‹ La chimie agricole mise à la portée de tout le monde [microforme]Chapitre 23 sur 34 · DE LA CULTURE · texte numérisé non relu

DE LA CULTURE

L'art de l’agriculture, le plus ancien de tous, consiste en une foule d’opérations qui, pour la plupart, furent enseignées aux hommes par l’expérience et l’observation, Jusqu’à ces derniers temps, ceux qui s’y sont livrés parmi nous, se sont contentés, à quelques exceptions près, d’imiter dans la pratique ce qu’ils avaient appris de

leurs devanciers, sans chercher à découvrir si la diminution de la fertilité du sol provenait d’un mauvais système de culture ou d’un appauvrissement irréparable des terres. Cette remarque ne s’applique pas uniquement au cultivateur de notre pays ; partout ailleurs on a essuyé de grandes difiicultés à faire adopter ou seulement essayer les améliorations que la science indiquait comme devant résulter de certains procédés particuliers, Mais, à mesure que l’éducation se répand, on voit peu à peu l’industrie agricole s’améliorer comme les autres, et recevoir, avec moins de répugnance ou d’incrédulité,les avis des hommes studieux qui ont consacré leurs connaissances, leur temps et leur fortune à l’étude du phénomène de la végétation, afin d’en déduire les moyens d'aider la nature dans le travail qu’elle exécute pour nos besoins.

Un traité complet d’agriculture renfermerait, outre les instructions ordinaires déjà connues, les expériences et les travaux des Davy, en Angleterre ; des Liebig, en Allemagne ; des Chaptal, des Thénard, en France ; des de Candolle, des Saussure, des Sennebier, en Suisse ; ainsi l’on ne peut s’attendre à trouver, dans un opuscule de quelques pages, des enseignements capables de faire d’un homme étranger aux travaux des champs un agriculteur parfait. Le but principal du présent ouvrage est simplement, comme on l’a

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déjà vu, de donner une esquisse de ce que doit connaître et rechercher le cultivateur qui désire améliorer son travail, et de pousser à de meilleures études les jeunes gens qui se destinent à la noble et heureuse profession de l’agriculture. Espérons que notre gouvernement portera bientôt son attention sur ce sujet qui pour nous est d’une importance vitale, et que des sommes suflisantes quoique minimes, proportionnées à celles qu’on attribue à d’autres objets secondaires, seront judicieusement consacrées à l’amélioration de l’art sur lequel repose la prospérité future du pays. Dans les chapitres qui précèdent, nous avons vu que les plantes ont besoin, pour leur végétation, de quatre éléments principaux : le carbone, l’oxigène, l’hydrogëne, aui forment la plus grande partie du corps des végétaux, puis l’azote qui se rencontre particulièrement dans les graines, dans les herbages, dans les fruits, dans les racines, c’est-à-dire dans la partie nutritive des végétaux. Outre ces substances, on en rencontre encore, comme nous l’avons vu, quelques autres, telles que des sels et des terres, qu’on retrouve, après la combustion, dans les cendres des végétaux. Il est clair que toutes les substances qui composent le corps des animaux ont dû nécessairement exister auparavant dans les plantes ; aussi l’analyse du sang et de la chair nous donne du carbone, de l’azote, de l’hydrogène, de l’oxigène, du phos-

phore, du soufre. Les os sont formés des mêmes gubstances, et contiennent, en outre, de la chaux qui, combinée avec l’acide phosphorique, constitue leur partie solide. La graisse ne contient que de l’hydrogèue, de l’oxigène et du carbone. Cela doit nous conduire à penser que les engrais qui conviennent le mieux à la terre pour lui rendre ce qu’elle a perdu, sont ceux qui renferment ces substances prêtes à se séparer ; les matières animales en putréfaction s’ofirent donc à l’agriculteur comme devant le mieux remplir ces conditions dans un grand nombre de cas ; l’expérience a prouvé, dès long-temps, la vérité de ce raisonnement. Nous avons vu que la plante tire de l’air son oxigène ; de l’eau son hydrogène ; de l’atmosphère et de la terre son carbone et son azote. Les autres substances, comme la potasse, le soufre, la soude, le phosphore, la magnésie, etc. doivent toutes lui venir de la terre. L’azote, cette partie importante du principe nutritif, ne se rencontre dans la nature que combiné avec d’autres éléments, La substance qui donne l’azote aux plantes par leurs feuilles et par leurs racines, est l’ammoniaque ou alcali volatil (on sait que cette matière est formée par la combinaison de l’hydrogène et de l’azote) ; elle existe dans l’atmosphère d’où elle est entraînée à la terre par l’eau de pluie ; c’est à la présence de l’ammoniaque qu'est dû le mauvais goût de cette eau

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fraîchement tombée ; comme elle est très volatile, elle disparaît bientôt dès qu’on fait bouillir l’eau qui en contient. Les matières animales en putréfaction, comme l’urine, etc., laissent dégager de l’ammoniaque en grande abondance ; on la reconnait aisément à son odeur pénétrante, C’est la présence de cette substance dans les engrais quien fait la principale valeur ; on ne saurait trop engager les agriculteurs à la conserver precieusement, et à en empêcher, autant que possible l’évaporation. Il en sera traite plus particulièrement dans un autre chapitre.

Nous avons vu que des végétaux, plantés dans du marbre pulvérisé, mouraient faute de certaines substances minérales. Maintenant, si l’on brûle des quantités égales de matières végétales, on trouve que les unes donnent plus de cendres que d’autres ; la quantité de cendres ainsi obtenues indique la proportion de matières alcalines, et prouve que quelques végétaux doivent en exiger plus que d’autres pour leur développement. Les cendres des herbes, et particulièrement de leurs graines, donnent un sel appelé phosphule de magnésie, qui est combiné dans la pliante avec lammoniaque. Ceci est un fait important, car on voit par là que le blé, le foin et les autres plantes qui servent de nourriture aux bestiaux, ne peuvent croître que sur une terre qui contient ces substances,

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