CHAPITRE VIII
ADAPTATION DE LA NOURRITURE AUX BESOINS DES ANIMAUX. s Les besoins d'un jeune animal.—Composition du colostrum et du lait.— Quantité d'albuminoïdes requise par ration—Quantité de nourriture requ'se aux différentes phases de la croissance de l’animal.--Importance des éléments minéraux.--L’animal adulte.—Production de la chaleur.—Travail.—Ration d’entretien.— Ration detravail.--Influence d:l’allure au pas-- Animaux à l’engrais—Conditions indispensables à l’engraissement.—Résultats obtenus dans des expériences faites sur des bœufs, des moutons et des porcs soumis au régime ordinaire.—Différences dans la quantité d'aliments consommés et dans l’augmentation de poids aux diverses périodes de l’engraissement.— Relation nutritive pour les animaux à l’engrais.—Productton de la laine.— Composition de la laine.—Influence de la nourriture.— Production du lait.- Influence des rations sur la quantité de lait.—Ration pour les vaches laitières.—Comparaison des matières azotées émanant du bœuf et de la vache.— Influence de la nourriture sur la qualité du lait et du beurre.
Animaux jeunes.—La nourriture des jeunes animaux à pour but principal de favoriser la formation rapide des tissus azotés et des os. Elle devra donc contenir abondance de matières albuminoïdes et d'éléments minéraux. La nature des aliments les mieux appropriés aux besoins des jeunes animaux, est indiquée par la composition du lait. Le lait fourni à la jeune bête immédiatement après sa naissance est extrêmement concentré (colostrum). Durant la semaine qui suit, la quantité de ce lait augmente dans une forte proportion ; et, en même temps, sa composition se modifie peu à peu, jusqu’à ce que le colostrum soit remplacé par le lait normal.
On peut voir dans le tableau suivant quelle est la composition du colostrum et celle du lait de divers animaux ; les chiffres représentent la moyenne d’un grand nombre d'analyses :
COMPOSITION DU COLOSTRU M.
Relation
Albuminoi- :
Eau. des. Graisse Sucre. (Cendre. nutritive:
Brebis..| 66'4 16°6 10'8 5'0 12 1:18 Truie..…| 711 15:6 95 38 | 09 | 1:1'6 Vache...| 747 17:6 | 3°6 26 1'5 1:06
Brebis ..| 80'8 6°5 6'9 | 49 | 0°9 1:71 Truie....| 84‘6 6'4 4'8 8°2 1'0 1 : 22 Vache 870 87 89 47 | 07 1 : 356 Femme .| 874 23 3'8 6'2 0'3 1:62 | Chèvre 85°7 43 4°8 4'4 0'8 1:95 Anesse..| 896 2:38 1'5 6'0 0‘5 1:39 Jument .| 90:8 2*0 1°2 56 0'4 1:39
Le colostrum contient une proportion très élevée d’albuminoïdes, Le lait en contient beaucoup moins ; nais il est plus riche en sucre.
La matière sèche du lait est très nutritive, à cause de sa digestibilité parfaite et de la grande proportion de graisses et d’albuminoïdes qu'elle contient. Supposant, comme il a déjà été dit, que le pouvoir calorifique du tourteau de coton soit 100, celui de la matière sèche du lait de vache sera 140. Le lait fournit aussi les éléments minéraux nécessaires à la formation des os et des tissus ; 109 Ibs. de lait de vache renferme environ 0-20 Ib. d'acide phosphorique, 0‘17 1b. de chaux et 0‘17 1b. de pntasse, :
LED TPE +2 D PEER A LRO 3 RE AE 2 SE A US épis CE Fe Days cl fr p Rs Re EMPNE 5 " sé : y ss Er Ÿ Re ‘ et DRE \
Le rapport des éléments azotés à ceux ne contenant pas d'azote est plus grand dans le lait que dans la plupart des aliments végétaux. Les analyses du tableau accusent des proportions variant de 1:22 à 1:3°9 en ce qui concerne les animaux de l’étable. La proportion est beaucoup plus élevée dans le colostrum. Il faut tenir compte de ces faits dans l'alimentation des jeunes animaux. Leur nourriture devra contenir une proportion considérable de graisse et d’albuminoïdes et être d’une digestibilité parfaite. Au lieu de suivre ce principe, beaucoup de fermiers servent une nourriture très souvent trop riche en amidon. Parmi les aliments usuels, le tourteau de lin constitue celui dont la composition se rapproche le plus de celle du lait.
