‹ La Chine et les puissances chrétiennes (volume 2)Chapitre 39 sur 59 · CHAPITRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEIZIÈME

^e reproduis ici ce que j'ai dit sur cette question dans ^On livre VAngleierre, la Chine et Vlnde^ imprimé en ^5S7. Depuis lors un changement important a eu lieu : ^pium est devenu, par 1^ traité de Tien-tsin, un article ^ commerce légal, moyennant le droit de 30 dollars par Usse à son importation. Cependant je ne crois pas su- ^i^u de copier maintenant ce que j'exposais avant la lé- ^lisation de ce commerce; ce seront du moins des pages un intérêt historique.

« L'opium a été incontestablement la cause de la guerre B 4840, dont celles qui ont eu lieu plus tard ne furent ue la conséquence ; il a donc trop d'importance pour

que nous n'en fassions pas l'objet d'un chapitre spécial. Je n'ai jamais, ni comme particulier, ni comme homme public, été intéressé dans ce commerce ; car les vaisseaux espagnols (et ils sont peut-être les seuls dont on puisse en dire autant) n'ont jamais introduit en Chine une seule caisse d'opium. De plus, j'ai vu les .Chinois à Calcutta, Singapour, Pinang, Malacca, Manille, puis dans diverses localités de la Chine, où je suis parvenu k parler la langue du pays de manière à pouvoir converser avec les habitants. Je crois donc connaître la matière et me trouver en position d'être regardé comme entièrement impartial.

On a beaucoup déclamé contre l'opium, le dénonçant comme un véritable poison, et l'on a trouvé par conséquent qu'il y avait iniquité à en faire un objet de commerce et de lucre. Un mémoire rédigé dans ce sens, signé par plusieurs missionnaires et appuyé par le comte deChichester, a été présenté à la reine Victoria ; on a vu k Londres ud meeting de philanthropes anti-opistes , qui ont aussi adressé une pétition conçue dans le même sens que celle des missionnaires, et présentée par le président du comité formé dans le but de faire cesser ce commerce. Ce président est le comte de Shaftsbury, dont j'examinerai tout à l'heure le mémoire. Enfin, dans le parlement, un certain nombre de députés et de lords se sont élevés contre l'opium. D'un autre côté, les commerçants chrétiens établis en Chine, quelques écrivains, tels que sir J. F. Davis, ot d'autres personnes respectables, ont soutenu que l'usage de cette substance n'a pas plus d'inconvénients, en a même moins que celui des liqueurs spiritueuses (*).ic

(*} « Je ne puis admettre en aucune manière l'idée adoptée par nn grand nombre de personnes que rintroduction de roplum est poor la Chine une source de maux de tout genre et une cause demi» sère. Il ne m'a pas été possible, personnellement, de voir un seol cas de CCS eiïetB désastreux qu'on raconte, quoique je reconoaiiM

DE LOPIUM. 577

yaîs éclatrcir la question avec impartialité et bonne foi. Dans rinde, dans la presqu'île de Malacca, à Java, aui Philippines, Il Bornéo, èi Soulou, 'les Chinois fument Topium en toute liberté, et l'achètent a meilleur marché qn% Canton ou à Chang-hai, pour ne point parler des villes situées à Fintérieur de l'empire et loin des côtes. Il est constant néanmoins que dans tous ces pays, malgré la rigueur du climat, les Chinois sont remarquablement sains et robustes, et que ce sont eux qui, comme cultivateurs, maçons, portefaix, etc., exécutent les travaux les plus pénibles. Us jouissent d'une telle réputation d'excellents colons, qu'on a fait, depuis quelques années, de graàds efforts pour transporter des individus de cette nation k Lima et à Cuba. Dans les colonies chinoises, la mortalité ne dépasse pas le chiffre ordinaire, et je dois déclarer qu'ayant connu un grand nombre de ces émigrantsdans les diverses localités que je viens d'énumérer, je n*ai jamais ouï dire qu'aucun d'eux fût mort ou eût été gravement malade pour avoir fumé de l'opium. Ce ne fut qu'en arrivant en Chine que j'appris les funestes effets de ce narcotique, et que j'entendis qualifier de poison la vapeur qu'aspirent ceux qui le fument. Je dois ajouter que,

