‹ La Chine et les puissances chrétiennes (volume 2)Chapitre 33 sur 59 · II · texte numérisé non relu

II

ifli LA CHINE ET LES PUISSANCES CHBÊTIENNES,

tèreïît de cette occasion pour se soulever > Ils prto* daient que les Portugal a voulaient s'emparer de Tempîre; qu'ils avaient déjà élevé plusieurs citadelles^ car ils appelaient ainsi ks églises rècen[iment construites, et que maintenant ils se fortifiaient du c&té de la mer, Ils allaient jusqu'à dire que le P. Cataneo avait été désigné pour être empereur. Ce missionnaire, qui depuis quelque temps était retourné a Macao, avait consenék costume chinois, et Ton en concluait qu'il se tenait prél à se mettre en campagne. Ses capitaines et ses nombreuî partisans étaient déjà dans l'intérieur et occupaient des points stratégiques d'une grande importance* On vouUît parler des résidences chrétiennes de Tchao-tcheou et de Nan-tchan-fûu, de Nankin et de Pékin. Ces bruiU ridicules ayant été malicieusemeut répandus de tous cb^h la populace s'insurgea, s'arma de piques et de bambous^ et courut assiéger Téglige portugaise, que les Chino*& s'obstinaient à considérer comme une forteresse. Od j mit le feu et on la pilla. Un Portugais, ayant arrachèà un Chinois un tableau de la Vierge qui avait été mis en lambeaux , en fit une sorte d'étendard et parcourut li ville pour exciter ses compatriotes à la vengeance^ 1^ Portugais, les nègres surtout, à la vue de la saii^t^ image, se formèrent en bataillon, et le zèle rdigfieni exaltant leur énergie et leur courage, ils se précipitèreflt sur lùb pdiexi» el les iiiireiiL en fui le. U&aiii ctisuiU ^^ représailles, ils allèrent saccager le palais des mandarins, et se saisirent du principal agent de la sédition, qu'ils emprisonnèrent dans le collège, après Tavoir accablé de coups de bambou. Les magistrats de la ville voisine, nommée Hian-chan, Montagne des Parfums, se concertèrent avec l'autorité portugaise, et Tordre fut rétabli.

a Cependant le feu couvait toujours sous la cendre, ^^ un lettré trouva moyen de rallumer l'incendie. Il publia un écrit sur la future invasion des étrangers. Dans ce

DES laSSIONS CHRÉTIENNES EN CHINE. 28S

Oman plein de fiel et de malice, le P. Cataneo était tou- )urs représenté comme prétendant a l'empire. Il avait isité à dessein les principales villes de la Chine, depuis acao jusqu'à Pékin. Les routes par terre et par eau lui [aient parfaitement connues, il savait la langue chi- Oise, et durant plusieurs années il s'était habitué aux KBurs et aux usages du pays. Il avait déjà dans l'intéeurun grand nombre de partisans, et il n'attendait lus pour agir que l'arrivée d'une flotte considérable artie depuis longtemps de l'Occident. Les Japonais et ts Malais de la Sonde devaient être ses auxiliaires. Ces pmées formidables allaient arriver au premier jour, et en était fait des pauvres Chinois de Macao ; le peupte iix cheveux noirs serait réduit en servitude et le royaume es Fleurs tomberait entre les mains des barbares. Ce Tre, répandu avec profusion et dévoré parla multitude, Keita une terreur panique parmi la population de Macao. hacun fit ses malles et ses paquets, et bientôt toutes les imilles chinoises, hommes, femmes et enfants, tout isparut et se sauva à Canton. La mer était sillonnée de •nques faisant le sauvetage de ce malheureux peuple, n se pressait, on criait, le rivage était encombré de leubles de toute sorte ; on eût dit que la fameuse flotte ait en vue et qu'on n'avait plus le temps de se mettre à ibri. En quelques jours il ne resta plus à Macao que s Portugais et leurs esclaves nègres.

