ATTAQUE DES FORTS
notable des forces ennemies. Le premier fort, battu en brèche, fut pris d'assaut, La garnison, qui n'était tartare qu'en partie, et appartenait surtout à la milice (iuyaîiysft) de la province, se défendit avec acharnement. Là, comme partout, l'artillerie était médiocre, le tir inintelligent et mal dirigé; mais la conduite des troupes lu! honorable. Dans le fort enlevé, elles se battaient encore, et la lutte m1 cessa que par
TYPE DES FORTS DU l'EI-XO.
Ce dessin donne l'ensemble et les principaux détails d'un petit fort à un seul cavalier, armé de trois pièces. Le fort est en terre et défendu extérieurement par des pieux pointus et des fossés pleins d'eau. On aperçoit dans l'intérieur du fort les baraques de roseau et torcliis des soldats, et le magasin à poudre protégé par de la terre.
la destruction de l'ennemi. Le fort plus voisin de la mer refusa de se rendre, mais ne tenta point une résistance inutile : les portes n'en furent point ouvertes; l'on y pénétra par escalade, et la garnison prisonnière fut immédiatement mise en liberté. J'ai lieu de croire qu'elle regagna ses foyers, et que cet acte généreux fit sur la population de Tyen-tsin une impression profonde, s'opposa peut-être à un soulèvement
qui eût compromis nos opérations dans le Nord, et n'ajouta rien aux forces que nous rencontrâmes plus lard.
Des officiers d'état-major traversèrent alors le Pei-xo, et, conjointement avec l'énergique et habile H. Parkes, sommèrent le vice-roi de Tmi-li, qui était venu prendre la direction des opérations, de rendre tous les forts de la rive droite et de nous ouvrir les routes de Tyen-tsin, où le traité nouveau devait se signer. Le vieux vice-roi discuta, résista, pleura même, dit-on, et se soumit.
Les hommes ne se ba ttent guère, depuis du moins qu il y a des canons, sans que le ciel intervienne pour les calmer en les rafraîchissant. Nous essuyâmes ce soir-là, et comme nous retournions au camp, un orage digne de Solferino. Le marécage devint un lac : jamais on ne vit de héros plus crottés; notre artillerie si légère, due à l'initiative de notre premier ingénieur militaire, l'empereur, traversa le bourbier traînée par des rosses japonaises; les fameux armslrongs, attelés de superbes chevaux, y passèrent au moins la nuit. Ces pièces, d'un calibre plus fort, légères de métal, mais lourdes d'affût, n'avaient pas eu beaucoup plus d'effet que les nôtres; mais les nations sont comme les mères, passionnées pour leurs enfants tortus : la France, pour son administration; l'Angleterre, pour son artillerie nouvelle : deux choses pesantes à mouvoir et sujettes à explosion.
Militairement, la campagne semblait terminée; les barrages du fleuve furent enlevés, quelques petits bâtiments y pénétrèrent; l'amiral anglais s'y porta avec un empressement qui fit craindre quelque imprudence. L'expédition avait six têtes, une de moins que l'hydre de Lerne : l'accord de ces six tètes fut un miracle que nous craignions à chaque instant de voir cesser.
Notre armée marchait sur Tyen-tsin par la rive gauche du Pei-xo ; je suivis la rive droite, qui m'offrait une route plus agréable. Le pays était plat; mais le sol, la végétation, le ciel pur, tout me rappelait les riches plaines de la Lombardie. Le sorgho, employé à la fabrication des alcools de Tyen-tsin, couvrait de vastes espaces. A chaque instant je rencontrais de gros villages entourés de jardins et d'arbres, peuplés de gens laborieux, propres et polis. La municipalité s'empressait à me fournir tout ce dont j'avais besoin comme logement ou comme vivres. Le compte des provisions m'était, sur ma demande, apporté au départ. Ce compte représentait exactement la valeur des objets livrés, comme je pus m'en assurer facilement, et je puis dire que si j'en excepte quelques boutiques de curiosités à l'usage des étrangers, j'ai rencontré en Chine, dans les transactions, autant de loyauté qu'on en peut trouver en France ou en Angleterre. Ma dépense, vivant d'ailleurs dans une extrême abondance et ne cherchant nullement l'économie, ne s'élevait qu'à un quart de piastre par jour par homme ou par bête, soit à une quarantaine de francs environ pour ma petite smala.