II
dentifîer avec la vertu et les bons conseils de son sout rain. Au contraire, tandis qu'il conservait sa position jouissait de la considération qui y était attachée, il a tei éloignés des hommes dignes, au détriment de l'État. San loyauté et sans foi, dissimulant ses pensées et ses tei dances complaisantes, il a fait passer inaperçue sa trali son. Faisant usage d'abord de ses talents et de ses coi naissances, il est parvenu k amalgamer ses idées avec!* vues de son maître. La manière dont il traitait, lorsqi pour la première fois se posa la question des barbare ceux qui ne pensaient pas comme lui, est un sujet tt pour exciter la plus grande indignation.
(( Dans le cas, par exemple, de Talcungah et Yan-3niii dont l'extrême loyauté et l'énergie l'embarrassaient, il i dut tendre qu'à amener leur chute ; tandis qu'il fit to son possible pour établir Ri-ying, parce que dans c homme sans pudeur et sans vertu il trouvait un compll qui partageait son iniquité. 11 y a eu beaucoup de ces c; où il a eu des préférences dans le but de s'arroger înd< ment une partie du pouvoir. Ces cas sont trop nombrei pour qu'on puisse les éuumérer. Sa Majesté notre démit empereur était trop noble pour pouvoir en agir autremtf] qu'avec honneur envers les hommes, et il en résulta qi Mu-Changa eut toute latitude pour pousser en avant sait crainte ses procédés déloyaux. Si la lumière de la sain Intelligence était tombée sur sa trahison, il aurait été ch tié sévèrement. Certainement on ne lui eClt montré ai cune miséricorde; mais (n'ayant pas été découvert) il m à profit la faveur qui lui était 'accordée pour se livrer une plus grande licence, et il a continué ainsi jusqu'à ] fin sans s'être amendé.
(c Dans le commencement de notre règne, qui date d premier mois de Tannée courante, toutes les fois que j'ei l'occasion de lui demander de m'exprimer son opinioi ou il me la donnait d'une manière ambiguë, ou il garda le silence ; mais après plusieurs mois il commença
mettre en pratique ses artifices. Ainsi, lorsque le vaisseau des barbares anglais arriva k Tien-tsin, il voulut mettre en avant Ri-ying comme son confident, afin qu'il soutînt sa propre politique, et il eût voulu exposer une seconde fois la population aux cheveux noirs de l'empire aux cala* mités passées. Il serait impossible de dire ce que ses intentions renferment de dangereux. Quand Shi-ngan recommanda Lin4si-su pour qu'il fût employé, Mu-Ghanga, à plusieurs reprises, exposa que sa santé faible et ses infirmités le rendaient impropre au service, et quand MHislui ordonnâmes d'aller à Kouang-si pour exterminer les rebelles de cette province, Mu-Ghanga exprima plusieurs fois le doute qu'il pût exécuter cet ordre (*). Il a (Aiscurci^tiotre vertu par ses faussetés, afin que nous ne Tissions pas ce qui se passait dehors, et c'est en cela réellement que consiste son délit.
t Les tendances antipatriotiques de Ki-ying, sa lâcheté et son incapacité sont tout k fait surprenantes. Lorsqu'il était Canton, il ne fit qu'opprimer le peuple pour plaire aux barbares, sans prendre jamais souci des intérêts de l'État. On en eut alors la preuve évidente, si on ne l'avait déjà eue dans d'autres occasions, lors de la discussion qui surgit à propos de l'entrée dans la ville. D'un côté il faussa le divin principe de la justice, et de l'autre il outiiigea les sentiments naturels de l'homme au point qu'il manqua d'occasionner une rupture quand il n'y avait nul motif pour qu'il en survînt. Le dernier empereur, bien informé de sa duplicité, lui ordonna de revenir promptement dans la capitale, et quoiqu'il ne l'ait point dégradé immédiatement, il l'eût certainement fait plus tard.
