‹ La chevalerieChapitre 38 sur 70 · POUVAIT COMPTER SUR EUX · texte numérisé non relu

POUVAIT COMPTER SUR EUX

Nous ne saurions aller plus loin dans la voie des concessions envers ceux qui croient fort sincèrement à l'existence d'une science stratégique durant les premiers siècles du moyen âge; mais nous admettons parfaitement que de véritables tacticiens se sont révélés à Muret* et à Bouvines*. En ce qui concerne Muret, c'est l'évidence, et Simon de Montfort a devancé ce jour-là l'œuvre des siècles. « Neuf cents cavaliers croisés mettant en déroute une armée de quarante-trois mille Vasco-Aragonais, » c'est ce qu'il convient d'attribuer principalement au noble génie de la tactique. Mais, avant le xiv° siècle, une

au service du comte de Flandre, on dit de ces deux hauts barons : Vinrent en Flandres soudées tonquerir. (Auberi, éd. Tobler, p. 22, t. 8.) Cf. Aiol, v. 8162 et suiv. Les plus hauts seigneurs pouvaient ainsi se mettre aux soudées, aux gages d'un roi ou d'un comte. — c. Au commencement de chaque guerre on faisait un appel aux soudoyers. Au xu* siècle, on les employait déjà partout. La veuve de Raoul de Cambrai donne sa terre à Gautier : Or ot Grutiers et la terre et l'onor; — Sodoien mande. (Raoul de Cambrai, éd. Le Glay, p. 161.) — d. C'est la France qui parait en avoir fourni le plus grand nombre. (Renaus de Montauban, p. 198, v. 25; Gaufrey, v. 5335, etc.) — f. Ce qu'on appelle les chevaliers du Roi ne sont qu'une espèce de soldoiers. — g. Les soudoyers se faisaient bien payer (Renaus de Montauban, p. 170, v. 25, et surtout Auberi, éd. Tobler, p. 38, v. 29) : « Ces soudoiers en faites bien paier. » Et, plus loin : « Teil avoir doivent avoir li soudoier — Que as espées le sevent gaaingnier. »(lbid., v. 31, 32.)= * Voy. nLa Bataille de Muret ou la lactique de la Cavalerie au xm* siècle, par Uenri Delpech. Paris, Picard, 1878. a A Muret, neuf cents cavaliers croisés, commandés par Simon de Montfort, dispersèrent une armée vasco-aragonaise qu'on ne saurait évaluer à moins de quarante-trois mille hommes. » (p. v). Et M. Delpech en arrive à cette conclusion, qu'il est utile de faire ici connaître : « Il existait déjà, en 1213, des chefs d'armée capables de concevoir un plan de bataille réfléchi et méthodique » (p. 131). Cf. On dernier mol sur la bataille de Muret (Montpellier, 1878, p. 16). = » Voy. l'excellente note de M. François Delaborde dans son édition de Guillaume le Breton (I, p. 274, n. 5). Il ne faudrait, d'ailleurs, rien exagérer, et ce ne sont là que des exceptions. La tactique savante n'existe guère en dehors d'elles : • 11 est rare, dit P. Meyer, qu'on voie, dans les récils du moyen âge, une troupe prendre soin de cacher ses mouvements. » (Girart de Roussillon, p. 57, § 77.) Les armées, bien souvent, ne savent pas se garder (Ogier, v. 6795 : Les escargaites targièrent trop le soir), et, si l'on peut reprocher à ce fait d'être légen- , daire. on ne peut que trop historiquement constater, à un autre point de vue, la faute

telle manœuvre de cavalerie ne se rencontrerait pas deux fois dans notre histoire.

Notre bataille va commencer1, et n'offrira pas de ces conceptions originales, qui sortent souvent de la tête d'un grand capitaine.

Le silence des matinées de bataille, ce silence plus solennel que lugubre, a été décrit par de si grands poètes que nous n'osons pas essayer de le décrire après eux. Plusieurs milliers de cavaliers, bardés de mailles de fer, qui s'apprêtent à « charger », et qui tiennent gravement leurs lances hautes et droites, sans dire un mot, et pensant intérieurement à de grandes choses : c'est un spectacle qui est fait pour émouvoir les ennemis les plus déterminés de la guerre. L'âme humaine, malgré tout, s'élève rarement à de tels sommets, et il faut relire ici la page héroïque de Victor Hugo sur la charge des cuirassiers à Waterloo : « Ils étaient trois mille cinq « cents. C'étaient des hommes géants sur des chevaux colosses. » A Waterloo, par malheur, l'idée religieuse n'a pu recevoir une forme extérieure qui fût digne d'elle ; mais dans les batailles de nos croisades, il ne pouvait pas, grâce à Dieu, en être de même, et la foi y éclate.

Ces chevaliers qui attendent en ce moment le cri « En avant! », ils se sont préparés à cette bataille, qui sera terrible, par trois jours de jeûnes. Ils ont été pieds nus à la petite chapelle qu'on a improvisée dans le camp. Ils ont répandu le fond de leur aumônière entre les mains des prêtres : car il y a là, derrière les échelles, tout un groupe de prêtres et de moines noirs ou blancs, qui ont été fort occupés depuis quelques jours. Ils ne forment pas, sans doute, tout

stratégique de saint Louis, qui, à Damiette, « n'assura pas ses communications avec sa base d'opérations ». (Viollet-le-Duc, Dictionnaire du Mobilier, V, pp. 5, 6). = * Avant la bataille, a. Préparation religieuse à la bataille : Droit au matin, au point de l'ajourner, — A fait Gerins toute sa gent lever — Et leur peciés à leur prestre monstrer — Et puis leur fist pain beneoit donner. — Et par ces tentes mainte messe canter, etc. (Anseis fils de Girbert, Bibl. Nat., fr. 4988, f" 218, v».) Cf. Antioche, II, p. 185 : « Seigneur, dist li Evesques.un petit m'entendes. — Por amor Deu vous pri que ces troi jours junés; — En langes et descaus par les glises aies — Et les larges aumosnes gardés n'i obliés. — Qui plenté a de l'vivre aus povres les rendes, » etc. — b. Préparatifs matériels : Et si ont lor haubert et froiés et rollés, — Lor elmes esclarcis, lor escus enarmés, — Lor espées forbies. (Antioche, II, p. 1 80. Cf. Jérusalem, v. 7178 et suiv.) — c. La confession : Moniage Renoart, Bibl. Nat.,fr. 368, f" 256 ; Anseis, fils de Girbert, Bibl. Nat., fr. 4988, f° 218 V; Raoul de Cambrai, éd. Le Glay, p. 168; Antioche,\l, p. 195, etc., etc. — d. Messe du matin de la bataille : Anseis fils de Girbert, 1. 1. ; Bataille Loquifer, Bibl. Nat., fr. 2494, f° 195 r»; Antioche, II, p. 192 ; Jérusalem, y. 7191;

