CHATEAU
Ces deux cours sont séparées l'une de l'autre par un mur crénelé où l'on a percé une poterne et une porte. Nous y viendrons frapper tout à l'heure.
Chacune des deux bailles est enveloppée de murs puissants et de tourelles, qui sont généralement plates au dedans, rondes au dehors. Celles de la haute cour, et qui avoisinent le donjon, sont plus fortes que les autres : car le donjon, comme nous le verrons bientôt, est la suprême espérance des assiégés, et il faut avant tout songer à le défendre.
Devant ces murs qui forment l'enceinte générale de tout le château, s'étend un chemin où se font, en temps de siège, les rondes de jour ou de nuit. Ce chemin, ce sont les lices.
Devant les lices, on a fiché en terre de gros pieux qui forment comme un mur de bois, comme un second mur. Certes il est plus bas, il est moins solide que les courtines en maçonnerie; mais malgré tout c'est un obstacle avec lequel il faut compter. Cette palissade s'appelle en latin murale barrum et en français « les barres. » Entre les murailles de pierre et les barres, les lices forment une véritable promenade. Vous les voyez d'ici.
Au pied des barres, la plupart des châteaux sont encore défendus par un fossé qui est particulièrement destiné à rendre le travail des mineurs impossible. Notre château en est muni, et, comme vous le voyez, le seigneur du Plessis ne s'est rien refusé.
Mais enfin, comment pénètre-t-on dans cette vaste enceinte for-
tifiée? Eh! vous voyez là -bas ces deux tours jumelles entre lesquelles règne un couloir formidablement défendu et fermé. Cette porte donne accès sur la campagne d'une part; de l'autre dans la basse-cour. Devant elle coule le fossé, profond et large.
Si large et si profond qu'il soit, j'estime que notre seigneur ne dormirait pas tranquille si la première porte de son château n'était pas mieux défendue. Donc, sur le fossé, on jette un pont mobile qu'avec un jeu de chaînes l'on abaisse ou relève à volonté. Vienne l'assaillant ou seulement son ombre, on le remontera soudain, et l'ennemi devra se jeter à l'eau.
Est-ce tout? Non.
Devant la porte et devant le pont, de l'autre côté du fossé, on a construit, en poutres et en planches, une tour carrée qui est bien loin d'avoir l'élévation des défenses en pierre. Vous apercevez aisément, là, tout près de vous, cet ouvrage avancé avec ses meurtrières et sa couleur de bois noirci par la pluie. C'est la « barbacane », où l'on pénètre par cette petite porte latérale, qui est si bien dissimulée et masquée sur le flanc droit. Il n'y a plus aujourd'hui de bon château sans barbacane, et dès la fin du xn* siècle, on en construit en pierre. C'est toujours par le bois que l'on commence, et par la pierre que l'on finit.
Au bas du coteau est la rivière : elle complète la défense. Comme elle est navigable, on y voit passer les gros chalands el on y entend les chants des marins. Le paysage était sévère : elle l'anime.
Le château, voilà le château.
H. Cinq heures du matin. — Les dehors du château.
Ce n'est pas en H80 ou en 1200 que nous allons, par hypothèse, visiter le château que nous venons de décrire d'une façon si sommaire et à si larges traits de pinceau. Certes, nous y serions bien reçus par le châtelain, et il nous répéterait ces bonnes paroles que Renaud disait cordialement à Ogier et à Turpin, quand il eut l'heur de les recevoir en son château de Montauban :
« Soyez les bienvenus dans ma ferlé. Cist chastiaus est tos vostrcs, « se prendre le volés*. »
L'hypothèse est séduisante, mais il en est une autre qui est plus scientifique et vaut mieux : c'est de supposer que notre château ait subsisté dans un parfait état de conservation, et que nous le visitions, en 1880, avec un grand archéologue, avec Jules Quicherat pour guide. Hélas ! hélas ! nous avons encore dans notre oreille cette brave voix vigoureuse et nette, et nous nous souvenons de cette admirable leçon sur l'Architecture militaire dont nous essayerons de balbutier la doctrine, en y ajoutant le témoignage de quelques autres écrits, et surtout celui de nos vieux poèmes que Quicherat n'avait pas assez interrogés.
« Ce château, qui est là sous nos yeux, a-t-il été construit depuis longtemps? Comment? Par qui? Ressemble-t-il à celui ou à ceux qui l'ont précédé? Depuis quelle époque y a-t-il des châteaux? Qui a inventé, qui a perfectionné ce mode de défense? » Il est d'autant plus urgent de répondre à tant de questions accumulées, que tous nos chevaliers vivent en des châteaux de ce genre et que la chevalerie elle-même y est, pour ainsi dire, abritée. On ne la connaîtrait qu'imparfaitement, si l'on ne connaissait pas cette enceinte militaire, ces murs et ces tours où elle a si longtemps respiré et vécu.
Faisons un bond de plusieurs siècles, et remontons hardiment jusqu'à l'époque romaine. Pour mieux préciser, transportonsnous à la fin du in* siècle, au commencement du ive.
L'immense Empire est encore plein de majesté; mais il y a déjà je ne sais quoi de menaçant dans l'air, et, sur toute la frontière, se pressent des races nouvelles qui demandent leur place au soleil. Rome, jusque-là, avait contenu ces poussées de peuples. Sur ces frontières mêmes, au débouché des grandes vallées, au passage des grands fleuves, les Empereurs avaient créé d'énormes camps permanents, où deux légions pouvaient tenir et tenaient garnison. C'est ce qu'on appelait les castra stativa, et ils ont long-
1 C'est ainsi que Renaud et ses frères accueillent Ogier et Turpin dans leur château de Uontauban, et cet accueil était partout le même : Il vienent à la porte, s'unt le pont avalé. — Quant Richars voit le- contes, si les va saluer, — Et Renaus les corut bonement acoler : — « Mult laites que curtois que véoir nos venés. — Bien soies vos venu, seignor,
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temps suffi à la défense du vieux monde romain. On les peut aisément reconstruire dans son esprit, avec leur étendue immense, leur forme carrée, leur prxlorium, leurs rues qui se coupaient à angle droit, leur via principalis, leur via quinlana1, leur forum. Le jour vint cependant où un système aussi ingénieux fut reconnu insuffisant. Si bien gardé que fût le passage, les Barbares le forcèrent, et il fallut songer à autre chose.
Us reculaient, les Romains, ils reculaient, mais lentement. Pendant qu'ils se repliaient ainsi dans l'intérieur de la Gaule (que nous prendrons ici pour type), ils jetaient leurs yeux à gauche, à droite, partout. A l'entrée des défilés, aux gués des rivières, sur les hauteurs qu'ils rencontraient en chemin et qu'ils jugeaient propices à la protection du sol romain, et là même où i) n'y avait pas de hauteurs, leurs ingénieurs rapportèrent à la hàle des terres dont ils firent de grossiers aggeres, défendus par un fossé et par un vallum. C'était tout, et ce n'était pas compliqué. A ces remparts en terre, qui étaient de proportions et de formes variées, ajoutez quelques logis fortifiés et peut-être une tour d'observation. Tels sont les premieks châteaux5.
