, et Concilium Senonense, sub Tristando archiepiscopo, art. iv et v, Spicilegium, t. V.) Ces dernières indications sont empruntées par nous à Marlène, en son De anliquis Ecclesix rilibus. Ce que l'Eglise craignait par-dessus tout, dans ces mariages au château, c'était la clandestinité. V. la note 1 de la page suivante. = 3 Le cortège est conduit à l'église « au son des inslru-

formes bizarres, et les hommes des têtes étranges. L'Église exige des fiancés qu'ils se marient à jeun1; mais nos jongleurs ne sauraient être astreints à une telle pénitence, et sont déjà de belle humeur.

Aélis a longtemps réfléchi à cette grave question : « Irai-je au moûtier sur un palefroi ou sur une mule? » Elle s'est décidée pour la mule, qui est la monture généralement adoptée par les dames de son temps*. Rien, d'ailleurs, n'est plus charmant que la bête qui l'attend en battant la terre de son joli sabot. « C'est une belle mule noire, mouchetée de rouge, le pied sûr, le poil luisant, la croupe large et pleine, et deux longues oreilles toujours en branle'. » Mais c'est son harnachement qu'il faut voir. La sambue* est ornée d'ivoires qui sont incrustés d'or; la couverture est en samit écarlate; sur le fronlail éclate une escarboucle qui sert aisément de flambeau pendant la nuit et qui passe (mais Aélis n'en croit rien et fait, quand on lui en parle, sa petite moue sceptique) pour préserver de toutes les maladies. Ce qu'il y a de plus bel et plaisant, c'est encore le poitrail, qui est muni de trente grelots d'argent. Quand la bête se met en marche, toute cette sonnelterie est charmante à entendre, et les jongleurs eux-mêmes sont moins plaisants*.

ment* » (Lecoy de l;i Marche, La Chaire française au moyen âge, p. 392, d'après les textes des sermonnaires du un" siècle.) Cum duceretur cuin instrumentis organicis ad parrochiam ecclesise beatse Virginis. (Elienne de Bourbon, éd. Lecoy de la Marche, p. 365.) = Item, ne nuptix in occulto liant, neque post prandium; sed sponsus et sponsa jcjuni a sacerdote jejuno in monaslerio benedicantur. (Concile de Rouen en 1072; Orderic Vital, IV, 9, éd. Leprévost, II, p. 210.) Par monaslerium, il ne faut pas entendre un monastère, mais l'église paroissiale, que (par une extension de sens facile à comprendre) nos pères appelaient volontiers « le moûtier ». = * Dans le Chevalier au Cygne, Beatrix, la fille de la duchesse de Bouillon, monte, le jour de son mariage, « sur un mulet ambiant, por soef chevalchier» (v. 4068). En revanche, dans Daurcl et Béton, la sœtirdeCharlemagne, le jour où e!le épouse le duc Beuves, catalga unpalafrecorren (v. 177). La mule était, malgré tout, la monture préférée des dame pour toutes leurs promenades et en tous leurs voyages. Ez l'elissant qui descent de la mûrie [Ami» et Amiles, v. 1903.) Et la Boïnne sur un murl arragon (ibid., v. 1653). La ducoise se pasme sur un mul scjorné (Renaus de Montauban, p. 97, v: 26). Et la Roinne [monte] surun mulafautré (llervis, Bibl. nat., fr. 19160, f"64,v). Cf. Aye d'Avignon, v 55 et 913; GuideNanteuil, v. 78 et 431 ; Hervis, 1. 1., f»31 ; Gaufrey, t. 1460, 2021 ; Doon de Maïence, v. 8^)51 , etc., etc. = s Alphonse Daudet : La mule du Pape (Contes choisis, éd. Charpentier, p. 51). = « La puchele est montée sur la riche sambue — Qui touteestoit à soie et à fin or batue(Cau/rej/, v. 2035. 2(136). l'ar sambue, il faut entendre fia selle de femme ». Les femmes s'y asseyaient, les jambes pendantes, sur le flanc gauche de la selle. La monture était dirigée par un homme qui, à pied ou même achevai, tenait la bride. (Viollet-le-Duc, Dictionnaire du mobilier, III, p, 438.) V. Schultz, I. I., t. I., p. 386, 387. = • Une moult riche mule li ont appareillie. — La sele fu d'ivoire, s'est à or entaillie. — Ufrein otune pierre de moult grant segnorie — Dont l'en voit clerement par la nuit oscurie.

C'est son grand-père aujourd'hui (demain ce sera son mari) qui la prend entre ses bras encore vigoureux et la met en selle1. Elle y est assise, les jambes pendantes, très gracieuse, caressant le cou de sa mule qui fait de petits plis, et s'amusant à entendre les premiers bruits des grelots. L'aïeul, plus grave, se place à sa droite : c'est lui qui, remplaçant le père mort, la doit conduire à l'église*. Mais le mari n'est pas loin , bien campé sur son palefroi qui piaffe, sur sa selle émaillée « à fleurettes d'azur3 », avec ses lieuses de cordouan qui recouvrent et préservent ses souliers

Fig. 71. Une voiture d'apparat an In" siècle, d'après le manuscrit de Vllorlus delictarum d'Herrade de Landsberg. Tous les personnages sont symboliques.)

brodés d'or, fier et riant tout ensemble. Près de lui, la mère d'Aélis (un peu triste) et sa propre mère (fort joyeuse) sur de belles mules afeutrées. Puis, deux par deux, trois par trois, tous les parents, tous les amis, revêtus de la magnificence des mêmes costumes ; les femmes en bliaut d'apparat, leurs tresses blondes étalées sur leurs manteaux de soie, le cercle d'or au front. Sur une sorte de char

— Ja qui l'ara sus li n'i ara maladie. — Sus la sambue monte qui feile iert par mestrie. — Trente sonneites ot par derier la cuirie. — Quant la mule galope l'ambleûre série, — Adonc font les sonneitez si 1res grant mélodie, — Que harpe ne viele n'i vausist une alie... — Sus la riche sambue est maintenant puïe. (Gaufrey, v. 2021-2054. Texte utilisé avant nous par Viollet-le-Duc, Mobilier, IV, p. 315, etc.) C'est au poitrail des chevaux que l'on plaçait surtout les cschelettes : Li poitraus fu mult riches, oevres i ot assés; — Mil escheletes d'or i pendent lés a lès. — Tanlost com li chevaus commence à galoper, — Nus déduis ne seroit plus biaus à escouter. {Gui de Bourgogne v. 2534-2537.) == • C'est ainsi qu'Aiol met Mirabel en selle : Entre ses bras le prist, si le lieve el' destrier. (Aiol, v. 6742.) Quand Yde se marie avec Witasse, comte de Boulogne, « li baron l'ont levée sur un mul espagnols.

— Bui conte l'adeslrerent. (Codefroi de Bouillon, v. 193, 194.)=* A défaut du père, c'est le frère aussi, qui conduit sa sœur au moùtier. Ainsi fait le roi Yon de Gascogne pour sa sœur Clarisse qui épouse Renaud de Montauban : « Li rois Vus de Gascoigne l'a au mostier menée. » (Benaus de Montauban, p. 114, v. 11.) A défaut de parents, ce sont de hauts personnages, des comtes. (Moniage Benourl, Bibl. nat., fr. 368, f° 245?) = s Li archon sont dessus à esmail tresgelé, — A flouretez d'azur pourtret et floureté (Doon de

«peint à flours'» on a fait asseoir les plus vieux invités, qui se rappellent leur jeunesse et rient tristement. A droite et à gauche du chemin, on voit, sur deux haies, tous les petits vassaux, tous les vilains de la terre en habits de dimanche, et les bourgeois venus de la ville avec les bourgeoises effarées qui, un peu envieuses de tout ce luxe, regardent avec mélancolie leurs cottes et leurs surcots de drap, et deviennent rêveuses. Mais le moment du départ est venu. L'orchestre de jongleurs éclate en une fanfare victorieuse; les grelots y mêlent leur voix d'argent et le défilé commence au milieu des arbres verts d'où les oiseaux s'envolent. Au moment où le cortège est forcé de s'arrêter à la grand'porte, une voix claire fait entendre la chanson d'amour que préfère notre fiancée * :

Moderato

Jo-li-ve-tés do cuer et ra-membran- - ce De bone

- mor me se - mont de chan- - 1er; Si chan - te - rai, et Dex, par sa

puis-san- - ce, lie doiut tel chant et tel chan - çon tro- ver, Qu'as mes - di -

sans fa - ce le sens der - ver, Et viegne en gré à ma Ua - me

^^^^^J^^^^fe^g^^^EJ^jEEE^

pn -

sie, Que i'ai toi jors de loi - al cuer ser-

—fm — I

vi, ne seu ailiers pen - - ser.

vie ; Puis que la

Et une autre voix de jongleur répond à son compagnon par

Malcnce, v. 6619, 6620) ; etc. = ' Gaufrey, v. 4692 Sur les voitures de celte époque, v. Schultz, 1. 1., I, 380 et suiv.; Viollet-le-Duc, Mobilier, H, p. 510. = * Ce couplet (Bibl. Nat., fr. 844, C 132, v) est de Gillebert de Berneville, qui vivait au xm" siècle, et appartient, par conséquent, à une époque postérieure à celle que nous peignons; mais il exprime exactement et LiiiÉnALK»E«T les mêmes idées que celles du xu" siècle. Nous devons cette « transcription en notation moderne * à l'obligeance de M. Lavoix.

h2h LE MA1UAGE DU CHEVALIER.

cet autre motet, dont on prétend que notre chevalier est l'auteur :

Chançonnele, va t'en lost

Au rossignol en cel bois

Di qu'il me voist saluer

La douce blonde au vis clcr,

Et que je l'aim sans fauser;

Mes certes ne l'os nommer1.

Le dernier vers fait sourire Aélis, qui se tourne vers lui et lui dit gentiment : « Osez ».

L'église est au sommet d'une colline : force est à nos gens de descendre de leurs chevaux ou de leurs mules, et c'est, cette fois encore, le grand-père d'Aélis qui « en sa brace la prent* » et la fait descendre doucement sur le tapis de paile. On respire partout un parfum pénétrant : les quinze marches qui conduisent au moûticr ont été jonchées de roses et de glaïeuls. On ne marche que sur des fleurs. Les maisons voisines sont « encourtinées » d'étoffes voyantes et claires qui flottent au vent. Et les jongleurs de musiquer toujours, et les conversations d'aller leur train, et les rires frais et sonores de s'entrecroiser gaiement. Soudain tout cesse : le Prêtre a paru.

C'est sous le porche qu'a lieu le véritable mariage3, et les cérémonies de l'église* n'en seront, en quelque manière, que le complément et la parure. C'est là, en présence de ces nombreux témoins8, devant cette porte fermée de l'édifice sacré, à l'ombre de cette statue du Christ et sous ces voussoirs peuplés de Saints en pierre, c'est là que les deux fiancés vont donner à leur union leur

' Recueil de Motels français desxn* et xm* siècles, par Gaston Raynaud, 1. 1, p. 14, n'VIII, 1*. »= * ilacaire, v. 756, 757. = s Nuptiae communiter soient celebrari ad valvas Ecclesix. (Martène, Deanliquis Ecclesix ritibus.) Cum duceretur... ad parrochiam... et esset subporticu ecclesiœ ut sponsa sua ei consenlirel et matrimonium ratificaretur perverba de presenti, ut moris est, et sic in ecclesia matrimonium solempnizaretur in misse celebratione et aliis. (Etienne de Bourbon, éd. de Lecoy de la Marche, p. 566.) Tous les Rituels sont unanimes à placer, a l'entrée de l'église oc sons le porche, l'acte principal de la célébration du mariage, c'est-à-dire le consentement des époux. = * Nous avons dû, entre tant de Rituels différents, adopter ici un type unique que nous avons fidèlement suivi (sauf en quelques points soigneusement indiqués). C'est l'ancien Pontifical ou Rituel, conservé jadis à l'abbaye de Lire, au diocèse d'Evreux, que nous avons choisi, comme étant le plus complet et le plus beau de tous ceux qui ont passé sous nos yeux. Martène, qui le publie in extenso dans son De antiquis Ecclesix ritibus (II, col. 556-359), l'attribue au xn« siècle. Nous imprimons en petites capitales tous les éléments tirés de ce Rituel-type que, pour plus de rapidité, nous appellerons désormais le « Rituel de Lire ». = ! Sub testimomo plubimorum (Rituel de Lire).

