RITIO.X 00 HEAUME ; ÉLÉMENTS QUI I S C01I
piisi.nt. Le heaume est un casque d'acier (helmes d'acier, Roland, v. 5888), ovoïde ou conique. lia pour décoration un cercle de métal qui en contourne le bord cl est plus ou moins ornementé. Il est en outre muni d'une pièce de fer appelée natal, et qui est, comme son nom l'indique, spécialement destinée à protéger le nez. Les trois parties constitutives du heaume sont :
a. La calotte; b. le cercle; c. le nasal.
— Un quatrième élément (qu'on trouve en certains heaumes seulement) est une sorte de queue de fer, avec un morceau d'étoffe flottante qui servait à protéger la nuque (Voy. G. Demay, Le Costume en France d'après let tceaux.
p. 128. CL Viollet-le-Duc, Dictionnaire du Mobilier, v. 55). — u. De la première partis du heaume ou de la calotte. La calotte est le plus souvent conique : sur l'helme à or agut. o Elle est parfois renforcée dans toute sa hauteur par deux arêtes placées, l'une devant, l'autre derrière, et par quatre bandes de métal, ornementées comme le cercle, venant aboutir et se croiser à son sommet. » (G. Demay, le Costume de guerre et d'apparat, p. 17, pi. un.) — Le heaume n'a pas d'autre cimier qu'une boule de métal ou de verre coloré (J. Quicherat, Histoire du Costume en France, 1'» éd., p. 153). Nos poètes transforment volontiers celte verroterie en une escarboucle légendaire qui permet « de voir en pleine nuit » : Puis lace l'elme à 1' escarboucle en son, etc. (Ogier, v. 9886.) — La calotte, dans les heaumes des chefs, est souvent dorée. — m. De la secundo partie do heaume oo du cercle. Le cercle est une bande de métal ornementée, qui forme le bord ou la base de la calotte. C'est la partie la plus riche du heaume, et les barons y rivalisent de luie. — Le cercle (on disait la cercle) était doré : « Amont en l'iaume en la cercle dorée. » [Auberi,id. Tobler, p. 227, v. 4.) Cette même partie du heaume était ciselée, et surtout ornementée de pierreries (Girarl de Roussillon, trad. P. Meyer, p. 85, § 150). — Un elme li lâchèrent qui clers fu et luisans... — Tant i ot esmeraudes, saffirs et aymans,
— Nés peûst esliger uns riches Yenissans. (Godefroi de Bouillon, v. 1700 et suiv.) — ■v. De la troisième partie du heaume ou du .nasal. Le nasal était cette barre de fer reclangu-
Le heaume (a. calotte, b cercle et c. nasal) d'après le manuscrit de VUortUi dcllctarum d'IIerrade de Landsberg
Damiette que la flotte chrétienne va cingler. Notre croisé, lui, dut s'embarquer à Aiguës-Mortes, et c'est le soir qu'il arriva dans ce port, dont le spectacle était fait pour l'étonner profondément. On ne voyait rien sur la mer qu'un millier de points lumineux dans le noir de la nuit, et c'étaient les lanternes qui étaient esprises sur
laire qui descendait du cercle et préservait le nez. — Le nasal était parfois mobile (Violletle-Duc, Dictionnaire du Mobilier, VI, p. 107). — Comme le cercle, il était parfois orné de
pierreries : U nasel de dessus avoit une topache (Gaufrey, v. 3433). El' nasel ot cinc perres bones et bien vaillans (Godefroi de Bouillon, v. 1701). — L'usage du nasal a persisté jusqu'à la fin du mi* siècle.
— V. COMMK.NT LE HEAUME s'aTTACBA1T-IL AU
capuchon du haubert! Le heaume se laçait au haubert par un certain nombre de lacs en cuir (Roland, v. 712, 1042, 3086, 3435) que l'on passait à travers les mailles. Ce nombre était fort variable. Il y avait jusqu'à quinze de ces lacs : D'un hiaume à quinze las a bien sa teste armée (Gui de Nanteuil, v. 2765), et jusqu'à trente: Par desorla ventaille li a lachiet un elme. —À trente las. (EliedeSaint-Gilles,\.2i0l, 2102.) Pour le combat, le chevalier, relevant sur sa tête la coiffe de son haubert,
FAISAIT LACER SON HEAUME PAR DESSUS (J. Qui-
cherat, Histoire du costume en France, 1™ éd., p. 153). On ne laçait les heaumes qu'au homext de la bataille (Roland, v. 2980, etc.); on les délaçait, quand le chevalier était blessé, et c'est le bon ollice que rend le comte Roland à l'archevêque Turpin, sur le champ de bataille de Roncevaux : Sun helme à or li deslaçat de l'chief. (Roland, V. 2070.) On délaçait encore le heaume pour dormir, et c'est ce que fait Ogier, épuisé : Puis deslaça son vert elme gemmé. (Ogier, v. 9189.) On le délaçait enfin pour s'embrasser, et l'on comprend aisément que le nasal formait ici un véritable obstacle. Quand Hernaut et Gaufrey se reconnaissent : Chascuns des deus vassax son elme deslacha. — Et par grant amistié li uns l'autre baisa. (Gaufrey, v. 713, 714.) Dans la bataille, il arrivait que le heaume élait sur les espaules par les laz despendans. (Aliscans, v. 2120.) 11 ne faut pas oublier enfin que, directement sous le heaume (tel que nous venons de le décrire), on portait une coiffe, c'est-à-dire un bonnet de toile, de laine ou de soie, qui était juste à la tête. (Viollet-le-Duc, Dictionnaire du Mobilier, III, p. 176.) Pour préserver le crâne, on portait en outre sur le haut de la tête une petite plaque de fer, appelée capelier, chapelier (Roland, v. 5455).
C. Le cheval et son harnais : I. Le cheval. 1" Dans les textes français du moyen âge, le cheval porte différents noms suivant l'emploi auquel il été destiné. 2" Le destrier, ainsi nommé parce qu'il « est mené en destre » (Girarlde Rovssillon, trad. P. Meyer, p. 51 ; § 102), ou, en d'autres termes, « parce que les écuyers le tiennent à leur droite», est le cheval de bataille. 5° Le palefroi (paravcredtis) est le cheval de parade, le cheval de luxe, le cheval « pour chevaucher à l'aise de son cors », comme le ditBrunetto Latini en son Trésor (prem. part., chap. clv). Les Papes (Acla Alexandri papce III, anno 1162, cités par Ducange, t. V, p. 89), les Rois (Renaus de Monlauban, p. 122, v. 24). les chevaliers en temps de paix, les messagers (Gaydon, v. 8709) et les dames, enfin, montent sur des palefrois. 4" Le roncin
FIr. 156. Le heaume de la fin du m* siècle et du commencement du xm\ d'après le sceau d'Arthur, duc de Bretagne (I20J).
chaque nef. 11 lui fallut attendre jusqu'au lendemain pour connaître un peu la physionomie de cette mer qu'il n'avait encore jamais vue. Il ne fut pas, au reste, déçu dans son attente, et trouva superbes ces flots bleus; mais les vaisseaux le désillusionnèrent étrangement. Il en était resté aux descriptions de ses romans, aux navires en ébène et en argent, aux chambres pleines de rosiers fleuris et de femmes, aux « châteaux » d'ivoire, aux voiles de soie. Elles sont plus sombres et plus vulgaires, les nefs qu'il a sous les yeux; mais ce sont des vaisseaux intelligemment construits et qui sont agencés en vue de la bataille. L'idée qui a évidemment frappé
est le cheval de Irait, de labour. C'est le cheval du paysan (Aiol, v. 4250), et on l'oppose avec mépris au noble cheval de guerre : « Le cheval qu'il montait n'était pas un roncin. » (Girart de Roussillon, trad. P. Meyer, p. 81, § 145.) S'il pert roncin, je li rendrai destrier. {Aimeride Anrfronne, Bibl. Nat., fr. 1448, f"56.)Lesécuyers montaient sur desroncins (Sainte- Palaye, Mémoires, I, p. 50). 5° Le tommicr est le cheval de charge: celui qui portait les bagages, les tentes, les coffres et malles des chevaliers en voyage ou en guerre. (Renoua de Montauhan, pp. 75, v. 18, et 107, v. 34. Cf. la fig. de Schultz, 1. 1., I, p. 4U0, d'après l'Horlus deticiarum d'Herrade de Landsberg.) Il est, au reste, facile de comprendre pourquoi l'on confondait quelquefois le sommier avec le roncin et comment Brunetto Latini a pu dire : < Roucis pour sommes porter » (Trésor, prem. part., chap. clv). 6' Les chevaliers regardaient comme un déshonneur de chevaucher sur une jument : « Sire, ce est une yve que vous me demandés — Et se vos montiés sus, ce sembleront villes. » (Godefroi de Bouillon, v. l'285.) La jument dédaignée • était abandonnée aux travaux domestiques » (Demay, Le Costume d'après les sceaux, p. 165). Comme l'ajoute Sainte-Palaye (Mémoires, I, p. 20), « cette monture dérogeante était également affectée aux roturiers et aux chevaliers dégradés ». On la donne aussi aux païens (Aliscans, v. 5988). 7" Nos chevaliers ne montaient que des chevaux entiers (Demay, I. I., p. 165); « au cors grant et plenier » (Auberi, éd. Tobler, p. 101, v. 1); f qui ont large le pis et la croupe derrier » (Garins li Loherains, II, p. 235), et qui sont « gros et reont » (Renau* de Monlauban, p. 561, v. 12). 8° Les « portraits » de chevaux abondent dans nos vieux poèmes. Le plus ancien est celui qu'on lit dans le Roland (v. 1651-1656) : « Li destriers est e curant e aates; — Piez ad colpez e les gambes ot plates, — Curte la quisse e la crupe bien large, — Lungs les costez et l'eschine ad bien halte, — Bien fait el' col jusques en la gargaile — Blanche ot la eue et la crignete jalne, — Petite oreille, la teste tule l'alvc. » Cf. Girbers de Metz, Bibl. Nat,, fr. l'JIOO, f* 253 : i La teste ot magre, les eus paifons et tiers, — Petite oraille, le coul voultis dongié; — Large out le pis et blans les quatre pies, — Haut encoueis si fut, haut encrigniés, — Et fut plus blans que cmes de vivier. — Li fer estoient en mi leu destranchiés, — Par où on voit le poil très blanchiier. — Et fu envers d'un vermeil paile chier : — C'est connissance de merveillous destrier. » — Autre portrait, emprunté à la même geste : « 11 n'avoit mie plus de sel ans ou sis. — Rous ot le poil, plus luisant d'un samis, — La teste magre et gros devant el' pis... — De courre estoit tous [dis] entalentis.... — Yeus avoit rouges comme uns charbons esprins. — Dains ne kievreus, ne lièvres ne mastins, — Quarriaux c'on trait, n'esperviers, n'esmeris, — Ne va si tost, quant il est ademis. (Les Loherains, Bibl. Nat., fr. 41)88, 1° 170. Il s'agit d'un cheval acheté aux Sarrasins, peut-être d'un « cheval arabe ».) Nous renvoyons notre lecteur aux « portraits > .suivants : a. Gui de Bourgogne (v. 2325-252'J). b. Ilervis de Mclz (Bibl. Nat., fr. 19160, t> 15). c. Auberi (éd. Tobler, pp. 100 et 101). d. Jérusalem (v. 5919-5958). e. lbid.(y. 1373-1386). f. Aliscans (v. 7688-7695). g. Gagdon (v. 1208-1210). h. Fiera-