qne lorsque Tabus est excessif il peut être extrêmement nuisible. hn reste, la même observation est applicable à tout autre jouissance portée à Texcès; mais, d'après ce que j'ai vu depuis que je eois arrivé en Chine, d'après les recherches que j'ai faites sur tous les points, enfin d'après ce qu'avouent les hauts mandarins euxmêmes, je suis depuis longtemps convaincu que la démoralisation et la ruine que quelques personnes attribuent à l'opium sont, prolïablement par suite d'informations imparfaites^ fort exagérées, et qu'elles n'équivalent pas à la centième partie des tristes et déplorables conséquences que l'on voit quotidiennement découler de l'usage excessif des liqueurs spiritueuses et d'autres stimulants largement et constamment consommés^ tant en Angleterre qu'aux Indes. » (Dépêche de sir H. Pottinger, gouverneur général et ministre plénipotentiaire de S. M. 6. en Chine.)

dans aucune des diverses localités de la Chine que j*ai visitées, je n*ai eu connaissance d'un décès positivement produit par l'opium ;*et qu'ayant demandé à plusieurs indigènes dignes de foi s'il était vrai que cette habitude ait été jusqu'à occasionner la mort, ils m'ont répondu que ce qui peut arriver, c'est qu'un fumeur consommé, s*îl vient à se voir privé d'opium, meure par suite de cette privation. Un Chinois me racontait , comme témoin de ce fait, qu'un fumeur tombé dans la dernière indigence, ayant été trouvé sans connaissance et presque sans vie, une personne bienveillante lui avait introduit. dans la bouche un peu de fumée d'opium, et cela avait suffi pour le ranimer peu a peu et le mettre en état de fumer lui-même une pipe, ce qui l'avait complètement rappelé à la vie. Je conviens que Topium en lui-même est un toxique ; mais quelles altérations le feu ne produit-il pas dans les substances qu'il consume I Or, pour fumer de l'opium, on en introduit un peu dans la petite cavité delà pipe; on l'allume au moyen d'un objet enflammé; il brûle avec une vive flamme, et c'est alors qu'il produit la fumée que l'on aspire. On parle beaucoup des efiFels qu'éprouve le fumeur; on prétend que l'opium produit rhez lui une délicieuse ivresse, un doux sommeil,' une vive surexcitation qui deviennent nécessaires à l'existence, et qu'on ne peut obtenir qu'en augmentant progressivement la dose journalière. Pour moi, j'ai souvent fumé de l'opium, et je n'ai rien éprouvé de semblable; un grand nombre d'Européens qui avaient fait la même épreuve m'ont assuré avoir trouvé les mêmes résultais, .l'ai eu chez moi quelques fumeurs, et non-seulement je leur ai donné de l'opium à discrétion, mais encore j'ai recouru quelquefois à la ruse pour les amener à eu user avec excès ; et aussitôt après, leur ayant parlé d'affaires sérieuses, ils m'ont répondu avec autant de lucidité qu'ils auraient pu le faire avant de fumer. Si quelque membre du comité chinophile anti-opiste de

Londres doute de ce que j'avance, il peut répéter luimême mes expériences; car il ne lui sera pas bien difficile de se procurer, s'il le désire, une pipe chinoise et les autres objets nécessaires pour cela. L'effet que produit l'opium ressemble assez à celui du tabac, avec cette différence que la fumée de l'opium a plus de parfum, et que dès la première fois (*) il ne déplaît pas ; Hî'est du moins ce qui m'est arrivé, tandis que la première et même la seconde fois que je fumai du tabac il me répu< gna, me dérangea l'estomac et me rendit malade toute la journée; aujourd'hui même je ne pourrais fumer un cigare sans en être incommodé, bien que j'aie souvent été obligé de fumer en Turquie et dans d'autres

(*) M* S. Wells Williams^ qui, comme d'autres missionnaires, se fait un devoir d'anathématiser l'usage de Fopium, rapporte à ce sujet des choses fort remarquables dans son Middle Kingdom. Je reconnais que cet ouvrage est peut-être le meilleur et le plus complet qui ait encore été publié sur la Chine ; cependant je ne pals admettre tout ce que son savant auteur dit sur les effets de Popiani; et je suis fort porté à croire qu'il ne parle nullement par expérience, mais seulement sur des récits auxquels il a trop faci* lement ajouté foi, ou bien qu'il a pris des exceptions pour la règle générale. Voici quelques unes de ces assertions :