«Lorsque ces bandes de fuyards arrivèrent à Canton, les communiquèrent à la ville entière l'épouvante dont les étaient bouleversées. Les magistrats, les mandarins ' terre et de mer, le peuple, tous les habitants de la lie, depuis le vice-roi jusqu'au dernier des portefaix, ut le monde fut convaincu qu'on allait bientôt devenir proie des diables occidentaux. On convoqua la milice, I arma les jonques de guerre, on renforça les corps de rdequi veillent jour et nuit au haut des remparts, et, n de mieux se préparer à la défense, t)n fit abattre tou-

W LA CUim ET I£S PUlSSikNCES CHRÉTIENNES.

tes les maisons bâties en dehors des murailles du côté^i fleuve. 11 y en eut, dit-on, plus de mille qui furent dén^^. lies de fond en comble. Pour plus de sûreté oû fit muK-^ a granit et à chaux les portes de cette partie de la yiU&e, et Ton publia dans tous les quartiers un édit par lequel jj était expressément défendu h tout citoyen .de recev^oir dans, sa maison aucun habitant de Macao, «parce ï^iie, « ajoutait Tédit, l'un d'eux, nommé Ro-4i-niou (Cataaeoj, « veut s'emparer de l'empire. » J^e vice-roi, ne se contentant pas de ces formidables précautions, expédia une estafette à Pékin, pour avertir l'empereur du danger qui le menaçait. Les missionnaires de la capitale eureoi beaucoup k souffrir de cette étonnante affaire, qm fut sur le point d'anéantir toutes les missions de la Chine.

« Les Portugais de- Macao étaient dans la situation Ja plus critique. Non*seulement leur commerce avec les Chinois avait cessé, mais ils étaient encore menacés de mourir de faim, car Macao étant un rocher stérile, les habitants de la colonie n'ont pour s'alimenter d'autres ressources que les provisions apportées par les Chinois de Hian-chan et de Canton. Les autorités portugaises prirent donc le parti d'envoyer a Canton une très-humble ambassade pour exposer au vice-roi combien ils étaient éloignés des vues ambitieuses qu'on leur supposait, lln^ leur fut pas difficile de prouver qu'une poignée de marchands ne pouvait s'emparer de l'Empire Céleste. Il y eut dès lors un rapprochement, et il fut permis à quelqueî> Chinois de retourner à Macao à titre d'essai et pour examiner les affaires sur les lieux mêmes.

« Aussitôt que la nouvelle de cette réconciliation circula dans la ville de Canton, il y eut parmi le peuple ^^ mouvement séditieux, car on se plaignait amèrementqu^i sur un vain prétexte, le haï-leou, ou grand chef maritime, eût fait abattre tant de maisons. On réclamait^ grands cris des indemnités, on voulait enchaîner le baïteou et l'envoyer k Pékin pour y être jugé »t condamné-

DES MISSIONS CHRÉTIENNES EN CHINE. i85

Celui-ci soutenait, pour se tirer d'embarras, qu'on n'avait pas cédé à une vaine terreur, et que les étrangers avaient réellement le projet de bouleverser l'empire et de renver-* sor la dynastie.

«Sur ces entrefaites arrive à Canton le frère Martinez de la mission deNan-tcliang-fou. Ce jeune Chinois, natif deMacao, avait fait ses études au collège pour entrer dans l'état ecclésiastique. Après avoir reçu les premiers ordres, il avait été envoyé dans l'intérieur, afin de se former, en la compagnie des missionnaires^ à la vie apostolique. Le recteur de Macao l'ayant rappelé depuis quelque temps, il arrivait à Canton au milieu de l'affreux désordre que nous venons de raconter. Martinez était tourmenté par une fièvre violente. Au lieu de continuer sa route jusqu'à Macao, il voulut s'arrêter un peu chez les chrétiens de Canton pour se reposer et attendre que les affaires prissent une tournure plus pacifique.

