MORT DE ROLAND (P. 8Î
Il est la, gisant, le comte Roland,
Et a voulu se tourner du côté de l'Espagne.
Il se prit alors a se souvenir de plusieurs choses,
De tous les pays qu'il a conquis,
Et de dour» France, et des gens de sa famille,
Et de Charlemagne, son seigneur, qui l'a nourri.
11 ne peut s'empêcher d'en pleurer ;
Mais il ne veut pas se mettre lui-même en oubli
Et réclame le pardon de Dieu.
11 lui a tendu le gant de sa main droite.
Et saint Gabriel l'a reçu.
Alors ta tète s'incline sur ion bras,
El il est allé mains jointes à sa fin.
Dieu lui envoya un de se» An*es chérubins,
Saint Raphaël et saint Michel du Péril.
Saint Gabriel est venu avec eux :
IN emportent l'âme du comte au Paradis...
(Ouuum dt Roland, v. 2375-2396.)
64 Composition de Luc-Olivier Merson.
la fécondité de ses plaines immenses, la majesté de ses Alpes, de ses Cévennes et de ses Pyrénées. Elle a tous les arbres, tous les vins, tous les fruits. Beau peuple, en vérité; essentiellement jeune et vivant, et dont on se demande comment il pourrait vieillir. Il a dans l'intelligence une clarté que rien ne voile; dans le cœur un dévouement que rien ne lasse; dans la volonté, une énergie qui s'éteint trop facilement, mais se rallume plus vite encore. Parlant bien et aimant à parler longtemps, écoutant moins volontiers et n'agissant pas avec assez de tempéraments, il étonne le monde entier par le désintéressement de ses sacrifices, la rapidité de ses résolutions et la verve de ses entreprises. Il a le courage spirituel et l'esprit courageux; mais surtout il possède l'élan, qui est la première de toutes les qualités militaires. Dieu s'est servi de tant de nobles facultés que sa bénédiction a fécondées. Il a donné pour mission à la nation française de sauver, en toutes les attaques extraordinaires, les destinées de la Vérité sur la terre. C'est la France qui, par Clovis, a mis le pied sur l'arianisme et l'a étouffé; c'est la France qui, par Charles-Martel, a chassé loin de nous le danger toujours croissant des invasions musulmanes; c'est la France qui, par Charlemagne, a délivré l'Europe et la Chrétienté des redoutables excès de la barbarie germaine; c'est la France qui, par Godefroi de Bouillon, par saint Louis, par les Croisades, a décidément fait présent à l'Occident chrétien d'une sécurité que l'Orient menaçait. C'est pourquoi les Papes du moyen âge n'ont pas craint de faire à haute voix, devant toutes les autres nations, l'éloge de la nation française; c'est pourquoi le vieux pape Grégoire IX, contemporain de nos derniers épiques, n'a pas hésité à s'écrier dans un magnifique langage* : « Le fils de Dieu, aux ordres duquel tout l'univers est soumis et à qui obéissent les bataillons de l'armée céleste, a établi ici-bas, comme un signe de la puissance divine, un certain nombre de royaumes, divers par leurs peuples et divers par leurs langages. Et de même qu'autrefois la tribu de Juda reçut d'en haut une bénédiction toute spéciale parmi les autres fils du patriarche Jacob, de même le royaume de France est au-dessus de
France qui parle la langue d'oïl. = * Dei Filius, cujus imperiis totus orbis obsequitur, cujus beneplacito ccelestis exercitus agmina famulantur, secumlum divisioncs linguarum et gcnlium, in signum divins potentix, diversa régna constitua, interqu;r, sicut tribus Juda inter filios Patriarcha* ad specialis beuedictionis doua suscipitur, tic regnum Franaœ,
tous les autres peuples, couronné par la main de Dieu lui-même de prérogatives et de grâces extraordinaires. »
Nos poètes n'ont pas parlé de la France autrement que les Papes, et le début du Couronnement Looys vaut la bulle de Grégoire IX.