« Souvent, durant mon règne, Ki-ying, toutes les fois qu'il fut appelé devant nous, a recommandé de cultiver
',') Un mourut en route^ alors quHI se dirigeait vers Kouang-si.
des relations amicales avec les barbares anglais, exposant les divers services qu'ils pouvaient rendre ; il pensait que nous ne nous apercevions pas de sa déloyauté. Mais, tandis qu'il travaillait à consolider son emploi et set émoluments, plus il déclamait et plus il apparaisait cliîrement qu'il était dénué de tout principe de probité ; sa parole avait comme de la rage d'un chien ; mais il était, plus que l'animal, un objet de compassion.
c Les vues de Mu-Ghanga étaient occultes et difficiles à découvrir; celles de Ki-ying évidentes et faciles à cou* naître; mais le crime de tous les deux, en tant qu'il devait porter préjudice à l'État, est égal.
« Par conséquent, si la loi n'était pas satisfaite, coin* ment se feraient respecter les règles du devoir, de manière qu'elles conservent la rectitude dans le cœur des hommes? ou comment ne serions-nous pas ingrats et ne manquerions-nous pas a l'importante charge que le dernier monarque nous a confiée? Toutefois, considérant que Mu-Changa a été ministre sous trois règnes, nous ne pouvons nous résoudre à le condamner en un jour à subir le sévère châtiment qu'il mérite ; qu'il soit donc, par un effet de grande miséricorde, privé de son rang» et à jamais écarté de remplir un emploi quelconque.
« L'insuffisance de Ki-ying a été extrême ; mais comme il a été accablé par les difficultés de sa position', que la plus grande miséricorde possible s'étende aussi jusqua lui; qu'il soit dégradé, et reste en disponibilité, aspirant à un emploi de yuen-vai-lang dans un des six conseils.
« La conduite intéressée de ces deux hommes et l'oubli qu'ils ont fait de leur souverain sont chose notoire dans tout l'empire. Ne faisant rien avec- excès, nous ne les avons point condamnés à la dernière peine. En prenant une décision sur ce cas, notre sentence a été rendue après une mûre délibération, après l'avoir longtemps considén';. Notre sensibilité, comme nos sujets peuvent se Timaginer,
est réellement émue d'avoir à faire ce qui est inévitable, c Dorénavant tout employé, grand ou petit, civil ou militaire, ayant une fonction dans la capitale ou partout ailleurs, doit régler sa conduite sur de bons principes et servir loyalement TÉtat. Que les maux accumulés pendant le long espace de temps qu'ont prévalu la paresse et Vurtifice soient un motif de repentir et de réformes accompagnés de crainte etde tremblement; on ne doit point reculer devant les difficultés ni se laisser dominer par la paresse» et si quelqu^un est en position de proposer quelque mesure qui puisse avoir de Timportance pour le gouvernement de l'État et le bien-être du peuple, qu'il Texprime atec droiture et sans réserve.
« Que per&onne n'agisse dorénavant par affection pour son maître en politique, ou sous l'influence de ces sentiments envers qui le favorise ; mais que tous s'attachent* comme nous espérons quMls le feront, h ce qui est chose de raison, sans s'en écarter le moins du monde, remplissant avec modération ses fonctions respectives.
« Que cela soit promulgué spécialement dans la capitale et hors de ses murs, pour que notre volonté soit rendue publique.
« Décret spécial du 18* jour de la 10* lune de l'an 30 de Tao-kouang (21 novembre 1850).
c Que ceci soit respecté I »
On voit par ce décret quelle fameux exposé de Ki-ying à l'empereur, parlant avec dédain des étrangers, ne le ^uva pas de la disgrâce.
