ET LA CHINE
Depuis 1840 il y a eu dans cet empire ce qu'on a appelé le parti de la paix et le parti de la guerre. Des mandarins ont cru très-dangereux de provoquer les Européens aux hostilités, dans la crainte de les voir toujours vainqueurs, et ils ont recommandé les concessions; d'autres mandarins n'ont pu se persuader qu'un empire aussi colossal que la Chine dût fléchir devant une poignée d'étrangers, et ils ont recommandé la résistance, les mesures de rigueur et, s'il devenait nécessaire , d'extermination même.
Les partisans des concessions ont compté généralement
parmi ceux qui, ayant été au littoral, avaient vu de près les Européens et leurs moyens de guerre. A Pékin, loin du danger, l'orgueil aveugle, l'entêtement, les préjugés séculaires, soutenaient les idées de ceux qui persistaient a mépriser les étrangers.
Les fonctionnaires inférieurs, qui appréciaient mieux les Européens, n'osaient pas témoigner une opinion plus juste à leurs supérieurs de Pékin. Quelques-uns, pour avoir été obligés de le faire jusqu'à un certain point, ont été dégradés, et il en est même qui ont perdu non-seulement leur place, mais encore la vie.
Lord Elgin, dans sa dépêche du 2 mai 1858, attire l'attention de lord Palmerston sur ces particularités malheureuses du gouvernement tartare. 11 cite le mémoire de Hu-nai-chau, que nous avons déjà vu, dans lequel ce mandarin (parlant de l'entrevue qu'il devait avoir prochainement avec sir J. Bowring) disait a l'empereur :
« S'il y avait une mesure positivement utile pour la Chine et en môme temps praticable sans violation de la loi, votre esclave ne voudrait pas s'arrêter assurément aux préjugés existants. (*) »
Ces paroles avaient fait dire a Sa Majesté, dans un décret adressé a Iliang, vice-roi des Deux-Kiangs, ce qui suit, et que nous avons également vu :
« D'après une succession de mémoires reçus de Hu-nai-chau, concernant les rebelles et le chef anglais à Chang-hai, la maladresse et la faiblesse de sa conduite deviennent de plus en plus évidentes. Il dit que le chef avait fixé un jour pour avoir une entrevue avec lui, et que dans n'importe quelle mesure qui pourrait être d'un avantage positif pour la Chine il ne voudrait en aucune manière s'arrêter aux préjugés existants : ce qui, en réalité, veut
C) Aui principes de politique adoptés envers les étrangers.
TROISIEME GlEimE, 171
dire qu'il est depuis long-temps parfaitement préparé à faire des concessions. Nous avons déjà dégradé ce gouverneur, et nous commandons à lliang et à Kirhanga, dans le cas où il aurait été induit par les barbares à prendre quelque engagement insensé (ou illégal), de le répudier entièrement dans un langage clair, et de ne pas se laisser égarer par l'absurdité des barbares; qu'ils leur ordonnent en même temps de poursuivre leur route vers Kouangtoung, et là, de s'en tenir à la décision de Yé-ming-chin,»
« Il serait difficile, je crois (ajoute lord Elgin\ de trouver le signe d'une quantité suffisamment infinitésimale pour représenter le montant de la chance qu'un négociateur a, soit par des arguments, soit par l'appel à la raison, d'obtenir quelque chose d'un gouvernement qui condamne un officier parce qu'il a osé dire qu'il ne s'arrêterait pas a des préjugés, quand c'est pour l'avantage manifeste de son pays qu'il n'en tient pas compte. »
Après la signature du traité a Tien-tsin en 1858 et de l'arrangement du tarif à Chang-haï, où Kouei-liang et Houa-cha-na échouèrent malgré leurs efforts pour annu* 1er, par (Tes négociations, la convention qu'ils avaient faite sous la pression, disaient-ils, des baïonnettes, les partis de la paix et de la guerre s'agitèrent fortement a Pékin.
Il y a dans la Mongolie quarante-huit princes ou petits rois qui possèdent des États sous la souveraineté de l'empereur de Chine. Les uns sont plus puissants et plus riches que les autres. Un de ces chefs, nommé San-kolin-sin, souverain du pays de Khorchin, se trouvait depuis quelques années a Pékin. Il avait défendu Tien-tsin contre les Tae-pings en 1853, et réussi a les faire retirer. Des indigènes ont soupçonné ce prince de vouloir acquérir de l'influence pour arriver a détrôner l'empereur et a lui succéder.
