‹ La Chine et les puissances chrétiennes (volume 2)Chapitre 28 sur 59 · II · texte numérisé non relu

II

médiaiement avancer des troupes pour les châtier; et quand) dans la huitième année, le chef barbare Elgîn et d'autres se présentèrent (sur les côtes) de Tien-tsÎD pour faire entendre leurs plaintes, nous ordonnâmes au gouverneur général Tau-tsing-siang de s'y rendre poor examiner leur affaire et l'arranger. Cependant les barbares profitèrent de ce que nous n'étions pas préparés; ils s'emparèrent des forts et remontèrent le fleuve jusqil Tien-tsin. Craignant que l'âme de la vie ne fût empoisonnée par l'influence pernicieuse (de la guerre), nous ne perdîmes pas de temps à discuter avec eux par correspondance, nous envoyâmes sur-le-champ le secrétaire en chef Kouei-liang et son collègue pour conférer avec eux, apaiser ce trouble et mettre fin aux hostilités. Le traité qu'ils nous demandaient de sanctionner, contenant beaucoup de choses qui avaient été extorquées, avec ou sans raison (litt. exigées de force), nous cht^ geâmes encore Kouei-liang et son collègue de se renëie à Chang-hai pour discuter et arrêter un tarif des droite de douane, et ainsi revenir avec eux sur le traité, de minière a le rendre clair, satisfaisant, et tel enfin qu'on pût y ajouter foi (*).

« Néanmoins, dans la huitième année (neuvième année?) le barbare Bruce et d'autres, féroces et arrogants, sans aucune docilité, s'approchèrent encore avec des vaisseaux et, remontant directement jusqu'à Ta-kou, détruisirent nos appareils de défense, et ne se retirèrent que lorsque wSang-ko-lin-sin, le général commandant en chef, leur eut infligé, avec son artillerie et ses autres armes, un châtiment terrible.

« Tout cela, les barbares l'avaient attiré sur leurs têtes ; la Chine, comme tout l'empire le sait, n'avait commis envers eux aucun manque de foi.

(♦) C'est-à-dire qu'il nous fût possible de l'exécuter.

a Et cette année, quand les chefs Elgin et Gros parurent encore une fois sur les côtes, la Chine, pour ne pas en user trop durement à leur égard, les autorisa k débarquer à Pé-tang et a se rendre par cette voie à la capitale pour échanger (les ratifications de] leurs traités. Mais ces barbares, le cœur gros de dangers, amenaient avec eux des canons montés sur des chars, avec des corps de cavalerie et d'infanterie; ils tournèrent les forts de Ta-kou, et quand nos troupes se furent retirées ils s'avancèrent encore jusqu'à Tien-tsin.

c Gomme Kouei-liang était celui qui avait négocié le traité de Tien>tsin il y a deux ans, nous lui ordonnâmes encore de se rendre auprès des barbares pour leur porter des ordres raisonnables (ou leur indiquer aveb autorité ce qui était juste). Nous espérions encore que les barbares avaient quelques sentiments de décence et de justice, et certainement nous aurions eu la libéralité d'accéder à n'importe laquelle de leurs demandes, pourvu que ce fût une concession que l'on pût faire convenablement. Mais pas du tout, Elgin nous fit des demandes extravagantes; dans sa convoitise il nous aurait extorqué une ÎDdemnité pour les frais de la guerre, il nous aurait forcé a ouvrir de nouveaux ports ; il voulait encombrer d'une grande armée les alentours de notre capitale (*) ; il se montra au dernier point fourbe et tracassier.

« Sur ce, nous envoyâmes Tsai-yuen le prince d'Y, accompagné de Mou-yin, président du conseil de la guerre, pour leur mettre encore une fois devant les yeux le véritable chemin, et pour discuter avec eux et arranger <^'une manière satisfaisante les différentes concessions qu'ils demandaient. Cependant ces barbares rebelles osèrent encore satisfaire à leur férocité, s'avancèrent ^ers Toung-cho avec leurs troupes, et déclarèrent qu'ils

(*) Allusion est faite ici à l'escorte de mille hommes que chacun ^^s deux ambassadeurs demandaient à conduire à Pékin.

Si8 LA GHIN£ ET LES PLISSANGES CHRÉTIENNES.

les amèneraient même jusqu'en notre présence qu'ils viendraient même avec elles pour avoir une dience de nous;.

a Comment pourrions-nous nous présenter de^ l'empire, si nous avions supporté plus longtemps 1 cela en silence? Nous avons donné les ordres les] précis, aux grands officiers commandant les troupes, faire venir de tous les côtés cavalerie et infanterie p combattre les barbares jusqu'à la mort; tandis que lettrés et le peuple des districts environnant la c taie doivent rassembler les milices, qui, unies pu même sentiment, prendront part à la guerre, ou iû i vent former des troupes de volontaires pour arrête obstruer leurs mouvements (deç* barbares).

« Tout individu, soit officier, soldat ou autre, qui i pera la tète à un barbare nègre, recevra 50 taels de compense; celui qui coupera la tète à un barbare Ui recevra 100 taels; si quelqu'un fait prisonnier uni barbare de distinction, il recevra une récompense 500 taels; enfin celui qui mettra le feu à un vaia barbare, recevra 5,000 taels. Toutes les richesses quel possédons serviront a les payer.

« Les habitants de Tien-tsin ont de tout temps été pûtes patriotiques et vaillants. Ils ressentiront certa nient l'indignation que nous avons conçue, ils partagei notre haine ; ils combattront aussi bien dans la pli découverte que dans Tenibuscade secrète, jusqu à ce l'esprit pestilentiel de la rébellion ait été détruit.

« Pour ce qui concerne les indigènes de Fou-kie Kouang-toung, que les barbares ont fait prisonniers ils sont tous aussi nos enfants ; et si quelqu'un d'ei

C) L'empereur fait Ici allusion aux couHs chinois qui élaienl service de l'armée alliée.

TROfSlÉME GUERRE. ttt

eux peut réussir Réchapper et revenir a nous, ou nous présenter la tète d*uh chef barbare, il sera, comme les intres, magnifiquementrécompensé. Ces barbares se sont éloignés de dix mille H de leur pays pour vendre leurs

marchandises

c II est en outre de notre devoir d'ordonner que tous les ports {*) soient fermés et leur commerce supprimé.

«Et si ces mêmes barbares, k la publication de cette exliortation sérieuse et de cet prdre précis, sont capables de revenir à un sentiment de leur faute, de s'en repentir et de faire offre de leur foi (c'est-à-dire rentrer dans Tobéissance), comme preuve de l'étendue de notre.bienveil- Unce nous leur continuerons notre permission de faire leeommerce dans tous les ports ouverts jusqu'à présent. Mais si, s'atlachant toujours à leur idée, ils ne veulent pas apercevoir; si, oubliant tout sentiment de justice, ils persistent dans leurs violences (ou à faire le mal), nos généraux et nos guerriers, et nos volontaires sortis du peuple, n'ont plus qu'à faire tous leurs efforts pour les exterminer, en jurant que cette race haïssable sera complètement annihilée. Que la sagesse leur vienne à temps [UUkdlement^ il n'y aura plus de regrets (possibles) après).

« Respectez ceci. »

Revenons au camp anglo-français. Nous avons laissé M. Parkes en route, de Toung-cho à Ho-si-vou, pour relûettre à lord Elgin une dépêche du prince de Y et de ^ou-yin. Après s'être acquitté de cette commission, il *<>rtit de nouveau de Ho-si-vou le 47 septembre, de bon ''^n, portant une réponse de lord Elgin pour les plénipotentiaires tartares, et se rendit à Toung-cho avec

(*) G'est-i-dire les porta ouverts au commerce étranger.

i nûlîtaire, y aOcfent I

t chinois, et de IL iTBe ; de rAcadémie des sciences de fa t déjà la paix eomme condne.

le plaee ici le commenconent de U narratlmi « que lit IL Pailbes de remprisonnement qu'il eut 1

c le quitte! Ho-si-Ton à quatre lienres dans lai du hmdi, le 17 de septembre, acoMnpagnè par IL seorélaire particulier de Totre Exeellenee, de M. < HMUi, premier atteehè à U légation de Sa M^eM tamuque, du eidone! Walker, de M. Thompson, commimaiie général, et de M. T. W. Bowlliy. L' était composée de dnq soldais des gardes des dfi| roi et de Tingt sowars de la caTalerie de Fane, i lienlenant Andersen.

« Peu de temps après SToir dépassé Ma-tou, nom rencontrés par un colonel et trois autres officiers ( qui sTaient été enToyés, dirent-ils, par les commi impériaux pour nous escorter jusqu'à Toung-c approchant de Chang-kia-ouan, je montrai au Walkerle point, à 5 2i au sud de cet endroit, prop les commissaires impériaux et accepté par Votre lence, pour être la position avancée de notre an pendant que nous parcourions une partie du 1 nous ne vîmes aucune indication qui marquât eût des forces chinoises dans ce voisinage. Apr< passé néanmoins Chang-kia-ouan, nous observai corps de cavalerie tartare entre cette place et ' cho, et nous fûmes informés par leur chef Tih- (1e lieutenant général commandante Sin-ho lorsqi ville fut prise le 12 août), qui s'avança k cheval ; rencontre, de la manière la plus courtoise, que c quelques-unes des troupes qui avaient demièreoi

cupé le pays entre Touag-cho et Ho-si-vou, et qui venaient d'être rappelées par Tordre des commissaires impériaux. Il nous félicita, avec une chaleur apparente, sur la conclusion de la paix, et d'une façon toute militaire fit cette observation de lui-même : a Oublions que nous «i avons été ennemis, et à l'avenir reconnaissons-nous « mutuellement comme amis. »

c Écrivant après l'événement, je vois maintenant une signification sérieuse dans l'enlèvement de plusieurs petits ponts placés à travers le petit canal ou ruisseau qui eGale,pa8séGhang-kia-ouan, à un point que j'ai su ensuite, par une triste expérience, être la place de laquelle Sanglu>-linsin dirigea en personne les mouvements de la journée suivante. J'avais remarqué ces ponts à l'occasion de ma précédente visite k Toung-cho ; mais en l'absence de toute cause de soupçon, nous n'attachâmes naturellement alors aucune signification importante à cette circonstance de leur enlèvement.

« En arrivant à Toung-cho, vers dix heures trente minutes du matin, nous allâmes sur-le-champ au temple déûgné par les officiers chinois, comme l'endroit choisi à la fois pour notre installation et pour la rencontre avec les commissaires impériaux. On pourvut promptement h tons nos besoins personnels, et vers une heure du matin je fus admis a une entrevue avec les commissaires impériaux Tsaï, prince de Y, et Mou-yin, qui étaient assistés, dans cette occasion, par Hang-ki, commissaire, naguère estant à Tien-tsin,et bien connu de moi quand il avait ^upé autrefois la position de surintendant des douanes 2 Canton.