Le jeune animal utilise presque tous les éléments que contient le lait. Ainsi, un jeune veau transforme en viande 67 p. c. des albuminoïdes du lait qu'il reçoit et il assimile en même temps 98 p. c. de la chaux et 74 p. «. de l'acide phosphorique. Durant les premières semaines après le vêlage, 10 Ibs de lait, contenant 1,3 Ib de matière sèche, augmentent le poids d’un veau de 1 Ib.
Parfois, un veau augmente de poids plus rapidement qu'un bœuf à l’engrais dix fois plus lourd que lui. Cet accroissement extraordinaire est dû à la qualité relativement énorme d'aliments consommés par la jeune bête ; il s'explique aussi parce que le développement a surtout un caractère aqueux et représente peu de graisse. La même augmentation de poids chez un bœuf à l’engrais et chez un jeune veau représente cinq fois plus de nourriture consommée par le premier que par le second. -
À mesure que l'animal croît et se donne plus de mouvement, une plus grande proportion de la nourriture est requise à la production de la chaleur et du travail mécanique. On pourra donc graduellement diminuer la proportion des éléments azotés, les hydrates de carbone et la graisse pouvant fournir la chaleur et l'énergie aussi bien que les albuminoïdes. Dans les circonstances ordinaires, la diminution des éléments azotés s'opère naturellement, car le jeune animal consomme chaque jour de plus en plus d’herbe avec le lait de la mère. Il est à remarquer que le lait de la femme, quoique beaucoup moins riche en matière azotée que tout autre lait, suffit seul au besoin de l’enfant pendant un allaitement plus long chez l'espèce hu-
maine que chez toute autre.
Proportionnellement à son poids, l'animal consomme plus de nourriture dans la première phase de son existence que dans les périodes suivantes :
La quantité de nourriture consommée journellement augmente d’une façon régulière dans la plupart des cas ; en même temps l'écart entre le poids des aliments absorbés et le poids vif de l'animal diminue, et l’augmentation de ce poids vif devient graduellement moindre.
Le tableau ci-dessous établi par Wolff d'après des expériences faites en Allemagne montre les modifications à apporter aux rations des animaux pendant la croissance,
Il faut remarquer qu'en ce qui concerne les petits moutons allemands, la ration par tête n’a pas été
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augmentée pendant la période consignée dans le
tableau :
Nourriture digestible consi- | Proportion de dérée comme amidon la substance Fo : men à la substance non {1 Par tête et | Fa l0e, | azotée dela 1E par jour et par jour nourriture EE | 1bs. lbs. lbs.
: 1 Bœufs, poids 165. 3°6 224 1 :47 | F ‘4 830. 6'3 19'0 1 : 50 sd 5 660. 9°6 174 1 :6°0 | és “1770. 121 159 1:70 N ” 4. 985, 136 143 1 :8'0 lbs.
1 1 Moutons pds 62. 128 20°6 1:55 51 “ DEN 7 1:25 174 1 : 55 | ch 5 84. 122 147 1:6'0 DE | id “ %. 1.20 185 1:70 | e 4." 0 1'16 12:55 1 : 80 | Ibs.
Porcs poids 55. 2*1 875 1 : 40 F Le 110. 38 830'0 . 1:50 e je 138. 39 28°0 1 5:55 : :s 187. 45 238 1 :6°0 " " 275. 5'2 187 1:65
l | Ii est très important que la nourriture donnée à
| des jeunes animaux contienne une proportion suffi- | . sante d'éléments minéraux et principalement de chaux. | L’Animal adulte.—La nourriture d’un animal | adulte qui n’augmente ni ne diminue en poids sert à la | rénovation des tissus, la formation des poils, de la laine | etc., et à la production de la chaleur ei du travail mécenique ; toutefois la plus grande partie est utilisée À la production de ia chaleur,
Production de la chaleur.—Chez un animal au repos, dont le poids ne change pas, le résultat final des aliments digérés consiste presque uniquement dans une production de chaleur et une production de matières excrémenteuses. La température du corps de l’animal est environ 100° Fahrenheit. La chaleur ne se perd pas seulement par rayonnement ; elle sert aussi à l’évaporation de l’eau excrétée par la peau et exhalée par les poumons. Plus l'animal est petit, plus est grande la production de chaleur par unité de poids. Ainsi, un chien adulte de 6 1bs. produit deux fois plus de chaleur par unité de poids qu’un autre pesant 40 Ibs. Il faut attribuer ce fait à ce que les corps petits ont une surface plus étendue que les corps plus grands, proportionnellement au poids, et par suite se refroidissent plus.