un corps d'armée, comme à Antioche ; mais ils sont nombreux et pleins de flamme. Il n'est pas dans Yost un seul baron qui ne ?e soit confessé; car tous se sont dit : « Ce soir, peut-être, nous ne « serons plus sur terre. » H y a eu de véritables conversions, et l'on cite celle d'un vieux chevalier, de Carcassonne, qui était demeuré aubigois dans le fond de son cœur. Les bacheliers ont renoncé à toute leur legerie, et beaucoup d'entre eux ont pleuré ces bonnes et délicieuses larmes du repentir, les meilleures de toutes, et dont n'a point parlé l'auteur moderne de l'Éloge des pleurs. Au milieu de la vallée on a dressé plusieurs autels et, ce matin, tandis que li solaus levoit par toute la contrée, les prêtres ont chanté la messe. S'ils pleuraient en la chantant, pas n'est besoin de le dire. Puis, la grande Communion a commencé : les prêtres ont passé devant tous les rangs de l'armée et ont distribué les saintes hosties à tous les chevaliers agenouillés devant eux. Le soleil rendait honneur à Dieu, et éclairait cette scène de sa plus riche lumière. Pour qu'il ne restât point en leurs âmes une seule trace de leurs petites rivalités ou jalousies, un prêtre les a alors invités à se donner le baiser de paix, et ils se sont tous embrassés, d'un cœur adouci et les yeux inondés de larmes. La terre a frémi de ce baiser, et le ciel de ce pardon. C'est l'heure solennelle où l'on fait intérieurement ses grands et petits vœux avant la bataille : « Si je survis, je ne commettrai plus un « seul péché. — Si je survis, je composerai « une belle chanson sur la bataille. » Bref, on promet plus qu'on ne tiendra, et l'on s'arme du signe de la croix pour se sentir plus fort. A cheval maintenant, à cheval, et attendons.

Renaut de Mon tauban,j>. 320, v. 16). — «.Communion après la messe (donnée par un évêque et un certain nombre de clercs qui forment un corps d'armée spécial : A chascun a li Vesques une oublie baillie. (Jérusalem, v. 2985 et 2978-2989.) Etc., etc.— f. Baiser de paix, pardon des injures : Jerutalem, v. 6940 et suiv.;v. 7192 et suiv.et Covenans Vivien, v. 445. — g. Serment solennel de loyauté et vœu avant la bataille: ()gier, v. 1553; Hervis deMetz,Bi\)\. Nat., fr.!9160,f* 56; Fierabrat,\. 155 et 172; etc., etc.— A. Agenouillement général; adoration de la croix; bénédiction solennelle avec les reliques : Aspremonl, Bibl. Nat., fr. 25529, f 61, r*-V, et 62 1-; Saintes, II, p. 57, couplet, clxxv ; Antioche, II, pp. 102, 103, 256, 257 ; Jérusalem, v. 2989 et 7634; Moniage Guillaume, Bibl. Nat., fr. 774, f 211 V — i. Défilé avant la bataille : Antioche, II, pp. 208-224. — j. Allocution militaire. Types : Roland, v. 1472-1480, v. 3400-5413; Antioche, I, pp. 112,115; II, pp. 207,211, 226, 227 ; Jérusalem, v. 2150; Girart de Roussillon, trad. P. Meyer, pp. 83, 84, 87; Aliscans, v. 5051 et suiv.; Moniage Guillaume,ÏÏM. Nat.,fr. 774, f 211, V.— k. On sonne l'appel : Anseïs,filsde Gilbert, Bibl. Nat., fr. 4988,f' 187.Caa/rei/,v.479 et suiv.; Buevcsde Commarchis.v. 5874. — /.Fanfare de cors : Roland, v. 3134 et suiv. Girart de Roussillon, trad. P. Meyer, p. 80, § 182.

On sonne l'appel : une fanfare de trente cors retentit, et se prolonge. C'est l'heure de parler à ces hommes qui vont mourir, et ces beaux railleurs qui, parmi nous, estiment l'éloquence inutile ici-bas, ne sont vraiment que des théoriciens sans profondeur. Pour entraîner les hommes à la mort, la parole est nécessaire : « Barons, dit le plus vieux des prêtres qui sont présents, vous voilà enfin tout près de cette bataille que vous avez tant désirée. Souvenez-vous de tous les maux que vous avez endurés, et auxquels elle va mettre fin. Vos ennemis sont nombreux; mais jetez les yeux au ciel, et dites-vous que Dieu va vous envoyer de là-haut, comme on les a vues tant de fois, les légions de ses Anges. Quand vous serez dans la mêlée, frappez, tuez, renversez tout, jusqu'à ce que vous ayez traversé les rangs ennemis : car prouesse vaut mieux que lâcheté. Dites-vous enfin que vous êtes les soldats de Dieu. Vous venez de recevoir l'absolution : votre pénitence, c'est de frapper sur les païens : allez. » Après quelques moments de silence, le vieux prêtre ajoute d'une voix grave : « S'il y en avait, par hasard, quelques-uns qui eussent peur, nous leur donnons la permission de s'en aller : qu'ils partent. Mais rappelez-vous bien, avant de partir, que déjà dans le ciel vos places sont préparées, et que ceux qui mourront aujourd'hui seront ce soir avec les Anges. Enfin, voici une relique qui est bien faite pour donner un cœur entier à tous ceux d'entre vous qui, d'aventure, ne l'auraient pas : c'est un fragment de la lance avec laquelle fut percée la chair de Jésus en croix. Je m'en vais vous bénir avec elle. » La grande bénédiction solennelle descend alors sur toute l'armée chrétienne. C'est ainsi qu'avant la célèbre bataille d'Aspremont, tous les barons de Charlemagne saluèrent en larmes le bois de la vraie croix qui, entre les mains de l'archevêque Turpin, allait devenir tout à coup lumineux et lancer des rayons au milieu de la mêlée : « Ne redoutez pas la mort, s'écrie le vieux prêtre bénisseur ; mais, en l'honneur de Celui qui la souffrit pour vous, cherchez-la. En avant! »

A ce mot qui sert de signal, tabors et buisines, cors et araines éclatent en même temps et sonnent la « menée », c'est-àdire la charge. Pendant le combat1 ils sonneront plus d'une

1 Pendant la bataille, a. Au moment de charger : Renaus de Monlauban, p. 253, v.22.— 6. L'avant-garde s'engage : Girarl de Roussillon, trad. P. Mayer, p. 80, § 145 c. L'honneur du

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fois l'aûnée, c'est-à-dire le ralliement. Dieu fasse, du moins, que ces trompettes chrétiennes ne sonnent pas ce soir, ne sonnent pas honteusement le retrait I Tout s'ébranle avec je ne sais quel bruit qui est en même temps métallique et sourd, et c'est (comme le dit très hardiment Victor Hugo, en parlant des cuirassiers de Waterloo), c'est comme l'entrée d'un tremblement de terre. Tourbillon de poussière, cris perçants, premiers chevaux qui tombent. Les rangs des combattants sont tellement serrés que, si l'on y jettait un gant, « il ne tomberait pas à terre durant tout l'espace d'une demi-lieue ». L'ennemi, d'ailleurs, a entendu le départ de l'armée chrétienne, et, moins d'une minute après, a chargé à son tour. Rencontre épouvantable, heurt sans nom.

L'honneur du « premier coup » était très recherché dans les armées de ces siècles militaires : c'est notre baron qui, sans la réclamer, a obtenu cette faveur insigne. Il est tellement enveloppé dans l'estime de tous, qu'on n'a pas osé lui refuser cette récompense et cette gloire. En tête de l'avant-garde, il s'élance, rapide, et marche droit vers un Sarrasin couvert d'or, qu'il frappe, renverse, tue. La bataille commence bien pour les chrétiens.