« Un néophyte devenu apostat, et par conséquent furieux ennemi des chrétiens, ayant appris l'arrivée du frère Martinez, alla le dénoncer au grand chef maritime, en disant que ce Martinez était le lieutenant et l'espion du P. Cataneo, le prétendant à l'empire, qu'il avait été préparer l'insurrection dans l'intérieur, et qu'il arrivait pour tracer la route aux armées étrangères attendues a Macao. Le grand chef maritime, qui cherchait a se disculper aux yeux du peuplcde la démolition des faubourgs, ^ut enchanté de recevoir, une semblable accusation, et envoya ses satellites s'emparer, pendant la nuit, du frère Martinez. Ce pauvre conspirateur était dans son lit, accablé par un violent accès de fièvre. Il fut contraint de se lever, ^insi que les autres chrétiens de la maison. On leur lia les mains derrière le dos, et on les conduisit, à la lueur des torches et avec d'horribles vociférations, jusqu'au tribunal du haï-teou. Aussitôt qu'ils furent arriyés, on les appliqua tous à la torture, c'est-à-dire qu'on leur pressa étroitement les pieds entre deux poutres et qu'à

chaque questioir les bourreaux frappaient sur les poutres à coups de gros maillets. Le frère Martinez endura héroï^ quement cet horrible supplice, et ne cessa de protester de son innocence.

« Le jugé était sur le point de le renvoyer absous, lorsque son accusateur, le néophyte apostat, se présenta et dit que Martinez était réellement un dangereux conspirateur; qu'à son arrivée a Canton il s*était empressé d'acheter de la poudre, et qu'un enfant de la maison où il logeait pouvait en témoigner. Cette nouvelle accusation ranima la colère du magistrat. On fit venir l'enfant et on l'interrogea. Dans la langue chinoise, le même caractère, yo^ peut signifier k la fois poudre k canon ou poudre de médecine, il sufiit pour exprimer l'un ou l'autre d'une légère différence dans l'intonation. Le juge demande .à l'enfant ce que Martinez a acheté en arrivant à Canton. Il répond naïvement qu'il a acheté du yo (de la poudre de médecipe). Vous l'entendez, s'écrie l'accusateur, il a acheté du yo (de la poudre a canon). Martinez se défend et explique qu'il avait en effet acheté des médicaments pour se délivrer de la fièvre. Le témoin, interrogé de nouveau, confirme ce que vient de dire l'accusé ; mais le juge ayant fait serrer les doigts de l'enfant entre deux bambous et le menaçant des plus cruelles tortures, le força de déclarer que le yo en question était effectivement de la poudre a canon. L'accusé fut alors soumis à une cruelle flagellation et condamné a mort. Avant de subir le dernier supplice, il devait être encore interrogé et torturé par le vice-roi. Mais son corps avait été si impitoyablement déchiré qu'il ne présentait qu'une seule grande plaie tout ensanglantée. Pendant qu'on le traînait au tribunal du vice- roi, il expira sur la voie publique, le 31 mars 1606, à l'heure même où le Sauveur des hommes était mort sur la croix pour le salut du monde.

a Les craintes d'une invasion étrangère ne s'étaient pas encore apaisées, Le vice-roi commanda au généralissime

bES MISSIONS GHRÊTÎENNJSS EN GHlNËé 2dY

des troupes de la province de mettre sur pied son armée et d'aller faire le siégedeMacao.Le prudent généralissime, avant de se mettre en campagne, jugea à propos d'envoyer an de ses lieutenants visiter officiellement la colonie portugaise et examiner l'état des affaires. Ce haut fonctionnaire, homme sage et modéré, s'acquitta sincèrement de sa mission. En arrivant a Macao, il se rendit au collège des jésuites, où il demanda à voir ce redoutableKoti-niou qui aspirait à devenir empereur du Céleste Empire. Le P. Cataneo, qui avait une physionomie assez débonnaire, lui fit visiter la maison, afin de bien le convaincre que ce n'était pas un arsenal rempli de munitions et de machines de guerre.... Voilà, dit-il en lui montrant . les livres de la bibliothèque, les armes avec lesquelles j'ai le projet de soumettre l'empire. — Le mandarin sourit etne parut pas très-eff rayé. L'ayant ensuite introduit dans la salle d'étude, où ily avait quelques séminaristes silencieusement occupés a lire et à écrire : Voila, dit-il, Tarméc qui doit combattre sous mes ordres et m'aider à monter sur le trône impérial. — Le lieutenant fut tout à fait rassuré. Après avoir visité les églises, les monastères et les divers établissements de Macao, il s'en retourna à Canton , bien convaincu que l'histoire de cette formidable et prochaine invasion n'était qu'un roman. Ayant rendu compte de sa mission aux autorités de Canton, le désarmement s'effectua peu à peu, la paix se rétablit, et les relations commerciales entre les Chinois et les Portugais reprirent leur cours habituel. »

