COMMUNICATIONS
néanmoins un service postal. Les relais, ji, (]ui doivenl luuniir des chevaux aux courriers et aux personnes autorisées à en l'aire usage , sont situés eu moyenne à 62 lis ou à peu près 7 lieues les uns des autres. La marclie des courriers et des voyageurs ordinaires est très-lente : on compte, par exemple, de Pékin à Fon-tyen ou à Kai-fon, trente jours; de Pékin à Nankin ou à Wî.-liuafi, cinquante jours ; de Pékin à Fb-tineK, quatre-vingts jours ; de Pékin à Canton, (juatre-vingt-dix jours ; et de Pékin à Yun-nan, cent dix jours. C'est le temps que mettrait une colonne d'infanterie à parcourir les mêmes distances. On prétend que les courriers rapides parcourent souvent OU lieues par jour : j'ai peine à croire que, liors les cas tout à fait exceptionnels, ils en fassent plus de 30. Ils se chargent, moyennant une légère rétrihution, des lettres particulières cjui leur sont apportées soit à leur bureau ou boutique, pb'-tsij, soit chez le magistrat par lequel ils sont expédiés. Les lettres de Pékin arrivent à Chang-hai à dix, quinze et vingt, et à Canton à quarante, cinquante et soixante jours de date. Le port d'une lettre de Chang-hai à Pékin est habituellement de 100 tsyen ou 50 centimes. Je crois que si l'entreprise de la poste était concédée à des Européens, il serait facile d'en tirer de grands profils; on prétend qu'elle donne net aujourd'hui environ 800 000 onces d'argent.
On a songé très-sérieusement à donner aux Chinois des chemins de 1er. L'Inde, moins riche et moins peuplée, en est couverte déjà. Sir Macdonald Stephenson, dunl le nom est, dans ces matières, d'un immense poids, a visité lui-même la Chine dans ce but; il en est revenu plus satisfait du pays que de ses chefs. Dans une brochure récente, il propose Cjuatre lignes partant de Xan-kao, à savoir : celle de Chang-hai, G50 milles; celle de Canton et Hong-kong, 850 milles; celle de Pékin, 800 milles; celle de l'Inde, par Sb--tmeb', ville frontière, 1 COO milles. Il pense, et celte opinion est partagée par d'autres . que le passage des hauteurs qui séparent le Xb-nan du Kwan-tbn est facile. Il n'y a dans le commerce en Chine qu'une opinion sur ces entreprises, qui sont regardées comme également utiles au pays, aux négociants et aux actionnaires. Grâce à ces chemins nouveaux, la centralisation serait réelle, le mouvement des troupes et la police du pays seraient possibles; néanmoins, le gouvernement chinois s'y montre opposé : son opposition serait levée peut-être par l'exécution des chemins pour son compte , moyennant le payement par lui d'un intérêt qu'on fixerait à 12 pour 100 du capital employé, taux très-raisonnable en Chine, en même temps que sulTisamment rémunérateur en présence de l'accumulation des épargnes anglaises. Il est probable qu'on n'entreprendra d'ailleurs que de très-petites lignes ou des tronçons de lignes d'abord, afin que le gouvernement jaloux de la Chine puisse s'habituer peu à peu aux nouveautés qui l'effrayent.
La télégraphie étendra prochainement ses réseaux à la Chine : j'en ai déjà parlé
plus liant, .le ne cloule pas que. liliiv de Idule enirave. elle ne se développe en Chine plus ulilenieni (pi'en France. Elle y esl danlanl plus nécessaire que les anciens télégraphes sont depuis longtemps délaissés, en raison du manque de coml)Ustihle <'onvcnable à la production de la fumée très-noire et très-dense à l'aide de hupielle s'effectuaient leurs signaux peu nomlireux.
Le canal Impérial est depuis une dizaine d'années envasé et impraticahle sui' plusieurs points , ce qui met les tributs en nature, réduits à prendre la voie de nier, à la merci des pirates et de l'ennemi, et compromet gravement l'approvisionnement de la capitale. La pauvreté de l'Etat ne permet point de remédier à. cet état de choses; un emprunt pourrait toutefois en l'uurnir les moyens.
Le gouvernement inqu'rial possède un journal, le Kin-pao. ou feuille de la cour, dans lequel sont puliliés les actes ofticiels, promotions, rapports, décrets. Ce journal, qui a de dix à trente et quarante pages, et qui est couvert en jaune, est long de sept pouces et large de trois; il ne renferme pas plus de matières t^ue deux ou trois colonnes de notre Moniteur ou une ou deux coloimes du Times : il y en a des éditions journalières et hebdomadaires : on l'imprime avec des types mobiles en métal : on en répand des copies manuscrites complètes ou contenant seulement les vérités ofTicielles que les fonctionnaires subalternes et le public peuvent entendre sans danger. Le Kin-pao est assez intéressant à feuilleter, en raison des traits bizarres de mœurs politiques ou privées qui s'y révèlent avec une na'ivelé inconnue liors de la Chine; il est difficile toutefois de l'entendre, à moins de l/ien connaître le chinois ou d'avoir fait une étude spéciale de l'idiome officiel. Les provinces ont des recueils analogues; mais l'organe politique des Chinois est l'afTiclie, dont ils font un grand usage: je dirais un grand abus, si la liberté de langage de ces publications n'était habituellement plus désagréable aux magistrats que dangereuse pour l'ordre public. Le gouvernement publie tous les tiois mois, en (juatie ou six petits cahiers couverts en papier rouge, la liste de ses agents. Ce recueil est plein d'iiit('rét : on y peu! puiser toute sorte de renseignements sur les détails de l'administration du pays, les rangs officiels, les traitements, les l'outes, la poste, les produits des diveis districts, les contributions publiques, etc., etc. 11 esl indispensable à quiconque habite la Chine ou s'en occupe; quant à moi. depuis le jour ou j'ai aliordé la Chine, je l'ai constamment eu sous les yeux, et il n'y a pas de livre qui m'ait plus servi.