LE MARIAGE DU CHEVALIER. â25

libre et solennel consentement, et le Sacrement consiste dans le ovi qu'ils vont prononcer. Aélis ne rit plus : elle est devenue pâle. l'autre est sérieux. Le Prêtre ', lui, est calme et procède lentement (trop lentement même) aux constatations qu'exige la sagesse de l'Église, c II n'y a pas, n'est-ce pas, d'empêchements canoniques1? « Vous avez l'âge voulu. Vous n'êtes point parents. Vous êtes chré- « tiens tous deux. Vos parents consentent. Les publications ont été « faites, et les bans proclamés trois fois dans l'église paroissiale, « pendant l'office. Personne ne s'oppose à voire mariage. Vous « avez des témoins : a Quelques centaines ? dites-vous. » Deux « auraient suffi5. Nous sommes en un temps liturgique où l'Église « permet la célébration des noces*. Tout est bien, et il ne me et reste plus qu'à vous demander solennellement votre consente- « ment au mariage. C'est le moment de vous recueillir, de vous « dire en vous-mêmes que vous allez avoir de grands devoirs à « remplir5, et de penser à Celui qui, pour bénir d'avance tous les « mariages de ce monde, assista aux noces de Cana. Priez. » Tout fait silence, sous le porche, sur la place, et Aélis entend les battements de son cœur. L'heure est grave.

D'une voix forte et qu'on entend de loin, le Prêtre leur demande le consentement sacramentel*, et l'on entend alors, mais moins distinctement, deux jeunes voix qui lui répondent : « Oui, je, « Henri, je te prends pour femme. — Oui, je, Aélis, je te prends « pour mari. » Cette seconde voix est, à la vérité, plus tremblante

« D'après VOrdo II publié par Martène, etc., etc., le prêtre arrive vêtu de l'aube et de l'étole, avec l'eau bénite. =i * Ces empêchements sont résumés dans les vers suivants, qui ont été cités bien des fois avant nous et que les canonistes savent par cœur : • Votum, conditio, violentia. spiritualis — Proximitas, error, dissimilisque fides, — JElas, turpe scelus, sanguis, conjunctio, tempus... — llaec, si canonico vis consentire rigori, — Te de jure vêtant jura subire thori. » (Pierre de Blois, epist. CXV.) Les fidèles reçoivent, à trois reprises, lors de la publication des bans, l'injonction de déclarer, sous peine d'excommunication, les empêchements qu'ils pourraient connaître. = 'Tout mariage doit se faire : l' In facie Eccletve; 2* Coram tettibut; 3° Confirmante pastore. Martène ajoute avec raison : « Ecclesia clandeslina nunquam approbavit matrimonia. » =* On ne célèbre pas de noces dans l'Eglise : i* Depuis le premier dimanche de l'Avent jusqu'à l'octave de l'Epiphanie; 2* depuis le dimanche de la Septuagésime (ou en certains pays moins sévères, depuis celui de la Quadragésime) jusqu'à l'octave de Pâques; 3* depuis le lundi des Rogations jusqu'à l'octave de la Pentecôte. V. Lecoy de la Marche, La Chaire française au moyen âge, p. 398. Chacune des trois grandes fêtes de Noël, de Pâques et de la Pentecôte avait, comme on le voit, son Avenl ou son Carême. = » Doceat [presbyter] quomodo simul in lege vivere debeant. (Ordo II publié par Marlène.) C'est l'origine du discours de mariage. L'usage n'en était pas très répandu dans les églises du moyen âge. = e Requiratuh

que la première; mais non sans quelque fermeté et décision. En ce moment les deux époux ont la main droite dans la main droite, et se regardent en rougissant. Tous les yeux sont fixés sur eux. Ils sont mariés1.

Il ne faut pas s'attendre à demeurer longtemps sur ces sommets, et la réalité nous en fait rapidement descendre. On ne connaît pas à cette époque nos distinctions subtiles et fausses entre le mariage « civil » et le religieux. L'Église est chargée de tout ce qui concerne le mariage, l'Église seule, et il lui faut en ce moment penser aux intérêts temporels des mariés. Si l'on est en pays de douaire, on fait ici la lecture solennelle du contrat de douaire; si l'on est en pays de dot. on récapitule, à haute et intelligible voix, les divers éléments dont se compose la dot de la femme1. Mais voici où l'idée chrétienne se fait de nouveau sentir : pour sanctifier cette richesse dont on vient de préciser la destination et l'objet, les deux époux et leurs témoins se mettent à distribuer des deniers aux pauvres qui attendaient cet instant et qui sont là, nombreux et faméliques. Cette belle jeune femme, couronnée d'or et en vêtements de reine, jetant ces deniers tout neufs dans la main de ces mendiants, c'est un spectacle qu'on ne saurait oublier5. Un jour, on a raconté à Aélis qu'une statue de pierre, sous un porche semblable à celui-ci, était tombée sur un usurier qui allait se marier, et l'avait tué*. Elle n'a pas peur d'un tel accident ; car elle ne sait même pas ce que c'est que l'usure, et sa petite bourse est vide.

Nouveau rite : c'est la « dation » de la femme à son mari par son père et par sa mère5. Mais, hélas ! en cette occurrence, la mère est seule, et, se souvenant de celui qui l'a précédée dans la mort, éclate en sanglots. Tous les assistants pleurent, ou vont pleurer. Ces Français du xne siècle étaient en effet plus sensibles qu'on ne

consensus utriusque a sacerdote. (Rituel de Lire.) = ' Martène insiste avec raison sur le conlractum per consensum malrimonium. Les mots Vos conjungo sont, dit-il, inconnus dans les anciens Rituels, « et ce sont les mariés qui se marient : Ego N. accipio te in meani. Ego N. accipio te in meum. » = s Le rituel de Lire appartient à un pays « de dot », et non de douaire. C'est pourquoi on y lit en cet endroit : Et fiet recapitulatio de dote mulieris. Mais, dans les autres Rituels, c'est le douaire qui est ici spécifié très nettement : Legitur doialitium, cunclis audientibus. (Ordo IV, publié par Martène, etc., etc.) = s Etponantur denauu auqm in médium. Pauperibus dimdantur. (Rituel de Lire.) =* Etienne de Bourbon, 1. 1., pp. 565, 5C6. = 5 Et tunc demum detur femina a pâtre vel amicis suis, quem vir recipiat et per manum dexteram teneat, sacerdote incoiiante : munda, deus, etc., Cf. Y Ordo II, publié par Martène : Deinde faciat parentes, sicut mos est, dare eam; et YOrdo IV : Ddur

LE MARIAGE DU CHEVALIER. hll

veut bien le croire et, à tout instant, Veau du cœur leur montait aux yeux. Aélis, toute blanche et le regard à terre, renonce à empêcher ses larmes de couler. Mais la mère fait enfin sur son âme un effort héroïque, contient sa douleur, s'avance vers le jeune baron et lui « donne » sa fille. La main nue de l'époux presse alors la main nue de l'épouse' : « A tout jamais, dans la foi de Dieu et dans la mienne, saine ou malade, je promets de la garder. » Ces mots étranges : « saine ou malade » semblent détonner au milieu de toute cette poésie : ils sont cependant plus profonds que tous les autres, et attestent une meilleure connaissance du cœur humain. Ils expriment clairement le caractère éphémère de la beauté, de la jeunesse et de la force : ils valent un sermon.

Quand le prêtre est tout à l'heure sorti de l'église, il portait un livre entre les mains, et sur ce livre* un petit anneau d'argent qui brillait au soleil. 11 le faut bénir5, ce cher anneau qui va symboliser tous les engagements que viennent de prendre Aélis et son mari. En certains diocèses, on l'asperge d'eau bénite*; en d'autres, on se contente d'une belle prière : « Que le Créateur et le Conservateur du genre humain, que le Donneur de la grâce et de l'éternel salut, fasse descendre sa bénédiction sur cet anneau. » Alors l'époux prend le petit cercle d'argent et le met successivement, avec je ne sais quel respect attendri, à trois doigts de la main droite de sa femme, disant tour à tour : Au nom du Père; puis, du Fils; puis, du Saint Esprit*. Après quoi, il le place à l'un des doigts de la main gauche d'Aélis : c'est là qu'il restera jusqu'à la mort, en signe d'affection et de fidélité. Ce rite était tellement significatif, il frappait tellement l'esprit concret des hommes du xue siècle, que l'on disait communément: « épouser une dame d'anel'. » Peu importe, d'ailleurs, que la matière de l'anneau soit plus ou moins riche ; qu'il soit niellé ou orné de pierres fines; qu'on y ait gravé les noms de Dieu ou de ses Saints1, et qu'il ait des vertus plus ou

(emina, etc. = * Si notre baron avait épousé une veuve au lieu d'une jeune fille, la main de la femme n'aurait pas été nue, mais lecla. (Oido IV, etc.) = » Ordo X. = * Deinde BE5EDICAT [sacerdos] AHiicLDii, et tout ce qui suit. (Rituel de Lire.) = * Pontifical d'Auxerre, au xiv« siècle, cité par Marlène. = • A Rouen, on faisait ainsi toucher l'anneau à tous les doigts de la femme. = «Trait a un anclet dont il l'ot espousée. (Aye d'Avignon, v. 2000.) Et mainte dame espouséc d'anel. (Caydon, v. 5202.) =: ' Un anel d'or li met o doi meillor. — Escrit i sont li nom Noslre Seiynor. — Qui l'ait o lui, ja mar auret paor. — Qu'il soit vencus ne noies à tail jor. {Prise de Cordres, Iiibl. nat., fr. 1448, f 104, r".) Il s'agit du

moins merveilleuses : un simple annelet d'argent est aussi précieux que les plus riches bagues. « De cet anneau je vous épouse; « de mon corps je vous honore; de mon bien je vous doue1 » : voilà ce que dit le mari en passant l'anneau aux doigts de sa femme. C'est tout un contrat.

Dans la contrée qu'habitent nos jeunes époux, on a conservé un souvenir vivant de l'antique loi des Francs Saliens, qui voulait que le futur époux offrît symboliquement « le sou et le denier » à la famille de la future épouse. C'était un achat, un véritable achat, et il est certain qu'au xii" siècle on ne se mariait plus per solidum et denarium; mais, lorsque l'époux prononçait ces mots : « De mon bien je vous doue », il plaçait délicatement, dans la petite bourse de l'épouse, trois gentilles pièces de monnaie, trois deniers neufs. Ne pouvant lui mettre entre les bras les champs, les bois et les manoirs dont il composait son douaire, il lui en donnait le symbole. On alla jusqu'à frapper pour cet usage des deniers spéciaux, des deniers « pour espouser ». C'est notre pièce de mariage1.

Fig 7!- « Deniers pour espouser » iivii-xviu' s.), d'après le De aiUiquts Ecclestx rUiWs de D. Martèna.

Cependant nous sommes toujours sous le porche. Il ne reste plus qu'à donner aux époux une marque du respect dont le nouveau Sacrement les rend dignes aux yeux de l'Église : on les encense3. C'est alors seulement qu'au milieu des parfums de l'encens et des fleurs, les portes du temple s'ouvrent à deux battants devant eux.

mariage de Guibert avec la belle Agaie. = • Rituel de Reims, de 1585 (en français), etc. Cf. VOrdo IV [en latin) : « De isto anulo te spondeo ; de isto auro te bonoro ; de ista dote te doto. » Dans ce même Ordo, on ajoute ce rite très caractéristique et que je n'ai point trouvé ailleurs : « Tune procédât ad pedes fviri] mulier. » = * Pour tout ce qui précède, v. Martène : De antiquis Ecclesix ritibus, II, p. 540. Cf. les vers suivants : Puis esposa sa femme et d'argent et d'or mier (Le Chevalier au Cygne, v. 4077), et surtout ceux-ci, qui se rapportent au mariage de Bègue de Belin avec Beatrix, et de Garin avec la « bien faite Aelis » : Deus arcevesques i ont au beneïr. — Là les espousent et d'argent et d'or fin (Garins li Loherain», II, p. 69). = 3 Ce rite n'est pas constaté dans le Rituel de Lire; mais on le trouve dans le Pontifical d'Auxerre au xiv* siècle. C'est après avoir aspergé l'anneau qu'on encense les époux.