Comme ils ne coûtaient pas cher, on en bâtit partout. Au rv* siècle, il y en avait déjà un très grand nombre dans notre Gaule de plus en plus envahie. Au v' siècle, elle en était véritablement « hérissée ». Le mot est de Quicherat.
Malgré tout, les Barbares avançaient toujours. Ils n'avaient pas de châteaux, eux, et ne comprenaient pas ce mode de fortification ou de campement. En vrais sauvages qu'ils étaient, ils campaient dans les lieux bas, dans les prairies, dans les pâturages où leurs chevaux étaient au vert. S'il est vrai (comme nous le croyons) que notre civilisation leur doive quelques-uns de ses éléments les plus notables, à coup sûr ce n'est pas le château, qui est d'origine évidemment romaine.
en la ferlé, etc. » (Renaus de Montauban, p. 3U, v. 51-3G.) = ' Cette viaquintana, large de quinze mètres et où les soldats se livraient aux exercices militaires, a peut-être, suivant quelques érudits, donné son nom à la quilUaine dont nous avons parlé plus haut. V. dans Rien, le plan d'un camp romain. (Dictionnaire des antiquités romaines, p. 121.). = » Cf., avec cette doctrine de Quicherat, les cinq pages, si intelligentes, que M. de Caumont consacre au « système de défense chez les Romains », dans son Abécédaire ou Rudiment a" Archéologie, 3* éd., pp. 370-580. Chaque proposition y est prouvée par des textes bien choisis et bien compris, auxquels nous renvoyons notre lecteur.
Plus ils avançaient, plus on bâtissait de châteaux, et l'on pourrait suivre les envahisseurs à la piste d'après les castella qu'on construisait à leur approche. Il y en eut d'abord dans les pays voisins des frontières; puis, on en vit en des provinces plus centrales et qui jadis se croyaient à l'abri; puis dans le cœur même du pays, et partout. Les peuples du moyen âge furent saisis de quelque étonnement à la vue de ces ruines étranges, et attribuèrent plus tard ces forteresses improvisées aux Sarrasins ou à César.
Ces petites résistances ne pouvaient rien contre la grande attaque germaine. Cailloux opposés à un torrent. Le torrent passa et la Gaule fut bourguignonne, gothe et franke. Les Franks, pour ne parler ici que de la Gaule mérovingienne, ne tinrent pas en estime ces castella qui n'avaient pas gêné leur marche. Les fortifications des villes les surprirent davantage, et ils ne dédaignèrent pas de les réparer ; mais ces remblais de terre , juchés si haut, n'obtinrent que leur mépris. Les Gallo-Romains, qui avaient à se préserver de la violence et de la rapine des vainqueurs, ne montrèrent pas le même dédain, et il y en eut qui utilisèrent les anciens castella pour s'y mettre à l'abri, eux et leurs colons. Fortunat nous a laissé, en son style qui n'est pas toujours suffisamment précis, la description d'un de ces châteaux du vi" siècle, avec son enceinte (qui renfermait la crête et une partie du versant de la montagne), avec ses palissades, ses fossés et ses trente tourelles que dominait, tout en haut, une grande tour à plusieurs étages dont le rez-de-chaussée servait d'oratoire et où la plate-forme était réservée aux machines de jet. En admettant qu'il n'y ait là aucune exagération poétique, il est certain que ce château de Fortunat est plus complet que les premiers castella romains. Même on pourrait croire que ces modifications ou perfectionnements n'ont pas été sans influence sur la formation du futur château féodal. Mais il nous est interdit d'aller plus loin dans cette voie : car tous ces châteaux gallo-romains n'eurent plus de raison d'être au vu* siècle, et disparurent. Le vu" siècle fut, à plus d'un point de vue, une époque de sécurité « relative ».
Les premiers carlovingiens sont des Tudesques, que tourmente le désir d'imiter Rome, et de l'imiter en tout. La force des choses le voulait, et on les vit adopter, purement et simplement,
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le vieux système qui consistait à défendre les seules frontières de l'Empire. Deux peuples, remuants et dangereux, inquiétaient principalement Charlemagne, aux deux extrémités de ses États : les Gascons et les Saxons. On créa de nouveaux castra stativa, de vraies casernes fortifiées : le long de l'Oder, pour tenir les Saxons en échec; le long de la Garonne, pour mater les Gascons. Mais ce fut la dernière floraison de cette stratégie de l'ancien monde. Les événements se précipitent; l'idée de l'autorité s'effondre; la notion du centre s'efface; le pouvoir s'émictte aux mains de plusieurs milliers de petits rois.
Voici la féodalité : le château va renaître.
Ces Ducs et Comtes qui se sont faits rois, ces hommes d'armes qui protègent autour d'eux des nichées de petits et de faibles, ces seigneurs (puisqu'il faut enfin les appeler par leur nom) sont violents, farouches, envahissants, et d'autant plus jaloux de leurs droits que ces droits sont moins établis. Ils sont menacés par leurs voisins, qu'ils menacent. Tout le monde se bat, ou va se battre. De même donc qu'on a inventé certain jour des armures de fer pour envelopper le corps du soldat et pour le préserver durant la bataille : de même on imagina alors, pour envelopper sa famille et la préserver durant la guerre, ces châteaux du ixe siècle qui s'élèvent partout a la fois. C'est un des spectacles les plus curieux auxquels il nous soit donné d'assister dans l'histoire.
Le seigneur, après avoir inspecté les lieux, choisit souvent le même emplacement qu'avaient choisi, quatre siècles avant lui, les Romains effarés qui luttaient contre les Barbares. Rien n'est plus naturel, ni plus légitime : les Romains avaient généralement fait de bons choix, et c'était se montrer intelligent que de les adopter après eux. D'ailleurs on tirait parfois quelque parti des ruines qu'ils avaient laissées, et le sage doit profiter de tout.
Bref, on commençait la construction du château.
C'est ici qu'il faut renoncer à toutes les idées que des dessinateurs trop élégants et des romanciers peu instruits nous ont fait entrer dans l'esprit et qui triomphent encore aujourd'hui de quelques imaginations mal éclairées. 11 ne faut s'attendre à rien de gracieux, ni même d'imposant. Ces premiers châteaux-là ne sont faits qu'avec de la boue et du bois. Pas de pierre.
La première opération de cette bâtisse naïve, c'est, presque partout, l'élévation de la motte. La motte, c'est une grosse agglomération de terres rapportées, qui va servir de base à ce fameux château. Là-dessus, on plante une grande maison de bois carrée, faite de charpente et de planches, aussi haute qu'on la peut construire, à trois ou quatre étages, avec un sous-sol en contrebas, « qui est pratiqué dans l'épaisseur de la motte » et « où se trouve ordinairement un puits. » Ce puits est la condition nécessaire d'une longue et efficace résistance. Avec de l'eau, nos gens sont imprenables; sans eau, perdus.
Cette maison de bois, considércz-la bien, perchée sur sa motte, et faites-la entrer pour toujours dans votre regard. C'est le noyau
Fig. 77. Une moue-type, avec enceinte en palissades de bois. O'après le dessin de M. Camnont [Abécédaire d'archéologie, Architecture militaire, p. 393].
de tous les châteaux du moyen âge; c'est le séjour du dominus, le dornnio, le donjon.