Il est juste de remarquer en faveur des Chinois que ÎGurs craintes n'étaient pas aussi ridicules qu'on pourrait le croire au premier abord. Ce qu'on vient délire arriva lorsque le Portugal et l'Espagne étaient réunis sous le sceptre de Philippe II, formant ainsi une puissance uni- > ^^e, qui possédait toute l'Amérique du Sud, y compris le Brésil, plusieurs points dans l'Inde et sur le détroit de ^alacca, les Philippines, les Mariannes, etc.

Trois ou quatre ans avanl rincident que rapporte Tabbo Hue, vingt-trois mille Chinois avaient été passés au fil de répée, aux Philippines, pour s'être soulevés, avoir massacré beaucoup d'Espagnols et assiégé la capitale, Manille, même avec assaut, bien que sans succès. On était généralement convaincu aux Philippines que cette insurrection avait été tramée et disposée par quelques mandarins venus peu de temps auparavant k Manille, et qui, à la faveur d'un prétexte, avaient obtenu de visiter les fortifications, spécialement le fort défendant l'entrée de la baie appelée Comte. Les chroniques contemporaines rapportent que les autorités de Canton tenaient toute prête une expédition de cent mille hommes pour aller s'emparer des Philippines. Peu de temps après, le gouverneur général de cette . colonie, ayant reçu des renforts d'Amérique, équipa une grande flotte pour aller conquérir les Moluques, comme il les conquit en effet, y laissant des garnisons et faisant prisonnier le roi, qu'il amena à Manille. Cette expédition, « qui dut être très-considérable, sortit de Manille en 1606 (même année de Taffaire du P. Cataneo), et il est évident que les autorités de Canton crurent qu'elle était préparée contre la Chine, et qu'elles allaient la voir paraître d'un moment à l'autre. 11 n'est donc pas étonnant qu'elles s'alarmassent facilement, persuadées, comme elles devaient l'être, que la disposition de ces puissants étrangers, déjà solidement établis à Macao, était de poursuivre la conquête universelle. A cette époque, Macao possédait déjà la forteresse dite du Mont (del Monte) et trois autres forts.

Ce n'est pas seulement en Chine que les missionnaires apostoliques ont été soupçonnés d'agir pour le compte dw rois ambitieux de l'Europe; on a eu d'eux la même idtt* dans tout l'extrême Orient. Un ouvrage publié à Lisbonne, en 1700, sous le titre de Notices sur les persécutions de /« mission de Cochinchiiie, est très-instructif sous ce rapport: il contient, d'un bout à l'autre, dos faits qui prouvent la

méfiance des mandarins à Fendroit des missionnaires. Voici la substance de quelques passages de ce livre :

« Le roi s'obstinait à ne pas permettre aux Pères de résider en Cochinchine, dans la crainte qu'à leur instigation les chrétiens indigènes ne voulussent s'emparer de tout le royaume

«Cette haine que le roi avait conçue contre la loi do Dieu, provenait de la crainte qu'il avait que les Portugais, aidés par les chrétiens indigènes, ne se rendissent un jour maîtres de son royaume

« Que les Pères allaient d'abord prêcher la loi dos chrétiens, dans le but de se soulever après qu'ils auauraicDt baptisé un grand nombre d'indigènes, et d'appeler les rois chrétiens d'Europe pour les gouverner. . .

« Craignant que plus le nombre des chrétiens croîtrait, moins il serait en sûreté dans son royauiïie. ••....

« Ces Pères venaient former des chrétiens dans l'espoir que, quand ceux-ci seraient assez nombreux, les Portugais pourraient facilement faire la conquête du l'oyaume.

