II
les missions des religieux qui n'étaient pas Portugais.
11 arriva pourtant que l'empire des Portugais dans l'Orient fut éphémère ; les Anglais et les Hollandais y vinrent bientôt leur faire concurrence et ne tardèrent pas k les remplacer en grande partie.
En même temps fut créée, a Rome, la congrégation de propaganda /?c?e (1662); et dès sa naissance elle commença k faire la guerre au patronage religieux des rois de Portugal dans l'Indo-Chine. Elle soutenait que ce royaume n'avait ni les missionnaires, ni les moyens nécessaires pour subvenir convenablement aux besoins des missions. Elle disait en substance : « Le Portugal ne fait pas et ne nous laisse pas faire. » C'était, sans doute, oser d'ingratitude envers un peuple qui avait tant sacrifié au désir de propager la religion dans l'extrême Orient, à une époque où Rome ne donnait pas signe d'y songer. Si la propagande était riche en argent et en missionnaires, pourquoi ne pas aller en aide aux Portugais dunt on ne pouvait méconnaître la gloire d'avoir fondé les missions? Pourquoi ne pas se ranger tranquillement dans l'Indo- Chine souslajuridiction des évoques portugais? Pourquoi vouloir déposséder la couronne de Portugal du patronage que les anciens papes lui avaient concédé, avec celte clause qu'aucun pape ^ dans V avenir^ ne pourrait Ven priver.
Les rois de France désiraient aussi, au xvii* siècle, avoir en Chine des missionnaires indépendants des prélats portugais. Louis XIV obtint de Kang-hi l'admission de six lazaristes français qui arrivèrent à Mng-po en 1688. L'empereur leur fit don d'un terrain oii ils bâtirent une église à laquelle on donna le nom de Pe-fang temple du nord), par opposition a l'église portugaise qui fut ïioïïi'màc Nan-tang (temple du sud). Appuyés sur cetexempï^' les prêtres italiens propagandistes, qui étaient arrivés à Pékin avec les cardinaux Tournon et Mazzebarba, obtinrent aussi un terrain, construisirent une église quil-^ appelèrent Si-tang (temple occidental) et se déclarèrent
indépendants des Portugais et des Français. Les Portugais, pour compléter le carré, élevèrent une église à saint Joseph, quif par sa position, fut connue des indigènes sous le nom de Toung-tang (temple oriental).
Une fois les missionnaires apostoliques divisés en trois groupes rivaux, ce fut a qui attirerait à soi la plus grande partie des sept mille chrétiens environ qui existaient a Pékin. Les jalousies, les intrigues, les querelles qui s'ensuivirent causèrent les troubles les plus graves.
Cette anarchie arriva à son comble lors de la mort de l'évêque de Pékin, Souza. L'archevêque portugais, de Goa, institua, en qualité de vicaire général, le jésuite portugais Espinha, mais la propagande fit nommer, pour remplir cette place, l'italien Santa-Teresa. Cette compétition de juridictions mit en feu toute la congrégation chrétienne, au point qu'un mari tua sa femme, ces époux appartenant à deux partis opposés.
Plus tard l'italien Damasceno fut nommé évêque de Pékin. Avant que les bulles ne fussent arrivées dans la Capitale, un vicaire apostolique, appartenant à la propagande, le consacra. Les jésuites portugais ne voulurent pas reconnaître cette consécration, mais monseigneur Damasceno les suspendit de la juridiction spirituelle, et fit imprimer et distribuer à tous les chrétiens des brochures dans lesquelles il déclarait que les sacrements administrés par les missionnaires portugais seraient aussi nuls que s'ils étaient administrés par les bonzes de Bouddha. En 4785, le Portugais Gouvea fut nommé et confirmé évêque de Pékin. Il fit une division des quartiers et faubourgs qui devaient être sous la juridiction des missionnaires portugais, français et propagandistes. Ceci recommença encore d'ardentes polémiques et d'aussi vives protestations.
L'un des propagandistes fut nommé secrètement délégué apostolique vel quid simile^ lequel, pour envoyer à Rome une explication plus facile à comprendre de ces
misérables disputes, dressa une carte où on voyait les terriloires appartenant à chacune des trois missions différentes.
Un chrétien indigène, qui portait a Macao le paquet contenant cette carte et quelques lettres des missionnaires, fut arrêté en route par la police et conduit à Pékio. Un interprète russe fut prié de traduire ces papiers. 11 s'y trouvait une lettre en latin de deux prêtres indigènes, qui se plaignaient de ne pas avoir reçu depuis longtemps leur congrua. Ce mot fut traduit par celui de /onh-lou^ employé dans le pays pour signifier 1 appointemeot qu'un serviteur du gouvernement reçoit du trésor public.
Ces faits confirmèrent les mandarins dans leurs anciens soupçons. Voilà que les missionnaires envoyaient des cartes de l'empire en Europe ; voilà qu'ils se disputaient à propos de la juridiction qu'ils prétendaient avoir sur les territoires de la Chine, et en référaient à leurs chefs en Europe; voilà que les sujets de l'empereur étaient soudoyés avecî de l'argent envoyé par les monarques chrétiens!