Mais le bois, cela brûle. Comment préserver du feu ce donjon primitif? Par des moyens également primitifs. Sur la plate-forme, en haut, on étend des peaux de bêtes récemment écorchées. Expédient de sauvages.
N'y a-l-il pas cependant, autour de notre château, comme dans le castellum antique, quelques travaux avancés, quelques fortifications extérieures? Si vraiment, et ces fortifications seront d'autant plus puissantes que le seigneur sera plus riche. Il en est qui ne peuvent se donner le luxe, au-dessus de leurs fossés, que de pauvres remblais de terre, d'une haie vive, ou d'un grossier palissage en branchages entrelacés. Ces châteaux s'appelleront « la Haye » et « le Plcssis », comme tant d'autres se nomment « la Motte ». Mais nous
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avons mieux, et certains barons vont jusqu'à se construire une enceinte en bonnes et fortes planches, avec des tours en bois de distance en distance. Ce sont là les refuges les plus solides : on les nomme firmilates en mauvais latin, et en bon français des ferlés.
La porte du donjon (car, enfin, faut-il savoir comment on y entre) est à la hauteur de son premier étage, juste au-dessus de la motte. Si l'on veut sortir dans la campagne, on se sert d'un grand pont branlant, sorte d'échelle de moulin qui est soutenue dans le vide sur des chevalets de bois, et que l'on retire bien vite, dès que l'ennemi se montre. L'enceinte extérieure est munie d'une porte, qui, à l'origine, n'a pas de défense spéciale et peut passer pour une poterne. C'est tout1.
Vous pouvez maintenant vous représenter ce que devait être le siège d'un château à la fin du nf siècle. Les assiégeants grimpaient à l'assaut le long de la montagne, franchissaient le premier fossé, s'emparaient sans trop de peine de l'enceinte en planches ou du palissage, mais se trouvaient alors en présence d'une gigantesque tour en bois, posée sur une sorte de colline artificielle, entourée d'un second fossé et sans aucun accès, puisque le pont branlant avait été retiré. Dans le système de ces primitifs, l'enceinte n'est rien, le donjon est tout. C'est l'asile inviolable, c'est l'insaisissable repaire, c'est la dernière et suprême ressource.
Donnons maintenant un coup de baguette , et voyons comment un château du ix* siècle s'est petit à petit transformé en un château du xif.
1 Sur ces châteaux à molle, nous possédons un témoignage très précieux. C'est celui de Jean de Colmieu (chanoine d'Ypres, puis archidiacre de l'église de Térouaiine), qui écrivit la vie de saint Jean, évéque de cette dernière église, + 115U. Voici en quels termes le biographe nous parle des constructions militaires de son temps : « Ils élèvent aussi haut que possible un monticule de terre transportée; ils l'entourent d'un fossé d'une largeur considérable et d'une enrayante profondeur. Sur le bord intérieur du fossé, ils plantent me palissade de pièces de bois équarries et fortement liées entre elles qui équivaut a un mur. S'il leur est possible, ils soutiennent cette palissade par des tours élevées dk place en place. Au milieu de ce monticule, ils bâtissent une maison, ou plutôt une citadelle, d'où la vue se porte de tous côtés également. On ne peut arrivera la porte de celle-ci que par un roNTqui, jeté sur le fosse et porté sur des piliers accouplés, part du point le plus bas au di la nu fossé
ET s' ÉLEVÉ GRADUELLEMENT JUSQU'A CE QU'lL ATTEIGNE LE SOMMET DU MONTICULE ET LA PORTE DE LA
maison d'où le maitre le domine tout entier. » (Yila Ii.Johannis, Morinorum epucnpi, auclore Jolianne de Coi.i.eneihii, ejtudem ecclesise archidiacorto ; Historien* de France, XIV, pp. 558 et ss. Acta suiictorum januarii, 27 jan.; Le Caumont, Abécédaire, 1. 1., p. 405, 404 ; traduction de M. de Ileilïenberg.)
Fig. 78. Un eh 6 tenu du mi*, siècle. Dosstn de (h. Ficliot, d'aprèa la composition de Viollet-lo-Duc.
en son Histoire d'une forierewe, p. 1<;>, lig. 37. (Reproduite avec l'autonsa.ion
de l'éditeur J. Heizel).
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Le grand point, le voici : la. pierre a partout remplacé le bois.
Le donjon carré en charpente et en planches s'est transformé en un donjon de pierre, qui sera d'abord carré, puis revêtira successivement d'autres formes.
L'enceinte de planches est devenue une enceinte de murs en moyen ou en grand appareil, surmontés de créneaux, munis de meurtrières, garnis d'un chemin de ronde.
Les tours de bois se sont changées en belles tours de pierre, plates à l'intérieur du château, rondes en dehors, qui continuent les murs et sont armées comme eux.
L'antique pont branlant, qui était un travail de barbares, s'est
Ti: "■ l'ut enceinte txtérietire de chltctu tu xu* siècle. — BitlU du château de Cuur-CY (Calvados). d'après un dessin de H de Ctumont (AWeJdairt, I. I-, p »3*l
transformé en de beaux degrés marberins, en un majestueux perron d'où l'on descendra aisément dans la cour du donjon. La vraie porte, elle, est à l'entrée extérieure du château, semblable aux portes des anciennes villes romaines , moins élégante et plus forte, placée entre deux tours que relie un corps de logis crénelé, et offrant le double système d'une herse qui tombe de haut, et d'un pont-levis que l'on baisse ou que l'on lève.
Enfin, au lieu d'une cour fortifiée, en voici deux : la cour du donjon, avec sa chemise en pierre, qui protège la grosse tour, et la baille extérieure, avec la foule vivante de ses nombreux habitants qui, plus que jamais, en font un véritable village.
Le coup de baguette a été magique. Rien ne se ressemble
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moins qu'un château du ixe et un château du xiie siècle', et CE- PENDANT, C'EST LE MÊME ÉDIFICE ET QUI EST EXACTEMENT COMPOSÉ DES MÊMES
éléments. Nous souhaiterions l'avoir fait vivement comprendre; mais qui nous rendra Quicherat, debout devant son tableau noir, crayonnant d'une main puissante ces transformations successives et les mettant en lumière dans un style précis jusqu'au réalisme et évident jusqu'à l'éloquence?
