ATTAQUE DES FO HT S
point notre objet : nous devions, sans perdre notre temps, noire matériel ni nos hommes à d'autres aventures, battre l'empereur, et non lui procurer des triomphes. Au lieu de rester les arbitres de la Chine, nous fussions, en apparence du moins, lombes au rang de ses satellites; son gouvernement hypocrite eût prétendu nous avoir achetés, et cette calomnie eût passé pour la vérité même , dans un pays où tant de choses sont à vendre.
Après quelques mésaventures, quelques échouages, quelques pertes de matériel et quelques retards inévitables, mais qui pouvaient inspirer de l'inquiétude pour l'avenir de l'expédition, nous gagnâmes la baie dite de Tiue-fy (Tche-fou). Le débarquement fut facile; notre armée campa sur un petit promontoire et à côté d'un gros bourg appelé Yen-tay, ou le Télégraphe, en raison d'une tour à fumée (yen-tay) dont les mines se voyaient encore au sommet du promontoire et avaient été prises de loin pour un fort.
Yen-tay, situé au nord de la partie orientale et montagneuse du IUan-tbii (Chantoung), dans l'arrondissement de Fs-iuan (Fou-chan) et le département de Ten taes (Teng tcheou, cité importante et ancienne), sert de relâche principale aux navires chinois du kwan-tbïi ( Kouang-loung), du Fo-kyen et du Kyan-SK (Kiang-sou), qui visitent le golfe du Leas-tsn (Leao-toung), et à ceux du Nord qui portent dans le Sud les eaux-de-vie, les fruits et les légumes du Tmi-li (Tchi-li).
Aucune base secondaire ne pouvait être mieux choisie, si, comme je le suppose et comme l'a sans doute pensé la marine, il n'existait point de mouillage aussi sûr plus à l'ouest. A Lae taies ( Laï tcheou). en effet, nous eussions obtenu plus facilement encore les animaux de bât et les provisions dont nous pûmes nous fournir à Tme-fb.
De ce point, où nous vécûmes dans les meilleurs termes avec la population, nous gagnâmes le fond du golfe de Tiui-li en même temps que l'armée anglaise, qui avait fait à Ta-lyen-wan les préparatifs que nous avions faits à Tiue-fb.
Le golfe de Tmi-li. comblé presque par les vases du fleuve Jaune, qui s'y jetait jadis, a des côtes basses et ne présentait que très-loin de la terre le fond nécessaire à nos gros navires. Mouillés à douze milles de l'embouchure du Pei-xo (Pei-ho) et de celle du Pei-tan xo ( Peh-tang ho), nous débarquâmes, le 1er août, entre ces deux points, à peu de distance du second, dans cette boue épaisse et profonde que nos soldats appelaient jadis le cinquième élément , et qui fut la couche de notre première nuit. Xous n'eussions trouvé dans le fond du golfe aucun point plus favorable, à moins de remonter tout à fait dans le nord, jusqu'à Illan-xaé (1 ), par exemple, ce qui nous
(I) Chan-haï-kimn , ou la douane de Chan-hae, ou encore la douane des montagnes el de la mer, petite ville placée à l'un des plus importants passages de la grande muraille, sur une plaine étroite qui sépare les
eût placés sur une grande roule, mais beaucoup plus loin de Pékin et avec les Tarlares à dos. Nos chefs sautèrent les premiers dans la boue, qui semblait un autre golfe, rayé au loin par une chaussée sur laquelle on voyait circuler quelques voitures et quelque cavalerie. Une artillerie légère peu nombreuse, mais bien servie, pouvait, à ce moment critique, nous rejeter dans la mer; nos pièces les plus maniables ne se trouvèrent sur un terrain à peu près solide qu'après bien des heures du travail le plus habile et le plus acharné. L'ennemi . très-heureusement, ne sachant que défendre des murailles ou déployer de la cavalerie, ne tenta rien contre nous, et pendant la nuit évacua la ville de Pei-tan, dans laquelle nous entrâmes le lendemain matin, en suivant la chaussée.
Ce bourg, bâti de boue et de paille, sorte d'île au milieu de la boue, restera dans nos souvenirs comme le type de la désolation et de l'horreur. Nous y trouvâmes quelques forts abandonnés et une population un peu effarouchée, mais que quelques proclamations eussent rassurée et qu'il eût été bon de conserver, en partie au moins, auprès de nous. La bienveillance de nos chefs eût eu besoin d'être plus expliquée ; les autorités chinoises, du reste, commandaient au peuple de se retirer, et le peuple se retira, abandonnant ses demeures à notre discrétion, ce qui n'eût eu que de faibles inconvénients si nous n'eussions, compté dans ou à côté de nos rangs des troupes indoues et des coulis chinois.
Dès les premiers moments, je pus obtenir des habitants, sans la moindre contrainte et dans une conversation tout amicale, quelques informations que je présentai à l'étatmajor, et qui étaient relatives aux forts et aux villages du Pei-xo, à la route que nous pouvions suivre pour y arriver, enfin aux chemins qui menaient à Tyen-tsin. Après une première reconnaissance, nous sortîmes de notre bourbier. Les retranchements qui couvraient le village de Sin-xo (Sin-ho), ou de la nouvelle rivière, petite crique ou plutôt petit canal sur la rive gauche du Pei-xo, furent enlevés, et notre camp fut établi sur ce point. Une action brillante nous rendit encore maîtres du camp retranché de Taîi-kb- (Tang-kou).
L'ennemi avait en aval de nous, près de Si-k» (Si-kou), un pont de trente-cinq bateaux qui lui permit de se retirer sur l'autre rive. Nous jetâmes nous-mêmes un pont près de Sin-xo, et une partie de notre armée menaça les forts de la rive droite, tandis qu'une nouvelle attaque était dirigée, le 21 août, contre les deux forts qui défendaient la rive gauche. Dans les deux forts, les magasins à poudre, mal protégés, sautèrent dès le commencement de l'affaire, mettant hors de combat une partie
montagnes et la mer, a des fortifications aujourd'hui en mauvais état, qui ont joué un rôle important dans l'Iiisloire de la Chine, particulièrement à l'époque des luttes de la dernière dynastie (MiR) contre les envahisseurs niantchous.