II en résulta que la religion du Christ fut sévèrement défendue. Un décret, inséré dans le Code des lois, édioU que tout chrétien indigène qui persisterait à suivre c<^^^* religion, serait exilé dans Tllly et vendu comme escls^^^ aux musulmans.
Quant aux missionnaires européens, ils furent t ^^^ renvoyés à Macao, sauf deux Portugais qui étaient ^^^^ ployés au bureau dos mathématiques pour la confect— ^^^^ des calendriers : la continuation de Iceuvre sainte 1 -^ tut toutefois interdite. Ces malheurs eurent lieu en IflC^^
L'un de ces savants (M. Serra) fut nommé, en \^£^^ é\èque de Pékin par le roi de Portugal, mais le pape^^| voulut pasle contirmer, toujours à caus(^ des difficu -M^^ sur le patronage. Alors, Mgr Serra vendit les propriE^^*^de la mission portugaise, excepté la cathédrale, et appc::^'*^^ à Lisbonne 450.000 francs environ.
set
En 1838 mourut Fautre missionnaire, Mgr Porcira, évêque de Nankin. Ce fut le dernier religieux européen qui vécut à Pékin, autorisé par le gouvernement. A cette occasion les portes de la cathédrale furent closes avec des pierres et du mortier; et l'archimandrite russe vendit les maisons contiguës, demeure des missionnaires, et fit
parvenir a Lisbonne, par la voie de l'ambassade de
Russie, le produit de la vente montant à 60,000 francs
environ.
Cette cathédrale est la môme qui a été remise a M. le
baron Gros, en 4860. Voici le dessin de la façade :
Cathédrale de Pékin bâtie parle.«; missionnaires portugais en 1650.
SOf LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.
A cause de cette malheureuse question du patronage dont j'ai fait mention, une espèce de schisme a existé pendant plusieurs années dans l'extrême Orient. Ouelques catholiques ne reconnaissai^t que les prélats appointés parle Pape, tandis que d'autres persistaient à obéir seulement à ceux qui avaient été présentés par le roi de Portugal. À Calcutta, Bombay, Malacca, SÎDgapor, et dans presque toutes les colonies de cette région, il y avait une église de Rome ou française et une autre portugaise. Les deux églises se répudiaient mutuellement.
Pour remédier a cet état de choses, le gouvernement de Portugal fit un concordat avec le Saint-Siège le 21 février 1857: S. M. T F. sacrifia, pour l'amour de la paix, une grande partie de ses droits. Cependant le gouvernement de Rome n'en fut encore, il paraît, quh, demi satisfait, et il met une inconcevable lenteur k exécuter les clauses du concordat: plus de trois années lui ont été nécessaires pour expédier les bulles à l'archevêque de Goa (colonie portugaise), et il n'a pas encore nommé les commissaires qui, d'accord avec ceux du roi de Portugal, doivent marquer dans l'Inde les limites du patronage de Portugal et de celui de Rome. En attendant, les prêtres de la Propagande ont de fait envahi presque toutes cesmissionsdont plusieurs, soit dit en passant, possèdent des terres et des maisons. Quant à la Chine, il n'est resté que l'évêché de Macao, réduit en réalité au diocèse de la ville : c'est ce qui a déterminé rexccUent et très-digne évèque D. G. J. da Mattaa donner la démission de son poste; ilsVM retiré dans le pays de sa naissance, petit village où un " grand mérite reste perdu pour l'humanité.
La conduite observée dès les premiers temps par le gouvernement impérial envers notre esprit de prosélytisme persistant est, pour dire la vérité, assez facile à comprendre. A mesure que l'on voyait les conquêtes des Européens dans l'Indo-Chine, ainsi que les discussions
2tles guerres entre eux, les mandarins devenaient plus défiants a Fendroit des missionnaires catholiques, qu'ils soupçonnaient toujours être des espions et des agents de» rois de l'Europe; et il n'y a pas tant lieu de s'étonner qu'ayant vu ces rois s'avancer jusqu'aux frontières de la Chine, ils leur aient supposé le désir de s'emparer, s'ils le pouvaient, de la Chine elle-même. Un empereur disait à des missionnaires : « Ce que vous désirez, c'est de convertirtous mes sujets à votre foi, n'est-ce pas? — Oui, grand prince, — Et,^ si vous y parveniez, à qui obéiraientils ensuite, à moi ou à vous ? »
Les missionnaires se plaignent de ce que les négociants leur ont fait et leur font beaucoup de tort, au point de vue de leur objet, qui est de s'établir solidement en Chine et d'y propager la foi. Les commerçants, de leur côté, disent que l'obstination des missionnaires a vouloir* introduire en Chine une religion qui déplaît au gouvernement oblige celui-ci a repousser tous les Européens ; il est probable que les uns et les autres ont raison.
