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CHAPITRE II

Les trois premiers Commandements.

ainte-I'alvïe observe que « les lois de la Chevalerie auraient pu être adoptées par les plus sages législateurs et par les plus vertueux philosophes de toutes les nations et de tous les temps* ». On ne saurait guère reprocher à cet hommage qu'un léger parfum de xviii* siècle. Il est, au reste, souverainement juste.

Ce Code si vanté n'a jamais été, par malheur, formulé assez nettement, et il est trop vrai que l'or pur de la primitive chevalerie n'a pas lardé à subir plus d'un alliage compromettant. Dès le xii* siècle (on oublie

« Mémoiret tur Vancienne Chevalerie, éd. de 1781, 1. 1, pp. 71, 7ô.

trop cette date), les romans de la Table-Ronde ont répandu parmi nous le goût d'une chevalerie qui peut passer pour moins sauvage, mais qui est moins virile. Les élégances d'un amour facile y occupent la place qui était réservée jadis à la seule brutalité de la guerre, et l'esprit d'aventures y éteint l'esprit des croisades. On ne saura jamais combien ce cycle de la Table-Ronde nous a fait de mal. 11 nous a policés, soit ; mais amollis} 11 nous a enlevé notre antique objectif, qui était le tombeau du Christ, conquis à coups de lance et à flots de sang. Aux 'austérités du Surnaturel il a substitué le clinquant du Merveilleux. C'est à cette littérature charmante et dangereuse que nous devrons un jour cette chevalerie de théâtre, vantarde et téméraire, qui nous a été si fatale durant la guerre de Cent ans^j C'est contre elle enfin, et non contre notre antique Épopée, que Cervantes aiguisera ses crayons, et il faut avouer que certains griefs du grand satirique ne sont point tout à fait illégitimes. Grâce à cet envahissement regrettable, nous nous faisons aujourd'hui une fausse idée de la véritable Chevalerie , que nous confondons trop aisément avec je ne sais quelle galanterie délicate et parfois excessive. Le temps est venu de protester contre une telle erreur.

La Chevalerie dont nous allons tracer le code est celle des xie et xne siècles; c'est celle des croisades; c'est celle de notre épopée nationale. Elle paraîtra rugueuse et barbare à quelques-uns; mais, en vérité, elle est mâle et saine, et a fait de nous cette forte race dont la gloire a rempli le inonde. En dépit de l'invasion des romans bretons, le xue siècle demeure, comme l'a dit Jules Quicherat, « le grand siècle du moyen âge », et c'est aux œuvres les plus viriles de ce temps que nous emprunterons les meilleurs éléments des pages qui vont suivre '.

Il semble qu'on puisse réduire à dix Commandements le Code antique de la Chevalerie, et nous avons voulu les exprimer ici sous une forme populaire qui les fera comprendre d'une façon plus vivante. C'est cette forme même dont il a plu à Dieu de revêtir le Décalogue du Sinaï, pour le graver dans tous les entendements, dans tous les cœurs.

* La plupart de nos Chansons du xiu" siècle (à tout le moins jusqu'à la fin du règne de saint Louis) continuent assez exactement la tradition chevaleresque du m* siècle

MOItT ni! Ri il ORRI (P. 46)

Le roi de Bavière, Orri, est fait prisonnier par les Sarrasins, qui assiègent une ville chrétienne : « Veu*-tu croire a Mahomet ? » lai demande le païen : « Ne i plaise au roi Jésus, répond Orri, que pour le corps je perde l'àme! » Et il ajoute : « Je ne commettrai point ce crime de renier a la fois mes deux seigneurs. « Jésus de gloire et Pépin notre roi. » Alors, les païens le font lier, puis crient aux gens de la ville : < Livrez-nous le palais et la tour, et nous vous rendrons « Orri, votre seigneur. » Mais Orri lui-même, nouveau Régulus, leur crie de son côté : « Ne rendez pas la ville. Je mourrai. ••

Les païens alors martyrisent Orri, le champion chrétien.

Il est là devant la ville, en un grand carrefour;

II* ont dressé on poteau, et l'y ont attaché.

Puis, chaque Sarrasin lui lance son épieu

Kt. de toutes parts, le couvrent de blessure*.

Alors il s'agenouille, le roi Orri,

Kt tend ses mains vers Dieu son créateur :

« O Dieu, ô Père, en votre douceur,

. Vous avez accepté la mort pour nous remettre en gloire.

• De ce pauvre pécheur recevez l'âme :

« Car, pour mon corps, c'est fini. »

L'ime du bon roi s'en va.

Et les Anges l'emportent devant le Créateur.

{Aubrri, éd. Tobler, p. UO-143.)

32 Composition de Luc-Olivif.h Mirso*.

I. Tu croiras à tout ce qu'enseigne l'Église, et observeras tous ses commandements.

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