COUR ET DIVISION DE LA PRISON DU CHEN-POU
Dans le fond, la salle commune; à droite, la chapelle et la porte de la cour; a gauc'ie, sur le premier plan, la cuisine; sur le second, la petite cour.
noires, engourdies et froides. Les doigts étaient couverts de phlyetènes gangreneuses, les poignets déchirés formaient une plaie dégoûtante de sang et de pus; mais enfin mes liens avaient été enlevés , et je pouvais étendre mes membres réunis depuis vingt heures par une contraction violente. Les prisonniers m'adressèrent quelques questions; j'y répondis. « Il parle », dirent-ils (i) ; et aussitôt les uns de m'apporterdu thé, les autres du fruit. En moins d'une demi-heure je bus plus de trente lasses de thé et je mangeai un ou deux des fruits qu'ils m'avaient offerts. On m'introduisit bientôt dans la salle qui servait de logement aux prisonniers, et l'on m'y coucha
(1) // parle voulait dire : il parle chinois. Il nie semble que les paysans russes disent de même d'un homme qui ne sait pas leur langue, qu'il est muet.
LA P RI SON DU IIIEft-Ptf. i5
sur un lit de camp que l'on avait couvert d'un feutre. Ma chaîne, pour me gêner moins, fut, par le milieu de sa longueur, suspendue au plafond.
La salle dans laquelle j'avais été conduit était longue d'environ 15 mètres, large de 5, bordée sur ses deux faces les plus longues de lits de camp. En face de la porte, située au centre d'un des grands côtés, couchaient les gardiens; à gauche en entrant, les condamnés sans chaînes. C'est de ce côté que Ton m'avait mis. Le côté droit, moins honorable aux yeux des Chinois, était réservé aux enchaînés. Ceux-ci dormaient sur le bois, les autres sur des matelas qui leur appartenaient; ceux-ci recevaient du gouvernement une pâture insuffisante consistant en riz avarié ou en bouillie de sorgho ; ceux-là se nourrissaient à leurs frais ou à ceux d'un prisonnier chargé de la cuisine et auquel cette prestation était comptée à un certain taux de joui s et de mois dont le temps de sa captivité devait être diminué. Notre porte ouvrait sur une cour