Déjà saint François-Xavier, lorsqu'il voulut entrer en Chine, eut a lutter avec les négociants portugais établis dansl'ilede Sancian, et enfin il mourutdans cette île sans avoir réalisé son ardent désir. Pareillement, les premiers gouverneurs des Philippines, dans l'intérêt du commerce, défendirent aux missionnaires d'aller en Chine ; cependant six k huit franciscains exaltés s'échappèrent un jour dans une embarcation chinoise qu'ils avaient frétée, en convenant avec le capitaine qu'il les déposefait sur la côte, a Canton. La chose eut lieu ainsi; mais avant quils fussent arrivés aux portes de la ville, une grande foule s'était attroupée autour d'eux pour voir ces étranges figures. Arrêtés à la porte et conduits devant le "magistrat, ils dirent qu'ils étaient venus prêcher la religion chrétienne et mourir pour elle. Comme personne ^^ les comprenait, le patron du navire qui les avait apportés déclara qu'une tempête l'avait forcé d'aborder avec
ces gens-la. Le magistrat les fit enfermer dans une maison, et, quelques jours après, les envoya à Manille, par un des vaisseaux de la ligne des Philippines.
Les missionnaires nestoriens arrivèrent au septième siècle par la Tartarie et seuls ; voilà pourquoi ils ne soulevèrent q.ucun soupçon et furent parfaitement accueillis. Il en arriva de même pour les prêtres catholiques que le pape envoya aussi par la Tartarie, aux douzième et treizième siècles; et les bonzes bouddhistes venant de l'Inde furent également bien reçus par les mêmes raisons. Si les missionnaires chrétiens de la troisième époque fassent aussi arrivés seuls, ils auraient obtenu lamèmeprotection ; mais ils se présentèrent, au seizième siècle, en même temps qu'on vit sur les côtes de Tempire des navires de guerre portugais, anglais, espagnols et hollandais. Sans cette circonstance ils auraient sûrement joui de la même tolérance et de la même liberté qui ont toujours été accordées aux sectaires de Mahomet, de Bouddha et de Lao-tseu. Mais il est probable aussi que la crainte qu'a toujours causée dans ces contrées l'approche desEuropéens s'est accrue par l'infatigable insistance des mi>sionnaircs a s'introduire dans l'intérieur du pays. Je nie suis quelquefois entretenu avec dos Chinois au sujet dos missions chrétiennes, et je les ai toujours trouvés pénétrés de cette idée que tous les secours d'argent que reçoivent les missionnaires leur sont envoyés par les souverains européens. Voici à très-peu près le dialogue qni s'établissait invariablement : — a Les missionnaires viennent de très-loin, et ce voyage leur coûte fort cher; et eusuite ils vivent ici de ce qu'on leur envoie de leur pa}'^- Qui donc peut envoyer des sommes si considérables, s»* non les rois de l'Europe? — Vous êtes complètement dans l'erreur; ce ne sont pas les rois qui envoient ces sommes; ils n'y sont pour rien. — Mais, dans ce cas, d'où sort donc tant d'argent? — Je vais vous l'expliquer: il y *
DES MISSIONS CHRÉTIENNES EN CHINE. 50â
dans différentes villes d'Europe des associations de personnes excellentes et pleines de religion, qui s'engagent volontairement à payer chaque mois ou chaque semaine une petite somme, et, comme les personnes qui souscrivent sont en très-grand nombre, on finit par réunir ainsi des sommes considérables, que l'on envoie ici et dans d'autres pays pour l'entretien des missionnaires. Car il faut que vous sachiez que ce n'est pas seulement en Chine qu'il y a des missionnaires, mais aussi dans beaucoup d'autres contrées. — Bien ; j'admets qu'il en soit ainsi. Mais quel est le motif qui peut porter ces gens-là à donner volontairement leur argent pour que des missionnaires viennent ici nous engager à nous faire chrétiens ? Ils doivent en attendre quelque avantage, quelque profil; car il n'y a nul homme assez insensé pour donner son argent sans quelque intérêt. — Ils n'attendent aucun profit. Il n'y a en tout cela que générosité, bonté de cœur, vertu, pur désir de vous voir devenir chrétiens comme eux. — Mais, je le demande de nouveau, pourquoi veulent-ils que nous soyons chrétiens? Que leur importe à eux? — Je vais vous le dire : vous savez que notre religion enseigne qu'il y a un ciel où va notre esprit après que notre corps est mort; dans le ciel, on jouit d'une grande félicité. Mais il y a aussi un enfer, c'est-à-dire un abîme rempli de flammes, un lieu de tourments, où l'esprit de celui qui a été malfaisant va, pour n'en sortir jamais. Continuez à m'écouter avec attention. — Je vous écoute. — Vous savez aussi qu'il y a dans notre religion une cérémonie appelée le baptême. Pour qu'un homme soit chrétien, il est indispensable qu'il soit baptisé, ou pour mieux dire, c'est le baptême qui le constitue chrétien. C'est aussi un dogme dé notre religion que celui qui ^'est pas baptisé ne peut entrer au ciel, et, par conséquent, doit aller en enfer. Voilà l'explication de tout ce qui vous semblait si difficile à comprendre. Ceux quidon- ^^Xi\ leur argent ne sont ni des niais ni des gens qui es-
pèrent faire un bénéfice. Seulement ils désirent que vous soyez baptisés et que vous reconnaissiez le vrai Dieu, aûn que vous n'alliez pas en enfer. Vous voyez que, dans tout cela, il n'y a que bonne volonté et compassion pour vous.
