DE LA VÉGÉTATION ET DE LA MORT DES PLANTES
Après avoir énuméré les principaux organes des végétaux, ainsi que les substances simples ou conipsées qui servent à les former, je vais indiquer sommairement, dans le chapitre qui va sui. vre, le résumé de ce que l’on sait jusqu’ici du phénomène de la végétation. C’est ici le lieu de déclarer que cette partie de nos connaissances ect encore fort restreinte. L'agent de la végétation, de même que le principe de la vie animale, la cause du mouvement des corps demeurent cachés à l’homine, ne se révélant à lui que par leuré effets. Bien que la science ait séparé les éléments primitifs des plantes, reconnu ceux des muscles, des nerfs, du sang, des os, elle doit re noncer à dévoiler comment le sang produit un organe aussi parfait et aussi délicat que l’œil ;
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eomment la sève se transforme en feuilles, en fleurs si variées, en fruits de mille espèces. La multiplicité des opérations qui se font dans la nsture ; tant de substances différentes provenant des mêmes ingrédients ; l’ordre constant qui règne dans toutes choses ; la simplicité des moyens employés, tout enfin nous confoñd, nous étonne et nous démontre l’infinie intelligence de l’Auteur suprême de ce qui existe. Îlne faut pas néanmoins que cette impuissance comparative de l’homine le décourage ou l’effraie : le champ qui s’offre à son esprit est trop vaste pour qu’il puisse dès à présent en fixer les bornes; ce qu’il en connaît nossède assez d’attraits et de magnificence pour le récompenser de ses travaux et l’exciter à de nouveaux efforts. Le marin ne renonce pas à Pusage de la sonde, parce qu’elle ne lui a pas encore indiqué toute la profondeur de ia mer.
De la germination. On pense aujourd’hui que toutes les plantes proviennent de la germination d’une graine, quoique l’opinion contraire ait longe temps prévalu.
Lorsqu’une graine est placée dans une situation favorable à la végétation, on voit bientôt paraître un germe qui s’enfonce dans la terre et devient la racine de la plante future, tandis qu’une autre partie s’élève au-dehors et se transforme en tige. Les conditions nécessaires à la germination sont en général une température au-dessus du point de
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congélation, la pré-ence de l’air et d’un certain degré d'humidité.
La première nourriture de la plante naissante est contenue dans la graine qui, Ccomnie nous l'avons vu déjà, renferme de l’amidon, Celui-ci se transforme en sucre et nourrit le germe jusqu’à ce que la racine ait acquis Ja force de chercher elle-même, dans le sol et dans Pair, les sucs nécessaires à la continuation de la végétation. C’eit au moment où la matière sucrée paraît dans la graine que deux feuilles, dont les rudiments y étaient aussi renfermés, se déveioppent puis meurent bientôt, dès qu’elles ont aidé à la croissance de la tige qui va devenir la plante mêine et se charger c'e branches et de feuilles véritables,
Si des graines sont semées dans du marbre réduit en poudre, arrosé et placé C'ans des condi. tions favorables, elles germent, croissent, prospèrent même pendant quelque tempssmais ne peuvent porter fruit et finissent par mourir, purce que la plante, qui avait bien trouvé, dans Pair qui l’entourait, dans l’eau que contenait ce soi factice, la base de ses principaux organes, n’y a pas rencontré les autres sels qui lui sont encore nécessaires. Ce fait doit démontrer au cultivateur que les plantes ont besoin de sucs et de sels différents, qui existent dans le 60! où qui y sont amenés par diverses opérations naturelles ; alors il doit com prendre que ces sucs et ces sels s’épuisent par Les
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récoltes successives que donnent une terre, et que, s'ils ne sont pas remplacés d’une manière ou d’une autre, les graines qu’on y sème peuvent y germer, mais doivent bientôt dépérir faute de nourriture suflisante,
De la nourriture des plantes. Après qu’une plante a germé, elle continue à croître, de nouvelles racines se forment et s'étendent, des branches sortent ; la tige elle-même grossit et s’allonge, enfin la quantité de malière s’augmente graduellement et constamment. Il serait absurde de supposer que les parties des plantes déjà formées ont créé de la matière nouvelle qu’elles se sont assimilée : il faut donc croire qu’elles ont besoin de nourriture corame les animaux, et que cette nour« riture leur arrive par divers organes. On a cru Joug-temps que l’eau formait la seule nourriture des plantes ; mais, d’après des expériences faites plus récemment et avec soin, les savants se sont assurés que cette source indispensable de l’aiimentation des végétaux était insuffisante. Une certaine humidité est absolument nécessaire à la plupart des plantes ; mais les unes en demandent plus que d’autres, et la pratique seule enseigne à Pagriculteur le sol qui convient, sous ce rapport, aux différentes espèces qu’il se propose de cultiver, Le riz, le foin veulent un sol humide, tandis que le blé, l’avoine, etc., demandent un terrain beaucoup plus sec. Le degré d'humidité d’une
terre dépend de deux choses: d’abord, de la quantité d’eau qui y arrive soit par la pluie ou autrement ; puis, de la nature même du terrain.
