HIERARCHIE
faire trop crillusion : ce n'est point en Cliine que des lettrés déclarent que la loi doit régler linlérèt de l'argent et que les assurances sur la vie sont immorales ; Conl'ucius n'en a pas tant dit; nos écoles laissent vivre des préjugés que les siennes n'ont jamais connus.
On appelle kwan tout magistrat ou olTicier, tout délégué civil, won, ou mililaire, ws, iionuné par décret impérial. Les Européens ont ti'aduit le mot de kwan par le mot barbare de mandarin, qui n'est pas même portugais comme on l'écrit constamment, mais qui fait partie du jargon portugais des métis de Macao.
Pour être kwan, il faut être « pur, droit, probe et éclairé » (tsin, tiucn, lycn, niinj. A défaut de gens présentant ces conditions, on clioisit parnn les autres.
Les kwan civils ont le pas sur les kwan militaires : Ccdant arma tiujœ.
La biérarcbie comprend neuf rangs ou grades partagés chacun en deux classes. On peut considérer encore, par politesse, comme kwan des agents civils appartenant à un dixième rang.
Il arrive souvent que des magistrats reçoivent les insignes et le traitement d'un grade plus élevé que celui que paraissent comporter leurs fondions ; mais en général les rangs et les principaux emplois civils se correspondent ainsi :
I" rang, 1'''^ classe, les tai-sso, tai-ft;, tai-pao, ta-iuyo sso (ministres d'État); les autres ministres, conseillers et grands olTicicrs ; idem et les vice-rois (tsbn-ts) ;
les gouverneurs (syî>ri-fb) , les trésoriers généraux ( pb-luian-ss(ij ; les gouverneurs (fb-yin) de Illun-lyen et de Fon-tyen ; les grands juges de province (nnan-ma-sso) ; les intendants (tao) des finances, douanes, sel, etc. ; les préfets (tiui-fb);
les préfets (tmi-li tmi-tmeb), les Ibh-tuji ( i) ; les sous-préfets (tmi-tuieb) ; les tbù-pan ;
les tuicb-lbn, les li-wen; les kyao-iiiao, les sous-préfets (tini-myen) ; les tuieb-pan ;
les fb--kin, les myen-tmail, les kya-yu, les myo-tmen ; les mun-tao ;
(1) Les fondions de ces agents el de pUisienrs de ceux qui suivent seront expliquées plus bas.
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tlM-aiig. I'''' l'iasse, les liii!.-|»>.-:
2-^ les ia-iii(i, les syun-kyeii. les gardiens du sceau (luao-mo), les
SS()-YU. les li-ni). :
10" les tyeii-iiiri.
Les Chiiinis divisent; dans la eonvcrsation, les k\van en grands el i)elils kwan. On peut regarde)' comme grands kwan tous ceux dont les fonctions sont supérieures ii celles de préfet, ou tous ceux qui ont le parasol rouge; cela irait jusciu' aux sous-préfets exclusivement.
On |ieut aussi ne regarder comme grands kwaii (pie les liuil lay dont il sera parlé
plus bas.