— Mais, monsieur, est-ce sérieusement que vous parlez?
— Je vous assure que tout ce que je vous dis est la purs vérité. — Vous m'étonnez; car je vous ai toujours teoa pour un homme d'une raison parfaite, et tous les Européens que j'ai connus je les ai aussi trouvés très-^intelligents; mais les choses que vous me dites me paraissent singulières et incompréhensibles. Comment un homme jouissant de sa saine raison peut-il croire qu'un Chinois, quelque vertueux qu'il puisse être, doive, par cela seul qu'il n'est pas chrétien, être précipité pour toujours dans ce lieu dont vous parlez, plein de flammes et de toui^ ments? J'ai ouï dire que votre religion enseigne des choses fort singulières, par exemple qu'une femme, tout en étant positivement vierge, enfanta un Dieu ; qull y a un autre Dieu qui, sous un point de vue, est une seule personne, et, sous un autre point de vue, trois distinctes personnes. Il va sans dire que tout cela me semble absurde; mais enfin, vous, chrétiens, vous le comprenei sans doute. Ce que je ne puis digérer, c'est que quelqu'un se figure et se persuade sérieusement que tout ce qu'ily a et tout cequïl y aeuau mondedc Chinois, etd'autreshommcs, bons ou méchants, seulement pour n'être pas devenus chrétiens, doivent brûler éternellement. En supposant que cela soit ainsi, ily a plusieurs millions de Chinois qui ne saventmèmc pas qu'il existe une religion diledu Seijneur du ciel (le christianisme). Et ceux-là aussi doivent brûler? Y a-t-il de leur faute a ne pas connaître cette religion ? Et s'il n'y a pas de faute, peut il y avoir châtiment?— Mon cher monsieur, vous ^ous êtes éloigné de la question. Rappolez-vous que je ne suis pas missioonaire et que je ne prétends pas vous imposer une croyance quelconque. Je vous expliquais la provenance de l'argent
que les missionnaires chrélîens reçoivent d'Europe, et je TOUS répète ce que je vous ai déjà dit : Il y a une infinité d'Européens très-dévots, très-enthousiàstesen matière de religion ; auprès de cela, tout le reste leur semble insignifiant. Ce sont en vérité des personnes remplies d'excellents sentiments et d'amour pour l'humanité. Elles pcnsentque, si vous ne vous faites pas chrétiens, vous irez en enfer. Je ne veux pas entrer ici avec vous dans la discussion de savoir si elles se trompent, comme vous le prétendez; mais telle est leur croyance. Elles sont convaincues, je vdns l'assure, que le plus grand bien qu'elles puissent faire à un peuple ou à un homme, c'est de le convertir au christianisme; de là cet esprit de prosélytisme, cette ardeur pour la propagande religieuse ; de là ces souscriptions volontaires, de là enfin la venue de ces missionnaires que vous prenez pour des espions et des agents des rois de l'Europe. »
L'abbé Hue, que j'ai déjà cité, fit, comme tout le monde sait, un voyage au Thibet en compagnie d'un autre missionnaire, et tous les deux jouissaient dans ce pays d'une grande estime. Kishen, qui avait été commissaire impérial a Canton lors de la guerre contre les Anglais, et qui se trouvait alors au Thibet comme ambassadeur de Chine, obligea le gouvernement local à les faire partir, bien qu'il fût lui-même avec eux dans de bons rapports et les traitât avec beaucoup de considération. Kishen connaissait toute l'histoire des missionnaires en Chine et savait les services qu'ils y avaient rendus. J'exprimai donc mon étonnenient à l'abbé Hue de ce que c'était un homme aussi cclairé que Kishen qui les avait fait sortir du Thibet, et je lui deniandai s'il savait quel motif il avait pu avoir d'agir ainsi : «Voyez-vous, me répondit-il, à ces mandarins, quclîiie éclairés qu'ils soient, il n'y a pas moyen de leur ôter ^6 la tète que nous sommes un peu agents politiques. »
ï^ans ces derniers temps un haut mandarin, Ying-chanyoung, dans un mémoire qu'il adressait à l'empereur à
508 LA CÎ!ï:«E et les PtlSSANCES CmÉTTEMES
propos des Eiirop(»ens, disait : ^ Quanta la propagn t( de learrt'ligiou, ils aspirentà corrompre l'espril pu ti et, de cette luanière, arriver secretoiiieni à opérer Li révolution. K// 71 en était pastâmi^ ils se coutenlere u de pratiquer leur foi da7ts leur propre pays. Ils foal » cliârîtés aux pauvres, niais ee n'est qutin stratag « pour gagner k €ù.>ur du peuple. Ces rebelles barb i« çnt toujours absorbé, par ces moyens» les Etats èti V. gers plus faildfs qu'eus. \>
Le prince Sang-ko-lin-sin diéaitdans un autre méoiû a Ils emploient les fausses doctrines de Jésus pour 1 « poîsonner les esprits des jobards, et l or et rar^enlfi « corrompre le cœur des intelligents. Si ou les laisse ù \*. dausqnelquesannèoji d id la population entière enib V sera la fausse religion de Jésus; et alors, est-ce qu p peuple ohioois ne deviendra pas la dupe des barbarei
Ces idées des mandarins diirioi!? sur notre prosêlytii religieux m'ont toujours fait penser que les dêmarc des ministres et consuls eurnpéens pour favoriser la p pagatiûu de la foi en Cbine ont été três-prcjudiciabk eetb^ même propagation, car elles ont servi à coofim les mandarins dans leurs soupçons. Si les raissionnaii eussent été abandonnés à eux-mêmes, sans que persoo s'occupât de les délivrer quand ils se trouvaient po« suivis ou emprisonnés, ils seraient loin de faire ombi^ comme ils le font maintenant. Sans doute quelques-tt de ceux qu'on a sauvés au moyen de réclamations et ( menaces eussent été victimes, mais la cause delaproiK gande y eut gagné.