FONCTIONNÀIUES CIVILS
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ÂNilisseiiieut dos mayisti;ilures. - Ili.T:ircliit'. — TraileinenU. - Drpeuses dos magislvals. — Parl.ii^e d.v emplois. — Insignes. — Qiialilicalions. - Édilii.es luililics. — Éliiiiielle. — Suile des magisliab.
Depuis des siècles, le despotisme a décuiiité le peuple ehiuuis; il a l/ieu pivlendu lui donner des maîtres, mais les rois ne font ni des gentilshommes, ni des grands seigneurs, ni des grands citoyens : le temps et l'opirnon, la tradition et le vole Huit seuls tout cela, et c'est en vain (luon en donne le nom à des esclaves. Rien ne mérde plus de frapper notre attention (lue l'avilissement des fonctions publiques en Asie : les fonctionnaires sont largement rétribués et s'enrichissent vite; ils ont le bâton cl le sabre; ils vivent entourés d'espions, de geôliers et de l)Ourrcaux; leur rang, nettement défini, les place au-dessus de tous les sujets du prince : une éti(iuette sévère le rappelle à chaque instant; ils marchent précédés dune suite nond)reuse, étalant leurs insignes et leur superbe. Le peuple cependant les méprise; il voit en eux les parverms de l'intrigue, des complaisants momentanément agréables, mais sans racnies, sans puissance propre, sans avenir; on ne sait qui est ministre, à peine sait-on qui est gouverneur ; et si le ministre est déclaré traître ou le gouverneur concussionnaire par(iuelque édit impérial, si l'on décapite l'un, si l'on déporte l'autre, le public ne s'en montre ni surpris, ni ému : ces événements qui, portant en Europe ou en Amérique sur des hommes considérables par leur situation personnelle et par leur popularité, agiteraient de grands États passent inaperçus en Asie; l'on se raconte, en Chine, le supplice d'un vice-roi comme à l'aris un accident de voitures.
Partout où des hommes vivent assemblés, ces hommes ont, en dehors de leurs
mailres liotifs, des chefs naturels que le génie et la vertu désignent : on les laisse à !'('■( art tant que tout est tranquille ; mais si le ciel sobscuirit. si le danger parait, on se groupe autour d"eux, comme dans les naufrages autour du matelot méconnu dont l'expérience sauvera le navire.
Le plus grand malheur serait, aux heures de péril, qu'on eût si bien caché ces hommes derrière le mensonge des classements officiels, que le peuple ne sût plus où les prendre : il deviendrait alors la proie de l'anarchie; ses luttes civiles seraient un concours auquel il demanderait des chefs. Cela peut s'observer en Chine : la vie municipale, (luoique peu puissante, permet aux cultivateurs et aux bourgeois des villes de reconnaître les hommes autour desquels ils se serreront en temps de révolulidii ou de guerre: ainsi arrivent-ils parfois à conserver la paix au milieu des crises les plus redoutables de la politique et à maintenir l'ordre dans la cité quand la citadelle ou le palais sont pleins de sang. Mais la vie publique étant nulle en Asie, ceux qui pourraient sauver tout le peuple n'ont pas l'occasion de s'y révéler : la révolution ou la résistance prennent donc leurs chefs au hasard; la guerre civile devient une guerre d'esclaves et de brigands; pour n'avoir à lutter que contre dignobles ennemis, l'Ëtat n'en court pas moins de péril; le sang du prince et celui du peuple n'en sont ijue plus facilement versés.
La Chine cependant est, dit-on, gouvernée par des savants et des philosophes ; les examens et les concours lui donnent les chefs que l'Amérique reçoit d'un libre vote, et ciue l'Europe a reçus tantôt d'un vote pareil, tantôt d'une tradition séculaire. Dans ce fait et dans ses résultats, on peut trouver une utile leçon pour les peuiiles qui, comme les Français, ont une philosophie et des lévites d'État.
Je hais le classement ol'ficiel et artificiel des hommes, qu'il résulte dune faveur royale ou de la mystification perfide des concours.
Le génie sort des bras de la nature; l'aliénation mentale est un fruit ordinaire de la serre savante : la victoire y est à refi'ort pesant qui use à la fois l'esprit et le corps.
La science est haute et se découvre seulement aux peuples hardis et libres ; elle se cache à ceux qui lui donnent des gardiens qui la mutilent à leur mesure. C'est le peuple qui doit juger la science des magistrats, comme seul il doit primer, en achetant, le travail et l'habileté.
Toute loi qui le suppose aveugle et imbécile est une loi d'injure et d'usurpation.
Partout où le savoir est devenu la chose dune petite église le savoir a reculé : le Cniaii a marqué la limite d(>s Ai'abes, Confncius celle des Chinois; l'héritage de Uoiiie et les règles du moyen âge nous emprisonnent de même. Il ne faut pniiil nous