l'our arriver aux emplois, il faut avoir acquis un grade littéraire, soit par le concours, soit par le payement d'une certaine somme cpii varie suivant les besoins de l'État. Il y a longtemps déjà que les diplômes se vendent; la proportion de ceux qui sont arrivés ainsi est déjà assez considérable. Si l'on prend en considération le noml)re énorme de gens peu foilunés qui ont consacré la moitié de leur vie à se préparer aux concours et les ont heureusemeni francbis sans rien ol)lenir. on ne pourra nianqni'r de déplorer la vente des diplômes: mais si l'on compare avec alleidion les magistrats par concours et ceux par achat, on leconnailra (jue les derniers, don! l'esprit n'est pas écrasé par une lâche ingrate et prolojigée , sont plus à même de servir utilement I Étal. On trouve parmi eux. connue chez nous parmi les mécaniciens, les sous-olliciers de l'armée et de la marine, des hommes capables, aples à l'instruction et doués dune certaine initiative que les écoles ne donnent dans aucun pays, et que les corps privilégiés suppriment avec soin chez tous leurs membres. On voit en Europe et en Chine des hommes trop instruits pour ce (juils ont à faire, ou instruits de choses qui ne peuvent leur servir, réduits à subir l'ascendant de leurs inférieurs; c'est l'homme pratiipie (jui régne [lartoul. 11 serait juste, même parmi nous, de reconnaître la légitimité de son régne et de lui en attribuer riiomieur. En général, en Chine, les magistrats instruits, el il y en a beaucoup, s'occupent exclusivemenl d'archéologie ou de littérature, et laissent à des subalternes du dernier ordre la direction des affaires. Ces subalternes, qui doivent payer leur chef, commellcnl des exactions devant lesquelles les chefs reculeraient peut-être ; les magistrats pai- achat, au contraire, se mettent vite au courant des affaires et s'en occupent avec activité ; comme, d'ailleurs, ils soni souvent riclK^s et ne se réfugient dans la magistrature (|ue pour échapper à sa lyiiinnie. ils [lillcnl le peuple moins que ceux (pii on! leur foilune ;i iaiic.
Je dois, du reste, l'aire observer ici (jue tous les emplois, ou à peu près, s'achètent. »
TUAITE.MILNTS. l'J
Quels que soient les lilres qu'on puisse l'aire valoir auprès des ininisires ou des liommes intlucnts, le meilleur esl toujours l'argent comptant. Un enqjloi de préfet ou d'intendant se paye lôOOOU et i^OOUUO francs, le revenu de l'emploi étant évalué au décuple du traitement.
Ce traitement, pour les ls};n-l>; ou vice-rois, varie entre 13000 et â.lOOO Ican ou onces (d'argent), valant près de liuil francs. Pour les gouverneurs, il varie entre ■10000 et 15000. Il est, en moyenne, de 10000 pour les trésoriers, et de SOOO pour les grands juges. 11 varie entre 2 500 et 3 000 pour les intendants et les préfets, et entre 600 et 2 000 pour les sous-préfets : il est de 1000 onces pour les gouverneurs de Pékin et du Illifi kin.
Le traitement de non-activité alloué aux magislrals du rang le plus liant, contraints en général à résider à Pékin tant ipie dure leur non-adivilé, esl minime et dérisoire; il se paye par moitié en argent et en riz.
Les traitements d'activité paraissent assez beaux, mais sont en réalilé forl insuffisants : 1" parce qu'il y a des présents considérables à faire pour obtenir un emploi ou avancer: 2" parce qu'en cas de disette, inondation, etc., il faut faire l'abandon d'une partie de ce traitement; 3° parce qu'il est nécessaire d'entretenir \uw maison considérable et qu'il y a beaucoup d'employés à payer. Un exemple le fera mieux comprendre.
Un tmi-myen, qu'il m'est inutile de désigner autrement, a un traitement de 1500 onces; sa maison se compose d'un secrétaire, d'un cbancelier. d'un arcliivisle ou bibliotbécaire, d'un intendant, d'un ou deux cuisiniers, de quinze ou vingt kiuipan ou pages et domestiques, de huit porleurs de chaise : de tout ce monde, il paye seulement les porteurs; les autres se payent eux-mêmes sur le public. Ues krm-pau sont en général des esclaves: leur service est extrêmement doux.
Son administration particulière, qu'il doit payer, se compose de dix ou douze personnes comprises sous le nom générique de mu-yé; ce sont : un min-rain chargé de la police, etc.; un tsyèn-kb- qui perçoit les taxes et revenus du tiui-myen ; deux ou trois lus-piîi ou secrétaires, un tuKin-iuao ou comptable, un kao-tyèn ou expéditionnaire, deux tmo-pin dont l'un reçoit les visiteurs et l'autre fait les visites du tmi-myen, un kî.M-pi qui corrige et date les proclamations, un tuian-fan ou caissier. Le premier de ces employés a 1000 onces d'appointements, le second 800, les autres 120; quel- (luefois le caissier en a 200. Le chiffre de ces appointements varie suivant la position du maiire et l'abondance du travail : dans le cas actuel, le Imi-myen a 2 500 à 3 000 onces à payer à ses mu-yè; il doit, de plus, nourrir ses employés et toute sa maison ; s'il préfère leur payer une indemnité de nourriture, elle sera pour chacun <le 10000 à 12000 tsyen (tbTi-tsyen), soit 50 à GO francs par mois.