On aperçoit soudain le fond du moûtier, les vitraux de l'abside, l'autel. Ils s'avancent, encore tout émus et tremblants, entre deux haies d'amis et de curieux ; mais, arrivés au milieu de la nef, ils se prosternent* et demeurent ainsi étendus un assez long temps sous la main bénissante du prêtre : « Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, « Dieu de Jacob, jetez dans l'intelligence de ces deux jeunes gens m les semences de la vie éternelle ». Puis, s'adressant au jeune couple toujours prosterné : « Que Dieu vous bénisse et vous ap- « prenne lui-même à lui être agréables dans votre corps et dans « votre âme ». Là-dessus, les époux se relèvent, et sont conduits dans le chœur tous deux près l'un de l'autre, la femme à la droite de son mari. La messe commence : c'est celle de la Trinité*. A l'Offertoire, les deux époux, cierges en main, font leur offrande, qui est riche1. Après le Sanctus, ils se prosternent de nouveau pour recevoir la grande Bénédiction solennelle du prêtre. C'est alors que quatre jeunes barons étendent un paile de couleur pourpre audessus de la tête des mariés*. La coutume est antique et belle, et il

1 POST HXC IXTRODOCCNTUR CI ECCLESIAM ET PROSTERXUST SE » MEDIO ECO.ESIC. (Rituel de Lire.) =: 1 I.YTRODUCT1S ILLIS IX ClloRUX ECCLESLE, AD DEXTERAX PARTES!, ET, STATUA XLUERE AD DEITERAII V1RI,

nciHAT hissa de Sancta Tri.mtate. (Ibid.) Sur la messe de mariage, voy. les textes suivants, que l'on pourrait multiplier à l'infini : Levés se sont, au moustier sont alei — Por le servise oïr et escouteir. — Là print la dame Mavoisin li menbreis. (Gilbert de Metz, liibl. nat., fr. 19160, f* 346, V.) L'arcevesque de Rains lor a messe cantée : — Le jor fu Mirabiaus beneïte et sacrée. (Aiol, v. 8510, 8311.) Li veskes de Bordeaus a la messe caillée. (Renaus de Montauban, p. 114, v. 13.) Cf. Gaufrey, v.4681; Doon, v. 7975-77, etc., et surtout, en ce qui concerne la messe du lendemain du mariage, le Département des en fans Aimeri (Bibl. nat., fr. 1448, 1*87 et suiv.; Epopée* françaises, 2* éd., I, 500). = *Ordo II : « Sponsus et sponsa, candelas ardentes in manibus tenentes, offertoria offercut. » A la grant glise ont la dame menée ; — Grant fu l'offrande qu'i offre li barné. (Ilervis, Bibl. nat., fr. 19160, f* 42 v* et 44 r\) — * Post Sahctus, prosternunt se a oratioxex, extento paliio si ni; eis quod tekea.it quatuor iioxixes ad quatuor cop.xua. (Rituel de Lire.) Martène, d'après les anciens Rituels, etc., établit la proposition suivante : « Dum cantaretur Bcnediclio, vélum purpurcum, insignum pudoris, super sponsum et sponsam expandebatur. » Cepallium, c'est un voile, et l'on dit des époux, en ce moment de l'Office sacré, qu'ils sont « voilés » : Tune velel eos sacerdos, virum super scapulas, puellam super caput, et ponat jwjalcm super numéros eorum. (Pontifical d'Arles, xiv* siècle.) Un des noms du pallium était, en effet, jugale, jugatis. En français on dit le paile, et c'est sous le paile de color que Turpin bénit le mariage d'Agaie et de Guibert (Prise de Cordres, Bibl. nat., fr. 1448, f° 164 r"). On dit aussi couvertour, et c'est ce dernier nom que l'on trouve dans un charmant épisode de Doon de ilaïence qui mérite d'être placé sous les yeux de notre lecteur. Il s'agit du mariage de Garin avec ilabireite au cler vis : Et Turpin l'archevesque lor a messe cantée. — Quant sous le couvertour forent encourtinée, — Et li Roi la Roïne a par la main combrée. — Dessous le couvertour l'a lès li acliuée. — Do i maine tantost Flandrine la senée. — Dessous furent tous sis, par joie et par risée. — Quant la Beneiclion fu sur Gariu jetée (v. 11521 et suiv.). Pendant qu'ils sont sous le poêle (où ils gardent généra-

LE M A Iil AGE DU CHEVALIER.

est à peine utile d'ajouter, avec les vieux Rituels, que cette sorte de voile exprime l'extrême rigueur et délicatesse avec laquelle les époux devront cacher leur amour que Dieu bénit. J'aurais préféré qu'on eût gardé la forme même du voile antique, et qu'on en eût vraiment enveloppé le jeune couple. Quoi qu'il en soit, la grande Beneïchon descend sur ces heureux, et c'est presque textuellement

Fig. 75. La Bénédiction nuptiale, d'après une miniature «lu ma. du Vatican n° 1381 (xyi° s.), reproduite par Meicuri (Costumes historiques, etc., 1. 1, p. 15, pi. 8).

celle que l'Église romaine a insérée dans ses livres vraiment œcuméniques : « Que la femme soit aimable comme Rachel, sage comme Rébecca, fidèle comme Sara. » Sit verecundia gravis, pudore venerabilis, doctrinis cœlestibus erudita. Si de telles beautés ornaient le rituel de quelque paganisme antique, nous n'aurions pas assez d'admiration pour des idées aussi hautes, ni assez d'enthousiasme pour un aussi grand style.

La messe s'achève ; YAgnus Dei vient d'être chanté. Une scène

lement une altitude plus grave) les deux époux reçoivent la grande Bénédiction du prêtre, et c'est ce qui donne l'intelligence de ces deux mots « bénis » et « sacrés » que l'on applique aux mariés : « Puis les a l'Arcevesques beneis et sacrés. (Fierabras, v. 6019.) Le jor fu Mirabiaus lenelte et sacrée (Aiol, v. 8311); etc.* Dans les seconds mariages, pas de pallium, pas de voile (Pontifical de Rouen, au xive siècle) ; etc., etc.* On place sous le poêle les enfants nés avant le mariage. (Chronique de Normandie, éd. F. Michel, 183 ï,

charmante va clore cette série de scènes charmantes qu'ignorent nos peintres et que je leur voudrais apprendre. L'époux s'avance à l'autel, et reçoit du prêtre le baiser de paix. A qui va-t-il le reporter? Il n'est pas besoin de le demander. A sa jeune femme, qu'il embrasse très chastement au milieu du sanctuaire, au pied du crucifix, près du corps de Jésus-Christ lui-même qui est conservé dans cette colombe d'or au-dessus de l'autel'. Quel baiser!

On sort de l'église, à travers une foule compacte* et bruyante, et les jongleurs prennent de nouveau la tête du cortège. Il y a bientôt deux heures que tout ce monde de parents et d'amis est recueilli, grave et silencieux. Quelque détente est nécessaire. Les dames parlent.

Au bas de la colline, les chevaux et les mules attendent. Dames et chevaliers y montent en jasant. Puis, en route pour le château !

Plusieurs de nos vieux poètes nous ont laissé des descriptions vivantes de ce retour de l'église. Ils ont peint les rues, tapissées de feuillages verts; les encensiers où les parfums brûlent en plein air; les groupes de jongleurs qui viellent ou chantent sur le passage des mariés et, plus loin, en dehors de la ville, les chemins fleuris et les champs en fête*. Et l'on se souvient involontairement de celte chanson populaire de la Gascogne que cite un poète moderne en

p. 64, citée par Viollet-le-Duc, Mobilier, I, pp. 325, 326.) Sur le poêle, consulter le livre de Schullz, 1. 1., t. I, p. 492. = * Rituel de Lire, Cf. l'Ordo II : « Ad ultiraura supradictus sponsus pacem de presbytero accipiat suxque sponsae ipse l'erat. » Chez les Grecs, les époux recevaient la sainte Eucharistie. Le même usage a persisté quelque temps dans l'Église latine (Sacramentuire de Gelase; mss. de Gellone et de Reims cités par D. Martine, 1. 1.). C'est après la messe que, d'après le Rituel de Lire, on bénit solennellement le pain et le vin : Post kissam be.iedica[!ijtur pams et vi.nux in vasculo, et quite.vt a ■oxiNK Doiim. * Sur les couronnes que les époux portaient jadis au sortir de l'église (Corotuc capilibus impotilœ, etc.), cf. encore D. Martène, dont on ne saurait trop utiliser le témoignage, toujours scientifique et sûr. = » A l'issir de l' inoustier l'ont sur un inul levée. — Par desor une mule richement afeutrée, — Sor la sanbue à or fu la dame posée. (Aiol, v. 8312-8314.) = s Quant la messe est chantée, molt i ot de barons. — La pucele adestra uns riches dus, Rainions. — Es chevax sont monté auferrans et gascons ; — El' palais descendirent et as maistres-maisons. — Li Rois fera les noces, etc. (Le Chevalier au Cygne, v. 4080 et suiv.) Gascelin doit Senneheut espouser. — En tout le mont n'a meillor baceler. — Quant cil l'entendent, Deu prennent à loer. — De la grant joie corent un cor soner, — Toutes les rues firent encortiner, — Et à la terre les vers erbes jeter, — En ensencier font le feu alumer, — Cil jougleour i vont por vieler. (Aubri, éd. P. Tarbé, pp. 37, 38.) Ce dernier passage convient aussi bien à l'entrée au moùtier qu'à la sortie de l'église. En ce qui concerne les encensiers en pleine rue, c'était un usage constant les jours de lète : Là veïssiez le bon chastel garnir, — Encortiner de dras et de samis — Les encensiers par les rues tenir. (Curins li Lohe-

une de ses meilleures pages : « Tous les chemins devraient fleurir, — Tant belle mariée va sortir; — Devraient fleurir, devraient grainer, — Tant belle mariée va passer ».

A un carrefour de la route, grand tapage. C'est toute une cavalcade qui vient au-devant des nouveaux époux1; on s'embrasse, on rit; puis, les deux cortèges réunis se dirigent sans trop de hâte vers le palais, où tout est prêt pour les recevoir. C'est dans la grand'salle, dans la salle pavée, que la grande réception* doit avoir lieu5, et, depuis plusieurs jours, on l'a disposée et parée à cet effet. On l'a badigeonnée et peinte à nouveau* ; on en a couvert les murs de tapisseries sur canevas et surtout de belles pièces de soie rouge et verte; on a dévalisé tous les bords de la rivière pour couvrir le pavé de joncs, tous les jardins pour le joncher de roses5. Elle est superbe, cette salle, même quand elle est vide et nue; mais elle n'a jamais paru si belle qu'avec toutes ces joncheries et pavoisements multicolores. Il faut y faire une entrée solennelle : elle le mérite bien. Attendez. Le cortège vient de pénétrer dans la cour; les jongleurs débouchent sur la place; les mariés descendent de leurs montures. Deux par deux, les parents et les amis s'avancent vers le perron, et en montent lentement les degrés. Une belle rayonnée de soleil tombe en ce moment sur tous ces costumes, sur toute cette soie, sur tout cet or, sur toutes ces têtes blondes, sur tout ce fourmillement de daines et de chevaliers. C'est splendide.

