AVANT I.A BATAILLE (P
Tout les chevaliers se sont préparés à la bataille par le jeûne et la confession. Ils viennent d'entendre la fnesse et te donnent le baiser de paix. C'est alors qu'un évèqne passe devant Us rangs de toute l'armée, et qu'avec les autres clercs, il distribue la communion à tous les sjldals de l'oil... (Jcrutalem, éd. Hippeau, v. 2985- 2988 et 7191 el suiv.)
57ft Composition d'knouARn Ziir
core. Veut-on figurer un palais? On campe un petit fronton sur deux pauvres colonnes. Veut-on peindre un arbre? On dessine un bâton surmonté de cinq feuilles1. Les figures sont roides autant que l'ensemble est froid. Bref, on ne procède encore que par convention et par tradition. C'est du byzantin. Peinture très architectonique, mais qui n'est pas assez naturelle pour être véritablement vivante. Le xiu" siècle changera tout cela, et s'inspirera enfin de la nature. Villard de Honnecourt, le grand architecte du temps de saint Louis, ira jusqu'à réduire à des figures géométriques toutes les formes, toutes les attitudes, tous les mouvements de l'être humain. Les antiques figures byzantines s'animeront, se ploieront, respireront, marcheront. Vienne un Giotlo là-bas, derrière les Alpes, et l'art lui-même, le grand art se mettra en marche et vivra.
La sculpture ne tient que peu de place dans le château de notre baron, et nous n'y avons affaire qu'à la sculpture d'ornement. Voici les chapiteaux des colonnettes qui servent de retombées aux voûtes de notre chambre : ces chapiteaux sont surmontés d'un lourd abaque carré et composés d'un feuillage artificiel où l'on peut aisément reconnaître l'antique combinaison corinthienne, défigurée sans doute et mêlée de monstres, mais encore imposante et noble. La sculpture est un art essentiellement français et qui n'a point tardé à s'affranchir des imitations étran-
ou par le rehaut blanc. » (Dictionnaire d'Architecture, VII, 67, 68.) Et Viollet-le-Duc dit ailleurs au sujet des peintures des xr* et xu« siècles : « Chaque figure est une silhouette se détachant avec vigueur sur un fond clair, ou sur un fond sombre, et rehaussée seulement de traits qui indiquent les formes, les plis des draperies, les linéaments intérieurs. Le modelé n'est obtenu que par ces traits plus ou moins accentués, tous du même ton brun. n(lbid., p. 64.) A ces deux expositions deViollet-le-Ducje préfère encore celle de Mérimée, à l'occasion des célèbres peintures de Saint-Savin (qui sont du xi* siècle). Mérimée avait une qualité que ne possède pas toujours Viollet-le-Duc : le style. « Les couleurs, dit-il, ont été appliquées par larges teintes plates sans marquer les ombres, au point qu'il est impossible de déterminer de quel côté vient la lumière. Cependant, en général, les saillies sont indiquées en clair et les contours accusés par des teintes foncées : mais il semble que l'artiste n'ait eu en vue que d'obtenir ainsi une espèce de modelé de convention. Dans les draperies, tous les plis sont marqués par des traits sombres (brun rouge), quelle que soit la couleur de l'étoffe. Les saillies sont accusées par d'autres traits blancs assez mal fondus avec la teinte générale. Il n' y a nulle part d'ombres projetées, et, quant à la perspective aérienne ou même à la perspective linéaire, il est évident que les artistes de Saint-Savin ne s'en sont nullement préoccupés, t (Notice tur les peinture* de l'église de Saint-Savin.) Ces procédés n'ont pas été essentiellement changés au xu" siècle. Comparez une de ces peintures de Saint- Savin (xie s.) avec les peintures du xn« siècle dans la chapelle du Liget (Dictionnaire d'Architecture, VU, pp. 70, 71). = ' « Les accessoires sont traités comme des hiéroglyphes et
gères. Or c'est au xue siècle que ce glorieux affranchissement a eu lieu; c'est au xue siècle que les derniers liens du byzantinisme ont été vaillamment brisés. Nous n'avons pas ici à nous demander si ces vainqueurs de l'antique tradition étaient en réalité des laïques ou des moines : qu'il nous suffise de dire qu'on a singulièrement exagéré, à notre sens, le cléricalisme artistique du xue siècle, le laïcisme du xm". Je consens à ce qu'il y ait eu, avant 1100, cinq écoles principales de sculpture : la Rhénane, la Toulousaine, la Limousine, la Provençale et la Clunisienne; je consens à voir en cette dernière la plus originale, la plus « naturelle » et celle enfin qui porte en elle les meilleures espérances de l'avenir. La science, au reste, n'est pas encore faite ; l'Histoire de la sculpture en France est encore à écrire, et j'estime qu'il y a plus de subtilité que de rigueur dans cette enrégimentation de tous les sculpteurs du xne siècle en huit groupes différents, en huit écoles distinctes. L'école de la Provence est autant byzantine que galloromaine ; la Toulousaine, avec ses entrelacs et ses animaux affrontés, abandonne nettement l'art gallo-romain et ne s'inspire que de Byzance; Cluny ne subit ni l'influence gallo-romaine ni la byzantine, et s'inspire de l'art romano-grec, mais avec tant de virilité et de vigueur qu'à force d'audace dans l'imitation, elle arrive un jour à une véritable et féconde originalité; sur l'école de la Saintonge et du' Poitou agit l'influence normande et saxonne; les Vénitiens, qui importent chez nous tant d'objets d'art de Constantinople, de Damas et de l'Asie Mineure, ont, par ce commerce lucratif et artistique, influé sur l'école limousine; celle d'Auvergne reste indécise et subit l'action des écoles voisines; celle du Berry se partage entre la tradition de l'art byzantin et les souvenirs de l'art gallo-romain. Mais il est une huitième, une dernière école à laquelle appartient l'avenir : c'est la nôtre, c'est celle du domaine royal, de l'Ile-de-France ou, plutôt, de la France. Elle est éclectique, celle-là, et intelligemment éclectique. Elle mêle, elle combine entre eux tous ces éléments, gallo-romain, byzantin, normand; elle a une allure plus libre et des visées plus
la figure humaine seule se développe d'après sa forme réelle. Un palais est rendu par deus colonnes et un fronton; un arbre par une tige surmontée de quelques feuilles; un fleuve par un trait serpentant, etc. » (Viollet-le-Duc, Dictionnaire d'Architecture, VII, 64.)
audacieuses que les écoles « provinciales »; elle a surtout un sentiment plus délicat des proportions et de « l'échelle dans l'ornementation ». Enfin, pour lui décerner le plus grand de tous les éloges, Viollet-le-Duc, dont nous venons de résumer la doctrine, affirme que, dès la fin du xn" siècle, cette heureuse école était devenue laïque. Je n'y vois, pour ma part, aucun inconvénient ; mais toute cette classification me paraît quelque peu quintessenciée et obscure. Combien je préfère l'enseignement de notre vieux maître, Jules Quicherat, se contentant de nous dire que toute l'ornementation romane n'était autre chose que l'ornementation romaine oubliée et déformée, et nous faisant assister, en arrivant à l'histoire de l'art gothique, à cette révolution que nous avons déjà signalée plus haut. Jusqu'au xm" siècle l'ornement dérive universellement du feuillage artificiel de l'art antique; il est, depuis le xme siècle, emprunté à la flore naturelle de chacun des pays où il se développe. Ce ne sont alors que roses et lierres, feuilles de vigne et feuilles de chêne, et c'est ainsi que les admirables chapiteaux du palais des Doges à Venise reproduisent en pierre vivante toute la végétation du pays vénitien. Quant aux statuaires de France, qu'il ne faut pas confondre avec les sculpteurs ornemanistes, ils se forment tout seuls et coupent d'eux-mêmes toutes les cordes qui les attachaient encore à la tradition mal comprise d'un art antérieur. Ce n'est pas à des statuaires venus d'Orient, mais à des Français que l'on doit les sculptures de Vézelay, d'Autun, de Moissac. Tout est occidental'. Plus d'un siècle avant les peintres, ces vaillants artistes cherchent leur voie dans l'imitation de la nature : imitation encore indécise et maladroite, mais synthétique, intelligente et forte. Les statues de Chartres ont, dès 1140, plus de vie naturelle et d'animation vraie que beaucoup de tableaux (même italiens) du xiv* siècle. Et c'est ainsi que se noue en France la chaîne étonnante de ces sculpteurs qui commence par les pieux artistes de Chartres et se continue aujourd'hui par les Guillaume, les Mercié et les Paul Dubois.... en attendant les autres1. C'est vraiment notre art national.