«On accusait les Pères de traliison, assurant qu'ils parcouraient les barres et les ports de Cochinchine, fai- ^^ant les démarcations, et observant tout ; et pour preuve ^^ cette assertion» on assurait que le P. Joseph Candonc Visitait les frontières muni d'une boussole. (C'était un ^dran solaire. ) »

Mais le chapitre le plus curieux de cet ouvrage est ^^Jui qui raconte l'ambassade que la ville de Macao en-

ifO LA CHINE ET LES PUISSANCES GHRÉTlfiNMES.

voya au roi de Cochinchine en 1652, pour le prier de permettre à deux missionnaires de s'établir et de résider dans son royaume. Ce passage est d'autant plus intéressant, qu'il parle beaucoup des difficultés que la propagation de la foi avait rencontrées au Japon.Yoici la partie la plus importante de ce récit :

« Les pieux habitants de cette noble ville {Macao), voyant que les obstacles opposés par le démon à la conversion de la Cochinchine s'appuyaient sur la fausse crainte que les Portugais ne parvinssent h conquérir des royaumes étrangers par la prédication de FÉvangile, résolurent, en 1652, de lui envoyer (au roi de Cochinchine; comme ambassadeur, Jean Vieira, personnage noble et intelligent, pour dissiper les soupçons du roi et de ses ministres. A cet effet, deux vaisseaux furent appareillés, l'un pour l'ambassadeur, et l'autre pour sa suite , et un Père de la compagnie de Jésus monta sur chacun decps vaisseaux

f( Le roi rerut lanibassadcur trcs-gracieusemcnt. . . •

« L'ambassadeur se plaignit amèrement des fausi=«'^ imputations que les ennemis de sa nation propageaient contre elle. Ces imputations tendaient à faire croire (I"^' les Portugais, par Tinfluence de leurs missionnaires q»» enseignaient la loi du Seigneur du ciel, s'emparaient df* royaumes étrangers; ce qui évidemment était aussi fa"^ qu'outrageant pour la nation portugaise qui a adopte pour sa devise la loyauté, dont elle se fait gloire. . . •

« 11 fit observer que, depuis plus de cent ans que le> Portugais faisaient le comnierce avec presque tous le> ports de ce littoral, on n'avait jamais ouï dire qu'ils ell^sent tente ou favorisé aucune trahison ;

« Qu'à la vérité, il se trouvait dans ces reliions plU' sieurs contrées soumises au roi de Portugal, mais^I"^

JbÉS MISSIONS CUR£TI£xN>£S EN CUiNE.

ceci avait eu lieu par suite des hostilités que U gènes, manquant à la bonne foi, avaient cxercôc les Portugais, ou parce que c'étaient des pays liai des Maures, ennemis déclarés de tous les chréticu

« Que toutefois ces terres n'avaient point été conq après que les missionnaires y eussent prêché la religi des Portugais, mais bien dès le commencement, par la force des armes , quoique après leur soumission, les religieux se fussent mis en devoir de montrer à leurs habitants le chemin du ciel;

« Que la résolution prise par l'empereur du Japon sur de semblables soupçons, bannissant de son empire, nonseulement les religieux missionnaires, mais encore tous les Portugais qui s'y trouvaient, était la plus lâche des actions que ce peuple, d'ailleurs si glorieux, eût jamais commise, faisant preuve en cela de légèreté et de peur;

«De légèreté, parce qu'avant de se livrer a de vaines craintes, on aurait dû savoir quels étaient les royaumes dont les Portugais s'étaient emparés par la prédication des religieux , ce qu'on n'aurait jamais pu prouver, les calomniateurs eux-mêmes ne pouvant pas indiquer une seule province conquise par ce moyen;

«Qu'il ne suffisait pas que les Japonais voulussent s'excuser en disant que les Hollandais le leur avaient assuré, excuse qui prouverait doublement leur légèreté, parce qu'aucun tribunal , fût-il composé de barbares, ne dicte une sentence et n'impose un châtiment sur les rapports d'un ennemi déclaré de l'accusé ;

« Que l'empereur et ses ministres savaient bien que les hollandais étaient les ennemis, non^seulement du roi, ^iiais encore de la loi des Portugais , et que pour cela '^ème on permettait aux Hollandais la résidence au Ja- Pon, tandis qu'on en chassait les Pères religieux et tous ^^s Portugais ;

