PREFACE IX
Chine; nous sommes si peu meublés, à l'ordinaire, de souvenirs précis sur cette civilisation si vieille ! II eût fallu montrer que le présent n'est point si nouveau qu'il semble, que la fin des dynasties est traditionnellement marquée par des interrègnes aussi troublés : ce sont mêmes vols, mêmes hésitations, mêmes improvisations, jusqu'à ce que l'autorité d'un homme impose sa chance et son énergie. Yuan n'apparaît peut-être ni assez jeune, ni assez puissant pour tenir aujourd'hui ce rôle avec succès. Comme l'écrivait de lui-même le jeune Tch'en T'ienhoua, dont Louis Laloy a traduit le testament \ le révolutionnaire chinois est a léger de volonté, sans force pour l'action, incapable de grandes entreprises ». Ces hommej^-là ne réformeront point leur monde. Ils meurent au mieux, sans résultat immédiat.
Les difficultés périodiques tiennent à l'instabilité de l'état économique du pays. Dès que faiblit l'autorité politique, la naturelle dislocation économique s'opère. La nou-
1. Bullelin de l'Association amicale franco-chinoise, octi 1912, p. 362.
veauté eût été que le particularisme décentralisateur de la vieille Chine réussît à créer un fédéralisme politique à sa convenance. Ce fût là le plus intéressant de Tintelligent effort tenté par la province du Seutchoan. Il ne semble pas encore près de réussir, ni non plus d'être réduit.
Dans la Chine à nouveau désunie, ce qui domina ne fut pas le souci d'un gouvernement qui restaurerait, en place de l'Empire, une cohérente et vivante unité républicaine. On vit naître très vite un sentiment nouveau, une sorte de patriotisme national, jaloux de maintenir, malgré les divisions du pays, l'intégrité et l'indépendance souveraine du territoire. Les Jeune-Chine se montrèrent encore plus chatouilleux sur ce point, plus intransigeants que leurs adversaires politiques, à qui ils reprochaient de faire bon marché de la Mandchourie, ancien fief impérial, de la Mongolie, du Tibet. On découvre aujourd'hui au Tonkin leurs attaches avec les Annamites contre la France. Ce dont ils furent le plus impatients, c'était le contrôle, à la suite de l'emprunt, des finances et de certaines ressources nationales par des