ARISTOCRATIE
injuste si le bien public la demande , et si surtout elle n'existe que dans l'élroile limite où le bien public engage à la souffrir.
Ainsi, les fruits du travail ont un niaitre naturel, tandis que la loi décerne l'iiéritage. Elle pourrait le partager entre toute une famille, entre toute une commune : il semble plus bumain qu'elle y appelle seulement, et à des titres égaux, les descendants du mort; mais elle peut, afin de donner à la liberté des défenseurs plus forts, faire de quelques héritages le salaire d'une fonction qui se transmet avec eux.
Les Anglais ont obtenu un sénal indépendant en le faisant riche, héréditaire en partie, électif en partie. Moins de cinq cent cinquante familles ont été inscrites; chacune d'elles ne fournit à la fois qu'un seul noble, qu'un seul privilégié, pair ou électeur à la pairie, dont le pouvoir est consacré par la tradition et qui, par des liens étroits, se rattache à une portion du peuple et du pays, comme les ^jo/rcs romains aux gcntcs qui composaient la cité romaine.
Il n'y a là rien de plus ni rien d'autre que ce que demandait l intérêt public; il n'y a ni un privilège de trop, ni un noble apocryphe; les titres répondent à une magistrature réelle : ceux qui en sont pourvus ne servent point le prince et nen sont pas payés ; leur opulence ne coûte rien au peuple , leur famille seule en fait les frais. Le bon goût des nobles et l'esprit républicain du peuple ont de plus proscrit et fait disparaître tout ce qui , sans nécessité , choque publiquement et sans cesse l'égalité dans d'autres pays : la pompe inutile des uniformes, le fracas des broderies, l'exhibition publique des décoi'ations ; aussi le peuple n'est-il ameuté parfois contre les nobles que par l'hypocrite clameur des parvenus envieux.
La porte de ce sénat n'est fermée ni à la gloire ni au mérite. Moins, cependant, elle s'ouvre, et mieux cela vaut, parce que la complaisance entre plus aisément encore que la gloire ou le mérite, et que des pairs de nomination royale, n'étant ni les véritables pairs du roi, ni les représentants du peuple qui ne les a point choisis, n'ajoutent rien à l'indépendance ni à la grandeur de cette assemblée, unique aujourd'hui dans le monde.
On trouvera peut-être que je me suis laissé entraîner bien loin de mon sujet ; je n'en suis pas loin cependant, si je fais sortir de l'histoire les enseignements qui font toute sa valeur, en dehors desquels elle n'a pas de raison d'être.
Les Tsin. — Grande muraille. — Despolisme. — Ancien commerce. — Révolutions chinoises. — Les Xan. — Les trois royaumes. — Division de la Chine. — Les Tan. — Cultes étrangers. — Les cinq dynasties. — Les Soun. — Invasion tartare.
C'est avec la courte dynastie de Tsin, deux siècles et demi environ avant le Christ, que s'ouvre la seconde période de l'histoire des Chinois : la féodalité n'est plus ; le despotisme commence ; la Chine est conquise ; les pasteurs, devenus menaçants, sont contenus ; le Japon est colonisé ; le nom et le commerce du grand empire atteignent la lointaine Europe.
La suzeraineté des Tmcb- n'était plus : sept États indépendants leur disputaient la prééminence. Le plus occidental et le plus étendu, celui de Tsin, ayant vaincu les TmeK, s'attribua leur rang. Tmao-syah wan fonda une dynastie que les victoires de son successeur, Illi xwan-ti , rendirent souveraine. Les autres États furent annexés ; leurs princes périrent. La Chine presque entière fut soumise et divisée en trente-six provinces ; le pays de Canton , Nan-xaé, apparaît déjà comme tributaire ; Ulyan-yah, dans le Ulôn-si, devint la capitale.
Uli xwah-ti, véritable empereur, vit en face de lui, dans le nord, se dresser les lIIyijfi-nK, peuplades de race turque, qui, sous d'autres noms, avant et depuis, menacèrent la Chine. Contre eux, on avait déjà fortifié des villes, élevé même des remparts plus étendus et comme retranché des provinces. Uli xwah-ti unit et compléta ces travaux; il construisit en quelques années la grande muraille. Bien qu'elle ne soit pas partout également élevée, bien qu'elle ne soit pas absolument continue, cet ouvrage prodigieux est unique : on n'oserait lui comparer le mur d'Adrien. De pareils travaux veulent et rappellent une antique barbarie. Quoi que les chroniqueurs rapportent, on ne croira jamais que ni cette muraille, ni les pyramides, aient pu se
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passer de la servitude et d'un profond mépris de la vie humaine. On devra cependant, entre ces deux vestiges du passé, distinguer celui qui protégeait un peuple de celui qui prétendait seulement garder une poussière royale bientôt reprise par le vent et sur laquelle planent à peine des noms douteux.
On croit que le même empereur envoya au Japon quelques navires et quelques soldats, conquérant ainsi cet archipel, sinon absolument à ses armes, tout au moins aux idées et aux mœurs de sa nation. La secte des lettrés, gardienne des lois, maîtresse du pouvoir, était devenue insupportable ; un coup d"État eut lieu contre elle : lUi xwan-ti la frappa et la dispersa, comme d'autres frappèrent et dispersèrent plus tard d'autres corporations, d'autres sociétés, les Templiers par exemple. Les rudes Templiers tombèrent comme un chêne; les flexibles lettrés plièrent comme un roseau, et, sous une autre dynastie, on les vit reparaître aussi gênants que les jésuites et sans l'excuse d'une même vertu. En les dispersant, on brûla leurs livres. Par ce qu'on en a retrouvé, on peut juger le tout, et il est permis de croire que l'esprit humain n'a pas perdu ce jour-là beaucoup plus qu'il ne perdrait si tous les livres religieux et canoniques des musulmans venaient à disparaître. C'est, du reste, assure-t-on, peu de temps après que le papier et le pinceau furent inventés. Ces inventions compensent amplement la perte de quelques vieilles fables.
Sur ce sol déblayé et ces cendres, le despotisme s'établit ; et comme sa forme et ses détails n'ont pas beaucoup varié, je puis le définir et le décrire dès à présent.
Les flots de la mer ne séparent point l'Europe de l'Asie ; les Russes ne distinguent point ces deux portions d'un même tout, indivis dans leur empire. Ce n'est point la géographie, c'est l'histoire qui les oppose l'une à l'autre; elles diffèrent par leurs mœurs et leur gouvernement : le Grec audacieux porte l'habit court; le Perse efîéininé porte l'habit long; le despotisme est la loi de l'Asie; la royauté garde en Europe quelque chose de républicain.
C'est de l'Asie que le despotisme, avec d'autres fléaux, nous est venu. Alexandre alla l'y chercher; il en mourut. César l'introduisit à Rome; et quand ce mignon de 1 Asie fut tombé sous le poignard italien, le despotisme grandit sur son tombeau. Des peuples neufs rejetèrent ce joug ou cherchèrent à le rendre moins pesant ; presque partout il en resta des traces, et, de siècle en siècle, on vit reparaître le constant pastiche du gouvernement et de la cour des Césars.
Au point de vue du ci'imc, l'empire des Césars est presque sans rivaux; le despotisme, cependant, est plus complet et plus net en Asie : on sent que son berceau, sa patrie, son domaine, sont là. 11 y est de plus tellement semblable dans toutes ses manifestations et dans tous leurs détails qu'on peut dire que, pour tant de siècles et pour tous les empires de l'Asie, il n'y a qu'un seul et même gouvernement.