On ne laisse point longtemps l'avant-garde aux prises avec les premières échelles païennes : les deux armées tout entières, sauf les réserves, se joignent, se mêlent, se percent. Mille et mille duels « à l'arme blanche» : c'est un abominable fouillis sanglant. Personne ne se connaît plus : tous sont ivres, littéralement ivres, de cette ivresse de la bataille qui n'excuse pas, mais qui explique tant d'atrocités : « Grand fut le tapage, terrible fut le cri. C'est là que vous auriez vu briser mainte lance, et maint vassal dans l'angoisse mourir. » Pour décrire une telle horreur, nos poètes ne craignent pas de descendre au plus violent réalisme : « Tout li pré sont covert d'entraille et de « boiel. » Ce ne sont partout que chevaux éventrés et bons vassaux qui gisent à terre, goule baée. Tètes coupées, cervelles épandues, pieds et poings tranchés, poitrines ouvertes. Les gonfanons qui sonl au bout des lances ont perdu leur couleur, et sont tous rouges, rouges de sang. Et quels hurlements de colère et de douleur I quels cris de bêles fauves! quelle sauvagerie en liesse!

premier coup. En dehors du texte si connu du Roland, v. 3200, etc., voy. Anseïs fils de Girbert, Bibl. Nat., fr. 4988, f 120; Aspremont, Iiibl. Nat., fr. 25529, f° 64 r, 65 r°. An-

Il ne faut pas demander à la guerre d'être douce ; mais, au moyen âge, elle a souvent été atroce', et les chrétiens n'ont pas assez montré de quel Dieu ils étaient les enfants. Aux atrocités des païens ils ont trop souvent répondu par d'autres atrocités qu'il faut énergiquement (létrir. Quand je songe au massacre dont les premiers croisés se sont rendus coupables dans cette ville de Jérusalem où ils venaient enfin de pénétrer victorieusement, quand je me

tioche, I, pp. 108-1 H, II, p. 207.— d. Une mêlée-type : « Grande fut la mêlée, terrible fut le cri. C'est là que vous auriez vu se briser mainte lance, et maint vassal dans l'angoisse

mourir. Dieu ! que le Lorrain Hervi s'y comporte bien ! À droite, à gauche, il cherche ses ennemis. Ceux qu'il atteint sont mal menés. Il coupe visages, poings, bras, poitrines, il rencontre Charboucle, un roi de Sarrazins qui nous avait occis un chevalier de Metz. Cette mort pèse à Hervi qui était son cousin.

Il éperoime son destrier, brandit sa lance et, se lançant de toute sa force, frappe Charboucle. 11 lui traverse l'écu et le pelisson gris, lui fait entrer dans ,1a poitrine un tronçon de lance et le renverse mort. Alors recommencent le cri, la mêlée et le grand ferreis. Mainte dame en doit rester sans mari. »

(Garins li Loherains, I, p. 1 i, trad. nouvelle. )= l. Voy. dans Anlioche (œuvre historique par tant de côtés) l'épouvantable épisode des têtes de païens que les croisés convertissent en engins pour leurs machines de guerre et qu'ils lancent dans la ville assiégée (I, p. 154). Ailleurs, durant ce même siège, les Français fondent sur une bande de païens, « les testes lor trenchèrent. es pieus les font boter, — Parmi ces champs les font et drecier et lever. » (II, p. 39, cf. 11, 51.) Sur le massacre qui suit la prise de Jérusalem, voy. Jérusalem, v. -4-170-4497. Les poèmes légendaires ne sont pas ici moins éloquents que les historiques, et dans le Covenant \ivien (v. 107 et suiv.) on voit le héros du poème faire couper le nez et les lèvres à cinq cents prisonniers païens. Et le poète raconte la chose avec une placidité absolue. Il faut ajouter, pour être juste, que les païens sont représentés, dans toute notre épopée, sous des couleurs encore plus noires [Charroi de Nimes, v. 544; Auberi, éd. Tobler, pp. 140-145; Aspremont, Dibl. Nat., fr. 2495, f" 105 v" et 106. Mort d'Aimeri de Narbonne, fr. 24369, f" 16 et 25 ; Destruction de Rome, v. 408-502 ; 1237-1265; Fierabras, v. 57 et suiv ; Otinel, v. 91 et suiv. ; Bueves de Commarchis, v. 846, etc., etc.). Les Sarrasins, à Antioche, pratiquent également le système des têtes piquées dans des pieux, et font ainsi

Fig. 144. Machine lançant des tètes humaines, d'après le manuscrit de la Bibl. Nat., fr. 2630, f° 22 (xjii* siècle).

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rappelle et me figure ces tueries, mes entrailles s'émeuvent et mon cœur se révolte. Je ne puis supporter l'image de ces têtes de païens que nos Français ont transformées, sous les murs d'Antioche, en épouvantables projectiles, et, s'il faut tout dire, je déteste, jusque dans mes moelles, cette abominable optation que les chrétiens proposent si souvent dans nos vieux poèmes aux Sarrasins vaincus : « Ou « le baptême, ou la tête coupée. » Il y a vingt ans1 que j'ai, pour la première fois, protesté contre ces infamies : je proteste aujourd'hui plus vivement que jamais, et entends encore plus distincte-

Fig. tu. Une mêlée, d'après 1s manuscrit de XHorcxu deliciarum d'Herrade de Landaberg.

ment la douce voix du Maître divin qui se tourne vers ces sauvages et leur dit : « Vous ne savez donc pas de quel esprit vous êtes. » La mêlée continue, horrible, et nos poètes ont su, pour la peindre, trouver les plus violentes images. Le sang et les cervelles tombent comme pluie*; « les combattants ressemblent à des bûcherons qui abattent des arbres en forêt3. » Raffinant presque à l'excès, il est certains de nos épiques qui vont jusqu'à comparer la bataille elle-même « à un bois où les frênes auraient pour fleurs des pointes d'acier* ». Dans cet effroyable et sanglant pêle-mêle, d'aucuns sont blessés ; d'autres meurent en essayant de tourner leur tête du côté de cette Jérusalem où le Christ mourut, battant leur coulpe et priant Dieu. Les navrés, dont le haubert est imbibé de sang, souffrent supplanter celle de Roger de Barneville (Anlioche, II, p. 142), etc. = ' L'Idée religieuse dans la poésie épique du moyen Age, pp. 68-73. =' Elie de Saint-Gilles, v. 650. =3 Garins li Loherains, II, p. 204; Renaus de Montauban, p. 238, v. 36; etc. = » Girart de Roussillon,

tout d'une soif qui les dessèche, et demandent de l'eau. Il n'y a plus souvent « rien d'entier » dans leur corps ; mais ils ne perdent pas encore tout espoir et se voient déjà, ô chère illusion! dans le vaisseau qui les ramène en France. Ceux qui peuvent encore se battre, ces « heureux » échangent avec leurs adversaires les propos les plus grossiers, j'allais dire les plus homériques; mais l'horrible geignement des blessés domine tous les autres bruits : « Li navré braient

Fig. 1*6. Un épisode dans une mêlée, d'après le manuscrit de la Bibl. Nat, fr. 110, f» 141 (XUI« siècle).

et crient Dieu merci*. » On se bat encore, on se bat toujours. Chaque chevalier ressemble au loup qui est « femeillous des berbis ». On vit ce jour-là des barons dont le ventre était percé, et qui « empoignaient leur plaie en leur poing » et « los boiax rebutaient en leur giron». Ah! ils n'ont pas, comme le dit le jongleur, ils n'ont pas envie de chanter, nos Français; mais ils frappent dur et s'écrient gaillardement : « C'est le jour où les braves se feront connaître. » L'un deux, qui est du Midi ou qui mériterait d'en être, jette au païen qui est devant lui ce cri qui est un peu gascon, mais réellement lier : « Ta mort est écrite sur le fer de ma lance*. » J'aime encore mieux notre chevalier, qui, acculé contre un rocher, se

trad. P. Meyer, p. 89, § 155. = « Ogier, v. 7534. = 2 Ogier, v. 6837 : « Vous en arez soldées d'achier froid. »

défend, comme jadis Louis VII, sans mot dire, contre vingt ou trente païens. C'est ici que le silence est d'or.

