‹ La chevauchée d'Yeldis et autres poèmes,Chapitre 4 sur 9 · LE FOSSOYEUR · texte numérisé non relu

LE FOSSOYEUR

Je suis sous ce soleil ainsi Que si j'avais vingt ans, aussi ; Et je me sens moins vieux que toi. . . Il n'est qu'une chose au fond de moi Qui s'accumule avec le temps (Comme un sable venu grain par grain Qui barre un matin le chemin, Grain par grain comme fait la dune), L'on se fait sage malgré soi :

Je sais le ciel, le vent, les lunes, Je sais les remèdes qu'on cueille Et que l'heure vient du repos, Qu'on doit s'endormir au cercueil Et que la Mort vient à propos... »

1 EL, je révais au grand soleil, Les yeux mi-clos d'ime demi-veille Visionnaire, pleine de songe Créant des paroles de mensonge, Peut-être, ou de sagesse encore, Au vieillard muet, lent et grave — La main au front, contre la porte.

Im'liiK' sous la cli'-de-voùlo.

rô

Le regard loin vers les flots clairs... On Taurait pu croire de pierre.

11 ouvrit la tour devant moi ;

Sa tranche d'argent et sa pelle

Polis par la terre maternelle

Luisaient dans la pénombre, en croix ;

Les poids de l'horloge étaient bas,

Et le balancier va et vient

Depuis septante années de vie :

Comptant les jours — les siens, les miens;

Elle avait vécu de sa vie

Car, chaque jour, il s'en venait

Avec la grand'clef qu'il tenait

Rouler la chaîne, tour par tour,

Pour qu'elle vive encore un jour

Et pour que l'heure ne se meure...

l^ETTE heure-là ne peut mourir ; Elle est en moi, jeune et sereine De mes vingt ans dont elle est reine ; Elle est en moi, comme l'Espoir,

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Comme la Pensée et sa joie, Comme la tienne vit, ce soir, Sage en tes jeunes vingt années, Comme sa sagesse étonnée Du radieux mystère d'être — Et telle qu'en elle je peux renaître.

DIPTYQUE

DIPTYQUE

(A peindre)

V oici la plaine aux grands blés roux Que rêvait un moine de Fiésole ; Regarde la faux qu'on y voit luire :

La faux est belle Qui vole A lire-d'aile,

Gomme une aile noire dans les blés roux La Mort est belle et sans paroles.

Et fauche et fauche à larges coups Et sa moisson est bonne et belle.

JL/E sa faucille

Le bel Amour glane des tleurs

^8 DIPTYQUE

Parmi l'éteule

Glane et pleure

Et chante

Et marche seul

Sans épouvante :

Et la Mort marche devant Lui

Avec sa faux qui luit et luit

— Drapée d'aube dans son linceul

Kauche sans parole et sans bruit

Le million des grands épis.

Ij\ voici sur le ventail d'or;

Elle pousse la charrue d'automne :

Le long champ déferle en sillons

Charriant le chaume pâle et mort ;

Et derrière Elle, Il marche encore

Avecencor des épis d'or

Dans ses cheveux d'adolescent,

Avec, encor, le même chant

Et sème, encore, aux vieux sillons,

Dans l'or du soleil pâlissant,

Sème les c<XHirs par millions.

iiii'Tvui:i: -ii)

V Eu\-ïL" pleurer alors qu'il chaule ?

Aimer c'est mourir cl renailre; Quel pauvre leurre l'épouvante ?

Redoutes-tu de te connaitre 1 Regarde encore et fais ta vie Selon la vision de joie :

I.a faucille d'Amour dévie, La faux comme une aile s'éploic; Vois : l'Amour fauche de son aile Les plus hauts lys que pleurent les saules, La Mort fait halte et sa faux noire Est comme une aile, Est comme une aile à son épaule!

Réjouis-toi et sache croire.

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