AVANTAGE DE LA POLITIQUE D'UNION CHRÉTIENNE
les résidents ont reçu plus ou moins la recommandation de s'abstenir de toute intervention dans le» difficultés qui pourraient surgir entre les autres étrangers et le gouvernement de Pékin. On a espéré obtenir ainsi les bonnes grâces des mandarins aux dépens des Anglais, et Ton a posé ce principe, à mon avis des plus funestes pour tous en général et pour chacun en particulier : chacunpour soi. Les Français seulement ont, depuis 1858, prêté quelque appui aux Anglais.
Les Américains du Nord se sont particulièrement signalés dans cette politique d'égoïsme. Quoiqu'ils aient en Chine un commerce presque aussi considérable que celui des Anglais, et qu'ils y fassent avec activité la contrebande de l'opium, ils se sont constamment refusés à prêter aux Anglais le moindre concours ; mais ils ont toujours été fo"rt empressés à profiter des avantages obtenus par ceux-ci au prix de leurs propres sacrifices. Aussitôt après que le traité de Nankin eut été conclu, le gouvernement des États-Unis vint en réclamer un semblable. L'empereur ayant manqué a quelques-unes des stipulations du traité, notamment a la clause relative à l'entrée à Canton, le gouvernement britannique se disposa, en 1849, a exiger l'exécution de ce qui avait été convenu, et invita les États-Unis à joindre aux vaisseaux anglais leurs vaisseaux de guerre qui stationnaient dans la rivière de Canton. La réponse fut un refus. Maintenant les forces anglo-françaises ont ouvert l'entrée du Yangse-kianget de Pékin, et il est bien certain que messieurs les Américains viendront vite réclamer pour eux le mèiAe droit. Les factoreries américaines furent brûlées en 1840, et pendant trois jours les Américains furent cernés dans leurs maisons, sans domestiques et sans vivres, tout aussi bien que les Anglais; mais ces derniers seuls durent réclamer et obtenir l'indemnité. En 1856, les propriétés des Américains du Nord à Canton furent de nouveau réduites en cendres; mais les propriétaires, pour recevoir Tin-
demnité qui leurtétait due, ont été obligés d'attendre que les Anglo-Fraïfçaîs aient pris Canton et Pékin (*),
Pendant la guerre de 1840, le gouverneur de Macao, pour se rendre agréable aux mandarins, alla jusqu'à intimer a tous les sujets anglais Tordre de sortir de la co* lonie portugaise, et cet ordre fut exécuté, bien que, ciN constance fort grave, l'établissement de Hong-kong n'existât point encore.
Enfin et pour abréger, moi-même, comme ministre plénipotentiaire d'Espagne, j'avais reçu l'ordre de ne point manifester mon opinion sur les questions relatives à des étrangers, et dans mes instructions originales il m'était recommandé que, relativement aux représentants des puissances étrangères, je fisse paraître adhésion ou éloignement^ suivant les circonstances. En vertu de ces instructions, lorsque l'infortuné gouverneur de Ifacao fut lâchement assassiné en 1839, et que, par suite de ce crime, des hostilités éclatèrent entre les troupes chinoises et les autorités portugaises, j'aurais dû montrer pour celles-ci de Véloignemenf, Néanmoins, dans cette circonstance, j'assumai sur moi la responsabilité d'une conduite peu conforme à mes instructions, mais qui m'était dictée par des considérations d'humanité, et par ce que je croyais, et que je crois encore, de l'honneur démon pays. Le conseil de gouvernement portugais, plongé dans
(*) Quand je dis les Américains du Nord, j'entends parler surto'ut du gouvernement des États-Unià. Quant aux sujets de ce gouvernement qui résident en Chine, il y en a beaucoup qui pensent tout différemment, et je ne crois pas commettre une indiscrétion en citant, entre autres, l'ex- ministre plénipotentiaire, P. Parker, homme bienveillant et charitable, qui a fait partie d*une société de missionnaires, et qui, comme médecin-chirurgieOi a rendu beaucoup de services aux Chinois. M. Parker plaidait, lorsque je partis de Chine (et je suppose que ses idées n'ont point changé), pour une politique de coopération. Suum cuique.
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la désolation, m'ayant invité à assister k ses séances, je ne m'y refusai point, et mon opinion m'ayant été demandée sur ce qu'il convenait de faire, je l'exprimai franchement; puis, cédant aux instances de ce même conseil, j'adressai au commissaire impérial des dépèches dans lesquelles je donnais au gouvernement portugais de Macao tout l'ap* pui moral qu'il m'était possible de lui donner.
Sans aller chercher d'autres exemples, de quelle utilité a été au gouvernement espagnol son système d'isolement? Quelle marque de reconnaissance ou de considération sa conduite lui a-t-elle valu de la part des mandarins chi* nois? Ont-ils jamais donné une satisfaction quelconque pour l'outrage fait au pavillon de Castille, lors de la destruction du brick Bilhaino? Le consul général qui alla remplacer la légation a-t-il jamais été reçu en audience ni paî le commissaire impérial ni par aucun autre fonc* tionnaire ?
Supposons que six à huit voyageurs, marchant sur une même route et se dirigeant vers un même terme, rencontrent un tronc d'arbre qui leur barre le chemin. Si l'un d'eux se mettait aussitôt a l'œuvre pour écarter cet obstacle, serait-il juste, serait-il sage que tous les autres, s'asseyant tranquillement, attendissent, dans une égoïste inaction, que leur compagnon, plus fort, plus courageux, plus actif, eût accompli son œuvre, au prix de sa sueur, pour passer ensuite sans qu'il leur en ait coûté aucun effort? Ne serait-il pas plus raisonnable, plus facile et plus profitable pour tous de s'unir d'abord et de se mettre ensemble à déblayer la route?