nos marins, c'est qu'un vaisseau est une forteresse flottante et qu'en conséquence il faut l'armer comme une forteresse terrestre et fixe. De là, ces châteaux qu'on établit dans les nefs ; de là, ces lignea castra. « C'étaient de petites tours de bois, carrées et crénelées, qui étaient ordinairement au nombre de trois. A l'avant et à l'arrière, en dedans des parties recourbées de l'étrave et de l'étambot, s'élevait un château sur des supports. Un troisième château se hissait en haut du mât, où il existe encore maintenant, à demeure, sous le nom de hune. » Au moment où notre chevalier s'embarque (c'est-à-dire durant les premières années du xm° siècle), il n'est pas
bras (v. 4106-4121)- i- Gaufrey (v. 946-950). Elc, elc. 9° On faisait au moyen âge bien plus d'estime encore qu'aujourd'hui delà couleur du cheval. Les principales de ces couleurs sont énoncées dans le vers suivant : « Sors et bais et bauçans etpumelés» (Aiol, v. 4268), et dans celui-ci qui le complète : « Sor et noir et baucent, ferrant et pommelé » (Renaus de Monlauban, p. 129, v. 23). Les chevaux ferrans sont des chevaux gris cendré; les baucens, des chevaux «pie »,etles chevaux gris pommelés, enfin, s'appellent souvent, dans nos textes, des chevaux Liards. La couleur d'un cheval faisait baisser ou monter son prix (indépendamment de vingt autres causes dont il faut tenir compte), et c'est sous cette réserve qu'il faut comprendre le texte des Expensx pour la chevalerie de Robert d'Artois, où nous voyons qu'un sommier noir valait 12 livres, un liard, 14, un sor, 18 ; et cet' autre texte des « Tablettes de cire » de Jean Sarrazin, où l'on constate « qu'un palefroi ferrant coûte 16 livres, un bai, 24, un liard, 28». 10° Les daux couleurs que nos pères semblent avoir préférées, c'est le blanc et le baucent : a. Chevaux blancs : Et fui plus blans que cines de vivier. (Girbers de Metz, Bibl. Nat., fr. 19160, f° 253.) Et sist sor un destrier qui plus est blans que nois. (Renaus de Montauban,p. 64, v. 33.) Etc., etc. b. Chevaux « baucents », c'est-à-dire «dont le pelage, de quelque couleur qu'il soit, est marqué de taches, et, sans doute, de taches blanches ».(Bœhmer,RomanischeStudien, I, p. 270.) Tout estoil comme pie par devant vaironne (Fierabras, v. 4114). Larges fu par les ars et s'ot tôt noir le pis. — L'un costé avoit bai et li autres fu bis {Jérusalem, v. 1380. 1381.) Noir comme meure, mais blans ol lescostez — Et par les piez fu devant virolez, Aliscans, v. 7688, 7689.) L'un costé avoit blanc plus que n'est flors en pré — Et l'autre avoit plus roge que charbon alumé. (Fierabras, v. 4106, 4107.) L'un costé avoit blanc comme ileur en esté — Et l'autreavoit plus rouge que carbon enbrasé. [Gaufrey, v. 946, 947.) La teste fufcauc/ian(eettuitli quatre piet. (Chevalier au Cygne, v. 1938.) Cf. Gaufrey, v. 4912 et suiv. 11° La tète du cheval doit, aux yeux de nos pères, être avant tout « maigre »: La teste otmagre (Girfcers de Metz, Bibl. Nat., fr. 19160, f° 253; Les Loherains, Bibl. Nat., fr. 4988, f° 170; Gui de Rourgogne, v. 2328; Jérusalem, v. 1374; Auberi, éd. Tobler.p. 1 00, v. 32; Fiera&ras.v. 41 12; Gaydon.v. 1208; Gaufrey, v.949). 12° L'oreille doit être petite et courte : « Petite oreille » (Roland, v. 1656); «petite oraille» (Girbers de Metz, Bibl. Nat., fr. 19160, f° 253; «petite oreillette » (Gui de Rourgogne, 2329) ; « corte l'oreille (Auberi, éd. Tobler, 101, v. 1); «petites oreilleles» (Fierabras, v. 4112). 13° En revanche, les narines doivent être larges et amples : Maigre chief, ample nés. (Fierabras, v. 4112. Cf. Gui de Rourgogne, v. 2329; Jérusalem, v. 1378; Gaydon, v. 1209. 14° On demande aux yeux d'être ardents et clairs, rouges et alumés (voy. Gui de Rourgogne, v. 2328; Gaydon, v. 1209; Fierabras, v. 4113 ; Jérusalem, v. 1376) et même profonds et fiers (Auberi, éd. Tobler, p. 100, v. 32; Girbers de Metz, Bibl. Nat., fr. 19160, f" 253). 15° Il faut, pour qu'il soit correct, que le cou soit voutis dongié, c'est-à-dire délicatement cambré (Girbers de Metz, 1. I.), et qu'on puisse en dire : Aucoln'ot quetaillier.(A«6eri,
scientifiquement assuré que tout ce système de « châteaux » ait été poussé à sa perfection, et ce que l'on peut affirmer avec le plus de certitude, c'est que les bords étaient déjà crénelés, tout comme une tour ou une courtine de château. Ils sont étranges et curieux à voir, ces vaisseaux en forme de croissant, avec leur mât unique ou leurs deux mâts qui sont surmontés de bannières, leurs écus porten dus environ de borz ; leur petite barque de sauvetage, leur barge de cantier qu'ils remorquent ; leurs douze ancres ; leurs voiles "blanches où brille une croix d'or et qu'on ne tardera point à armorier; les claires trompettes qu'on y entend; leurs
éd., Tobler, p. 101, v. 2.) 16* Une grosse et large poitrine est l'idéal : Large a le pis (Garins li Loherain» , II, p. 253. Cf. Jérusalem, v. 1580; Girbers de ilelz, 1. 1., f' 253; Fierabrat, y. 4113, etc.). 17* «Droite et haute », telles sont les qualités de l'échiné : E l'eschine ad bien halte. (Roland, v. 1651). La jambe ot plate, si fu haut eschinnrz (Gaydon, y. 1210). Et ot droite l'eskine (Fierabrat, v. 4111). 18° Il convient que le poil soit luisant comme de la soie: Plus luisans d'un samis (Let Loherains, Bibl. Nat., fr. 498s, P> 170) et que la bête ne sue pas trop facilement : « Por corre un jor ne 1' puet on estanchier. — A un estor, un jor trestout entier, — Ne 1' verra-on jà deseure moi il lier; — Ains ausi est tousfrèsà l'anuitier — Com au matin. » (Auberi, éd. Tobler.p. 101, v. 11-15.) Por deus jors corre ne seroit jà lassez. — Jai poil de lui n'en scroit Iressuez. (Hervis de Metz, I. 1., f° 45.) Qui onques por ahan n'ot la quisse suée (Jérusalem, v. 5951). Aine par ahans n'ot les flans tressuez (y. 7695). 19° Plus la croupe est énorme, plus on l'admire (Roland, v.1153; Gariru li Loherains, II, p. 235 ; Aliscans, v. 7692, etc., etc.). 20* Le mieux, c'est que la cuisse soit courte (Roland, y. 1655) et que la jambe soit plate (Roland, v. 1652; Aliscans, t. 7691 ; Gaydon, y. 1210, etc.); mais forte et roide (Gui de Bourgogne, v. 2327 ; Jérusalem, y. 1579). 21* Nos pères faisaient fort attention aux pieds de leurs destriers. Ils les voulaient bien taillés, d'une silhouette très nette et d'une courbe gracieuse : Piez ad colpez (Roland, y. 1652). Piez copez et voltis (Jérusalem, v. 1379). Les pies plas et coupés (Gui de Bourgogne, v. 2527.) Les quatre pies coupés bien fais et gros (Aiol, y. 5177). Les pies vautis coupez (Aliscans, v. 7691). Les pies plas et copés (Fierabras, y. 4111). 22" Telles étaient toutes les qualités « extérieures » que l'on exigeait chez un bon cheval ; mais il y en avait d'autres, qui étaient d'un bien plus haut prix. Les deux principales étaient la rapidité et la force. Le cheval de Renaud porte au besoin, sur son dos de fer, les quatre fils du duc Aimon, et c'est une légende qui triomphe encore dans l'imagerie populaire: Baiars en porte quatre, quand il est bien hastés (Renau* de Monlauban, p. 86, v. 4). On dit dans Jérusalem (y. 9055) que le cheval Maigremor eût à lui seul porté « de fer plus d'une grand carée ». 25* La rapidité était une qualité encore plus précieuse au double point de vuede la poursuite et de la fuite :« Nous avons des chevaux gascons pour suivre de près et fuir au loin.» (Girart de Roussillon, trad. P. Meyer, p. 65, § 122.) Tous nos poètes vantent la rapidité des chevaux de guerre : « Il sist eP Loin destrier qui plus tost va corant — Que ne fait arbalestre, ne quarels. » (Êlie de Saint-Gilles, v. 560-570). Onques Dés ne fist besle qui s'i peûst tenir, — Ccrs, ne dains, ne aloe, faucon ne esmeril (Ibid., v. 686, 687). Bien corust trente leues tôt d'une randonée (Jérusalem, v. 5954). Plus (ost fait desos lui le cheval randoner — C'archers ne fait saiete, quant il en doit berser (Ibid., v. 3655-5656). Dains ne kievreus ne lièvres ne mastins, — Quariaux c'on trait, n'esperviers, n'esmeris, Ne va si tost (Les Loherains, Bibl. Nat., fr. 4988, f* 170). Ces chevaux font de terribles bonds. Celui d'Ogier « li sait treize pies mesurés ))(Ogier,\. 8957), et Bayard a des sauts de trente pieds (Renaus de llonlauban, p. 278, v. 2 et 14). Ailleurs, on va jusqu'à parler de soixante pieds (!) — 24 Les courses de chevaux étaient, dès lors, bien connues et fort goûtées,
mariniers tête nue, cheveux ras sur le front et vêtus de deux cottes à manches étroites, et leur proue, enfin, qui est munie d'un caput effigiatum ou d'une image peinte en guise de dragon, « la grant goule baée tout droit où il yront ». À fond de cale, on a disposé des provisions, du bescuit, de la farine, des salaisons, du vin vieux, du claré, de l'eau douce, sans parler des écus et des lances. Même on y a trouvé une place pour ces bons chevaux qui sont inséparables des chevaliers; mais en général on a construit pour eux des transports spéciaux, avec des réduits commodes et des huis qui s'ouvrent largement, et c'est ce qu'on appelle des huissiers.
