‹ La chevalerieChapitre 23 sur 70 · I. Uuatre heure* du matin. — L'aurore · texte numérisé non relu

I. Uuatre heure* du matin. — L'aurore

Vue cavalière du château.

ous sommes en juillet, et il est quatre heures

du matin. Dans une sorte de brouillard à

moitié lumineux et qu'aspirent lentement les

premiers rayons du soleil, nous apercevons

là-bas, tout là-bas, le château du Plessis où nous

entrerons tout à l'heure. Masse confuse où l'œil

ne discerne rien et qui nous étonne seulement

par sa grandeur. C'est imposant et vague.

Les poètes ont toujours aimé le matin, et c'est un devoir auquel

n'ont point failli, pour leur part, les contemporains de Philippe

Auguste ou de saint Louis' : Voici le soleil, que Dex fait bel le-

1 La formule la plus usitée est celle-ci : L'aube crevé; et on la trouve dans tous nos poème» : Li aube crevé et li jore esc'arcit (Garins li Loheraint, I, p. 219). Ce fu par un malin

ver* ; voici le soleil, qui abat la rosée*. » Ce spectacle charmant de la rosée matinale n'était pas sans émouvoir nos chevaliers eux-mêmes, et plus d'un se plaisait, le matin, à parcourir son verger en fredonnant des vers semblables à ceux de Raoul de Soissons : « Quand je vois mûrir le glaïeul, — Le rosier s'épanouir — Et, sur la belle verdure, — La rosée resplendir, — Alors je soupire \ » — Ils ne soupiraient pas longtemps, n'étant pas rêveurs de leur métier, et préféraient se réjouir franchement de la longueur des jours: « Salut, disaient-ils, salut à l'été, où les jours sont beaux, longs, « clairs'. » C'étaient généralement des « matineux » que nos barons, et ils ne détestaient pas d'entendre, au premier petit jour, la voix de celui que l'auteur de Renart appelle Chanteclair : a Li coc menusent, près fu de l'esclairier 5. » A ce chant, d'ailleurs, ils n'attachaient pas les nobles idées symboliques qui étaient familières aux premiers chrétiens et que l'Église romaine a précieusement conservées dans le trésor de sa liturgie. C'était une race en dehors et toute gaie. Ils s'attardaient volontiers au chant de l'alouette et estimaient que « la rose est belle à regarder6 ». Une rose et une alouette, c'était, pour ces primitifs, tout le résumé du gai printemps1 et du matin. Mais il faudrait ici, pour mieux faire, nous transporter avec eux dans le voisinage d'un de ces châteaux que nous allons décrire. Alouettes, rossignols, roses et glaïeuls, rien n'y faisait, et ce qui frappait le plus vivement ces soldats, c'étaient les impressions qui leur rappelaient l'idée de la guerre. Au sommet de chaque donjon il y avait un guetteur qui, tout refroidi par sa faction nocturne, s'en dédommageait le matin en saluant l'aurore à coups de cor, de tabor ou de chalemiau '. Quand les touristes de nos jours couchent

que Vaube fu crevée (Renaus de Montauban, p. 14, v. 14). Le juedi matin, ançois l'aube crevée (les Saisnes, II, p. 56). El quant vint au matin que li aube creva (Doon de Maience, v. 10105) ; etc., etc. Crever ne signifie pas autre chose que poindre. V. le Glossaire de Gachet. := ' Doon de Maience, v. 1344. Cf. Jérusalem : Li solaus se leva, que Dex flst caut raier (v. 4115), et Renaus de Montauban : Li solaus fu moult chaus, Dex le fist claroiur (p. 54, v. 8). = 2 Aubri (éd. P. Tarbé, p. 30) et les Saisnes (II, p. 56). =3 Méon, II, p. 45 : Quant voi la glaie meure — Et le rosier espanir — Et seur la bêle verdure — La rousée resplendir, — Lors souspir. = * En esté quant li jour sont bel et lonc et cler (Bueves de Commarchis, v. 53. = 5 Ogier (v. 6289). = 6 [Quant] la rose est florie et bêle à esgarder (Bueves de Commarchis, v. 54). = 7 Ce fu à Pentecoste, el' printanz gai (GiraU de Rossilho, v. 30). = 8 Les gaites cornent desor le mur anti (Garinsli Loherains, II, p. 158). La gaite corne de 1' chastel de Belin (Ibid., II, p. 117). L'aube esclar-