< Après que j'eus remis aux commissaires, qui me reçurent courtoisement, la dépêche de Votre Excellence à la date du 16 septembre, ils élevèrent une discussion sur trois points, savoir : l'escorte, l'éloignement immédiat des troupes et la présentation d'une lettre autographe de ^Majesté à l'empereur. Ils s'opposèrent à ce que l'escoHe

Mi LA CHINE ET]

f&t pme par Veire Excel ei i teToottg^ «filèreat pour que les for 20 jaaMot à m

auBsilôt que la Gonvenl i serait signée, et appéU ranisfr^de la lettre, une nouv^le demande dont te&daleiit parler pour la première ibis* A ces <^ je répliquai qu*il avait déjà été arrangé à Tiett4i Votre Excellence devait prendre rescortejasqttli qu^on ne pouvait s'attendre à ce que les forces 1 rassent avant que Votre Excellence eûtconda tsi affaires relatives à réchange des ratifications ds de 1658, et aussi que ce n*était pas la première M eût ikit m^ition de la remise d'une lettre de li Votre Excellence ayant d^à eu deseonununicatioM à ce sujet avec les commissaires à Tien-tsin.

< Comme la discussion continuait, les comaii cessèrent leurs objections sur les deux premieia: mais persistèrent às'opposer fortement à lapréM de la lettre en personne par Votre Excellenee. Si vait être reçue, disaient-ils, d'une manière qui d dans leur opinion, d'un haut respect, et une i autographe pouvait être donnée, mais la cérémonie devait être dirigée par un prince ou un comn impérial nommé exprès ; et il ne pouvait y exister I . sion pour Votre Excellence d'avoir une audience i pereur k ce sujet. J'expliquai l'objet de la lettre e*était une preuve du respect et de l'amitié que I entretenait pour l'empereur, mais que l'honneur reine ne permettait pas que la lettre fût présenté! autre manière que par son propre ambassadeur, e tendu que Votre Excellence était venue de très-] vue d'établir des relations amicales avec le go« ment chinois, ce serait un malheur que ce den montrât toujours opposé k une intimité plus ètn mal disposé à répondre k la cordialité et aux boni mens dont témoignait Sa Majesté. M'apercevant < dant que «es arguments avaient peu de poids anpf

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commissaires, J'essayai d'éviter la question, laquelle, disje, pouvait être examinée par eux et Votre Excellence dans nne autre occasion , et je tâchai d'attirer leur attention sur les autres affaires que j'avais k traiter; mais comme ils insistèrent pour y revenir, je déclinai nettement une discussion plus longue, exposant que je n'étais pas autorisé k parler sur ce sujet, mais que je ne manquerais pas de faire k Votre Excellence le rapport de tout ce qu'ils avaient objecté.

«La conférence fut interrompue k quatre heures par l'arrivée de l'ambassade française, qui fut reçue par les commissaires conformément au rendez-vous. J'avais été auparavant invité et par les officiers français et par les commissaires k assister k cette entrevue ; et vers six heures, je fus de nouveau laissé seul avec les commissaires, qui ramenèrent encore la question de l'andience et me pressèrent déraisonnablement de la décider, sans en référer préalablement k Votre Excellence. Les ayant enfin convaincus, comme je le croyais, que cela était impossible , j^obtins de leur part de procéder k l'examen des autres sujets. Les termes de la proclamation par laquelle Votre Excellence proposait que le cabinet impérial fît connaître au peuple les circonstances dans lesquelles les alliés renonçaient k prolonger les hostilités furent discutés, et ils acceptèrent avec une approbation complète, en apparence, la copie que M. Wade m'en avait donnée. Je demandai donc qu'elle fût remise entre les mains des imprimeurs cette nuit même; et pendant qu'ils donnaient ou affectaient de donner des ordres sur ce sujet, leurs secrétaires arrangèrent avec moi certains détails sur la forme du document. ^^8 commissaires nommèrent ensuite les officiers qui devaient accompagner le colonel Walker et moi, au point du jour, le lendemain matin, pour marquer la position du camp anglais aux cinq H au sud de Ghang-kia-ouan ; d'autres officiers furent aussi chargés d'agir de concert

23i LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

avec moi pour former un dépôt de vivres dans la dernière ville, et les mêmes personnes reçurent l'ordre de fournir les voitures requises par M. Loch pour le bagage de Votre Excellence a Toung-cho. Je quittai les commissaires vers huit heures du soir, et tel était leur ton pendant la dernière partie de Ventrevue, que je n'avais aucune raison de supposer que la satisfaction qu'ils exprimaient, lorsque je les félicitais sur la conclusion de la paix, ne fût pas le moins du monde sincère ; et je fus ensuite occupé avec Ilang-kî, jusqu'à une heure avancée dans la soirée, à arranger les détails nécessaires pour mettre à exécutioo les mesures qu'ils avaient acceptées.

« Au point du jour, le mardi suivant, 18 septembre « l'officier chinois chargé d'agir de concert avec le colonel Walker et moi pour marquer la position du camp était prêt, et nous allâmes achevai ensemble a Ghang-kia-ouan. Gomme nous passions le dernier endroit, en arrivant ao lieu distant de 5 /i, nous fûmes surpris de trouver que le terrain des deux côtés de la route était occupé par des corps considérables d'infanterie et de cavalerie et que la longue hauteur qui formait, comme je l'avais compris, la ligne principale de l'endroit destiné pour le camp anglais, était occupée par des hommes armés de fusils à mèche, pendant que la cavalerie était distribuée bien loin au delà, en ordre d'escarmouche, que des canons étaient rapidement portés dans cette position, nous-mêmes étant sans intention entrés dans une batterie masquée de douze pièces, à la construction de laquelle des hommes travaillaient encore, et enfin des forces considérables étaient en actif mouvement tout autour de nous. Ce fut en vain que je demandai à être conduit vers quelque officier supérieur qui pût me donner une explication de ce mouvemenent; les officiers auxquels je parlai ne me firent que de vagues réponses, telles que celle-ci : «Leur général pouvait être à 10 ou 20 H de distance, ou ils ne savaient pas où il était. »

TROISIÈME GUERRE. tS5

« Mes soupçons étant pleinement éveillés par ce que je voyais, je résolus de hâter mon retour vers Toungcho (distant d'à peu près 5 milles) dans le but d*abord d'apprendre si les commissaires impériaux voulaient empêcher une collision en ordonnant Téloignement des forces, et aussi d'emmener le reste de mes compagnons qui étaient dans la ville au nombre de vingt, si les commissaires refusaient de satisfaire à ma demande. Je priai en même temps M. Loch d'aller en avant, informer le général Grant de Tétat des affaires, ainsi que de mon intention de revenir avec d'autres informations aussitôt que possible, pendant que le colonel Walker, avec la petite portion de l'escorte que nous avions amenée, resterait sur notre terrain de campement faisant les observations qu'il jugerait à propos.

« Sur ma route vers Toung-cho, je rencontrai Hang-ki qui me dit qu'il allait, d'après les ordres des commissaires impériaux, voir Votre Excellence— instruction qui, si elle a été donnée, n'a pas été exécutée, et il exprima sa surprise du mouvement que les troupes opéraient, et qu'il ne comprenait pas, disait-il. Je rencontrai aussi le secrétaire de l'ambassade française, et deux autres groupes d'officiers français et je leur conseillai de rentrer à leur quartier général sans perdre de temps.

« En arrivant à Toung-cho, j'envoyai a la recherche de ceux des nôtres qui étaient hors de la ville, et ensuite j'allai chercher les commissaires. Gomme personne dans le temple ne voulait me dire où ils étaient, j'allai trouver le magistrat principal de la ville, qui, après quelque liésitation, me conduisit vers eux dans un temple èi peu Pi^ à 3 milles de distance de celui dans lequel on nous avait logés. Ils ne parurent qu'après quelque délai, et j'observai à l'instant un changement marqué k la fois dans leurs manières et dans celles de la foule d'officiers qui les entouraient. Je les informai d'un ton grave et respectueux de ce que j'avais vu ce même matin, et leur

f.>6 LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

demandai s'ils savaient qu'un nombre considérabk troupes chinoises avaient occupé le terrain même qi avaient désigné pour le campement des alliés. La c versation suivante en résulta alors :

COMMISSAIRES

a Nous ne sommes pas des autorités militaires, etn n*ayons aucun contrôle sur les troupes.

M. PAREES.

<c Mais Vos Excellences, comme commissaires im riaux, ont certainement le pouvoir d'instruire vos gé raux qu'ils aient a cesser les hostilités, et une colÛi est maintenant imminente entre les troupes dont je pi et la colonne alliée, laquelle doit sous peu arriver I même place. Voulez-vous ordonner Féloignement imi diat des troupes chinoises ?

COMMISSURES

« Nous ne pouvons commander a nos troupes de retirer que lorsque la paix aura été décidée.

M. PARKES

« Je croyais que la paix avait été décidée par vo mêmes aussi bien que par les alliés. Tous les prélii naires n'ont-ils pas été discutés et conclus dans nos ( férentes entrevues?

COMMISSAIRES

. « Nous ne le croyons pas. Vous avez laissé un pc très-essentiel dans Tincertitude : celui de l'audience.

M. PARKES

<( J'ai informé Vos Excellences que je n'avais auci instruction sur ce point ; mais, en même temps, je ▼( ai assurés qu'on pouvait l'arranger à une autre époq et le fait que je n'étais pas autorisé à le discuter pn vait que ce n'était pas une question dont la paix ou guerre dépendît.

COMMISSAIRES

« Nous avons une manière de voir différente, et no

TROiSIËliE OUEME. i37

maintenons qu*il ne peut y avoir de paix jusqu'à ce que ce point soit définitivement arrangé. Jusqu'à ce que la paix soit faite, nos troupes ne peuvent se retirer.

M. PARKES

8 Je suis fâché d'entendre Vos Excellences parler sur ce ton. Vous auriez dû au moins me faire cette déclaration hier. Je ne puis que m'en retourner et rapporter ce que vous dites maintenant à lord Elgin.

COMMISSAIRES

< Vous pouvez faire beaucoup plus si vous le voulez. Vous pouvez arranger vous-même, sur-le-champ, le point en discussion ; mais vous ne voudrez pas le faire.

M. PARKES

t Je ne puis que répéter que je n'ai pas le pouvoir de faire rien de semblable, et que tout ce que je puis maintenant, c*est de retourner vers lord Elgin.