et l'on peut citer, à ce sujet, plus d'un texte précieux : Si ont un cours de chevaus devisé ;
— Li Rois meïsmes s'i est bien agréés. — Pour la grant feste de la solempnité, — Li pluisour ont le cours acreanté. — Lors flst li Rois crier par la cité — Se il i a chevalier si osé — Qui aitchevel ne destrier sejorné, — Si voist au cours à Londres la cité. — Et s'il fait tant que le cours ait maté, — Gaaignié [a], par fine vérité, — Mil mars d'argent en balance pesé...* — Cil qui premiers i sera tout avant — Gaaignera et l'or fin et l'argant (Beuves d'Hanstonne, Bibl. Nat., fr. 12348, f° 155). On connaît la fameuse course de chevaux dont il est question dans Renaus de Montauban et qui y est décrite avec tant de précision (pp. 123, 124). On l'annonce, on l'affiche d'avance : «Karles fait un cors faire » (p. 124, v. 38). Le prix consiste en un objet d'art (la couronne du Roi) et une somme de quatre cents marcs. On n'ignore pas que le bon cheval Bai ard y fut le vainqueur, et c'est à quoi l'on pouvait s'attendre (Ibld., pp. 127-131. Cf. Aiol, v. 4282 et suiv., et les Privilèges de Villefranche, où il est question, en 1217, d'une véritable fondation pour le prix d'une course de chevaux, le jour de la Pentecôte. (Sainle-Palaye, Mémoires, I, p. 376.) — 25° Les chevaux les plus renommés dans nos poèmes sont : a. ceux d'Espagne (Aragon, Castille) : Renaus de Montauban, p. 29, v. 36 ; Jérusalem, v. 3946 ; Amis et Amiles, v. 214; Doonde Maience, v. 6692; Bueves de Commarchis, v. 2633; 6. de Gascogne: Amis et Amiles, v. 1637 ; Gaydon, v. 9323. Cf. Girart de Roussillon, trad. P. Meyer, p. 65, note 3. c. de Hongrie (Aiol, v. 10884; et Enfances Guillaume, Bibl. Nat., fr. 774, f° 3, v\ d. de Syrie (Ogier, v. 7400; Jourdains de Rlaivies, v. 3896; Doon de Maience, v. 4541 ; Bueves de Commarchis, v. 2168). Cf. les chevaux «de Niort»: Raoul de Cambrai, éd. LeGlay, p. 92); d'Orcanie : Renaus de Montauban, p. 93, Gaydon, v. 9130; Aliscans, v. 7695, et de « Rousie» : Renaus de Montauban, p. 29, v. 36. Il nous parait indubitable que les Croisés ont connu et ont eu devant eux les véritables chevaux arabes, et le texte suivant de la Chanson d'Antioche semble se rapporter exactement à cette très belle et très noble race : ïrestout premièrement a mandés Arabis ; — Ice est une gent que Diex a maleïs :
— Diex ! qués chevaus amainent et qués destriers de pris ! — Moult sont isnel por corre. (II, p. 58. Cf. Renaus de Montauban, p. 62, v. 7.) Il reste encore à faire, par ordre d'assonancis ou de RIME3, une classification vraiment complète de tous ces lieux d'origine. — 26° Chaque cheval avait son nom,' et ces noms sont en général très significatifs. Tels sont les suivants : Baucent (cheval de Guillaume d'Orange, etc.); Baiart (cheval de Renaus de Montauban, etc. Cf. Antioche, II, p. 42, et Demay, Le Costume d'après les sceaux, p. 166, d'après un document du xiv° siècle); Baillet (Demay, 1. 1., p. 166); Blanchart (Ogier, v. 6345; Renaus de Montauban, p. 62, v. 7); Rroiefort (cheval d'Ogier); Broieguerre (cheval de Maugis; Renaus de Montauban, p. 217, v. 36, etc.); Carbonel (cheval de Charles, dans Girart de. Roussillon, trad. P. Meyer, p. 42, §89) ; Cornuet (cheval de Grifon; Gaufrey, v. 4915); Facebelle, cheval de Fouchier, dans Girart de Roussillon, p. 91, § 159) ; Fauvel; Ferrant ; Flori, Fleuri, etc. ; Folatise (cheval de l'émir Aérofle, conquis par Guillaume-au-court-nez; Aliscans, v. 1 560) \Gvamimund (cheval du païen Valda-
Il faut bien se persuader qu'il y a alors deux sortes de vaisseaux : les nefs de guerre, les anciens dromons, avec lesquels on livre de terribles combats où se décide parfois le sort des peuples, et ces pauvres simples transports, ces chalans qui sont nécessairement condamnés à un rôle très secondaire et prosaïque. C'est sur un vaisseau de guerre que notre chevalier prend place : on y a ménagé pour ses compagnons et pour lui une belle chambre close où il gierront. Il y en a, parmi eux, qui ont été assez fous pour emmener leurs faucons et leurs chiens, comme s'il y avait là-bas d'autre gibier à chasser que les païens. Enfants !
brun ; Roland,?. 1528); Grisart, Grise/ (Demay, 1.1.), Maigremor (cheval du Soudan; Jérusalem, v. 5950); Marchegai (cheval d'Aiol, etc., etc.; Aiol, v. 4911); Margaris (cheval de Renoart ; Aliscans, v. 7694) ; Morel; Passavant; Planlamor (cheval du païen Cornumarant ; Jérusalem, v. 3928) ; Ramon (cheval de Girard de Iloussillon ; trad. Paul Meyer, p. 31, §66; et p. 40, § 84) ; Rous (les Loherains, Bibl. Nat, fr. 4988, f° 1 70) ; Prinsaut (cheval de Beaudouinj Jérusalem, v. 3944); Queue-d'agache (Demay, 1. 1.); Regibet (cheval de Doon de Maience ; Gaufrey, v. 21 9) ; Saltperdut (cheval du païen Malquidan t ; Roland, v. 1 554) ; Sorel (Roland, v. 1379, etc.) ; Tachebrun (cheval de Ganelon ; Roland, v. 346) ; Tencendur (cheval de Char lemagne; Roland, v. 2993) ; Vairon (cheval de Baudouin, dans les Saisnes) ; Veillanlif (cheval de Roland ; Roland, v. 1153), etc. Ml serait aisé de classer ces différents noms par genres et par espèces : a. Couleur du cheval : Baiart, Baucent, Blanchart, Ferrant, Pluri, Grisart, Morel, Queue-d'agache, Rous, Tachebrun, Sorel, Vairon, etc. 6. Traits caractéristiques: Cornuet, etc. c. Qualités de vitesse ou de force, etc. Broiefort, Broieguerrc, Marchegai, Passavant, Regibet, Saltperdut, Veillantif, etc. d. Noms d'hommes : Ramon, etc., etc. 27° A tous leurs chevaux, nos vieux poètes ne manquent jamais de prêter un rare entendement et en font l'ami très intelligent du chevalier. Le cheval d'Ogier, Broiefort, reconnaît partout son maître mix que nus vallés s'amie (Ogier, v. 5597). Quand l"en tiemi s'approche et que son maître est endormi, il le réveille en le saisissant « par le coler du blanc hauberc doublier ». (Ibid., v. 5792-5795.) Un autre jour, c'est son galop intelligent qui sauve le Danois. (Ibid., v. 6266-6649) ; mais rien n'égale la beauté de la scène où le pauvre vieux cheval revoit enfin son maître qui vient d'être prisonnier durant plusieurs années : « Le bon cheval entend Ogier; il avise sur-le-champ son bon seigneur qu'il n'a pas vu depuis sept ans passés, fronce et hennit, gratte le sol du pied; puis, se couche et s'étend par terre devant Ogier. Le Duc le voit. S'il n'eût pleuré, le cœur lui eût crevé. » (Ogier, v. 10688 et suiv.) On connaît mieux l'histoire du bon cheval Bayard qui portait sur sa croupe complaisante la douleur des quatre fils Aimon et qui aimait surtout son maître Renaud d'une affection très profonde et très tendre : « Il le conust plus tost que feme son baron. » (Bibl. Nat., fr. 24387, f° 22.) Il l'éveille à temps (comme Broiefort le ût pour Ogier) en frappant un grand coup sur l'écu du baron, et lui permet ainsi d'empêcher que son frère Richard ne soit pendu. (Renaus de Montauban, pp. 277- 280.) Il ne veut, d'ailleurs, se laisser monter par personne (ibid., p. 202, v. 3 et suiv.). Il nourrit de son sang toute la famille de son maître, durant la terrible famine àlaquelleCharlemafme a réduit Renaud (ibid., p. 360, v. 21 etss.), et, devenant àpeu près le personnage principal de celleadmirable épopée, dont il fautregrelter de neplus posséder la version primitive, excite la jalousie du grand empereur Charles qui le fait jeter dans la Meuse, une meule au cou. Peine inutile: le cheval faè vit encore, et ceux qui passent dans la forêt d'Ardenne peuvent entendre ses hennissements épiques (ibid., pp. 401-407). Autres exemples. Le cheval de Bègue de Belin est tellement ému de la mort de son maître que nus de char ne li ouse aprochier (Garins li Loherains, II, p. 241). Après sept ans d'absence
La traversée fut longue à cause des vents contraires; mais enfin on arriva sur le blanc sablon de la côte. C'est au son des buisines qu'on s'était embarqué, c'est au son des buisines qu'on débarque, et ces fanfares font oublier les ennuis du voyage. On sort de ce vaisseau où l'on étouffait ; on met délicieusement le pied sur la plage, on se dégourdit, on court. Puis, on pense aux chevaux. Pauvres bêtes! on les fait sortir de leurs loges, et on les lance au vert. Quels hennissements! quels bonds joyeux! Cette première heure est charmante.
Bueves d'Hanstonne n'est pas reconnu par sa fiancée; mais il l'est par son cheval (Beuvet d'Hanstotmc, Bibl. Nat., fr. 12548, f* 106). Il faudrait encore citer le cheval d'Otinel (Otinel, v. 373, 375) et ce Marchegai, qui, dans Aiol, défend si vigoureusement son maître (v. 1637 et suiv.; v. 2903 et suiv.). 28° Si le cheval aime son maître, il est bien payé de retour, et les exemples de cette affection très intime abondent dans nos chansons de geste : a. L'intimité entre Ogier et son cheval Broiefort est connue. Ils ont entre eux des tendresses et des conversations sans fin {Ogier, v. 6274-6288). Ogier lui dit : « Se me fallés, je n'ai nul recovrier, » et le bon cheval lui ayant répondu en dressant le chief et en jetant un beau hennissement, le Danois s'écrie que « n'ot mais tel joie puis qu'il fu chevalier ». Mais rien ne saurait se comparer à la joie d'Ogier, quand il retrouve son vieux cheval, après sept ans de séparation : « E! Broiefort, dist li Danois Ogiers, — Sur toute rien vos doi jou avoir chier. » Et il ajoute que, si les choses vont bien, il le fera « soventesfois baignier— Porle milx boire et por le milxmangier. » (Ibid.,v. 11104-11111.) Guillaume d'Orange n'est pas moins tendre pour son cheval. Lorsqu'il vient « à l'Abbaye » réclamer son bon destrier et qu'on le lui fait voir, il fond en larmes à la vue de la pauvre bête : « Mes il estoit traveilliez et penez — Que tant avoit esté pierres mener — Que il estoit forment achetivez.... — Li quens le voit, s'a tendrement ploré : — « Chevaus, dist il, de toi ai grant pité. — Molt voi voz flans megres et descharnez. — Or vos estuet grans paines endurer.... » — Quant li chevaus ot Guillaume parler, — Tost le conut et bien l'a ravisé, — Et s'il ne l'vit bien a set ans passé, — Grate et hennist et mainne grant fierté.... — Ne 1' pot tenir serjanz ne bacheler, — Desi qu'il vint à Guillaume au cort nés.... — Et li quens l'a doucement regardé. (Montage Guillaume; Bibl. Nat., fr. 774, f° 219) Autre cycle, même amour. Quand Gilbert va se battre avec Fromondin, il s'aperçoit que son adversaire monte le propre cheval de son père : Li dus Gibers le reconut molt bien, — Chière li trouble, h vis li est chaingiés : — « Haï ! Bauçant, comme faites irié, — Que contre moi mes anemis aidiés ». {Girbers de Metz, Bibl. Nat., fr. 19160, f° 263, v°.) Quand ce même Girbert est grièvement blessé, ce qu'il regrette le plus, c'est son cheval Flori : <ï Tuit si regret tornent desor Flori : — « liai ! bons chevaus, com sui de vos marris.... — Or vos voi ci tenir le chief enclin. — Ne vos ont mie mi morteil anemi. — Ensanble ou moi vos convanra morir. » Et, de ses yeux presque mourants, il regarde encore son bon cheval : « Car esgardeis cest bon cheval Flori, — Et ces espiés qui sont sor ces escrins. — Forment redous c'ains gorges ne soil mis. «{Girbers de Metz, ibid., f 280.) Bègue de Belin n'est pas moins doux, quand il dit à son destrier : « Baucent, je vos doi molt amer. — De maint besoing avez mon cors gardé. — Se je eusse ne avaine, ne blé, — Le vous donaisse volentiers et de gré. » (Garins li) Loherains, II, p. 250). Auberi de Bourgogne est un brutal, mais non point pour son cheval: « Ahi ! Blanchart, com je vos ai amé! — Ains ne fu beste qui eûst tant uVrté... — Voir mieus amaisse que il m'eûst navré. • [Auberi, éd. Tobler, p 193,v.l-6.Cf pp. 176, 177, 205.
Les Croisés ont été fidèles au rendez-vous, et il en arrive, chaque jour, de tous les ports de la chrétienté. Un cri s'élève de toutes parts vers les chefs de Yost (car malheureusement il y en a plusieurs) : « Organisons notre camp. » On l'organise, et nous allons le décrire.