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au haut du Righi, on les éveille avec le cor des Alpes; mais la scène, hélas! se passe en un hôtel confortable et sans poé»^. Tout autre était l'effet produit par la gaite du château féodal. « Ah! disait le baron, je suis bien gardé et l'ennemi ne me peut surprendre. » Cependant, de toutes les églises et chapelles prochaines, parlait la voix joyeuse des cloches qui sonnaient matines'. A l'élévation de la première messe, ces cloches sonnaient encore et nos châtelains ne les écoutaient jamais sans une foi qui était naïve, sans un respect qui était profond. Il ne conviendrait pas cependant de les faire plus dévots qu'ils n'étaient. Ils assistaient tous les jours à cette messe de l'aurore; mais, quand ils sortaient du lieu saint, ils aspiraient joyeusement l'air frais du matin et, humant le parfum des fleurs nouvelles, s'écriaient avec l'un de nos vieux poètes: « Belle journée, en vérité! Chevalerie quièrent torneor, — Dame qui aime a plus fraische color* ». Effet de printemps.

A chacune des Heures de cette « Journée d'un baron », nous voudrions attacher un ou plusieurs récits, tirés de quelqu'un de nos vieux poèmes et qui nous permissent de faire connaître à nos lecteurs le caractère réel de la vie féodale, sans commettre aucun excès de couleur ou de ton... Le frère de Garin le Loherain, Bègue, est assiégé par les Bordelais en son château de Belin, et il arrive que, durant une nuit, les assiégeants, effrayés par l'arrivée imminente d'une armée de secours, lèvent le siège et s'enfuient en hâte vers Bordeaux. Dès le premier rayon du jour, dès le premier chant de l'alouette, le guetteur du château monte à son poste d'observation. Rien, plus rien; l'ennemi a disparu. Avec cette familiarité qui est coutumière à tous les serviteurs de nos chevaliers, le guetteur se précipite alors dans la chambre où repose le duc Bègue avec sa femme, la belle Béatrix. 11 secoue rudement l'oreiller, et éveille son maître : « Que veux-tu, bel ami, et quelles nouvelles? — Seigneur, « ils ont guerpi le siège. — Sonne le cor, bel ami, por mes gens « esbaudir. » Aux premiers sons, le château est soudain en émoi,

cil, seignours ; — Oiei la gaile et les taboureours {Foulques de Candie, cité par Violletle-Duc, Dictionnaire du Mobilier, IV, 386). L'aloue chante, si tost com li jors vit; — La gaite corne qui les chalemiaus tint (Garins li Loheiains, I, p. 219). = ' Sonnent matinnes par treslouz ces monstiers. — Chantent cil clerc moult dès haut et moult bien (Jourdain» de Mairie*, v. 667). Quant li prestre leva, et la cloque écoutèrent, — Et li jors apparut, etc. = * Département det enfant Aimeri, ISrit. Mus., Ilarl. 1321,1*65.

et les bourgeois, comme les chevaliers, se dirigent en hâte vers les courtines : « C'est l'assaut, crient-ils, c'est l'assaut! » Bègue ne tarde pas à les détromper ; mais il songe qu'il lui faut sur-lechamp poursuivre l'ennemi, et que la poursuite sera rude. Il lace ses chausses, attache à ses talons les éperons d'or, endosse le haubert, revêt le heaume et demande à sa femme de lui ceindre elle-même l'épée Floberge, la belle au -pont d'or fin. Béatrix ne peut se défendre d'être émue : « Puisse le Dieu, qui fut mis en la « croix, vous défendre aujourd'hui du péril et de la mort. — C'est « fort bien dit », répond le Duc. Et alors, mais alors seulement, il jette sur sa femme un regard attendri. Elle venait d'accoucher de Garin, et était encore toute pâle et frêle : « Dame, dit le baron « avec une voix mal affermie, prenez bien soin de mon enfant». Elle reste; il part1.