Au commencement de 1851, un Chinois, né k Singapour territoire anglais) d'une mère malaise, et qui était employé à bord d'un des vaisseaux qui font le commerce de l*opium, fut arrêté par les autorités chinoises, bien qu'il se trouvât inscrit au consulat anglais comme sujet de la Grande-Bretagne. Le consul le réclama; mais les man- <lftrins, avant de le remettre, le firent fouetter, et cela
d'une manière si cruelle que, lorsqu'on renyoyaau consulat dans une chaise a porteurs, les employés, au moment où ils voulurent le retirer de la chaise, n'y trouvèrent plus que le cadavre dudit Chinois, qui s^appelait Tan-chin-chin. A cette vue, les porteurs, laissant la chaise a la porte du consulat, prirent la fuite. Les mandarins accusaient ce malheureux d'appartenir à la société secièta Sayh^hO'huei.'
A la fin de 1851, Leu-ke-yu, gouverneur de la province de Fou-kien, fut dégradé. Ce mandarin était coupable d'avoir publié, quelques années auparavant, une intéressante géographie universelle en six volumes, dans laquelle il donnait sur les pays étrangers des renseignements assex exacts, que par conséquent on jugea n'avoir été écrits que pour favoriser ces pays. Les cartes qui accompagnaient cet ouvrage étaient copiées sur des atlas publiés en Europe.
En avril 1852, les autorités chinoises de Fou-tdhaou arrêtèrent deux copistes qu'employait dans son école nn missionnaire anglais appelé M. Wetton, et les traitèrent avec la dernière inhumanité. Le consul Walker adressa, à ce sujet, un message très-énergique au gouverneur général de la province, lequel ne daigna pas même répondre.
Le 25 avril 1852, Siu écrivait au plénipotentiaire anglais qu'il ne pouvait pas, faute de temps, avoir une entrevue avec lui, et il proposait de la différer jusqu'à ce que les hostilités contre les rebelles fussent terminées.
En novembre 1852, le lieutenant de vaisseau M. de Lisle et un autre officier nommé Gushing furent volés et blessés a Kowloun, vis-à-vis Hong-kong. Le second put s'échapper; mais le premier étant demeuré à terre, le Commodore de l'escadre anglaise, accompagné d'employés et d'interprètes de Hong-kong, alla à sa recherche avec la frégate la Cléopâtre, Ils se rendirent auprès du mandarin de Kowloun ; mais il se cacha dans l'intérieur de ses appartements, faisant dire qu'il était absent, «t les
Anglais furent reçus par des officiers tout k fait subalternes, qui se montrèrent fort grossiers. Voici un passage du rapport officiel fait k cette occasion :
« Chaque fois que nous dûmes aller voir le mandarin , on nous laissa exposés aux ardeurs du soleil jusqu'à ce qu*il parût, et après cela on nous tint assis dans la salle extérieure de son tribunal, où Ton juge les criminels ; ces deux modes de réception étant complètement opposés aux idées de politesse chinoise. »
Sir 1. Bowring écrivait le 25 avril 1854 que le ministre américain M. Mac-Lane n^avait pu obtenir une audience du commissaire impérial, bien qu'il Teût sollicitée avec beaucoup d'instances ; il ajoutait que M. Bourboulon se montrait on ne peut plus mécontent des procédés dont on usait k son égard.
Le 22 mai 1854, le commissaire impérial Yé écrivait k sir J. Bowring qu'en 1849 sir G. Bonham avait renoncé pour toujours à entrer a Canton, et citait le passage suivant de la dépêche : « Désormais cette affaire ne doit plus être discutée. » Or tout cela était une pure invention du mandarin. En 1849, Siu disait à sir G. Bonham que la convention en vertu de laquelle l'entrée de Canton devait être ouverte au mois d'avril de cette même année avait été signée en 1847 avec sir J. F. Davis , et que celui-ci étant retourné en Angleterre avant l'expiration du délai, la convention se trouvait par là annulée. Voilà ce que c'est qu'une correspondance officielle avec les mandarins chinois. Tant qu'il ne s'agit que d'échanger des communications, il n'y a point d'argument ni d'engagement qui les arrête, et ils ne se gênent pas pour se tirer d'embarras en débitant avec un merveilleux aplomb un mensonge ou une absurdité ; mais quand ils voient arriver des vaisseaux de guerre et des soldats , alors c'est autre chose ; ils écrivent sur un ton plus sérieux.