Le « matériel » du camp a été apporté sur les « chalands», et il s'agit de l'en tirer. C'est chose aisée. Si les bras manquent, on fait appel, par la douceur ou par la force, aux habitants un peu effarés du pays où l'on vient d'aborder. On « réquisitionne » leurs bêtes de transport. A défaut de ces ressources, les mulets et les che-
Cest à cet Aubri qu'il a été donné de pousser jusqu'à l'excès l'amour du chevalier pour son cheval : • Li Dus en jure Jesu l'espirital, — Que, s'il estoit ens el' premier portai — De Paradis où joie est principal, — « si retorroie por Bi.anchart mon ciieval ». (Ibid., p. 206, t. 2-6.) C'est le moment de rappeler l'éclat terrible de la colère d'Èlie, quand son fils Aiol lui annonce la mort du bon cheval Marchegai (Aiol, v. 254 et suiv.), el l'on voit par là que le cheval éta.t plus qu'un parent. (Cf. le même poème, v. 8285-8290, 8565 et suiv.) Voulez-vous maintenant de petits soins, voulez-vous des attentions fines? Écoutez: « Cheval, vous êtes bien las ; mais vous ne serez pas blâmé ; car, en ce jour, vous m'avez bien servi. Je vous rends grâces, mon cheval, el vous remercie de tous vos services. Si je reviens à Orange, vous ne boirez qu'en des vases d'or, et ne mangerez que de l'orge vanné. » (Aliscant, Bibl. Nat., fr. 1448, f° 219.) Mais nous voici revenus devant la figure du cheval qui est le plus épique de toute notre épopée, devant le Bayart des quatre fils Aimon. Nous n'avons pas à raconter ici celte longue et étonnante histoire (Renaus de Monlauban, pp. 81 -85 ; 205; 209; 241 ; 280; 301 ; 321; 330; 347-360, etc.), et n'insisterons que sur les traits suivants. Renaud s'écrie un jour, en une heure d'enthousiasme, parlant de son cheval Bavard : « Beneoite soit l'eure que tés chevaus lu nés! i (p. 241, v. 33.) Et plus loin, il lui dit, avec une naïveté qui sera comprise par tous ceux qui aiment le cheval : « Hé ! Baiart, bons chevaus, qui se savés parler? — De ma grande dolor m'eûssiés conforté » (p. 301, t. 4, 5.) Plutôt que de tuer Bayard, Renaud occirait ses hifants (p. 554, p. 5). Il semble qu'on en peut rester là — Sur l'amour du cheval, voy. encore les textes suivants : Aiol, v. 6384; Alitcans, v. 1533-1567 ; Gui de Fianleuil, v. 2178; Fierabras, v. 233et 4167; Entrée de Spagne, f* 218 I-; Gaufrey, v. 224; Prise de Cordres; Bibl. Nat., fr. 1448, f" l(i6, etc., etc. — II. Le harnachement do cheval. 1* Aux yeux du dernier historien du costume (G. Demay, Le Costume au moyen âge d'après les sceaux, pp. 171 et suiv.), le douzième siècle se partage, à ce point de vue très spécial, en deux périodes dont les caractères sont distincts et qui seraient (d'après le limoignage des sceaux) séparées par l'année 1170. Sans doute, il ne faudrait point demander à cette date une rigueur trop mathématique; mais, celte réserve une fois faite, les conclusions de M. Demay semblent justifiées par tous les documents. Durant la première partie du m* siècle, « les arçonnières sont étroites et recourbées en arrière » ; durant la seconde, au contraire, elles vont en s'élargissant et en s'éten- ■ dant sur les côtés, et c'est alors que «l'arçonnièrede derrière se change endossierde fauteuil, de manière àemboiter le cavjlieret à augmenter son assiette. » Les quai tiers, qui sont représentés sous une forme carrée dans les sceaux antérieurs à 1170, « s'arrondissent à la fin du siècle et s'allongent en pointe sur l'épaule du cheval ». La couverture qui, avant 1170, était carrée et gironnée, disparait peu à peu ou se confond avec les « quartiers ». Les élriers, arrondis pendant la première période, sont triangulaires pendant la seconde : ils sont, durant l'une et l'autre, « suspendus par des élrivières de cuir ou en chaînette, qui sont attachées sous la couverture ». Le poitrail du xu' siècle est formé par une bande de cuir, ornée de franges, de petites boules ou de grelots. Le mors, jusqu'à la fin du siècle
vaux de l'armée sont mis à contribution, et on les trousse de tous les éléments des tentes: pieux, toiles, paissons, et le reste. Rien n'est curieux comme de les voir chargés de ces longs fardeaux, et marchant lentement dans le sable où ils enfoncent. 11 fait chaud : bêtes et gens sont en sueur. L'ingénieur, cependant, a grossièrement dessiné sur le sol les limites et la disposition du camp futur : au milieu, les tentes des chefs, et la chapelle où Dieu est caché, comme le véritable général et gardien de l'armée chrétienne; puis, une série de carrés concentriques qui sont très régulièrement disposés et aménagés. Les sergents logent au dehors;
suivant, « a ses branches longues, droites ou coudées en arrière ». Les rênes sont de cuir et se terminent, dans la main des chevaliers, soit par un anneau , soit par un nœud (G. Demay, 1. 1., p. 169). Telles sont les affirmations de cet excellent archéologue, dont on ne saurait nier le sens critique et la compétence absolue. Nos chansons n'y contredisent
Jig. 137. D'après le sceau de Guillaume Cliton, Fig. 138. D'après le sceau de Thierry d'Alsace,
comte de Flandre, 1127. comte de Flandre, 1128.
Figures empruntées, comme les suivantes, au Costume cCaprès les sceaux, de G. Demay.
pas. — 2' La selle y est partout présentée comme fort riche ; l'ivoire, l'émail, la nielle et l'or en décorent les arçons : La celé est d'or et derrière et devant. — Oevres i ot de molt divers semblant. — Taillie à bestes.... — Et la soz-cele d'un riche escarimant, — Deci à terre geronnée pendant (Raoul de Cambrai, éd. Le Glay, p. 20). La sele fu d'ivoire, li arçon noielé [Gui de Bourgogne, v. 2351). La sele fu d'un ivoire moult chier (Auberi, p. 101, y. 3). La sele en ert d'ivoire, à topasses ovrée; — Mainte esmeraude i ot en basme enseelée (Jérusalem, v. 5957, 5958). 11 ot sele d'y voire à merveillez legière. — Hervieu i est monté, prist soi à l'estrivière (Gui de Nanteuil, v. 1010, 1011). Li arçon furent d'un yvoire planné. — Aesmaus d'or moult soutilment ouvré (Gaydon, v. 1220, 1221). La sele fu d'ivoire, s'est à or entaillie (Gaufrey, v. 2022). Li archon sont dessus à esmail tresjeté — A flouretes d'azur pourtret et floureté (Doon de Maience, v. 6619, 6620). Il n'y a qu'un mot à ajouter à ces textes : c'est que, dès le xi" siècle, à l'époque des arçonnières recourbées en arrière, on avait déjà songé « à les renverser légèrement vers l'intérieur pour mieux envelopper l'enfourchure du cavalier. » (Viollet-le-Puc, Dictionnaire du Mobilier, VI, p. 38, avec fig. d'après la tapisserie de Bayeux.) — 3° Le feutre ou Yafeutreûre de la selle a donné plus d'embarras aux archéologues, et nous estimons qu'ici Viollet-le-Duc s'est complètement fourvoyé. Le feutre est encore aujourd'hui « la bourre dont se servent les selliers pour rembourrer une selle ». Le sens n'a jamais varié. Que l'on ait réservé dans ce feutre un trou spécial pour y mettre Yaresluel de la lance, je le veux bien croire, mais n'en ai aucune preuve. Une lance afautrée est une lance ainsi posée ; un mulet afeutré est un mulet ainsi sellé, etc. — 4° La couverture, que l'on appelle aussi sous-selle, a beaucoup prêté au luxe et rien n'est plus facile à concevoir : Et la sozcele d'un riche escarimant. — De si à terre geronnée pendant. (Raoul de Cambrai, éd. Le Glay, p. 20. L'éditeur a imprimé sor-celc.) La couverture d'un paile de quartier (Auberi, p. 100). La soussele est d'un paile cier. — Très bien oevrée à eskckier (Flore, 1179; cita-
les gens des communes, s'il y en avait, seraient relégués dans les landes, là-bas. On ne daigne se préoccuper que des chevaliers, et l'on a tort. Le camp de Dieu, malgré tout, couvre un espace immense, et l'on y distingue tout d'abord deux espèces de pavillons, d'aucubes ou de trefs. Les uns sont à deux pans; les autres, qui sont les plus nombreux, sont coniques et se développent autour d'un gros pieu ou d'un bâton central, et c'est avec eux qu'il est peut-être nécessaire de faire ici plus ample connaissance. Le pilier du milieu s'appelle eslace ou colombe, et l'on en fait presque un objet de luxe quand on en a le temps. Bois précieux, incrustations d'ivoire et d'or, rien ne parait trop beau pour les trefs des Rois ou des Comtes. Tout à l'entour, on fiche en terre les piquets ou paissons qui doivent retenir au sol ces cordes plus qu'utiles et où il faut voir le soutien de la tente. L'imagination de nos poètes s'est là-dessus échauf-
tion de Schultz). La cotei-ture d'un bon paile roé (Gaydon, v. 1222). La couverture fu d'un brun paile roé, — De riches bendes d'or moult richement oullé {Doon de Maience, v. 6619, 6620). — b'Lessangles, en cuir, sont doubles et qucfquefois triples, ou même quadruples. Li estreif et les ckenglet furent de cuir bolis (Jérusalem, v. 1586). Et de quatre fors chain-
Tl%. 1». D'après l« sceau t» Merrc de Courlenaj, 118k
Fig 1(0. D'après le sceau de Philippe d'Ab&rp, comte de Flandre, 1170.
gles fu li cevaus chainglés (Fierabrat, v. 4116). Et de trois ceingles fu li chevax ceinglés (Gaydon, v. 1230). — 6* Nos poètes entrent volontiers en plus de détails sur le poitrail, qui a beaucoup plus frappé leur imagination. C'était, en effet, ce qu'il y avait de plus voyant et de plus « bruyant » dans tout le harnais du cheval : Li poitraus fu moult riches; oevres i ot assès. — Nil escheletes d'or i pendent lés à lés. — Tantost corn li chevaus commence a galoper, — Nus déduis ne seroit plus biaus à escouter (Gui de Bourgogne, v. 2353-2336). Mil eschaletes ot devant, au poitrier, — Qui si tentissent, quant on doit chevauchier. — Rote ne gygue n'i vaut mie un denier (Auberi, p. 101, v. 7-9). Li poitraus fu de cuir de cerf ouvrez, — D'or et de pierres richement atornez (Gaydon, v. 1228, 1227). Rices fu li poitrés... — Cent campanetes d'or i pendent de tous lés. — Quant li cevaus galope, ki tant est abrievés, — Li sons des campanetes est tans dous et soués — N'i vaut lai ne vielle deus deniers moneés (Fierabras, v. 4117-4121).— 1' « Un dessus de tête » avec frontail et sous-gorge, deux montants, le mors et les rênes, telles sont les pièces qui composent la bride au moyen âge » (Demay, I. 1., p. 268) : Et li frains fu moult riches dont il fu enfrenez (Gui de Bourgogne, v. 2551). Li frains fu riches, [et] la resne à or mier
fée à l'excès, et ils ne nous parlent que de cordes de soie et de paissons de corail ou d'argent. En réalité, les cordes étaient faites avec de bon chanvre et les piquets avec de bon chêne. Le luxe, le faux luxe, n'éclatait que dans l'étoffe dont on recouvrait les trefs, et, par malheur, ne s'y donnait que trop carrière. On n'aurait dû songer qu'à de bonne grosse toile , plus ou moins imperméable : on raffina, et l'on recouvrit ces pavillons de soies éclatantes et frivoles. Au sommet, on plaça un pommeau d'or, réservant aux chefs les
Auberi, p. 101, v. 6). Les resnes d'orfrois (Ibid., p. 121, v. 20). Li frains qu'ot en la teste
Fig. 111. D'après le sceau de Philippe d'Alsace, comte de Flandre. 116;.
'.2. D'après le sceau d'Kndon, dac de Bretagne, 1153.