* Yiollet-le-Duc , Dictionnaire cT Architecture, VIII, 108. = * Toute la page qui précède n'est qu'un résumé de l'excellent article « Sculpture » <jue M. Viollet-le-Duc a publié dans
Notre baron du xne siècle n'en sait pas si long, et il lui suffit d'admirer candidement les jolis chapiteaux de ses colonnes. Admirons-les avec lui, et arrêtons-nous devant celui qui représente la vieille fable d'Ésope, « le Loup et la Grue1 ».
Puis, faisons, d'un pas résolu, un voyage « autour de sa chambre ». Deux étapes sont tout indiquées : la cheminée et le lit. Allons du lit à la cheminée, et de la cheminée au lit. La route est variée, et le voyage est court.
La cheminée est énorme, et n'a rien de commun avec nos pauvres foyers étriqués où trois personnes peuvent à peine se chauffer. On l'a logée entre deux fenêtres, de telle sorte que notre baron peut, tout à la fois, se bien chauffer et regarder un peu ce qui se passe au dehors*. S'il est curieux et frileux (si ce n'est lui, ce sera sa femme), il peut, du même coup, se donner une double satisfaction, une double joie. Et n'est-ce donc rien que voir tomber la neige, quand on a les pieds bien chauds? Au manteau on a voulu donner la forme d'un arc, et ce manteau, finement sculpté, repose sur deux pieds-droits en forme de colonnettes. Mais, ce que notre cheminée offre de plus étonnant, c'est sa hotte conique, qui produit un effet si bizarre et aboutit à un tuyau cylindrique dont le demi-diamètre est en saillie sur le nu du mur extérieur et se termine par une mitre. Elle prête à la peinture, cette hotte, et l'on ne manquera pas, en effet, de la peindre à flor, comme les murs de notre chambre. Peut-être même y figurera-t-on quelque fabliau ou quelque scène de la Table-Ronde3.
Dans cette cheminée, dont les proportions iront toujours en
son Dictionnaire d'Architecture (\ 'III, p. Hl), combiné avec nos idées personnelles et avec le Cours encore inédit que professait à l'Ecole des Chartes notre maître Jules Quicherat. = ' Voy. un chapiteau de la cathédrale d'Autun (1 1 50-1 1 40) reproduit par Viollet-le-Duc en son Dictionnaire d'Architecture (t. V, p. 355). Comme spécimen très exact de la statuaire du xii" siècle, voir nos flg. 61-64. = * Cette disposition convient surtout aux chambres carrées ou rectangulaires, à murs droits. = 5 Voy. dans le Dictionnaire d'Architecture de Viollet-le-Duc, plusieurs cheminées-types du xu* siècle. « La première » se voit encore aujourd'hui dans le bâtiment de la Maîtrise dépendant de la cathédrale du Puy-en-Velay (III, p. 195, fig. 2. Cf. notre fig. 94). La seconde (ibid., p. 196, flg. 3) appartient au château
augmentant depuis le xue siècle jusqu'à la fin du moyen âge, on jette des troncs d'arbres entiers. Le bois ne manquait pas en cette France que l'on a si fatalement, si coupablement déboisée. On ne l'épargnait pas, et c'étaient de riches flambées. Pour allumer le feu, on n'employait alors que le mode très primitif du fusil, c'est-à-dire d'une petite pièce d'acier heurtée contre un caillou1. Rien n'était moins compliqué que l'appareil du foyer.
Pas de pelles, ni de pincettes avant le nv* siècle, et l'on se contentait de fourgonner la braise avec quelque barre de fer; mais de forts chenets étaient déjà nécessaires, et c'étaient ces « landiers » dont il est question dans le Charroi de Nîmes : on peut se les figurer très hauts et surmontés de petits réchauds*. Le soufflet, lui aussi, avait sa raison d'être, et nous en connaissons qui appartiennent aux premières années du xn* siècle*. De grossiers écrans en osier préser-
de Vauce, près Ebreuil (Allier). La troisième (ibid., p. 197, fig. 4) se trouve dans une maison < normande »,du xu" siècle, delà ville de Lincoln en Angleterre, dite « maison du juif ». Une dernière enfin, qui semble plus moderne (ibid., p. 199, fig. C), existe dans l'une des maisons de la ville de Cluny (rue d'Avril, n° 15). Mous avons, pour notre description, combiné ensemble les figures 3 et 6. En ce qui concerne la forme des tuyaux, voy. le Dictionnaire d'Architecture, IH, p. 209, fig. 14. = ' Prent son fusil, s'a le fu alumé. (Garins li Lo~ heraint, II, p. 251.) Esque et fuisil avoient apresté li borgois; — Le feu ont enbatu qu'il le voillent ardoir. (Aiol, v. 7896, 7897.) De son fusil ot le fu trait. — Li charbon sont bien enbrasé. (Durmart, v. 2140.) Citations de Scbultz. = * Quand Guillaume part à la conquête de Nimes, il ne manque pas d'emporter avec lui des livres d'église et des calices pour établir le culte chrétien dans le pays conquis : « Bien vos sai dire que porte li premiers : — Calices d'or et messauz et sautiers, — Chapes de paile et croiz et encensiers. — Quant il venront eniel' règne essilié, — Serviront luit Damedeu tôt premier. » (Charroi de Nimes, y. 766 et ss.) Mais ils n'oublient pas les objets nécessaires à la vie matérielle : « Bien vos sai dire que reporte li tierz, — Preozet pailes, chauderons el trepiez. — Et cros aguz, tenailles et landiers, — Quant il venront [enz] el' règne essilié, — Que bien en puissent alorner à mengier. (Ibid., v.776etss.) Viollet-le-Ducne nous donne pas de représentation de landiers qui soit antérieure au xiii« siècle (Dictionnaire du Mobilier, I, pp. 1 4o etl 48). = 3 Voy. la figure d'un souf-
l'ig. 9V Une cheminée du m* s. au Puy-en-Velay,
d'après un dessin de Viollet-Ie-Duc
(Dictionnaire S Architecture. III, p. I»5).
vaient le visage du baron contre l'excessive rudesse de la flamme, et, sur des tablettes en pierre, que l'on avait réservées à droite et à gauche de la cheminée, on plaçait quelque chandelle de cire ou de suif, grossièrement fichée en une" pointe de fer. S'il faut tout dire, on était mal éclairé.
