‹ La Chine et le Japon au temps présentChapitre 3 sur 6 · La grande chaussée · texte numérisé non relu

La grande chaussée

3. Ces parapluies de papier surpassent en élégance et en solidité nos parapluies de soie de l'Europe et on }es achète ici pour un itzebou (2 fr. 50 c).

sandales, de peintures, de fruits non mûrs, tels que pêches, prunes, abricots, etc., lesquels sont cueillis ici quand ils sont encore verts, car les Japonais apprécient fort le goût aigre dans les fruits ; mais comme je l'ai déjà dit, même les fruits mûrs et les légumes sont fades et dépourvus de saveur au Japon, et personne ne se donne ici la peine de cueillir des fraises dont les bosquets abondent, parce qu'elles ne sont pas même mangeables.

Il y a, en outre, sur la grande chaussée un immense nombre de jardins de Thé*, de temples et de postes de police. La grande route était encombrée de coolis portant des bagages sur des perches, de chevaux portant des fardeaux, et qui n'étaient pas ferrés, mais chaussés de sandales de paille. En effet, je n'ai vu nulle part au Japon de chevaux ferrés que chez les yacounins, et même ceux-ci n'ont adopté cette sorte de chaussures pour leurs bêtes que depuis environ deux ans; — tous les autres chevaux, dans le pays,

1. Je rappelle que chaque maisoti de thé est appelée au Japon : Jardin de Thé.

portent des chaussures de paille. Nous rencontrâmes, en outre, grand nombre de soldats, marchant dans l'une ou Tautre direction, et armés d'arcs et de carquois, ou de sabres et de fusils, dont les baïonnettes se trouvaient toujours dans des fourreaux à part, attachés à la ceinture ; nous passâmes aussi à côté d'un grand nombre de norimons*, portés par quatre coolis, et de cangos 2, portés par deux coolis. A chaque poste de police que nous trouvâmes sur notre route, six ou huit constables étaient assis sur leurs talons, et aussitôt que ceux-ci apercevaient mes yacounins, ils s'élançaient dans la rue et les saluaient en se prosternant devant eux.

Nous nous arrêtâmes à deux jardins de thé; au premier, nous primes seize petites tasses de thé, pour lesquelles j'ai eu à payer un itzebou (fr. 2 50). Ce pays ne produit que du thé vert qu'on boit, — comme en Chine, — sans lait ni sucre ; je dois remarquer aussi que lait, beurre et café

i . Chaises portatives noires laquées, très-élégantes ayant la forme de la partie supérieure d'une voiture couverte. â. Petites chaises portatives de bambou ouvertes.

sont des articles parfaitement inconnus aux Japonais, et que leur nourriture animale se limite aux produits de la pêche.

Au second jardin de thé, nous nous arrêtâmes plus d'une heure pour diner et pour donner à manger à nos chevaux. Comme je Tai déjà dit,dans les écuries japonaises les chevaux sont presque toujours placés en sens inverse de cdui qui est en usage dans les autres pays du monde, et la tête du cheval se trouve ici invariablement là où, selon nos habitudes, devrait se trouver la queue ; au lieu de crèche , ils mangent à un seau attaché au plafond par deux cordes qu'on fait descendre pour mettre les fourrages à leur portée, et qu'on fait monter quand ils ont fini. Cette manière d'attacher les chevaux est trêspratique et très-sage, parce qu'on peut s'approcher de leur tête sans s'exposer à être frappé et estropié. En efifet, je n'ai jamais vu de chevaux plus vicieux et plus farouches que ces coursiers japonais, qui tâchent toujours de s'approcher l'un de l'autre pour se battre ; il faut même toujours faire un détour pour éviter les chevaux de

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