«Pendant que cette conversation avait lieu, je fus constamment interrompu par les mandarins, qui, entourant les commissaires, croyaient bien faire d'essayer d'étouffer ma voix, en répétant d'un ton élevé, avec des additions variées de leur cru, les remarques de leurs supérieurs ; et les commissaires ne faisaient rien pour mettre un frein à leur grossièreté. Je notai brièvement dans mon portefeuille les réponses des commissaires, leur expliquant que je faisais cela afin de me mettre à même de rapporter avec exactitude à Votre Excellence tout ce qu'ils avaient dit; et prenant alors respectueusement congé d'eux, je retournai sans perdre de temps vers les miens.

« Je trouvai tout le monde rassemblé ; on m'avait attendu environ vingt minutes. M. Loch, accompagné du "ïajorBrabazon, était venu, de la part du général Grant, dire qu'il ne nous fallait pas perdre de temps pour l'evenir, et nous tînmes le plus grand compte de cette injonction.

m u CHINÉ Et Ltt puise^^tcaa citBariKrt wtt.

« Nous venions SLe passer Ghang-kianiuaa, ^nm périoDs être en dix minâtes hors u^ Jgnet' înMi quand le feu de l'artillerie des Chinois 8*ottviit M front et montra que rengagement était commencé, sitôt que nous fûmes aperçus, un eertain nomlHre < valiers tartares s'avancèrent pour nous couper la i et, faisant faire halte à mes compagnons, Je disk tt cier qui nous étions, et lui demandai de nous pen de passer outre. U nous pria de ne pas continuer que des ordres ne fussent arrivés d'un offtcier aapi qui était tout près de là; à quoi je répondis qu'on rait épargner du temps si je visitais cet offictai même. U y consentit; je m'avançai donc vers Ten accompagné de M. Loch et d'un sowar portant oi peau blanc. Mes autres compagnons, c'est-k-dire la : Brabazon, le lieutenant Andersen, MM. de Nom fiowlby, un dragon et, je crois, dix- huit sowars, ree sur la route, ayant aussi un drapeau blanc.

« En passant un champ de cannes élevées, qui cachaient à la vue des nôtres, nous arrivâmes soui ment sur un corps d'infanterie que Ton empêcha peine de faire feu sur nous, et Ton nous dirigea ti mandarin h cheval, évidemment d'un rang élevé» c tant un bouton rouge, qui était du côté opposé du mentionné dans la première partie de ce rapport, i de l'endroit où l'un des ponts avait été enlevé. Li des soldats nous cria de descendre de cheval et de ] le canal dans un bateau. J'essayai d'éviter cela. comme le mandarin mentionné ne voulait pas me à moins que je ne fisse ainsi, et m'apercevant qui étions entourés de soldats grossiers et surexcité! nous considéraient évidemment comme leurs prison je conseillai à M. Loch et aux sowars de se confoi l'ordre. Pendant ce temps, un autre mandarin était trouver le pi^emier, et entendant, comme il appro le cri de : lé prince J le prince 1 je m'enquis prêt

mOISlÈBfE GUïME. tSd

officier quel prince c'était. Il me dit : Le prince Sang (Saog-ko-lin-sin), et j'espérais alors que Tusage que ce personnage ayait lui-même fait dans les dernières hostilités des drapeaux parlementaires, rengagerait k respecter celui sous lequel nous agissions en ce moment. Nous mîmes donc pied k terre, afin de traverser le canal vers loi; et, k peine descendus de cheval, les soldats tombèrent sur nous, arrachèrent plusieurs des vêtements que nous portions, nous traînèrent k travers le canal et nous jetèrent, étendus sur le sol, devant le prince.

« Dès que le prince m*eut donné Toecasion de parler, ce qu'il fit en me demandant mon nom, je lui appris qui j'étais et je l'informai sur-le-champ clairement du caractère de ma mission k Toung-cho, ajoutant que je retournais vers mon ambassadeur lorsque j'avais été arrêté par ses troupes. Je , continuais, me plaignant du mauvais traitement que je recevais, lorsque le prince m'interrompit, me disant : « Pourquoi n'avez-vous pas consenti hier k arranger la question de l'audience?

«—Parce que je n'étais pas autorisé k le faire, » répliquai-je.

« Le prince alors continua d'un ton très-aigre : « Ecoutez! Vous pouvez parler raison: vous avez gagné deux Victoires contre nous, qui n'en avons remporté qu'une. Deux fois, vous avez osé prendre les forts du Peï^ho; pottrquoicela ne vous satisfait-il pas ? Et k présent vous osez proclamer (le prince ici faisait allusion k la procla^ in&tion du commandant en chef) que vous attaquerez n'importe quelles forces qui arrêteront votre marche sur Toung-cho. C'est ce que je fais maintenant. Vous dites qwe vous ne dirigez pas ces mouvements militaires, mais je connais votre nom, et je sais que vous êtes l'instigateur de tous les crimes que votre nation commet; Vous ^ousètes aussi servi d'un langage hardi, en présence du prince de Y ; et il est temps que les étrangers apprennent *& ^specter les nobles chinois et les ministres. »

^3 La GHLNE Et LES PUISSANCES CHRÊTIENlfE5

< Nous venions SLe passer Chang-kia-oaun, etn périons être en dix minutes hors des lignes îni quand le feu de Fartillerie des Chinois s'ouvrit i front et montra que l'engagement était comment sitôt que nous fûmes aperçus, un certain nomhr valiers tartares s'avancèrent pour nous couper 1 et, faisant faire halte à mes compagnons, je disk cier qui nous étions, et lui demandai de nous p< de passer outre. Il nous pria de ne pas continui que des ordres ne fussent arrivés d'un officier si qui était tout près de la; à quoi je répondis qu'o rait épargner du temps si je visitais cet offid même. Il y consentit; je m'avançai donc vers V accompagné de M. Loch et d'un sowar portant peau blanc. Mes autres compagnons, c'est*k-dire 1 Brabazon, le lieutenant Andersen, MM. de Noi Bowlby, un dragon et, je crois, dix- huit sowars, r sur la route, ayant aussi un drapeau blanc.

ce En passant un champ de cannes élevées, c cachaient à la vue des nôtres, nous arrivâmes se ment sur un corps d'infanterie que l'on empèc] peine de faire feu sur nous, et Ton nous dirigea mandarin à cheval, évidemment d'un rang élevé tant un bouton rouge, qui était du côté opposé ( mentionné dans la première partie de ce rapport de l'endroit où l'un des ponts avait été enlevé, des soldats nous cria de descendre de cheval et d le canal dans un bateau. J'essayai d'éviter ce comme le mandarin mentionné ne voulait pas m à moins que je ne fisse ainsi, et m'apercevant q étions entourés de soldats grossiers et surexci nous considéraient évidemment commeleurs pris je conseillai à M. Loch et aux sowars de se coni l'ordre. Pendant ce temps, un autre mandarin et trouver le premier, et entendant, comme il app le cri de : le prince! le prince I je m'enquis pr

moiSlËME GUïME. tSd

cSder quel prince c'était. Il me dit : Le prince Sang (Sftog-ko-lin-sin), et j'espérais alors que Tusage que ce personnage ayait lui-même fait dans les dernières hostilités des drapeaux parlementaires, rengagerait a respecter celui sous lequel nous agissions en ce moment. Nous mîmes donc pied à terre, afin de traverser le canal vers lai;et, k peine descendus de cheval, les soldats tombèrent sur nous, arrachèrent plusieurs des vêtements que nous portions, nous traînèrent à travers le canal et nous jetèrent, étendus sur le sol, devant le prince.

«Dès que le prince m'eut donné Toccasion de parler, ce qu'il fit en me demandant mon nom, je lui appris qui j'étais et je l'informai sur-le-champ clairement du caractère de ma mission a Toung-cho, ajoutant que je retoomais vers mon ambassadeur lorsque j'avais été arrêté par ses troupes. Je continuais, me plaignant du mauvais traitement que je recevais, lorsque le prince m'interrompit, me disant : « Pourquoi n'avez-vous pas consenti hier à arranger la question de l'audience?

«—Parce que je n'étais pas autorisé à le faire, x> répliquai-je.

« Le prince alors continua d'un ton très-aigre : « Ecoutez ! Vous pouvez parler raison : vous avez gagné deux victoires contre nous, qui n'en avons remporté qu'une, lïeux fois, vous avez osé prendre les forts du Peï-ho; pOttrquol-cela ne vous satisfait-il pas ? Et à présent vous osez proclamer (le prince ici faisait allusion kla procla^ mation du commandant en chef) que vous attaquerez ^'importe quelles forces qui arrêteront votre marche sur Toung.cho. C'est ce que je fais maintenant. Vous dites 9^6 vous ne dirigez pas ces mouvements militaires, mais je connais votre nom, et je sais que vous êtes l'instigateur de tous les crimes que votre nation commet Vous ^Ottsétes aussi servi d'un langage hardi, en présence du Prtnce de Y ; et il est temps que les étrangers apprennent ^ Inspecter les nobles chinois et les ministres. »

2i0 LA CHINE £T LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

« J'essayai d'expliquer au prince ses erreurs; je lui dis distinctement quelles étaient mes fonctions ; que j*étii8 venu à Toung-cho avec le consentement exprès des commissaires impériaux, et seulement dans Tintérétde la paix , et je le priai de nouveau de montrer pour un drapeau anglais parlementaire un respect pareil k celui que nous avions constamment montré pour les drapeaux envoyés, à tant de reprises, par les Chinois*

<c Mais le prince ne fit que rire de tout cela, et s'avançant vers une maison tout près de là, il commanda aux soldats de m'amener derrière lui.

« En arrivant a la maison je fus de nouveau jeté à genoux devant lui, et le prince me demanda si je voulais écrire piourlui.

« Ayant demandé ce qu'il voulait que j'écrivisse : «- Écrivez a vos gens, dit-il, et dites-leur d'arrêter Fattaque.

— « Il serait inutile que je fisse cela, répliquai-je, car je ne puis ni contrôler; ni influencer les mouvements militaires d'aucune manière. Je ne veux pas tromper Votre Altesse en lui laissant supposer que ce que je pourrais écrire aurait un tel effet.

