CHAPITRE XX ET DERNIER
CONCLUSION
ien souvent déjà nous avons eu l'occasion de mettre en lumière la vérité très consolante qui servira de conclusion à tout ce travail, dont nous avons surtout emprunté les éléments à l'épopée française du moyen âge. Et cette conclusion, c'est qu'ici comme ailleurs, la réalité est presque toujours supérieure à la fiction.
Le Charlemagne de l'histoire est supérieur à celui de la légende, et il en est de même pour la plupart des héros de nos chansons de geste. Ceux de nos annales sont de plus haute taille.
Saint Louis, dans sa prison, est plus beau que Guillaume d'Orange sur le champ de bataille d'Aliscans. Duguesclin, « pour la rançon duquel toutes les filandières de France se seraient mises à leurs quenouilles », est plus grand que Renaud, l'aîné des fils d'Aymon. Bayard est d'un plus haut prix qu'Ogier le Danois. Mais que dire
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de Jeanne d'Arc? Dès que paraît cette charmante et incomparable figure, toutes les autres s'effacent, et, devant une telle lumière, tout devient nuit.
Nous irons encore plus loin, dussions-nous provoquer le dédain de ces philosophes qui se plaisent à rabaisser le « règne humain » et à mépriser l'homme. 11 ne faudrait pas s'imaginer que la Chevalerie ait été le caractère spécial de telle ou telle époque. L'institution a pu mourir, mais son esprit nous est resté, et il y a eu des chevaliers sous tous les drapeaux qui ont successivement abrité l'honneur de la France. Nous ne regardons pas à leur couleur.
Il faut ajouter, pour ne décourager personne, qu'il est encore possible d'être chevalier de nos jours, et que l'heure est peut-être venue d'être plus chevalier que jamais.
Si l'on veut bien se reporter aux « dix commandements » de ce Code de la Chevalerie que nous avons plus haut définis et commentés, on se persuadera sans trop de peine que la plupart sont encore actuels.
Sans doute la féodalité a disparu pour toujours, et il ne saurait plus être question de ces rudes devoirs qui liaient si étroitement le vassal à son seigneur ; mais l'Église est une faiblesse, et cette auguste faiblesse a plus besoin que jamais d'un dévouement entier et d'un amour vivant.
Sans doute l'Islamisme n'est plus pour nous l'ennemi héréditaire ; mais nous en avons d'autres qui nous étreignent, et contre lesquels la véritable Chevalerie nous servira peut-être mieux que les fusils les plus perfectionnés et les canons les plus meurtriers.
Sans doute la société n'est plus construite comme il y a huit ou neuf cents ans ; mais il y a encore la Patrie, mieux définie encore et plus une qu'autrefois, et qui est en droit de compter, parmi nous, sur toutes les intelligences comme sur toutes les épées.
Il est toute une école, nombreuse et influente, où l'on prétend que le bien-être est le seul but que doive désormais poursuivre l'humanité « régénérée ». Ces sophistes se trompent grossièrement, même quand ils nous donnent l'Amérique pour exemple. Une nation qui aime avant tout le confort est une nation perdue, et ses fils sont condamnés, grâce à ce bien-être fatal, à s'étioler misérablement dans leurs âmes comme dans leurs corps, et à être tôt ou tard asservis par un peuple plus jeune et plus viril. C'est la Cheva-
CONCLUSION
lerie qui sauve les nations et qui en est l'arôme. Et la Chevalerie, c'est le dédain pour toutes les petites aises d'une vie amollie et sans nerf; c'est le mépris de la souffrance ; c'est la mise en action de l'antique : Esto vir.
Il est un dernier commandement de l'ancienne Chevalerie qui nous semble d'une utilité encore plus contemporaine : « Ne pas mentir. » J'entends par là qu'il faut, dans la conduite de nos idées et de notre vie, avoir horreur des petites habitudes rampantes, des moyens tortueux, des finesses menteuses, des sousentendus et des nuances. De toutes les choses d'ici-bas, la Chevalerie est celle qui est la plus réfraclaire à la nuance. Elle veut que nous affrontions les périls de l'heure présente avec la franchise la plus lumineuse; que nous ne cachions point notre drapeau; que nous répétions, si nous croyons au Christ éternel, le cri des premiers martyrs : « Je suis chrétien, » et que, le front découvert et l'âme transparente, nous sachions non seulement mourir pour la vérité, mais, ce qui est plus difficile, vivre pour elle.
ralier. - Composition de Luc-Olivier Verson.