On se bat, on se tue, on se massacre toujours. Comment cela finira-t-il? Se souvenant des « cris » de leurs chères provinces, ces pauvres chevaliers qui sont venus un peu de partout, jettent dans l'air vingt devises différentes. Les Français, mille et mille fois , crient : Montjoie ! les hommes de l'Empire : Rome ! les

Fi». 111. Aolre aipeet de mêlée, d'aprit le mi. de la Bibl. Mat., fr. 1.9, f< 106.

Bourguignons : Bourgoigne ou Avalon! les Bretons : Malo, Malo ! les Angevins : Valée! les Gascons : Diez' ! les Normands : Dex aie ! et les vrais Croisés : Saint-Sépulcre ! Chacun « crie son enseigne », et en est fier. On meurt avec ce cri dans la bouche, et parfois on n'achève pas le cri*.

Ces batailles n'en finissent pas, et leurs épisodes sont monotones ; mais enfin elles ont un centre, et ce centre est un drapeau. Quoi qu'on fasse, l'humanité, qui n'est pas un pur esprit, aura toujours besoin d'une loque glorieuse qui, flottant au bout d'un bâton, représente une grande idée : celle de la Beligion ou celle de la Patrie. Le roi de France, « le roi par excellence », n'étant pas présent à ce combat, son Oriflamme n'y est pas 3 ; ni

' Girart de Roussillon, Irad. P. Meyer, p. 83, § 147. — * Voy. la Dissertation de Ducange sur le Cri d'armes, Glossarium, éd. Didot, t. VII, p. 46. = 3 a. A dater du ni" siècle, l'Oriflamme de France, quiest « de Saint-Denis le maistre gonfanon » (Aiol, v. 8092), est

son Dragon1; mais les chevaliers français se pressent autour d'une bannière blanche corne /lors d'esté, où éclate une image de saint Georges*. Ils se groupent autour de ce gonfanon, et c'est à qui le défendra. Le « porte-drapeau » ayant été blessé, voyant trouble et étant sur le point de laisser tomber sa précieuse enseigne, notre baron (celui-là même dont nous écrivons l'histoire) s'est précipité sur lui, comme jadis le jeune Ogier sur Alori, et lui a arraché des mains, pour la sauver, cette bannière incomparable, cette bannière de France dont on pourra toujours dire : ><. Vo banière a non Passe- avant — Qui tos les abatus re- « liève3. »

Ce dernier exploit décide de la bataille. Les païens sont vaincus, les païens fuient.

Les chrétiens restent maîtres du champ de bataille : ils y coucheront. Tandis que l'ardente poursuite occupe la plupart de leurs échelles victorieuses*, il en est qui sont chargés de « garder le champ ». Ce ne sont pas les plus favorisés : carie spectacle est horrible. Elle a été chèrement achetée, cette nouvelle victoire, et les chevaliers de France « parmi les chans gisent comme berbis E ». La terre « est jonchée de cervelles et de sang" ». On n'entend partout que des râles. Les blessés jettent d'affreux cris suraigus, et demandent en grâce qu'on les achève. Il n'est pas rare qu'on trouve morts deux combattants encore enlacés et qui ont gardé sur leur visage l'épouvantable grimace de la rage. Les chevaux, abattus sur le dos, jettent en l'air leurs dernières convulsions, et l'on n'a pas le temps d'en avoir pitié ; car les blessés et les morts « humains » suffisent à occuper l'attention et la charité des survi-

rouge,sansbroderies(Viollet-le-Duc,Dicta'onnaiVeduMo6t/ier,VI, pp. 206, 207); Oriflamme est une banière... — De cendal roujoiant et simple. (Guiart, I, 1153.) Devant en vient l'enseigne Saint-Denis — Rouge vermeille. (Garins li Loherains, H, p. 121.) Etc., etc. — b. L'Oriflamme était gardée en bataillecomme nos drapeaux, avec la pluscourageuse vigilance et le dévouement le plus absolu (Ogier, v. 435 et suiv., 468-681, etc.). = la. Une faut pas confondre l'Oriflamme, qui est la bannière de Saint-Denis, avec l'Enseigne ou le « Dragon » du Roi : D'une part vit le roi Pépin esteir — Ou le Dragon que il vitvienteleir. — Et l'Oriflanbe Saint-Denis de deleis. (Girbers de Metz, Bibl.Nat.,fr. 19160, f° 277. Texte décisif. Cf. Gui de Nanteuil, v. 2535). — 6. Ce Dragon était une figure sculptée, et non pas peinte ou brodée. Cf. Girbersde Metz, 1. 1., f° 334, v° ; Antioche, I, p. 133 ; Aye d'Avignon, v. 942 ; Fierabras, v. 5390. Dans la Prise de Pampelune, il est question, purement et simplement, de « l'enseigne de France » (v. 1974 et suiv.). = 2 Gaufrey, v. 10058, 10059. =3 Congés de Jean Bodel ; Romania, IX, p. 235, v. 41, 42. Il s'agit de la bannière de Simon Disier. = ♦ Garins li Loherains, I, p. 32. = *Ibid., I, p. 16. =6 Renaus de

LA VIE MILITAIRE BU CHEVALIER. 7bb

vants. On les a confiés à ceux qui sont, dans l'armée, les représentants de la charité du Christ, aux prêtres, aux moines, aux clercs. Ces « hommes de paix » avaient assisté à tout le combat, graves, tristes, suppliants; mais voici maintenant que leur tour est venu, et qu'ils se répandent sur toute la plaine1. Ils vont, profitant des dernières lueurs du jour, se pencher, anxieux, sur tous nos barons renversés*. Quelle joie, quand ils peuvent dire : « Celui-ci vit encore », et quand, le chargeant sur leurs épaules, ils le peuvent porter jusqu'aux pieds des mires, qui sont si occupés ! On se sert déjà de certaines litières pour les blessés5; on utilise le pas tranquille des mulets*, et l'on organise certaines ambulances, qui ne valent pas les nôtres, mais où le même dévouement anime des âmes de même valeur. Quelques femmes de barons ont suivi l'armée, et parcourent les rangs des moribonds, un vase d'eau fraîche sur l'épaule, se penchent, pour les étancher, sur toutes ces soifs et, pour les consoler, sur toutes ces douleurs5. Au milieu de la plaine, il y a un bouquet d'arbres, une sorte de petit bois où les médecins ont établi leur campement : on y amène tous les navrés. Il y a, parmi ces mires, plusieurs moines, et même un chevalier. Presque tous ont étudié à Salerne'. Dès qu'on leur apporte un blessé sur son escu voulis1, ils commencent par le désarmer très doucement' et, pour ainsi parler, avec des mains de femme. Puis, à grande eau (on a trouvé une source), ils lavent les plaies. Que n'ont-ils du vin blanc pour les laver encore mieux9! Ils font ensuite les ligatures nécessaires10, et couvrent tous ces trous béants, toutes ces horribles ouvertures sanglantes, avec une bonne couche de l'admirable onguent" dont ils ont, par bonheur, préparé toute une provision. C'est cette étrange pharmacie qui, ce matin même, faisait tant rire nos jeunes ba-