Autre scène, qui se passe au premier matin. Il s'agit ici d'une de ces princesses sarrasines qui se passionnent soudain pour un chevalier français et sacrifient à cet amour brutal leur patrie, leur famille, leur foi. C'est ainsi que Bosamonde s'éprend un jour d'Élie de Saint-Gilles; mais il y a, dans la conversion de cette jeune païenne, je ne sais quoi de primesautier et de sincère. Elle se lève avec le soleil et se met à la fenêtre pour entendre la voix douce des menus oisillons qui chantent à l' jor. C'est le merle, c'est le loriot, c'est le rossignol, et ces chants lui remettent en mémoire son amour pour Élie : « Vrai Dieu, s'écrie-t-elle, c'est toi « qui fais croître les arbres, qui leur fais porter feuilles et fleurs, « et le blé nous fais sourdre de la terre en amour. » Puis, elle salue la Vierge et son fils divin, et jette enfin le cri décisif : « La loi i de Mahomet est une loi mauvaise*; je l'abandonne. » Il est vrai qu'elle impose un peu ses conditions au Dieu qu'elle choisit, et qu'elle le met en demeure de sauver Élie menacé. Mais enfin c'était une jolie figure à regarder, à notre approche du château, que celle de cette belle Bosamonde, penchée à une fenêtre de son palais3 et complétant par sa présence le charme vivement senti d'une matinée de printemps'.

1 Garins li Loherains, II, p. 117 et ss.= s Le texte signifie littéralement : « une loi sans profit ». = 3 Élie de Saint-Gille, v 1505 et ss. = * Pour corriger ce qu'il peut y avoir de trop enthousiaste dans les pages précédentes, il faut se rappeler la très 3age observation

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Il ne faudrait rien exagérer, et ce serait étrangement se tromper que d'attribuer à nos chevaliers une intelligence plus profonde, un amour plus vif de la nature. A voir nettement les choses, ils n'aimaient que le printemps et la lumière1, quelques oiseaux et quelques fleurs. C'est à peu près, d'ailleurs, tout ce qu'on est en droit de demander à des soldats, et ils n'allèrent guère plus loin*. Surtout ils ne raffinaient pas, et ne se hasardaient pas dans les profondeurs du symbolisme. Ce qui leur manquait, c'était l'élan, c'était le coup d'ailes, qui emporte à Dieu les âmes éprises de la nature, de toute la nature. Nos barons sont ici fort inférieurs à ce poète incomparable du commencement du xin* siècle, qui parcourait les chemins d'Italie en jetant aux hommes et aux arbres ce cantique inspiré : a Loué soyez-vous, mon Dieu, à cause de toutes les créatures et singulièrement pour notre frère le soleil qui nous donne le jour et la lumière, qui est beau, qui est rayonnant d'une grande splendeur et qui vous rend témoignage, ô mon Dieu. — Loué soyez-vous, mon Dieu, pour notre sœur la lune et pour les étoiles

d'un des écrivains de nos jours qui ont le mieux connu le moyen âge : « Il n'y a pas de troubadour qui ne célèbre de son mieux le mois de mai, le retour des fleurs, les doux concerts des oiseaux... Mais, à voir revenir les mêmes images dans le même ordre et les mêmes termes, on reconnaît trop souvent qu'il s'agit moins d'exprimer on sentiment que de satisfaire une convenance littéraire. » (Ozanam, Œuvres complètes, t. V, p. 73.) = * Cil Damedex qui... — Del' ciel nos done et lumière et clarté (Prise d'Orange, v. 150). = * Nous allons réunir ci-dessous en quatre chapitres ou, pour mieux parler, en quatre Strophes, les principales formules à l'usage de nos poètes. Ce fu à Pasque, une feste hautor, — Biaus fu li tans, resplandissant le jor (Département des enfant Aimeri, Mus. Brit., Harl. 1321, f« 65). Ce fu el' mois de mai que li caus asoage (Renaus de Montauban, p. 21, t. 11). Vei le tans bel et cler, et la douce saison (les Saisnes, 1, p. 109). En maint lieu resplendissent cler dou soleil li rai (Bueves de C.ommarchis, v. 2). Cefu à un matin, au cler soleil luisant (Aye d'Avignon, v. 2022). * H. Ce fu en mai, c' on va cueillirla flor (Montage Renoart, Bibl. Nat., fr. 1448, P 303, V). Ce fu en mai, «T novel tens d'esté; — Fueillissent gaut, reverdissent li pré (Charroi de Nimes, v. 14, 15). A Pentecoste que naist la flors an pré (Raoul de Cambrai, éd. le Glay, p. 147). Et que arbre florissent, et pré sont vert et gai (Bueves de Commarchis, v. 3). Ce fu au tens que raverdissent prés — Que la flors naist, que arbre sont rames (Woniage Renoart, Ars., anc. B. L. F. 185, f* 180). C'est le temps où la rose se couvre de feuilles et de fleurs (Girarl de Roussillon, trad. PaulMeyer,§87,p. 41). Cesdouces herbes i fièrent moult soef, —Pitre et quanele dont il i a planté (Prise d'Orange, v. 250, 251).* 111. Ce fu en may que chante la calendre; — Li solaus luist et li oiseillon chantent (Amis et Amiles, v. 513, 514). Ce fu un jour de mai, que chascuns oisiaus crie, — Que li rosignaus chante et la merle et la pie. — Et l'aloe s'envoise en l'air à vois série (Antioche, I. p. 57). En ces boscaiges se deduist li mauvis (Auberi, éd. Tobler, p. 98, v. 23). Seignor, ce fu en mai que chante l'aloele, — Que verdoient cil pré et li ans renovelle; — Li losignox demaine son chant en la ramele, — Et h malvis s'escrie, respont la torterele (Godefroi de Bouillon, v. 360-303). Ce fu à unes Pasques que yver se fenist, — Que foillissent cil bois et cil pré sont ftori. — Et chantent