Eh bien! ces foyers du xne siècle, si simples et presque sauvages, ont été, malgré tout, de joyeux foyers, chrétiens, français, charmants. On y a ri à belles dents; on y a été hospitalier, bon et pieux. J'oserais presque dire que c'est là qu'a été faite et fabriquée la grande race française. Pensez donc : tout le monde y était réuni1, oui, tous les représentants de cette jeune société, de celte société en voie de formation. Bien des brutalités, bien des superstitions, bien des ignorances : mais tant de foi, mais tant de bonne volonté, mais tant d'esprit vif et clair! Je veux bien que les plaisanteries n'y aient pas toujours été du meilleur goût : mais c'était si franc, et l'on s'en repentait si vite. Certaines de nos bégueuleries sont , peut-être , moins chastes que ces gauloiseries sans profondeur. Les femmes étaient là, qui filaient. Des hôtes, il y en avait toujours, auxquels on ne donnait point la dernière place, et qui racontaient leurs grandes et petites misères1. Les serviteurs n'étaient pas exclus de cette familiarité qu'un bon feu entretenait gaiement. On se serrait l'un contre l'autre, on se racontait des histoires, on allait peut-être jusqu'à chanter, assez bas cependant pour ne pas éveiller les petits qui dormaient dans leurs berceaux, près du lit conjugal, là-bas, tout là-bas, à l'autre bout de la vaste chambre : « Je vais vous raconter, dit l'un, l'histoire de la gourpille, ou si vous aimez mieux, de maître Renard, qui était un jour au bas d'un arbre et aurait bien voulu monter plus haut pour
flet des premières années du xii* siècle, empruntée à une sculpture de Vézelay (Viollet-le- Duc, Dictionnaire du Mobilier, II, p. 42, fig. 1 .)= ' Voy. Viollet-le-Duc, Dictionnaire d'Architecture, III, p. 199. =- Quant il orent ma[n]gié, el' palais sont antre. — Ami une chaminée s'asistrent lez à lez. (Parise la Duchesse, v. 1438, 1459.) En une cheminée ont le fu alumé; — Là s'asient François à un fournel privé. [Fierahras, v. 2211, 2212.) Etc., etc. Quand le bon sénéchal Gautier reçoit Aiol, qui est le fils de son ancien seigneur : Par amor l'a assis lès sa mollier. — A une ceminée de marbre chier — Joste un feu de carbon grant et plenier. (Aiol, v. 1128-1130.) C'est près de la cheminée qu'on buvait parfois le « vin du soir ». Guillaume dit à sœur, qu'il injurie : « Quant vos tenez la coupe coverclée — Delez le feu près de la cheminée, — Quant es rostie et très bien eschaufée,... — Petit vos chaut comment viegne la blée. » (Aliscans, v. 3020-3040.) Ce feu de la cheminée ne suffisant pas aux dames, on avait, dès le xn« siècle, imaginé le système des chaufferettes (Viollet-le-Duc,
happer les cerises. Il les voit, elles sont mûres, elles sont exquises; mais il n'en goûte pas... parce qu'il n'y peut monter1. — Et moi, dit l'autre qui porte une gonelle, je vais vous dire un beau miracle qui est arrivé dernièrement à un simple moine. Simples estait et simplement — Servoit Dieu et dévotement. Ah! ce n'était pas un saint Anselme, par exemple, et il ne savait que peu de prières et peu de latin. Mais il aimait tant la Vierge Marie, mais il la priait de si bon cœur à nus genoux! Il imagina, en sa naïveté, de chanter en son honneur cinq psaumes et cantiques dont les premières lettres formaient le nom de la mère de Dieu : ce fut toute sa science. Or un jour il mourut, et l'on trouva plus tard, dans cette bouche qui ne pouvait plus chanter, cinq fraîches roses, cleres, vermoilles et follues.- C'étaient ses cinq psaumes qui fleurissaient et montaient, après sa mort, depuis son cœur jusqu'à ses lèvres. Oh! le grand, le beau miracle*! — C'est là une histoire de clerc, s'écrie un troisième : je préfère, moi, quelque chose de plus laïque, et m'en vais vous chanter une chanson d'amour. Écoutez : si vous ne dormez pas encore. Et si vous dormez, réveillez-vous.
Belle Doelte, assise à sa fenêtre, Lit en un livre, des yeux, mais non du cœur; De son ami Doon lui ressouvient Qui est allé tournoier en aulre terre.
« Or en ai deuil. »
Belle Boette demande à un écuyer:
« Où est mon seigneur, que je dois tant aimer? « — Au nom de Dieu, dame, je ne veux pas vous le celer. « Mon seigneur est mort, il est mort à la joute. « Or en ai deuil. •
Dictionnaire du Mobilier, II, p. 65, fig. 2). = * De la gourpille voz doit bien ramembrer, — Qui siet soz l'aubre et weult amont haper, — Voit les celises et le fruit meùrer. — Elle n'en gouste qu'ele n'i puel monter. {Amit et Amiles, v. 571-574.) = * Un bel miracle, moult aoine, — Conter vus voel d'un simple moine. — Simples estoit et simplement
— Servoit Dieu et dévotement. — N'ert pas tex clers com sains Ansiaumes. — La Misercle et ses set siaumes, — Et ce c'apris avoit d'enfanche, — Disoit par moult bone creanche.
— Selonc sa simple entencion. — Servoit, par grant dévotion, — La Mère Deu que moult
amoit. — A nus genous la reclamoit — Tout en plorant par maintes fois — Chine
letres prist, c'est M. A. R. I. A. — Tant ot de sens qu'il sut ben mètre — Un siaume à
Belle Doetle commence à mener son grand deuil : « Ah! pourquoi être allé là-bas, comte Doon, si franc et si noble? « Je vais, pour votre amour, vêtir la haire... a Pour vous deviendrai nonne en l'église Saint-Pol. « Or en ai deuil. »
Belle Doette construit une abbaye Qui est bien grande et le deviendra bien plus encore : Car elle y attire tous ceux et loutes celles Qui souffrent mal et peines d'amour.
« Or en ai deuil*. »
Voilà ce que l'on raconte, voilà ce que l'on chante autour de la cheminée de notre baron. Et j'en aurai suffisamment fait l'éloge en constatant qu'on ne s'y est jamais, une seule fois, ennuyé. C'est chose rare.
Poursuivons notre voyage.
Depuis la cheminée jusqu'au lit, nous n'aurons guère à rencontrer sur notre chemin que des chaières, des fauteuils ou des bancs; mais il y en a, vraiment, de toutes les formes. Ce n'est pas, toutefois, qu'on en sente autant le besoin que de nos jours, et l'on s'assied volontiers par terre. Les dames, elles-mêmes, y
cascune letre. — N'i quist autre filosofie... — De ces chine siaumes sont li non : — Magnificat, Ad Dominum, — Rétribue servo tuo ; — La quarte est In convertendo, — Ad televavi le chieunquisme... — Et quant Dieu plot que sa fin vint, — Moult biaus miracles en avint : — Car trouvées lurent encloses — En sa bouche chine fresches roses, — Cleres, vermelles et follues... — Ches miracles bien nous esclaire — C'amiable est et debonaire
— La douche mère au Roi de glore. (Pièce attribuée à Gautier de Coincy, H77-1236: Bibl. de l'Arsenal, anc. B. L. F. 289.). = ' Voy. le texte original et complet de cette belle chanson du xu' siècle (?) dans le Romancero français de P. Paris, pp. 46-48 (d'après le ms. de la Bibl. Nat., anc. S. G. 1989): « Bêle Doette, as fenestres séant, — Lit en un livre, mais au cuer ne l'entent; — De son ami Doon li ressouviant — Qu'en autre terre est allé tournoiant : — Or en ai dol. * Uns escuiers as degrés de la sale — E^t dessendus, si destrosse sa maie. — « Bêle Doette les degrés en avale. — Ne cuide pas oïr novele maie. — Or en ai dol. * Bêle Doette tantost li demanda : — « Où est mes sires que ne vi tel pieça? » — Cil ot tel duel que de pitié plora. — Bêle Doette maintenant se pasma