« Que cette expulsion démontrait plus de crainte encore que de légèreté , parce que la nation japonaise étant

M lA caM£ Et US pinAAifast cineïaiidiBs.

si nombreuse et réputée par sa bravoure^ on avait a| préhendé néanmoins qu'un petit nombre de Portugai relégués dans une extrémité de Tempire ne pût assailli et soumettre plus de soixante provinces, comme si loi les Japonais ne fussent point des soldats, et ne SWMI se servir de leurs épées, de leurs mousquets et avtn armes à feu;

« Qu'enfin, par ce fait, ils s*étaient montrés, non M et courageux comme des hommes, mais Hsdbles et craia tifs comme des femmes ;

c Qu'on ne pouvait pas non plus admettre comme es cuse la crainte que les indigènes baptisés par les mil sionnaires ne prétassent main-forte aux Portugais, i ceux-ci prenaient les armes pour conquérir l'empire parce qu'il n'est point de nation au monde qui préAn être gouvernée par des étrangers plutôt que par soa rai naturel; mais que même dans le cas où la nature e&l doué les Japonais d'inslincts contraires h ceux do mk des hommes, les chrétiens indigènes ne sauraient nnlle* ment seconder rinsurrection des Portugais, et quaucoDtraire ils seraient les premiers à s'opposer à d'injustes prétentions, parce que le quatrième précepte de la loi de Dieu prescrit, sous peine du feu éternel de l'enfer, l'obéissance et la fidélité au roi naturel comme à Dieu loimème ;

« Que telle était la doctrine qu'enseignaient les Pères missionnaires par leurs paroles et dans les livres écrib et imprimés dans la langue chinoise, la japonaise et F»namite, ce dont il était facile de s'assurer ;

« Qu'en résume, par l'expulsion des Pères religieux et des autres Portugais, l'empereur du Japon et ses m»* nistres avaient fait preuve de grande légèreté et d'une crainte excessive, ce qui ternissait l'opinion de sagesse et de bravoure dont ils avaient joui jusqu'alors.

« L'ambassadeur termina son discours en disant: «^^ « ne voudrais pas que la nation coch inchinoise, si iot^l*

DES MISSIONS GflRÉTIENNES EN CHINE. S93

tt ligente et guerrière, s'exposât à un pareil affront k la « face du monde entier (*). »

La méfiance politique était donc un grand obstacle pour la propagation de la foi k Fcpoque où les rois de Portugal faisaient de dispendieux efforts pour Fintroduire en Chine.

Cependant, malgré ces contrariétés, qui se reproduisirent souvent sous diverses formes, les missionnaires gagnèrent du terrain, et finirent par arriver à un degré de prospérité qui dépassa toutes leurs espérances. D*un côté, plusieurs hauts mandarins, pleins de l'idée qu'ils se faisaient de la grandeur de leur pays, et n'ayant qu'un souverain mépris pour ces nations étrangères, si insignifiantes à leurs yeux, ne daignaient pas s'arrêter k des pensées de crainte pour des projets de conquête de la part des Portugais ou des autres Européens ; d'un autre côté, la plupart des missionnaires qui, vers cette époque, arrivèrent en Chine, étaient des hommes remarquables et très-versés dans les sciences, ce qui leur attira beaucoup de considération et de respect. Lorsque les Tartares Mandchoux envahirent l'empire, plusieurs missionnaires habitaient l'intérieur du pays et y voyageaient ostensiblement; on sait même que le premier ministre du dernier empereur de la dynastie des Mings était chrétien. Les deux premiers souverains mandchoux, qui furent Araavang et Song-chi, les traitèrent avec la plus grande distinction. Ce dernier avait une véritable amitié pour le chef des missions de Pékin, le P. Schall; il le combla d'honneurs, et il allait souvent chez lui passer des heures entières. Le P. Schall eut ainsi occasion de faire quelque-

n Le souverain actuel de Cochinchine, qui s'est trouvé attaqué Pv l'armée franco-espagnole et qui verra sans doute bientôt son ^oyaame gouverné par un général français, dira probablement que ^n prédécesseur de 1652 n'était pas aussi naU que le jugeait l'am- •'assadeuT macaïste, J. VIeira.