Fis. 1.3- l'apivs le scea:
de Jean, comte de Itoau mont, 1217.
fu tous faisànoel— A pieres presieuses (Ai'of, v. 5315, 5316). Li frainsdou cbieffu de si grant bonté — Les pierres valent tôt l'or d'une cité. — Puis que chevax l'a en son chief posé. — Ne puet enfondre et si n'iert jà lassez (Gaydon, v. 1224- 1227). Li frains qu'il ot el' chief valoit maint esterlin (Godefroi de Bouillon, v.1603). U frein otune pierre de moult grant segnorie — Dont l'en voit clairement parla noit t)scurie ; — Jà qui l'ara sus li n'i aramaladie(Gaw/"re!/,v.2023-2025). Cf. Viollet-le-Duc, Dictionnaire du Mobilier (VI, p. 34). — 8° Sur les étriers, voy. Ogier : Li Roisi monte par l'estrief noelé (v. 8442). Et de fin or erent li doi estrier (Auberi, p. 101, v. 5). Li frains estoit moult riches... — Li estriefet les chengles furent de cuir bolis (Jérusalem, v. 1586). Li estrief sont de cherf, quatre fois fu tanés. — Li anel en sont d'or, dis pox ont mesurés. — Par son eslrief fenestre est li Sodans montis. — A son estrief tenir ot vint rois coronès (Ibid., v. 8282-8285). Li estrier furent à fin or sororé (Gaydon, v. 1222). Des bons estrius à or est li cuirs desorlès (Renaus de Montauban, p. 80, v. 11). Cf. le Dictionnaire du Mobilier, V, p. 414 et III, p. 455). — 9° En ce qui concerne la housse, il nous semble, d'une façon absolue, que les monuments figurés sont en retard et que le témoignage de nos poèmes permet de faire remonter plus haut l'époque où l'on en adopta l'emploi : Et fu cuvers d'un vermeil paile chier. — C'est connissance de merveilleus destrier. (Girbert de Metz, Bibl. Nat., fr. 19100, f° 253.) Dont fu Floris emmi la place trais; — D'un riche drap de soie fu cuvers ; — Ne li parurent que li eul entresaist. (Ibid., f° 250, v°.) Li chevax fut covers d'une porpre roée (Jcrusalem, v. 5956). Et fu covers de soie, d'un vert paile roé (Gui de Bourgogne, v. 2550) ; Coverz fu bien d'un paile escarimant (Enfances Guillaume, Bibl. Nat., fr. 774, f° 2, r°), et Godefroi de Bouillon (v. 1717, 1718), où l'on voit, le jour de l'adoubement du héros de ce poème trop peu connu, un cheval « covert d'un blanc diaspre qui'st par terre balans. » Ici, comme en certains autres cas, les textes devancent les monuments figurés. =. Sur la mort du cheval, cf. Ogier, v. 0007 etsuiv. : Orleregrete
aigles, ou les usurpant sans vergogne. J'aime encore mieux les bannières dont on les couronnait, et qui, à tout le moins, faisaient bel effet dans le paysage. L'intérieur de Yaucube est plus orné qu'il ne faudrait : on y étale des tapisseries historiées, qui représentent quelque page de l'ancien Testament, la vie d'Abraham ou celle de Moïse. Les simples chevaliers les ornent de pièces de soie. Cette tente, on en vient un jour à la parer comme une femme, on l'aime. Qui le croirait? elle a son histoire, tout comme une
con gentis chevaliers: — « Ha ! Broiefort, dist li Danois Ogier, — En tantes coites ra'avés cû mestier... — Se m'ait Dex, ne vos puisblastengier, » etc. Broiefort, cette fois, est sauvé; mais les regrets d'Ogier n'en sont pas moins touchants. = *" Les deux citations de la p. 706 sont empruntées à Jérusalem (v. 2111 et 2114). 11 en est de même de celle de la p. 707 (v. H et suiv. ;v. 784 et suiv.). = Les affirmations de la p. 708 sont justifiées par plusieurs textes d"Anlioche:(\, pp. 8 et 9, 60-62; II, pp. 96, 138, 152.) C'est encore à Jérusalem que nous devons les textes de la p. 709 (v. 893) et de la p. 710 (v. 889. Cf. Antioche, II, p. 294, etc.). Les paroles sauvages en l'honneur de la guerre, qui sont citées en la p. 711, sont tirées de Garin le Lolierain (I, p. 233). Mius aiment la bataille que or fin ne mangon (Anlioche, II, p. 178). Puis que il a le cief de l'elme armé, — L'auberc vestu, sus le destrier monté, — L'escu au col et l'espée au costé — Et en son poing le roit espiel quarré, — Petit li semblent li plus lonc jour d'esté (Ogier, v. 7579 et suiv.). Cf. Jérusalem, v. 908. Dans cette même page 711, la coutume des croix de feuillages est prouvée par deux textes d'Etienne de Bourbon : Cum... crucem herbarum de foliis accepissent in signum voti.. (Etienne de Bourbon, éd. Lecoy de la Marche, p. 90.) Accepit folium herbe in rnodum crucis (/frid.,p.38).=:Relativementaudéiiengënéral (p. 711), consulter Ogier (y. 4576 et suiv.), et au défi par les poils de l'hermin pelisson(pp. 711, 712): Raoulde Cambrai, éd. LeGlay, pp. 91 et 167 ; Girart de Roussillon, trad. P. Meyer, p. 36 ; § 75 ; p. 6.">, § 120, etc., etc. Le défi solennel se faisait, en effet, par le jet d'un ou de plusieurs poils du peusso.i h kr min : « Vostre lions estoie hui main à l'ajorneir, —Et moi et vos estiions acordei. — Li vos bornages vos soit quites clameis. » — Lors praïit us poa d'un ermin engoulé; — Au Roi le vaitenmile pis rueir,— Edist : f Gibers, or soieis defiei. — Par celle foi que je doi Deu porteir, — Jamais nul jor n'avereis m'amistei. n(Girbers <felfcfe,Bibl..Nal.,fr. 19160, fr.350v\)lL pramtur poil del' pelisson ermix : — Envers Gibcrt le ruai et flatit; — Puisli a dit :« Gibers, je vos défi. » (/fotf.,f'352,v\) Il prenl trois pox de l'ermin qu'ot vesti, — Parmi les inailles de l'auberc esclarci. — Envers Raoul les geta et jali ; — Puis, li a dit : « Vassal, je vos défi. » (Raoul de Cambrai, éd. Le Glay, p. 91 .) = Sur les messagers (p. 712), es. les textes suivants: a. Messages pendant la guerre, envoyés à deux ou trois reprises : Raoul de Cambrai, éd. Le Glay, p. 83, etc. — b. Costume et armure des messagers : Ogier, v. 1459,1440; Girart de Roussillon, trad. P. Meyer, pp. 127- 129; § 246-252; Rcnaus de Uontauban, p. 383, v. 24 ; Gaufrey, v. 3751, 3752. Cf. Viollet-le- Duc, D'ulionnairedu Mobilier, III, pp. 100, 101, pi. i. — c. Départ d'un messager et dernières instructions : Girart de Roussillon, 1. 1., pp. 124, 125 — d. Messagers qui sont interprètes ou latimiers : Ogier, v. 629; Jérusalem, v. 058; Gaufrey, v. 4008 et suiv. — e. Discours des messagers : Raoul de Cambrai, 1. I., pp. 85-87 et 91, Parise, v. 2269 et 2551; Renaus de Uontauban, pp. 3-8 ; p. 11, v. 28 et suiv ; p. 152, v. 18 et suiv.; Aquin, Bibl. Nat., fr. 2255, f 5 et 6 ; Fierabras, v. 2571 et suiv., etc. — f. Respect dû aux messagers : Renaus de )lontauban,\>. 153, v. 20; Bataille Loijuifer, Bibl. Nat., fr. 2494, f° 190, etc. — j.Daugcrs que courent les messagers : Ogier,y. 10 et suiv. ; Garins li Loherains, l,pp. 213-215 ; Renaus de Montauban, p.l7,v.24 et suiv.; Aquin,y. 520 et suiv.=C'est iijerusalcm(\. 889 et suiv.)que nous avons emprunté les idées et les faits énoncés dans la p. 717, et c'est à Victor Hugo que nous devons la citation, bien connue, de la p. 721.= Enfin nous appuyons nos dires de la p. 722
famille, et l'on se raconte, durant les longues veillées, comment elle a été conquise sur les païens, en quelle bataille, en quel jour. C'est tout un poème.
Ce qu'il faudrait en ce moment saisir vivement, c'est la physionomie générale de ce camp chrétien où l'on a été amené à imiter, plus d'une fois, les procédés orientaux. Nos camps, à nous, sont monotones de blancheur; mais le moyen âge avait mis sur ces pavillons l'empreinte d'un génie coloré et gracieux. Soies de toutes couleurs, rouges, vertes ou bleues, et variées comme la queue d'un paon; pommeaux d'or éclairés parle soleil; bannières étincelantes,
sur deux textes de Roland, v. 2631-2655 et 2645, 2644 , et de la Mort cCAimeri de Narbonne, Bibl. Nat., fr. 24569, f° 11. (La mer couvrirent de lanternes esprises^ etc.) = Textes de nos chansons sur les nefs et sur la marine aux xu* et xni* siècles (pp. 725-728) : a. Le port et les chaînes qui le ferment : Et la kaaine [si] ont laissié kaïr — Ki tout le port doit en travers lenu(Anseïs fils deGirbert,Wih\. Nat., fr. 4988, f° 186). — b. Description d'une flotte : Covenans Vivien, v. 502 et suiv.; Prise d'Orange, v. 1510 et suiv.; Mort cCAimeri de Narbonne, Bibl. Nat., fr. 24569, f° 11; Destruction de Rome, v. 201-257. — c. Description d'un vaisseau : Aye d'Avignon, v. 1853 et suiv. : Mâts, voy. Demay, Le Costume d'après les sceaux, p. 265. d. Voiles : G. Demay, p. 261 (Cf. Aye, 1. 1., v. 1866 : En la nef ot trois voiles qui à toz vens corront.) e. Châteaux : G. Demay, p. 254, 255, 261. f. Bannières qui sont arborées aux châteaux ou aux mâts : Yiollet-le-Duc, Dictionnaire du Mobilier, V, p. 480, et G. Demay, 1. 1., p. 259; g. Chambre de derrière: Aye <ï Avignon, v. 1860, 1861. (Et au chief par derrière où l'estrument metront, — Ot une chanbre close où li Conte gierront.) h. Proue : Aye, v. 1863-1865 : Et devant, ens ou chief, ot un pommel reont — Et un ymage paint en guise de Dragon, — La grant gueulle baée tôt droit là où yront ; i. Provisions à fond de cale : Moniage Renoart, Bibl. Nat., fr. 368, f° 234 : De la vitaille est richement garnie; Aye, v. 1858 : A un an tôt entier y metent garnison ; Huon de Bordeaux, v. 2811 et suiv. : Adont ont fait une nef aprester; — Dedens ont mis bescuit à grant plenté, — Et pain, et car, et vin vies, et claré. — De l'iaue douce i fait asez porter, etc. Godefroi de Bouillon, v. 4785, etc.; j. Munitions de guerre :Aye, v. 1857; etc. k. Étables pour les chevaux : Aye, v. 1853, 1854. « Iluec sont les estables où li cheval gierront — Et i mêlent douce yaue dont les aheveront. I. Barque de sauvetage : Aye, v. 4861 (?) Cf. Demay, 1. 1., p. 257. m. Ancres (on en avait jusqu'à douze et même jusqu'à vingt pour une nef): G. Demay, 1. 1., p. 257. n. Vaisseau de luxe : Destruction de Rome, v. 315-555; Anseis de Carthage, Bibl. Nat., fr. 795, f" 11, v* : Toute est bordée (la nef) d'ivoire et d'ebenus. — D'ivoire i est uns castiaus esbatus. — Li mas en est et drois et estendus; — Les cordes sont de soie, n'en sai plus. — Li single furent de soie à or batus. — Portrais i est et Castor et Poilus, — Lor suer Elaine et rois Menelaûs. — De Troie i est li cembiaus et li hus, — Cornent Ector fu mors et confondus — Et .Veuilles et li rois Patroclus — Et Antenor et li ber Troïlus, — Comment de Troie fu li murs abatus, — La cités arse et Ylion fondus, — Li biaus palais, jamais tels n'ert veûs, — Et li chevals ens saciés par les murs, etc. o. Vaisseaux de transport, huissiers (ainsi appelés à cause des huis ou portes qui s'Quvraient pour recevoir les chevaux, etc.) : Es uissiers metent les bons chevaus de pris. — Et aus sentines les bons tonniaus de vin, — La char sallée, etc. [Garins li ,Loherains, II, p. 139.)p. Costume des marins (deux cottes, manches étroites, cheveux courts sur le front, chausses collantes s'arrêtant au genou). Voy. Demay, 1. 1., p. 254. q. Rameurs : Gaufrey, v. 6294 et suiv. r. Un combat naval -.Bataille Loqui/er, 1. 1., f" 178. s. Bord fortifié pour le combat : Et le bort bataillièrent où il se
