PREFACE XI
étrangers portant le titre de conseillers. Ils dénoncèrent l'intervention, l'intrusion étrangère. Voilà qui est neuf en Chine : il semble bien que cette attitude hostile soit lé résultat non seulement des prétentions à se conduire eux-mêmes, émises par les Chinois instruits au dehors, mais encore des empiétements et des gages réels qu'entendent s'assurer des voisins ou des clients avides, en un mot de la situation extérieure.
Cette résistance à l'envahisseur menaçant aveugla les esprits et annihila les activités. La Chine en révolution n'a plus rien poursuivi méthodiquement pour sa réorganisation. Le régime défectueux était tombé de lui-même, mais personne ne songeait à pourvoir à son remplacement. Plusieurs mois, il n'y eut plus de gouvernement à Péking que vis-à-vis des légations étrangères qui, d'accord avec les banquiers, négociaient l'emprunt sauveur de l'anarchie, et encore n'ignore-t-on pas combien ce fantôme fut débile. Pour peu que la Chine reste en révolution, sa faiblesse militaire la met à la merci des ententes entre puissants voisins, comme le Japon et la Russie, des complaisances dictées,
par le devoir ou l'intérêt, aux grandes puissances occidentales comme la France alliée de la Russie, et l'Angleterre alliée du Japon ; l'Angleterre est d'ailleurs territorialement presque aussi préoccupée au Tibet que la Russie l'est en Mongolie. Quant aux États- Unis et à l'Allemagne, voire à l'Autriche et à la Belgique, leur appétit d'affaires est si considérable que l'honnête commerce chinois se rend aisément compte que ces pays veulent plutôt une exploitation qu'une réorganisation stable de la Chine. Leur but est de s'ouvrir l'énorme marché chinois. La plupart des étrangers ont intérêt à maintenir la Chine désorganisée, et quelques-uns l'expriment cyniquement. La meilleure chance de salut pour les Célestes est encore dans le défaut d'entente parmi les voisins. Ces jours-ci la Russie signifia au Japon que l'attitude de Tokio vis-à-vis de Péking paraissait une menace pour la sécurité en Asie ; l'Angleterre et la France s'associèrent à la démarche faite par le cabinet de Saint-Pétersbourg.
Jusqu'ici la Chine se laisse défendre plus qu'elle ne se défend elle-même. Dans un pays qui a d'aussi admirables et puissantes insti-