— Or en ai dol. *Bele Doette s'est en estant drecie : — Voit l'escuier, vers lui s'est adrecie
— En son cuer est dolante et correcie — Por son seignor dont elle ne voit mie. — Or en ai dol. * Bêle Doette li prist à demander : — « Où est mes sires que je doi tant aimer? »
— « En non Deu, dame, ne 1' vous quier mais celer. — Mors est mes sires, ocis fu au jos « ter. — Or en ai dol. » * Bêle Doette a pris son duelà faire : — « Tant mar i fustes, quens
sont habituées dès l'enfance : elles apportent leurs couettes à l'église, pour tempérer la fraîcheur des dalles, et c'est sans doute à leur intention que le carreau de notre chambre est couvert de riches tapis, d'épais coussins, de beaux draps neufs d'or et de soie. Les chevaliers, à la rigueur, s'asseoient sur les carreaux ou sur les dalles. Cet usage a duré longtemps', malgré son caractère quelque peu primitif et oriental, et nous en trouvons encore la constatation naïve en des poèmes de la seconde moitié du xui' siècle. Mais, enfin, et si bien que l'on soit par terre, cet accroupissement ne pouvait convenir toujours à une race vraiment civilisée et virile. C'est un joli spectacle, sans doute, que ces chevaliers et ces dames aux brillants costumes, éparpillés dans une chambre peinte , sur des étoffes d'Orient aux tons vifs. Mais ce n'est que joli. À cet aimable décor notre baron préfère ces bancs solides et commodes, qu'il a fait appliquer le long de ses murs, bancs mobiles, et qu'il prend soin de revêtir de courtepointes et de coussins*. D'autres bancs, appelés « formes -», sont munis de dossiers et divisés par stalles. Ils sont massifs, ils sont intransportables, et leur charpente disparait également sous des sacs d'étoffe rembourrés de laine ou de plume, sous des couvertures piquées et doublées'. Nous nous apitoyons trop
« Do, fratis, débonnaire. — Por vostre amor vesterai-je la haire, — Ne sor mon cor n'aura « pelice taire. — Or en ai dol. — Por vos devenrai noue en l'église Saint Pol. » * « Por vos « ferai une tele abbaïe, — Quant c'est le jors que la feste ert nomeie, — Se nus i vient « qui ait s'amor fausseie, — Jà de 1' mostier n'en avéra l'entreie. — Or en ai dol. — « Por vos devenrai none en l'église Saint Pol. * Bêle Doetle prist s'abbaïe à faire — Qui « moult est grande et adès sera maire. — Toz cels et celés vodra dedans atraire — « Qui por amor sevent peine et mal traire. — Or en ai dol. — Por vos devenrai none en « l'église Saint Pol. » = ' Sor les tapis s'asiéent qui sont à or batu. (Aye d'Avignon, v. 5742.) Un coûte pourpointe lor a l'en aportée. — Par dessus la mentastre l'ont esparse et gelée. — Là s'assist la pucele. (Gui de Nanteuil, v. 530 et ss.) Cil clievalier s'asiéent sor les jons, — Sor les tapis, entor et environ. (Gaydon. v. 595, 396.) Lès les dames s'asiéent... — Sor dras d'or et de soie qui n'estoient pas vies (Iluevcs de Commarchis, y. 3663.) En la chimbre s'asiéent tout troi seur les tapis. (Berte aux grans pies. , éd. Scheler, v. 1801.) A défaut de tapis, les hommes s'asseyaient par terre : « Li cuens Amiles et Amis au vis fier. — Voient le Roi, encontre sont drescié; — Puis se rassiéent sor le pavement chier. » (Amis et Amiles, v. 270-272.) Etc., etc. = * Voy. Viollet-le-Duc, Dictionnaire du Mobilier, I, 33-35. L'auteur de cet excellent répertoire nous fournit deux exemples de bancs d'après la tapisserie de Baveux (qui appartient aux dernières années du xr3 siècle). Ces banc3 étaient quelquefois fort riches, comme l'attestent ces vers de ia Prise d'Orange: « Dejoste lui les assist sor un banc — Qu'ierl entailliez à or et à argent (v. 673, 674). Au nu* siècle ils ont souvent l'aspect d'un coffre orné d'arcatures. Ce qui les distingue des formes, c'est qu'ils sont toujours transportables, mobiles. = s Voy. une forme— type du
aisément sur la rudesse de ces meubles du moyen âge que nous trouvons durs à l'excès, et où nous nous persuadons que l'on était fort mal assis. Il conviendrait pourtant de se dire que nos pères n'étaient peut-être pas aussi peu inventifs que nous
semblons le prétendre, et qu'ils savaient, avec leurs couettes et leurs traversins, corriger quelque peu cette à prêté de leurs sièges'. Tous les seigneurs ne se donnaient pas le luxe d'un faldestueil; mais, dansun grand nombre de châteaux, il y en avait, en bois ou en métal plus ou moins doré, qui ressemblaient à peu près à des trônes et étaient réservés au chef de la famille1.
On y était juché, et les pieds pendants cherchaient un escabeau. Les chaises étaient elles-mêmes recouvertes de tapisseries ou de coussins, et l'on peut se convaincre qu'elles étaient quelque peu semblables à celle qui est figurée sur le portail de l'église Saint-Lazare, à Avallon 5. On les perfectionnera au xme siècle, et elles subiront, dès lors, les lois du style architectural qui sera à la mode et changera plus d'une fois. Ajoutons
m" siècle d'après le célèbre manuscrit d'Herrade de Landsberg (Viollet-Ie-Duc, Dictionnaire du Mobilier, I, 116). Le dessinateur, par malheur, a « interprété » ce meuble et l'on peut craindre qu'il l'ait embelli. Voy. notre figure 95. = ' Sièges orent et coules et bons tapis ovrés. {Aiol, v. 7081.) Etc., etc. Cf. Viollet-le-Duc, Dictionnaire du Mobilier, I, p. 84. = 2 Voy. la figure de notre p. 245, qui nous offre le type du « trône » en métal. Quand le duc Beuves d'Aigremont s'apprête à recevoir selonnellement l'ambassadeur de Charlemagne : « Se sist el' faudestueil qui à fin or resplent. » (Renaus de Montauban, p. 15, v. 11.) Les Rois et les Empereurs n'ont pas d'autre siège. Quand Charles tint son conseil : « Desuz un pin, delez un eglentier, — Un faldestoel i out, fait tut d'or mier. » (Roland, v. 114, 115.) Quand il assiste à un combat judiciaire, « nostre empereres descent desoz un pin ; — On li aporte un faudestuef d'or fin. (Amis et Amiles, y. 1585, 1586.) Etc., etc. Voy., dans notre figure 96 un fauteuil-type d'après le manuscrit d'Herrade de Landsberg. Cf. Schultz, 1. 1., I, p. 08, note 2. =' Au linteau de la porte de droite. (Viollet-le-Duc,
Fig. 95. Une forme-type du xir* siècle, d'après !e manuscrit
de l' Bonus deliciarum d'Herrade de Landsberg, brûlé à Strasbourg en 1870
Figure empruntée, comme les similaires,
à l'ouvrage d'Engelhardt : Uerrad von Landsperg.
ici que lorsque les inférieurs parlaient à leur maître, et quand celui-ci leur donnait la permission de s'asseoir en sa présence, ils prenaient humblement un escabeau, et s'asseyaient plus bas que leur supérieur. L'escabeau était le signe de l'infériorité et de la dépendance. On préférait
s'asseoir sur les tapis ou sur le pavé1. Pour les causeries familières et intimes, entre époux et femmes, entre fiancés, entreamis, on se passait d'escabeaux et de chaises et, comme les lits étaient fort bas, on s'asseyait sur le bord des lits*. Que d'heures charmantes, que de délicieux entretiens ! Et pourquoi faut-il qu'aucun homme d'esprit n'ait alors songé à nous transmettre ces bons et joyeux propos?