Travail.—Le travail chez l’animal est à la fois interne et externe. Le travail interne consiste en mouvements musculaires ayant pour objet la circulation, la respiration et autres actes vitaux ; ce travail se produit même quand l'animal est au repos. Chez l’homme, tout le sang passe par le cœur dans l’espace d’une demi-mivute, Le travail quotidien accompli par le cœur chez un homme de constitution moyenne est de 150- 200 (foot-tons) ; c'est-à-dire que le travail exécuté en un jour par le cœur humain suffirait à élever 1 tonne à la hauteur de 150 à 200 pieds. Le travail produit par les autres organes et les muscles, même quand il ne sert qu'à tenir le corps dans la position verticale, est considérable, Ce travail n’a pas encore été exactement déterminé,
Presque tout le travail interne est destiné à produire de la chaleur.
Pour donner une idée du travail extérieur, prenons pour exemple un homme de 154 Ibs. qui a fait sur un terrain horizontal une marche de 20 milles : le travail dépensé équivaut à 363 (foot-tons).
Autrefois, on supposait que la force musculaire était produite par l'oxydation des éléments azotés des muscles et qu’il fallait donner des rations riches en albuminoïdes dans les cas de durs travaux.
On sait aujourd'hui que cette idée était erronée, car on a constaté par des expériences répétées que le travail ne donne pas lieu à une production plus grande d'urée, mais qu'il augmente dans une large mesure la quantité d'acide carbonique exhalée. Il est probable que l'énergie est produite aussi par l'oxydation des albuminoïdes, mais elle l’est surtout par l'oxydation des hydrates de carbone ou de la graisse.On compare le corps de l'animal à uns locomotive dans laquelle on brûle des aliments au lieu de charbon.
Lorsqu'on soumet à un travail pénible un animal trop peu nourri, les aliments peuvent ne pas suffire à l'oxydation nécessaire ; dans ce cas, la graisse et les albuminoïdes de l’organisme concourent à cette oxydation et la quantité d’urée excrétée augmente. On altère donc la constitution d’un animal soumis au travail et insuffsamment nourri,
Si l’on exige tout à coup un travail intense d'un animal depuis longtemps au repos, il y aura tout d’a-
bord une augmentation notable d'albuminoïdes oxydés ; de ; JU
ur
meis s'il reçoit une nourriture substantielle, cette augmentation cessera aussitôt que les muscles seront habitués à ce travail
Ration de maintien—Un animal adulte qui n'augmente plus en poids et soumis seulement à un travail léger, ne doit recevoir qu'une ration minimum, par exemple, le bœuf ou le cheval à l'écurie. Ainsi, un cheval de 1000 Ibs. qui ne fait autre chose qu'une promenade d’une couple d'heures par jour, ne doit pas recevoir, par jour, d’après des expériences françaises, plus de 7—7:8 Ibs. de foin contenant 0,45 1b d’albuminoïdes pour se maintenir en bonnes conditions. Suivant des expériences faites en Allemagne, la ration de foin devrait être de 8,4 1bs. Un bœuf de 1000 Ibs. au repos à l’étable, sera maintenu en condition avec environ 0‘5—0:6 Ibs. d'albuminoïdes digestibles et 7:3—7'4 Ibs. de matières non azotées digestibles, comptées comme amidon. Les rations, pour ces expériences, étaient principalement composées de foin et de paille ; avec des aliments plus riches, la quantité nécessaire serait moindre. Pour les moutons, la ration d’entretien est plus élevée car la croissance de la laine avec les secrétions grasses qui l'accompagnent est constante et, pour ainsi dire, indépendante de l'abondance ou de l’exiguité de la ration. Il faut, pour l'entretien d’un troupeau de moutons tondus, par 100 Ibs. de poids vif et par jour, 1‘0 Ib. d'albuminoïdes digestibles et 10'8 Ibs. de matières non azotées digestibles. Donc, dans la ration d’entretien d’un animal adulte, la relation nutritive des aliments n'est que de 1:13 pour le cheval, de 1:14 pour le bœuf et de 1:11 pour le mouton. Et c’est la ration d’entretien qui devra renfermer le minimum de matières azotées
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