que vous avez formées dans les cieux, claires et belles. — Loué soyez-vous, mon Dieu, pour notre mère la terre qui nous soutient, nous nourrit, et produit les fruits, les fleurs diaprées et les herbes». J'ai nommé saint François d'Assise, et vous voyez à quelle distance nous sommes de nos chansons de geste. Je pourrais faire un bond de plusieurs siècles, et les comparer encore à cet autre amant de la nature dont on ose à peine écrire le nom après celui de saint François. Jean-Jacques a communiqué à tout son temps et a laissé au nôtre un amour de la nature qui est parfois fiévreux et maladif, mais qui souvent aussi est délicat, profond et vivant. Lisez une page de Lamartine, qui est son élève, et essayez de lire ensuite, si vous le pouvez, les formules où nos poètes des xu* et xme siècles ont condensé leur amour, leur monotone amour du mois de mai.

Les bois que nous traversons en ce moment, avant d'arriver au château du Plessis, composaient en réalité le spectacle que nos barons comprenaient et aimaient le mieux. 11 faut tout dire : ils y chassaient. On y voyait, en plein jour, courir lourdement les pars et les lées, légèrement les cers et les bices. Oh! les belles chasses, les beaux coups d'arc! Quand il y a dans le bois

li oisel et mainent grant gain, — Et li roussignolet qui dit : Oci, oci (Age d'Avignon, v. 2576-2679). Ce fu en mai que la rose est fleurie. — L'oriot chante et le rossignol crie (Siège de Narboime,hib\. Nat., IV. 24,369, anc. Lavall. 23,1* 5-4); etc., etc. * IV. En le temps de averil e may, quant les prées e les herbes reverdissent, et chescune chose vivaunte recovre vertue, beauté e force, les mounlz e les valleys retentissent de douce chaunlz des oiseylouns, et les cuers de chescune gent, par la beauté de temps et la sesone, mouillent en haut et s'enjolyvent; donque deit home remembrer des aventures e pruesses nos aunceslros qe se penerent pur honur en leaulé quere. (Foulques Fitz Warin, Nouvelles françaises du xiv» siècle, publiées par Moland et d'Héricault, p. 15.) Que maintiennent amor bacbeler de jovent (Renaus de Monlauban, p. 12, v. 32). Li tans fu biax et clers, si corn el' (ans de mai ; — N'i remest quens ne prinebe dusc' à 1' bore de Doai, — Ne dusc' à Saint Orner, ne dusque à Uiaumais, — Qui ne fust à la feste dont tant conté vos ai (Cndefr-i de Bouillon, v. 9 et ss.). Guillaume d'Orange « à granz l'enestres s'est alez acouter. — Il regarda contreval le régné ; — Voit l'erbe fresche et les rosiers plantez ; — La mauviz ot et le nielle chanter. — Lors li remembre de grant joliveté — Que il soloit en France démener (Prise d'Orange, v. 48-53). — Etc., elc. — Des quatre Strophes que nous venons décomposer artificiellement, la première pourrait s'appeler « la Strophe de lalumière»; la deuxième « la Strophe des fleurs» ; la troisième « la Strophe des oiseaux », et la dernière « la Strophe humaine». — Dès le xne siècle, d'ailleurs, une certaine mollesse s'était déjà glissée dans cet amour de la nalure, et ce n'est pas sans quelque stupéfaction que l'on entend le Bourguignon Aubri adresser aux oiseaux ces plaintes dignes du temps de Walleau: « Oiseil qui chantes, com tuas vois legière... — Mieus doi amer la dame de rtiivière,etc.»(Ed. Toblcr. p. I33,v.l0et ss.). Mais c'est seulement dans les poèmes de la