— a Je vois que vous persistez dans votre obstination, dit-il, et que vous ne me serez d'aucune utilité. »

d Je l'entendis ensuite donner des ordres de mener M. Loch, le sowar et moi au prince de Y, mais de conduire l'escorte a Chiang-kia-ouan. Pendant que l'on faisait les préparatifs nécessaires, deux officiers supérieurs de sa suite, portant des boutons rouges, me prirent à l'écart dans une tente, et me dirent de m'asseoir pour causer avec eux. «Suivez nos conseils, dirent-ils, et n'essayez pas de nier que vous pouvez faire ceci ou cela, ou sinon vous vous mettrez dans l'embarras. »

« Je leur expliquai de nouveau qui j'étais, et jusqu'où s'étendaient mes pouvoirs; mais ils me répondirent qu'ils ne me croyaient pas.

« Ayant exprimé ma surprise de l'engagement qui

TEOISIËMË GUERRE. Ui

avait eu lieu et demandé comment il avait commencé, ils dirent*. « Peu importe! peut-être est-ce vous, peut-être est-ce nous qui Tavons commencé; mais vous avez été trop loin, et vous aurez a présent ce que vous méritez.

—«Mais nous n'avonspas été trop loin,répliquai-je,ila été convenu entre nos ambassadeurs et vos commissaires que nous devons occuper le terrain jusqu'à cinq H au &ndde Ghang-kia-ouan.

— «Oh! peu. importe quelques li de plus ou de moins, direntles officiers. C'eût été absolument la même chose si vous étiez venus à cinq, a dix ou a vingt li de notre armée. Vous avez été trop loin, nous vous le disons. »

«La canonnade devenait plus forte, et les deux officiers eurent à suivre le prince Sang, qui était à cheval en avant. M. Loch, le sowar et moi reçûmes Tordre de monter dans une charette découverte , de la pi us grossière con str uction ; el deux soldats français, que nous n'avions pas encore vus, furent mis avec nous. Quelques instants auparavant, j'avais remarqué qu'un officier français , que je savais être l'intendant du commissariat, était conduit à la maison; il avait évidemment été maltraité, mais je ne pus voir jusqu'à quel point, et je n'eus pas l'occasion de causer avec lui. »

En effet, la partie de l'armée alliée qui se trouvait à Ho-si-vou (trois mille cinq cents hommes), et qui s'était ïniseen marche le lô au matin pour se rendre au campement de Chang-kia-oiian, rencontra les postes avances des Tartares, qui ouvrirentle feu sur elle.

L'armée indigène, composée de vingt-cinq mille cavaliers et dix mille fantassins, soutenue par quelques batteries et retranchements, formait un grand demi-cercle ^e plusieurs kilomètres. Évidemment, lé plan de Sang- ]^e-lin-sin était de faire ployer les ailes de cette ligne Jusqu'à former le cercle entier, laissant les aHiés enfer-

m LA CHINE Ëî L£S PUISSANCES CHRÉTIENNES.

mes au milieu : opération qui lui paraissait très-facile à cause de leur petit nombre.

Les alliés, rompant la ligne ennemie, coupèrent en deux l'armée impériale, que la mitraille mit bientôt en déroute. Quinze cents Chinois restèrent sur le champ de bataille.

Les alliés continuèrent leur marche, et le 21 septembre Sang-ko-lin-sin leur présenta de nouveau le combat, ï quelques milles àTouest de Toung-cho. Le lieu était bien choisi et défendu par plusieurs tranchées et batteries. L'action dura cinq heures ; Tarmée indigène avait encore été placée en demi-cercle : le résultat final fut semblable à celui du 18.

Dans ces deux combats les alliés n'eurent aucun mort, et seulement vingt-cinq blessés environ en tout, dont Fun mourut de ses blessures.

Les Tartares laissèrent aux mains des alliés plus de cent canons, avec toutes leurs munitions, bagages et tentes, et d'énormes quantités de fourrages, d'avoine et de thé.

Après ces faciles victoires un interprète anglais alla à Toung-cho, et obtint qu'on ouvrirait un marché où les alliés achèteraient tous les vivres dont ils auraient besoin, et qu'à celte condition les troupes n'entreraient pas dans la ville.

On se mit sur-le-champ en communication avec les chefs indigènes pour réclamer MM. Parkes, Loch, de Norman et tous les autres Anglais au nombre de vingt-six, et treize Français; tous avaient été faits prisonniers pendant qu'ils étaient allés dans les lignes chinoises comme parlementaires, pour suivre des négociations entamées parles mômes commissaires impériaux.

Bientôt les ambassadeurs reçurent des communications de Koung, frère de l'empereur, s'annonçant comme 1? nouveau commissaire plénipotentiaire nommé par ^ Majesté Impériale. On ne tarda pas à voir qu'il avait Ho* tention de garder les prisonniers dans l'espoir d'obtenir

TROISIÈME GUERRE. iiS

iesconcessions. Les ambassadeurs déclarèrent ii plusieurs éprises qu'ils n'entreraient dans aucune négociation de )aix jusqu'à ce que les prisonniers eussent été rendus.

Après les déroutes des 18 et 21 septembre aucune conlidération ne put plus retenir l'«mpereur, et le 28 il paril Le lendemain, son frère Koung écrivait aux ambas* «deurs de France et d'Angleterre que Sa Majesté était liée faire un lourde chasse en Tartarie.

Ainsi ce souverain, qui a la prétention d'être le sei* {BôUr de tous les rois du monde et qui exige de leurs reirésentants l'adoration du prosternement, abandonnait tcapîtale devant une division de dix niill« étrangers veiMde l'Occident! Il est vrai que la santé lui faisait déait et qu'il marchait sur des béquilles, ne pouvant pas t servir de ses jambes.

Les chefs alliés étaient décidés a attaquer Pékin, mais \s durent attendre l'arrivée de l'artillerie de siège, qui le parvint k Toung-cho que le 2 octobre, portée par une lottlUe de barques.

Le 3, on se mit en mouvement sur la capitale, en se irigeant du côté nord, par où l'on croyait avoir aperçu tielques corps de cavalerie tartare. Le 6, le général Mon- Miban, ayant avec lui la division française et un régiment «cavalerie anglaise, se trouvatoulàcoupdevantle fameux alais d'été appelé Youen-ming-youen. C'était la résidence abituelle de l'empereur, et il y avait très-peu de jours, omme nous l'avons dit, que Hien-fouftg l'avait quittée.

Trois cents eunuques et vingt gardes du jardin, armés, ïi occupaient le palais, voulurent faire quelque résisuioe, par suite de laquelle deux officiers français furent

On trouva dans ce palais de grandes richesses en ob- 'ts précieux de tout genre, et de l'or en lingots pour 1^0,000 francs environ.

Le 8, MM. Parkcs, Loch, le comte d'Escayrac de Lau-

iu LA (n^I^E et les puissances chrétiennes.

ture et deux soldats fndous furent mis en liberté, et vin* ront au camp allié, à la grande joie de leurs compatriotes. On espéra avoir le» autres, quoique ceux-ci n*en eussent pourtant aucune nouvelle. On attribua la mise en liberté de ces prisonniers à l'attaque du 6 contre le palais de Yo.uen-ming-youen; et Ton redoubla les réclamations en faveur du reste des prisonniers^ en menaçant de prendre et de détruire la capitale.

Les alliés mirent leur* batteries de brèche ïwrès la porte An-ting, au nord-est de la ville, et annoncèrent qulls ouvriraient, le feu le 13 à midi, si la ville ne te rendait pas. Dix minutes avant Theure fixée, la porte leur fut ouverte : une partie des alliés montèrent sur le» remparts et ils y portèrent quelques-uns de leurs canonfi.

Les alliés avaient promis que la capitale ne serait pas saccagée, qu'ils n'entreraient pas dans la ville intérieure qui, entourée d'un mur, se trouve dans Pékin, et que les Chinois appelés coulis (hommes de peine), formant on corps au service des alliés, resteraient hors des remparts.

Les généraux anglais et français avaient dû laisser un détachement de. i, 000 hommes à Toung-cho pour garder possession de la rivière, et une force pareille dans un camp retranché à quelques milles de Pékin, où ils avaient leurs munitions, bagages et hôpitaux. C'était donc a une armée de 40,000 étrangers que la grande capitale du colossal Empire céleste s'était rendue, sans tenter de se défendre!

Les ambassadeurs, se refusant toujours à entamer des négociations de paix tant que le reste des prisonniers ne .serait pas rendu, on vit paraître, pendant les journées des 14 et 15, dix sujets anglais et sept français; ils arrivèrent vivants, accompagnés de dix-huit cadavres de leurs compagnons de captivité, lesquels, dirent les Chinois, étaient morts de maladie.

Je reprends ici le récit que M. Parkes a fait de soneni- ])i'isonnement :

TROISIÈME GUERRE. lift

« Ncfus fûmes envoyés à Toung-cho, sans rien voir de notre escorte sur la route, et nous fûmes conduits à travers la ville au temple, dans le faubourg de l'Ouest, où j'avais vu les commissaires, le matin. Ils étaient partis, et notre garde (consistant en cinquante cavaliers) suivit la route de Pékin , demandant après les commissaires tout le long du chemin, et se réjouissant des souffrances que les cahots affreux nous occasionnaient, lorsque la voiture roulait rapidement le long de la chaussée délabrée. Après être revenus sur leurs pas dans plusieurs sens, les soldats nous conduisirent enfin dans un campement, et nous jetèrent à genoux devant un mandarin, qu'ils me dirent être le général et le ministre d'État Juy-lin. Afin d'éviter un autre douloureux et inutile examen, je feignis de m'évanouir, et en réponse à ses questions, je demandai de l'eau. Il commanda alors que l'on nous conduisît a l'air; mais nous étions tellement pressés par une cohue de soldats en désordre, que nous dûmes être emmenés dans une maison, où nous fûmes visités par un officier du rang de Ta-jin (Excellence), et tout ce que nous avions en notre possession nous fut enlevé. De nouveau, nous fûmes emmenés dans un temple, et un mandarin de la suite du prince Y, appelé Tsing-tajin, qui s'était comporté envers moi, dans l'entrevue du matin, avec une grossièreté notable, arriva et ordonna que nous fussions conduits devant lui pour être examinés. Il nous demanda nos noms et qui nous étions, et insista ensuite pour que je lui disse où j'avais obtenu un papier qui avait été trouvé dans ma poche; le hasard voulut qu'il s'y trouvât une longue mention de plusieurs princes et d'autres person- °^es importants qui passaient pour être parmi les prin- *^^Paux avocats de la politique guerrière. Dans la crainte "^ compromettre l'écrivain chinois du mémorandum (qui J^^taitdu reste qu'une liste de noms), je répondis que J® Savais trouvé dans un yamoun de Canton. Il déclara H. 14.

8i« LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

que cela était faux, demanda pourquoi j*osai8 faire des enquêtes sur les princes chinois, et dit que Ton emploierait la force pour me faire avouer de qui je recevais mes informations.