98 LÀ GHIN£ £T LES PUISSANCES CfiBÉTIENNES.
Dans la communication que nous avons mentionnée un peu plus haut, Yé se refusait à recevoir sir J. Bowring (devenu ministre plénipotentiaire en remplacement de M. Bonham) dans le palais où il faisait sa résidence ; mais il lui offrait une entrevue hors de la ville, dans le magasin du commerçant Howkua.
Les traités anglais et américains portaient qu'après douze ans ils pourraient être revus. En conséquence, le représentant des États-Unis, M. Mac-Lane, se rendit à Changhai en juin 1854, et eut une conférence près de cette ville avec Iliang, le vice-roi des deux provinces Kiang. Il le priad'obtenir que Tempereur nommât un plénipotentiaire pour reviser le traité, en menaçant, dans le cas contraire, d'aller à Tien-tsin. Iliang lui répondit qu'il devait s'adresser à Yé, vice-roi de Canton, commissaire impérial pour traiter avec les étrangers. Iliang fit aussitôt son rapport à Tempereur, lequel approuva sa conduite par un décret du 15 juillet (1854). Voici quelques passages de ces documents (*):
HégociatiODS aogIo*aiDéricaiDes eo 185&.
Mémoire d'iliang^ gouverneur général des Deux-Kiang^ rendant compte de la visite de M, MaC'lane, envoyé des États-Unis,
24 Jain 1854.
« Votre esclave Iliang, gouverneur général des Deux- Kiang, s'adresse au Trône, agenouillé devant lui
a Votre esclave, ayant avec lui Ping-han, préfet d« Soutchaoufou,longtemps employé dans ce département et tout
(*) La traduction de ces docaments relatifs aax négociations de 18.i4 est empruntée aux Archives diplomaHqtAes de M. Amyot, tome 3% II.n~5et 6.
kfaitversé dans Taffaire, est parti de Sou4chaou le 49 juin, et, arrivé à Rwan-shan le 20 juin, il a réuni les fonctionnaires présents dans la maison publique de Kwan-shan. U a sommé alors le chef américain de venir lui rendre 808 respects. Les manières du chef, il faut en convenir, étaient respectueuses. U dit : « Grâce à la faveur de Sa « Céleste Majesté, qui a ouvert les cinq ports au commerce, c nous avons été mis en état de nous plonger dans le gain, c Depuis Tannée dernière, cependant, les communications c sur le fleuve sont devenues impossibles, et les pertes
< supportées par les négociants, à ce sujet, nous ont dé- « terminé k présenter à Sa Majesté la prière de nous per- « mettre gracieuseïnent de trafiquer le long du Yang-tse-
< kiang. Nous escorterons et protégerons nous-mêmes les c marchandises que nous introduirons sur le cours du « fleuve. Si Votre Excellence refuse de faire pour moi, c auprès du trône, une représentation dans ce sens, je « serai obligé de me rendre à Tien-tsin. »
« Votre esclave lui dit avec autorité que le traité qui ouvre les cinq ports au commerce étant celui auquel Tempereur a donné son consentement, il était du devoir de tous de Tobserver avec obéissance a jamais. U était, du reste, clairement exprimé dans le traité qu'aucun État n'aurait le droit d'envoyer dans la suite un ministre en Chine pour soulever des discussions particulières. La demande présentée maintenant étant en désaccord avec le traité, ne pouvait être soumise a Votre Majesté. Et cela d'autant moins que les rebelles de Canton, ayant poussé jusqu'à la frontière du Chih-li, la population de Tien-tsin est devenue semblable à un mur par l'unanimité de sa résolution, et, combattant hardiment du côté du gouvernement, elle a discipliné plus de 100,000 hommes. Les rebelles ont tenté plusieurs fois de reconnaître les positions de ces derniers, mais ils n'ont jamais pu venir à bout de leur dessein
« Le chef répondit qu'une des clauses du traité per-
mettait la révision de celui-ci après une période de douze années, dont le terme n'était pas éloigné
<{ Le 27 juin, il envoya un duplicata de la lettre de son gouvernement. Cette lettre était conçue k peu près dans le même sens que celle de Marschall, Tannée dernière. .
