DANS LEURS RELATIONS AVEC LA CHINE
Les lecteurs de ce livre auront vu que le gouvernement inois a toujours traité tous les chrétiens avec un égal ^pris. Si Ton remarque quelque différence, elle consiste liquement en ce que les mandarins se montrent plus utains et plus dédaigneux envers les représentants des tions qui ne peuvent pas ou ne veulent pas supporter \ frais d'une guerre.
De cette conduite des Chinois devrait résulter, comme
*) Ce chapitre a été déjà publié presque textuellement, en 1S57, 18 ma brochure U Angleterre, la Chine et VInde,
ISi LA CHINÉ Et LÉS PtiSSANCES CHRÉTIENNES.
une conséquence logique, un système d'union et de coopération entre toutes les puissances chrétiennes, puisque toutes, dans cet empire, ont exactement le même but, celui de donner la plus grande extension possible aux relations d'un commerce pacifique.
Les mandarins sont insolents avec chaque résident étranger pris séparément, parce qu'ils savent parfaitement combien chaque nation trouve de difficultés et éprouve de répugnance à entreprendre seule la guerre contre la Chine; mais, très-certainement, ils seraient forcés de baisser le ton s'ils voyaient tous les chrétiens unis entre eux et formant, dans ce pays, une véritable confédération. Si l'on adoptait ce système, sans qu'il fût besoin de faire aucun envoi de forces d'Europe, et seulement avec les ressources qui se trouvent d'ordinaire dans ces parages, on ferait constamment la loi au gouvernement chinois, c'est-à-dire qu'on l'obligerait a entrer dans nos vues et a être juste, raisonnable et poli.
Les Anglais ont toujours environ deux mille hommes de troupes a Hong^kong, et de dix à douze vaisseaux de guerre.
Les Portugais possèdent la presqu'île fortifiée de Macao, position excellente pour servir de base d'opérations et de quartier général. Ils y entretiennent une garnison d'environ trois cents artilleurs, et en outre un bataillon de garde nationale; enfin ils ont fort souvent dans ces eaux un vaisseau de guerre et au moins quatre-vingts petits bâtiments de commerce de 40 a 100 tonneaux. Ces bâti* ments^ armés de canons et tirant peu d'eau, ce qui leur permet d'entrer dans les rivières, sont excellents, coranie rexpérience l'a démontré, pour lutter contre les Chinois.
La France a toujours sur les côtes de Chine deux ou trois vaisseaux de guerre; il en est de même des États- Unis.
Les Espagnols ont continuellement a Manille de dix « douze mille hommes de garnison, trente ou quarante t»-
AVANTAGE DE LA POUtlQllE D'tNÎON CHRÉtlENNË. 4S5
peurs de guerre, quelques navires de commerce aussi à vapeur, deux ou trois vaisseaux de guerre- à voiles, et de soixante-dix à quatre-vingts chaloupes canonnières habituellement employées à donner la chasse aux pirates, et qui, pendant la saison favorable, pourraient être envoyées sur les côtes de Chine. Les naturels des Philippines abhorrent les Chinois; je suis convaincu que des soldats de Manille, débarqués sur le territoire de l'empire, ne tarderaient pas a s'y rendre redoutables. Un petit corps de ces troupes, conduit en 1848 par le général Claveria, contre les pirates de l'île fortifiée de Balanguingui, déploya une intrépidité telle, qu'il est difficile de rien faire au delà. A la prise d'assaut de la principale forteresse, sur mille hommes engagés, il y eut six cents morts ou blessés. Trois cents pirates se firent tuer sur les remparts en luttant corps k corps, et ceux qui survécurent, se voyant perdus, coururent égorger leurs propres femmes et leurs enfantis. Les officiers espagnols parvinrent à arrêter ce massacre et sauvèrent quelques centaines de victimes. Le général Claveria, qui avait pris part aux luttes les plus acharnées de la guerre de l'indépendance et de celle des carlistes, me dirait qu'il n'avait jamais vu ni imaginé rien de pareil a ce tableau» Grâce k la terreur que ce coup de vigueur répandit dans ces mers, le général Urbistondo put, en 1851, s'emparer, sans presque trouver de résistance, de toutes les fortifications de l'ile de Jolo (Soolo)^ repaire de pirates qui passait pour inexpugnable <*)»
.(*) le vais citer à l'appui de mes idées l'opinion du général Pavia, marquis de Novaliches, qui, en 1855, était gouverneur et capitaine général des lies Philippines; Pour donner une idée du mérite du général Pavia, il suilit de rappeler qu*U fut lieutenant général à vingt-six ans, et que bientôt après il devint ministre de la guerre. Eh bien, ce général me dit^ à l'occasion des hostilités qui eurent lieu à la suite de ralTaire de la lorcha Arrow i « Ne vous semble-t-il pas que nous pourrions envoyer trois ou quatre régiments de nos In-
i36 LA GBINË £T L£S PUISSANCES CHRÊTIEmifiS.
Les HoUaudaîs entretiennent dans leur riche colonie de Java environ trente vaisseaux de guerre et vingt mille hommes de bonnes troupes. Les soldats malais, commandés par des officiers européens, sont bien préférahles Il ceux de nos climats pour faire la guerre en Chine.
Je le répète donc : dans Tétat actuel des choses, Tunion sincère des gouvernements qui peuvent, sur-le-champ ei sans aucun effort extraordinaire, disposer de forces de cette importance, serait d'un si grand poids auprès des gouvernements chinois et japonais, qulnfailliblement ils souscriraient sans résistance k tout ce qu'on exigerait d'eux.
Cette politique d'union chrétienne a été adoptée depuis longtemps dans le Levant et y a produit d'excellents ré» sultats. La aussi, Texpérience avait démontré (comme elle le démontre aujourd'hui en Chine et au Ji^on) que les autorités locales ne respectaient que la force, et que par> tout où elles voyaient faiblesse ou modération-, elles étaient sans aucun égard. Quand un pacha ou un bey veut maltraiter un Européen et violer les immunités dont il jouit à ce titre, s'il s'agit, par exemple, d'un sujet de la Grèce ou du Portugal, ou de tout autre petit État incapable d'envoyer une expédition pour tirer vengeance de l'insulte qui lui est faite, aussitôt les consuls des grandes puissances prennent en main la cause de l'Européen attaqué et exigent que justice lui soit faite.
En Chine et au Japon où, pour bien des motifs, udc semblable politique serait plus nécessaire que dans le Levant, on ne l'a pas encore adoptée. Au contraire, tous
diens des Philippines pour appuyer les Anglais ? En agissant ainsi nous répondrions dignement aux obligations que nous devons à l'Ao* gleterre pour ce qui concerne les Antilles, et nous resserrerions doi rapports avec cette puissance ; ce qui pourrait amener de grands avantages pour la sécurité de IMle de Cuba. C'est une affaire dont, à l'occasion, je parlerais volontiers aux minisires. •