‹ La Chine et les Chinois (volume 2)Chapitre 19 sur 27 · SITUATION DES LETTRÉS · texte numérisé non relu

SITUATION DES LETTRÉS

ailleurs les motifs qui m'engagent à écarter les chiffres plus forts acceptés, ce me semble, avec trop de légèreté en Europe), on aurait ainsi I lettré sur 1000 ou 1 500 habitants. 11 s'en faut de beaucoup que le gouvernement puisse les employer tous, soit comme mandarins, soit même comme agents subalternes des mandarins; il y a, d'ailleurs, des bacheliers par achat, que l'on appelle kyen-uian (I) et qui jouissent des mêmes droits que les autres. La condition des lettrés est, en conséquence, assez précaire; la plupart d'entre eux sont fort misérables. Il n'en est pas de même des gradués militaires, par cette raison que les jeunes gens riches , mais paresseux, qui veulent avoir le droit de porter un globule, échapper aux vexations des magistrats, et quelquefois en infliger au public, choisissent les examens militaires, qui ne roulent à peu près que sur l'adresse à certains exercices du corps.

Le grand nombre des lettrés s'oppose à ce qu'ils soient fort considérés. Du temps des Min, lorsqu'il y en avait beaucoup moins, le public les traitait avec déférence, leur laissant, par exemple, le haut du pavé. On a beau, aujourd'hui, proclamer et afficher avec grand appareil les noms des candidats heureux, le prestige n'en est pas moins effacé, et le plus sûr profit d'un bon examen consiste peut-être encore dans les petits cadeaux de deux ou trois onces que le nouveau bachelier reçoit de ceux auxquels il offre sa thèse.

C'est ainsi que dans les pays turcs et arabes l'enfant qui est parvenu à écrire proprement et sans faute le Eatha. ou chapitre d'introduction du Coran, va le présenter successivement à toutes les connaissances de sa famille, qui lui font de petits présents.

J'ai moi-même encouragé ainsi le progrès des lettres arabes et chinoises; et bien que ce que je donnais fût peu de chose, comme je ne le puisais pas dans l'escarcelle des pauvres et que j'étais de plus entièrement incapable d'apprécier le mérite d'une thèse chinoise, je n'étais inférieur en rien aux Mécènes les plus illustres.

Les bacheliers sont autorisés à porter un globule d'argent ou argenté. Dans la pratique, ce globule est remplacé par celui de cuivre doré, insigne des trois derniers rangs de la hiérarchie chinoise. Tous les lettrés, les académiciens même, portent ce globule, qui ne suffit pas à leur assurer une grande considération.

Les lettrés, en général, reçoivent de ceux qui leur adressent la parole la qualification de lao-yé; les bacheliers, toutefois, n'ont droit qu'au titre de siau-ksii.

Les lettrés sont soumis à une police spéciale et ne peuvent subir de peines corporelles qu'après avoir été dégradés.

(I) Le prix de leur diplôme, fixé à 108 onces, était ordinairement de 150, en raison des cadeaux à faire aux magistrats. La pénurie financière de l'État permet aujourd'hui d'acheter ces diplômes au prix de 80 ou DO onces.

Nous avons vu que l'examen des docteurs était à peu près le même que celui des licenciés, avec cette différence que c'est au ministère des rites, à Pékin, et sous la présidence d'un délégué spécial de l'empereur, que cet examen avait lieu. C'est parmi les docteurs que sont choisis les dépositaires principaux de l'autorité impériale. Les académiciens ont, à Pékin, un ya-mon, ou palais, si l'on peut donner ce nom à un mauvais bâtiment dont toute l'armée de Chine a pu constater le manque d'entretien.

Cette académie compte actuellement un personnel de cent quarante-six individus, savoir : six syes-tinwafi, appelés aussi tmwan-yuan, et quatre-vingt-quatorze pyensyes, qui ont le titre de xan-liu; huit kyen-tao et trente-huit niH-ki-mô qui sont pourvus seulement du titre de docteur, et parmi lesquels l'empereur choisit de préférence les académiciens titulaires. Il y a de plus, comme chefs politiques de l'académie, deux Iman-yuan uiuo-ssô, ayant sous leurs ordres dix iuô-tb'-iuyo-sso , cinq iuo-tb- et cinq iuo-kyen. Les deux premiers portent le bouton rouge du second; mais en raison de fonctions étrangères à l'administration de l'académie, ils reçoivent annuellement 150 onces et 150 demi-tan de riz chacun : le demi- tan, ou xk, représente un poids d'environ 80 livres. Les dix suivants portent le bouton du quatrième rang, et reçoivent 105 onces et 105 mesures de riz. Les dix derniers on! 80 onces et 80 demi-mesures.

Quant aux académiciens proprement dits, les syew-tmwan reçoivent 60 onces et 60 demi-mesures. Tous les autres n'ont que 45 onces et 45 demi-mesures.

45 onces équivalent à 360 francs, soit environ un franc par jour, et les prestations en riz n'ayant pas une valeur beaucoup plus grande, il est permis de dire que les académiciens chinois, lorsqu'ils n'ont pas une fortune privée ou lorsqu'ils n'obtiennent pas de grands emplois dont ils cumulent les produits, ne peuvent que végéter dans la misère, quelque peu élevé que soit à Pékin le prix des denrées de première nécessité.

Il existe, en outre de l'académie des Xan-lin, dans le IHan-tsn, ayant pour siège la pagode de Confucius, une corporation dite des îï-kin po-mo, composée des principaux descendants de Confucius.

Il me sera permis maintenant de détourner mes regards de ce spectacle triste et mesquin pour les reporter sur les écoles nombreuses qui s'ouvrent à la jeunesse chinoise par les soins des Américains ou des Anglais. Je voudrais pouvoir prendre ma part d'une oeuvre aussi utile. Je voudrais aussi que le prosélytisme n'en fût pas l'objet; que la foi et la science humaine ne vinssent point s'y mêler trop indiscrètement. Si j'avais à leur tracer un programme, ce serait celui même que je voudrais voir l'État français imposer dans nos écoles primaires aux communes et aux départements, libres d'y ajouter comme de choisir leurs méthodes, leurs livres et leurs

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