a C'est l'opinion très-humble de votre esclave, que les Américains, jusqu'ici considérés comme si soumis, ont voulu tirer avantage des conjonctures présentes pour im* poser leurs demandes. On ne peut donc se reposer sor leur coopération, bien qu'ils l'aient promise pour le rétablissement de l'ordre *......
a D'un autre côté, les barbares anglais ont, en plustenrs occasions récentes, cherché querelle k nos troupes. U court surtout le bruit que les rebelles de Nanking auraient poussé jusqu'à Pung-pa et troublé le voisinage. Les oreilles et les yeux des hommes ne sont pas bouchés (*). Ce serait pousser ce chef à bout que de refuser de transmettre ses demandes au commissaire impérial, après avoir décliné de faire de sa requête l'objet d'un mémoire
a Ayant trois fois et plus réfléchi à ce moyen, votre enclave ne voit pas d'autre alternative que d'ordonner au . chef de retourner a Canton et d'y attendre la décision de Yé-min-ching. »
Décret impérial approuvant la condolte d'Illang, le 15 )iiillet 1S5I.
(Extrait)
« En apprenant avec quelle faiblesse s'est conduit Wu-
nai-chan lorsque les chefs anglais ont voulu le contraindre
h faire ce que bon leur semblait, nous avons publié un
décret transférant le cas à Yé, en lui donnant pour in-
(*) C'est-à-dire les étrangers comprendront ceci.
LES MANDARINS APRÈS LA GUERRE DE 1840. f|
stniction d^ordonner aux chefs barbares a Canton d'ob* server le traité, et d'empêcher les négociants étrangers de pénétrer dans Tintérieur de la ville.
< Maintenant Iliang nous rapporte que le chef américain Robert Maclane lui a rendu ses respects a Rwan-chan et qaH a présenté une lettre de son gouvernement et fait lai*méme une communication, qu'il persiste avec ténacité sur la révision du traité dans les douze années, qu'il désire trafiquer sur le Yang-tse-kiang, et qu'il allègue en même temps comme motif de plainte le transport de la douane de Chang-hai a Wousoung, et qu'il demande un changement à ce sujet. Sa propre communication contient des demandes qui ne se trouvent pas dans la lettre de son gouvernement, et sa conduite a été encore autrement présomptueuse.
« niang lui a répondu d'une manière conforme aux principes ; il n'a rien fait, il faut l'avouer, d'aussi indigne que Wu-nai-chan. C'est d'ailleurs au gouverneur des Denx-Kouangs qu'a toujours appartenu l'administration de toutes les relations commerciales avec les étrangers. Qu'en conséquence Iliang, maintenant qu'il a transmis à Yé des copies de la lettre du gouvernement du chef barbare et de sa correspondance avec lui, prie le chef de se rendre immédiatement de Kwan-chan à Canton et de ne pas faire un long séjour a Kiang-sou, de peur d'entraver par Ik l'enquête et la décision. C'est le devoir de Yé de prévenir sa malice en se tenant fermement au traité et en lui parlant péremptoirement et avec autorité.
a La maladresse et la faiblesse de Wu-nai-chan, dans sa conduite avec les rebelles et les chefs anglais à Changhai ressortent de plus en plus de. la suite de ses mémoires. Il rapporte que le chef a fixé un jour pour une entrevue avec lui et <c qu'assurément il n'est pas a présumer qu'il « s'en tienne aux préjugés existants dans toutes les me- « sures qui seront d'un bénéfice positif pour la Chine. » Ce qui équivaut à dire qu'il a été préparé depuis long-
n LA CHINE ET LES PUISSANCES GBRtlTIENNES.