« À ce moment il fut soudainement appelé ; nous entendîmes du mouvement en dehors de la maison, et une troupe de soldats, l'épèe nue, s'élança, nous traîna tous en dehors, et nous lia fortement les poignets derrière le dos. Ils étaient très-surexcités, et ils s'écrièrent que la mort n'était que ce que nous méritions, puisque nos soldats avaient tué les leurs. Après un délai très-court, pendant lequel M. Loch et moi nous nous fîmes mutueUement des adieux que nous pensions être les derniers, nous fûmes saisis par les soldats et emportés rapidement de la maison, tout à fait de la même manière que j*avais vu les Chinois conduire leurs prisonniers au supplice. Nous nous retrouvâmes de nouveau ensemble sous quelques arbres, et nous fûmes une autre fois mis tous les cinq dans une voiture. Tout était confusion autour de nous ; on levait le camp que nous avions précédemment observé, et je pus voir qu'un mouvement en avant de la part des forces alliées occasionnait évidemment une retraite des Chinois. Nous nous trouvâmes bientôt de nouveau sur la route de Pékin, et souffrant bien plus qu'auparavant des cahots de la voiture, parce que nous ne pouvions pas alors nous servir de nos mains ou de nos bras pour parer les secousses. La voiture étant trop pesamment chargée pour continuer de marcher au pas voulu, une autre fut appelée, et le sikh et l'un des Français y furent transférés. Noiis passâmes devant des corps ;îombreux d'infanterie placés le long de la route, et nous fûmes rencontrés par des troupes considérables de cavalerie allant dans la direction de Toung-cho. La route était tellement barrée par des hommes et des véhicules qui se retiraient pendant que d'autres s'avançaient, que nous étions souvent obligés de faire halte. Le prince d'Y,

Mou-yin, commissaire impérial adjoint, etHang-ki, nous dépassèrent dans de grandes chaises a porteur , mais ne daignèrent pas faire attention a nous. Nous pouvions nous apercevoir que nous étions confiés à Tsing-tajin, Tofficier déjà décrit comme étant de la suite duprinced'Y; et Ta première sollicitation que nous lui adressâmes pour qu'il allégeât nos souffrances et apaisât notre soif, lui causa un si vif plaisir, que nous ne fîmes pas un second appel à son humanité. Heureusement un des quatre soldats qui se trouvaient dans la voiture avec nous pour nous garder fut moins dur et nous donna un peu d'eau. Il était à peu près deux heures et demie quand nous fûmes mis dans la voiture, et le soleil se couchait lorsque nous arrivâmes èi la Chaou-yang, c'est-à-dire la porte orientale de la ville. Les rues étaient pleines de monde, et ceux qui nous avaient pris firent le meilleur usage qu'ils purent de nous, afin de donner à leur retour le caractère d'un triomphe. Nous continuâmes à être menés de rue en rue, passant par les quartiers est et sud de la ville, puis dans celui de l'ouest, et enfin nous entrâmes, vers huit heures du soir, dans une large cour, et je vis Bvec effroi que nous étions dans les mains du tribunal des châtiments.

< Après nous avoir fait attendre au milieu d'une foule épaisse, une demi-heure encore, on me fit sortir de la voiture et Ton m'amena devant une cour composée de juges d'un rang inférieur, qui me firent mettre à genoux, et après m'avoir traité d'tine manière très-tyrannique et questionné sur quelques points de peu d'importance, ïls me chargèrent de chaînes et me remirent aux mains d'une troupe de geôliers à l'air brutal. Ces hommes me conduisirent à travers plusieurs longues cours, et nous aiTètantpar hasard (pour je ne sais quelle raison), je reconnus, au bruit des chaînes, qu'un autre prisonnier approchait. C'était M. Loch ; mais on ne voulut pas nous permettre de causer ensemble, et l'on nous conduisit sur- ^e-champ dans des directions opposées. Enfin nous nous

iW LA CHINE ET ÎJB& PUISSAlfGES GHB&TIEMIfEi

trouvâmes devant un bâtiment que Je vis è prison ordinaire. Quand la porte massive se fat et puis fermée sur moi, je me trouvai au milie foule de soixante-dix ou quatre-vingts prisonnie farouche; la. plupart sentaient très-mauvais, corn rhabitude dans les prisons chinoises, par suite d diesetde la malpropreté; ils étaient naturellemi reux de contempler le nouveau venu.

a Je fus encore attentivement examiné et vi les geôliers, qui s'assurèrent aussi que mes clu naient suffisamment, et ils me lièrent les bras avec velles cordes, non pas assez comprimés, cependa empêcher la circulation ou pour occasionner de inconvénients. En même temps ils ôtèrent, à me allégement, les cordes de mes poignets ; elles av tellement serrées qu'elles avaient fait enfler mt le double de leur grosseur, et me causaient a forte douleur. Ils me mirent sur la planche éin laquelle les prisonniers couchent, et ni'attadiè une autre grande chaîne à une poutre , au-dessi tête. Mes liens consistaient en une longue et lourc qui s'étendait du cou jusqu'aux pieds, et les t rattachaient par deux chaînes croisées et des m j'avais les pieds liés de la même manière.

(( Épuisé de fatigue et de faim, car j'étais privé riture depuis plus de vingt-quatre heures, jetomb mi ; mais je fus bientôt rendu au sentiment de tion en m'en tendant appeler pour être ramené de devant le même tribunal d'inquisiteurs. 11 était à minuit, mais Theure n'empêcha pas la réuni( foule composée, il est vrai, dans cette occasion, de police, de geôliers, de licteurs et des autres m mirmidons de la justice chinoise. Les mandarins je fus placé k genoux devant eux, m'avertirent ( forceraient à dire la vérité, si je ne la disais pa gré, et comme preuve du sérieux de leurs pa!

TROISIÈME GUEME. fit

commandèrent a quatre bourreaux, avant qu'ils n*eussent commencé leurs questions, de me saisir par les oreilles, parles cheveux de la tète et par la figure. Ils me demandèrent d'abord si j'étais Chinois. Je leur dis qu'ils n'ayaient qu'à regarder ma figure et mes cheveux pour voir que je ne Tétais pas. Les questions suivantes eurent rapport à mon âge, au temps de ma résidence en Chine, comment et où j'avais été employé, etc. Ils continuèrent alors comme il suit :

INQUISITEURS

«Dites-moi le nom de votre chef?

RÉPONSE

« Lequel voulez-vous dire : l'ambassadeur, le général ou l'amiral ?

INQUISITEURS {d'un ton fdehé).

« Vous n'avez pas de tels fonctionnaires. N'ayez pas l'audace de vous servir de ces titres.

«Ici les bourreaux approprièrent leur action au ton des mandarins, en tirant simultanément mes cheveux et mes oreilles.

INQUISITEURS

« A présent, dites-moi le nom de votre chef?

RÉPONSE

« Lequel ?

INQUISITEURS

. « Le chef de vos soldats?

RÉPONSE (en anglais).

« Le lieutenant général sir Hope Grant.

INQUISITEURS

« Quoi ?

RÉPONSE (en anglais).

« Le lieutenant général sir Hope Grant.

Wm LA CHINE ET LES PUISSANCE GHKÊTISIOIB

INQUISITEURS

« Dites quelque chose que nous puissions comp

REPONSE

« Je suis obligé de me servir des termes anglâi que vous ne voulez pas me laisser vous les do chinois.

« Ils essayèrent d'inscrire, d'après les sons cU lieutenant général sir Hope Granty mais ne rèa pas, ils me demandèrent le nom d'un autre chef»

RÉPONSE (en anghUi).

m Ambassadeur extraordinaire : the Earl of Eig

« Trouvant qu'il leur était également imposdl scrire ces mots en chinois ou de continuer Fexa me dirent que je pouvais reprendre les noms et I chinois, et je leur donnai alors ceux de Tambass des commandants en chef.

INQUISITEURS

« Combien de soldats avez-vous ?

RÉPONSE

a Non moins de vingt mille hommes en éti battre.

INQUISITEURS

« C'est fauxl (les bourreaux me saisirent comi ravant) Répétez combien?

RÉPONSE

a Non moins de vingt mille hommes en état d tre, parmi lesquels je ne compte pas la suite de etc. Je TOUS l'ai déclaré une fois, et je n'ai aucu réponse à faire.

« Ici je fus menacé et par les mandarins e

TROISIÈME GUEliRË. M

IX ; mais jugeant dangereux de dévier le moins 6 des réponses une fois faites, je m'en tins à e je leur avais déjà données, et ce fut inscrit.

INQUISITEURS

}ien les Français ont-ils de soldats f

RÉPOxNSE.

anais moins bien leurs forces ; mais ils ne peu-» r moins de dix mille hommes en état de se battre.

INQUISITEURS

mentez de nouveau. •

ême question fut répétée et appuyée par les i; je recommençai la même réponse, et elle fut leur expliquai que, comme j'étais un fonction- 1, on ne pouvait pas s'attendre et me trouver vec les matières militaires, ni bien informé de êtails d'une armée aussi grande que les troupes

INQUISITEURS

si grande armée, dites^vous? Que sont trente imes? une simple bagatelle, un rien.

itinuèrent à m'examiner, dans le même ton^ nbre de notre cavalerie, de notre artillerie, de eaux, de nos steamers, de nos chevaux, des Qois, etCi, et en particulier sur la portée de noie de campagne et de siège, que je leur dis être lille et plus, et j'ajoutai d'autres détails sur leur estruction. Entendant dire que les chevaux dé înaient de Tlnde, ils me questionnèrent sur les i de ce pays, et furent désagréablement affectés lonse, qu'il n'était qu'à vingt jours de naviga- Ghine, et qu'il avait une armée de plus de ivàié ( hommes et une population de plus de cent

M LA GIBM£ £T WA Kl^ftA)f«g6 GHRfiTIfiMNES.

liWiMn. HfrftqreBt égi^emeat œécooiients da «hU ^art|*etitti»ai la population de la Çrande-Bretafij je nrift àeavmm %teaie foillions d'habitants. Malt J TaHoQ qui leur déplut le plus^et qui me fit tortoi les bourreaux, fut un termeque j'employai pour dl Sa Majesté, qui marquait égalité de rsuigavec Teiq Us m^aYdent interrogé sur notre prince, à quoi je. disiipsjrMMis avions plusieurs princes, et en Anj^ dus tes Indes, maUs qu'ils étaient tous sous on sei Teraia, comme dans Tempire chinois.