On ne dînera pas dans la salle ; mais dans la prairie voisine, sous

rains, II, p. 195.) Une belle « sortie l'église » (un jour de fête liturgique, le jour de la Saint-Étienne, à Metz) est celle qui est racontée, un peu plus loin, dans ce même poème que nous venons de citer : Le jor fu feste d'un cors saint beneï. — De l'mostier ist li Loherains Garins — Avec sa femme la cortoise Aelis. — Quatre vins dames i ot de moult, grant pris, — Toutes vestues et devairet de gris. — Devant Garin l'enfles Girbers ses lils — Et, après lui, dedamoisiaux ot vins. — Grans fu la joie qu'on fait devant Garin. — As eschelettes font le mabre tentir, — Les damoiseles chanter et esbaudir. — Haute est la feste (II, p. 200). Presque tous les détails qui précèdent conviennent, fort exactement, au jour du mariage. = ' Rcnaus de Monlauban, p. 114, v. 18, 19. = * Après la messe sont de F mostier parti; — Ou pallais montent qui fu biaus et polis. (Girbers de Metz, Bibl. nat., fr. 19100, f° 519.) Grans sont les noces ou palais principel. (Hervis ibid., f°2.) Li quens a fait ses noches en son palais pavé. (Godefroi de Bouillon, v. 558.) Granz sont les noces sut el' paies pavé. (Prise d'Orange, v. 1879, etc.) = 3 Mult furent grans les noces en la sale pavée. (Renaus de Montauban, p. 114, t. 23). Etc., etc. = * In istis [nupciis] l'on fait la maison pingi et juncheare (ins. de Sermonnaires, Bibl. nat. lat. 10481, n" 01, cité parLecoy de la Marche, La Chaire française, p. 400, note 1). — 5 Mult fu bien por[t]endue la grant sale pavée — De jons et de mentastre, de rose enluminée. (Renaus de Monlauban, p. 114, v. 16,

des tentes1. 11 est alors de bon ton (c'est ce qui dure encore et durera toujours) d'inviter de grands personnages à ses noces, et le point d'honneur consiste à en inviter le plus possible. Plus on en a, plus on est fier*. C'est même l'objet de certaines rivalités, compétitions et jalousies : « J'avais à mes noces tant de comtes. — « Et moi tant ». Le malheur, c'est qu'à l'imitation des Empereurs et des Rois, on estime qu'il est nécessaire de faire des cadeaux à tous ses invités : bliauts, manteaux, hanaps et le reste5. Chacun de ces présents doit être accompagné d'une bonne parole, d'un sourire, et c'est à peine si notre chevalier trouve un instant pour se réfugier dans sa chambre où son frère l'attend. Il s'agit d'un échange de fiefs qu'ils veulent conclure aujourd'hui et soumettre au consentement d'Aélis. L'échange se fait', sans aucune difficulté, sans aucun débat. Pour le confirmer Aélis embrasse son beau-frère, et son mari aussi.

Ces trompettes qui sonnent là-bas, ces claires trompettes disent en leur langage que le dîner, le grand dîner est prêt. Sous les aucubes sont dressées les tables chargées d'or. La plus belle des tentes, celle qui est toute couverte de soie bleue, est destinée aux nouveaux époux, à leurs parents les plus proches, aux plus illustres invités. Guidée par les écuyers, la foule énorme se pré-

17) v. la note précédente, etc., etc. = « Aiols [qui] estoit sires de tonte sa contrée — Ne vaut faire ses noces en le grant tor quarrée, — N'en maison, n'en ebastel, ne en sale pavée; — Ains les list desous Lengres en une large prée. — La peûsiés veir mainte aucube levée, — Et mainte riche tente d'or et d'argent fresée. — Molt sont rices les noces. {Aiol,v. 8319-8325.) Cf. Aimeri deNarbonne, Bibl. nat., fr. 1448, f» 66, V, etc., etc. = * Quant gens de grant paraige se veulent marier, — Se semonent grans gens pour eslre à l'espouser; — Et, de tant com semonent gent de plus grant valeur, — Est la feste plus grande, et si ont plus d'onneur. (Bibl. nat. lat., 16498, in fine. Cité par Lecoy de la Marche, en sa Chaire française, p. 399.) = » Aux noces du comte Eustache de Boulogne on vit l'Empereur donner un riche manteau à chaque invité : Por l'amitié d'Uitasse que moult forment ama, — Un mult riche mantel àchascun d'ax dona. (Godefroi de Bouillon, v. 166, 168.) Quand Elie de Saint-Gilles épouse Avise : Se les noches sont grans, ne l'esteut demander; — Maint riche vasel d'or i fu le jor doné. (Elie, v. 2751, 2752.) Lorsque le duc de Lorraine, qui est ruiné, marie sa fille au Prévôt de Metz qui est très riche, c'est le Prévôt qui fait les cadeaux et qui paye les jongleurs (Bibl. nat., fr. 19260, f*2, V). L'usage de ces présents était descendu des Empereurs et des Rois jusqu'aux petites gens. Le sermonnaire, que nous avons cité plus haut, ieproche à son auditoire, où étaient sans doute représentées toutes les classes de la société, ce luxe de présents et ces dépenses excessives des noces. Il constate tout d'abord que l'on invite « amicot el parentes ad nuptiat. Postea, l'on donet robes ad istas divites nuplias; poslca,Yon donet diverta fercula; postea l'on donet canlilcnas ad ultimum ». (Bibl. nat., lat. 16481, n* 61, cité par Lecoy de la .Marche, Il , p. 400.) = 'V. dans Garins le Loherain (II, p. 7, et suiv.) la belle scène féodale de l'échange de fiefs entre les deux frères Gariuet

cipite vers les tables, mais non sans quelque désordre et tumulte. On s'inquiète de savoir où l'on sera placé, on se heurte, on crie, on rit. Il n'y a un peu de calme (en apparence au moins) que dans la maîtresse-tente où l'on a eu soin de placer le marié près de la mariée1. C'eût été cruauté que de les séparer : ils ont tant de choses à se dire! Autour des convives circulent les sénéchaux affairés qui portent les paons rôtis sur des plats d'or*. Derrière les

Fig. 74. Un repas d'apparat, d'après le Meliadus du British Muséum, Additionnai mss-, n° 1ÏM8 (xiv* siècle}. Reproduction d'une gravure du livre de Th. Wright : À llistonj of AomeMc «miniers and sentiments in Englani during the UiddU âges. (Londou, 186J.)

deux époux, deux chevaliers, deux barons, se tiennent gravement, qui ont tenu à honneur de les servir3, et le marié leur dit: « Je ne saurais, comme un héros de roman, vous donner aujour- « d'hui .deux de mes châteaux pour la peine que vous voulez « bien prendre*. Je n'en ai que deux pour moi-même. Mais je « vous saurai gré, au fond de mon cœur, de nous verser du vin « à ma dame et à moi. » Le baron s'incline, prend la grande

Begon. = ' Dclcis sa famé qui moll ot cleir le vis — Seoit Gibers, li fis au duc Garin ; — Dejoste lui seoit li dus Garins. (Cirfor* deiletz, Bibl. nat.,fr. 19160, t° 519, v\)On conduit Garin à la maitre-table : « Lui et sa famé assirent leis à leis — Et Anseis (le père delà dame) sist au maistre costés — Et à senestre Gibert li aloseis. (Ibid., f°310.) L'usage devait certainement varier suivant les pays, et il n'y a pas ici de règle générale. = - La veïssiés ces senichaus alleir, — Par mi la table ces riebes mes porteir — Et ces poons rostir et empevrer. (Girbers, 1. 1., f" 510.) = r> Quand le marié est un personnage considérable, ou quand un Roi assiste au festin, ce sont des Comtes qui servent. Au grand dîner qui suit le mariage du Chevalier du Cygne et auquel assiste l'Empereur: «Quinze comtes servirent. » (Le Chevalier au Cygne^ v. 4088). Aux noces de Guillaume et de Guibourc : Li cuens Bertrans les servit au digner — Et Guileberz etGuielins li bers. (Prise d'Orange, v. 1880, 1881.) Il faut noter que le comte Bertrand est le propre neveu de Guillaume, ainsi que les deux autres servants. =4 Girbers

coupe d'or fin, et remplit les deux hanaps qu'on lui tend. La belle « au clair visage » y trempe ses lèvres en même temps que son mari1, qui boit plus longtemps. Ils ne mangeront guère.

Je m'en voudrais de décrire ici (détail vulgaire) tous les plats qui passent et repassent sur les tables. C'est par centaines qu'on les compte, et qu'on est fier de les compter1. On en parlera longtemps

Pig. 75. Les jongleurs aux noces. Instruments de musique : 1" la vielle. Reproduction (Tune gravure du Cotttmkunie de H. Wciss (cf. Sctiultz, I, 433), qui est empruntée aux documents originau x

dans le pays, mais le souvenir de ces noces demeurera surtout dans la mémoire de ceux... qui n'y ont point assisté. Les bourgeois et les vilains ne diront pas : « Les mariés étaient charmants » ; mais : « 11 y avait tant de plats à leur diner de noces ». Les jongleurs1, qui sont là, groupés dans un coin, ont quelque chose de moins banal et sont plus dignes de notre attention. Du-

de Metz, ibid., f* 519. = ' C'est ainsi que Fromondin sert Girbert, le jour de ses noces : Adons laissa le raantel sebelin, — Par les espaules le laissa jus chaïr. — Aces deus mains prinl la coupe d'or fin. — Gibert en sert et sa mie au cler vis. (Ibid., f° 319, V.) = 1 t Li mingiers ru moult grakz, ja plus grant ne verez. — Les noces furent faites à joie et à santé. » Ces deux vers de Parise (v. 3095, 3096) relatifs aux noces de lltiguet, peuvent ici passer pour un type. Cf. Le Chevalier au Cygne : Quinze comtes servirent de riches venoisons — Et de tant autres mes dont jo ne sai raisons (v. 4088, 4089). Dans un texte de Matthieu Paris, cité par Schultz (I, p. 488), il est question (!?) de triginla milita ferculurum = s Sur la présence des jongleurs aux noces, et sur les riches présents qu'on leur fait, les textes abondent. V. en particulier les suivants : 1° Aux noces de Bernier et de la lille de Guéri le Sor : Un jougler chante, onques millor ne vi. — Dist Gautelés : « Bon chaii-

rant le repas, qui est long, ils se contentent de jouer leurs plus beaux morceaux d'orchestre. Quelques-uns (mais de dernier ordre

Fig. 76. Les jongleurs aux noces. Instruments de musique : i- la guilerne ; 3" et 4* la gigue. (Môme source que la fig 7*.)

ceux-là) jonglent et marchent sur la tête. C'est seulement à la fin du repas que l'on commence à chanter et à conter1.

teour ad ci » — « Voir, dist Bernier, onques millor ne vi — Dès icele eure que de mère « nasqui. — Je li donrai mon destrier arabi — Et mon mantel et quant que j'ai vesti. » — ti Et je mon mul, n dist Ybers li (loris. — « Chantés, biau frère. »Et cil s'est esbaudis. (Raoul de Cambrai, éd. Le Glay, p. 237.) 2° Cil jugleori vont (aux noces) por vieler. (Aubri, éd. Tarbé, pp. 37, 58.) 3° Se jor la prist Ganor à moillier et à per. — Qui veïst jougleors du pais assembler ! — Tanlost qu'il ont oy de ces noces parler, — Tant en y est veuus que que nus nés puet esmer; — Ainz de si riches noces n'oynus lions parler. — Qui àcel joroïst ■vieler et tromper, — Tabors et chalemiaus et estrumens soner, — De merveilleuse joie li peiist remembrer. (Aye d'Avignon, v. 4102-4109.) 4° Le jour du mariage de Guiteclin avec Sébile; Cel jor ont ménestrel auques de lor talanz. — Guiteclins les paia d'or fin et de besanz. (Saisnes, couplet v.) 4° Asez i orent harpeor et jugleor. — Et dras de soie et hermins engouiez — Et mulsd'Espaigne et destriers sejornez. (Prise d'Orange, v. 1885-1885.) 5° Asés ot en la sale princes de grans renons — Et bons vielors et canteors de sons. — Li Chevaliers le Chisne lor fait molt riches dons : — Mantiax vairs lor dona et hermins pelichons, — Et muls et palefrois et argent et mangons. — Aine le jor ne s'en plainst ioglerres ne Bretons. (Le Chevalier au Cygne, v. 4090-4095.) 6° Cant ont mangié cil chevalier nobile, — Chantent jougleor et vielent et timbrent. — Dist l'uns à l'autre : « Dix! com or somes riche. » (Prise de Cordres, Bibl. nat., fr. 1448, f° 176). 7" Ains n'i ot sogleor n'eûst bone sodée, — U mantel vair et gris, ou grant cape fourée. (Renaus de Moniauban, p. 111, v. 24, 25.) 8° Mainte harpe et mainte viele — Et maint estrument, sans mentir, — Ioissiés le jour retentir. (Gautier deCoincy, éd. Poquet, col. 656.) 9° Piec aliquis eorum [joculatorum], quantumlibet imperitus, irremuneratus abscedit. (Bibl. nat., lat. 2516% f° 57 ; manuscrit de sermonnaire cité par Lecoy de la Marche en sa Chaire française, p. 400.) On voit plus tard les ménestrels faire des quêtes aux noces pour leur Hôpital de Saint-Julien des Ménétriers, fondé par eux en la rue Saint-Marlin à Paris. « Ils cueillent l'aumosne saint Jullien es nopees où ils vont et es pardons accoutumez. (Archives Nationales, JJ, 161, n»' 98 et 270.) = » Ces séances des jongleurs après le repas de noces sont si-

Ce qu'on chante, je vais vous le dire.