temps à faire des concessions. Nous avons déjà dégradé ce gouverneur et nous ordonnons à Uiang et à Kir-hangi, pour le cas où il se serait laissé enlraînerpar les barbares dans quelque engagement extravagant ou illégitime, de le répudier entièrement et expressément, et de ne pas w laisser égarer par son absurdité. Qu'ils prient en même temps les barbares de se rendre à Canton et d'y attendre la décision de Yé-min-ching. »
MéiBoire d'HUng, gooveroear général dts deu Kians, le 29 Mit ilSI.
« Le 15 juillet, Wu-kien-chang ^ rapporté que le consul des barbares anglais, Alcock, avait transmis une dépêche de Bowring à Feffet de demander une entrevue. Wu m'a expédié la dépêche. Bowring disait que si Yotre Majesté lui faisait l'honneur de désigner un haut fonctionnaire pour discuter des affaires d'un égal intérêt pour la Chine et pour les étrangers, cela fortifierait la paix et l'amitié entre eux. La lettre ne contenait pas la requête d'une entrevue avec votre esclave.
« Votre esclave lui a écrit en réponse que le commissaire impérial chargé de l'administration des affaires des barbares a Canton étant le ministre effectivement désigné dans ce but par Votre Majesté, il ne serait pas conforme aux principes [correct) de déranger le trône par des demandes additionnelles a cet égard
a Cette lettre avait été expédiée, lorsque Wu-kien-chang en envoya une seconde du chef américain Robert Maclane, annonçant que puisque votre esclave ne lui avail pas fait l'honneur de soumettre à Votre Majesté sa demande au sujet de la nomination d'un haut fonctionnaire dans le but de conférer avec lui sur des questions intéressant également la Chine et les Étals-Unis, il avait résolu d'accompagner le chef anglais à Tien-tsin et d< communiquer de là ses désirs à Votre Majesté
le
LES MANDABINS APRÈS LA GUëHKE DE 18i0. 95
« Votre esclave a écrit à Maclane de se désister de son
projet
tt G*est d'ailleurs une manœuvre ordinaire des barbares de prendre pour prétexte de leurs démarches des circonstances particulières. Quoi que les chefs puissent insinuer (ou chuchoter) contre Yé-min-ching, il est évident qu'ils ont coutume de craindre Yé-min-ching. Ils disent qu'ils Tont aller à Tien-tsin. C'est peut-être cependant une as* sertion faite pour nous obliger à consentir à leurs demandes. Votre esclave les a conjurés avec une sérieuse bienveillance de rester, et les vaisseaux de leur chef ne sont pas encore partis. Cependant il n'y a point de sécurité, tant le caractère des barbares est inconstant et capricieux, qu'après tout ils ne partiront pas pour le nord et qu'ils ne chercheront pas a contraindre l'autorité impériale et les grandes autorités provinciales des juridictions de la côte.
c Votre esclave a écrit a Rweiliang, gouverneur générai deChi-li, d'être sur ses gardes, et de faire avec sang-froid et en secret des préparatifs de défense. Il a aussi écrit k Té-min-ching. »
Mcm tepérkl adressé à Yé, le 6 aoit 185&.
« En apprenant il y a quelque temps que les chefs des barbares anglais et américains demandaient une entrevue avec les hauts dignitaires de Kiang-sou, et qu'ils tentaient de les contraindre à agir selon leur convenance, nous avons envoyé des ordres à Yé-min-ching pour commander k ces chefs d'obéir au traité, afin de les mettre a même d'arrêter dans le bourgeon leurs desseins malicieux.
« Iliang nous annonce maintenant qu'il a reçu une Bote du chef anglais Bowring se plaignant de ce que lorsqu'il s'est rendu a Canton le commissaire impérial a répondu impoliment k ses avances, et une autre note du Aef américain Robert Maclane, dans le but de l'aviser
ii La chlnë et les PLISSAJ^CES cmUÈTiËNNÊS.
qu'il 6'est décidé a accompagner le chef anglais à Tientsin.