Monlauban, p. 32, v. 31. = « Hcrvis de Metz, Bibl. Nat., fr. 19100, f 72, V; Renaus de Monlauban, p. 83, v. 20; p. 103, v. 30.= * Girart de Roussillon, trad. de P. Meyer, p. 104, § 187, et surtout Aiueït fils de Gilbert, Bibl. Nat., fr. 4988, V 222, V. = 5 Brut, v. 9119, 9120; Chevalier as deux espées, v. 2902; Guillaume le Breton, Philippide, XII. Ces trois textes sont cités par Schullz. = * Girart de Roussillon, 1. 1., p. 37, § 76. = • Jérusalem, v. 3193, 3197; etc., etc. = » Garins li Loherains, II, p. 89; Covenans Vivien, y. 663, etc. = ' Cirbers de Metz, Bibl. Nat., fr. 19160, f° 533. = 8 Ibid. = 3 Renaus de Monlauban, p. 218, v. 30; Girbers, 1. 1., f* 333, etc. L'eau était attiédie, si faire se pouvait. [Chevalier as deuxespèes, v. 5351. Citation de Schullz.) = '"Doon de Maiencc, y. 5836. = »' a. Onguents médicinaux, Ogier, v. 3352, 5355; Garins li Loherains, II, pp. 91, 92.

cheliers : « Riez, riez, disaient les mires. Vous ne rirez peut- « être pas ce soir. » Des bandes de toile bien blanche, bien fraîche, assujettissent sur les plaies cet emplastre qui ne vaut peut-être pas le baume de Fierabras, mais qui, durant la dernière croisade, a déjà guéri tant de blessés1. Sur l'herbe encore chaude du soleil de la journée, on jette alors quelque covertor : on y couche les malheureux qui braient; on leur porte jusqu'aux lèvres une potion qui les doit endormir, et on les confie, pour finir, à la bonté du Médecin céleste qui, seul, peut achever leur guérison. En vérité, ils sont heureux, ces médecins, et peuvent se dire : « Yoilà un fils que je rendrai à sa mère ; un père à ses enfants. » Mais bien plus lugubre est la fonction des écuyers ou des barons qui parcourent, torches en main, l'immense vallée sanglante pour y découvrir les morts'. Ils n'en découvrent que trop, et viennent les déposer, à la rangette, sur cette espèce de colline où, ce matin même, se tenait l'arrière-garde des païens. C'est ainsi que Roland déposa jadis, aux genoux de Turpin, les corps inanimés de ses pairs, pour que ce « champion de Dieu » les bénît une dernière fois. Il n'y a jamais eu, hélas ! d'égalité dans la mort : on jette en une fosse les corps des pauvres soudoyers, des petites gens, des inconnus ; mais on met à part ceux des puissants et des grands de ce monde, ceux des riches chevaliers, des comtes et des barons. Il se passe là d'horribles scènes. Un ami (comme dans le tableau d'un de nos peintres contemporains) reconnaît soudain le corps de son ami , et le contemple avec cette grande douleur muette qui est particulière aux soldats de tous les pays et tous les temps. L'antique usage de l'Oraison funèbre que l'on consacre aux chevaliers morts en bataille, cette noble coutume, qui est d'origine toute française, subsiste encore à l'époque où nous plaçons l'action de notre livre. Jusqu'à la fin des siècles, on répétera celle que Charlemagne consacra jadis à son neveu Roland, dans le petit val de Roncevaux : « Ami Roland, vaillant homme, belle jeunesse, que « Dieu mette ton âme en saintes fleurs, au Paradis, parmi les glo-

Otinel, v. 1306, etc. — b. Onguents « surnaturels » ou a merveilleux »;Renausde Monlauban, p. 218, v. 30 et suiv.; Bataille Loquifer, Bibl. Nal., fr. 2494, f 197. = « Covenans Vivien, y. 660. =2 Oaier, v. 1390 ; Jérusalem; y. 8934 ; Aquin, v. 1063 et suiv.; Girbert de Metz, 1. 1., P 309: Anséïs fils de Girbert, Bibl. Nat., fr. 4988, P 188; P 197; f° 228; f 261 ; etc., Élit

« rieux'. » Mais si noire champ de bataille est moins illustre, les cœurs n'y sont pas moins chrétiens, ni les discours moins militaires : « Je vous aimais tant quand vous étiez armé, jeune et su- « perbe, sur votre beau destrier ! Vous étiez vaillant et fier ; vous « ne craigniez personne au monde. Je vous aimais enfin, et voici « que nous sommes séparés pour toujours. — Dites plutôt, « répond un clerc qui accompagne le soldat, que l'âme de ce corps « est déjà dans le Paradis. » Pendant que s'échangent ces nobles paroles, d'abominables rôdeurs obscurs commencent à se glisser près des nobles morts, et à les dépouiller. Il y a toujours eu de ces hyènes à la suite des armées. Demain, il est convenu que l'on partagera généreusement le butin de la journée' ; mais ces plats coquins devancent l'heure, dévalisent les corps qui sont encore chauds, et accaparent les plus précieux, les plus saints trésors '. On n'a jamais pu écraser cette vermine des camps, et elle vit encore.

Il convient toutefois de ne pas rester sur le spectacle de ce pillage sacrilège et bas, et de se tourner vers de plus nobles scènes, et plus dignes de nous. Deux amis se rencontrent, qui se croyaient morts et, s'ouvrant les bras tout grands, tombent sur le cœur l'un de l'autre. On apprend en même temps que la « poursuite » a été glorieuse, et que deux mille païens viennent encore de succomber : la victoire est complète. La joie de ces chrétiens tourne à la folie et (ce qui est bien pire) à l'orgueil. C'est alors que le vieux prêtre de ce matin juge qu'il est enfin nécessaire d'adresser une sage parole à ces vainqueurs que leur victoire enivre : « Ce n'est pas vous, sachez-le « bien, qui avez battu les païens; mais c'est Jhesus de gloire. » Tous se taisent, et il y en a qui prient.

Deux jours se passent dans la joie de la victoire et dans les larmes données à ces morts qu'on oubliera si vite. Une sorte de Conseil de guerre s'est réuni, et les chefs de l'ost ont décidé qu'on marcherait droit sur la ville prochaine et que, sans tarder, l'on en commencerait le siège*. Marchons.

de Saint Gilles, v. 1323; Renaus de Monlauban, f 83, v. 21 et suiv. = ' Roland, v. 2252. 2258. Cf. Anlioche, I, 162; II, p. 143; Ogicr, v. 7783 et suiv.; Renaus de Montauban, p. 191, v. 30 et suiv. On a été jusqu'à attribuer le même usage aux païens : Anlioche, II, p. 250. = * Garins li Loheraim, I, p. 21 ; p. 1 12 et p. 224 ; Girbers, I. 1., C 518 V ; Prise de Cordret, Bibl. Nat., fr. 1148, f 176, etc., etc. = 5 Auberi, éd. Tobler, p. 55, v. 2 et suiv. sa * Nous avons à dessein donné à notre récit, ici comme ailleurs, un caractère général

Nous avons tout à l'heure essayé de faire comprendre à nos lecteurs ce que nous nous permettons d'appeler « le mécanisme d'une bataille » aux xne et xine siècles. C'est le « mécanisme d'un siège » qu'il s'agit maintenant de leur exposer avec une clarté rigoureuse et une scientifique exactitude. Les rouages sont plus compliqués.