Il y a longtemps que notre baron songeait à rebâtir son château; mais il ne s'y est décidé qu'il y a cinq ou six années. C'est au confluent de deux rivières* qu'il l'a placé, en un lieu quelque peu sauvage, sur une colline rocheuse que les gens du pays apr pellent « une montagne ». Les deux rivières, qui se rejoignent, sont l'une de couleur blonde comme la Garonne, l'autre de teinte bleue comme le Rhône. Elles sont toutes deux profondes, et, ce qui n'est pas à dédaigner, poissonneuses3. L'architecte4 est un habile homme que le chevalier a fait venir de la ville prochaine :
« 1° Il faut attendre la fin du xn» siècle pour rencontrer le véritable château féodal (Yiollet-le-Duc, Dictionnaire d'Architecture, III, p. 80). 2° Au xn« siècle, le château est définitivement constitué avec son donjon (qui affecte principalement la forme cap,rée) et ses deux enceintes : « L'enceinte extérieure renfermait un large espace découvert ou une grande cour, appelée, pour les châteaux les plus vastes et les plus complets, le bmjle ou ballium extérieur (forme féminine : la baille), et dans lequel il y avait ordinairement une église ou une chapelle. 11 fallait traverser cette première cour pour entrer dans la seconde enceinte ou baille intérieure, renfermant le donjon et les maisons du baron. Presque tocs les châteaux offrent ces deux divisions très bien marquées et défendues par des fossés profonds. » (De Caumont, Abécédaire, 1. 1., p. 457.) 5° Les plus anciens types de châteaux et de donjons, antérieurs à cette époque de constitution définitive, sont ceux de Langeais(999), de Beaugency (xie siècle) et de Loches (fin du xi" siècle). = s Voit la tor haute et les fossés entour... — Voit d'Ostesin le grant chastel majour — Qui est assis ens en un quarrefour
— De trois grans eves qui mainent grant freour (Auberi, p. 204, v. 15, 18-20). Lès l'eve de Garone se sunt aceminé, — Si qu'il virent le (lot dedens Gironde entré. — El' regort de dcus eves ont un liu esgardé, — Une montaigne haute et un tertre quarré, etc. (Renaus de Monlauban,p. 108, v. 22-24). Cf. dans Schultz(I, p. 14) le plan du château de Klingenberg en Bohême. = * L'empereres de France pense de l'esploitier, — Tant qu'il vit le chastel fermé sur le rocier. — Les montaignes sont hautes, parfont sunt li gravier, — Les praeries larges, li bos grant et plenier; — Bien, i puéent les pors et les lées chacier, — Et les cers et les bices herser et archoier. — D'une part li corl Muese qui mult fait à proisier
— Où on prenl les samons, quant on i veut pescier (Renaus de Montauban , p. 57, v. 25-52, déjà cité plus haut).= * Il est très rare que nos chansons donnent le nom de l'architecte d'un château. Dans la Prise d'Orange, on nomme celui qui a fait la tour de Gloriette, mais c'est un Sarrasin :Si l'estora Grifaigne d'Aumarie, — Uns Sarrazins de moult très grant voidie (v. 1105, 1104). Et plus haut : Si l'estora Griffonez d'Aumarice, — Uns Sarrazins de
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c'est un laïque', mais qui est plein de « clergie ». Il s'est mis résolument à l'œuvre, après avoir fait une longue inspection de l'emplacement choisi et avoir préablement dessiné un plan détaillé qu'il a soumis au châtelain. Pendant trois jours, l'homme de guerre a discuté avec l'homme théorique. Ils sont enfin tombés d'accord, et, sans plus tarder, on a embauché les ouvriers'. Ah! c'était un fier chantier : dix tailleurs de pierres, quatre-vingts maçons, et, au total, cent soixante travailleurs et manœuvres, ils sont payés à la pièce et non à la journée, comme l'attestent, encore aujourd'hui, les marques de lâcherons relevées par les savants modernes1. Ce n'est pas une petite affaire que la construction d'un tel château, et, plus d'une fois, le « maître des maçons » a eu maille à partir avec le baron constructeur. Mais tout est bien qui finit bien.
C'est un beau spectacle que celui de ce chantier. Plus de « petit appareil » comme à l'époque romaine; plus à'opus spicatum ou reliculalum comme à l'époque barbare; plus de briques surtout. Du « moyen appareil », qui tend, de plus en plus, à devenir du « grand appareil ». Comme autrefois, les deux revêtements des murs sont séparés par du bloquage. Le maître maçon a l'œil à tout, et fait, quand il le faut, ajouter des chevilles de fer à la solidité des murs*. L'autre jour, on lui disait en riant que les meilleures villes de Flandre, Ypres même, n'étaient encore défendues que par des haies. Il a levé les épaules et a souri, d'un air qui voulait dire : « Ces Flamands, comme c'est en retard! »
Il faut bien l'avouer : ce château coûte fort cher; mais, par bonheur, on n'a pas été forcé d'aller chercher la pierre trop loin.
moult merveillex vice {Ibici., v. 271 , 272). Dans Gnufreij (v. 51 79), on nomme « le mestre des mâchons. Rogier de Coulombiaus».=' C'est à la fin du m* siècle (?) queSI. Viollel-le-Duc place la uïcisATiii.x oe l'art «qui sort des monastères » [Dictionnaire iC Architecture, Vil, p. 59). = * Le traître Crilbn ne se voul demourer, — Ains a l'et les mâchons tout maintenant mander... — « Or m'a fet mon segnor une monte donner — Où je 1ère voudrai n\\ bel castel fermer. — Assez avon argent pour 1ère mâchonner; — Qui voudra gaaignier ne li estuet douter : — Richement le feroi et paier et louer. » — Le mestre des mâchons commencha à parler, — Itogier de Coulombiaus, ainsi loi nommer, — Il a dit à Gril'on : « Ne vos estuet douter; — fuis que le Roi nous veut de chen congié donner, — A l'ouvrer nous verres richement esprouver » [Gaufreij, v. 5IU0 et suiv.). Les ouvriers, suivant Viollel-le-Duc (Ibid., t. IV, p. 203) « étaient payés à Ij pièce, et non à la journée ». — 5 A Coucy , au commencement du un' siècle, il y eut (d'après les marques des lâcherons) 100 tailleurs de pierre, 800 ouvriers occupés à la maçonnerie: ce qui en suppose I0!)0 eu loul (//>«/., I. IV, p. "205). = * Et li mur de la ville sont tout de marine lus ; — As cevdles de 1er sont li quarrel assis [Ficrubrat, v. 4897). Ces vers peuvent passer pour type. * Ou produisait certains heur-
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Il y a des carrières tout près ', et l'on n'a eu que les frais, encore considérables, des charrois. Les serfs charroiables sont bien là, qui sont contraints de faire tous ces transports sans être payés; mais ils ne suffisent pas aux autres travaux, et grâce à Dieu, les travailleurs libres ne sont pas de trop*. C'est ici que se révèle le véritable progrès accompli au moyen âge. Au ix" siècle on n'aurait pas eu besoin d'ouvriers libres pour bâtir le château : les mansionarii auraient suffi. Mais, à coups d'argent, ces braves gens se sont déjà rachetés de leurs plus dures corvées. Dans les chantiers des églises du xie siècle, l'Ouvrier est né, qui remplace heureusement le Serf. On l'emploie à la bâtisse du château, et après avoir débattu ses prix avec lui. Ce n'est plus le dernier des hommes : il est membre d'une corporation et relève chrétiennement la tête.