« Que Youlez-vous donc dire en yous servant d tangage? dirent-ils; vous avez vous-même monl v«us avez été longtemps en Chine, que vous pouvez notre langue et lire nos livres; vous devez dette qiiil n'y a qu'un seul empereur qui gouverne fi pays. Il est de votre devoir dé faire part de vos eo fiances giipérîeures sur ce sujet a vos compatrioi lieu de Les encourager dans leurs idées extravagn

tr Ils insistèrent alors sUr ce que j'avais è^ sda Pékin, que j'y avais des complices et qu'ils me forw à révéler leurs noms. Je niai tout cela, et leur dis ne connaissais que trois personnes a Pékin.

INQUISITEURS

t Nommez-les.

RÉPONSE

ft Les deux commissaires impériaux le prince ( Mou-yin, et le commissaire adjoint Hang-ki.

« Je fis cette réponse dans l'espoir de désarmei soupçons, qui étaient, je le voyais, très-prononcés point; et l'idée que par nos coulis chinois, ou pai que autre moyen, nous avions tramé la trahison dai térieur des murs de la capitale, leur causait évidai une appréhension sérieuse. Us demandèrent au« ticulicrcment le nombre et les noms de nos int tes. Je les satisfis en leur donnant les noms de ba

TROISIÈME GUëHHE. 255

îlde Emilie de plusieurs de ces messieurs, tout au long, achant, comme révénement Ta prouvé, qu'il leur serait npossible d'inscrire d'une manière intelligible les longs lots anglais, et ils cessèrent bientôt leur enquête. Ils 3rsi$tèrent néanmoins dans leurs questions sur M. Lay, lorsque je leur eus dit qu'il était alors chargé, d'après Qvitation des autorités chinoises, de la gestion de leur venu étranger, lequel était presque doublé depuis que tte recette avait été mise dans ses mains, ils me réprimdèrent de me servir d'un tel langage, et s'écrièrent e M. Lay n'était qu'un traître indigène (chinois). Vers 5n de l'examen, pendant la durée entière duquel j'avais forcé de rester a genoux sur la même dalle, j'obtins permission de prendre la parole pour mon propre npte. Je leur dis pourquoi mes compatriotes et moi )n8 venus a Toung-cho ; que nous étions tous dans itérêt de la paix et non de la guerre ; mais quoique iverts par un drapeau parlementaire et admis à des trevues avec les commissaires impériaux, nous avions

saisis et maintenant traités, non pas même comme } prisonniers de guerre, mais comme des malfaiteurs Igaires et des délinquants aux lois chinoises. Je dendai avec instance qu'on ne persistât pas dans cette indeet,selon moi, inexplicable erreur, quand ils m'inrompirent disant : « C'est votre récit ; nous en avons un ïe. Mais si, comme vous le dites, vous n'appartenez pas année et n'avez rien à faire avec les soldats ou leurs uvements, pourquoi vous voit-on toujours aux postes iDcés? » A quoi je répondis que nous avions toujours interprète en avant, pour être prêt à recevoir les outures et les communications des autorités chinoises et «veiller aux intérêts du peuple. L'examen fini, on me nnaanda de retourner en prison.

Je vous ai ainsi donné, milord, une relation détaillée ' événements du 18 septembre, jour où nong fûmes étés. Mais j'essayerai d'éviter de semblables détails II. ' 15

roi LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

dans le récit que j'ai maintenant a ajouter des v jours d*eriiprisonnement qui suivirent. Le 19 etk un grand nombre de mandarins visitèrent la prisoi ceux qui par leur position officielle en avaient le i coipmandèrent que je fusse amené devant eux, afin q eussent la satisfaction de me voir a genoux. Parmi e< ci étaient les plus hautes autorités du conseil des d ments, sans en excepter, comme je le sais k présai président lui-même, qui mMrisulta d'un ton amer, ri mes paroles, et parut aussi ignorant de ce qui cona les étrangers et aussi plein de préjugés contre eux, ses subordonnés qui avaient conduit Tinterrogatoin laté plus haut. Plusieurs censeurs et vice-présidents autres cinq conseils me furent aussi désignés pu geôliers, comme étant parmi les visiteurs. Toutes kl que j'étais conduit devant des mandarins de rang, J perdais pas Toccasion de protester contre le traites que je subissais, et de leur démontrer qu'en agissai cruellement envers moi ils se faisaient tort à eux-méi puisqu'il était impossible que la paix pût se faire, saisissaient et emprisonnaient les instruments des n ciations.

« Mais ce ne fut que parmi les prisonniers que j'ol de la sympathie, ou que je me fis écouter. Beaucotr ces malheureux étaient contents, quand on le leur mettait, de s'assembler autour de moi, d'entendre i histoire ou les descriptions que je voulais bien leur! des usages des pays étrangers. Au lieu de suivre l'exer donné par leurs autorités et de m'insulter ou de tourner en ridicule, ils me manquaient rarement de pect, s'adressaient à moi par mon titre et souvent évita de me déranger quand il était en leur pouvoir de le fi La plupart étaient des hommes de la plus basse class du dernier ordre de criminels, tels qu'assassins, voU qualifiés, etc. Ceux qui n'avaient pas d'argent à étaient réduits par la saleté et la diète de la prison à

TROISIÈME GUERRE. i55

état affreux de décharnemeni et de maladie ; mais ceux qoi avaient les moyens de payer les geôliers et d'acheter ce dont ils avaient besoin, vivaient dans une abondance et un confort relatifs.

ails m'expliquèrent que leur système de prison ne coûte au gouvernement que la paye des geôliers et la fourniture de deux bassins de maïs par jour, pour chaque prisonnier. Toutes les autres dépenses, telles que Teau, l'édairage, le feu, le thé, le sel, les légumes pour les prisonniers et les bons repas pour les geôliers, sont défrayées par celui qui se charge volontairement de ce service, comme rachat d'une certaine portion de son temps d'emprisonnement.

« Les mandarins et le conseil ayant ordonné que l'on me fournît des vivres que je pusse manger, ma subsistance qui coûtait, me dit-on, un schelling par jour, dut être payée par l'homme qui avait pris sur lui cette charge ; mais au lieu de me prendre en aversion, à cause du surcroît de dépenses que je lui occasionnais, il était un des premiers k me montrer de la sympathie et de la considération. Ma nourriture consistait en deux repas par jour, de riz bouilli ou d'une sorte de macaroni , assaisonné d'une portion très-mesurée de légumes ou de viande; il y avait aussi des gâteaux ou du pain du pays, un peu de thé et du tabac.

« Sur le rôle de la prison, qui était suspendu à la muraille, je me trouvais qualifié de rebelle; l'on disait que j'étais un des cinq rebelles sur un total de soixante-treize, qui étaient condamnés à porter les chaînes les plus lourdes.

«Comme je devenais plus intime avec les habitants de la prison, j'essayai avec précaution d'obtenir d'eux ou par eux des renseignements sur les mouvements des alliés, ou sur les intentions des autorités chinoises; mais les geôliers étaient toujours aux aguets pour empêcher ^ule communication entre moi et les prisonniers sur

iW LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÊnENlOtS.

trouvâmes devant un bâtiment que je vis être i prison ordinaire. Quand la porte massive se fat omn et puis fermée sur moi, je me trouvai au milieu A foule de soixante-dix ou quatre-vingts prisonniers kl farouche; la. plupart sentaient très-mauvais, commtc rhabitude dans les prisons chinoises, par suite desn dies et de la malpropreté; ils étaient naturellemenli reux de contempler le nouveau venu.

a Je fus encore attentivement examiné et- visité les geôliers, qui s'assurèrent aussi que mes chaîM naient suffisamment, et ils me lièrent les bras avec de l velles cordes, non pas assez comprimés, cependant,! empêcher la circulation ou pour occasionner de aèri inconvénients. En même temps ils ôtèrent, à mon gi allégement, les cordes de mes poignets; elles avaM tellement serrées qu'elles avaient fait enfler mesw le double de leur grosseur, et me causaient alon forte douleur. Us me mirent sur la planche ^evée laquelle les prisonniers couchent, et m'attachèrent une autre grande chaîne à une poutre, au-dessus de tête. Mes liens consistaient en une longue et lourde ch qui s'étendait du cou jusqu'aux pieds, et les maini rattachaient par deux chaînes croisées et des menol j'avais les pieds liés de la même manière.

« Épuisé de fatigue et de faim, car j'étais privé de o riture depuis plus de vingt-quatre heures,je tombai en mi ; mais je fus bientôt rendu au sentiment de ma ] tion en m'entendant appeler pour être ramené de nou* devant le même tribunal d'inquisiteurs. 11 était à peu minuit, mais Theure n'empêcha pas la réunion d foule composée, il est vrai, dans cette occasion, d'a£ de police, de geôliers^ de licteurs et des autres nomb mirmidons de la justice chinoise. Les mandarins, lor je fus placé k genoux devant eux, m'avertirent qu'îh forceraient k dire la vérité, si je ne la disais pas de gré, et comme preuve du sérieux de leurs parolefl

TROISIÈME GUEME. fit

comraan4èrent a quatre bourreaux, avant qu'ils n*eussent commencé leurs questions, de me saisir par les oreilles, parles cheveux de la tète et par la figure. Ils me demandèrent d'abord si j'étais Chinois. Je leur dis qu'ils n'avaient qu'à regarder ma figure et mes cheveux pour voir qaeje ne Tétais pas. Les questions suivantes eurent rapport à mon âge, au temps de ma résidence en Chine, comment et où j'avais été employé, etc. Ils continuèrent alors comme il suit :

INQUISITEURS

« Dites-moi le nom de votre chef?

RÉPONSE

« Lequel voulez-vous dire : l'ambassadeur, le général ou l'amiral ?

INQUISITEURS {d'un ton fdehé).

« Vous n'avez pas de tels fonctionnaires, N*ayez pas raudace de vous servir de ces titres.

« Ici les bourreaux approprièrent leur action au ton des mandarins, en tirant simultanément mes cheveux et mes oreilles.

INQUISITEURS

« A présent, dites-moi le nom de votre chef?

RÉPONSE

«Lequel?

INQUISITEURS

« Le chef de vos soldats?

RÉPONSE (en anglais).

« Le lieutenant général sir Hope Grant.

INQUISITEURS

«Quoi?

RÉPONSE (en anglaii).

« Le lieutenant général sir Hope Grant.

M* LA CHTNE ET LSS P17ISSANCSS CaiRÊTIElfllES.

INQUISITEURS

ft Dites quelque chose que nous puissions comprend

REPONSE

« Te suis obligé de me servir des termes anglais, p que vous ne voulez pas me laisser vous les d<mM chinois.

« Us essayèrent d'inscrire, d'après les sons chiadi lieutenant général sir Hope Grant^ mais ne réussil pas, ils me demandèrent le nom d'un autre chef.