qui flottent à tous les vents. Puis, les trompettes qui sonnent au premier malin et à la tombée du soir; le va-et-vient des sergents et des écuyers; les chants des chevaliers qui trompent leur ennui avec les pastourelles et les « saluts d'amour » de leur pays; la nuit qui descend et enténèbre tout ce beau décor; le petit corps d'armée qui est chargé du guet, marchant lourdement dans l'ombre, et les eschangaites se répondant au milieu du silence d'une nuit d'Orient: tel est l'aspect général d'un camp de Croisés'. Il ne faudrait pas cependant le trop embellir; car on y trouve cette vermine qui a souillé les meilleures armées : des histrions et des
combalront (Aye, v. 1850). On imitait, en ces nefs, le crénelage des châteaux, t. Débarquement : De blans sablons i fu biaus et grans li graviers ; — Là arivent les nés nos barons chevaliers. — Hors de la barge font traire les bons destriers, — De l'erbe les corroient et torchent escuier. (Aye, v. 1886-1889). Les pons gettentan terre.... — Les voilles avalèrent....— Puis issirent des nefs. (Destruction de Rome, v. 395-397.) ^ur les nefs en général voy. noire figure de la p. 766 (sceau de la ville de Dunwich, Angleterre, XIII* siècle). = ' Textes sur les camps : a. Établissement kt disposition hiérarchique. — A la reonde.... — De pavillons poissiez moult veîr —El defors l'ost, à haies, à jardins, — Logent serjans dont il ol bien dis mil — Et les Communes logent parle larris. (Garins li Loherains, II, p. 53.) Au centre du camp est le pavillon du Roi, avec sa chapelle. (Renaus de Montauban, p. 58, v. 9 et suiv. Cf. encore Garint li Loherains, 1, pp. 24 et 97.) Pour établir un camp, on s'adresse aux habitantsdu pays, que l'on transforme en ouvriers: Et Kalles d'Aïs ne s'i volt atargier. — Par le païs a fait li Rois hucier — Que à l'ost viegne qi voira gaagnier; — Gart n'i remaigne vilain ne manovrier; — Cascuns aport ou haue ou pic d'achier. — Tant en i vient et avant et arier — Mien escient, sont plus de dis millier. — Puis font trancies et fossés commencier. (Ogier, v. 8121 et suiv.) C'est également avec les paysans voisins que l'on s'entend pour l'alimentation du camp. (Renaus de Montauban, p. 58.) Il y a une exagération manifeste dans l'affirmation de l'auteur de Gaydon(v. 27-29), qui donne « trois grans lieues » à l'étendue d'un camp. — b. Les tentes. Les tentes sont appelées 1res, loges, aucubes et pavillons. Elles se composent des éléments suivants que nous allons successivement étudier : 1* Pieu du milieu, poteau central. 2° Piquets, paissons. 3" Cordes. 4° Etoffe. 5° Sommet ou faite de la tente. 6* Intérieur. — c. Les tentes ont principalement reçu deux formes. 1° La forme conique est de beaucoup la plus importante et la plus usitée. Ces sortes de tentes sont attachées autour d'un bâton central. 2" D'autres sont a deux pans, et YioUet-le- Duc en donne une excellente image en son Dictionnaire du Mobilier (VI, p. 346).. — d. On trouve, dans nos vieux poèmes, de nombreux détails sur ce poteau central : Puis a fet la colombe hors du cofre sachier — Que l'en metoit en trois quant on veut chevauchier; — L'une entrait en l'autre comme on fet en cloquier : — La première dessus estoit d'ivoire chier; — La seconde colombe si estoit de sipier, — D'un fust qui a non cipre, qui merveillez est chier. — De pierrez précieuses i avoit un millier. — Si ot un escarbougle qui moult reluisoit cler, etc. (Gaufrey, v. 5070 et suiv.) L'estace en fu d'ivoire, etc. (Alexandre, p. 52, v. 29.) Cf. un passage très intéressant de Renaus de Montauban (p. 419, v. 10) sur « la forche d'une loge ». — e. Étoffe de la tente : Ogier, v. 8429 (tente de pailé) : Destruction de Rome, v. 416 et 417 (tans très et pavillons de bon paile roi. — El tante riche tente de sainit estellé; Jérusalem, v. 5553; Gaufrey, v. 1343, etc. (très de soie cordeïs.) Etc., etc. — /. Les heux ou paissons : Kalles a fait son très en haut drechier Fait ces paissons fichier. (Ogier, v. 6102, 6104.) Les cordes sont de soie, les
filles. Ici les histrions s'appellent « jongleurs » et les filles s'appellent... je ne sais comment. Avec de tels mélanges, une armée est perdue et n'a pas le droit de s'appeler « l'armée de Dieu ». Saint Louis l'a compris; mais il y a deux choses qui sont bien difficiles ici-bas : chasser ces gens-là d'un camp, et les marchands du temple.
Entouré d'un large fossé auquel on a fait travailler de force tous les vilains du pays, gardé toutes les nuits avec une rare exactitude, muni enfin d'abondantes provisions, le Camp semble imprenable. On le pourrait considérer comme une excellente base d'opérations militaires, s'il ne fallait pas, en campagne, compter avant tout sur l'imprévu. L'imprévu, ce sont les maladies qui tombent sur les chevaliers et les terrassent; c'est le manque d'eau douce; ce sont des chalands que l'on attendait, chargés d'armes et de vivres, et que la tempête a submergés en route. Puis, enfin, l'on n'a pas été sans commettre d'assez lourdes fautes et surtout, chose commune dans les armées du moyen âge, on n'a pas suffisamment assuré ses communications « avec sa base d'opérations », ni avec les pays d'où l'on attend le vivre et le
paissons d'olifant. [Antioche, II, p. 246.) Lors fu tendus ses très,paissonés etfichiés. (Chelifs, éd. Ilippeau, p. 214.) Cf. Alexandre, p. 329, v. 22; Girart de Roussillon, trad. P. Meyer, p. 187, etc. — f. Les cordes. « Que les licous ne soient pas ôtés. » (Girarl de Roussillon, trad. P. Meyer, p. 187. Cf. Aniioche.U, p. 246; Chetifs, éd. Hippeau, p. 214; Alexandre, p. 529, v. 22.) Quand l'ennemi pénètre dans le camp, sa première occupation consiste à couper les cordes de toutes les lentes : Charroi, v. 232, 233 ; Ogier, v. 1807 ; Mort d'Aimeri de Narbonne, Bibl. Nat., fr. 24369, P 11 ; Renaus de Montauban, p. 151 , v. 6. — g. Le faîie de la tente : aigle d'or au-dessus de la seule tente du roi : Moniage Guillaume, Bibl. ' Nat., fr. 7 74, f 208, V, et f. 368, f 2 32, v°; Ogier, v. 7231 et 9937 (L'aigle flambianl - Et un dragon qui siet desus si grant); Renaus de Montauban, pp. 114, 151, 293; Fierabras, v. 75, 74. — h. Aigle d'or au-dessus de la tente d'un fils de roi : Ogier, v. 8961. — i. Aigle d'or
au-dessus des tentes de simples chevaliers et BARONS : Renaus de Montauban, p. 60, V. H.
j. Pommeaux, au lieu d'aigles : Girarl de Roussillon, trad. P. Meyer, pp. 21 , § 25 et 46. — /[.Pommeau* et aigles au-dessus des tentes des païens : Jérusalem, v. 2871; texte important. Destruction de Rome, v. 400, 415, .460. — l. Intérieur d'une tente he chef: Antioche, II, pp. 246-247; Chetifs, p. 214 et suiv.,et surtout Jérusalem, v. 5492 (peintures, etc.). Ces trois tentes sont païennes. Cf., dans Aquin, la longue description de la tente de Charlemagne. (v.1136 et suiv.) — m. Tente avant son histoire : Et fist porter avec un tref riche et plenier. — Il fu au roi Quinart.... — Robastre le conquist.... — En l'orrible bataille où il ochist Nasier. (Gaufrey, v. 4796 et suiv.)— n. Phvsionomie générale d'un camp : Cirai-/ de Roussillon, trad. P. Meyer, pp. 23, 24; Jérusalem, v. 1154 et suiv., et surtout Anlioclte, II, p. 29.— o. Un camp la nuit: Garins li Loherains,\, p. 95; Ogier, y. 8924,8925.—/?. Uns • matinée au camp : Garins li Lohcrains, I, p. 92 et p. 11. Cf. Viollet-le-Duc, Dictionnaire du Mobilier, H, p. 244. — o. Garde du camp; « guette » de nuit, » etc. : Aye d'Avignon, v. 640, 041 ; Antioche, II, pp. 85, 86 ; Renaus de Montauban, p. 77, v. 28; Macaire, v. 2587, etc.
A RoNCKVAUX. — MORT DES DOUZE PAIRS ET DERNIERE REVEDICTION DK L'ARCHEVEQUE TURP1N (p. 75tf)
D'une voix très douce, Roland fait cette prière à l'Archevêque « Ab ! gentilhomme, donnez-m'en votre congé. « Nos compagnons, ceux que nous aimions tant,
• Sont tous morts ; mais nous ne devons point les laisser ici.
« Écoutez : je vais aller chercher et reconnaître tous leurs corps; '< Puis je les déposerai à la rangelte devant vous. » Roland s'en va, et les a tous déposés en rang devant Turpin. L'Archevêque ne peut se tenir d'en pleurer ; Il élève sa main, et leur donne sa bénédiction : i Que Dieu le glorieux ait toutes vos âmes
• Et qu'en Paradis il les mette en saintes Heurs ! »
ChwuoH dt Roland, v. 2176-2197.)
790 Composition de Luc-Ouviir Merson.
secours. C'est là l'erreur fatale qui a tant de fois perdu nos malheureux croisés, pleins d'ardeur, voulant se jeter sur l'ennemi, et mourant banalement du scorbut ou de la fièvre chaude. Le mal, cependant, ne fait que croître, et en arrive certain jour à un tel point, qu'on n'y peut vraiment plus tenir. On lève le camp et, sans prendre toujours le soin de se garder suffisamment, on marche, un peu follement, à la rencontre d'un adversaire redoutable, qui est chez lui, qui connaît le pays, qui épie tous les mouvements de ces envahisseurs et profitera de toutes leurs imprudences. Rien n'y fait : les chrétiens se mettent en route. « De l'eau douce? de la viande? Les païens en ont. Nous « allons les leur prendre. En avant! »
Ce n'est point petite affaire que la levée d'un tel camp ; mais la chose se passe plus rapidement encore qu'on ne pourrait le croire. On commence par défaire les nœuds qui attachent aux piquets les cordes de chaque tente; on arrache ensuite les piquets eux-mêmes, et l'étoffe du tref s'abaisse et retombe d'elle-même sur le poteau central. On roule, on ploie le tout, et l'on eh trousse les mulets et les sommiers. Il est un procédé plus expéditif, mais à l'usage des ennemis qui surprennent et envahissent un camp : c'est de couper toutes les cordes des aucubes. Grâce à Dieu, nous n'en sommes point là.
