‹ La Chine et les Chinois (volume 2)Chapitre 18 sur 27 · EXAMENS · texte numérisé non relu

EXAMENS

en vers; une seconde composition en prose sur les cimi livres canoniques ÎJ-kin : celle composition s'appelle kin-wen; enfin, une quatrième composition appelée tsô, donl le sujet est au gré de l'examinateur.

L'examen des docteurs roule sur les mêmes matières que celui des licenciés ; il en est de même de celui des académiciens, que se réserve l'empereur.

Les docteurs sont examinés au ministère des rites, Li-ps, à Pékin.

Les licenciés le sont dans le chef-lieu de la province : leur examinateur principal a le litre de tnm-kao; celui des bacheliers a celui de myo-laï ou de uiyo-yuan. L'un et l'autre sont des académiciens envoyés de Pékin : le premier séjourne, peu dans la province qu'il visite; le second y est en résidence fixe de trois ans habituellement, parce qu'en outre des concours qui ont pour objet l'admission des bacheliers, il doit en présider tous les quatre ou cinq mois; ou plus souvent s'il le juge à propos, d'autres moins nombreux, dont l'objet est de s'assurer que les bacheliers admis méritent la conservation de leur diplôme.

Les licenciés sont soumis tous les trois ans, comme les bacheliers, à la formalité de ces examens; mais leur nombre étant peu considérable, leur examinateur les a bien vite passés en revue.

Les compositions se font, pour les bacheliers, dans de grandes salles; pour les licenciés, dans des cellules. Je ferai observer, à ce propos, qu'on donne aux candidats à la licence et au doctorat, pour le travail de nuit, des chandelles de cire d'arbre qui éclairent mieux et ne salissent point le papier. Le prix de ces chandelles est très— élevé; elles viennent de Sse-tiuuen et ne servent guère que dans les examens. Toutefois je dirai, en passant, que la chandelle commune est presque toujours revêtue, en Chine, d'une couche mince de cire d'arbre.

Depuis le moment de leur entrée au concours jusqu'au moment de leur sortie, les candidats sont privés de toule relation avec le dehors. Les édifices spécialement consacrés aux examens s'appellent uis-yuan; ils sont en général fort délabrés, et, hors le temps des examens, servent de refuge à des bandes de mendiants. J'ai eu un jour pour demeure un palais de ce genre, que je me suis hâté d'évacuer dès que j'ai pu obtenir un domicile plus propre.

Les examens des licenciés ont lieu tous les trois ans; ceux des bacheliers, deux fois en trois années et une seule fois pendant les trois années suivantes. On ne fraude pas beaucoup dans les examens ; le mérite des candidats est, d'ailleurs, appréciable par leurs compositions, celles au moins qui roulent sur les quatre livres étant répandues par eux, à profusion, en dehors même du cercle de leurs amis. Toutefois, il y a peu d'années, un ministre fut exécuté à Pékin pour avoir trempé dans une fraude de ce genre.

Le candidat qui, dans les examens préparatoires présidés par le tuii-uiyen, ou souspréfet, a obtenu le numéro 1, est sûr de passer à l'examen définitif; en conséquence, le numéro 1 est toujours acheté : c'est un petit bénéfice pour le sous-préfet. Un candidat achète quelquefois d'avance la composition d'un autre candidat plus instruit : ils n'ont pour cela qu'à changer de signature. Enfin, il arrive souvent que les candidats vont passer leurs examens dans une autre province où les concurrents sont moins redoutables : ils l'ont alors certifier par un bachelier de cette province ou un personnage officiel quelconque qu'ils sont nés dans le pays et y habitent. C'est ainsi que les candidats du Kyan-nan ont avantage à passer leurs examens dans le Tmi-li. où le nombre des étudiants est comparativement très-faible.

Le nombre des licenciés et des bacheliers à recevoir chaque fois a été fixé d'avance, pour les licenciés par province, et pour les bacheliers par arrondissement. On reçoit aussi un certain nombre de bacheliers, une vingtaine environ, par département, afin de ne pas décourager les candidats qui n'auraient pas pu être compris parmi les élus de leur arrondissement. D'après le livre rouge ou almanach trimestriel, le nombre de licenciés à recevoir annuellement s'élève, pour tout l'empire, à i 245. Celui des bacheliers est de 1 600 à I 800 pour le Tmi-li, de 1 200 pour le Kyan-ss, de 1 200 pour le Ssô-tuiuen, de 1 500 à 1 800 pour le Xb-pcy. Cette répartition est peu équitable: on voit qu'elle a été dictée par des intérêts dynastiques. Le Tmi-li. province très-fidèle mais peu lettrée, a 229 licenciés, tandis que le Kyan-ss, la province la plus lettrée, mais aussi, pendant longtemps, la plus hostile aux Tsifi. n'en a que 09. Pour les bacheliers il en est de même. Il faut ici remarquer qu'en outre des bacheliers à recevoir par arrondissement il y a un certain nombre de bacheliers à recevoir par département, lesquels doivent naturellement être choisis parmi les plus instruits de ceux qui ont échoué aux examens d'arrondissement. Celte combinaison paraît lionne : elle ouvre à ceux qui mil succombé d'abord les dernières chances d'un jugemenl en appel.

Les chiffres que je viens de citer permettent d'arriver à une évaluation approximative du nombre des lettrés dans l'empire. En supposant que la vie moyenne des individus reçus licenciés soit de douze ans, il y en aurait 5000 dans toute la Chine; en supposant qu'elle soit de dix-huit ans, leur nombre s'élèverait à 7 500. Quant aux bacheliers, qui sont plus jeunes, en leur supposant une vie moyenne de quinze ans et en prenant, comme moyenne, le nombre de 15 admissions par niyen, nous arriverions au chiffre de 187000, et si nous leur donnions vingt et un ans de vie moyenne, 2(12000. Nous aurions ainsi, en faisant une large part aux docteurs et aux académiciens, un total, dans le premier cas de 200 000. dans le second de 280000 lettrés pour l'empire.

En supposant une population de 300 millions d'habitants environ (j'exposerai

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