RÉPONSE (en oii^tott).

« Ambassadeur extraordinaire : the Earl of Elgin.

« Trouvant qu'il leur était également impossible ( scrire ces mots en chinois ou de continuer rexamtf me dirent que Je pouvais reprendre les noms et les f chinois, et je leur donnai alors ceux de l'ambassadei des commandants en chef.

INQUISITEURS

« Combien de soldats avez-vous ?

RÉPONSE

a Non moins de vingt mille hommes en état d battre.

INQUISITEURS

« Cest fauxl (les bourreaux me saisirent commet ravant) Répétez combien?

RÉPONSE

a Non moins de vingt mille hommes en état de se tre, parmi lesquels je ne compte pas la suite de Tar etc. Je voua Tai déclaré une fois, et je n'ai aucune ( réponse à faire.

« Ici je fus menacé et par les mandarins et pa

bourreftux; mais jugeant dangereux de dévier le moins du monde des réponses une fois faites, je m'en tins à celles que je leur avais déjà données, et ce fut inscrit.

INQUISITEURS

«Combien les Français ont-ils de soldats f

RÉPOxNSE.

« Je connais moins bien leurs forces ; mais ils ne peu-» ent avoir moins de dix mille hommes en état de se battre.

INQUISITEURS

« Vous mentez de nouveau. •

« La même question fut répétée et appuyée par les ourreaux; je recommençai la même réponse, et elle fut otée. Je leur expliquai que, comme j'étais un fonctionlire civil, on ne pouvait pas s'attendre et me trouver milier avec les matières militaires, ni bien informé de 08 les détails d'une armée aussi grande que les troupes liées.

INQUISITEURS

«Une si grande armée, dites-vous? Que sont trente îlle hommes? une simple bagatelle, un rien.

< Ils continuèrent a m'examiner, dans le même ton ^ fie nombre de notre cavalerie, de notre artillerie, de s vaisseaux, de nos steamers, de nos chevaux, des ilis chinois, etCi, et en particulier sur la portée de noartillerie de campagne et de siège, que je leur dis être trois mille et plus, et j'ajoutai d'autres détails sur leur ce de destruction. Entendant dire que les chevaux dé *nièe venaient de Tlnde, ils me questionnèrent sur les sources de ce pays, et furent désagréablement affectés ma réponse, qu'il n'était qu'à vingt jours de naviga- ^ de la Chine, et qu'il avait une armée de plus de trdié it mille hommes et une population de plus de cent

M IA(WM££TI4ttK}^ftA)N«6.CPifiTI£N^

HfrAupent égiaerneat œéconieiito da «U qwÊàfetHàmêi la population de la Çrande-Bretag je DilR kaaviroB ^nte millions d'habitants. Malâ Talion qui leur déplut le plus, et qui me fit tortv les bourreaux, fut un terme que j^employaî pour d Sa Majesté, qui marquait égalité de rang avec Vem Us m^ayaient interrogé sur notre prince, à quoi je di|»i|ps npus avions plusieurs princes, et en 4d|^ 4ms )es Indes, maûs qu'ils étaient tous sous un ac verain, comme dans Tempire chinois.

« Que voulez-vous donc dire en ^ous servant c bngage? dirent-ils; vous avez vous-même mon vous avez èto longtemps en Chine, que vous pouvei notre langue et lire nos livres; votis devez dolic qu'il n'y a qu'un seul empereur qui gouverne t pays. Il est de votre devoir de faire part de vos et âanceâ supérieures sur ce sujet à vos compatrio Iku de les encourager dans leurs idées extravagv

« Ils insislt^rent alors sur ce (Jite j'avais été soi Pékin, que j*y avais des complices et qu'ils me foro k révéler leurs noms. Je niai tout cela, et leur dis ne connaissais que trois personnes à Pékin.

INQUISITEURS

« Nommez-les.

RÉPONSE

« Les deux commissaires impériaux le prince Mou-yîn, et le commissaire adjoint Hang-ki.

« Je fis cette réponse dans l'espoir de désarme) soupçons, qui étaient, je le voyais, très-prononcéa point; et l'idée que par nos coulis chinois, ou pai que autre moyen, nous avions tramé la trahison da térieur des murs de la capitale, leur causait évidei une appréhension sérieuse. Ils demandèrent au» ticulicrcment le nombre et les noms de nos inl tes. Je les satisfis en leur donnant les noms de ba

S famille de plusieurs de ces messieurs, tout au long, lant, comme révénement Ta prouvé, qu'il leur serait ossible d'inscrire d'une manière intelligible les longs » anglais, et ils cessèrent bientôt leur enquête. Ils sistèrent néanmoins dans leurs questions sur M. Lay, orsque je leur eus dit qu'il était alors chargé, d'après vitation des autorités chinoises, de la gestion de leur enu étranger, lequel était presque doublé depuis que ie recette avait été mise dans ses mains, ils me réprindèrent de me servir d'un tel langage, et s'écrièrent jM. Lay n'était qu'un traître indigène (chinois). Vers in de l'examen, pendant la durée entière duquel j'avais forcé de rester à genoux sur la même dalle, j'obtins permission de prendre la parole pour mon propre opte. Je leur dis pourquoi mes compatriotes et moi )D8 venus à Toung-cho ; que nous étions tous dans térèt de la paix et non de la guerre ; mais quoique iverts par un drapeau parlementaire et admis à des revues avec les commissaires impériaux, nous avions saisis et maintenant traités, non pas même comme prisonniers de guerre, mais comme des malfaiteurs gaires et des délinquants aux lois chinoises. Je deadai avec instance qu'on ne persistât pas dans cette Dde et, selon moi, inexplicable erreur, quand ils m'in- •ompirent disant : « C'est votre récit ; nous en avons un re. Mais si, comme vous le dites, vous n'appartenez pas irmée et n'avez rien à faire avec les soldats ou leurs ivements, pourquoi vous voit-on toujours aux postes acés? » A quoi je répondis que nous avions toujours interprète en avant, pour être prêt k recevoir les ouvres et les communications des autorités chinoises et r veiller aux intérêts du peuple. L'examen fini, on me inanda de retourner en prison.

Je vous ai ainsi donné, milord, une relation détaillée événements du 18 septembre, jour où noug fûmes tés. Mais j'essayerai d'éviter de semblables détails

Ui LA CHINE ET LES PUISSANCES ( HENNES.

dans le récit que j'ai maîi k aji lier des vio^

jours d'emprisonnement qui suivirent. Le 19 et le SI un grand nombre de mandarins visitèrent la prison, < ceux qui par leur p* ion officielle en avaient le droi coqimandèrent que je ti mené devant eux, afin qoll

eussent la satisfaction me voir à genoux. Parmi ceufr ci étaient les plus haut autorités du conseil des d^ ments, sans en excepter/ co nme je le sais k présent, fe président lui-même, qui m tisulta d'un ton amer, rit de mes paroles, et parut ai ignorant de ce qui concerM les étrangers et aussi plein de préjugés contre eai,qW ses subordonnés qui avaient conduit l'interrogatoirt »• laté plus haut. Plusieurs censeurs et vice-présidents (b autres cinq conseils me furent aussi désignés par les geôliers, comme étant parmi les visiteurs. Toutes les ftii que j^étais conduit devant i ;s mandarins de rang, je M perdais pas l'occasion de 'otester contre le traitement que je subissais, et de leur démontrer qu'en agissant si cruellement envers moi ils se faisaient tort à eux-mêmes, puisqu'il était impossible que la paix pût se faire, s'ils saisissaient et emprisonnaient les instruments des négociations.

« Mais ce ne fut que parmi les prisonniers que j'obtins de la sympathie, ou que je me fis écouter. Beaucoup de ces malheureux étaient contents, quand on le leur pe^" mettait, de s'assembler autour de moi, d'entendre ©on histoire ou les descriptions que je voulais bien leur faire des usages des pays étrangers. Au lieu de suivre l'exemple donné par leurs autorités et de m'insulter ou de me tourner en ridicule, ils me manquaient rarement de respect, s'adressaient à moi par mon titre et souvent évitaient de me déranger quand il était en leur pouvoir de le foire. La plupart étaient des hommes de la plus basse classe et du dernier ordre de criminels, tels qu'assassins, voleurs qualifiés, etc. Ceux qui n'avaient pas d'argent k eitf étaient réduits par la saleté et la diète de la prison à nn

état affreux de décharnement et de maladie ; mais ceux qui avaient les moyens de payer les geôliers et d'acheter ce dont ils avaient besoin, vivaient dans une abondance et un confort relatifs.

• Ils m'expliquèrent que leur système de prison ne coûte au gouvernement que la paye des geôliers et la fourniture de deux bassins de maïs par jour, pour chaque prisonnier. Toutes les autres dépenses, telles que Teau, l'éclairage, le feu, le thé, le sel, les légumes pour les prisonniers et les bons repas pour lesgeôliers, sont défrayées par celui qui se charge volontairement de ce service, comme rachat d'une certaine portion de son temps d'emprisonnement.

« Les mandarins et le conseil ayant ordonné que l'on me fournît des vivres que je pusse manger, ma subsistance qui coûtait, me dit-on, un schelling par jour, dut être payée par l'homme qui avait pris sur lui cette charge ; mais au lieu de me prendre en aversion, à cause du surcroît de dépenses que je lui occasionnais, il était un des premiers à me montrer de la sympathie et de la considéntion. Ma nourriture consistait en deux repas par jour, de riz bouilli ou d'une sorte de macaroni , assaisonné d'une portion très-mesurée de légumes ou de viande; il y avait aussi des gâteaux ou du pain du pays, un peu de thé et du tabac.

« Sur le rôle de la prison, qui était suspendu à la muraille, je me trouvais qualifié de rebelle; l'on disait que j'étais un des cinq rebelles sur un total de soixante-treize, qui étaient condamnés à porter les chaînes les plus lourdes.

« Comme je devenais plus intime avec les habitants delà prison, j'essayai avec précaution d'obtenir d'eux ou par eux des renseignements sur les mouvements des alliés, ou sur les intentions des autorités chinoises; mais ^68 geôliers étaient toujours aux aguets pour empêcher ^ute communication entre moi et les prisonniers sur

ces sujets, et ils ne voulaient pas me permettre de amener eux-mêmes a causer sur ces matières. Ikm ces hommes étaient constamment k côté de moi, jog nuit, et bien que de temps en temps ils répondisMi mes questions sur M. Loch et mes compagnons dé son, ils déjouèrent toutes les tentatives que je fisp leur envoyer un message ou un billet. »

Les autres prisonniers furent conduits au palaifl Youen-ming-youen, où Tempereur était encore. On 1 attacha les pieds et les mains derrière le dos, et oo mit par terre, la bouche en bas. On les abandonnai sansuleur donner ni à boire ni a manger, et probable! ils étaient condamnés a mourir; mais, après la àki du 21 septembre, ils furent dirigés et conduits danK tre lieux différents, k quelques milles, vers les hanfe voisines. Cette mesure fut sans doute prise au mon où Fempereur quitta le palais pour se sauver en ' tarie.