Le premier chanteur veut être « actuel » et raconte les amours d'Oriabel pour Jourdain de Blaives, son jeune mari. Jourdain va partir, et elle ne veut pas se séparer de lui : « Laissez-moi aller « avec vous. Je serai votre dépensier et votre économe. Je serai « même votre écuyer; oui, je mettrai les selles aux chevaux, et « je les ferrerai moi-même. Quand vous monterez à cheval, je vous « tiendrai l'étrier. A votre retour je vous ôterai vos éperons et « vous déchausserai. Si enfin l'idée vous en vient, vous pourrez « à moi esbanoter : car je vous aime bien. » Et elle ajoute, encore plus suppliante : « Laissez-moi aller avec vous. Je coucherai le « soir sous votre escalier, et serai votre petite servante; mais du « inoins je vous verrai aller et venir, et cela me consolera : car « je vous aime bien ». Jourdain se laisse fléchir, et ils partent tous deux1.

Le second jongleur est plus militaire. Il raconte l'histoire de ce sublime corps d'armée, composé de femmes, que l'on vit, sous les murs d'Antioche et sous ceux de Jérusalem, prendre une part si virile à la lutte contre les infidèles : « Les voyez-vous, dit-il, remplir de pierres leurs grandes manches et se pencher vers les blessés, tandis que leurs maris les suivent du regard en pleurant. Les pauvres blessés se tournent vers elles : « A boire, à boire », et elles les réconfortent dans leurs âmes comme dans leurs corps : « Les Anges, disent-elles, les Anges sont là-haut qui vous atten- « dent. » Elles n'ont plus de souliers, leurs pieds sont en sang, leur âme est en deuil : mais elles ne désespèrent point, et méritent, autant que leurs maris, le nom de Croisés et celui de Chevaliers*. »

Le troisième jongleur fait l'éloge de cette Berte qui épousa Girard de Boussillon : « Plus Girard la connut, plus il l'aima. 11 n'avait jamais vu sa pareille pour la sagesse et pour le sens. » Le chanteur, ensuite, la montre tombée dans la misère et faisant noblement le métier de couturière, tandis que le Duc fait vaillamment celui de charbonnier. Sous le charbon, cependant, elle

gnalées dans le Montage Renoarl : Cil jogleor ont asez vielé; — Li conteor ont maint conte conté. (Bibl. nat., fr. 368, f*243.) Moult pari dit on lais, canchons, notes et fables. (Gaufrey, y. 4703.) = * Jourdain» de Blaivie$, v. 2100-2125. = sLes éléments de ce récit chanté

reste toute belle, et les damoiseaux s'arrêtent à la regarder : « N'était le charbon de son mari, il n'y aurait si gentille dame. » Elle passe vingt-deux ans dans cette ombre, pure, bonne, résignée, chrétienne, parfaite. Au bout de ce temps, Girard n'y tient plus et va un jour assister à une joute : « Girard alla voir cette joute avec tout le monde, soutenu entre les bras de sa femme qui le tint si cher. La dame vit les vassaux jouter, et il lui souvint de la vie de son mari qui avait jadis coutume, lui aussi, de prendre part aux joutes. Elle en eut telle douleur que, pour un peu, le cœur lui eût fendu. Les larmes lui coulent des yeux et tombent sur la barbe de Girard. Le Comte se releva, et dit sa pensée: « Dame, je sais maintenant qu'en ton cœur tu as du regret d'être « avec moi. Va-t'en en France. — Ne plaise à Dieu, répond-elle, « que je vous abandonne jamais en mon vivant. Je sauterais plutôt « en feu ardent. » Et le Comte la baise sur-le-champ1. »

S'il faut tout dire, ces chants sont beaux, mais un peu sévères pour une journée de noces. L'auditoire est devenu grave. Les dames pleurent : les unes sur Oriabel, les autres sur Berte. Les hommes parlent de guerre à propos de Girard, et s'animent plus qu'il ne convient. Il devient urgent de jeter un peu de joie dans cette gravité qui n'est pas de saison. C'est alors qu'un « conteur » récite l'histoire amusante de Renart, et apprend à nos barons « comment il fit descendre Ysengrin dans un puits1. C'est alors aussi qu'un chanteur entonne la jolie chanson : « En grant dolour, — En grant paour — En grant tristour — Et nuit et jour — Sut pour l 'amour — A la mellour, — Et pour la flour, — Ce m'est avis, — De toutes celés du pais. » Il termine par un bon coup d'archet et, regardant Aélis et son mari : « Son ami serai, — Tant corn je vivrai'. » Des chansons d'amour, par malheur, on ne tarde pas à passer aux chansons à boire. La vérité nous contraint d'avouer que la plupart sont vives, et que nous ne les ferions pas chanter aux noces de nos filles. Nos arrière-grands-pères ne détestaient pas le mot cru, et il restait chez eux assez d'éléments gaulois pour qu'ils aimassent les gauloiseries, et les aimassent à l'excès. Somme toute, ils valaient

sont empruntés aux deux poèmes à'Anlioche. (I, pp. 65, 66, 160; If, 223, 221, 225) et de Jérusalem (pp. 11 , 125, 169), etc. = ' Girart de Roussillon. trad. Paul Meyer, p. 215, §§ 555- 554. = * Renaît, éd. Méon, t I, p. 241, v. 6187-6912. = 3 Recueil de Molels français, par

mieux que leurs chansons, et leurs femmes ne ressemblaient pas aux donzelles qu'ont imaginées ces auteurs de pastourelles impures où une sempiternelle Marot se laisse sottement courtiser par un sempiternel Robin. Ces sottises nous exaspèrent, et je dois dire, à la louange d'Aélis, qu'elles l'exaspéraient aussi. 11 existait au xne siècle et il existe au xixe, une race de chrétiennes que nos poètes n'ont pas connues et que nos romanciers ne connaissent pas. Ce sont celles que nous aimons : il ne nous chaut des autres.

Aux autres tables, sous les autres lentes, on a été moins calme qu'à celle des époux. La grosse plaisanterie pesante et niaise ', la plaisanterie bête reprend ici tous les droits qu'elle a perdus sous le regard d'Aélis. Elle éclate, elle triomphe. Puis, on boit beaucoup, et ces vins épicés alourdissent la tête. Ces chevaliers sont des soldats qu'il ne fait pas bon d'avoir devant soi, quand ils ont l'œil trouble et la langue épaisse. Une dispute terrible s'élève dans une de ces tentes de fête. Deux barons sont aux prises. L'un d'eux arrache des mains de l'autre la coupe d'or qu'il voulait aller présenter au nouveau marié; l'autre la reprend, furieux et ivre, et s'en fait une arme terrible dont il assène un coup mortel sur le front de son adversaire. La peau est coupée, l'os est entamé, le sang coule à ruisseaux. Chacun des deux barons a ses amis, qui le défendent. On se divise" en deux camps, on se défie, on se roue de coups, et plusieurs chevaliers râlent à terre'. Les jeunes époux, heureusement, sont tout à leur joie, et ne savent rien de cette épouvantable aventure. Le repas est achevé : ils se lèvent, et vont dans le verger respirer, seuls, les parfums de l'herbe. Ce dîner, ce terrible dîner n'a pas duré moins de trois heures.

Gaston Raynaud, n* CCXXXIII, pp. 259-2i0. ==* On trouvera des exemples de ces plaisanteries dans le Montage IienoaH (Bibl. nat. fr. 368, f° 243). La littérature grivoise du moyen âge, qui est si abomdaxte et si méprisable, peut nous donner quelque idée de cette liberté de langage. On disait tout. = * V., dans Garin le Loherain, la scène, si admirablement racontée, de la terrible querelle de Bernard de Naisil avec Garin. C'est le jour du mariage de Pépin avec Blancheflor, c'est pendant le repas de noces que la dispute éclate : Bernars l'oït, à poi n'esrage vis, — Tressaut la table, vers Garin se guenchit — Que la nel d'or li vout des poins tollir. — Li vins espant sor son pelliçon gris... — Garins le voit, si ne l'voul plus soufrir — Grant coup li done de la coupe d'or fin — Qu'il li abat le cuir et le sorcil ; — De sanc vermeil le fait trestout covrir. — Des taubles saillent de chevaliers set vint; — D'ambedeus pars et parent et ami : — De rustes cous commencent

Les convives se lèvent de table, bruyants et lourds, et ne tardent pas à se partager en deux groupes : les damoiseaux et les bacheliers, d'un côté; les dames, de l'autre. On peut aisément deviner le plaisir que vont choisir les jeunes gens. Ils ont besoin, après un tel repas, de se dégourdir et de se battre. On organise des joutes : il y a behourd '. Même on a pris soin de disposer, dans le pré, tous les éléments d'une quintaine1. Un peu appesantis par les vins qu'ils ont bus, les joueurs ne visent pas aussi juste que d'ordinaire, et la quintaine n'est pas renversée du premier coup. En revanche ces jeunes gaillards se frappent trop rudement, et il en est qui seront écloppés durant plusieurs mois. Ce sont là petits accidents, et dont on rit. Cette race est encore matérielle et quelque peu sauvage : il la faut prendre telle qu'elle est.