« Il est dans la nature des barbares d'être rusés et malicieux. Ils savent parfaitement que toute radministration du commerce étranger est concentrée à Canton, et cependant ils se précipitent contre les ports, insistant avec une déraisonnable extravagance pour qu'on leur accorde leurs demandes.
(( Nous avons prié les chefs de se rendre k Canton et d'y attendre une décision. Que Yé-min-ching, conformément a notre précédent décret, avise aux moyens de les guider dans la voie qu'ils doivent suivre, et qu'il leur ordonne d'observer fermement le traité. Que sous aucun prétexte il ne leur permette d'agir illégalement et de s'amuser à espionner sous prétexte que des modifications au traité doivent être admises au bout de douze ans. Qu'il leur apprenne qu'a la suite des arrangements pris maintenant pour la défense contre les rebelles, une force aussi nombreuse que les nuages est assemblée k Tientsin, et que si les barbares étaient assez malavisés pour s'y rendre, leurs vaisseaux pourraient être maltraités, dans lequel cas, loin de tirer avantage de leur visite, ils auraient attiré le malheur sur eux-mêmes.
« Quant aux formes à suivre par le gouverneur général Yé lorsqu'il recevra les chefs barbares, qu'il s'en tienne religieusement aux anciens usages. Il ne doit pas. en vue de la demande de ces barbares d'être traités plus lit)éralement, leur faire aucune concession, quelque légère qu elle soit, de peur qu'elle ne diminue leurs craintes.
a Yé-min-ching a été informé, il y a quelque temps, que les barbares russes ont déclaré la guerre aux barbares anglais, et qu ils leur ont enlevé des navires marchands à Hong-Kong : ceci devrait conduire les Anglais k tourner leurs regards sur eux-mêmes. Comment se fait-il au contraire qu'ils élèvent des difficultés contre la Chine? Le bruit parvenu aux oreilles de Yé était probablement faux
Les mandarins après la GUEkRE DÉ 1840. 95
en grande partie. Yé doit apporter encore plus de soin dans sa manière de traiter cette affaire. La querelle qui a lieu entre ces barbares ne doit le. mettre dans aucun cas hors de ses gardes. Qu'il envoie par la poste le résultat de ses dernières investigations et qu'il prenne des mesures à ce sujet. »
Sir John Bowrlng se présenta aussi a Ghang-haï vers la même époque que M. Maclane, et n'obtenant pas une audience dlliang, il se dirigea vers Tien-tsin, où M. Maclane le suivit. Us arrivèrent à l'entrée du Peî-ho le 15 octobre, et forent, jusqu'au iO novembre, en correspondance avec quelques hauts mandarins. Voici un extrait de leurs mémoires et de la réponse de l'empereur.
Mèmtre de Wai-kiei ec Sbugjil, do 20 ocroire.
« Le 28 octobre votre esclave Wau-kien et ses collègues ont eu devant le fort une entrevue avec les barbares. . .
« Ils demandent maintenant qu'il soit adresse à S. M. l'empereur la demande de permettre k Bowring et Maclane, les envoyés des deux nations, de conférer avec les ministres de S. M. à PéMn. afin d'établir les changements nécessaires.
c Bref, les traités de paix qui devaient durer dix mille ans ne seraient donc plus qu'un chiffon de papier.
« Votre esclave leur a répondu que le traité de paix
étant fait pour dix mille années, c'était un devoir de témoigner la déférence qui lui était due à jamais. Gomment donc pouvait-on demander des modifications ? «
« Qu*était-il besoin de venir à Tien-tsin pour y présenter importunément leurs demandes? La requête de Bowring et Maclane de se rendre aPékin pour y exposer leur affaire était non-seulement hors de question, mais une mesure telle que les mémorialistes ne pouvaient convenablement la soumettre au trône .....;... ^
M LA GHiNE ET LES PUISSANCES ClIRÉÎI^NES.