Les auteurs de nos vieux poèmes ne sont ni moins éloquents, ni moins décisifs, quand il s'agit de ce'cinquième commandement qui a pour objet la bravoure du chevalier, et il est à peine utile de signaler le courage au nombre des vertus que le Code de la chevalerie imposait à tous les chevaliers. Chez le vieux Gaulois dégénéré, qui, longtemps encore, s'était souvenu deYercingétorixet deCivilis; chez le légionnaire romain, qui était scientifiquement façonné à la victoire; chez le jeune guerrier frank, qui avait les instincts et la bravoure féroces du sauvage, et chez cette race chrétienne, enfin, qui avait déjà compté tant de millions de martyrs, il y avait d'évidentes traditions de courage. Ces quatre courants ont formé le fleuve dont nous parlons ; mais il convient de constater qu'ici, comme ailleurs, les élé-( ments germanique et chrétien ont été les plus puissants et les plus féconds. Le courage chevaleresque n'est guère qu'un composé de ces deux courages : il est fait de ces deux métaux. Au reste, le Code de la Chevalerie est ici plus net qu'en aucun de ses autres commandements. Semblables à Néhémias, à ce chevalier de l'ancienne loi qui s'écriait : « Mes pareils n'ont pas peur et ne fuient jamais1 », nos chevaliers redoutent par-dessus tout d'être regardés comme des lâches. C'est leur plus grand effroi. « Mieus vauroit estre mors que coars apelés8 » : telle est leur devise, qu'ils répètent sans cesse, et ils ajoutent avec un certain sentiment de terreur « qu'un seul couart feroit une ost descouragier3 ». Au moment de se jeter dans l'horreur de la mêlée, ils se retournent vers leurs compagnons de bataille, et leur lancent ces mots vainqueurs : « U nos i garrons
prœ exteris terrarum populis prxrogaliva honoris et gralix insignilur. (Bulle de Grégoire IX, Anagni, 21 octobre 1239). = * « Num quisquam similis mei fugit? » (II Esdras, VI, 11.) = * Elie de Saint-Gilles, v. 724. Cf. Anliuche, éd. P. Paris, I, 129 : « Mieus aime en conquerrant soit ma teste trencie — Que jou muire en fuiant ; çou seroit vilonie. » Etc., etc. = 5 Gaufreij, v. 5298. C'est le plus beau vers de ce poème médiocre.
tuit, u nos tuit i morron '. » Ce qu'ils veulent, c'est prendre leur ennemi corps à corps, c'est le sentir au bout de leur épée. Ils ont, à ce sujet, de magnifiques saillies, que les poètes de notre temps ont heureusement popularisées. « Maudit soit le premier « qui fut archer. Il fut couard : il n'osait approcher1. » Les javelots et les flèches leur semblent armes de vilains, et ce préjugé, qui fait d'abord honneur à la vaillance française, finira par lui devenir historiquement fatal. On se rappelle le dédain théâtral que nos chevaliers témoignèrent à Crécy pour les archers génois, et ce qu'il en advint. C'était l'excès d'une héroïque vertu, et il est trop vrai que le xiv* siècle n'est trop souvent qu'une copie exagérée du xii', lequel, encore un coup, reste le grand siècle du moyen âge.
Nous disions tout à l'heure qu'il y avait dans l'intrépidité chevaleresque deux éléments principaux : le germanique et le chrétien. Ils ne sont pas toujours suffisamment fondus. Nos chevaliers aiment trop souvent la bataille pour elle-même, et non pour la cause qu'ils y défendent. Le vieux barbare des forêts germaines frémit encore sous leurs vêtements de mailles. A leurs yeux, c'est un charmant spectacle que le sang rouge coulant sur le fer de l'armure. Un beau coup de lance les transporte au ciel : « J'aime mieux un tel coup « que boire et manger », s'écrie fort naturellement un des farouches héros de Raoul de Cambrai*. Cette admiration naïve éclate surtout dans nos plus vieilles épopées et, en particulier, dans le Roland. Au milieu de l'horrible bataille, quand il s'agit de savoir si la victoire restera à l'Islam ou à la Croix, quand une poignée de chrétiens tient tête à des cent milliers de païens, dans cette plaine couverte de mourants qui râlent, nos Français, plus qu'à moitié morts, trouvent encore le temps de juger ou d'admirer les beaux coups de lance ou d'épéc4. Un maître d'escrime du xix* siècle n'apprécierait pas plus tranquillement une belle passe dans un assaut.