Investir la ville ; en combler les fossés ; employer d'abord, pour atteindre l'assiégé, le système naïf des échelles roulantes, et en arriver, enfin, à l'artifice nécessaire et souverain de ces grands édifices en charpente, de ces immenses beffrois, aussi hauts que les murs de la place assiégée et qui permettent à cent, à mille assiégeants de pénétrer, terribles, dans la ville investie,... à moins cependant qu'on ne brûle leur machine et qu'on ne les tue roide : tels sont les quatre actes de ce drame terrible qu'on appelle le siège d'une ville.

L'investissement exige un nombre d'assiégeants assez considérable1; mais l'art peut ici, jusqu'à un certain point, suppléer au nombre. A force de rondes de jour et de gaites de nuit, on peut inspirer aux assiégés une terreur salutaire et leur faire croire que l'on est mille, alors que l'on est cent. L'important, pour les assiégeants, est d'être bien approvisionné; mais ils ont eu l'habileté de se bien entendre avec « les païsans de la tere » qui leur apportent la « vitaille2». Il faut bien avouer qu'il leur a, un instant, semblé plus difficile de combler les fossés énormes3. Ce pays n'est pas forestier, et ils auraient quelque peine à se procurer assez d'arbres pour mener à bonne fin une aussi rude besogne. Rien de plus facile en France, où les chênes et les hêtres abondent. Par bonheur, un « ingénieur » a eu l'idée d'employer à cet effet les carcasses de toutes les vieilles nefs qui ont servi au transport de l'armée chrétienne et qui, à une lieue de là, ne sont plus aujourd'hui

mais la plupart des détails que nous allons fournir sur le siège de noire ville conviennent au siège de Dajiiette en 1218, 1219, tel qu'il est raconté par Olivier le Scolastique (Eccard, II, pp. 1402-141-4) dans VEstoire de Eracle (Historiens occidentaux des Croisades, II, p. 537) et dans le Mémorial de Reggio (Muratori, Scriptores, t. VIII, p. 1073 et suiv. et Bibliothèque des Croisades, II, p. 599 et suiv.). = * Ogier, v. 6103, etc. = 2 Renaus de Montauban, p. 58, v. 22 et suiv. = 3 Auberi, p. 209, v. 12 et suiv.; Ogier, v. 6123 et suiv. (texte important) ;Doon deMaience, v. 11251.

d'aucune utilité sur le rivage où elles ont échoué1. L'idée a paru bonne, et les charpentiers, aidés de toutes les petites gens de l'ost, ont laborieusement opéré ce transport. Tous ces débris cependant ne forment pas encore une grande masse, et le terrible fossé n'est comblé que sur cent pieds de long. C'est assez pour y poser les échelles que les charpentiers viennent d'achever, et qui sont hautes et fortes'. On les soulève, on les hisse, on les pose : « c'est grand labeur et grand ahan ». Il s'agit maintenant de savoir qui aura le courage d'y monter le premier. Oh ! l'entreprise est rude et la mort presque certaine. Les malheureux barons, qui font le sacrifice de leur vie, enjambent bravement le premier échelon, disent adieu à leurs amis, se recommandent au « fils de sainte Marie », et grimpent. Arrivés là-haut, ils sont presque assurés d'y rencontrer, face à face, entre ciel et terre, vingt ou trente païens, qui se jettent sur eux et les précipitent dans le vide. C'est ce qui a failli advenir à notre chevalier, qui déjà se fait vieux et a un trop jeune courage : il a sollicité l'honneur de monter à la première échelle, et serait ainsi tombé de cinquante pieds de haut, s'il n'eût été retenu dans les bras de son écuyer qui montait après lui. Il est vrai qu'il a reçu une blessure à la tête et une autre en pleine poitrine : mais les mires déclarent qu'il peut continuer à se battre et sera guéri avant trois semaines. Les mires ne disent pas tout ce qu'ils pensent. Décidément, rien n'y fait. Les échelles ont été brisées; dix barons sont morts. Les mangonneaux, les trcbuchels et les perrières3 n'ont

« Destruction de Rome.v. 881-980. — *0{iier, v. G 129, 6150; Jérusalem, v. 5151 et suiv. Le feu grégeois détruisait souvent ces échelles (lbid., v. 5i92). = ' « Il y avait deux genres principaux de machines : a. a ressort; b. a contrepoids. Les machines a ressort procèdent toutes, plus ou moins, du système de l'arbalète et de la corde tordue, mais de ce système agrandi et perfectionné. Ce ne sont guère, en d'autres termes, que de gigantesques arbalkstss avec, des rouages plus ou moins compliqués. Voy. l'excellente ligure de Violletle-Duc (Dictionnaire d'Architecture, V, p. 222), où il a essayé de reconstituer la plus typique de ces machines à ressort. Cf. (1. 1., p. 242) la représentation d'une « arbalète à tour », mais en observant qu'on ne sait rien de précis sur la date exacte à laquelle on aemployé ce dernier engin. — Les *acihnes a contrepoids se divisent elles-mêmes en deux classes : Les unes se composent d'une verge pivotant sur une barre horizontale, munie en bas d'un contrepoids fixe, en haut d'une fronde dont l'une des attaches est mobile, tandis que l'autre attache, simplement passée dans une fiche, est susceptible de se détacher et de laisser échapper le projectile, quand la verge, qu'on a d'abord violemment amenée à la position horizontale, est rendue à elle-même et reprend la position verticale.Voy. les fig. 109 et 110 de Schultz tirées des Annales de Gênes (Bibl. Nat., Iat. 10150), etc. Cf. les figures de Violletle-Duc, V, p. 235, 237, 258. En d'autres machines de la même catégorie, le contrepoids est •uspendu au moyeu d'une bielle, et la fronde retenue par deux brides fixes, qui sont reliées

entamé à grand'peine que quelques pauvres pans de murailles; on a voulu se servir de la mine, et la mine a été manifestement impuissante. La grande et forte ville païenne est toujours là, qui a l'air de railler ses ennemis. Ces assiégeants, ils ont leurs machines, eux aussi, qui ne visent pas des murs, mais des hommes, et les atteignent plus sûrement. Sur nos chrétiens ils lancent à plaisir des pierres, des piex aiguisés, des carreaux d'arbalètes, des traits d'arcs,

à la verge par deux sous-tendeurs. Ici le projectile, quand la verge abandonne la position horizontale, est sollicité à abandonner la fronde par la force centrifuge, et son départ est occasionné par la secousse qu'impriment les sous-tendeurs, au moment où la verge

Fig- US. Une machine a contrepoids mobile, d'après le manuscrit de l'Arsenal, 3139, 1° 104 t*. Cf. une autre forme de machine dans notre fig. de la page 750.