Ces malheureux prisonniers, dirigés en quatre d rents groupes, furent torturés et privés de nourrit Quelques-uns succombèrent en peu de jours, d'au résistèrent davantage et leur vie ne fut sauvée que g à la fermeté des ambassadeurs qui ne voulaient tn de la paix qu'après leur reddition.

Le lieutenant-colonel d'artillerie anglaise Brabazoï Fabbé Duluc, Français, eurent la tête tranchée el rent jetés dans la rivière pendant l'action du 21 étaient entre les mains d'un général tartare qui fuH se ; soit par la rage que cet accident lui occasionna, par la retraite précipitée qu'il était obligé d'opéré assassina ses prisonniers parlementaires.

Les autres victimes furent M. de Norman, premici taché à l'ambassade anglaise ; le lieutenant de cavtl Andersen ; le correspondant du Times, M. Bowlby ; qu officiers français et quelques soldats.

TR(HSIÈME GUERRE. 257

Les survivants donnèrent des détails navrants sur leurs propres souffrances et sur la mort de leurs compagnons. Parfois, celui qui s'avisa de demander de la nourriture, reçut de la boue dans la bouche. Non-seulement on leur avait attaché les poignets avec des cordes le plus serrées possible, mais on avait mouillé les cordes afin que par l'effet du retrait elles devinssent plus serrées encore. Les doigts des mains de M. de Norman s'enflèrent jusqu'à crever, et ses souffrances furent telles, qu'il en devint fou et expira au milieu du délire.

M. le comte d Escayrac de Lauture, chargé d'une mission scientifique, ne fut pas enchaîné, mais ses mains furent constamment attachées ; voici un passage du récjtde sa captivité, publié dans le Moniteur des 30 et 31 décembre 1860 :

« Pendant les quatre premiers jours, je ne pus manger que quelques fruits offerts par les prisonniers. C'est au bout d'une dizaine de jours seulement que je pus faire quelques pas sans être soutenu.

« Dès le second jour, mes mains me causèrent une douleur insupportable'; j'avais quelques autres blessures assez légères, mais je ne me les rappelais que lorsqu'elles étaient atteintes par quelque choc. J'avais bien dormi la première nuit; mais pendant les vingt jours et les vingt nuits qui suivirent, mes mains me permirent peu de sommeil. Je passais la nuit comme le jour, sur mon lit de camp, tantôt accroupi , les mains appuyées sur les genoux, tantôt couché et les mains au-dessus de ^atète. Mes vêtements, mon visage étaient couverts d'un pus infect. Les phlyctènes tombèrent, mais bientôt mes ïnains ne furent plus qu'une plaie. Assiégé par les mouches, les vers s'y mirent.

« Un médecin chinois, petit vieillard à l'œil fin et spirituel, qui était venu me voir par curiosité, mit sur mes plaies une poudre qui paraissait contenir* de la myrrhe, ^etle poudre fit disparaître les vers. 11 écrivit une petite

ÎSB LA CHIÎSE ET LES PUISSAîïCES CHRÉTIEHHES

ordonnance et laissa quelques sapèquos a Taide d on acheta un peu d'huile épaisse et jaunâtre j hoang-yeou-kao, avec laquelle les prisonniers pui faire deux pansements. Malheureusementi je n'ai un morceau de toile pour couvrir mes plaies. ' sounier m'apporta une petite loque bleue, que j quinze jours je promenai d'une main a Fautre, I sonuiers étaient» en général, pleins d'attention moi; sans leur assistance, je n'aurais pu ni bo manger, ni faire un pas. De jour et de nuit, je le vais disposés à me rendre tous les services,

lî La nourriture qui nVétait allouée était aussi mi qu'insuffisante. Cètait une tasse de rix détestable \ ques queues d'oignons salées, le matin et le 8 souffrais continuellement de la faim. Quelques < bien sages dont ma vue était la récompense, des vî musulmans, avec lesquels j'avais parlé du Coran portèrent des tVnits et des gâteaux. Les prisonniei donnaient aussi de temps h autre, ou partagea iei moi leur pitance. »

Il convient de remarquer en passant la sympatl les victimes de la félonie de Sang-ko-lin-sin t rentchez tous leurs compagnons de prison, qui de récume du peuple. Ce fait vient à l'appui de Te que j'ai émise plusieurs fois, sur la favorable disp de la population envers les étrangers, malgré les réitérés du gouvernement mandchou, qui voudi voir méprisés et détestés.

L'armée entière fut indignée au dernier point trahison et des cruautés commises envers les ] niers.

Leschefsdésiraientpunircette infamie, mais la m n*en était pas facile. On ne pouvait en rendre le peuf pensable. Sang-ko-lin-sin, le vrai criminel, se trouv tète de ses cavaliers mongoles ; il n'était au pouvoir sonne de le saisir et de le mettre à la disposition

liés. D'une autre part, les commandants des troupes déclaraient qu'il fallait se mettre en retraite pour le 1" novembre au plus tard. Le fleuve Peï-ho gèle à cette époque, et les chefs militaires craignaient probablement de rester sans communication avec l'escadre.

Dans ces circonstances, lord Elgin décida la complète destruction des palais de Youen-ming-youen, où se conservaient les tablettes de la dynastie impériale. Cette rwiidence royale était d'une telle splendeur, que tous les Européens qui l'ont vue se sont accordés pour dire que rien en Europe ne pouvait s'y comparer. Elle avait plusieurs lieues de circuit, et contenait plus de cent magnifiques palais (*). L'armée anglaise mit deux jours à les brûler (iS.et 19 octobre 1860).

Beaucoup de personnes ont qualifié cette ^ mesure d'acte barbare, de vandalisme. Dans tous. les ca$, une telle accusation ne saurait peser sur les Français ; ils n'y prirent aucune part.

Le 17, les douze cadavres anglais furent inhumés au cimetière russe, et les six français au cimetière catholique, que les mandarins avaient déjà rendu au baron Gros, ainsi que la cathédrale bâtie autrefois par les Portugais.

Lard Elgin présenta les demandes suivantes au prince Koung :

«Ce qui reste du palais de Youen-ming-youen, qui paraît ^tre l'endroit dans lequel plusieurs des captifs anglais ont «té exposés aux plus grossières indignités, sera sur-le-

(*)« 11 m'est impossible, Monsieur le Maréchal, de vous dire ici toutes les merveilles de cette habitation impériale^ rien clans notre Europe ne peut donner l'idée d'un luxe pawilj je n'essayerai pas ^'^n décrire les splendeurs. » (Lettre du gén^rM de Montauban à ^* ie Maréchal Ministre de la Queffe, p d^te de Pékin^ 8 oç^o-

champ rasé au niveau du sol : cette condition ne d pas l'assentiment de Son AllesBe, parce qu'elle ^ de suite mise a exécution par le commandant en

« Une somme de 300,000 taels doit être payét diatementaux officiers désignés parle sotissignè, recevoir; laquelle somme sera appropriée, h ladi du gouvernement de Sa Majesté, k ceux qui ont et aux familles des hommes tués,

« La signature immédiate de la convention û\ Tien-tsin restera comme elle est, avec le simple ment qu'il sera permis aux armées de France et * terre de demeurer à Tien-tstn, jnsqu^à cg que les nités entières mentionnées dans la susdite cou soient payées, si les gouvernements de France oti terré jugent à propos d'adopter cette mesure,

« La démolition de Youen-mîng-youen auraîiei champ. A moins que, avant dix heures du malin le Prince n'informe le soussigné par écrit que la demandée comme eompensation pour les sujets été massacrés ou miîltraités sera pn^le h èti^e pay et qu'il sera disposé a signer la convention et à é les ratifications du traité de Tien-tsin le 23, le se demandera de nouveau au commandant en chef parer du Palais impérial a Pékin et de prendre to très mesures nécessaires, pour forcer le gouvei chinois à accéder aux demandes que celui de la Bretagne jugera convenable de faire. 11 est bon ce qu'il informe le Prince quç si l'opiniâtreté des Chi blige à adopter cette marche, il s'adressera au cornu en chef des forces navales de Sa Majesté, aussi bi( commandant en chef des forces de terre de Sa Ma prie le Prince de se rappeler que les revenus de la de Canton sont encaissés au profit du suprême go ment de la Chine, bien que cette cité soit occup tairement par les alliés; que c'est la force milifc alliés qui a depuis quelque temps empêché Chanj

tomber entre les mains des rebelles ; et que les jonques portant du riz et des tributs à Pékin ont pu passer et repasser sans être molestées, bien que les flottes des alliés commandent k la fois les mers et les rivières de Chine. »

LeprineeKoung accéda k ces exigences ainsi qu'k celles du baron Gros, qui demanda la restitution de toutes les églises qui avaient appartenu aux missionnaires, et une indemnité de 1,500,000 francs pour les prisonniers torturés, ou pour leurs familles.

Les difficultés ainsi aplanies, lord Elgin et le prince Koung signèrent la convention anglaise, le 24 octobre (1860). La convention française fut signée le lendemain.

Voici la description que fit de la cérémonie un correspondant du Times:

« Dans la matinée du 24, lord Elgin et sir Hope Grant entrèrent par la porte d*An-ting, avec une escorte de six cents hommes et cent officiers -des régiments qui occupaient Pékin. Le commandant en chef, avec l'état-major général et ses aides de camp, allait k cheval un peu en ^vant de lord Elgin, qui était porté dans sa grande chaise officielle par seize Chinois habillés d'écarlate ; son cheval, *out sellé, était conduit derrière lui, et les membres de ^'ambassade étaient k cheval de chaque côté.

« La deuxième division, sous les ordres de sir Robert Papier, faisait la haie dans les rues et, après le passage ^c lord Elgin, suivait par intefvalles, prenant des posi- ^^ons stratégiques sur toute la ligne, de peur que les ^^inois ne projetassent quelque perfidie. Une foule considérable garnissait les deux côtés de Ta route ; elle était ^^Irèmement paisible, ne manifestant qu'une grande ^^Hosité pour entrevoir le grand barbare^ en s'efiTorçant ^^ jeter un regard dans sa chaise comme il passait.

^ Le conseil des cérémonies est situé k environ trois **^nie et demi de la porte d'An-ting, et il était trois heures

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