« Le goût de l'extrait semi-fluide (l'opium) est doucereux et huileux, en quelque sorte comme de la crème de bonne qualité; mais l'odeur de la drogue brûlée est un peu nauséabonde. Un novice se contente d'un ou deux maces (8 ou 10 grammes), qui produisent des vertiges, des nausées ou des maux de tète, quoiqu'un usage continué lui permette d'en augmenter graduellement la quantité

» Aux premières bouffées, le fumeur devient loquace et entre dans un accès de joie stupide, qui, par degrés, fait place à la pâleur et à la contraction des traits du visage. A mesure que la quantité augmente et que le narcotique agit, il survient un profond sommeil, qui dure d'une demi-heure jusqu'à trois ou quatre heures, et durant lequel le pouls devient plus bas et plus faible qu'il ne l'était avant ^ commencement de la débauche. •

contrées de TOrient, Toutefois, je le répète, la fumée de Topium n'a nullement produit sur moi une impression délicieuse; et 'un fait qui s'accorde parfaitement avec ma propre expérience, c'est que les étrangers qui, faisant le commerce de l'opium, ont continuellement cette substance sous la main, n'en usent point; quoiqu'ils l'aient tous plus ou moins essayée, ils préfèrent le cigare. Mais celui qui en a contracté l'habitude se passionne pour cet usage, comme cela arrive à certains buveurs pour la bière et le genièvre, à l'Indien pour le bétel, et au priseur pour le râpé. Ces choses-là pourtant sont toutes fort désagréables pour celui qui n'y est point accoutumé ; mais une fois l'habitude contractée, non-seulement elles plaisent, mais elles deviennent même une nécessité. Parmi un grand nombre de faits que je pourrais citer pour démontrer la puissance de l'habitude sur le palais, je me bornerai à un seul dont j'ai été témoin. Il est si singulier que bien des personnes peut-être croiront qu'il y a exagération, ou même que c'est une pure invention; j'affirme cependant que rien n'est plus exact. Lorsque j'allai visiter les ruines de Palmyre, on me prévint que je devais emporter avec moi une provision d'eau suffisante pour le voyage d'aller et de retour et pour le temps que je passerais à Palmyre, l'eau qui s'y trouve n'étant point potable. En effet, il n'y a dans ce site célèbre qu'un tout petit ruisseau appelé kibrid (soufre), dont l'eau est salée et sulfureuse. Il serait difficile d'imaginer quelque chose de plus détestable, pourtant les Bédouins fixés en cet endroit se sont accoutumés à cette eau, et s'en trouvent bien. De retour du désert, j'allai à Homs, ville de Syrie bfitie sur les bords de l'Oronte, dont l'eau est limpide et délicieuse. Je voyageais avec une caravane de deux cents Arabes venant de Palmyre. Comme ils arrivaient fatigués et altérés, plusieurs d'entre eux se mirent à se laver et à boire; mais dès que l'ardeur de la soif fut calmée, on les voyait rejeter, avec l'expression du dégoût.

leauqui leur restait dans la bouche, ets*essuyerles lèvres avec la main en s'écriant : Battal I c'est-a-dire : a Qu'elle est mauvaise 1»

Ainsi, les Chinois fumeurs d'opium sont passionnes pour cet usage, à cause surtout de la force de l'habitude, et il leur en coûte infiniment d'y renoncer, quoiqu'ils reconnaissent que cela leur serait avantageux ; comme il en coûte à un Européen de renoncer à l'usage du cigare ou a celui du vin, lorsqu'il en a l'habitude. Tant qu'ils fument modérément il n'en résulte pour eux aucun inconvénient ; mais s'ils le font avec excès, ils perdent l'appétit, leur teint devient terne, et quelques-uns maigrissent k tel point qu'on les prendrait pour des squelettes ambulants. J'ai eu chez moi pendant trois ans un individu qui, sous ce rapport, était un véritable type. C'était un lettré de Pékin, qui enseignait le chinois à deux jeunes Espagnols attachés à ma légation. Tous ses moments de loisir il les employait à fumer* Quand je lis sa connaissance, en 1847, il avait environ cinquante ans : je sais qu'il vit encore (1861). Aie voir on eût dit qu'il était parvenu au dernier degré de la phtisie, et pourtant je n'ai pas souvenir qu'un seul jour il soit resté dans sa chambre pour cause d'indisposition. C'était l'homme le plus tranquille de toute la maison ; il passait les journées entières avec sa pipe et un petit chien de Manille, qu'il avait pris en grande affection.