Je voudrais peindre au naturel une armée française en marche sous ce rude soleil de l'Egypte. 11 est rare que cette marche soit silencieuse, et l'on s'avance au son des olifans et des tabors ', toutes enseignes déployées et l'Oriflamme en tête, si le Roi est là. On n'a pas négligé d'envoyer, en avant de cette belle troupe joyeuse, tout un monde de fourriers, de coreors et d'ardeors pour « reconnaître le pays et y jeter l'épouvante'» Jusque-là, tout est stratégique, tout va bien ; mais ce qui est inquiétant, c'est celte file énorme, cette queue interminable de pionniers1, de mulets et de bagages qui se déroule à la suite de l'armée. On ne s'en peut faire une idée. Les mulets chargés des tentes forment déjà un effectif
— r. Levée de ca»p, tentes troussées sdr les sommiers, etc. : Parise, v. 2059 ; Aiol, v. 8519 et suit.; Chetift, p. 225; Gaufrey, v. 4796. = ' Garins li Loherains, I, p. 91. Il s'agit ici, comme dans les textes suivants, d'une année opérant en France; Cf. Renaus de Montauban, p. 30, t. 2i; Aiol, t. 10664. = * Gariru li Loherains, I, pp. 165, 166. =5 Renaus de Monlauban, p. 53, t. 38.
assez imposant; mais chaque baron, en outre, a son coffre ou ses coffres1 qui renferment ses armes de rechange*, ses vêtements, son petit trésor5. Autant de mulets ou de roncins troussés1. Joignez à cela les retardataires, les malades, les jongleurs, les lourdes voitures où se juchent les femmes6, et vous aurez, à peine un « crayon » de cet étrange zigzag de bêtes et de gens qui ondoie à travers les plaines égyptiennes. Les meilleures armées sont toujours alourdies par ces arrière-gardes qui les ont souvent compromises et quelquefois perdues. Contre un tel mal il est peu de remèdes.
De temps en temps, on fait une halte de plusieurs heures6. On cherche l'eau fraîche et l'ombre ; on fait reposer les chevaux. Deux ou trois jours de repos sont parfois nécessaires : car le nombre des malades va sans cesse en augmentant. Les morts jonchent la route, et nous ne songeons peut-être pas assez à l'épouvantable tristesse d'une telle fin. Mourir d'un coup de lance au cœur, c'est encore plus glorieux que bref, et l'on en parlera longtemps dans la famille, dans le pays du « martyr ». Mais, le corps brûlant, la langue desséchée, la tête en feu, mourir enfoui dans le sable, en jetant un dernier regard sur les heureux chevaliers qui s'en vont allègrement à la bataille et qui, eux, reverront un jour leurs femmes et leurs enfants; mais se sentir abandonné de l'univers entier, seul, seul, seul; mais, à travers le délire de la fièvre, avoir de ces terribles moments lucides où l'on voit tout à coup passer sous ses yeux (si nettement, hélas!) les images de son château tant regretté, de sa bien-aimée Aélis et de sa petite Clémence ou de son petit Pierre : c'est horrible. Notre baron éprouva cette douleur, et peu s'en fallut qu'il ne fût un de ces morts inconnus , dont les historiens ne parlent pas et que Dieu récompense doublement. 11 était là, sur le bord de ce que je n'ose appeler une route, et il y allait certainement mourir, lorsqu'un pionnier survint, qui poussait trois mulets devant lui. Le « vilain » s'arrêta un moment près du chevalier et, d'une voix émue : « C'est vous, lui dit-il, qui « m'avez sauvé la vie le jour du débarquement, quand je me « noyais. Je vous veux sauver à mon tour. » Sur ce, il prend
« Parise, v. 18G3 et suiv. — s Garins li Loherains, H, p. 117. = 5 Gaufrey, v. 4791 et suiv. = * Aiol, v. 8510 et suiv. Cf. Gui de Bourgogne, v. 395.= « Gui de Bourgogne, y. 4017 et suiv. = 6 Olinel, v. 736 et suiv.
tendrement le baron entre ses bras, le soulève, et le dépose doucement sur le dos de son meilleur mulet. Puis, il le fait boire à longs traits d'une eau presque fraîche, l'ajuste sur la bête qu'il fait marcher à l'amble, le conduit à petites journées, le soigne comme une mère, le guérit, le sauve. C'est l'histoire du bon Samaritain, et j'avoue qu'elle n'a point le mérite de la nouveauté. Mais, dites, en connaissez-vous de plus belle ?
Tant de malades, tant de morts décident enfin les chefs de l'armée à brusquer les choses et à livrer une grande, une décisive bataille. Ont-ils un plan en tête ? Ce plan est-il véritablement stratégique? Y avait-il alors une stratégie ? Autant de questions qu'on ne peut éviter; autant de problèmes qu'il faut résoudre.
Une grande clarté est ici nécessaire.
En général, aux xi' et xii* siècles, il n'y a pas eu de véritable stratégie dans l'ordonnance de nos grandes ou de nos petites batailles. Le chef de Yost divise invariablement ses chevaliers en un certain nombre de corps d'armée, de batailles ou d'échelles '. Il les groupe, s'il est possible, d'après leur nationalité ou leurs provinces, et excite entre eux cette émulation qui est toujours si utile au succès d'une affaire. En avant de tous ces corps d'armée qui occupent sur une seule ligne une si longue étendue de terrain, il place l'avant-garde, le corps d'attaque. Derrière ses échelles, il dispose enfin, sous le nom d'arrière-garde, une véritable « réserve » qui ne doit faire son entrée sur le champ de bataille que vers la fin de la journée ou en cas de péril évident, pour brusquer le dénouement ou hâter la victoire'. Cependant, dans la campagne, les fourriers s remplissent un peu l'office de tirailleurs, et, à coup sur, celui de pourvoyeurs. Le même plan, d'ailleurs, est exactement suivi par le chef de l'armée ennemie. Disposées selon le même ordre, les deux troupes, qui sont tout près l'une de l'autre, attendent silencieusement le signal d'une bataille qui va res-
1 Voy ., dans Roland, la fameuse division de l'armée française en dix « échelles » (v. 30 1 4- 3095), et de l'armée païenne en autant de corps différents (v. 3230-3230). Cf. Girart de Roussillon, trad. P. Meycr, p. 80, §143, 144 ; p. 83, § 146, 147; les Saisties, II, p. 58, g clxxvh ; Antiocke, I, p. 211 et suiv. ; Jérusalem, v. 2751-3080 ; Rcnaus de Montauban, p. 232, v. 8. Cf. un passage très curieux de Godefroi de Bouillon où cette même division est reproduite dans une « revue » (v. 3177 et suiv.). = 2 Gurins ULoherains, I, p. 218, Godefroi de Bouillon, v. 5886. = » Ogier, v. 8644 et suiv.; Aye d'Avignon, v. 134 ; Parise, t. 2458 et suiv.; Renaus de Montauban, p. 121, v. 6, etc.
sembler à une partie de barres. Tout à l'heure les deux avantgardes en viendront aux mains; puis, les deux grandes lignes de bataille s'ébranleront formidablement, s'approcheront, se heurteront, se tueront. Plusieurs milliers de duels composeront alors l'énorme combat. A un certain moment, les réserves donneront : nouveaux cris, nouveaux duels, nouvelles morts. Puis, les deux chefs (deux rois peut-être ou deux empereurs) finiront par se rencontrer sur cette terre trempée de sang : ils se défieront, et le duel suprême commencera. L'armée dont le chef sera tué peut être dès maintenant considérée comme une armée vaincue. C'en est fait, le Turc jette un cri, il tombe de son cheval, il expire, et ses soldats, épouvantés, prennent la fuite à toutes brides, en jetant d'horribles cris de détresse et de rage. Les chrétiens cependant ne sauraient laisser un tel ennemi s'enfuir de la sorte : la poursuite commence, et les païens meurent par milliers. Si l'on a l'heur de trouver une rivière qui barre le passage aux vaincus, on les y jette, et ceux, dont l'épée n'a pas encore fait justice, périssent misérablement noyés.
Telle est l'ordinaire tactique', si l'on peut donner ce nom à une disposition aussi simple, qui ne change jamais et ne saurait avoir rien d'imprévu ; mais il y a à cette règle générale un certain nombre d'exceptions qui méritent d'être signalées. Certains de nos héros, comme Girard de Roussillon*, élaborent de véritables plans de campagne, qu'ils exposent à leurs chefs de corps, dans quelque coin de leur château, et le plus mystérieusement qu'il est possible. Le moyen le plus souvent employé, c'est l'embuscade ou Yagait. Dans
' « Deux armées arrivent en présence l'une de l'autre : les plus forts et les mieux armés sortent des rangs, et en viennent aux mains avec un petit nombre d'adversaires également bardés de fer. Puis des troupes de valets, écuyers et fantassins surviennent pour les débarrasser ou saisir les guerriers désarçonnés. En conséquence des bons ou mauvais succès de ces engagements particuliers, les masses avancent ou reculent jusqu'au moment où l'on cède absolument le champ de bataille. Le lendemain on enterrail les morts, on échangeait ou on rachetait les prisonniers, et tout recommençait de plus belle. » (P. Paris, Histoire littéraire, XXII, p. 717. Cf. p. 270.) L'idéal d'une bataille, c'est de traverser l'armée ennemie et de la retraverser de nouveau pour reprendre ses premières positions : « Quand vous serez dans la mêlée, frappez, tuez, renversez tout, jusqu'à ce que vous ayez traversé les rangs ennemis, et alors retournez tous ensemble sur eux. » [Girart de Roussillon, trad. P. Meyer, p. 87, § 152. « On pourra se référer ici aux trois types suivants de grandes batailles, qui donneront une idée exacte de toutes les autres : Girart de Roussillon, trad. P. Meyer, p. 40, § 84 et surtout p. 91 : bataille de Vaubeton ; Raoul de Cambrai,éd. Le Glay, p. 95 etsuiv.; Couronnement Looys,\. 895-1281. = 2 Trad. P. Meyer, p. 36,
un bois bien feuillu, on cache une centaine de chevaliers qui tombent en temps voulu sur l'ennemi confiant et le taillent en pièces. L'agail1 est une ruse qui réussit toujours et qui, par conséquent, semble toujours nouvelle. Ai-je besoin de dire qu'on use et qu'on abuse de l'espion * ; mais un bon espion n'est pas encore si facile à trouver : il faut qu'il sache plusieurs langues; qu'il ait le talent d'inventer certains déguisements; qu'il se travestisse en pèlerin, ou même en mort. Puis, il lui faut un vrai courage, et il ne peut se dissimuler qu'il joue sa tête. Une armée, d'ailleurs, est-elle en péril? Vite, on avise aux moyens les plus expéditifs de demander du secours, et les pigeons voyageurs, les colons messagiers* s'offrent sur-le-champ à l'idée de nos pères. On en fait partir jusqu'à cent avec des brefs au cou. Malheur, par exemple, malheur à celles de ces pauvres petites bêtes qu'atteindront les faucons de l'ennemi*! Qu'importe ! ils partent tous avec le joli froufrou d'ailes que vous connaissez, et grâce à eux peut-être, l'armée chrétienne sera sauvée. Les attaques feintes' et les reconnaissances ' n'ont pas été étrangères aux généraux de ce temps ; mais c'est tout ce qu'on en peut dire, et ils les ont rarement pratiquées. Habitués comme ils l'étaient aux machines de siège, ils ont eu facilement la pensée d'appliquer ce système aux batailles en plaine. Dans toute armée bien organisée, il y a des charpentiers' qui sont capables de construire de ces engins roulants'; mais, encore un coup, ce ne sont là que des exceptions. 11 est à peine utile de parler de ces petites ruses de guerre à l'usage de tous les peuples naïfs, et qui faisaient tant rire les bons auditeurs et lecteurs des xh" et xm" siècles. C'est Godefroi qui fait défiler dix fois le même corps d'armée avec des
§ 75. = * Un agait type est celui qui est raconté dans O'jier, v. 7626 et suiv. Il y en a cent autres. = * Hervi* del/e<s,Bibl.Nat., fr. 19160, f° 33, v° : « J'ai deux serjans que j'ai norris soef. — Il n'ert languege qu'il ne sache parler, — Englais, Flamans, Alemant atrelel,.. — Je les ferai molt bien atapiner, » etc. Cf. Ogicr, v. 1151; Auberi, p. 89, v. 22 et suiv., et p. 220, v. 34; Gaydon, v. 7640 et suiv. Etc., etc. = s Les colons aporterent dont i ot plus de cent. — Les brés lo ont pendus ens es cox esramment... — Or s'en vont li colon par desor l'air volant. (Jérusalem, v. 2574.) Ces pigeons sont lâchés par les païens, et les Français les prennent tous à l'exception de trois (v. 2607). Schultz cite plusieurs autres textes, qui offrent moins d'intérêt. = * Columbam desuper exercilum volantem accipiler in medio discurrentium mortaliter plagatam dejecit. Quum autem sustulisset eam episcopus Attcnsis, reperit litleras, quas illa deferelat. (Raimundus de Agiles, Historia Francorum qui ceperunt Jérusalem, cap. xix, cité par Schultz.) =B Girart de Roussillon, p. 79. Note de P. Meyer. =e Gui de Bourgogne, v. 112 et suiv. =7 Ogier, v. 8136 et suiv. ; Saisnes, II, p. 45, couplet clxviii. =* Saisnes, ibid. L'ovrage laissent tuit, etc.
habits différents, sous le regard effaré des païens f (procédé à l'usage des directeurs de théâtre) ; c'est Ogier construisant des chevaliers en bois et mettant le grand Charles en demeure d'être effrayé de ces mannequins 2 ; c'est Guillaume pénétrant dans Nîmes* sous le costume d'un marchand, après avoir ingénieusement enfermé ses chevaliers en des tonneaux ; c'est Roland se laissant étendre dans une bière pour entrer dans le château de Lanson * ; c'est... mais qu'est-il besoin de poursuivre l'énumération de ces vieilles finasseries qui peuvent aujourd'hui passer pour préhistoriques et ne nous amusent plus. C'est de l'enfantillage, et non pas de la stratégie.