Le lit est de grand style, il est immense. Placé en face de la vaste cheminée, il semble d'autant plus monumental qu'il est entouré de courtines suspendues à des traverses'. Une petite chambre au milieu d'une grande. Nos pères aimaient à dormir la tête haute, presque assis. Or, comme leur lit était debout, et comme le chevet en était placé contre la muraille, ils pouvaient
Fig. M. Un faldcsluetl du xn* siècle muni de ton escabeau,
d'après le manuscrit de VUortut dcUciarum
d'Hei rade de Landsberg
Dictionnaire du Mobilier, I, p. 44). = f D'après le Ralional de Guillaume Durand, le fauteuil désigne le pouvoir spirituel, et l'escabeau le temporel (Viollet-le-Duc, 1. 1., I, p. \\\). Yoir deux types d'escabeaux du du in* siècle dans notre fig. 96 et dans celle de la page 245. = * Hirabiaus la pucele et Gerelmes li ber — S'asisent ambedui sor un lit lés à lés. — Li quatre fil Gerelme devant lui à 1' costé, — Esmeraude 1' ostesse et Aiols li sénés — Si sisent d'autre part desor un lit paré. — D'unes coses et d'autres commencent à parler. [Aiol, ▼. 7099-7104.) Li Priox l'a mené d'une part la maison; — En un lit sont assis qui 'st dejoste un leson. (Godefroi de Bouillon, v. 2978, 2979.) Tuit trois se sont assis en un lit cordeîs. (Renaut de Monlauban,p. 159, v. 2.) Etc , etc. Cette coutume s'est perpétuée jusqu'à nos jours en certaines provinces, et particulièrement en Bretagne. = ' Li lis fu aprestés tôt la fretche cortine. (Godefroi de Bouillon, v. 623.) Cf. Viollet-le-Duc, Dictionnaire du Mobillier, l, pp. ISS, 161 et surtout 272, où nous trouvons plusieurs lits-types du xii* siècle, d'après le célèbre manuscrit d'Herrade de Landsberg. Yoy. nos deux fig. 97 et 98.
aisément, la tête doucement posée sur leur oreiller, voir les tisons de leur foyer qui s'éteignaient petit à petit et lançaient en crépitant leurs dernières étincelles. Les époux partageaient toujours le
même lit, et l'idée d'une séparation ne leur serait même pas venue à l'esprit. Il ne faut pas, au reste, s'étonner si le lit était alors l'objet d'une attention toute particulière. C'était le meuble préféré, et rien ne paraissait trop beau pour en faire à la fois un objet d'art et de confort. On se procurait le con-
fort en suspendant toute la literie sur des cordes, que l'on peut assimiler à nos sangles, et c'était, je pense, ce qu'on appelait alors un lit cordeis1. On multipliait encore à cet effet les « lits de plume », les couettes*, et on les multipliait tellement qu'on arrivait par là à produire le même effet qu'en recourant aux
flg. »$. du second type de lit au lu* siècle, d'après le manuscrit de VUorlm itltcianm d'Herrade de Landsberg.
plus violents sudorifiques. Quant au luxe , il était presque excessif. Les quenouilles du lit étaient dorées, et les trouvères vont jusqu'à dire, en leur excès de langage, qu'elles étaient d'or1. Règle générale, quand les poètes disent « d'or », lisez « doré ». Le châlit était sculpté, doré, incrusté d'ivoire et de métal, orné de verroteries ou de pierres fines*. Durant le jour, une riche couverture était jetée sur les draps de soie ou de lin et laissait
1 En un lit cordeU colça Karlon soef. (Renaus de Monlauban, p. 329, v. 54.) En un lit cordeït l'ont colchié mult soef. (Ibid., p. 296, v. 19.) Tuit trois se sont assis en un lit cordeis. (Ibid., p. 159, t. 2.) Fr. Godefroy, qui, en sou Dictionnaire de l'ancienne langue française, ne cite pas les textes précédents, en cite quatre autres empruntés au Siège de Barbaslre (Bibl. Nat., fr. 24569, P 155, V; Gaydon (v. 5162 et 10652) et Ogier (v. 8907.) * Un tref cordeU est une tente assujettie par des cordes (Gaydon, v. 10532; Gaufrey, y. 1345, etc.). Je dois ajouter toutefois qu'en ce qui concerne le lit, je ne suis point assuré du sens que je propose. = * Le lit de Chariot, dans Ogier (1. 1., v. 8910), n'en a pas moins de quatre. =sJut en son lit dont d'or sont li pecol. (Amis et Amilcs,\. 857.) Etc. = * Li cuens dormoit en un lit à or mier. (Auberi, éd. Tobler, p. 130, v. 17.) En un lit
voir les galons dorés des couettes avec les oreillers qui coûtaient cinquante marcs '. Cette couverture était elle-même de soie, ou de drap d'or, ou d'hermine, ou de martre, ou de bouquerant frangé d'or1. C'était brillant, c'était superbe. Je me refuse à croire qu'on ait été plus loin, et c'est sans doute affaire de romancier que ce prétendu « lit à musique » dont il est question dans un de nos vieux romans. On n'avait qu'à le toucher du doigt, et avant qu'on fût éloigné de trente pieds, le lit se mettait à sonner « menuement soef », et il n'y avait pas de jongleur, il n'y avait pas d'oiseau qui pût lutter avec lui. L'auteur à'Élie de Saint- Gilles attribue cette merveille à la ningromance et à la magie5. Nous avons à Genève des boîtes à musique qui arrivent au même résultat; mais je ne sache pas qu'on ait encore eu la pensée d'appliquer ce système à nos lits. L'excès en tout est un défaut.
Ce lit rappelle à notre chevalier plus d'un noble, plus d'un touchant souvenir. Le soir de ses noces (il y a longtemps déjà), le prêtre est venu solennellement bénir ce lit, ce même lit nuptial. Il en a fait le tour4 et, comme nous l'avons vu plus haut, l'a bénit selon le rite liturgique, avec de belles prières latines qu'il a bien voulu, plus tard, traduire à l'usage de notre baron. Sa femme et lui étaient là, silencieux et graves. Oh! comme ils s'en souviennent ! Un jongleur leur a, certain soir, raconté qu'un ange était apparu à la grand'mère de Godefroi de Bouillon durant la
le coucha dont d'or est l'espondele. (Elie de Saint-Gilles. Vespondcle, c'est le châlit.) Li cuens Amiles jut la nuit en la sale — En un grant lit à cristal et à saffres. (Amis et Amiles, v. 646, 647.) Là troverés trois lis de cristal tresjetés. (Elie de Saint-Gilles, v. 1634 ) Un [lit] i ot d'ivoyre. (Ogier. v. 8909.) Etc., etc. = * Plus de cinquante mars valent li oreillier. (Doon de Maicnce, v. 5737.) = s Li covertor de soie furent de gris forré. (Renaus de Montauban, p. 166, v. 7.) N'i ot couverloir vai<-, ne drap dor, ne sami, etc. (Bueves de Commarchis, v. 1011.) De riche couverture de vert dedens fourré. (Doon de Maience, v. 1866.) Li covertors d'un ermin engolé. (Ogier, v. 8918.) Li lis fu aprestés... — Et ot par dedesore un covertor termine. (Godefroi de Bouillon, v. 623, 624.) Quand Belissent entre au lit d'Amile, elle dit : « Coucherai moi desoz les piauls de martre. » (Amis et Amiles, v. 658 et 670.) Un riche lit... — Couvert iert par dessus d'un riche bouguerant — Dont les frenges à or vont à terre couchant. (Doon de Maience, v. 5620- 5622.) Etc., etc.= 5 « Et le mien lit demaine moût bien connisterés... — Par art de nikgromancb sont li limon fondé... — Si i a mille cloketes qui pendent d'or fin cler; — Touchiés i de vo doit un petitet assés : — Amis, en tant de terme con uns lions peut aler, — Mais qu'il soit auques Ions trente pies mesurés, — Vous sonera li lis menuement soef; — i\e harpe, ne viele, ne rote, ne jougler, — Ne nus oiseus qui soit, tant sache de chanter, — Plus volontiers n'orois. (Elie de Saint-Gilles, v. 1661-1677.) = * Voy. les textes