vierge une échappée pour la vue, on découvre au loin la grosse tour du château, bien plantée sur son rocher1 et, plus bas, la nappe d'argent de la rivière. Est-on en pleine forêt et sans aucune issue pour le regard, on s'en console en écoutant les oiseaux jeter leurs cris aigus. Dans le bois haut et cler qui par dessus verdoie, la chaleur est tempérée par l'ombre' : des charbonniers y font leur métier*. Sur la lisière est le chemin ferré, la grande route où passent les petites gens qui vont à leurs affaires et les chevaliers qui courent à leurs aventures. Ceux-ci ont des fleurs à la main, et chantent volontiers quelque chanson nouvelle*. Cette nature est fraîche; cette race est gaie.

Les derniers brouillards se sont évaporés, et nous pouvons enfin contempler le château dans toute la majesté de son ensemble.

Ce qui frappe d'abord la vue. c'est le donjon, l'énorme donjon, qui est juché au haut de la colline sur une motte ou éminence artificielle. Quelle élévation! Quelle masse! On dirait qu'il a cent pieds de haut. La silhouette générale est lourde et sans grâce; mais l'œil n'a pas le loisir de s'arrêter à ces détails, et c'est la seule synthèse de cette forteresse, c'est sa vue cavalière que nous devons saisir.

Or, ce qu'il y a de plus frappant dans la disposition générale du

décadence que l'on écrit, pour ainsi parler, Nature par un grand N. « Nature li donna tel ire et tel fierté, etc. » (Doon de Haience, v. 25i9, etc.) = ' Tant qu' il vit le chastel (de Montessor) fermé sur le rocier; — Les monlaignes sunt hautes, parfont sunt li gravier. — Lespraeries larges, li bos grant et plenier. — Bien i puéent les pors et les lées chacier, — Et les cers et les bices herser et archoier. — D'une part li cort Muese qui moult fait à proissier. — Où on prent les samons, quant on i veut pescier. (Renau$de.Vonlauban, p. 57, v. 26-32.) = * Le bois fu haut et cler, qui dessus verdoia; — Li oisel chantent cler que le tems le donna ; — La caleur fu moult grant que le soleil raia, — Et li ombre fu grant qui sa caleur tempra. (Doon de MaXence, v. 1679-1082.) = * Ens en un bos en vient de carboniers. (Oyier, v. 5850.) =* Quand Lohier et sa suite vont en ambassade près le duc Beuves «l'Ai— gremont, ils sont tout joyeux durant la route : « Sonés et chançonetes commencent à chanter ». (Renaut de Montauban, p. 12, v. 8.) Qunnd le roi Yon envoie à Vaucouleurs les quatre fils Aimon : Or, chevalchent li conte à joie et à baldor; — Chascuns porte en sa main une mult bêle flor.... — Aalars et Guichars commencèrent un son; — Gasconois fu1 li dis et limosins li ton. — Et Richars lor bordone bêlement par desus. (Renaus de Montauban, p. 175, v. 1-7.) Autres exemples de voyageurs joyeux : Issi s'en vont gabantli demaine et li per: — Moult en rient entr'eus et prennent à parler. — Parmi la grant forest pristrenl à cheminer. (Doon de Màience, v. 7435 et ss.) Pour la douchour de la belle saison, — Cantoit li bers Renoarsà haut ton. (Moniage Renoart, Itibl. de l'Arsenal, anc.B.L. F., 185, p. 175, v*.) Ferraus repaire et vait notant un son — Et Amaufrois disoit un lai breton. (Gaydon, y. 7778.) Nous pourrions aisément multiplier ces exemples.

château, c'est sa division en deux cours nettement distinctes, que J'nn appelle des bailles. L'une d'elles est moins vaste que l'autre, mais combien plus importante! Elle renferme plusieurs corps d'habitation et une chapelle, mais surtout le donjon, avec son i fossé (car il a un fossé pour lui tout seul) et avec cette forte ' muraille qui le serre de près, cette « chemise » en pierre qui l'habille et le protège. L'autre baille, qui a parfois plusieurs hectares de superficie, offre l'aspect et l'animation d'une petite ville. Quelque église la domine, et fait penser à Dieu ; quelque ruisseau coule au milieu, et l'égaie. Mais regardez bien, regardez encore nos deux bailles, et retenez-en le plan naïf : c'est tout le

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