Ce qui d'ordinaire arrive de plus fâcheux aux fumeurs imaiodérés, c'est qu'ils perdent l'activité et le goût du travail, résultat auquel contribue la position horizontale que l'on prend pour mieux savourer la fumée de l'opium. On en voit qui abandonnent leurs affaires au point de finir par se ruiner, et il est certain qu'alors les familles victimes de ce vice maudissent et l'opium et les étrangers qui l'apportent en Chine.

L'idée que la fumée de l'opium est vénéneuse et que lusage de l'aspirer est la cause d'une infinité de maux, a

été mise en avant parle gouvernement chinois et par des missionnaires protestants, principalement américains. Il y a sur les côtes de Chine, comme je Tai dit, une centaine de ces missionnaires, avec leurs familles, et comme en fait de conversion ils obtiennent peu de chose ou plutôt rien du tout, ils se font l'illusion de croire que leur insuccès tient à la contrebande de l'opium. Voici comment s'expriment quelques missionnaires anglais dans une pétition à la reine Victoria :

« C'est un motif de chagrin profond pour les sujets de Votre Majesté, dont les efforts et l'énergie ont été consacrés a la diffusion des lumières du christianisme parmi ce peuple entouré de ténèbres, motif de chagrin qui, nous n'en pouvons douter, fera vibrer une corde sympathique dans le cœur de Votre Majesté aussi bien que dans celui des peuples chrétiens placés sous son sceptre, que tous les efforts faits par les fidèles sujets de Votre Majesté pour atteindre ce but de prosélytisme soient terriblement contrariés par l'existence et la continuation de ce trafic antichrétien. En effet : « Comment pourrions-nous, disent a naturellement les Chinois, être favorablement impres- « sionncs par ce que vous nous dites de votre désir d'ê- « clairer notre esprit ou d'améliorer notre condition tant a temporelle qu'éternelle, lorsque nous avons en même « temps devant les yeux des preuves si palpables des efa forts que vous laites pour nous perdre tout à la fois en « corps et en âme? »

Nous voilà donc avertis que si la Chine ne se fait pas chrétienne, c'est parce que les Européens cultivent et vendent de l'opium. Je serais toutefois bien aise que ces bons missionnaires nous eussent fait savoir de quel mot de leur langue les Chinois dont ils parlent se sont servi? pour désigner l'âme, et comment ces indigènes non chrétiens ont conçu cette idée de perdre Vâme par Vopium.

D£ L OPIUM. i9i

Le gouvernement chinois commença à se plaindre du commerce de l'opium et songea à le prohiber lorsqu'il vit lueles métaux précieux sortaient de la Chine. A d'autres ipoques, l'empire avait reçu par le moyen du commerce «s sommes considérables ; mais la balance commerciale ommença à lui être défavorable juste au moment où importation de l'opium acquit de l'importance. Depuis Tannée 1853 l'état des choses a de nouveau langé. L'oïdium ayant détruit en Europe les récoltes de n, le prix des liqueurs s'éleva considérablement, et !ci donna lieu a une augmentation extraordinaire dans consommation et la demande du thé. En outre la récite de la soie fut mauvaise ces années dernières, et anqua complètement en 1856. De tout cela il est résulté le l'exportation de la soie s'éleva en 1856 au chiflFrc lorme de 95,000 balles, et celle du thé a environ 130 mil- )ns de livres. Il est vrai que l'importation de l'opium aussi augmenté et s'élève maintenant au chiffre de >,000 caisses.

Dès avant le commencement de ce siècle jusqu'en 1853 . balatice du commerce fut défavorable à la Chine. armi les autorités multipliées que je pourrais citer pour ssiper toute espèce de doute a ce sujet, je me contenrai d'un petit nombre.