Là-bas on caroh : il y a bal5. Les chevaliers prennent les dames par la main, et l'on entre en danse. Elles ne sont pas compliquées, les danses du temps et, comme nous l'avons dit, ce ne sont que des rondes; mais des rondes chantées, et chantées par les dames elles-mêmes4. Lorsqu'elles sont essoufflées, des ménestrels les remplacent, et les chevaliers s'en mêlent : ceux-là avec leurs vielles,

à ferir, etc. etc. (II, p. 16 et suiv.) = ' Aimeri de Narbonne, Bibl. Nat., fr. 1448, f- 06, 67. A tornoiement jostent, n'i out autre mellée. (Renaus de Montauban, p. 114, v. 21.) Ce n'étaient pas là de vrais tournois, mais de simples joutes, et, sous un autre nom, des « beliourds ». =s Lors du mariage d'Y de avec Witasse : Li esquier avoient la quintaine levée. — Lejorot mainte hanste pechoieet froée. (Godefroi de Bouillon, v. 102, 103.) = s As tables soient longuement (le jour du mariage). — Assez i ot vins et viandes. — Après mangier furent moult grandes — Leskaroles et les balerics. (Gautier de Coincy, éd. Poquet, col. 658.) 11 faut noter ici que ces « bals » du xii* siècle m'avaient jamais lieu le soir, mais duiunt le jour, et c'est plus tard seulement que, comme dans le Roman de Hem, en 1278 (analyse de Peigné-Delacourt, pp. 33, 34), les caroles durent « dcssi au jour... que peu s'en falli. » La danse était, d'ailleurs, une des habitudes les plus chères à nos pères : Après mangier sont en estant levei. — Grant teste font li chevalier menbrei. — Assés i ot dansei et querollei. (Girbers de Metz, Bibl. Nat., fr. 19160, f* 346, v°.) Es ombres sont aléez dessous les oliviers. — La karole commenchent que les cors ont legiers... — La karole commenchent dessous les pins rames. (Gui de Nanteuil, v. 2441, 2142, 2447.) Gui saisit Ayglentine, entre ses bras la prent, — Et ele embrache lui par les flans doucement. (Jbid., v. 2680, 2681.) Après mangier ont tuil canté et carolé. (Doon de Maience, v. 10410.) Dames et chevaliers ensemble se merlerent — Et pristrent main à main, et puis si carolerent. — Et grassieusement deus des dames chantèrent. (Brun de Montaigne, v. 1858-1840). Les damoiselles dansaient également entre elles : « Harpes i sonent et vielent, — Qui font les mélodies belles, — Les estives et les citoles. — Les damoiseles font caroles — Et trescheni envoisiement. » (Renaît, v. 27073 et suiv., cité par Viollet-le-Duc en son Dictionnaire du Mobilier, I, p. 253.) Les hommes dansaient également entre eux : « Le souper lor atome tantost le cuisinier, — Et li baron saillirent, as mains se vont lachier — Et commencent tantost caroler et dancier. » (Doon de Maience, v. H 096-1 1 098.} Cf. Schlutz, I, p. 402, note 5. = * V. les

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ceux-ci avec leurs voix. Jl y a une tente qui a été spécialement consacrée à la danse ; mais ces joyeuses sarabandes ne sauraient supporter longtemps une telle prison, et se répandent sous les arbres, dans le verger. Un moment, tous les danseurs s'arrêtent pour voir Àélis danser avec son mari, et ele embracher lui par les flans doucement'.

On se délasse, en soupant*. La nuit tombe.

A la porte de la salle, sur le perron, quels sont ces visiteurs nouveaux, que tous les invités saluent avec respect ? C'est un prêtre, suivi de deux petits clerçons dont l'un porte un livre et l'autre un encensoir. Ils entrent, et on les conduit, en traversant la salle, jusqu'à la chambre nuptiale' qui est là, tout à côté, jonchée de roses* et peinte à flor, avec son riche lit paré d'un covertor'. Les deux époux sont à genoux, très graves. Le prêtre, en étole, fait le tour du lit lentement, multipliant les bénédictions' en forme de croix : « Bénissez vous-même ce lit nuptial, ô mon Dieu, afin que a ces chrétiens y reposent dans votre paix, et vieillissent dans o votre amour. » Et, après une pause : « Que la main de Dieu « soit sur vous, et qu'il fasse descendre du ciel un de ses Anges ■ pour être ici votre gardien en tous les jours de votre vie1. » Alors

textes de Doon et de Brun de la Montaigne cités dans la note précédente. Cf. le texte de Percerai (v. 1055 et suiv.) : «Et ot fet (la Roîne) ses puceles prendre — Main à main tôles por dancier... — Cantent, carotent et dancent. » Plusieurs de ces rondes chaulées sont rapportées dans les Tournois de Chautenci : « Hé! très douce Jehannete, — Vous m'avez mon cuer emblé. » Et : « Onques mais — N'amais. — Hé Diex ! bone estraine : — Encommencié l'ai. » = ' V. la seconde citation de Gui de Santeuil dans la noie 5 de la page précédente. = * Asseis i ont dancié et querollei. — Quant il fu tens, si alerent soupeir. (Girberg de Metz, Bibl. Nat., fr. 19160, fr. 316, V.) = 5 La « chambre nuptiale » est parfois une « tente nuptiale r> : El' palais fu tendus uns riches paveillons...

— AHre cambre n'aura li jenticx campions. — Saichiés que de par Deu vient lex componsions. (Le Chevalier au Cygne, v. 4096, 4100, 4101.) Ne vout faire ses noces en la prant tofquarrée, — N'en maison, n'en chaste!, ne en sale pavée... — Dedent le tref tendu sejut Aiolfs] le soir — Dejoste sa moillier, si com faire devoit. (Mol, v. 8320, 8321, 8554, 8355.) = * Laiens furent les herbes... — La rose et li mentastres, li vers glais et li jons. (te Cheealier au Cygne, v. 4098-4099.) = » En une chambre à volte qui estoit painte à flor

— Fu fais uns riches lis, covert d'un covertor. (Godefroi de Bouillon, v. 237, 238.) = G Nocte

TEItO, CUJI AD ni 11 K rERVESERWT, ACCEDAT PRESBÏTËR ET BENEDtCAT TIIALAMUM DICENS : BeNE-

dic, etc. (Riluel de Lire.) L'evesque va Pestole à son col afubler. — Lor lit va beneïr le soir après souper. (Aye d'Avignon, v. 4015, 4016.) La nuit i vint li vesques el' non Noslre Seignor. — Le lit a beneï et scigna toi enlor. — Puis se colcha li bers o sa gentil uissor. — Li vesques les commande à 1' cors saint Saveor. (Godefroi de Bouillon, v. 259-212.) La messe font canter l'arcevesque Raignier; — Ses ala beneïr quant il durent cochier. (Le Chevalier au Cygne, v. 4078, 4079.) = 7 Ces oraisons se trouvent non seulement

il prend l'encensoir des mains du petit clerc, y jette les parfums liturgiques et fait une seconde fois le tour du lit en l'encensant1. C'est ainsi qu'un ange8 encensa le lit nuptial de Béatrix et du Chevalier au Cygne. Puis, le prêtre s'éloigne3 et, sur le seuil de la chambre, se retourne pour dire une dernière parole, pour adresser un dernier adieu aux époux toujours agenouillés : « Soyez en paix, et que Dieu demeure avec vous*. » Le baron se relève et reconduit le prêtre.

Alors, suivant l'usage, les dames couchent la mariée5, puis se retirent. Et les deux époux restent seuls6.

Le lendemain matin, au petit jour blanc, ils entendent la messe en leur chapelle7. Loin des bruits de la fête, n'étant plus étourdie par le tapage de la veille et vraiment seule avec elle-même, Aélis peut enfin se donner, pendant une heure, la joie de se retirer dans son âme et de se faire un règlement de vie :

« Je veux avant tout être une prude famé : car je me rappelle ces deux vers d'un poème qu'on m'a chanté hier : « La prude famé doit-on chière tenir — Et la mauvaise vergonder et honnir*. » Je

au Rituel de Lire, mais dans beaucoup d'autres Rituels et Pontificaux. Le Denedic, Domine, thalamum a été conservé dans le Rituel Romain (Benediclio thalamï). = ' Pontificaux de Lyon et de Tarentaise (xv" siècle), cités par D. Marlène, 1. 1. 371 , 372. = 2 Li Angles a le lit de la chambre encensée. (Le Chevalier au Cygne, v. 4179.) =' En certains Rituels, c'est à ce moment qu'a lieu la Bénédiction du vin et du pain (Rituel de Saint-Victor, du xhi* siècle, cité par D. Martène) qui, en certaines autres contrées, a lieu après la messe. 11 les bénit et les donne au mari : « Pierre, prenez et donnez k votre espouse, en lui faisant bonne part et loyaulté que voulez qu'elle vous fasse. » (Rituel de Chàlons, cité par D. Martène, 1. 1., p. 378.) = * Même Rituel. = !Passerose couchièrent les dames du roion. (Gaufrey, v. 7115). Un lit orent paré en la chambre avenable. — Et i ot on couchié la bêle o le cors sage. (Ibid., v. 4703.) El' maistre pavillon fu fais uns maistres lis. — La pucele i cochèrent, quant li jors fu fenis. — Après, vint li vassax. (Le Chevalier au Cygne, v. 4106,4107.) = 6 « Puis (après la bénédiction du lit) a-on fait la chambre vuidierpor reposer. » (Aye d'Avignon, v. 4117.) * Il ne faut pas demander aux barons de cette époque les délicatesses que l'Eglise inspire à ses enfants, en leur proposant l'exemple du jeune Tobie et de Sara, et nous n'en avons pas trouvé une seule trace dans nos chansons. Une formule, en revanche, que l'on peut lire, plusieurs centaines de fois, dans tous nos romans et qui se rapporte à cette nuit de noces, est la suivante, que nous empruntons ici à l'un de nos plus vieux poèmes : A moult grant joie li vassaus l'espousa. — Première nuit qu'avec le duc coucha, — L'hore fu bonne, un enfant engendra. (Garins li Loherains, I, p. 49.) Rien de plus, ni de moins : c'est la formule universelle. On y ajoute parfois celle-ci : « La nuit furent ensemble, firent lor volentés. (Le Chevalier au Cygne, v. 4212.) Le ton est presque toujours simple ; toute gauloiserie est généralement absente. = " L'endemain va Ganor le servise escouter, — Et si vit le cors Dieu et couchier et lever. (Aye d'Avignon, v. 4120, 4127.) Après cette messe, parfois, on donne un repas, qui est presque aussi solennel que celui de la veille. (Le Chevalier au Cygne, v. 4234 et suiv.) = 8 Aspremont, p. 17, v. 63-67.

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voudrais bien mériter un peu ce bel éloge qu'on fait à je ne sais plus quelle héroïne de nos romans : « Sage en fais et en dis — « Et humles fu as grans et as petis1. » Il serait trop orgueilleux de vouloir surpasser toutes les autres femmes « fors la dame du ciel qui Jhesus-Crist porta* »; mais je me contenterais, avec l'aide de Dieu, « d'être sage, plaisans, simple et gaie » 3. Encore est-ce beaucoup demander. Je ne me sens pas la force de porter la haire, comme l'aïeule de Godefroi de Bouillon*, quand elle eut vu disparaître pour toujours le Chevalier au Cygne, son mari (j'espère garder le mien plus longtemps) ; mais il est une vertu que j'estime la première de toutes et que je fais vœu de garder toujours : e La femme doit avoir l'àme aussi nette et le corps aussi pur que le samit le plus délicat et la soie la plus fine5. On a dit d'une reine que « personne n'osait la regarder parmi le vis' » : mais je pense qu'on ne faisait allusion qu'à sa fierté, et je l'entends, moi, de la pureté que je demande à la mère de Dieu. Je veux n'aimer que lui, et me laisserais plutôt trancher tous les membres que de ne pas lui porter « honneur et loiauté »\ Même s'il ne m'aimait pas (c'est impossible), je l'aimerais toujours'. Mais c'est par mon respect que je lui veux d'abord témoigner mon amour. Je serai sa petite anccle et servante* : je ne l'appellerai que « mon sire » ou « mon baron », et puisqu'il sait quelques mots de latin : domine. Il n'appartient pas à de pauvres femmes comme moi d'avoir la fierté de la comtesse Yde, qui un jour ne se leva pas devant son mari, en lui annonçant qu'elle était de plus haute race, et que dans son sein, sous son manteau, « elle portait un duc, un

' Auberon, v. 464-466. = * Doon de Maience, v. 133-134. = * Bucves de Commarchis, y. 42, 43. = * La haire avait vestue sos l'ermin pelichon, — Et par desoravoit un vermel siglaton. (Le Chevalier au Cygne, v. 7075, 7076.) = 5 Aussi netement com samis — Doit cors de feme estre gardés (Jeu parti d'Andrieu Contredit, cité dans YHitloire littéraire, XXIII, p. 525.) Cf. Aye dAtvjnon : Tant redouta la dame qu'elle ne soit honie — Qu'ele se fiert en l'iaue en péril de martire (v. 020, 921), et le Chevalier au Cygne : Pater Azonaîe, — Si me salves celui qui j'ai m'amor plevie — Et garissiés mon cors que n'i soie honie (v. 5481-5483), etc., etc. = 6 Oit si le cor ardis, — Non è çivaler en tolo quel paîs, — Conte ni dus, principo ni marchis, — Qe la olsast guarder por me le vis. (Berta de li gran pié, v. 557-560.) = ' Jai ne ferai envers lui fauseté; — Miés me lairoie toz les membres coper — Que ne li porte et foi et loïauté. (Ifervis, Bibl. Nat., fr. 19160, f° 2, t\) = « Voy., dans Doon de la Roche, le type admirable d'Olive, qui, injustement accusée par son mari qui la répudie et épouse une autre femme, lui reste fidèle et l'aime toujours. (Brit. Mus. Harl., 4404, f 10, etc.) = » Et celé vint à lui qui fut sa vraie ancele.