• Renau* de Monlauban, p. 191, v. 4. = » Cent déliais ait qui archiers fu premier : — Il fut couars, il u'osoit approchier. [Girart de Viane, p. 7.) Dans sa Fille de Roland (acte II, scène it, p. 74), M. de Bornier a intercalé ces deux beaux vers : « Maudit soit le premier soldat qui fut archer; — C'était un lâche au fond : il n'osait approcher. » = 3Kd. Le Glay, p. 177. Le mot est prononcé par Guéri le Sor. = * Après le magnifique coup d'épée que Roland assène à Grandoigne : Dienl François : « Bien fiert noslre guarani » (v. 1009), et Roland lui-même s'écrie plus tard, quand il s'apprête à sonner enliii de son cor pour de-
C'est de l'art, mais de l'art brutal, et que le christianisme a eu quelque peine à idéaliser. Il y est parvenu cependant, et les croisades ont eu, à ce point de vue, une influence qu'on n'a peut-être pas assez remarquée. La féodalité n'avait pas « dégermanisé » le courage de nos pères, et ne lui avait rien ôté de sa rudesse antique. Les croisades y jetèrent l'idée de Dieu, et le transformèrent. Comparez entre elles ces deux chansons : Raoul de Cambrai et Antioche. Le barbare germain rugit dans la première, qui est un écho du xe siècle; l'Église triomphe dans la seconde, qui est un récit de la croisade, écrit en quelque sorte sous la dictée des croisés euxmêmes. La Féodalité et les Croisades, c'est la thèse et l'antithèse.
« Combatez vos : Diex vos ira aidier2 » : telle est, en quelques mots, toute la formule du courage chrétien ; et ce vieux vers du xn" siècle n'exprime pas une autre idée que le fameux mot du plus chevalier de tous les chevaliers (c'est de Jeanne d'Arc que je veux parler) : « Les hommes d'armes batailleront, et Dieu donnera la victoire. » Il n'y a pas, à vrai dire, un résumé plus exact du cinquième article de notre Décalogue.
C'est à cette loi, ainsi formulée, qu'ont été glorieusement fidèles tous les héros de notre histoire comme tous ceux de notre légende, et il semble que ces deux groupes de chevaliers, les imaginaires et les réels, rivalisent entre eux de grandeur morale et de vaillance superbe. Les personnages à'Aliscam ne le cèdent pas à ceux d'A)itioche, ni ceux de Jérusalem à ceux de Roland. La légende n'est ici, comme en tant d'autres cas, que la condensation et la quintessence de l'histoire.
Sous ces murs d' Antioche, où tant d'héroïques courages se sont révélés plus grands que ceux de la Grèce et de Rome, c'est à cette loi qu'obéit cet écuyer encore inconnu, ce Gontier d'Aire, qui entre un jour, lui tout seul, dans la ville assiégée, et mérite ainsi de prendre rang parmi les chevaliers'. Durant ce siège aussi mémorable que celui de Troie, c'est à cette loi qu'obéit encore l'admirable Renaut Porquet, qui, prisonnier des Sarrasins, conseille lui-même aux chrétiens de ne pas l'échanger contre un prisonnier païen 3. C'est à cette loi qu'obéit Foucart l'orphelin, qui ne permet pas à son sei-
mander du secours à Charlemagne : Colps i ai (ail mult genz(v. 1712). = * Garins li Loherains, 1, p. 18. = « 'Antioche, I, 223-225. = 5 Anlioche, II, p. 25.
gneur, le comte de Flandre, de monter le premier à l'échelle, à la périlleuse échelle qui doit conduire les barons chrétiens jusque sur les remparts d'Antioche, mais qui, après avoir dit sans amertume ces très simples paroles : « Si je meurs, personne ne me pleurera », s'offre comme victime, rejette son blason derrière ses épaules, empoigne à deux mains l'échelle, fait une longue prière à Dieu, s'élance et ne laisse que le second rang, en cette magnifique équipée, à des héros tels que Bohemond et Tancrède '. Sous les murs sacrés de Jérusalem où tout l'Occident chrétien s'est donné rendezvous, c'est à cette loi qu'obéit enfin Thomas de Marne, qui se fait jeter dans la ville à la volée sur trente lances de chevalière. « Tant que durera le monde on redira cet exploit, » dit l'auteur de la Chanson de Jérusalem*. Je l'espère bien. Et mille autres exploits encore, que je ne puis raconter à cette place et qui seront l'éternel honneur de la race française, de la race chrétienne. Il serait temps d'en composer un second De viris, à l'usage de nos enfants. L'autre est moins beau.