Je commencerai par M. S. Wells Williams, directeur 3puis longues années de la revue si estimée qui a pour Ire Chinese Repository, et auteur du grand ouvrage puliè en 1848 sous le titre de The Middle Kingdom, Son iiapitre relatif au commerce de la Chine avec les étraners se termine ainsi : a On estime que la contrebande è l'opium représente une vente de 40,000 caisses (*), prouisant 20 millions de dollars... Le trafic de l'opium a fait

(*) Maintenant ce chiiïre a plus que double.

que pendant plusieurs années le comnierce de la Chine s'est soldé par une exportation de près de 16 millions de dolllars, et cet empire continuera probablement à voir ainsi chaque année son numéraire s'écouler au dehors, tant qu'on y conservera le goût de ce pernicieux narcotique» et qu'on aura de quoi le payer. L'approbation légale du commerce de l'opium n'amènerait pas une différence notable dans la sortie du numéraire tant que le chiffre de l'importation sera si fort au-dessus de celui de l'exportation. »

M. W. H. Methurst, qui a passé presque toute sa vie en Chine, où il a été interprète du gouvernement et où il a publié des ouvrages très-estimés, dit dans un document officiel en date du 27 octobre 1855 : « Le gouvernement chinois ne cesse de se plaindre de la sortie de l'argent hors du pays. »

Sir J. Bowring disait dans une communication officielle en date du 19 mars 1849 : Siu, le commissaire impérial, en conséquence de l'influence et de la popularité qu'on lui suppose, a reçu des instructions par lesquelles il lui est prescrit de prendre des mesures dans le but d'anéantir le commerce de l'opium, comme moyen d'empêcher l'exportation de l'argent (saïci) , exportation signalée comme une des causes des embarras financiers de la Chine.

Sir J. F. Davis, qui a passé la plus grande partie de sa vie en Chine, qui a fait le voyage de Pékin, qui a été ministre plénipotentiaire et gouverneur de Hong-kong, et qui s'est fait une réputation littéraire et scientifique par d'excellents ouvrages qu il a publiés sur la Chine, a touché ce point dans plusieurs de ses dépêches au commissaire impérial de Canton, dans lesquelles non-seulement il convient du fait de l'exportation des métaux, mais encore il s'efforce d'en tirer un argument en faveur d'une mesure qui rendrait légal le commerce de l'opium moyennant un droit à payer aux douanes de l'empire. Voici quel-

ques passages extraits de sa correspondance officielle dg i844ài847:

« Le thé et d'autres marchandises payant des droits seraient exportés en échange de l'opium, et l'argent ne sortirait pas de la Chine... L'argent, cessant d'être le seul article échangé contre de l'opium, ne serait plus exporté en grandes quantités... L'exportation de l'argent, qui contrarie si fortement le gouvernement chinois, serait ainsi arrêtée... Les produits de la Chine pourraient être alors donnés en échange, et l'argent ne serait plus exporté. J'ai entendu dire que plus de 20 millions de dollars sont exportés chaque année... Afin de prévenir ce grand écoulement d'argent et de mettre en même temps un terme aux maux causés par la contrebande, il ne faut qu'admettre l'opium au moyen d'un droit.... Lorsque les produits chinois pourront être échangés contre de l'opium, l'argent cessera d'être exporté en si grandes quantités. Ceci est tellement simple qu'un enfant pourrait le comprendre. »

Je ne puis m'empècher de remarquer que je ne comprends point dans quel but sir J. Davis a présenté et répété un argument aussi futile. L'importation ou l'exportation des métaux, formant le solde des comptes du commerce mutuel de deux pays, dépend dé ce commerce luimême et pas d'au'tre chose. Si la Chine reçoit de l'étranger des articles dont la valeur totale surpasse celle des produits de son sol ou de son industrie qu'elle donne en échange, il est évident qu'elle sera obligée de payer la différence en numéraire. Que tels ou tels articles venant de l'étranger passent par la douane ou échappent à son contrôle, c'est un détail qui ne peut exercer aucune influence sur la balance commerciale. Je ne puis croire qu'un homme aussi supérieur que sir J. F. Davis ait pu considérer ceci autrement, et, dans ce cas, je trouve sin-

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