Pourquoi voit-on jouir d'une si complète tolérance 1 Chine- les bouddhistes et les musulmans? Parce que gouvernement n'attache pas la moindre importance à c< sectes, qu'il pourrait ai^éantir le jour qu'illui plairait, i dont les membres ne sont point en relation avec ai étrangers puissants, en sorte que personne ne Finqui^^ a leur occasion.
DES MISSIONS CHBÊtlENNES EN CHINE. Sôt>
J'ai exprimé ces mêmes idées à plusieurs missionnaires; mais il en est peu que je sois parvenu à persuader. En général, leur désir est que les gouvernemenls d(; l'Europe obligent les mandarins k les tolérer. Ceci laissa' croire qu'ils ont peu de confiance en leurs propres ressources.
A Chang-hai, en 1845, on mit en prison, pour je ne sais quel délit commun, un Chinois qui se trouvait être chrétien. Dans les environs demeurait un évoque italien, monseigneur Besi, lequel, cédant aux larmes des parents du prisonnier, se rendit à la ville et pria le consul anglais d'intercéder auprès du gouverneur chinois pour qu'on le mît en liberté. Le consul accéda à sa demande, et le prévenu fut élargi. Dans cette circonstance, je dis franchement a l'évêque qu'à mon avis il avait mal fait; que, si le chrétien était tombé en faute, on devait laisser la justice du pays suivre son cours, et que je regardais comme très-préjudiciable à la propagation de la foi qu'il eût fait intervenir dans cette affaire un consul étranger et surtout le consul anglais.
Ceux qui ont marché le plus dans cette voie, a mon avis erronée, sont les Français. Toute l'ambassade de M. de Lagrenée était triomphante parce qu'on avait obtenu de Ri-ying un décret impérial en faveur du christianisme, et quelques attaches répétaient avec emphase que «la France est l'épée de la religion. » Mais ce décret ne fut qu'un expédient pour renvoyer content M. de Lagrenée, et la situation des chrétiens ne s'améliora en rien, si même elle n'a pas empiré.
Le baron de Forth-Rouen me raconta lui-même qu'à Chang-hai, il fit saluer d'une salve, par la corvette de guerre qui le portait, un évêque venu à bord, et cela afin de l'honorer et de lui donner de Pimportance aux yeux des autorités chinoises. 11 me raconta aussi qu'à Ning-po, après avoir visité la ville, il s'était mis à descendre le fleuve et était déjà près de l'embouchure,
ilO LA QilNE £t LES PlJIâ$ANC£S G0IIÉnÉNKES.
loisque , le gouverneur chinois passant dans la rue, on individu se prît de querelle avec un des hommes de sa suite, et se montra sans doute insolent. Le gouverneur lui fit administrer quelques coups de hâton. 11 se trowivi que cet homme était chrétien , et il est probable qse sa hardiesse provenait en partie de cette circonstance, et de ce que le ministre de France venait de visiter Ning-po avec la corvette de guerre. Le missionnaîre français qui résidait dans cette ville donna aussitôt arâ de ce qui s'était passé au baron de Forth-Rouen, et celuici, remontant jusqu'à la ville avec sa corvette, exigei que le gouverneur donnât au Chinois deux cents dolltrs comme dédommagement des coups qu'il avait reçus, et la chose eut lieu ainsi. Je dis franchement à M. de Forth- Rouen que, d'après ma manière de considérer cette question, il ne faudrait pas beaucoup de faits de cette espèce pour en finir avec le peu de tolérance dont notre religion jouissait encore en Chine. En dTet, le gouverneur chinois à qui était arrivé ce qui Tient d'être raconté dut nécessairement se dire : « Si j'ai eu ce désagrément, si j'ai subi cette humiliation à roccasion de ce chrétien, a quoi devrais-je m'attendre le jour où il y aurait des milliers de chrétiens ? Nous serait-il alur? possible de gouverner ? »
En 1844, la corvette de guerre V Héroïne fit en Cochinchine beaucoup de menaces et fut sur le point douvrirle feu de ses canons pour qu'on lui livrât cinq missionnaires catholiques qui étaient arrêtés par les autoriti*? locales. Quatre ans plus tard, dans le môme lieu, lacor- \cttc la Victorieuse et la frégate Za G/oire, pour obtenir l«* mise en liberté d'un missionnaire également arrèU* a terre, firent plus que des menaces : elles coulèrent à fon" plusieurs navires cochinchinois, et tuèrent plus de nii»*' hommes 1 Quelhabile moyen d'introduire le christiani^nï« dans ces nations que nous appelons barbares!
