‹ La Chine et les puissances chrétiennes (volume 2)Chapitre 32 sur 59 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Je n'irai pas plus loin sans parler des missions chrc- "Gnnes. Elles ont eu en Chine trois époques bien distinctes.

î-es nestoriens, ainsi qu'il conste par le monument déjà ^'^é de Sing-nang-fu et par d'autres données, loin de trou- J^^ de l'opposition, furent protégés par les souverains de ^ Chine ; mais ils déchurent plus tard, et disparurent ^^fin lors de l'invasion des Tartares-Mongols, avec lesquels ^'ïitroduisit en Chine l'islamisme. Toutefois il n'y eut ^^s de persécution contre le christianisme considéré 'pmme secte religieuse ; Marco Polo n'eût pas manqué ^'^n faire mention , puisqu'il parle des nestoriens et ^^ quatre de leurs églises qu'il visita. Il raconte en '^trequB, contre Kublaï-khan, se souleva un prince ap- II. te

â78 La GHINë Et LES t»l]lSâÂNG£S CHBËtlENNES.

pelé Nayan, lequel était chrétien baptisé, et avait dans son armée beaucoup de chrétiens ; que dans cette circonstance les bouddhistes et les musulmans se moquaient des chrétiens, parce que leur Dieu ne les avait pas aidés; que ceux-ci étant allés s'en plaindre à Rublaï-khan, ce prince les consola en leur disant que leur Dieu n'avait pas i aidé Nayan parce que son entreprise était criminelle^ et i il défendit aux musulmans et aux bouddhistes de molester désormais les chrétiens. Il est à croire que lesnesto- ] riens de Chine, ne pouvant communiquer avec lenw | chefs spirituels de Mésopotamie, k cause des guerres que ' la famille de Tchinguis alluma dans toute l'Asie, décli- ^ nèrent d'eux-mêmes et allèrent perdant le terrain qu'Us -j avaient gagné, jusqu'au point de s'éteindre entièrement

A ce résultat contribua sans doute l'arrivée de diverses missions catholiques, qui vinrent par la voie delaTartarie, et qui furent très-bien accueillies parles empereurs mongols de la Chine. Peut-être le terrain leur avait41 été préparé par Marco Polo, qui alla en Chine en 1260, fot chargé de plusieurs "affaires importantes, et inspira une telle affection à Kublaï-khan, qu'il eut beaucoup de peine à obtenir de lui la permission de revenir en Europe.

Jean de Monte-Corvino fut le premier missionnaire catholique qui arriva à Pékin, en 1290, et, malgré la guerre que lui firent les moines nestoriens, il s'établit solidement, éleva deux églises et convertit plusieurs Tartares et quelques nestoriens haut placés. En 1308, il reçut un renfort par l'arrivée de trois religieux franciscains qui lui furent envoyés de Rome, et qui le sacrèrent évéque de Pékin. Parmi les personnes qu'il convertit, se trouvait une riche dame arménienne, qui bâtit a ses frais, à Hancheu-fu, une magnifique église, à laquelle Tévèque Monle- Corvino donna le titre de cathédrale. Plusieurs autres missionnaires arrivèrent successivement a la cour des empereurs mongols, qui, non contents de les protéger constamment, leur accordaient tous les mois un secours

d'argent. Cet état de choses si favorable se modifia lorsqu'un Chinois, en 1367, leva une armée, chassa les Tartares et fonda la dynastie des Mings. Sa politique fut de couper toute communication avec la Tartarie, qui était la route par laquelle les missionnaires se rendaient alors en Chine. Cette circonstance, jointe à ce fait que les souverains mongols avaient toujours protégé les chrétiens, fîit cause de la complète ruine des missions en Chine, jdles de Tartarie éprouvèrent plus tard le même sort, luand l'Asie devint la conquête du fameux Timour (Tanerlan), qui était un musulman fanatique.

Nous venons de voir la lumière de l'Évangile s'allumer leuxfois et s'éteindre deux fois en Chine ; le christianisme levait y être apporté une troisième fois, mais par la voie le mer et non plus par celle de terre.