On ne parle dans tout le pays que de la construction du nouveau château et l'on vient de loin regarder monter les échafaudages', travailler les maçons*. Jl y a là, flânant et devisant tout
temenls de couleurs avec le seul emploi de la pierre : « Il y avait à Orléans, dans la garenne, un palais avec des bancs de pierre de taille, les unes vertes, les autres grises. » (Girarl de Rovssillon, trad. P. Meyer, p. 59, §114.) = ' Grifon vintàChualons, la forlchité garnie. — Làfu la dure pierre achetée et faillie — Et mine en des careilez, portée et cnnroïe — Droilemenl à la monte qui est forte et fornie. — La fu fet lecastel et la tor baleillie (Guvfrey, v. 3245-5250). = s Les premiers châteaux féodaux n'ont guère élé bâtis qu'à l'aide des serfs charroiables. Plus tard enrore, lorsque l'abbé de Montierender, Dudon, accorda certains privilèges à l'avoué du Blaisois, Etienne 1 de Joinville, il est spécilié que les religieux du Derserontlenus de fournir au château carroperaadpalosvirgasque/'erendas adi/jn(stt'x<r£su£(CartulairedeMonli,reNder,ch.3o). Lesmoinesprètaient, pour cet usage, leurs mansionarii au seigneur. =3 Sur les échafaudages, admirables de simplicité, qui ont servi plus lard à la construction du château deCoucy, voy. Viollel-le-Duc, Dictionnaire d'Architecture, t. V, pp. 105-106. = '• Pour (oui ce qui touche à ce chantier et à laconslruction du chi'ileau, cf. les fragments suivants de nos vieux poèmes: 1° Parisc la Dnchcsse (v. 1671 etss.) : A un grantsol placer qui fu d'antiquité — A fait un chaslel faire, aul refois i a esté. — Si lit faire le* murs et baisier les fosez. — Et une tor moult haute por asaut andurer. — An la porte devant a fat un pont lever. — Elli placers fu granz anviron de toz lez, — Ll l'aive relu granz environ de loz lés — Que tresluiten san plein icil prevont fosé; — De bois et de riveire orent à grant planté. — Li chaliax ne dote home qui de mère soit né. — N'iol que une anlrée, bien la firent garder. — Quant li chastiau fu faiz et liés bien manovrez, — Si li mislienlson non « à la Nueve-Ferté ». 2° Renuus de, Montavban (p. 1 10; v. 27 etss.) : lieignaus, li fils Aymon, ne se tarja noiant : — Mais de son casLid luire se hasta durement. — Le palais et la sale lisent premièrement, — A cambres et à voles el à rice ciment, — Et li mur de la vile h rice fondement. — Quatre portes i ot tuiles avenaument — Et une tor de niabre droite contre le vent. — Sus en la maistre roce lu conlievaldescent — Iluec furent failli plus haut casement... — 11 le lisent savoir au pule el à la gent —Que au noviel castiel preugenlherbergemenl; — Ses cens et ses costumes li paient bonement. — Entresci à set ans ne prendera noiant. — Cinc cenz
LA VIE DOMESTIQUE DU CIIEVALIEli. hl
autour des travailleurs, des bourgeois (cela va sans dire), même des prêtres, même des moines. Ce qu'on admire le plus, c'est l'activité de l'architecte qui se démène fiévreusement, qui tient sa verge de mesure à la main, et dont l'œil vaut un compas. Ce petit homme (il s'appelle Simon) est partout à la fois, donnant des ordres et les retirant, tempêtant contre les mauvais ouvriers, réchauffant le zèle des autres, bondissant par-dessus les pierres, sautant, courant, criant. Pour creuser les fossés, il a fallu couper une partie du bois voisin , et c'est pitié que de voir tomber les beaux chênes ombreux, les aunes et les charmes. Voir abattre un arbre, c'est presque aussi dur que de voir tuer un homme, et les gens du pays s'indignent en eux-mêmes contre cet abatis, qui leur semble criminel. Par bonheur on réserve pour le verger les plus gros chênes, qui ont plus de cent ans et donneront un si frais ombrage. Il fait chaud, d'ailleurs, et les ouvriers sont en sueur. Les maîtres qui les payent, se croient encore permis de les traiter rudement de la voix et du poing. Malgré tout, ils sont gais, jasent, et rient toute la journée à belles dents. Je ne dis pas que leurs propos soient d'un goût fin, mais ils suffisent à les mettre en joie et à adoucir leurs peines'.
borgois i vinrent de grant aaisement — Et puplent le castiel maître communément. * Or est Montaltian fais, li castiaus et la tor. — Cinc cenz borgois i ot de molt rice valor. — Li cent sont tuvernier, (!) et li cent sont pestror, — Et li cent sont bouchier, el li cent pesceor, — Et li cent marceanl dnske Inde major, — Et trois cenz en i ot ki sont d'autre labor. — Gardins, vigues commencent à force et à valor. = ' Tout ce qui précède est emprunté au Chronicon Gl-Unente el Ardente de Lambert d'Ardres dans le chapitre que cet intéressant chroniqueur intitule : Quomodo Ariioldutde (Mûrit magr.o fottalo circumcinxit Ardcam. La scène se passe en 1201, et il n'est en elïet question que de l'établissement d'un fossé, el non de la construction d'un château. « Fuerunl igitur ad jam dicluui facienduin et fodieudum fossatum operarii non pauci, licet asperitale tempoiis et faillis média magis qiiam labore diei et aestùs afllicti : operarii tamen, inviceni confaliulaiiles et jocosis verbis plerumque hiborem sublevautes, fameiii teuiperabant. Ad lauti aulcm speclaciiluui fossat
. multi, miiltis de causis, coiiveniebaut. Pauperes enim, qui uec eraut operarii, in delectationein perspeeti operis reruin penuriain non sentiebant. Uiviles vero, milites et biirgeuses, et plcru;uque presbUcri el IDOllachi, non lanluin seuiel in die, sed pluries, ad tain miriflciun quotidie in delectatioueui corporis conveiiiehanl spectaculum. Quem eniin, nisi pigrum et œlate vel curis euiortuum, tam doctuin geouieliiealis operis magislruiii Siinonem hVsarium cura virga sua uiagislrali more procedeulem, et hic illic jam in mente coiiceptuiu rei opus non tam in virga quàm in orulo'rum pertiea geoinelricaiitem, do-
i mosque el grangias coiivelleiiteui. pomeria et arbores florentes et fruclilicaules coucideulem, plateas non tam festin quàm profeslis diebcis ad omne omnium transeunlium asiamentmu sutnmo studio et labore paralas conspicanlein, cuililos cum olenbus et hnis fodieiitem, s;ita ad restituendaa vias dirueiilem el conculcanleiu, licet a quibuslibel indiguantibus et iiigemisceulibus et ei sub silenlio malediceiitibus, non deleclarel aopiterc
La construction dura trois ans1.
Au bout de trois ans, ce fut un cri d'admiration dans toute la contrée. Le donjon, au sommet de la roche, étincelait « comme une fleur en été » ; les fossés étaient pleins d'une belle eau claire qui miroitait au soleil; le verger avait des arbres et des fleurs; les prairies et les gagneries s'étendaient à perte de vue, et quelques toits fumaient déjà çà et là; les tours et les murs crénelés formaient autour des bailles une ceinture encore toute blanche; cachée à l'ombre de la tour énorme, la petite chapelle élevait les âmes au-dessus de ce monde un peu matériel et brutal et semblait dire : « Pensez à Dieu ». Et tous, bourgeois, vilains et clercs, de répéter, avec un air profond et en hochant la tête : «Il n'est pas encore né, celui qui prendra un tel château ».
Nous qui n'avons pas l'intention de le prendre, mais de le visiter, passons outre...
