‹ La Chine et les ChinoisChapitre 7 sur 49 · CYCLES ET ÉPOQUES · texte numérisé non relu

CYCLES ET ÉPOQUES

Le San-yuen-kya-tso est, à partir de cette époque, en pleine concordance avec le Ki-yuen-pyen, à cette seule différence près qu'il contient deux cycles de plus ; de sorte que, par exemple, le cycle dans lequel nous entrons serait le soixante-seizième au lieu d'être le soixante-quatorzième. Mais cette différence est sans importance pour les Chinois, qui ne numérotent pas leurs cycles, et dont la chronologie devrait se compter à rehours; ou ne se compter dans le sens ordinaire qu'à partir de la première année Kyen-yuen , ce qui , à cent quarante ans près, donnerait aux Chinois les mêmes dates que nous.

Le Ki-yuen-pyen embrasse un espace de 4 381 ans, et la Chine compte de Xwan-ti à l'empereur actuel, dont l'époque s'appelle Tbfi-mu, environ deux cent quarante souverains. Je dis environ deux cent quarante, parce qu'on en peut compter quelquesuns de plus et quelques-uns de moins; qu'il y en a de douteux, qui sont omis dans plusieurs livres, et que d'autres peuvent être acceptés ou rejetés, comme le seraient en France Henri V d'Angleterre, le cardinal de Bourbon Charles X, Louis XVII et Napoléon II. Le nombre des dynasties varie suivant les ouvrages historiques, dont les auteurs acceptent ou rejettent de même quelques familles peu importantes dont la domination n'a embrassé qu'une portion de l'empire.

Les Chinois comptent par cycles de soixante années, dont chacune est distinguée par deux caractères empruntés à deux séries, l'une de douze et l'autre de dix de ces caractères. Ils ne numérotent pas leurs cycles et leurs années; et bien que notre procédé soit commode, on ne peut nier que le leur soit rationnel, car le temps est sans commencement et sans fin. Pour se reconnaître, ils comptent les années par règne ou par période, en nommant d'abord le règne ou la période et donnant ensuite le chiffre de l'année. Jusqu'au temps de Xan Wb-ti, chaque règne eut un nom, qui fut celui que portait le prince. Sous les premiers Xan seulement on distingua des parties moyennes et postérieures dans un même règne. A partir de Xan Wb-ti, le prince donna aux années de son règne un nom autre que le sien, d'un sens et d'un augure favorable. Ce nom fut souvent changé pendant le cours d'un même règne, à la suite d'événements heureux ou par l'effet d'un pur caprice. A certains règnes répondent quelquefois une vingtaine de ces périodes, et l'on en trouve quelquefois cinq pour la désignation d'une seule année. Depuis les Min, toutefois, et jusqu'à ce moment, on ne trouve plus qu'un nom de période chronologique pour chaque règne; et bien que cette période ait pu se prolonger un peu au delà d'un certain règne, par respect pour un prince défunt, ou qu'il ait pu, dans les premiers moments d'un avènement nouveau, y avoir quelque indécision sur le nom de la période nouvelle, ces périodes représentent des règnes : aussi, bien que leur nom ne soit pas celui que les princes portaient avant d'arriver au Irène, ni celui qu'ils ont reçu après leur mort dans la

22 CHRONOLOGIE

salle des ancêtres, les princes modernes sont-ils très-habituellement désignés par le nom de la période qui leur correspond. Les Chinois disent, par exemple, Xbn-wb-, Kah-iui, Kyen-lbfi, au lieu de Tai-tsy, Elih-tSK, Kao-tSbn. Ces noms personnels attribués aux souverains sont significatifs et constituent de véritables surnoms. Le l'ondateur d'une dynastie pourra être appelé Tai-tsb, ou le grand ancêtre, Rao-tsb- (lu Kao-ti. le haut ancêtre ou le haut prince: un conquérant, Wb-ti ou Wb^-wan, le prince guerrier; un législateur, Wen-ti ou Wen-wan, le prince lettré; un souverain déposé, Fei-ti, le prince déposé, etc. Comme ces surnoms peuvent être communs à <les souverains de diverses dynasties, on les fait haltituellement précéder du nom de ces dynasties. L'on dit, par exemple, Xan wb-ti, ou le Wb-ti des Xan, pour le distinguer des Wb-ti des dynasties de Tsin, de ïsi et de Leah. Les noms des princes <le quelques dynasties se terminent par tsbu et par tsb. souche, ancêtre, qui, précédés dun adjectif, donnent le bienfaisant ancêtre, lillustre ancêtre, etc. Les noms des <lynasties sont loin d'être toujours ceux des familles mêmes qui les ont constituées : 1(^ nom d une dynastie illustre a souvent été repris par une famille nouvelle.