En U98, les Portugais doublent le cap de Bonne-Espétmce, et bientôt après, quelques-uns d'entre eux arrivent usqu'en Chine. Vers 1550, saint François-Xavier fait des ifforts pour entrer dans l'empire, et meurt (1552) dans 'île de Sancian, appelée aujourd'hui parles Anglais S. ohn. D'autres missionnaires plus heureux, les jésuites (ichel Rogerio, Jean Barradas, Diego Pantoja, Caspar Perreira et Matthieu Ricci, parviennent, en 1580, à éta- )lirune mission dans l'intérieur, et, plus tard, pénètrent usqu'à Pékin, où le dernier, grâce à son habileté comme lorloger, comme musicien , comme constructeur de îartes géographiques, se fit une position importante.

Marco Polo, l'évêque Monte-Corvino et tous les misionnaires qui avaient passé par le pays des Tartareslongols pour aller en Chine, donnaient à cet empire le lom de Cathay^ et a Pékin celui de Kanbalik^ c'est-à-dire étidence du khan. Lorsque les Portugais arrivèrent à iacao et à Canton, ils appelèrent le pays entier Chine , tsa capitale Pékin, mot qui, en chinois, veut dire capiafe ou cour du Nord, comme Nankin signifie capitale du •wd. Quant au mot Chine, on n'en sait pas exactement

prononcent le nom de cette ville, qui s'appelle fou^ ils font entendre exactement le mot china^ les Portugais le prononcent pour désfgner la Chi Matthieu Ricci, dès qu'il eut résidé quelque t Pékin, commença à soupçonner qu'il était dans que Marco Polo et Monte-Corvino appelaient Ka et par conséquent dans le pays qu'ils nommaient ' Une polémique s'engagea sur ce point, et voici le que l'on prit pour découvrir la vérité. Il partit di doustan une expédition de missionnaires qui, tra l'Afghanistan, devaient aller se placer sur la rc anciens missionnaires qui allaient de Rome au Ci à Kanbalik, et puis continuer leur route par la T De toute l'expédition, il n'y eut qu'un seul missio le P. Goes, Portugais qui, accompagné d'un fidèle € arriva au Gathay, lequel se trouva être en effet 1 des missionnaires de Macao ; il envoya a Ranl» message auquel répondirent ses collaborateurs ( liques de Pékin, et à peine avait-il goûté le pi voir positivement résolu le grand problème qui 1 fait entreprendre un si gigantesque voyage, qu'il

intimes avec les Portugais et les autres commerçants européens leur étaient on ne peu plus nuisibles; car ceux-ci portaient singulièrement ombrage au gouvernemeot impérial à cause de leurs conquêtes dans llndo- Chine, et plusieurs mandarins ne considéraient les missionnaires que comme des agents et des espions politiques. C'est ce qu'on peut voir dans l'important ouvrage k Christianisme en Chine. « Dès l'origine, dit l'auteur (*), ils (les mandarins) ont été persuadés que le but bien arrêté des Européens, en venant en Chine, était de s'emparer du pays; » et, a ce sujet, il fait un récit que je vais reproduire, récit qui ne sera pas sans intérêt pour le lecteur :

«A l'époque où le christianisme pénétrait jusque dans les rangs de la famille impériale, il se formait a Macao un sombre orage qui menaçait de ruiner la colonie portugaise et les missions catholiques de la Chine. Les Hollandais, jaloux des hardies et glorieuses expéditions des Portugais dans les Indes, envieux surtout des richesses qu'ils amassaient, avaient armé de nombreux navires pour exercer la piraterie dans les mers de l'extrême Orient. Ces forbans audacieux portaient la désolation dans les Moluques et dans les îles du détroit de la Sonde. Non contents de ces riches pillages, ils équipèrent une flottille et tentèrent de s'emparer de l'île de Formose. Ayant été vigoureusement repoussés par les Chinois, ils jetèrent les yeux sur la petite colonie de Macao. Les Portugais, qui avaient connaissance de leurs projets hostiles, songèrent a se fortifier. Ils construisirent avec ardeur une épaisse muraille sur les bords escarpés de la nier, afin de repousser plus facilement les attaques des pirates hollandais, s'ils se présentaient.

« Les Chinois, toujours ennemis des étrangers , profi-

nTome II, page 82.

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