C'est une erreur de croire que les mandarins ne po"'
bÉà MISSIONS CHRÉTIENNES EN CHINE. ili
aient pas empêcher l'entrée clandestine de missionlaires chrétiens en Chine. Le plus souvent, ils savaient rèS'bien où ils se trouvaient, mais ils ne portaient point Bur attention sur eux, les tenant pour des imbéciles ou !esfous. En règle générale, le mandarin ne s'occupe que 08 affaires qui lui sont déférées par les parties intéresées, et un Chinois ne se présente devant le tribunal d'un aagistrat que lorsqu'il se voit dans la nécessité de le lire. Plusieurs 'missionnaires m'ont eux-mêmes avoué [ue les mandarins des localités où ils avaient leurs glises étaient informés de tout, et qu'il ne pouvait en Ire autrement, puisque dans ces églises il se réunissait beaucoup de monde les dimanches, les jours de fête, etc.; les Chinois non chrétiens m'ont assuré la môme chose. Ces nandarins n'attachaient aucune importance à la présence le ces missionnaires cachés, sachant parfaitement qu'ils prêchaient une doctrine bonne au fond, avec des mystères incompréhensibles, comme la Conception et la Trinité, qu'ils ne s'occupaient qu'à chanter des prières (la messe) en une langue incomprise (en latin) à certains jours, en se revêtant d'un costume singulier, etc. : toutes choses plus ridicules à leurs yeux que coupables ou redoutables. Sice mépris était général, comme il l'est pour les bouddhistes, la Chine serait couverte d'églises chrétiennes.
Lorsque j'étais a Chang-haï, un évoque italien, qui ^vait sa résidence à quelques lieues, venait quelquefois chez moi habillé en chinois. Un domestique ayant ma confiance fut instruit de tout ; il alla même plusieurs fois^ avec des commissions de ma part, dans la maison où se cachait l'évêque, et fut sur le point de se faire baptiser, ftenvoyé, ce domestique, pour se venger, alla dénoncer au gouverneur général du département mon ami l'évêque^ Bû assurant qu'il connaissait exactement sa demeure st qu'il y conduirait directement les agents de police. Il -foyaitsans doute recevoir une récompense; mais, à sa
519 LA CHtN£ ET L£$ PmSSANCËS CtiRÉTJENNES.
grande surprise, on le renvoya sans faire attention à ba déposition.
Toutefois, s'il venait a être reçu comme chose avérée parmi les Chinois qu'il existe des relations intimes entre les souverains étrangers et les missionnaires apostoli^ ques, il serait bien difficile a ceux-ci de faire le moîndm progrès et môme de maintenir ce qui existe. Ce ne seraient plus seulement les mandarins, ce seraient les convertis qui regarderaient avec méfiance les missionnaires. 11 y aurait peu d'indigènes qui voudraient être ou paraître traîtres. L'amour de l'indépendance est de tous les pays.
A moins donc que je ne m'abuse grandement, peut-ii y avoir quelque chose de plus nuisible aux intérêts de là religion en Chine que les démarches que font les gotivernements étrangers pour l'y introduire et l'y soutenir par la contrainte.
Cependant, je ne blâme pas en ceci les agents dipiomatiqups; ils ne font que suivre leurs instructions. Moinicnie j'ai eu aussi, parmi les miennes, celle de donner aux missionnaires toute la protection possible, quoique rien ne fût plus contraire ii mes idées et à ce que m'avaient appris mes observations. Les intéressés eux-mùmes, comprenant mal leur position et leurs intérêts, sollicitent leurs gouvcrnemcnls pour les protéger dune manière effective et directe.
Les premiers missionnaires européens qui arrivèrent en Chine au xvi'' siècle étaient des hommes éminents et des savants distingues : par la, ils obtinrent la faveur des personnages qui gouvernaient. Les Chinois, n'ayant aucune religion, sont naturellement d'une extrême tolérance. Protégés par le gouvernement, les jésuites firent beaucoup de prosélytes, et sans les inquiétudes qu'inspirèrent aux mandarins les conquêtes des Européens, et surtout sans la lutte si funeste qu'engagèrent avec eux les dominicains, soutenus à la fin par le pape, et les fatales dissi-
DES MISSIONS CHRÉtlENNËS EN CfitNE. SIS
dences à propos du patronage portugais, je regarde comme très-probable qu'à cette heure la Chine entière serait chrétienne. 11 n'y a pas d'homme plus disposé a se convertir qu'un Chinois, par cela même que, généralement, on le trouve libre de toute croyance préalable.