occupe la position verticale. Voy. une miniature qui est reproduite (sans que la source soit indiquée), dans l'édition de Villars de Uonnecourt parLassus et Darcel, Paris, Délion, 1858, et une autre miniature empruntée au ms. n° 32, Fonds allemand, Bibl. Nat., manuscrit de Minnesingers. Cf. les figures de Viollet-le-Duc, 1. 1., V, pp. 221, 228, 229 et 230. — Étant données ces différentes sortes de machines, telles que nous venons de les classer, la difficulté est de savoir quel est le nom qu'on leur doit assigner : 1° Il est certain, d'après la fig. 110 de Schultz {Annales de Gênes, 1. 1., f° 142. Cf. Pertz, Scriplores, t. XVIII, pi. 111), que la machine à contrepoids fixe et fronde mobile a porté le nom de trébuchet. 2" 11 est certain, d'après les textes cités par Schultz, que l'instrument à ressort que Viollet-le-Duc décrit sous le nom de « baliste, caable ou perrière, » a porté le nom de mangonneau. 5° Rien ne s'oppose à attribuer le nom de blida à un instrument à balancier mobile et fronde fixe, comme le fait Schultz (1. 1., II, p. 334.) 4° Il est certain que le mot terrière a été employé comme un terme générique pour désigner une machine susceptible de lancer des pierres. Voy. les textes suivants : « Erexerant quoque petrarias quas nos manganos ait trabucos dicimus. (Chronicon Malvecii, Muratori, XIV, p. 911, cité par Ducange). « Machinas jaculatorias quas mangana\KL petrarias vocant. » (Guillaume de Tyr, VIII, 6, cité par Ducange au mot Petraria), etc. « Tribus lapidibus magna petraria, quœ cliadabida vocabatur. Cf. Guillaume le Breton, V, 85 ; cité par Schultz. « Une grande perière que l'on claime chaable. » (Guibert de Nogent, cité par Viollet-le-Duc, 1. 1.) 5° Il est certain que toutes ces dénominations sont très flottantes, et qu'on ne peut leur attribuer une signification absolue. 6° La baliste est, sans hésitation possible, un instrument à ressort, une énorme arbalète. 7" Le caable semble avoir été un instrument à ressort, mû par des cordes tordues, comme l'était la baliste. »

et, quand ces téméraires s'approchent de trop près, des flots de plomb fondu, de poix et d'huile bouillante'. Dieu! l'affreuse mort, que d'avoir la chair rongée par ce feu ! Quels hurlements de douleur, quelle agonie terrible !

Il faut en finir. On a essayé de réduire la ville par la famine'; mais on s'est convaincu qu'elle était encore approvisionnée pour un an. Les assiégés, que l'on se figurait émaciés par la faim, blêmes de privations et tout à fait mourants, ont fait une sortie3 et ont tué du coup cinquante de nos chevaliers. Donc, ils ne sont pas si morts qu'on le pensait, et leurs femmes poussent la hardiesse jusqu'à venir parfois, sur la muraille, narguer les chrétiens qui enragent. Il faut en finir.

S'il y a à l'armée un personnage considérable, c'est l'ingénieur : on le va consulter. Cet habile homme s'entend mieux en charpente que clerc en latin* : ce qui n'est pas peu dire. Il se donne encore plus d'importance qu'il n'en a, et passe au camp pour être un peu trop fier de sa science. Si bien vêtu, d'ailleurs, qu'entre cent personnes on le reconnaîtrait à ses riches conrois*. Il est à la tête de cent charpentiers, qui sont des gars hardis et sachant leur métier. On le nomme Herpin, et c'est une puissance. « De quoi s'ngit-il? — Maître, il nous faudrait un beffroi. — C'est ce que je fais de mieux. — Aussi haut que les murs de la ville. — C'est aisé. — Ni plus, ni moins, vous savez. — J'ai l'œil exact. — Que vous faut-il? — Du bois. — Nous n'en avons point. — Cherchons-en*. » Ils en cherchent et finissent, au bout de quatre jours, par en trouver dans une petite forêt dont ils font la découverte. Les cent charpentiers sont dans la joie, et en avant les haches!

Le beffroi' est un immense échafaudage roulant que l'on pousse contre les murs d'une ville assiégée. Le nôtre n'offre pas

• Gui de Bourgogne, v. 4164 ; Ogier, v. 3828; Renaus de Montauban, p. 50, v. 5. =

• llervu de Metz, Bibl. Nat., fr. 19160, P 87 ; Girberi de Metz, ibid., f° 316 V; lienaus de Monlauban, pp. 345-365. = s Ogier, v. 6962 et 7041; Jérusalem, v. 7588 et suiv.; Parue, v. 1885 et suiv. = * Ogier, v. 6696 : Plus sot de fust que nus clers de latin. =

• Girbert de Meli, 1. 1., p. 239 et Ogier, v. 6835. = 6 Sur les ingénieurs, voy. Auberi, p. 220, t. i et suiv.; Ogier, v. 6694, 6748 et suiv., v. 6830-6840 ; Fierabras, v. 5755 ; Doon de Uaience, v. 3764 et suiv. = '• Voy. tout un exposé du système des beffrois et des « chatsebateaux » dans le Dictionnaire a" Architecture, I, pp. 342, 343 (admirables figures, pp.3G3 et 365Ï.Cr. les textes précieux de Tudebode, Bibi.Nat., lat. 5131, A, f°29; à'Ogier, v. 6734 et suiv.; de Garin de Montglane, Bibl. Nat., fr. 24403, f° 103, r°, d'Aimeride Narbonne, Bibl. Nat., fr. 1448, f» 47, et de Doon de Mawnce, v. 3774 et suiv.

moins de cinq étages en bois, et peut aisément recevoir, en ses flancs, trois cents chevaliers et cinquante arbalétriers ou archers. La plate -forme qui le couronne devra (si la machine est bien construite) se trouver de plain-pied avec le crénelage de la place qu'on veut prendre. Une sorte de pont de bois, solide et capable de supporter le poids de cinquante barons armés, s'abat entre cette plate-forme et les murs de l'ennemi, pour livrer passage aux assiégeants qui s'y ruent. Le beffroi « est garni de peaux fraîches, pour le préserver des matières inflammables qui peuvent être lancées par les assiégés » ; on le met en mouvement, non sans peine, à l'aide d'un jeu de leviers et de cordes; on le traîne, sur un plancher de madriers, jusque sur le fossé où l'on a jeté de nouvelles fascines et d'autres poutres; on l'approche du mur que les mangonneaux et les perrières ont déjà ravagé. Les assiégés ne voient pas, sans terreur, cette grosse machine s'avancer lentement vers leurs courtines menacées, et s'épuisent en efforts pour en arrêter la marche lourdement victorieuse. La semaine dernière, ils ont brûlé avec le feu grégeois1 cinq trébuchets et deux mangonneaux de l'armée chrétienne : ils lancent de nouveau le terrible engin, auquel rien ne résiste. Partout où il tombe, les assiégés se précipitent, et vite, vite, essayent de l'éteindre avec de la terre froide, de l'encre et du vinaigre'. Vingt d'entre eux sont mortellement blessés, mais le beffroi est sauvé et fait quelques pas de plus en avant sur ses quatre roues massives et qui grincent. Et les leviers d'aller, et les cordes de se tendre, et les chevaux de tirer. Allons,

lAnlioche, II, p. 235 ; Jérusalem, v. 5489 et suiv.; v. 4307 et suiv.; v. 8671 et suiv.; Ogier, v. G747 et suiv.; Aquin,v. lcM;Fierabras, v. 5773 et suiv., etc. Nous n'avons pas à aborder ici une discussion sur les éléments dont se composait le feu grégeois. On a cent fois prétendu en retrouver le secret, et il existe notamment, aux Archives nationales, une pièce fort intéressante « sur une nouvelle découverte du feu grégeois ». Ce Mémoire sans nom d'auteur fut remis par Léonard Bourdon au Comité de Salut public, le 20 mars 1793. L'invention remontait â. 1766 ou 1767, et il y avait eu des expériences au Havre (Arch. nat. AF1I, cart. 17, dossier 240). = s Ce feu, porté par ceux qui le jetaient « en des cofiniaus d'airain », s'éteignait en effet avec de la terre froide, de Y aiêil (du vinaigre) et de l'encre : Mais terre froide, arremens et asirs — L'estinderoit qui en i aroit mis. {Girbers de Metz, f° 258, r° et v, et Ogier, v. 6750.) Du lait de la camoille lor corut aporter