, ti . ' — •
première nuit de ses noces, que cet envoyé de Dieu portait en main un encensoir d'argent et qu'il avait pieusement encensé le lit conjugal1. Cette histoire, que nous avons déjà mentionnée en passant, les a profondément ravis, et ils estiment qu'ils doivent s'efforcer de mériter cet encensement surnaturel dont la seule pensée les rend meilleurs. Tout près de leur lit est un berceau qui les entretient en ces idées : un enfant y rit, et, rien qu'à le voir, ils rient aussi. Mais de tristes souvenirs, hélas! sont également attachés à ce lit de notre baron : c'est là qu'est mort son père. 11 était encore jeune, et avait été blessé en bataille. On l'avait, tant bien que mal, transporté sur cette couverture qu'il teignait de son sang. Il vécut encore trois jours, plein d'entendement et de foi : « Je veux, disait-il, que « vous me revêtiez de l'habit des moines blancs; je veux mourir « sous leur froc; je veux mourir en moine. » On lui revêtit, en effet, la robe et le scapulaire des Cistreciens', et rien n'était beau comme ce soldat qui mourait sous le costume monastique. « Il se fist bien confès, prist corpus Domini*. » Puis il dit adieu à son petit Anseïs, qui était là et ne comprenait pas : « Ah! si j'avais « vécu, quel chevalier j'aurais fait de toi! » Il donna un souvenir à son cheval Fleuri, qu'il aimait tant, et qui avait été son compagnon en tant de combats. Mais il s'arrêta longtemps à la pensée de sa femme, de cette Clarisse qu'on appelait la belle au gent cors: c Vous ne me verrez plus, amie, que Dieu vous voie! » Là-dessus il se pâma; mais quand il revint à lui, il ne pensa plus qu'à Dieu et à sainte Marie, la royne genitris. « S'il y a quelcités pp. 441-442. = « Li angles a le lit de la chambre encensée... — Et li angles tenoit on encensier d'argent — Et une crois vermeille devant lui en présent. (Le Chevalier au Cygne, v. 4179, 4181, 4182). = * « On sait combien était fréquent l'usage de revêtir l'habit monastique au moment de la mort. Sainte-Palayc a recueilli à cet égard divers témoignages dans ses Mémoire» sur t ancienne Chevalerie » (note 12 de la 5' partie, éd. Nodier, I, pp. 385, 386). La note qui précède est de M. Paul Neyer en sa traduction de Girart de Routsillon, p. 98, § 175. C'est ainsi que mourut en 1060 Geoffroi Martel, comte d'Anjou : « Nocte siquidera illa quae prœcessit diem finis ejus, deponens omnem curam militiae rerumque saecularium, monauius factus est in monasterio Sancti Nicholai. (Fragm. hist. Andeg., auctore Fulcone, comité Andegavensi, Historiens de France, XI, p. 138.) C'est ainsi, suivant Guillaume de Malmesbury, que mourut en 1108 Philippe I", lequel fut enterré à l'abbaye de Fleuri. Quand, dans Girart de Roussillon, Odilon va mourir sur le champ de bataille de Vaubeton, « il prie qu'on lui donne l'ordre de Saint-Benoit. » (Trad. P. Meyer, p. 95, § 175). Et, plus loin, il s'écrie : a Je désire l'ordre de Saint-Benoit et de Saint-Basile. » Cf. p. 99, § 177. = s Renaus de Monlauban, p. 574, v. C, etc., etc.
« qu'un de vous qui ait des griefs contre moi, je lui demande « pardon au nom de Dieu. » Et enfin : « Défendez-moi, Seigneur, « défendez-moi contre le félon ennemi1. » Ce furent ses dernières paroles. Les yeux lui tournèrent dans la tête, il devint soudainement blême, ses veines ne battirent plus1, et un léger soupir, le dernier, s'échappa de sa lèvre blanche. On le veilla durant toute la nuit. Ses voisins étaient venus des châteaux environnants et s'assirent en silence sur des tapis auprès du lit funèbre. On avait disposé des encensiers tout autour; on avait multiplié les cierges*. Le lendemain, on l'enterra; mais tous ceux qui assistaient à ces funérailles étaient pleins d'espoir : « Par Dieu, barons, disait un « vieux chevalier qui était son cousin, laissez le deuil, puisque « notre ami est mort absous et communié*. » Et tous répondirent en chœur : « L'âme s'en est allée. Que Dieu la console et « la reçoive en sa joie5. »
Un lit, comme vous le voyez, évoque de graves pensées et d'austères images.
Le reste de notre voyage ne saurait présenter un aussi poi-
1 Li roys Gerbers de pasmison revint; — Son fil regrete, le petit Anseys : — « Com per- « drés hui de çou ke sui ochis! — Se je vesquisse, com fuissiés de grant pris! — Or vous soit « pères li Rois de Paradis. — Ne m'en cauroit,se vous aviés Flouri, — Mon boin cheval keje « amoie si, — Dont tant estour perilleus ai fourni. — Clarisse biele, au gens cors esk[l]arci, — « Hui perdrés vous vostre carnel ami. — Ne me verres jamais à nés un di. — Jhesu vous voie, « li Roys ki ne menti ». — Dont se repasme... — Gerbers revint: vers Dieu ses mains tendi: « Glorieus sire, aiiés de moi merchi, — Que ne perdes m'ame, je vous en pri. — Sainte « Marie, royne genitrix, — Aidiés moi, dame, parle vostre merchi : — Car en proies le Roy « ki ne menti... — Qu'il me deffende deP félon anemi — Ke n'ait puissance sur m'ame ne « sur mi ». (Les Loherains, Ribl. nat., fr. 4988, f° 167.) Por Deu, franc compaignon, de tant sui effreés, — S'il i a nus de vos qui vers moi soit iriés, — Por Deu li voil proier que le me pardonés. » (Les Chetijs, éd. Hippeau, p. 252), etc., etc. = 2 « Les iex li vit en la teste torner, — Et la coulour et changer et muer : — Ne santi vaine batre. » (Mort d'Aimeri, de Narbonne, Bibl. Nat., fr. 24,369, anc. Lavall. 25, f° 8, V.) =3 La nuit le yaitent trestuit li chevalier — Jusqu'au demain que il dut esclairier. (Girbers de Melz, 1. 1., f° 292.) Dans une autre épisode des Loherains, un mort est ainsi « veillé par des chevaliers assis tout autour sur des lapis. » (Bibl. Nat., fr. 4988, f° 168.) 11 iert à nuit à chandoiles gailiés — Et, le matin, l'enfuirons eP mostier. (Garins li Loherains, II, 243.) La nuit i ont veillié Flamenc et Borgignon. — Trente cierges ardans espandent environ, — De si à lendemain qu'enterrier le deut on. (Antioche, I, p. 140.) Etc., etc. D'autres textes attestent la présence des « encensiers ». = * Girard de Roussillon regrette son père, et Fouque le console : « Par Dieu, Girart, laissez le deuil, puisque le Duc est absous et communié. » (Girart de Roussillon, trad. P. Meyer, § 152, p. 87.) Etc., etc. = 5 <t L'arme s'en
gnant, un aussi vif intérêt. Voici la gigantesque armoire1, peinte en vermillon, avec des fleurons et des ornements blancs, noirs et rouges. Si vous ouvrez ce gros meuble , vous y trouverez des cierges*, des armes1, des vêtements, que sais-je? Plus loin, voilà un bahut4, bas, lourd, imposant, bien fermé à deux ou trois serrures, et renfermant des banaps et des nefs. Plus gracieux cent fois sont ces petits coffrets, là-bas, en cuir gaufré et doré. Il en vient de Constantinople5. Que contiennent-ils?