Les sociétés de propagande devraient veiller a ce qu'il n'allât en Chine que des hommes d'élite, et possédant quelques arts ou quelques sciences. Il y a présentement en ce pays des missionnaires catholiques français, italiens et espagnols ; la plupart ne savent guère que le latin et les connaissances nécessaires pour remplir le ministère sacerdotal. Pourtant les Français sont généralement plus instruits que les autres; les Espagnols, au contraire, se distinguent par leur infériorité; en sorte que ces trois catégories d'ouvriers évangéliques représentent l'état de civilisation de leur patrie respective.
L'évêque de Pékin, Mgr de Gouvea, en envoyant k la rtine D* Maria I un plan que S. M. F. lui avait demandé pour bien organiser les missions de Chine, lui disait: « Les missionnaires doivent être mathématiciens, méde- «cins, chirurgiens, pharmaciens, horlogers, ingénieurs, « machinistes ou peintres. N'importe laquelle de ces qua- « Hlés leur ouvrira facilement les portes de Pékin. »
Les chefs des sociétés qui s'occupent de la propagation de la foi devraient au moins obliger tout nouveau missionnaire à lire ce que leurs prédécesseurs ont écrit sur la Chine, et leur faire subir un examen sur ces matières. Ainsi les missionnaires arriveraient possédant ^u moins quelque connaissance du champ dans lequel ^'s doivent travailler, ce qui, sous beaucoup de points de ^"e, leur serait d'une immense utilité.
Voici un fait a l'appui de cette idée. Comme j'étais h .^^'ïg-po, en 1843, un missionnaire français, qui résidait ^ Chuzan, vint loger chez moi. L'objet de son voyage à ^'ng-po était de parler au gouverneur du district, au sujet "affaires concernant sa mission. C'était un homme intel-
oU LA GÙINE £T LES PUISSANCES CUtŒTIENNES.
ligent et excellent, mais qui ne connaissait nullement la Chine. A peine arrivé, il va droit au palais du gouverneur, comme en France il aurait pu aller à la mairie, et il dit aux domestiques de l'annoncer, en leur remettant sa carte, qui portait ces mots Danicourt loya (le seigneur Danicourt). Des employés du gouverneur vinrent aussitôt lui demander s'il était consul ou commandant d'un vaisseaude guerre, ou enfin s'il était revêtu de quelque autre emploi. Le missionnaire répondit qu'il n'était rien de tout cela, mais bien prêtre de la religion chrétienne ; sur quoi le gouverneur refusa de le recevoir. M. Danicourt s'en revint fort irrité contre le gouverneur, et me raconta ce qui venait de lui arriver. Je lui fis remarquer qu'il n'y avait en cela rien de bien extraordinaire, qu'en Chine on ne va pas voir une personne de quelque importance, et surtout le gouverneur du pays, sans lui en donner avis quelques heures a l'avance, et que quand on veut employer les formes d'une rigoureuse étiquette, l'avis doit précéder d'un, de deux et mcnie de trois jours; que quant à lui avoir demandé s'il était consul ou commandant d'un vaisseau de guerre récemment arrivé, cela provenait du litre ' de lotja (seigneur), qu'il s'était lui-même donné, et qui n'appartient qu'aux véritables mandarins d'un rangassfz élevé. M. Danicourt me répondit qu'en Chine on donne a tous les Européens le titre de lot/a. Je lui répliquai qu'il était dans Terreur; que j'entendais nommer tous lo^ jours les principaux négociants européens, et que jamais on ne leur appliquait d'autre litre que celui de sien-^en (monsieur); qu'on ne donne celui de /oya qu'aux cou>nI>- Ce missionnaire résidait a cette époque dans l'île do Cliuzan, qui avait été occupée par les Anglais, et où les i»i'lil-^ gamins, quand ils voyaient un Européen, couraient uprt'-^ pour lui demander de l'argent en criant : Loya! loya!àc même qu'en Italie les garçons de café et les décrolleurs traitent tout le monde d'excellence. M. Danicourt, malgré mes remarques, écrivit au gouverneur pour se plaindre
de n*avoir pas été reçu par lui, et il torniinait sa lettre en rappelant que M. de Lagrenée était à Macao avec l'eseadre française, et qu*il allait lui rendre compte de tout ce qui s'était passé. Alors le gouverneur envoya un de ses employés chargé de lui demander ce qu'il voulait et de satisfaire à ses désirs, pour qu'il s'en retournât content à Chuzan.