i9i LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

fois beaucoup de bien au peuple chinois; car il disait la vérité au monarque, ce que ses ministres n*osaîent pas toujours faire. Le successeur de ces princes, Kang-hi, ne traita pas les missionnaires avec moins de distinction dans les commencements de son règne; ce fut même là, à tous les points de vue, Tépoque la plus brillante des missions catholiques en Chine. Quelques jésuites exécutèrent une triangulation générale et dressèrent la grande carte de toute la Chine ; ils apprirent aux Chinois à fondre des canons de bronze de gros calibre, et ils réglèrent le calendrier d'après les règles de la science. Toyant les jésuites en si grande faveur auprès du prince, beaucoup d'indigènes recherchèrent la faveur des jésuites et se firent chrétiens.

L*évêché de Macao avait été créé depuis 1575 avec juridiction spirituelle sur toute la Chine et la Tartane.

En 1650, les Portugais obtinrent concession de Tempercur Kang-hi d*un terrain pour bâtir une église, et il y contribua même avec ses fonds. Ils élevèrent un temple dédié k Notre-Dame de l'Assomption, qui fut converti en cathédrale cent ans plus tard : il est encore debout. C'est le même qui a été rendu en 1860 au baron Gros. Sur la façade étaient sculptés les mots kin-kou^ signifiant don impérial. Les indigènes appelaient celte église Nam- /am (temple du Sud), par opposition a d'autres églises élevées plus tard et dont nous parlerons.

En 1690, Icsévèchés de Nankin et de Pékin furent créés avec juridiction sur la Tartarie.

Les premiers missionnaires qui entrèrent en Chine étaient jésuites. Connaissant a fond la langue et les idcesdu peuple au sein duquel ils vivaient, ces religieux virentqu il serait impossible d'implanter solidement en Chine un* religion, une secte quelconque, qui condamnerait le prio* cipe, si sacré pour les Chinois, d'honorer la mémoire d(*5 parents, des ancêtres et deConfucius. Cet usage, en efti* forme une partie essentielle du grand système de la piél^

DES MISSIONS GHRËTIENNES EN CHINE. f9S

tîliale, sur lequel reposent la morale, la politique et ladministration de Tempire. Mais des missionnaires dominicains parvinrent à troubler l'œuvre si prospère des jésuites; voyant les Chinois chrétiens s'agenouiller devant les tombeaux de leurs parents ety brûler del'cncons, ils taxèrent ces pratiques d idolâtrie, et déclarèrent qu'on ne pouvait les permettre à aucun catholique. La question était fort grave: non-seulement on condamnait comme coupable un usage que les Chinois considèrent comme le devoir le plus naturel et le plus sacré, mais encore on mettait tout chrétien dans l'impossibilité d'être mandarin ou môme lettré; car on sait que quiconque dépend du gouvernement est tenu de rendre officiellement les honneurs funèbres àConfucius. Il en résultait qu'aucun Chinois d'une condition élevée, ou même de la classe moyenne, ne pouvait embrasser la foi catholique sans renoncer au commandeinentet aux honneurs ; or c'était là un bien grand sacrifice dans un pays où les fonctions publiques sont le rêve doré de tout homme ayant quelauc fortune, quelques talents, quelque noble ambition. Nous le disons dans un autre chapitre : en Chine» l'unique aristocratie, c'est le corps des mandarins, et ce corps est ouvert aux hommes de toutes les classes. Comment donc propager une religion qui fermait tout avenir, excluait toute espérance et défendait d'aspirer à ce que peut obtenir morne Thomme qui se trouve dans la position la plus modeste? Les fnreatr '^suites pensaient que ce qui importait avant tout à la religion, cétait qu'elle fiit professée par de hauts personit CD II ^^^^> parce que leur exempte entraînerait les autres, et tle^là-fi ^"^^^ pourraient aider de toutes les manières. Ils es- [ virent ^^yèrent donc de persuader au pape que les coutumes