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comte, un roi* ». Moi, je me lèverai toujours devant lui, et lui dirai, toutes les fois que la loi de Dieu le permettra : « Volentiers, biaus amins. D'or en avant ferai votre plaisir*. » Mais l'humilité n'est qu'une partie de ma tâche, et il convient que je ferme son cœur à toute malice et à tout orgueil3. Je ne suis pas malheureusement comme cette Berte qui parlait « aussi bien qu'aucun prédicateur*, » et finit par convertir son mari; mais le mien est loin de ressembler à ce terrible Girard qui avait la passion du sang versé et l'amour du mal5. Il m'épargnera de telles angoisses, je l'espère et en suis sûre; mais il me faudra néanmoins, comme Ameline, lui remémorer « Damedieu » et, au besoin, le « racorder » avec lui9. Ce n'est pas avec Dieu seulement que je veux le voir en paix, mais avec ses voisins, avec ses pairs, avec ses propres parents. Je pense qu'il m'appartient d'empêcher toute querelle , et m'y emploierai de mon mieux \ Je sens bien que je n'aurais pas le courage de lui dire comme Béatrix à Hervis de Metz : « Plutôt que de voir votre famille irritée contre vous, je vous quitterai8 : » mais, sans aller jusque-là, on peut remplir son devoir : je remplirai le mien. On parlait ces jours derniers d'une nouvelle croisade, et je me suis demandé si j'aurais la faiblesse

{Godefroi de Bouillon, v. 372). = ' Un jour, la comtesse Yde ne se lève pas devant son mari : « Dame, ce dist li Quens, par Diu merveilles voi. — Vos soliiés lever tos dis u encontre moi. — Or ne le volés faire: dites [le] moi por coi.» — «Sire, dist la Contesse, jà « n'en aies enoi. — Jo sui as plus [haus] homis, moult le sai bien et croi, — Que vous non « estes, sire, par la foi que vous doi : — Car j'ai sos mon mantel un Conte, un Duc, un « Roi. » {Godefroi de Bouillon, v. 727 et suiv.) Yde fut en effet la mère du comte Eustache de Boulogne, du duc de liouillon Godefroi et du roi de Jérusalem Baudouin. = * Garins h Loherains, H, p. 73. = * Berte se jette sur un degré aux pieds de Girart et baise le soulier dont il était chaussé. Là, le Comte la releva et la prit entre ses bras, et alors s'éteignit l'ire qu'il avait au cœur. Le Comte palatin la prit à femme et, par la suite, il en eut bon service et douce consolation, et devint si humble de cœur qu'il demeura fermé à orgueil et à malice. (Girart de Roussillon, trad. Paul Meyer, pp. 15, 16, § 33.) = * Ela es savia e corteza e de bon aire, — E no paraula milhs nulhs predicaire. (Giralz de Rossilho, Raynouard, Lexique Roman, I. 209.) = 5 « Tos temps fust orgolhos e guerregaire, — Batalhiers et engres de mal à faire, (lbid.) = 6 Voy. l'épisode de Girart de Fraite et d'Ameline (Aspremont, p. 17, v. 70 et suiv). Girars do Fraite oit sa famé parler — Et Damedeu docement ramembrer ; — Ainz mais ne pot son cuer adominer ; — Por ses péchiez commance à sospirer: — « Dame, dist il, or me laissiez ester. — Je me vorrai envers « Dieu acorder. » {lbid,, p. 18, v. 31-56.) = ' La femme de Beuves d'Aigremont ne cesse de conseiller à son mari de. faire la paix avec Charles: Li dus Bues d'Aigremont, qui tant ot hardement, — Se sist el' faudestueil qui à fin or resplent; — Et sa moillier, lès lui, ki ot le cors mult gent, — Sage fu et cortoise, mult honore sa geni — Et si parole au Duc bel et corloisement. {Renaus de Monlauban, p. 13. v. 10-14.) Suit un long discours de la dame en faveur de la réconciliation et du bon accord. = 8 Hervis, Bibl. Nat., fr. 19160, f° 17,r%

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de le retenir, ou le courage de lui dire : « Va ». Mais aujourd'hui cette lutte est finie en mon cœur, et je ne serai pas de celles qui tombent en pleurs aux pieds de leurs barons en leur disant : «Pour l'amour de nous, restez. «Tout au plus lui dirai-je, en contenant mes larmes : « Quand la grande guerre sera achète vée, quand tu auras vu Jérusalem et que tu auras baisé le Saint- « Sépulcre, tu te souviendras de moi, n'est-ce pas, et songeras au retour'. » Je n'ai pas d'ailleurs besoin de lui dire: «Sois brave1»; mais je souhaite qu'au milieu de la bataille il se figure que je le regarde, et « fasse mieux. » Il se battra : je prierai. Mais peutêtre me permeltra-t-il de partir avec lui5, et c'est là mon plus grand désir, que je lui cache encore. Quelle joie d'être auprès de lui ; de savoir, heure par heure, qu'il est vivant ; de le panser, s'il est blessé, et, s'il meurt, de mourir près de lui! Il me semble que je serais capable d'imiter ces femmes, ces heureuses femmes qui suivirent Godefroi de Bouillon à Antioche et à Jérusalem ; il me semble que je suis de leur race. Je saurais, même sous les flèches des païens, assister les mourants, leur donner à boire, encourager les chevaliers, leur montrer le ciel, et prendre ainsi ma part de la bataille*. Sans doute il y eut, dans l'armée de

' Les dames, les puceles sont forment desmentées. — Les seigneurs en apelent à cui sont espousées: — « Seigneur, à la foi Dieu somes nous mariées. — Loîautés vous • avons plevies et jurées. — Por Dieu, quant vous ares les terres conquestées — Et vous « verres la vile où Dieu soufri colées, — Souviegne vous de nous, n'i soions oubliées. » — Hé Diex! adont i ot maintes larmes plorées. {Antioche, 1, p. 72.) « Dame, ce dist li Quens. tenés, je vous afie, — Si tost corn au Sépulcre iert m'ofrande coucie — Et je l'aurai baisié et m'orison finie, — Dedans les quinze jors vos ali, sans boisdie, — Me métrai el' retour, se Diex me donne vie. ^ (Ibid., [t. 65.) =* Quand les dames voient les Normands et les Bretons faiblir dans le grand assaut de Jérusalem, elles leur crient : « Ne soies pas lanier ». (Jérusalem, y. 3219.) Un autre jour, ce sont les Flamands qui plient : Les dames s'escrièrent : f Baron, or i parra — De la ville conquerre où Dex resuscita. — Tos jors aura s'amor qui bien le vengera. » (Ibid., v. 5290-3292.)= s Des dames i ot maintes qui ont les crois portées, — Et les frances pucieles que Diex a moult arnées — 0 lor pères s'en vont qui les ont engenrées. (Anlioche, I, p. 72.) = * Li jors fu biaus et clers et li solaus levés. — Tout droit à miedi fu li jors escaufés. — Li bornages ot soif, si fu moult oppressés. — Forment désirent l'aiguë li chevalier Tangrés.... — Les daines et pucieles, dont il i ot assés, — Quant eles se rebracent, les dras ont jus jetés — Et portèrent de l'aiguë aus chevaliers loué*.... — Quant ont bu li baron, tous sont resvigorés. (Anlioche, I, p. 160.) Les darnes qui ale'rent Noslre Seigneur servir — En milieu d'Antioche vont lor consaus tenir.... — En son lient lor guinples pour au vent refremir. — Les plusors vont les pieres en lor manies coillir; — Les autres de douce aiguë font les boutiaus emplir. — Cil qui boire voura n'i pora pas faillir. (Ibid., II, p. 225, 224.) Et les dames lor gietent (aux Turcs) mainte pierre cornue; — De l'iaue aboivrent ceus que li grans sois argue. (Ibid., II, p. 255. )On vit, dans la grande bataille sous Jérusalem, les dames accompagner leurs maris : Des loges se par-

Dieu, beaucoup de ces femmes qui moururent là-bas, mais qu'importe, s'îï est là? Si, pourtant, il me laisse en douce France, je lui obéirai , et défendrai son fief en son absence. Si l'on attaque son château, je monterai sur les murs et le défendrai à coups de pierres, comme Guibourc défendit Orange1. On me parlait tantôt de cette femme héroïque qui se fit couturière pour venir en aide à son mari, et qui, dans cette profonde misère, se montra sans cesse laborieuse, avenante, douce, gaie, parfaite*. Je vais demander au fils de sainte Marie de me rendre capable, s'il le faut, d'un tel sacrifice et d'une telle douceur. D'ailleurs, je sais bien coudre. A tout prendre cependant, je souhaiterais qu'il ne fût pas forcé, comme Girard, de se faire charbonnier pour vivre Je préférerais qu'il... Non, je ne préfère rien. Qu'il m'aime, c'est tout, et, pour le reste, si soil com vous agrée! »

Telles sont les pensées d'Aélis durant cette première messe qu'elle entend après son mariage ; telles sont ses méditations jusqu'au moment solennel où le prêtre lève le corps de Dieu, qu'elle adore.

Puis, sa pensée se remet à courir. Elle se dit qu'elle aura peut-être

tirent... — Les dames portent l'iaue que Franc vont desirrant, — Contre lor cuers, as cols, sur le sablon boillant. — Asés i ot de celés qui n'ont solier cauchant. — Des pies et des talons lor va li sans colant. — Daraledeu en loèrent le Père raamant. (Jérusalem, v. 205-211.) 11 mourut, durant la croisade, beaucoup de ces femmes béroïques, notamment dans la dernière bataille sous Antioche : Là veïssiés — .... tante riclie dame.... — Gésir desor la terre morte et ensanglentée. (Antioche, II, p. 262.) t= ■ Aliscans, v. 2192 et suiv.) : « Je remendré en Orange la grant — Avec les dames dont il a çaienz tant. — Chascune aura son haubert jazerant, — Et en son chief un vert elme luisant, — Et au costé aura ceint son bon brant, — Au col l'escu, el' poing l'espié tranchant.... — Desor ces murs monteront là devant. — Bien détiendront, se Turc vont assaillant .... — N'i a paien, Sarrazin ne Perssant, — Se je l'atieng d'une pierre en ruant, — Ne le coviegne chéoir de l'auferrant, » etc. C'est ainsi que, dans Bueves de Commarchis, Hermengart se refuse à rendre Narbonne, etc. , etc. = * Girarl de Roussillon, trad. Paul Meyer, p. 243, § 550 et suiv. : « Girart se regarda... il n'avoit que les os, la peau et les nerfs : « Hé Dieu ! dit-il, tu te montres si dur envers moi. Les œuvres que j'ai faites, tu me les fais payer bien sévèrement. » ...Sa bonne femme, alors, lui essuie la tête : « Cher sire, laisse en repos la terre que tu perds : car, si lu prends en gré le mal, tu en mériteras une meilleure. » Puis elle lui récite trois versets des psaumes de David et lui parle de Job qui fut serviteur de Dieu... Ce fut un miracle grand et évident que Dieu fit pour ce comte qui fut si farouche. S'il n'eût été proscrit et abandonné, jamais il n'aurait renoncé au mal ; jamais il ne se fût converti... Vingt-deux ans fut ainsi le fort guerrier.... Fut couturière la Comtesse, et jamais vous ne vîtes femme si active de ses doigts. Etc., etc. » Il est d'autres femmes qui, dans notre épopée, relèvent ainsi leurs maris, tombés dans le malheur : la plus illustre, la plus haute de toutes est certainement cette Guibourc dont nous avons parlé et qui, dans

LE MARIAGE- DU CHEVALIER. Uhl

des enfants, des fils1. Oui, des fils surtout. Elle les aimera autant l'un que l'autre, et l'on ne saura jamais lequel aime plus ne chéri*. Elle les élèvera rudement et sera très sévère avec eux. Peut-être cependant se verra-t-elle forcée d'intercéder, en leur faveur, auprès d'un père qui sera (évidemment) plus sévère encore5. Elle les enverra sans hésiter à la croisade; mais quelle joie à leur retour4! Si quelque traître outrage leur père, elle leur dira : « Vengez-le. »

S'ils meurent » Mais ce dernier mot la fait décidément sortir

de son rêve, et elle se prend à sourire en s'apercevant qu'elle songe à la mort de ceux qui ne sont pas nés.