Afin qu'on puisse avoir une juste idée do l'effet que devait produire sur l'esprit du gouverneur la prétention de M. Danicourt au titre de loya^ je vais entrer dans quelques explications. En Chine, on ne connaît d'autres prêtres que ceux qui desservent les temples de Tao et de Bouddha. Les indigènes appellent ces prêtres hochan^ et les Européens bonzes. On a pour ces temples très-peu de respect, peut-être par suite des commandements de Kangbi,que je cite au chapitre XV du présent ouvrage. Lorsque les mandarins sont en voyage, ils logent dans les pagodes avec tous leurs domestiques, et beaucoup de particuliers en font autant. J'ai moi-môme une fois, avec d'autres Européens, logé plusieurs jours dans un de ces temples, et cela non pas dans des pièces séparées, mais dans celle même où se trouvaient les idoles. Nous avions nos lits à côté des autels, qui nous servaient de tables, et sur lesquels, en nous déshabillant, nous déposions nonseulement nos vêtements et nos chaussures, mais encore tout ce que bon nous semblait. Quant aux bonzes, on les traite avec le dernier mépris. On peut voir dans le chapitre XIY les représentations faites par des censeurs, qui se plaignaient de ce qu'en conséquence de la vente des emplois, on en était venu à voir décorer du titre de mandarins jusqu'à des bonzes et des voleurs de grands chemins, ^ïi effet les bonzes, ainsi que les comédiens, sont exclus par les lois d'entrer jamais dans le corps des fonctionnaires publics. J'ajouterai un fait qui m'est arrivé : Je ^enicurais a Chang-haï, dans le centre de la ville, et j'étais Fouvent visité par des voisins et par d'autres
Chinois qui, par curiosité, se faisaient présenter pour voir de près des objets d'Europe. Je recevais tout le monde avec bienveillance, désirant me créer des relations qui me donnassent le moyen d'arriver a bien connaître ce vaste port, entreprisé nullement facile. Un jour il vint un bonze: je le priai de s'asseoir, et j'ordonnai qu'on apportât le thé et la pipe; mes domestiques n'en firent rien. Au bout de quelque temps, croyant qu'ils avaient oublié mon ordre, je le réitérai, en demandant encore le thé et la pipe, mais ce fut en vain comme la première fois. J'allais appeler de nouveau quand le bonze se leva et prit congé. Dès qu'il fut sorti, je demandai, assez mécontent, a mes domestiques, pourquoi ils avaient tant tardé à apporter le thé. Alors mon maître de chinois, qui remplissait en même temps les fonctions de maître d'hôtel, me dit que c'était lui qui avait empêché de l'apporter; que les bonzes ne devaient pas prétendre à me faire visite, que je ne devais pas les recevoir, les faire asseoir, et bien moins encore leur faire l'honneur du thé et de la pipe. Or, comme il n'existe en Chine d'autres prêtres que les bonzes, il n'y a pas d'autre moyen pour désigner un missionnaire que de l'appeler bonze chrétien.
On trouve en Chine un grand nombre de familles véritablement chrétiennes, dont les ancêtres furent baptisés par les Ricci, les Schall, les Verbiest. Quant aux missionnaires actuels, je crois que tout ce à quoi ils peuvent aspirer, c'est à conserver ce qui reste des travaux des anciens.
Ce qu'ils obtiennent, c'est débaptiser un grand nombre d'enfants, et voici comment : lorsqu'ils savent que quelque enfant est en danger de mort, ils envoient dans la maison une femme chrétienne qui apporte une petite provision d'eau bénite. Elle demande aux parents la permis sion d'appliquer un remède au petit malade. Les parentî^. convaincus que l'enfant va mourir, ne font pas dediffi- (Milté de la laisser essav(»r son remède. La feninie verse
sur lui Teau bénite, et ainsi Tenfant est baptisé et son âme est sauvée. Les missionnaires recueillent aussi et font élever beaucoup de ces petites filles que leurs parents abandonnent et vouent a la mort ; telle est Forigine de la société charitable dite de la Sainte Enfance,
Les difficultés contre lesquelles les missionnaires ont à lutter seraient fort grandes même pour des hommes plus éminents. A ces difficultés est venue s'en ajouter une qui n'est pas peu considérable. Les sociétés bibliques anglaises et américaines se sont mises à envoyer des missionnaires en Chine ; et, pendant les dernières années, une centaine de ces apôtres s'étaient fixés sur les différents points de la côte, ayant chacun avec lui sa femille plus ou moins nombreuse. Si la différence de doctrines entre les jésuites et les dominicains amena une si grande perturbation dans l'œuvre delà propagation de lafoietfut cause de sa ruine presque totale, il est aisé de se faire une idée des résultats funestes que doit avoir la lutte entre le principe catholique et le principe protestant, entre le moine cénobite et le missionnaire anglican ayant femme et enfants. Quelle confusion ces différences ne doivent-elles pas jeter dans l'esprit hésitant des Chinois I
Sir J. Bowring, dans son livre sur le royaume de Siam, parlant des missionnaires catholiques et protestants qui s'y trouvent, raconte que les indigènes lui disaient: « Ils ne s'entendent pas entre eux. Quand ils seront d'accord sur ce que nous devons croire et faire, nous serons plus disposés à les écouter sérieusement. »
Dans ce moment il se forme un autre orage bien menaçant pour les missions apostoliques Les rebelles qui ^pirent à renverser la dynastie Tsing, proclament Jésus- ^rist; mais il est évident que, dans le cas où ils vien- <^f aient à triompher, ils formeraient une nouvelle secte ^ssidcnte de Rome, et que s'ils se laissaient dominer par 1 esprit d'intolérance qui caractérise trop souvent les