(( Vos esclaves ont exhorté les barbares pendant plusieurs heures, en employant tous les moyens pour les remettre dans le bon chemin, et usant k leur égard dans une égale proportion de la sévérité et de la douceur. Les barbares ont persisté avec ténacité et mauvaise foi dans leur demande qu'une représentation fût faite au trône* A moins que l'on n'allonge la corde et que cette représentation au trône ne soit indulgemment concédée, il faut craindre, bien qu'il ne soit pas présumable qu'ils remonteront la rivière, qu'ils ne fassent voile vers le sud et ne cherchent dans leur renvoi un sujet de plainte. Avec la responsabilité qui pèse sur eux dans une affaire aussi importante, vos esclaves n'osent pas s'en tenir aux préjugés existants contre toute concession. Le caractère des. barbares est si malicieux, qu il est toujours indispensable de prendre des précautions contre d'autres prétentions irrégulières de leur part.
« 11 ne reste à vos esclaves qu'à exposer franchement la vérité, et qu'à prier à genoux Votre Majesté de leur déclarer pour leur gouverne si un haut dignitaire sera ou non envoyé par Votre Majesté; ou si le gouverneur général Kweiliang se rendra à Tien-tsin pour prier les barbares de repartir, leur indiquer le lieu où ils doivent se rendre pour y attendre l'examen et la décision de leur affaire, afin que les barbares avec une respectueuse obéissance retournent promptement dans le sud. »
Mémoire de Wan-kien et Chang-jol do 2& octobre.
« Vos esclaves ont eu une entrevue les 17 et 18 octobre avec les interprètes anglais et américain Medhurst et Parker
« Sur la demande quelle était la cause réelle de leur venue, Medhurst a présenté une copie de ses propositions, et Parker deux manuscrits dont l'un était iden«
LES MANDÂtllNS APRES LA GUËBtUS DE tSiO. 97
liqae à celui déjà présenté à Iliang , gouverneur général des Deux-Riangs. Trouvant ces propositions en général conçues dans des termes aussi outrageants qu'absurdes, vos esclaves les ont blâmées comme inconvenantes, ainsi que c'était "leur devoir, et les ont immédiatement ren» voyées, ne pouvant prendre sur eux de les recevoir. . . . « Le conseil a transmis hier à vos esclaves un décret impérial conçu en ces termes : « Dans leur entrevue avec les barbares, Wau-kien et ses collègues doivent décon* ccrtcr leur rusé et leur arrogance et déjouer leurs malicieux sophismes. »
« Le 21 octobre vos esclaves ont eu une autre entrevue avec Medhurst et son collègue , dans laquelle ils les ont priés de leur expliquer la cause réelle et véritable de leur venue. Les barbares ont derechef assuré qu'ils étaient vraiment venus pour demander une modification du traité, les marchandises étant difficiles à acheter a cause de l'état de trouble du pays, et ils ont de nouveau présenté leur papier contenant des propositions dans ce sens.
« Vos esclaves l'ont parcouru ensemble et ont fait des
objections article par article
« Quant a la proposition d'envoyer un plénipotentiaire résider dans la capitale de la Chine pour y conduire la correspondance avec le gouvernement, vos esclaves ont observé avec autorité que le traité original ne permettait à aucun État d'envoyer des fonctionnaires à Pékin. Pour «ne chose aussi insignifiante que le commerce, quelle correspondance pouvait-il y avoir? Bien plus, l'enceinte réservée à la dynastie céleste est un sol sacre. Comment pourrait-on tolérer qu'il fût profané par leur présence?
«Toutes les requêtes ci-dessus étaient outrageuses et impertinentes, tout k fait impraticables ; il ne convenait pas de les discuter. Quant aux autres changements réclan^ésau traité, ils se rapportaient pour la plupart au com- "ierce sur le Yang-tse-kiang,