Sources liisloriques. — Légendes. — Géographie. — Premiers débuts. — Age fabuleux. — Invention dos arts.

— DéUige. — Partage du sol. — Noms de famille. — Titres royaux. — Pontificat. — Augures. — Institutions.

— Coutumes. — Chants populaires. — Chute de la féodalité. — Titres nobiliaires. — État féodal. — Confiicius.

— Aristocratie et démocratie.

Je vais résumer les premières légendes du peuple chinois; puis, eu dehoi's de la Fable, que je suis contraint de rappeler, je chercherai les principaux traits de l'histoire ancienne de la Chine.

Le peu qu'en rapportent le UJb-kin, compilation ou œuvre de Confucius, et le Tiuun-tsyeu, livre d'annales rédigé par ce philosophe et qui embrasse deux cent quarante-deux ans de la dynastie des Tmes, serait bien insuffisant si d'autres ouvrages ne nous découvraient les anciennes institutions et les anciennes mœurs. 11 y a le recueil de poésies appelé Uli-kin , formé encore par Confucius ; quelques autres livres canoniques qui contiennent des passages propres à nous éclairer, et surtout, enfin, trois ouvrages traitant exclusivement des anciennes coutumes : le Li-ki, ciui est considéré comme canonique, le I-li et le Tmeb-li. Le 1-li est peu estimé: le Tmeb-li, traduit en français par E. Biot, passe pour avoir été composé, comme le I-li, par un ministre de W^-wan, au onzième ou douzième siècle avant notre ère. Comme on n'en a, toutefois, eu connaissance qu'à une épocjue beaucoup moins éloignée, qu'il n'est sorti de terre ciu'après une éclipse de neuf ou dix siècles, et comme la Bible des mormons, pour justifier les entreprises d'un despote, la Chine lettrée s'est fort partagée sur son authenticité. Celle du Li-ki serait moins contestée, bien qu'elle ne soit pas incontestable. On l'a attribué à Confucius ou à ses disciples, réunis après sa mort et travaillant sur ses notes.

2i TEMPS ANCIENS.

Ces livres ont été remaniés, accrus et diminués de plusieurs chapitres; interprétés de façons très-diiïérentes. Ils ne sont probablement l'œuvre ni d'un seul homme, ni d'un seul temps. Le Tmeb--li est une longue nomenclature de charges de cour et d'emplois publics dont l'existence, à une époque aussi reculée que celle des Tiuck, est bien improbable. Si la Chine parait immuable, c est peut-être parce qu'on en a ainsi peint le passé trop semblable à ce qu'on voyait. Le Li-ki offre beaucoup plus d'intérêt : c'est une sorte de traité assez complet, dans lequel on rencontre peu de détails qui ne

soient conformes à ce que nous savons des commencements de la plupart des peuples; et si ce livre a été fabriqué, on est au moins contraint d'avouer qu'il l'a été avec un art extrême, et (lu on y a dû faire entrer tout ce qu'on pouvait savoir des temps anciens de la Ciiine. Callei y en a donné une li aduction qu'on peut malheureusement regarder comme incomplète. On en a fait en Cliine, comme de tous les ouvrages canoniques ou classiques, un grand nombre de commentaires. L'explication des trois traités des coutumes, San-li-kin-kyae, accompagnée d'un grand nombre de gravures, en facilite beaucoup l intelligence.

D'après la légende, iju'on ne discute pas beaucoup en Chine, mais à laquelle on

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