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MARCHE EN AVANT

quoique n'appartenant pas à sa nation. Une politique constante des empereurs chinois, et particulièrement de ceux de cette dynastie, a été, en effet, de s'attacher les chefs tartares, en leur donnant en mariage des princesses de leur maison.

On s'était décidé à quitter Tyen-tsin ; on parlait encore de traiter à moitié route de Pékin. Le gouvernement chinois, dont les préparatifs étaient très-avancés, nous engageait à ne faire marcher qu'une simple escorte : si l'on eût souscrit à sa demande, ce ne sont point quelques officiers et quelques soldats que la trahison lui eût livrés, c'est la tète même et l'âme des deux expéditions. Nos chefs comprirent la responsabilité qui pesait sur eux, et nous partîmes, sinon avec une force imposante dont le déploiement ne nous était pas possible, du moins avec une petite colonne dans laquelle une valeur invincible suppléait à ce qui manquait au nombre (1).

A Xo-si ws, où nous passâmes trois jours, les négociations parurent se renouer; comme toujours en pareil cas, les Chinois désavouaient leur premier plénipotentiaire et en présentaient d'autres qu'ils devaient désavouer plus tard : il s'agissait pour eux de gagner du temps et de terminer les derniers préparatifs de leur défense.

En arrivant à l'une des étapes qui précédaient Xo-si wk, j'avais fait rencontre d'un wey-wey, ou sous-officier chinois, qui venait de porter aux ambassadeurs quelque document , et me montra un laisser -passer que je ne lui demandais pas. Nous échangeâmes quelques mots ; il prit du thé avec mes domestiques et s'assit sur le pas de ma porte pendant que les troupes faisaient leur entrée dans le village. Il s'en alla quand elles furent passées, et c'est alors seulement que l'idée me vint que sa véritable mission était de nous compter, et qu'il venait de le faire à ma barbe. Ce petit fait, auquel je n'attachai pas d'ailleurs une grande importance , m'avait paru cependant de mauvais augure. A Xo-si wk, plusieurs officiers chinois ou tartares, leurs wey-wey et leurs domestiques , se montrèrent dans les rues ; il en entra même chez moi : leur

en effet, comme les autres provinces du nord, s'est accru du côté de la Mongolie, en la soumettant de plus en plus à la charrue chinoise. Tchifi-tô ou Jô-xo (Géhol) est le chef-lieu d'un district du Tchi-li inscrit dans l'annuaire entre ceux de Pao-tiïi et de Youfi-pin. Dans le langage ordinaire, c'est toujours la Mongolie. Une dépêche adressée à l'empereur par Tsyuen-kifi et Xo, à la date du 12 septembre 1860, disait, d'après la traduction qu'on en a donnée : « Géhol est dépendant de la Mongolie, et nous savons que lorsque les empereurs » Kien-long et Kia-king allèrent y résider, ils durent y dépenser plusieurs dizaines de millions de taels pour » le mettre en état. » La seconde partie de cette phrase permet de comprendre le sens de la première, qui signifie seulement que Géhol est dans un pays mongou et sauvage, comme on dirait que Nice est en Italie si l'on en parlait au point de vue des malades qui vont y passer l'hiver. Sur les cartes chinoises récentes, le Tchi-li est borné au nord, entre le 43e et le 44e, par le cours de la rivière Xwaïï ou Sira (Sira mouren), affluent du Lyeou.

(I) Elle comptait alors 2 800 Français et 3 000 Anglais environ. La portion française quitta Tyen-tsin le 10 septembre, précédée et suivie, à un jour de distance, par les Anglais.

attitude polie, leurs compliments et leurs paroles oiseuses ne m'empêchèrent pas de les reconnaître pour des espions, et. bien que leur espionnage me parût inoffensif, je les fis mettre à la porte.

Le jeu des Chinois était assez bien compris dans les deux armées; nous commencions à nous fatiguer de négociations dont le seul objet paraissait être de nous faire perdre un temps précieux.

On s'étonnera peut-être de la longanimité des ambassadeurs; je ne m'en étonne point . et je crois qu'ils se faisaient moins d'illusions que nous n'étions alors disposés à le croire. Ils avaient une grande responsabilité , et leur devoir était de tout faire pour éviter une nouvelle lutte. N'étant pas très-forts, il était bon d'être prudents et modérés dans nos demandes : une victoire nouvelle remportée sur les Chinois pouvait renverser un trône ébranlé , marquer la fin de la dynastie, et ne laisser plus en face de nous personne avec qui nous pussions traiter. Ces considérations étaient graves. Il fallait tenir compte aussi de la situation de l'esprit public en Europe : l'expédition de Chine y était mal appréciée ; nous étions exposés aux jugements les plus injustes; la Cité de Londres et les salons de Paris voyaient dans la guerre que nous avions entreprise une agression criminelle contre un peuple inoffensif; et si la rupture de ces négociations fallacieuses était venue de nous, on n'eût pas manqué en Europe de crier à l'abus de la force. Il fallait que la trahison fût éclatante pour que la répression nous devint permise.

Ceux qui n'ont point vécu parmi les Asiatiques, reprocheront peut-être aux ambassadeurs de s'être laissé surprendre. Ils ne savent pas combien il est difficile de n'être pas trompé. Là où la trahison est toujours probable, la surveillance fatiguée finit par s'endormir. Deviner la trahison est d'ailleurs peu de chose : ce qu'il faut connaître, c'est l'heure précise qui la verra se prononcer. La preuve la meilleure que j'en puisse donner, c'est que je soupçonnais tout et que je me suis laissé prendre.

En partant de Xo-si ws, le 17 septembre (1), sur les quatre heures du matin, je me proposais de marcher avec l'état-major de notre armée et de laisser mes bagages avec les siens. Apprenant toutefois que nous avions devant nous M. Parkes, premier interprèle de l'ambassade anglaise , et quelques cavaliers sikhs , je n'hésitai point à devancer nos troupes avec tous mes bagages. Chemin faisant, je rencontrai un groupe parti quelques instants avant moi. Il se composait de M. de Bastard et d'un interprète,

(4) Le récit qui va suivre, jusqu'à l'arrivée au camp français des prisonniers rendus par les Chinois, est la reproduction textuelle du rapport dicté par moi à mon frère dès le lendemain de mon retour, et inséré à peu près en entier dans le Moniteur universel du 1er janvier 1861.

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