C'est à cette loi que, dans le domaine de la légende, obéissent ces héros de cent coudées dont les noms furent, durant tout le moyen âge, une leçon vivante de fierté, d'honneur et de courage. Le Code de la Chevalerie que nous essayons de mettre en lumière, n'était pas, en effet, comme les autres codes, un texte aride et froid, et nos pères lui donnaient pour commentaire les exemples des grands chevaliers. Au lieu de répéter aux jeunes écuyers : « Soyez preux », on leur disait plus volontiers : « Regardez Ogier et pensez à Roland. » Les peintures murales, un peu grossières, qui couvraient les murs des châteaux et les hottes des cheminées énormes, les tapisseries aux tons sourds, les verrières éclatantes, les sculptures naïves des portails, tout parlait de ces modèles de la Chevalerie, et les jeunes regards ne les pouvaient éviter. C'est Guillaume Fierebrace, résistant seul à cent mille Sarrasins dans les plaines illustres d'Aliscans5; c'est Ogier, tenant tète à tout l'Empire dans son donjon de Castelfort*; c'est Vivien, l'enfant Vivien, qui, pantelant et demi-mort, se fait renouer ses boyaux autour du corps et se relance dans la mêlée où il achève de mourir"; c'est le bon cheva-
'Antioche, II, p. 108. =* V. 4395 et suiT. = *Aliscans, éd. Guessard et de Montaiglon, ». 868 et ss. = * Ogier, v. 665. = • Covenant Vivien, v. 1850-1854.
lier Guron, qui, dans la Prise de Pampelune', accomplit très fièrement, auprès du roi païen Marsile, le plus dangereux de tous les messages et périt, dans une lâche embuscade, après une lutte inégale et sublime où sa vie n'est prolongée, dit le poète, que par le sien haut courage1; c'est Roland, le plus glorieux et le plus populaire de tous ces vaillants, c'est Roland qui meurt en tendant son gant à Dieu, sur ce rocher de Roncevaux qui a véritablement dominé tout le moyen âge3. Ce sont enfin tous nos chevaliers épiques qui répètent à l'envi cette grande parole d'un de nos plus vieux poèmes : « Voici la mort qui descend sur nous; — Mais, comme il sied aux braves, mourons en combattant* ».
Du cinquième au sixième commandement de la Chevalerie, nous estimons que la transition est aisée : car le véritable emploi du courage chevaleresque, le seul usage qui en parût vraiment légitime aux yeux de nos pères, c'était la lutte contre les Sarrasins. Une guerre acharnée, un duel sans fin. Quelques-uns de nos poèmes, il est vrai, sont presque uniquement animés par la rage féodale; mais, quoi qu'on en dise, ce ne sont ni les plus antiques, ni les plus beaux, ni les plus vrais. Préférer Raoul de Cambrai à la Chanson de Roland, c'est faire preuve d'une intelligence qui n'a suffisamment ni le « sens chrétien », ni le « sens français ». C'est la haine du païen qui anime le plus grand nombre de nos vieilles chansons; c'est le souffle de nos croisades qui les échauffe. Sans doute on trouve de plus classiques images et un style plus noble dans ces lettres des Papes où les croisés sont comparés aux athlètes antiques5; mais notre vieille épopée exprime le même sentiment en paroles plus héroïques et populaires. Veut-on résumer en un vers la vie tout entière de Charlemagne, on trouve
1 Prise de Pampelune, v. 2892 et suiv. = s Grant pièce seroil mort, pour voir je le vous di; — Mes le suen aut corace le maintenoit ensi. = 'Chanson de Roland, v. 2259- 2590. = 4 Veci la mort qui desor nos dessant ; — Mais com prodom morons en combatant. = ! Terra sancta, Christi respersa sanguine, plurimos invenit in eisdem partibus strenuos pugiles, atbletas inclytos et propugnatores electos, qui, salvificse crucis assumpto signaculo et posito cum Moyse gladio supra fémur, se polenter accingunt. (Lettre d'Ur-
soudain ces huit mots : « Par lui furent païen en maint leu encombré ' ». Veut-on consacrer un résumé aussi bref à tous les exploits de ce libérateur historique de notre France, de ce Guillaume que nous avons trop oublié : « C'est lui, dit-on, qui tant pena sor païens, sor Esclers* ». Voilà qui dit tout, et il n'est pas de plus belle oraison funèbre.