— Et avoec de l'aisil s'a fait tout deslrenper. — Par devant nos François l'a fait ou fu geter : — Erraument fu estains (Fierabras, v. 5782 et suiv.). Une fiole a traite d'un escrin;

— D'un oignement le feu grigois conquist (Beuves d'Hanslonne, Bibl. Nat., fr. 12541, f° 511). Dans Jérusalem (v. 8511 et suiv.), l'évèque du Puy l'éteint surnaturellement avec le bois de la vraie croix : La vraie crois i mist : tôt le vait estaignant.

Fig. U». Le beffroi, d'après le dessin de Viollet-le-Duc [Dictionnaire d'Architecture, I, p. 365 reproduit avec l'autorisatiou de l'auteur.

allons, encore un effort. Du haut de la plate-forme, les archers, à coups de flèches, et les arbalétriers, à coups de carreaux, tiennent l'ennemi en respect et l'empêchent de brûler ce beffroi, sur lequel on fonde tant d'espérance. Ces braves gens sont fort exposés, et il en meurt tous les jours. Néanmoins le grand jour approche, et tandis que les perrières et les mangonneaux, les engins à contrepoids ou à ressort continuent leur besogne mortelle, la belle énorme machine, le beffroi, glisse vers le mur sur une pente savamment ménagée. Demain, c'est demain l'assaut! Contre le beffroi, par derrière, on a appliqué des échelles qui vont permettre à mille chevaliers de prendre part à la suprême attaque. On a proclamé, par tout le camp, que le premier qui entrerait dans la ville recevrait mille marcs « de fin argent tôt cler ». La nuit ne paraît pas longue aux chrétiens qui font leurs derniers apprêts, comme aussi leurs derniers adieux. Puis, soudain, un grand cri retentit : « A l'asalt, à l'asalt ' / » Le pont du beffroi s'abat, avec un bruit de ferraille, et ouvre le chemin aux chevaliers qui s'étaient groupés sur la plate-forme, les yeux ardents, l'épée au poing. Arbalétriers et archers sont toujours à leur poste, visant. Les païens qui faisaient le guet sur le chemin de ronde accourent et jettent l'alarme. Devant les chrétiens se dresse' un mur vivant qu'il faut renverser à tout prix et qui, par malheur, se renouvelle sans cesse ; mais les assiégeants aussi se renouvellent, et les longues échelles se brisent sous le poids de nos barons : « A l'asalt, à l'asalt ! » Il y a déjà là-haut plus de cent morts; d'horribles cadavres gisent au bas des murs, la tête et le ventre ouverts. On se bat, on se tue sur un espace de quelques pieds. Deux minutes ne se passent pas sans qu'un corps inanimé ou encore vivant ne tombe du beffroi qui craque ou des créneaux ensanglantés2. Le combat devient tout à fait enragé, et l'on n'a jamais assisté à pareille tuerie.

1 Jérusalem, v. 3111 et suiv.; Ogier, v. 6120-6189; Doon de Maicnce, v. 10573 et suiv. (texte fort intéressant). = 2 « Si l'assiégé est nombreux, hardi, la nuit il pourra tenter d'incendier le beffroi, les palissades elles machines, en sortantpar quelque poterne éloignée du point d'attaque;mais, s'il est timide et démoralisé, s'il ne peut disposerd'une troupe audacieuse et déterminée, au point du jour son fossé sera comblé; le plancher de madriers, légèrement incliné vers la courtine, permettra au beffroi de s'avancer rapidement par son propre poids; les assaillants n'auront qu'à le maintenir. Sur les débris des hourds misen pièces par les pierres que lancent les trébuchets, le pont mobile du beffroi s'abattra tout àcoup.et une troupe nombreuse de chevaliers et de soldats d'élite se précipitera sur le chemin de ronde delà courtine. » (Viollet-le-Duc, Dictionnaire d'Architecture, I, p. 364.)

A l'asalt, à l'asalt ! Les derniers chevaliers, ceux qui n'avaient pas encore donné, montent aux échelles prestement et viennent en aide aux premiers qui fléchissent. Nouveaux cris, nouvelle rage. Les assiégeants finissent par employer le grand moyen et jettent à leur tour le feu grégeois sur leurs ennemis effarés. La ville est en feu, les hommes brûlent. Archers et arbalétriers tirent toujours ; man-

ciunaf

Pig 150- Pm d'un siège, d'après le manuscrit do VUorlus ddictarum d'Menadc de Landsberg.

gonneaux et trébuchets aussi. Enfin une grande clameur annonce la victoire des chrétiens : ils sont maîtres du chemin de ronde, et, surprenant l'ennemi par un suprême effort d'audace, pénètrent dans la première tour où l'un d'eux plante une enseigne vermeille qui flotte glorieusement au vent'. « Hanter un drapeau sur une ville emportée d'assaut », c'est toujours un acte triomphant et qui a passionné les foules. Nous espérons qu'il en sera toujours ainsi..., jusqu'à ce qu'on ait supprimé la guerre.

• Gui de Bourgogne, v. 1404, Prise de Pampelune, 1405; v. 2451-2457.

Ce baron qui, couvert de son sang, vient ainsi d'arborer là-haut le gonfanon de Dieu, vous l'avez reconnu : c'est notre chevalier.

On entend partout Te Deum laudamus. La ville est prise*.

* Jérusalem, v. 4574-3580, Cf. Antioche, t. II, p. 133. En terminant, sur l'investissement et la prise d'une ville, ce chapitre où nous avons eu souvent l'occasion de citer le siège de Castelfort par Charlemagne, nous signalerons l'un des plus éhontés plagiats qu'on puisse reprocher à certains fabricants de chansons de geste. L'auteur de Girbers de Metz a scandaleusement copié l'auteur à'Ogier, en mettant partout le mot « Gironville » à la place de « Castelfort » : 1" Ogier(v. 669 et suiv.) : Puis a mandé l'engigneor Malrin. — Cil fu conpains Constant l'outremarin - Plus sot de fust que nus clers de latin, etc., etc. 2° Girbers : Puis a mandé l'engigneor Mauri. — Cil fu conpans Coûtant d'outre le Rin.- — En Alixandre le premier Sarrazin. — Plus sait de fust que nuns clers de latin, etc., etc. (Bibl. Nat.,fr. 19160, f° 237 v° et 238. L'emprunt est très étendu, et s'applique largement à d'autres parties des deux poèmes.

Lct Anges recueillent sur le champ de bataille les âmes des chevaliers morts, qu'ils portent au ciel (p. "70). Composition de Luc-Olivier Mcrson.

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