Elle jette alors un regard sur l'autel, et s'aperçoit que la messe est achevée.

Par le plus long chemin, ils reviennent tous deux au château.

Nous voudrions nous arrêter ici, sur le spectacle de ces beaux jeunes mariés, sortant de leur chapelle et se promenant dans le

Aliscans, voit revenir Guillaume de la grande bataille, vaincu, blessé, demi-mort, désespéré. Il est vrai qu'elle fléchit un moment sous le poids d'une telle douleur, mais elle se ranime bientôt et tient à son mari un langage de reine : Puis a parlé à loi d'empercriz : t Sire Guillaume, ne toiez pat vilains ne etbahiz, et allez sur l'heure chercher du secours t en France la loée. Partez. » (V. 2144-2215.) La femme du roi païen Aquin ne montre pas moins d'énergie devant son mari également abattu : Laissiz ce deul, et ne soit plus mené; — Quarpour deul (ère n'est nul bien recoupvré. » Et le poète ajoute : « Aquin jette un soupir, et le deul lessa. (Aquin, v. 1526-1334. )Ce rôle de la femme mériterait, en un livre spécial, d'être plus vivement mis en lumière. = ' Lire la belle scène de Renaus de Monlauban, où la femme du duc Aimon retrouve ses enfants : Plorant, brace levée, va baisier son enfant (Renaud) — Et puis treslos les autres cent fois de maintenant. — Il ne desissent mol pour nule rien vivant. (P.9I, v. 10-12.) Sur l'amour maternel, cf. les épisodes suivants de nos poèmes : 1* Vie de saint Alexis (éd. Gaston Paris, v. 80 et ss.). On en trouvera la traduction dans notre Roland classique (12* éd., p. 412) — 2* Enfances Vivien, Bibl. Nat., fr. 14*8, f" 184, 185. Kpisode traduit dans les Epopées françaises, 2' éd., IV, p. 419). — 5° Aubri (éd. P. Tarbé, p. 23). — 4* Berle au* gratis pies (éd. Scheler, v. 1901 et suiv.). — 5° Derte deligran pié (v. 1516 et suiv.). — 6* Aiol (v. 350; 440; 552). — 1' Jourdains de Blaivics v. 617 et suiv.). — 8' Doon de la Roche (Brit. Mus. Mari. 4404, f 25). — 9' Huon de Bordeaux (v. 400 et suiv.). Etc., etc.. = * Département des enfans Aimeri, Brit. Mus. Harl. 1521, f* 68, v\= J C'est ce que fait la mère d'Hervis de Metz, lorsqu'elle voit son mari battre son fils, qui a gaspillé l'argent paternel. Elle exagère même, d'une façon regrettable, le caractère de son intercession en forçant le père à demander pardon au fils. (Hervis, Bibl. Nat., fr. 19160, f*v, v*). C'est ce que fait encore la mère d'Elie de Saint-Gilles, lorsque son mari déclare brutalement qu'il déshéritera son fils, s'il ne réussit pas à la quintaine: « Merchi, ilist ele, sire, por les Sains que fist Dés ! » (Elie de Saint-Gilles, v. 522). Etc., etc. = * La sépa-

verger de leur château, la main dans la main et l'âme dans l'âme; mais nous sentons qu'on va nous accuser d'avoir embelli leur portrait et inventé je ne sais quel moyen âge impossible et faux. Un très grand nombre de Français n'aiment pas qu'on loue devant eux la France d'avant le Serment du Jeu de Paume. Ils la veulent barbare, ils la veulent laide. Ce qui les met en joie, c'est de se persuader, avec certains historiens, que nos arrière-grands-pères ont été des misérables et qu'il n'y avait peut-être pas une seule honnête femme parmi nos arrière-grand'mères. L'auteur effronté du Roman de la Rose ne rougissait pas de le dire en son temps : Preude femme, par saint Denis, — II en est moins que de fenis\ Les voilà, les classiques de tous les contempteurs de la vieille société française : c'est la Rose, ce sont les Fabliaux, c'est Renart, ce sont ces milliers de pastourelles et de chansons d'amour dont l'impureté monotone révolte et ennuie les juges les plus indulgents; ce sont, dans nos vieux romans, les quelques pages éhontées où l'on peint les jeunes fdles du xu* siècle, des Françaises, des chrétiennes , comme on n'oserait pas peindre les fdles des Madécasses ou des Sioux'!

Eh bien ! nous affirmons de nouveau que ces poètes n'ont pas connu la beauté des âmes, ni tant de vertus modestes qui ont l'habitude de se cacher et de se taire; nous affirmons que leur témoignage est mal fondé et inique. A ces classiques de nos adversaires, il faut opposer les nôtres, qui renferment l'exacte portraiture du vrai moyen âge, avec toutes ses honnêtetés et tous ses vices. Ces classiques honnêtes, ce sont les historiens, c'est Villehardouin, c'est Joinville; c'est plus tard, en pleine guerre de cent ans , le traité familier du Chevalier de la Tour-Landry pour

ration de la mère et du fils est bien exprimée par ce beau vers du Saisnes : « Souvent iert de sa mère en plorant atendus » (t. I, p. 85, couplet LU), et le retour de l'enfant par ces mots de Henaus de Monlauban, qui s'appliquent à une mère revoyant ses fils longtemps absents : Tous H sans desor li commence à formoier (p. 90, v. 37). Cf. Raoul de Cambrai, p. 319. = ' V. 8727. C'est par exception que l'on trouve dans Amis et Amiles une idée analogue : Or sai-je bien, Salemon se dist voir, — En set milliers n'en a quatre non trois — De bien parfaites, qui croire les volroit. (v. 1220-1222.) Mais il ne s'agit ici que de la véracité des femmes. = 2 II y a relativement peu de femmes coupables dans nos cbansons ; il y en a beaucoup moins que de jeunes filles. Voy. cependant l'épisode des femmes de l'armée chrétienne qui, toutes, à l'exception de Rissent de Frise, oublient scandaleusement leurs devoirs avec les garçon* de l'ost. (Saisnes, couplet lxxvii et suiv.) Cf. Galienne dans Garin de Monlglane (Bibl. nat., fr. 24403, f° 5) ; Sébile dans les Saisnes (I, p. 120, couplet l\u et suiv.); la comtesse

1UM.I.AUMK D'ORAKGK AITIKS IA HATAILLE d'a| 1SCANS (p. 499)

Après la grande défaite d'Aliscans, Guillaume, poursuivi par les païens vainqueurs, vient se réfugier dans sa ville d'Orange, où l'attend sa femme Cuiliourc; mais celle-ci ne reconnaît pas son mari dans ce vaincu qui a élé forci: de revêtir des armes u qu'après un long temps et de rudes épreuves qu'elle

consent enfin à faire ai int lui le gr,i»t pont tomUs. Le comte rentre à

... Miscans, éd. Jouckiloet, v. 2004-2006.)

** Composition d'ÉnouAnu Zier

LE MARIAGE DU CHEVALIER. h 49

l'enseignement de ses filles, et cet excellent, cet incomparable Menagier de Paris, le plus charmant de tous les livres et le plus exact, où l'on voit un mari donner à sa jeune femme de précieux conseils pour le gouvernement de sa maison et nous révéler le secret de la vie domestique durant cette époque calomniée de notre histoire nationale'. « C'est une œuvre du xive siècle », dira-t-on. Je le sais; mais y a-t-il un seul historien pour soutenir que le xive siècle n'ait pas été, par rapport au xu% une époque de corruption et de décadence?

Cette Aélis dont j'ai tracé le portrait est, à coup sûr, supérieure à la plupart des femmes de son temps; mais il y en avait un certain nombre qui lui ressemblaient et la valaient. C'est, d'ailleurs, à nos chansons elles-mêmes que j'ai demandé toutes mes couleurs pour la peindre, et il n'est pas, en mon tableau, un seul trait qui soit de fantaisie. À la même époque, beaucoup de femmes étaient, je le veux bien, sensuelles et coupables; beaucoup d'autres luttaient pour ne pas l'être, et tombaient pour se relever, se relevaient pour tomber. C'étaient, le plus souvent, les poètes qui les excitaient à mal faire et riaient d'un mauvais rire à la vue de leurs chutes. Voilà les vrais coupables.

Mais enfin ces femmes du in" siècle étaient chrétiennes, et si à l'imitation de ce messire Geoffroi dont parle le chevalier de La Tour Landry, nous nous avisions de marquer d'un coup de craie la porte de celles qui méritaient « d'estre blasmées de leur honneur», je

de Flandre dans Auberi (éd. Tobler, p. 69, t. 29, etc.). Etc. = ' a Pour ce que je scay que, après tous et moy, ce livre cherra es mains de nos enfans ou autres nos amis, je y meetz voulontiers tout ce que je scay, et dy que aussi devez-vous endoctriner vos amies et par especial vos filles, et leur dittes, belle seur, pour tout certain, que tous biens sont reculés en fille ou femme en laquelle virginité, continence et chasteté défaillent. Ne richesse, ne beauté, ne sens, ne hault lignaige, ne nul autre bien ne peut jamais effacer la renommée du vice contraire, se en femme il est une seule fois commis, voire- seulement souspeçonné. * (Éd. Pichon, I, p. 62.) Et plus loin : « Par Dieu, je croy que quant deux bonnes preudes gens sont mariés, toutes autres amours sont reculées, annihilées et oubliées, fors d'eulxdeux. »... Et quant ils s'entréloignent, si pensent ils l'un à l'autre, et dienten leurcuer: « Quant je le verra y, je lui fera y ainsi, je lui diray ainsi, je le prieray de tel chose. Et tous leurs plaisirs especiaulx, leurs principaulx désirs et leurs parfaittes joies sont de faire les plaisirs et obéissances l'un du l'autre, et s'ils s'entr'aiment, il ne leur chault de obéissance ne de révérence. » (Ibid., p. 139.) Tout le passage est absolument charmant. Cf. les Vies des saintes femmes aux xi'-xni' siècles, sur lesquelles il reste à faire un bon travail critique.

me persuade qu'un très grand nombre de portes, dans les maisons et même dans les châteaux de ce temps-là, n'auraient pas mérité la honte d'un pareil affront.

. . . Par le plus long chemin, Aélis et son mari reviennent au château, où les fêtes vont encore durer huit jours1.

1 Les noces d'Ogier durent huit jours : Et au novisme départi li barnés {Ogier, v. 13035). Les noces ont .Tin. jors plainniers duré (Hervis, Bibl. nat., fr. 19160, i° 2, v°). Vin jors durèrent à joie et à barné (Prise d'Orange, v. 1882). Huit jors durent les noches que font li chevalier, (Gaufrey, v. 4759) * Les noces durent parfois quinze jours au lieu de huit : Mult sont rices les noces, quinze jors ont durée (Aiol, v. 8325). Le Quens a fait ses noches en son palais pavé; — Moult hautes et moult riches, quinze jors ont duré (Godefroi de Bouillon, v. 559).

— Composition d'Edouard Zicr.

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La journée d'un baron à la lin du m* siècle.

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