Les joyaux de la dame, l'argent du baron. Eh quoi! Rien autre chose? Si vraiment, et j'aperçois au fond de l'un d'eux de longues tresses blondes, soigneusement enveloppées. Quand notre chevalier partit en Allemagne, il était fiancé à celle qui est aujourd'hui sa
femiTlP F.llf» mil 11.1 SPS hf.lllY rllPVPllY "!•••■ "■ bahut (diprè» le manuscrit du Dri-
It.IIIMIC. LUC UUUJJU SCS ULdUA UULVLUA tiso)luseurn. Ilil,l. duRoi,«D Vil. commenre-
. 1 1 " J » «l •• ment du xiï* siècle). — Reproduction d'une
et les lui donna a emporter : les voici, gravure du h.™ de n. . wngui. a m^^.f
. domesttc manncri and sentiments in England du-
Mais quelle est cette sorte de pupitre? ri*,uuuMuagtnum4i*.im) c C'est, nous répond le chapelain, un scnptionalc , et voilà les tablettes de cire dont se servent tous les jours ma dame et ses filles1. » — o Mais, je vous prie, ajoute-t-il, portez votre regard au-dessus des choses profanes, et veuillez faire halte devant cette Vierge d'ivoire qui s'ouvre et se ferme à volonté' et dont l'intérieur représente le Crucifiement, la Résurrection et l'Ascen-
est alée, Dex li face solais. » (LeiChelift, éd. Hippeau, p. 225.) Etc., etc. — * On peut considérer comme type de ces armoires celle que Viollet-le Duc a dessinée d'après une pièce appartenant à la cathédrale de Ilayeux (Dictionnaire du Mobilier, I, 7). Elle est des premières années du xiu* siècle. = * Puis garde en une aumeire par dessous un solier; ■ — De torches et de clùerges i ot plus d'un millier. (Gaufrey, v. 5551, 5555.) = 5 II a pris un costel errant en son aumaire. (Renaut de Montauban, p. 559, v. 36.) = * Les chevaliers emportaient de ces bahuts dans leurs expéditions lointaines. Le type qu'en donne Violletle-Duc (Dictionnaire du Mobilier, I, 24) appartient aux dernières années du xii" siècle. = » Voy. dans le Dictionnaire du Mobilier (l, 79), un coffret-type de la cathédrale de Sens, qui est du xu* siècle. = 6 Le châtelain deCoucy avait ainsi enfermé les tresses de sa dame, « ces tresches qui sambloient d'or ». (Histoire du chastelain de Couci et de la dame de Fayel, éd. Crapelet, 1829, v. 7607, etc.) = ' Ces lablcttes-ci retenés; — Aucune chose i trou- Terés. (Même roman, I. I., cité par Viollet-le-Duc, eu son Dictionnaire du Mobilier, II, 155.) Le même archéologue donne, d'après une sculpture de Vézelay, le type d'un scriptionale , au iie siècle (Ibid., I, 239). = * Quoique Viollet-le-Duc n'ait pu nous fournir qu'un type du nu* siècle, les Vierges ovrant et chant existaient dès le siècle précédent. Ces images
sion de Notre Seigneur. Est-il rien de plus ingénieux et de plus ressemblant? Certes, j'honore infiniment la femme de mon seigneur; mais combien je préfère cette image de Notre Dame à cette « enseigne enluminée » où l'on prétend qu'on a voulu « peinturer » la forme et les traits de notre seigneuresse et châtelaine1. Et maintenant prenez dévotement entre vos mains ce petit reliquaire en forme de châsse* : prenez, et baisez-le. Notre baron le portait sur lui à la dernière guerre, et s'en est bien trouvé. Il est, pour ainsi parler, le gardien de cette chambre et de tout le château. Pensez donc : il contient une parcelle du manteau de saint Martin, une dent de saint Pierre, des cheveux de monseigneur saint Denis. Ce sont les trois patrons de notre pays, et l'on m'a dit que saint Martin était le défenseur particulier de la race de Clovis ; saint Pierre de celle de Charlemagne ; saint Denis de celle de Hugues, surnommé Capet3. Faites donc une prière à ces trois soldats de Dieu, et baisez encore une fois leurs restes glorieux. »
Notre voyage est achevé, et il ne nous reste plus qu'à jeter, du seuil de la porte, un regard d'ensemble, un dernier regard sur la chambre que nous venons de décrire. Le coloris général en est vraiment harmonieux, et nous avons déjà parlé de la sobre peinture des voûtes, comme aussi de ce beau carrelage émaillé qui n'a vraiment que le défaut de s'écailler trop aisément*. On craint de marcher sur un si délicat, sur un si fragile
s'accrochaient (Dictionnaire du Mobilier, I, 151). = » Aude donne une de ces « enseignes » à Lambert qui va demander la paix à l'Empereur: « A un escrin en est la bêle alée; — Si en a fors une anseignegetée... — De colors fut plusors enlumenée. — De la bêle Aude la pucele senée — I fu la forme richemant pointurée. » (Girars de Viane, p. 100.) =s V'oy. Viollet-le-Duc (Dictionnaire du Mobilier, I, 215.) Pour les xi-xii* siècles, le type de ces petits reliquaires en forme de châsses est celui de Conques, dont on trouvera la représentation dans l'ouvrage précité, 1. 1. Dès le xu* siècle il existe des reliquaires portatifs, d'une forme analogue, et qui sont faits « pour être portés sur les vêtements ». Viollet-le-Duc en a reproduit un curieux exemple d'après une pièce appartenant à la cathédrale de Sens (Dictionnaire du Mobilier, I, 252). C'est au commencement du siècle suivant qu'on trouve peut-être les plus anciens spécimens de ces autres reliquaires, en cuivre émaillé, qui sont de fabrication limousine (lbid., I, 42) ; mais c'est seulement vers le milieu de ce même siècle que l'on a pu (jusqu'à ce jour du moins) constater la présence, dans les châteaux et maisons, de ces reliquaires de famille à petits tiroirs étiquetés « De la pierre sur coi S. Pierre ot la leste copée, etc., etc. (lbid., I, p. 228 et surtout 250.) = 3 J. Quicherat avait coutume de dire : « Le grand saint de la première race, c'est saint Martin; de la se- (( conde, c'est saint Pierre; de la troisième, c'est saint Denis. » = * Voy. le carrelage de Saint-I'ierre-sur-Divc que nous prenons ici pour type (Viollet-le-Duc, Dictionnaire a" Archiltc-
la vie domestiqué: DU CHEVALIER.
émail , et il faudra bienlôt songer à le remplacer. Ces jol reaux, c'est bon pour les endroits où l'on ne marche pas, et notr,
is care
chevalier est décidé à les remplacer par de fortes dalles en pierre
'""' "> P- 2liy/- La fabrication de ces sortes de carreaux, dit l'éiuiuent archéologue exi v onq travaux successifs : l' le moulage de la brique; 2' une première « couverte »' d'une
blanche, incrustées de noir'. C'est le système qu'il a déjà adopté pour sa grand'salle; et encore s'est-il résolu à couvrir ces dalles d'épais tapis saracenois bien veloutés. On en fabrique en France, et c'est en France qu'il achète les siens. Ces tapis nous amènent fort naturellement à parler des tentures dont nos pères aimaient à recouvrir les murs de leurs salles et de leurs chambres. C'était leur luxe de prédilection, et ils ne se le permettaient, en général, que les jours de fête; mais, durant toute l'année, il y avait tant de ces jours de fête! On en inventait au besoin. 11 y avait les solennilés de l'Église; puis les noces, les baptêmes, les relevailles. Le matin de ces jours-là, ou la veille au soir, on voyait les serviteurs grimper aux échelles et suspendre, au haut de toutes les murailles, les beaux draps de soie et d'or. Murs et boiseries disparaissaient sous ces riches tentures*. Bref, tout le château était « encourtiné*. » On se ferait difficilement aujourd'hui l'idée d'une telle magnificence. A peine avait-on franchi les dernières marches du perron que l'on se trouvait, tout à coup, dans la grand'-
terre fine noircie par un oxyde métallique; 3° l'estampage du dessin en creux; 4° le remplissage de ce ci eux par une terre blanche, et le battage; 5" remaillage. » Ces carreaux ont 18 centimètres sur chaque côté. = l « Le plus ancien dallage connu du moyen âge
Fig- 101. Carreaux qui servaient de pavage
aux salles du château de Coucy.
Dessin emprunté, comme ie suivant, au Dictionnaire
d'Architecture de Yiollet-le-Duc (II, pp. J7I, 27!).