CLJDf J ^^ïidamnées par les Dominicains étaient des cérémonies railier4 P^^'ement civiles et dans lesquelles n'entrait aucune idée ^flj^j^: f ^^Hgieuse; pour pens<?r le contraire, il faudrait se figurer ^e, en é ^^® ^^^ Chinois croient que leurs parents et leurs ancêtres de\i\V' ^^ tranforment tous en dieux, Les disputes que les Jésuites

8dô LA CUIMË ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

et les Dominicains eurent sur ce point de doctrine furent très -orageuses, et Tempereur Kang-hi voulut une fois assister lui-même aune discussion, qui se termina par un grand scandale , car ne pouvant se convaincre par des paroles, ils eurent recours a des arguments plus violents.

La propagande de Rome s'était déclarée contre la doctrine des Jésuites, et la sentence avait été approuvée par Innocent X, en 1645. Les Jésuites travaillèrent à la faire révoquer, et le «tribunal de l'inquisition déclara que les rites des Chinois n'avaient qu'un caractère purement civil. Cette sentence fut approuvée, en 1656, par Alexandre VII; mais, en 1693, le vicaire apostolique Maigrot rendit, en Chine, un décret diamétralement opposé à la décision du tribunal de l'inquisition, et le pape ClémentXI confirma, en 1704, le décret de l'évèque Maigrot.

Le saint-siége envoya expressément en Chine le cardinal Tournon. Il arriva à Pékin en 1705, et après avoir étudié la question des rites en dispute, condamna la do^ trine des Jésuites.

Cependant Kang-hi déclara que les missionnaires qui suivraient la doctrine de Ricci seraient autorisés, et que tous les autres devraient quitter la Chine ; le pape, de son côté, ordonna que tout missionnaire qui irait en Chine jurerait de n'obéir qu'aux ordres et instructions provenant du souverain pontife.

Par suite de ces nouvelles difficultés, le pape envoya le patriarche d'Antioche, Mazzebarba, qui arriva à Pékin en 1721. Il approuva, sauf de certaines restrictions, Icî' doctrines que le cardinal Tournon avait condamnée>- Le triomphe des Jésuites ne fut pourtant pas bien long, et Rome revint a la prohibition de leur tolérance des rites indigènes.

Cette fluctuation dans les décisions romaines entretint plus vif le feu de la discorde entre les pasteurs apostoliques; elle devint la cause de beaucoup de scandales et fut on ne pont plus fatale a la propagation de la foi.

même temps ces querelles déplurent singulièrement ig-hi, très-blessé d'ailleurs de voir qu'un prince e prétendait commander dans ses États. Ce même reur, qui avait tant protégé les missionnaires, ori que tous eussent à quitter les provinces de Tem- »our se rendre, soit a Pékin, soit à Canton, d'où ils nieraient en Europe. Un des résultats les plus fui des dissidences des missionnaires, ce fut de mettre »ute leur propre doctrine. On leur disait alors soua Comment pouvez-vous assurer que vous prêchez îté, quand vous-mêmes n'êtes pas d'accord sur vos nces? »

le dispute acharnée h. propos des rites chinois ne fut i seule bourrasque qui agita la chrétienté de l'em- Une autre lutte plus prolongée, sinon plus violente, agea de bonne heure entre ceux qui avaient tous, doute, le plus grand zèle à convertir les Chinois, les faits.

sait que les Portugais furent les premiers Européens loublèrent le cap de Bonne-Espérance et qui eurent établissements dans l'Inde, dans les détroits de Maet en Chine. Ils furent aussi les premiers à fonder Dissions religieuses et a bâtir des églises dans ces ns.

vue de ces faits, les papes concédèrent aux rois de igal, par de très-honorifiques et explicites bulles, le de patronage spirituel sur tous ces pays, comme îtaient sous le gouvernement direct du Portugal. Sa Jté Très-Fidèle nommait les évêques et autres prélats toutes ces contrées, sauf la confirmation du Saint- !, et elle avait la gérance de toutes les missions aposlies. Des prêtres français, allemands, italiens et esols, allaient en Chine et dans l'Inde, mais là ils nt sous la juridiction des évêques nommés par le e Portugal. Celui-ci choisit souvent pour gouverner

Page 1