QQ FONCTIONNAIUES CIVILS.
H na pourlaiil que I 500 onces de trailemcnt ; comment fera-t-il face à son déficit et irouvora-t-il uioyeii iiou-seulemcnt de vivre, mais encore de se ménager une vieillesse opulente;' 11 aura recours à la concussion, et c'est ce cpi a lieu dun bout de la Cliine à l'autre.
La corruption remonte ici, comme dans l'empire ottoman, jusqu'au trône : elle s'y arrête sans doute, mais tout ce qui l'environne en est souillé ; elle est si bien admise que le traitement n'est jamais pris eu considération, et que le Imi-uiyen de tout à riiein<' ne toucbc i 500 onces (]ue parce qu'il est nécessaire à sa considération (lu'ii ne soit pas moins rétribué (luil ne rétribue lui-même son luin-min. 11 a été question, il y a peu d'aimées, de supprimerions les traitements: mais on a dû reculer devant un acte qui ne pouvait être que la reconnaissance officielle et l'organisation même du vol.
Un compte parmi les agents supérieurs de l'administration :
8 ts«n-tb', vice-rois ou gouverneurs généraux;
2 tsaù man tsb'n-tî;, intendants généraux des greniers publics, résidant à Tbu
tuic>;:
1 yuii tSKU-tb-, inspecteur général du canal hnpérial, résidant à Xwai-nnan, dans
le Kvafi-S!;;
I \o tsi;n-lb-, inspecteur général du fleuve Jaune, résidant ;i Tsin-xo, cbef-lieu de ILlyen. près de Xwai-nnan : le gouverneur général du Tiui-li est aussi xo Isbù-tb;
15 sybù-fb ou gouverneurs; ]'.> pb-tiuan-sso ou trésoriers:
IS nfiau-tuja-sso ou grands juges; 18 myo yuan ou recteurs d'académie et exannnateurs;
80 lao ou intendants de diverses dénominations, telles que pin-pei-tao, syun-tao, yen-fa-tao ;
Des préfets et sous-préfets en nombre égal aux préfectures et sous-préfectures.
II est à remarquer que tandis que parmi nous l'administration, la justice, les linances. forment autant de spécialités parfaitement distinctes, dont cbacune a son personnel, ses règles, ses traditions, ces divers services sont plus ou moins confondus en Cbine. La division du travail politique et administratif est évidemment un progrès très-baut; les nations de l'Europe l'ont réalisé, la Chine ne l'a pas encore atteint : convaincue de l'efficacité universelle d'une certaine rbétorique, elle pense que les dépositaires de ce trésor sont également capables de juger, d'administrer, de compter, et uiêiiii' de guerroyer, car souvent les troupes sont placées sous le commandement des agents civils. L'expérience montre cependant que, capables de tnul. ils ne sont capables de rien. Il y a bien des trésoriers, des juges, des préfets, et leurs fondions
l'AllTAGE DES EMPLOIS.
paraissent dislincles; dans la pratique, cependant, ils se doniinenl les uns les autres d'après le rang qu'ils tiennent, le supérieur pouvant toujours, et dans les choses qui paraissent le regarder le moins, diriger l'inférieur. L'avancement, d'ailleurs, lait successivement passer les lionnues non-seulement d'une classe à l'aulre. mais d'une spécialité à une autre spécialité : ainsi de préfet l'im devient intendaiil. puis grand juge, puis trésorier, puis gouverneur, etc.
Les ministères et plusieurs des premiers postes de l'État, l'intendance des greniers publics par exemple, sont confiés à la fois à un Tartare et à un Chinois. Les affaires tartares sont exclusivement conduites par des Tartares. Les gouvernements sont confiés, en i»roporlion à peu près égale, à des hommes des deux nations: les Chinois dominent dans les emplois moins élevés. J'ai trouvé dans r.\nnuaire (pie snr cent