La meilleure tactique de nos pères consiste dans l'heureux emploi qu'ils ont fait de certaines armes et de certaines troupes. Certes, ils n'y sont pas venus sans quelque peine, et les grands chevaliers, plantés sur leurs gros chevaux, ont toujours jeté des regards torves sur ces gens de rien, sur ces archers6 et arbalétriers dont ils daignaient utiliser les petits talents. Le bon sens a, cependant, fini par l'emporter, et ils ont compris qu'on ne décide pas uniquement du gain d'une bataille avec une lourde épée et une lance longue de huit pieds. Us ont eu l'esprit d'employer les archers comme tirailleurs, mais non sans faire quelque grimace à la pensée que la plupart de
1 Jérusalem, v. 376b et suiv. = 2 Ogier, v. 8385 et suiv. as 3 Charroi de Nimes, v. 969 etsuiv. Cf. YE7itrée de Spagne, Venise, Saint-Marc, mss fr.,XXI,f°109, où l'on voit des chevaliers, cachés dans une charrette, transporter une machine de bois qui doit servira faciliter rassaut.LaruseestdecouverteparlepaienMaugeris.ee texte est accompagné de miniatures très curieuses et qui mériteraient d'être reproduites. = l Jehan de Lanson, Bibl. Nat., fr. 2495, f° 5-8. Cf. dans \mPrisedePampelune (v. 5263 et suiv.) l'artifice de Roland qui se fait passer, lui et les siens, pourle « secours au roi Marsile ». Charlemagne, dans Gaydon (v.9769 et suiv.), se travestit en pèlerin pour s'emparerd'Angers ; etc., etc. Un stratagème de meilleur aloi est celui dont se sert Charlemagne pour nourrir leschevaux de son armée. Le pays étant très marécageux, il fait bâtir un «castel de bois «sur quatre roues. Du haut de ce château, on lance des claies surle marais et l'on y peut prendre de l'herbe (Ogier, v. 8136 et suiv.). =5 Textes sur les archers : a. Rang social. Les archers sont des non-nobles, des bourgeois (Parise, v. 2366, etc.) qui, en général, sont peu estimés de la noblesse. Ils appartiennent, surtout depuis Louis le Gros, aux milices communales. — 6. Costume. Voy. la tapisserie de Bayeux reproduite par Viollet-le-Duc, Dictionnaire du Mobilier, V, 43. Cf. Iicnaus deMontauban, p. 201 , v. 30 ; 202, v. 23 et, avant tout, un passage très intéressant de Itou, v. H 626 etsuiv. — c. Emploi stratégique. On emploie surtout les archers comme tirailleurs: Aupremiercief devant estoient li arcier. (Fierabras,v. 5684, etc.) — d. Proportion numérique. A quinze ou vingt mille chevaliers correspondent environ sept cents archers armés d'arcs turquois (Renaus de Montauban, p. 201, v. 30; pp. 229, v. 20; 259, v. 35. — e.Tir.Il nous est absoliimenlimpossibledadmeltreraffirmalion de Viollet-le-Duc:«Unbon archer anglais tirait douzecoupsala minute elmanquait rarement le
ces utiles auxiliaires leur venaient des Communes. Ils se sont, au reste, imposé l'obligation de ne pas en admettre un trop grand nombre dans leurs rangs : sept cents, par exemple, sur quinze ou vingt mille barons à cheval. Les meilleurs étaient Anglais, Brabançons ou Gascons1. Ils en arrivèrent à une grande rapidité de tir, et manquaient rarement leur but à deux cents pas. lin souvenir terrible dominait, à ce point de vue, tous les hommes du moyen âge, et l'on se racontait, de père en fils, cette histoire qui faisait une si vive impression sur tous les gens de guerre : « C'étaient les archers normands qui avaient véritablement gagné la bataille d'IIastings : ils s'aperçurent, au milieu du combat, qu'ils ne tiraient pas assez haut, et se mirent à viser au-dessus des tètes. Les Saxons furent épouvantés de ces traits qui leur perçaient les chiés et les viaires, et la grande débâcle commença*. » Ces archers-là, sans le savoir, déterminèrent un grand changement dans le monde.
Les arbalétriers5 étaient des sergents qui rendaient à peu près les mêmes services avec leurs carreaux que les archers avec leurs flèches. Moins légers, cependant, et « particulièrement chargés de faciliter les approches «.L'infanterie proprement dite, les piétons ont eu plus de peine à conquérir leur importance. Pour entendre parler de cent mille geldons, il faut descendre jusqu'à des poèmes du xrve siècle, tels que la Prise de Pampelune; mais ces « geldons » avaient depuis longtemps une bonne place dans l'esprit public en Angleterre, et l'avenir leur appartenait*. Les milices communales5 n'étaient que
but à deux cents pas. » (Dictionnaire du Mobilier, X, p. 54.) = * Viollet-le-Duc. = * Rou, t. 43275 et suiv. = J a. Les arbalétriers sont assimilés aux « sergents » (Garios li Loheraint, I, p. 230). — b. Ils ont à peu près le même rôle stratégique que les archers : Doon de Maience,\. 40592, etGaufrey, v. 7644 et suiv.; mais ils sont plus particulièrement chargés (Dictionnaire du Mobilier,^/, p. 23) de « faciliter les approches ». — c.Au douzième siècle, ils sont tout habillés de mailles, et ce n'est que vers le milieu du treizième siècle qu'ils revêtiront un chapeau de fer pour se préserver des projectiles lancés de haut. (Ibid., V, p. 23.) Cf., p. 22, l'image d'un arbalétrier et de son arbalète, et V, pp. 252-255, la figuration exacte d'un carreau d'arbalète, lequel diffère de la flèche en ce qu'il est plus court, muni d'un fer plus pesant, et qu'il est empenné de deux pennes au lieu de trois. — e. Un bon arbalétrier ne pouvait lancer que deux carreaux à la minute. (Ibid., p. 21.) L'arme était d'un maniement difficile et d'un poids lourd. = * Iluec nous fist assaillir par vertu. — A set vint homes... — Lagent à pié furent X.M.oupIus. (Bibl.Nat.,fr. 19160, P 294.) Cf. le rôle important des geldons, dans Renaut de Montauban, p. 195, v. 17, et surtout dans la Prise de Pampelune, v. 4575 et suiv., etc., etc. « Vous aurez un jour à votre service trente mille chevaliers et cent raille geldons », telles sont les paroles de Charlemagne au couvert Isoré dont il fait un comte de Flandre (v. 4501-1556?) On connaît le rôle joué à Hastings par les geldons anglais (Rou, v. 12927 et suiv.). = ' a. Convocation des milices communales ; Li borgois
Ihh LA VIE MILITAIRE DU CHEVALIER.
de la piétaille, et on leur donnait par mépris une place dérisoire dans les camps féodaux ; mais il faut bien croire que cette piétaille se conduisit vaillamment : car il est rare que nos poètes se hasardent à la plaisanter, comme on plaisantait naguère la garde nationale de 1840. Il est, au contraire, un assez grand nombre de nos chansons où l'on ne craint pas de faire ardemment leur éloge, et il convient ici de ne pas oublier que ces poèmes étaient principalement chantés devant des auditoires nobles, en des châteaux. Dès qu'on sonne la grant cloque, ils s'empressent, ils courent, ils s'arment d'arcs, de haches et de massues, et ces « francs hommes bien nés, bons et vaillants » se battent en chevaliers et sont trop à redouter. 11 y a dans Garin de Montglane (un poème de dernier ordre cependant) un certain bataillon de forgerons qui fait merveille. Quels gaillards! Ces gens de pied étaient appelés à rendre d'autant plus de services qu'on ne pouvait pas toujours compter sur le dévouement et l'exactitude militaires des chevaliers. Ici encore, l'influence de la féodalité a été souvent néfaste : que faire avec des soldats qui ne doivent que quarante jours de service? Tel était le cas de tous les vassaux qui devaient l'hommage « simple », et ils étaient nombreux. Aussi, dès le xu° siècle, les « soudoyers1 » étaient-ils en faveur dans
ont la grant cloque sonée. — Et la petite tôt d'une randonée. — Et la comugue est tantost assanblée. (Ogier, v. 3816-18.) Cf. Aiol, v. 7452 et suiv. — b. Textes fa\orables aux troupes des Communes : Jant de commune fait trop à redouter (Hervis, Bibl. Nat., fr. 19160, f" 74). Cf. Girart de Roussillon, trad. P. Meyer, § 577, 582; Garins li Loherains, I, p. 140; H, pp. 117, 119; Enfances Guillaume, Bibl. Nat., fr. 774, f° 8; Renaus de Monlauban, p.30,v. 1-4; Garin de Montglane, Bibl. Nat., fr. 24405,^78,79; Mortd'Aimeri de Narbonne, Bibl. Nat., fr. 24369, f° 11 ; Garin de Montglane, en prose (Bibl. Nat., fr. 1460, f 254 et suiv.) — c. Textes défavorables aux milices communales : Moniage Renoart, Ars. anc. B.L.F, 185, f° 169 r°; Girart de Roussillon, trad. P. Meyer, p. 27, § 58, et surtout Aiol, v. 7607 : Ja puis ne douterons les bourgois de noient : — Car des armes porter sont apris povrement, — Que ce est un mestiers qu'ils ne font pas souvent. — d. Les gens de pied sont, en général, dédaignés par les nobles, et un de nos poètes, pour flatter les châtelains, va jusqu'à dire : Bien suut soissante mille chevaliers à escus, — Sans la piétaille a pié dont n'est conte tends. Gaufrcy, v. 849.) — e. Dans l'économie dun camp, on ne daignait donner d'autre place à cette piétaille que les larris autour du camp : Et les communes logent par le larris. (Garins li Loherains, II, p. 53). — f. Les armes des milices communales étaient les massues, les haches, les crocs, les piques, les guisarmes, etc. (Renaus de Monlauban, p. 19, v. 13, etc.) A Bouvines, le roi Philippe fut jeté par terre par les pedites Teutlwnici qui faillirent le tuer cum uncinis et lanceis gracilibus. (Œuvres de Rigord et de Guillaume le Rreton, éd. François Delaborde, 1, p. 282.) = » a. Soudoyers en général : « Sire, ja avez vous moult merveilleux trésor. — Mandez les soudoiiers.... — Je lor dorrai asez de l'argent et de l'or. » (Aye d'Avignon, v. 2707 et suiv.) Bien mena avoc li dusc' à cent soldoiers (Godefroi de Bouillon, v. 342); etc., etc. — fc.On appelle soudoyers ceux qui (de quelque rang qu'ils soient) se mettent au service d'un autre. Quand Auberi et son neveu Gasselin vont ainsi se mettre
toutes les armées. C'étaient, en général, de pauvres chevaliers qui de l'état militaire faisaient leur carrière, et se mettaient aux gages des rois ou hauts barons. La France en fournissait au monde. Il leur arrivait d'être un peu dédaignés par les riches ; mais enfin ils se rendaient si utiles qu'on finissait par leur pardonner leur pauvreté. Quand on avait voulu créer une sorte de gendarmerie pour mettre fin aux guerres privées, quand on avait inventé les paistiers, c'étaient des soudoyers qui s'étaient présentés pour faire office de gendarmes. Deux mots suffiront à faire leur éloge : on