Nous avons connu un voyageur qui, pour se donner l'idée exacte d'une ville antique ou moderne, commençait par en faire extérieurement tout le tour. Le procédé a du bon, et nous allons y recourir, en faisant consciencieusement tout le tour de nos fossés.
Cet ouvrage avancé qui protège la grande porte du château, n'est pas encore eii usage dans toutes les provinces de France; mais notre architecte Simon est décidément un maître homme et qui se tient au courant de tous les progrès. Donc il a construit une barbacane*, et tel est en effet le nom de cette petite bastille
Hic enim rustici cura bigis marlatoriis et carris fimariis calculos tralientes ad sternendum in via, in rnoft'ulis et scapulariis seipsos ad laborem iuviceni animabant. Hic et fossarii cuin Ibssoriis, ligouislte cmn ligonibus, picalores cum picis, malleatores cum malleis, novaculalores sive rasores cum rasoriis, paratores qnoque et vallatores, et deuparii, et hiatores cum convenienlibus et liecessariis armaineulis et instrumentis, oneratores etiam et buUarii cum lioccis, et cespitarii cum cespilibus oblongis et mantellatis, ad placitum magistrorum in pratis quibuscumque concisis etconvulsis; servientes etiam et racbepoli cum virgis... Operatores iuviceni provocantes, invicein ad laborandum instigantes, praeuntibus seinper operis magistris el geoinetricè scrupulantihus, operantur. Et in opus nunquam, nisi in labore et œrumiia, in horrore et dolore Ihiiendum, operarii inipelluntur et angarinnlur. (Lambert d'.Vrdres. cap. CLII. Chrouicon Ghisnense et Ardente. Édition du marquis de Godelroy Slemlglaise, p. .177-581.) =' Gavfrey, v. 5250, 5251 : Là fu fel le cuslel el la tour batedlie. — A mâchonner nnst-on bien -111- ans et demie. ==* « De
en bois qui frappe en ce moment notre regard. On en construira bientôt en pierre; mais, jusqu'à ce jour, le bois a paru suffisant. La barbacane, telle qu'elle est, offre ici une forme quadrangulaire; mais, ailleurs il y en a de rondes, et ce sont même les plus nombreuses. Avec des planches on a construit trois petites courtines et deux petites tourelles aux angles : le fossé forme naturellement le quatrième côté du carré. Ces courtines et tourelles sont plus basses que celles du château lui-même; mais nous ne voyons pas la porte, et l'habileté de l'architecte a précisément consisté à la dissimuler de son mieux. Elle est là, sur le côlé gauche, presque invisible au regard, la petite porte de la barbacane. Lorsque l'ennemi arrivera, furieux, devant le château de notre baron , il sera forcé de perdre un bon espace de temps à chercher cette porte introuvable que l'on munira plus tard d'un pont-levis. Au reste , on a pris soin d'accumuler ici tous les obstacles dans la prévision d'un siège possible, et même probable : devant la barbacane une énorme barre intercepte le chemin', et la cavalerie ennemie s'y doit venir heurter. C'est une barricade. Pendant que l'ennemi usera ses premiers efforts à l'emporter, les gens du château auront eu le temps de se reconnaître et viendront à la rescousse. Si la barbacane est prise, ils se retireront dans le château, dont ils abaisseront le grand pont-levis. Après le pont-levis, il faudra que l'assiégeant ait raison de l'énorme porte massive et ferrée; après la porte, de la herse; après la herse, d'une autre porte. Alors il se trouvera dans la cour, qui sera pour lui pleine d'embûches «le toute sorte, de dangers inconnus et terribles. Puis, la première cour occupée, il devra, effort suprême, pénétrer dans la seconde à travers une porte qui, comme la première, est munie d'un pont et d'une
même que l'enceinte fortifiée était défendue par un ouvrage avancé (les barres); de même la porte fortifiée était, de l'autre coté du fossé, défendue par un ouvrage avancé, la barbacane. » (Cours de J. Quicherat.) « La barbacane était un ouvrage de fortification avancée qui protégeait un passage, une porle ou poterne, et qui permettait à la garnison d'une forteresse de se réunir sur un point saillant, à couvert, pour faire ses sorties, pour protéger une retraite ou favoriser l'introduction d'un corps étranger. » (Viollet-le-l)uc, Dictionnaire il architecture. II, p. 111.) Le mot « barbacane » avait le sens de « bastide » dans le Midi ; de « bastille » dans le Nord : « [levant les barbacaues et devant les po>lis — Fu li entoura moult gratis et fiers le chapleîs (lluevet de Comnwrcltis, v. 41)5, 4'Jo1. = 'Celle barre, qui avait pour but, dit M. Viollet-le-Duc (I. I., Il, p. 119), « d'enipéiber la cavalerie de forcer brusquement un passage » était « relevée a l'aide de contrepoids ».
hlh LA VIE DOMESTIQUE DU CHEVAL! Eli.
herse. C'est alors seulement qu'il se trouvera devant le donjon où les assiégés, qui ont des vivres, attendent fort tranquillement la fin de cette aventure. Le donjon n'a peur de rien.
Et maintenant, après avoir jeté un dernier regard sur la barbacane de bois1, suivons le cours sinueux de ce fossé au-dessus duquel nous voyons se dresser les pièces de bois équarries« fortement liées entre elles » qui forment le murale barrum , les barres. Cette première enceinte en bois, cette première défense, ces barns sont aux murs du château ce que la barbacane est à la porte. Elle n'est pas d'un effet gracieux, cette palissade quelque peu grossière, et nous empêche de voir ce chemin qu'on appelle les lices, ainsi que le bas des courtines et des tours. Le fossé, du moins, est plus gai*. Il a quinze ou vingt toises de large; on y va en bateau; on y prend du poisson. Mais, par bonheur, les barres3 ont été récemment brisées sur un espace de cinquante ou soixante pieds, et nous pouvons aujourd'hui nous rendre un compte exact des lices et des murs. C'est comme si un beau rayon de soleil chassait soudain de gros nuages noirs.