Fig. 102. Caircaux des chapelles de la cathédrale de Laon (xm* siècle).
est celui de l'église de Saint- Menoux, près de Moulins (xu* siècle). C'est une pierre blanche incrustée d'un mastic résineux noir (Viollet le-Duc, Dictionnaire d'Architecture, V, p. 11, 12.)= 2 « Les murs et les boiseries disparaissent sous les pailes et les ciclalom. » (Girart de Roussillon, trad. P. Meyer, p. 2, § 2.) « On n'y voyait ni mur, ni pierre, ni bois, ni latte; mais seulement des courtines de soie, entourées des plus beaux pailes que vous puissiez voir. » (lbid.,]>. Cl, § 116.) Etc., etc. =3 La chambre où Ydain jut, fu moult bien
salle qui était toute tendue. Toutes tendues étaient aussi les autres chambres, du haut en bas. On marchait sur de la soie1, on marchait entre des murailles de soie. Et quelle soie ! C'étaient les pailes, qui, comme nous l'avons vu, étaient de superbes étoffes brochées; c'était le samil, qui était un drap de soie sergé; c'était ce brocart qu'on nommait le ciglaton, et ce taffetas qu'on appelait le cendal. Parmi ces étoffes, il y en avait d'unies; d'autres étaient de plusieurs couleurs'. Tout cela venait d'Orients, et plus encore de Sicile*; tout cela était chatoyant, rayonnant, éblouissant. Puis, en ces mêmes jours de fête, on avait adopté la coutume, fort poétique et pittoresque, de joncher de feuillage et de fleurs le plancher de toutes les chambres5. C'étaient des joncs et des herbes; c'étaient des glaïeuls et de la menthe; c'étaient des roses et des lis. Et la belle race française, la joyeuse race française s'avançait à travers ces belles salles englaïolées et encourli-
acesmée;— De chendax et de porpres fu bien cncorlinée. (Godefroi de Bottillon, v. 99, 100. Il s'agit ici du jour des noces.) En sa chambre qui bien fu estoupée, — De dras d'or et de soie très bien encourtinée. (Berte aus gratis pies, éd. Scheler, v. 2011, 2015. Même remarque.) La chambre où elle jut ot fait encorliner — De riches dras de soie. (Godefroi de Bouillon, v. 592. La scène ici se passe après les relevailles d'Ydain.) Li hostieus fu richement atome — Et li borgois le fist encorliner, — L'aire jonchier et de glai bien parer. (Montage Guillaume, v. 1037. 11 est ici question de la réception d'hôtes distingués.) La sale fu cncorlinée, — De joins et de mente pavée. (Blancandrin, v. 1319, 1320.) La veissiez le bon chastel garnir, — Encorliner de dras et de samis. (Garins li Loherains, II, p. 195.) As soliers pendent les pailes de quartier. (Auberi, cité par Ducange, VI, 2821.) Le juif ISelladieu, voulant dire à Fouque que la maison est prèle, lui dit : « Sire, votre hôtel est partout tendu de pailes et de tapis. (Girart de Roussillon, trad. P. Meyer, p. 59, § 113.) Quand le Prieur donne à Godefroi de Bouillon le conseil d'éblouir par son luxe le païen Comumarant, il ne manque pas de lui dire : « Faites trestot porprendre cest grant palais voltis - De cendax et de porpres, de tires de samis. » (Godefroi de Bouillon, t. 3023, 3024.) C'est ce qui est en effet ordonné par Godefroi. « Tôt sera portendus cest grant palais voltis. j> (lbid., v. 3157.) Etc., etc. = * Là vous auriez vu des étoffes neuves de soie étendues sur le sol. (Girart de Roussillon, trad. P. Meyer, p. 6, $ 15. Cf. le Roman de la violette, éd. Fr. Michel, p. 80.) = * Les pailes étaient brochés ou de plusieurs couleurs, tandis que le cendal, le samil et le ciglaton étaient généralement unis. = * Les pailes paraissent provenir de l'Egypte et de l'Afrique, et c'est pourquoi nos poètes les appellent • pailes aufriquanz » ou « alexandrins »; mais il faut observer, avec Francisque Michel, « qu'Alexandrie n'était que l'entrepôt de ces étoffes fabriquées réellement en Grèce, en Syrie, en Perse, dans l'Inde ». (Etoffes de soie et d'or, I, p. 279.) Viollet-le Duc ajoute : « Les croisades, entreprises pendant le xn* siècle, contribuèrent à répandre l'art du tissage en Italie, en Provence, et même dans le nord de la France. » (Dictionnaire du Mobilier, III, p. 357.) = « « M. Amari estime que la fabrication des étoffes de soie était florissante en Sicile avant la conquête des Normands, sous les Arabes. Ce qu'il y a de certain, c'est que les étoffes palermitaines étaient, à la fin du xn* siècle, aussi estimées que celles d'Orient. » (Id., ibid.) := » De rose et de mentaslre font tout joncier l'ostel. (Aiol, v. 7085.) Li borjois... fist... — L'aire jonchier et de glai bien
nées, riant, devisant, charmante, bruyante, heureuse. Ce n'est guère ainsi, je le sais, qu'on se la représente d'ordinaire; mais on ne saurait cependant douter que ce ne soit là un portrait ressemblant. Les preuves abondent.
Cette chambre, que nous allons quitter, est aimée de notre baron plus que la grand'salle elle-même, plus que tout le reste de son château. Elle abrite, en réalité, de nobles existences et de rares vertus, qui sont mêlées, je ne sais comment, aux brutalités et sauvageries d'une race primitive. Malgré tout, l'honneur y habite et sa porte n'est jamais ouverte à la lâcheté, ni à la trahison. Un jour, dans la chambre d'un château voisin, quelques traîtres tinrent conseil et résolurent la perte d'un innocent. Or, il arriva un grand prodige. Cette chambre, qui avait été jusque-là toute blanche, s'enténébra soudain et devint noire comme charbon'.
Notre chevalier est quelque peu sceptique, et ne croit pas aisément à de telles légendes. Néanmoins, quand on lui raconte cette histoire, il ne rit pas, et se propose en lui-même de la raconter à ses fds, fort gravement. Car il faut avant tout qu'ils détestent la trahison et aiment l'honneur.
parer. (Montage Guillaume, v. 1037.) Dans Gode froi de Bouillon (v. 51 70) il est question d'une salle « de jonc et de mentastre moult bien cnglaiolêe » « Moult fu bien portendue la graut sale parée, — De jons et de mentastre, de rose enluminée. » (Renaus de Monlauban, Bibl. Nat., anc. Lavall. 59, f° 13. C'est d'un jour de noces qu'il s'agit.) Totes sont joncies les sales — De roses et de dors de lis — Et de frez jons novel coillis. — N'i a chambre ne soit joncie (Durmars, v. 19474 et suiv., cité par Schultz). Cil chevalier s'assiéentsor les jons (Gaydon, v. 590); mais il peut être ici question de ces « nattes de jonc » qui remplaçaient les tapis dans les châteaux du xu* s. (Voy. Dictionnaire du Mobilier, I, 551). La sale lu encortinée, — De joins et de mente pavée. (Blancandrin, cité par Schultz, v. 1519, 1520. )Cf. Dolopathos, oGi, Percerai, v. 55469, etles textes cités par Paul Meyer, Flamenca, p. 288. Cet usage charmant durait encore à la fin du xv° siècle, et Martial d'Auvergne, en ses Arresls d'amour, parle d'un « parquet » qui était tout couvert « de rosmarin et de lavande ». (Viollet-le-I)iic, Dictionnaire du Mobilier, II, p. 459.) Il semble, d'après un singulier passage de Fierabras (v. 2159 et ss.), que l'on ait cultivé dans certains châteaux des plantes de serre ou d'appartement. C'est ainsi, du inoins, que nous comprenons la description de la chambre où se tient la belle Floripas : « En l'un cor de la cambre avoit fait un prentoire, — U ja ne faura frais ne dors à nul lempoire; — La dedens naist et croist, pour voir, la mandegloire. — De tous maus fors la mort i troev' on ajutoire.» =' La chambre qui fu blanche en mua sa color; — Illueques devint inde et perse com charbon. — Et li uns ne vit l'autre, ains chaïrent trestot. — Une grant pièce jurent illuce en pamison. [Renaus de Montauban, p. 100, v. 54-56.)
Le lavoir lp. Ml). — Composition d'Edouard Zier.