Tout sol contient au moins trois espèces de terres: la silice, la chaux et l’alumine, quelquefois de la magnésie, La silice est toujours à l’état de sable. Or le sol retient l’ean plus ou moins, selon les proportions des diverses terres qu’il contient ; les terres sablonneuses sont plus sèches, parce que l’eau n’y séjourne pas ; les terres glaiseuses, c’est-à-dire celles qui contiennent beaucoup d’alumine, sont les plus humides. La chaux et la magnésie tiennent le milieu entre ces deux extrêmes, de sorte qu’on peut, en mélangeant ces diverses terres dans de certaines proportions, aug: menter ou diminuer à volonté l’humidité d’un s0;, selon le genre de culture auquel on le destine.
La seconde source de la nourriture des plantes est l’air atmosphérique. Les plantes qui en sont privées ne peuvent point croître. C’est de l’acide
carbonique qui y est contenu que les plantes tirent leur carbone ou charbon.
La troisième et dernière substance d’où Îles plantes tirent leur aliment est le sol sur lequel elles croissent, et ce sol lui-même est composé de terre pure et de matières provenant de la décomposition des animaux et des autres plantes. Outre des terres, les plantes contiennent toujours quelques matières salines Celles qui croissent
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à quelque distance de la mer contiennent de la potasse, tandis que les plantes marines renferment de la soude et du sel commun. Le phosphate de chaux existe toujours dans la végétation. Le nitrate de soude se rencontre dans l'orge, le nitrate de potasse (salpêtre) dans les orties et les soleils. Divers sels accélèrent en conséquence la végétation des plantes et leur sont même indispensables. C’est la connaissance parfaite de leur effet, de la manière la plus efficace et la plus économique à la fois de les répandre sur le sol, qui constitue la science réelle de l’agriculteur. On trouvera les faits les plus importants sous ce rapport dans la partie du présent ouvrage qui traite des différents engrais.
Mouvement de la sève. La nourriture des plantes est tirée du sol,sous la forme d’un liquide transparent, par les extrémités des racines. Ce liquide ou jus a reçu le nom de séve ; c’est au printemps qu'il est le plus abondant. Si l’on fait, à cette époque, une incision dans un arbre, on peut en recueillir en grande quantité. La sève arrive donc à la tige après avoir traversé les racines; de là, par une légère contraction des petits tubes qui forment le cœur du bois, elle est poussée, avec une grande force, jusqu’aux extrémités des branches et dans les feuilles. Durant le trajet, elle se charge de diverses matières qui avaient été déposées dans le corps de la plante, l’année
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précédente, pour former les bourgeons, les branches nouvelles et les feuilles ; elle s’en va subir ensuite dans les feuilles, dès que celles-ci sont formées, certains changements qui sont décrits plus loin ; puis elle redescend, par lécorce et l’aubier, apporter la nourriture à l’arbre même. Le surplus de cette nourriture, c’est-à-dire la portion que la plante ne s’est point assimilée, retourne à la terre par les racines sous forme d’excrément végétal.
Fonctions des feuilles. Les feuilles ne sont pas uniquement destinées à servir d’ornement aux végétaux ct à les abriter contre l’ardeur du soleil ; elles ont d’autres tonctions plus importantes. Elles servent à multiplier les surfaces par où la sève doit être mise en présence de l’air, décomposer l'atmosphère et s'emparer d’un gaz qui s’y trouve pour en tirer une portion importante de ia nourriture de la plante. Ces organes ont encore une autre destination qui est analogue à celle des pores chez les animaux. Aussitôt que la sève arrive aux feuilles, une grande paie en est rejetée par la transpiration. La partie ainsi abandonnée est de l’eau pure surabondante qui a facilité l’ascension des matières plus importantes qui y étaient dissoutes. On a t’ouvé qu’un chou renvoie ainsi, chaque jour, par ses feuilles, une quantité d’eau, sous forme de vapeur, égale à la moitié de son poids. Cette transpiration a lieu par la surface
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supérieure des feuilles, et diminue graduellement selon leur âge. (C’est sans doute pour cela que cette partie des plantes se renouvelle chaque année ; aussi l’on a remarqué que les arbres qui conservent leurs feuilles durant l’hiver, transpirent beaucoup moins que les autres.
Les feuilles ont la propriété d’absorber, pendant le jour, l’acide carbonique de l’atmosphère, et d’émettre du gaz oxigène, tandis que, durant la nuit, au contraire, elles émettent du gaz acide carbonique (mais en moins grande quantité) et absorbent de l’oxigène. C’est pour cela qu’il est quelquefois dangereux de dormir dans des appartements où sont renfermées des plantes, tandis que, de jour, ces endroits peuvent être très sains, Durant les opérations décrites auparavant, les feuilles décomposent une partie de l’acide carbonique qu’elles absorbent, elles conservent le carbone qui est entraîné par la sève, et rejettent l’oxigène. Par leur surface inférieure, les feuilles imbibent, pendant la nuit, une assez forte quantité d’eau ou d'humidité cu’elles décomposent pour en tire: une portion de son hydrogène, l’oxigène étant mis en liberté sous l'influence des rayons du soleil. La manière dont ces diverses décompositions s’opèrent dans les feuilles, nous est encore inconnue ; les études constantes des savants ont pu seulement démontrer qu’elles ent lieu. Comme on vient de le voir, les feuilles