Les lices (cet espace réservé, ce chemin entre les courtines et les
Quand les quatre fils d'Aimon s'enferment dans le château de Montessor : Les portes tirent clore, fermer et verroillier — Kt font les pons lever et coulremont drecier, — Devant la barbakane la grant barre suchier (Renaus de Monlauban, p. 56, v. 57, 38; p. 57, v. 1). = ' Dès le xin* siècle, les barbacanes furent laites en pierre (Cours de J. Quicherat). 11 est vrai que l'on trouve dans Garin le Loherain des vers tels que celui-ci : Les barbacanes de fin marbre listé; mais il s'agit ici dks tours ou bastilles, et non de la barbacane proprement dite. = a De celé part estoit grans !i fossés : — Trente deus toises estoit parlons et lés. — Devant la tor ot un grant pont fremé (Auberi, éd. Tobler, p. 206, 7, 8, 9). Au fossé vinrent qui fu parfons et lés. — Mult lu hideus et parfont, li canes. — Il n'i entrassent por l'or de dis cités [Oijier, v. 6115-6117). Li chastiaus fu molt fors, si fu haut encroé. — Et l'eve d'environ li cort par le chané; — Les nés et les galies sunt par illuec passé [Renaus de Montauban, p. 6, v. 1-5). Si queurt une eve entour qui navie porta (Gaufrey, v. 7257). Etc., etc. = s Barres = murale barrum. « C'est, dit Quicherat, une première fortification de palissade ou de bois, protégée par un fossé. En avant de ce murale barrum est un chemin qu'on appelle les lices. Les premiers châteaux ne présentaient que cette seule fortification, comme nous avons eu l'occasion de le dire et comme on le voit dans la Vie déjà citée de saint Jean, évèquede Téroiiauue: « Sur le bord intérieur du fossé, ils plantent une palissade de pièces de boiséquarries et fortement liées entre elles. » (De Caumoni, Abécédaire, 1.1. , p. 404.) 11 est, plus d'une fois, question des barre* en nos chansons : Devant les bares veissiés tornoier — Espessémenl et ces lances brisier (Ogier, v. 7074, 7075i. Dusques les bares les ont à force mis, — Entre les lices et le pont tornéïs (Ibid.,v. 7205, 7206). C'est pkut-être aussi des barres que le poète veut parler dausce passage un peu obscur de Girart de Roussillon : Un matin. Charles Martel et ses barons assiègent Roussillon; mais Girart ne s'oublia pas, et pas un de ses hommes ne lui lit défaut. Ils sortirent quatre cents, armés de hauberts et de heaumes, et, aux grandes barrières, ils tuèrent tant de leurs adversaires que des ruisseaux de sang sautèrent par le camp (Trad.
LA VIE DOMESTIQUE DU CHEVALIER. A 7b
barres) sont à découvert en ce moment1, et nous y voyons passer quelque écuyer qui fait sa ronde. Le mur nous apparaît dans tout son développement et, comme nous l'avons vu construire il y a quelques mois, nous savons de quels éléments il se compose. Comme à l'époque romaine, c'est du blocage entre deux parements, entre deux surfaces. Ces revêlements, d'ailleurs, ne ressemblent guère à ceux de l'époque mérovingienne. Plus de petit appareil, plus de briques; mais, partout et toujours, comme dans l'architecture religieuse, « l'appareil grand-moyen qui, à mesure « qu'on s'avance vers les temps modernes, devient du grand ap- « pareil1. » C'est ce qu'il nous a fallu dire plus haut; c'est ce que nous répétons à dessein. La pièce de mur qui est comprise entre deux tours, depuis le sol jusqu'au crénelage, s'appelle une « courtine ». Dans une église, il est bon de s'arrêter longtemps à l'étude d'une travée; dans un château, à celle d'une courtine. Étudions celle qui est sous nos yeux.
C'est à partir de 1180 que, dans le nord de la France, on a commencé à « taluter » le bas des tours et, ensuite, des murs. Depuis ce talutage qui donne à la fortification plus d'assiette et de solidité jusqu'à l'extrémité supérieure de notre mur, il n'y a rien à signaler d'important, si ce n'est cet appareil « grand-moyen » qui, décidément, n'a pas, aux yeux, le même charme que les petites pierres carrées des Romains, avec ces jolis mélanges de briques rouges qui caractérisent les bas siècles. Elle est froide et nue, notre courtine, et, n'étaient quelques lézards qui s'y chauffent au soleil, absolument monotone et triste. Mais, par bonheur, le haut va tout racheter, et voici les créneaux.
S'il est une erreur qu'on ait peine à déraciner (et il y en a de bien résistantes), c'est le peu d'ancienneté qu'on attribue généralement aux créneaux. On s'entête à les regarder, surtout dans les beaux pays de l'opéra comique, comme une invention des architectes du moyen âge, et l'on ne manque jamais à se les représenter garnis de châtelaines qui s'appellent toutes « Isaure » et animés par des pages qui ressemblent tous à celui du Mariage de Figaro. 11 est absolument démontré, au contraire, que les cré-
Paul Meyer, p. 2fi, § î>6). = ' busqués les b.ires les oui a force mis, — Entre les lices et le pont loiuéis [Oyicr, v. 7205, 7200, déjà cilés à la paye précédenti;).
neaux ont existé dans les fortifications romaines et gallo-romaines, et qu'ils en sont un élément notable. Végèce en parle, mais qui lit Végèce? Autre erreur. On confond perpétuellement le merîon avec le créneau. Dans un système de crénelage, « le créneau, c'est le vide ; le merlon, c'est le plein. » Quant à Y appui des créneaux, il est entre deux merlons, et il vous est libre d'y placer, en effet, un joli visage de châtelaine as querniax sur le mur acoulêe, quoiqu'on y voie plus souvent, s'il faut tout dire, le heaume et les grenons d'un homme d'armes.
Le merlon, « cette partie du parapet qui est entre deux embra-
-f. 'ICI
Fig. 80. Créneaux, merlons, arcberes.
sures », a été imaginé « pour préserver un homme » : on lui donne, en conséquence, la hauteur d'un homme, ou un peu plus: environ deux mètres. Chez les Romains, il était fort étroit : nos pères l'ont sensiblement élargi. Le merlon antique se terminait en façon de tablette saillante ' : au moyen âge, on a supprimé cette saillie, et on le couvre parfois d'un revêtement de plomb2. D'autres mots servent à désigner les créneaux ou, pour mieux parler, les merlons. Les plus usuels sont : crestel et bataille s. Un mur crestelé1', une tour bataillie, c'est un mur et une tour auxquels on a appliqué un crénelage.
On ne peut longtemps songer aux créneaux sans se rappeler la touchante et plaisante histoire d'Ogier le Danois. L'empereur
1 V. les belles figures de Viollet-Ie-Duc, Dictionnaire d'Architecture, IV, pp. 37.ïet 376. Vois lu or celé loi- à cel plonc creslelé. (Elle de Saint-Gilles, v. 2549.) Klc, etc. = - Quand Ogicr fabrique, à Caslell'orl, ces mannequins, sous l'orme de chevaliers, dont il sera question plus loin, « il les apuie as murs et as batailles » (Ogier, v. 8424). As batailles de 1' mur s'est lîasins apoiez (Jean de Lanson, Bibl. Nat., fr. 2403, f° 2-C, r°). = 3 V. d'aulres exemples de bataille avec le sens de créneau, dans le Dictionnaire de F. Godefroy, I, p. b'JG. = v V. le même répertoire aux mots crelel et crelelé.