Les citations ici sont inutiles, et tous nos romans ne sont, à vrai dire, que le récit de cette grande et formidable lutte. Tout ce qui n'est pas chrétien devient Sarrasin aux yeux de nos pères. Clovis lui-même est considéré par eux comme un musulman converti, et c'est à la tète d'une armée de croisés que Charlemagne délivre Jérusalem. Chacune de nos épopées se termine par la prise d'une ville infidèle, et les trois points culminants de toute notre poésie épique, c'est Aliscans, Roncevaux, Jérusalem; deux défaites et une victoire, où. nous avons eu les Sarrasins pour adversaires. a Ils se combatcnl as Turcs moult volontiers — Et souvent sont dans leur sanc baptisié5. » Ces deux vers rendent bien toute la physionomie de nos chevaliers et sont le plus ressemblant de tous leurs portraits.
Cette haine contre les païens va jusqu'à la furie, jusqu'au spasme. « Si nous étions en paradis, disent les rudes soldats du douzième siècle, nous en redescendrions pour combattre les Sarrasins'. » Les compagnons de Godefroi de Bouillon, dans le premier feu d'un enthousiasme qui s'éteignit plus lard, lettent ce cri de rage dont on n'a pas encore dépassé la vigueur : « Fussent-ils d'acier, les a murs de Jérusalem, fussent-ils d'acier, nous les mordrons5. »
bain IV, en 1264; Arch. nat., J, 451, n' 16.) Etc., etc. = « Simon clt Pouitlc, Bibl. nal., fr. 568, f* 242. := 'Enfances Guillaume, ms. de Boulogne, f° I. Cf. Girart de Viane (p. 2), où l'on dit des chevaliers de la geste de Garin : « Crestienté faisoient avancier — Et Sarrasins confondre et essillier ». = * Montage Guillaume. = 'i Encor me soit le poil elchié changié, — Si ferrai-ge desor les renoies. — Se je estoie en Paradis couchiez, — Si descendroie. (Montage Renoart, liibl. nat., fr. 368, P 238). = 'Ce langage est tenu principalement par les Normands et les Bretons avant le siège de Jérusalem : « Chascuns se soloit si et vanter et proisier : — Se ja Dex li donoit Jursalem aprochier, — Cas dens mordroit les murs, s'il estoient d'achier [Jérusalem, v. 3215-3217). Ce beau zèle, par malheur, te refroidit un peu, et Godefroi de Bouillon est un jour forcé de leur rappeler leurs propres paroles : < Ahi ! jentius barnages, com faites à blasmer! — Al' venir cesle part vous oï tos vanter — Qui devant Jursalem vous porroit amener, — Tant que cascuns peiist les murs avironer, — S'on les avoil d'acier fait faire et manovrer, — Les vauriés vos manger et as dens entamer, s (Ibid., y. 4325-4350.)
Plusieurs se scandaliseront de tant de colère; mais ils en parlent à leur aise, et nos pères, mieux que nous, connaissaient le danger que l'Islam faisait courir à la Chrétienté. Il faudrait pourtant ne pas oublier que les musulmans sont venus au viue siècle jusqu'à Poitiers, et qu'à Toulouse, en 795, ils faillirent se rendre maîtres de tout le midi de la France. Au ixe siècle, ils infestaient encore nos côtes et menaçaient notre indépendance nationale. Deux races, deux religions étaient là, en présence. Il fallait de toute nécessité que l'Islam reculât, et les croisades n'ont été qu'un refoulement. On sait, d'ailleurs, de quel fléau la Chevalerie a délivré le monde en le protégeant contre le triomphe de Mahomet. On a vu, on voit jusqu'où peuvent descendre les races musulmanes et avec quelle rapidité elles perdent tout sens moral, tout honneur de la vie, toute vitalité sociale. Sans la Chevalerie, l'Occident, vaincu par le fatalisme et les sens, serait peut-être aujourd'hui décomposé et pourri comme l'Orient. Grâce à ceux de ses Commandements qui paraissent le moins modernes, le Code de la Chevalerie nous a affranchis et conservés. Il serait peut-être équitable d'en garder la mémoire.
Renaud do Monlaubao et «es frerca tombant aux genoux de Charlemagnc | "»). Composition de Luc-Olivier Merton.