LA VIE DOMESTIQUE DU CIIEVALIEU. hll
Charlemagne, que dis-je, l'Empire tout entier assiège ce héros dans le château de Castelfort; mais il n'est pas de ceux qui désespèrent, et tient bon. C'est en vain qu'il voit successivement mourir tous ses compagnons d'infortune; c'est en vain que Guielin (qu'il aimait tant) reçoit un coup mortel en pleine poitrine et rend l'âme, devant lui, entre deux prêtres; c'est en vain que le frère de Guielin, Benoît (le propre écuyer du Danois), tombe un autre jour sous la lance terrible de Raimbaut le Frison; c'est en vain que le pauvre assiégé demeure seul, tout seul, dans la vaste enceinte de son château désert : cette grande âme ne fléchit pas. Il sèche ses larmes, et se met résolument à l'œuvre. Il moud son blé, il chauffe son four, il fait son pain. Il est son cuisinier, son dépensier, son écuyer, son échanson. 11 met sa table, et, quand le repas est prêt, s'y assied tout seul, triste et pensant à Guielin, à Benoit, à ceux qui sont morts. Ensuite, il va à l'écurie « parler » avec son cheval Broiefort, le seul être vivant qui soit encore auprès de lui. Il lui soulève doucement les quatre pieds, il le ferre; puis : « Tiens, Broiefort, voici de bon foin et de bonne « avoine. Mange. » Mais enfin le siège continue, et il importe que l'Empereur ne sache pas à quelle extrémité, à quelle solitude Ogier est réduit. C'est alors que le Danois s'avise d'un expédient naïf et que doivent connaître les sauvages de l'Amérique ou de l'Afrique centrale. Pour faire croire à son trop puissant ennemi que Castelfort est encore défendu par une nombreuse garnison, le pauvre assiégé se met à fabriquer des mannequins en forme de chevaliers. Un billot de chêne forme le corps; les crins qu'il arrache à la queue de Broiefort lui servent à fabriquer de formidables moustaches; sur chaque lète de bois, il enfonce un heaume avec son nasal; il habille ensuite ses grosses poupées de beaux hauberts tout blancs, leur attache au cou les énormes écus bouclers; leur met des haches au poing. Là, c'est fait. Alors, il prend chacun de ces « hommes de fût » et les dispose sur les créneaux, où ils font un admirable, un merveilleux effet. Quels hommes! Quels gaillards! « Comment se peut-il faire qu'Ogier a ait encore autant de compagnons! Et d'où viennent ces gens- « là? » Charlemagne est étonné, furieux, enragé. Il fait venir ses archers : « Tirez-moi sur ces diables qui sont là-haut. » Les ar-
chers visent juste et tirent bien : les chevaliers d'Ogier sont atteints, percés, troués; mais point ne bougent sur leurs créneaux. Alors le grand empereur prend une résolution suprême : il se revêt luimême de ses plus belles armes et va, jusque sous les murs de Castelfort, faire un pathétique et long discours aux amis d'Ogier: « C'est moi, leur dit-il, c'est moi qui suis le Itoi du grand royaume « de France; c'est à moi qu'appartiennent la Bretagne, l'Anjou, « la Gascogne, le Maine et la Romanie. Donc, sachez tous, et sachez « bien que si, avant un mois, vous ne m'amenez Ogier mort ou « pris, je vous ferai tous brûler, tous, tous. » Le discours est beau, mais vous savez pourquoi il n'émeut pas les défenseurs de Castelfort. Le poète, qui se défie sans doute de l'intelligence de ses auditeurs, leur explique, d'ailleurs, la chose en bons termes : <c Comment parleraient-ils? ils sont en bois1. »
Nous avons montré tout à l'heure de vrais hommes d'armes", bien vivants ceux-là, et de belles dames, plus vivantes encore, qui s'acoutoient aux créneaux5. Ces femmes, ces soldats n'étaient pas suspendus en l'air, je suppose, et marchaient assurément sur un terrain solide. Quel est ce terrain? C'est le chemin de ronde*, lequel est également d'origine romaine et dont parle encore Végèce. Il ne faut pas perdre de vue qu'avec son blocage central et ses deux revêtements, notre mur est fort épais, et que les merlons le sont peu. Il reste donc une belle épaisseur de murailles, sur laquelle on peut se promener à l'aise et que nos pères appelaient « les aleoirs». Dans Renaus de Montauban* on voit le héros du poème monter aux aleoirs pour tenir conseil avec ses frères; mais il est à peine besoin d'observer que le véritable usage du chemin de ronde était tout autre. Il mettait en rapport toutes les parties de ce vaste système de fortifications; il les reliait entre elles, et permettait enfin à de nombreux archers de s'abriter derrière les merlons pour cribler l'assaillant de leurs traits d'arc ou de leurs carreaux d'arbalètes. Quand l'ennemi approche, on entend crier dans
• Ogier, y. 8385-8475.=;* A iclieste peroles se sunt tous adoubé. — Puis resunt as quemiax sus le mur acouté (Gaufrey.y. 10070, 10071). Etc. = 5 Mabile... « qui estoit as querniax de la grant tour autie (Ibid., v. 778). Etc. = * V. les figures de Viollet-le-Duc sans lesquelles on ne peut rien comprendre à la disposition et à l'économie du chemin de ronde : Dictionnaire d'Architecture, I, p. 532; II, p. 115; IV, p. 584; V.p. 126; IX. p. 773. Cf. notre lig. 81. = 5 Main à main s'entretiennent, au mur s'en sont aie. — Qui donc veïst Renaut as
le château : « Aux aleoirs. aux aleoirs! Garnissez les aleoirs! Et la garnison s'y précipite.
Ces traits d'arbalète, par où les lance-t-on? Par les archères, qui sont de véritables meurtrières pratiquées dans les nierions. « Aux archères et aux créneaux voyez-vous des archers qui défendent les courtines avec des arcs de différentes sortes et des arbalètes de main? » Il ne s'agit plus de promenade, et les aleoirs reçoivent ici leur véritable emploi.
Les chemins de ronde ont été souvent le théâtre d'épouvantables batailles, et dont les peintres feraient, mieux que les poètes, saisir toute l'horreur... Le château a été forcé; les assiégeants y ont pénétré, féroces, et voilà qu'ils poursuivent les assiégés sur ce chemin de ronde. C'est une course à fond de train. De temps à autre, quelque vainqueur, quelque vaincu fait un faux pas et est précipité dans le vide. Puis, on se rencontre, on s'enlace à brasle-corps, on se fend à coups de hache, on se perce à coups d'épée, là-haut, tout là-haut, sur cette plate-forme de quelques pieds. Surtout on vise à se renverser et, plus d'une fois, on entend le bruit sourd et mat d'un corps qui tombe. C'est un soldat dont le corps inanimé s'aplatit contre le sol, au milieu d'un (lot oc sang. Ces combats sont épiques.
Que le chemin de ronde fût utile, qu'il fût nécessaire, il n'est plus permis d'en douter; mais il pouvait, en de certains cas, servir à l'assiégeant tout aussi bien qu'aux défenseurs de la place. Supposez en effet que l'ennemi ait pénétré dans le château et qu'il soit parvenu à grimper sur le chemin de ronde : le voilà maître de tout le fort. Nos pères avaient paré à cet inconvénient fort grave des aleoirs. De distance en distance, à l'entrée des tours, ils interrompaient soudain, ils coupaient brusquement ce chemin qui pouvait devenir dangereux, et jetaient, sur un fossé plus ou moins profond, des ponts de bois qu'ils enlevaient à volonté. Où l'ennemi croyait trouver du plein, il rencontrait le vide, et le château assiégé n'était pas perdu sans ressource. Vingt autres ruses avaient été imaginées par l'esprit inventif de
aleoirz monter I, p. 216, 217. (lirnaus de Hontauban, p. 327, v. 11 et suiv.) =' Alez aus murs les aleoirs garnir (Garins le Loherains, I, p. 160). Cf. le mot aleoir daat le Dictionnaire de F. Godefroy.