A l'occasion du traité de Tien-tsin, dont la ratification devait être échangée à Pékin par un ministre anglais, il adressa a Sa Majesté Impériale le mémoire suivant :
« Les relations des Chinois avec les étrangers font naître bien des troubles :
« 1. Les rebelles étrangers sont sans raison et comme des brutes. Ils agissent comme s'ils n'avaient ni parents ni lois. Ayant dévoré les nations étrangères moins puissantes, ils veulent maintenant faire leur proie de la Chine, et nous ne pouvons voir où ils s'arrêteront.
« 2. Pourquoi veulent-ils nous dévorer? C'est parce que nous sommes faibles. Depuis l'avènement de la dynastie Ta-tsing, l'art militaire et l'usage du cheval ont été négligés, et le peuple est maintenant lâche et sans défense. Dans les temps passés les insurgés étaient facilement réprimés par les soldats, et c'est pour cette raison que le pays devint paisible et sûr, que le peuple oublia l'art de la guerre. Les empereurs aussi devinrent des lettrés plutôt que des soldats, et voilà trois cents ans qu'il en est ainsi.
« 3. Dans la vingt-troisième année de Taou-kouang, les rebelles étrangers envoyèrent en Chine des soldats et attaquèrent les villes et les garnisons, qu'une longue inertie avaient rendues incapables de résister. A ce moment Sii gagna quelques avantages sur les étrangers a Canton, ainsi que Chin a Rwinsoo, tandis que Lin brûlait leur opium, ce qui prouve que les étrangers n'étaient pas invincibles. Néanmoins ils eurent tant de succès dans d'autres endroits qu'ils devinrent bientôt d'une arrogance extrême.
« 4, Puis Kishen, corrompu par les étrangers, leur ouvrit la porte et les laissa entrer ; de sorte que Sii ne put plus longtemps les tenir dehors. Au nord, Ngakam aussi se laissa corrompre et livra les forts, causant ainsi la défaite et la mort de Chin. Kishen persuada aussi à l'empereur queLin,enbrûlantropium, avait poussé les étrangers a se battre et avait été cause des troubles, de sorte que Lin fut banni.
« Alors Kishen et Ki-ying, chargés d'arranger les affaires avec les étrangers, convinrent de les laisser entrer en
plusieurs endroits (les cinq ports), et la Chine fut par là gravement exposée.
« 5. Puis les étrangers arrivèrent a Chang-hai" et échangèrent leur opium, plus inutile que la boue, contre le bon argent de l'empire; de manière que les étrangers devinrent riches et les Chinois pauvres. Même à cette époque ces démons voulaient nous dévorer, mais ils avaient encore quelques craintes : parce moiif, pendant plus de dix ans, tout resta donc tranquille.
« Puis les étrangers virent que le pays était déchiré par les rebelles, et que Choy, le général envoyé pour disperser les rebelles, agit timidement; ils en conclurent que la Chine n'avait pas de bons soldats.
« Lok, le gouverneur de Kiang-nan, voyant les rebelles marcher sur Nanking, prit la fuite lorsqu'ils étaient encore loin ; les étrangers pensèrent que les gouverneurs aussi étaient des lâches. Le prince Yeck-ghan donna quelque 5,000 lis du fleuve Amour a une autre nation, ce qui fit croire aux étrangers que les princes de l'empire étaient des poltrons. A Canton, Yé, un des plus grands dignitaires (Tsaoke) de l'empire, se laissa prendre et emmener en captivité, donnant ainsi à penser aux étrangers que les Tsaokes eux-mêmes ne sont bons a rien.
« Enfin Kouei-liang et Houa-cha-na, nommés commissaires a Tien-tsin, souffrirent que les étrangers entrassent dans leurs yamuns,etnon-seulementse laissèrent insulter (tirer la barbe) par eux, mais les laissèrent même censurer les paroles de l'empereur sans se fâcher, se contentant de fermer les yeux et les oreilles. Alors les étrangers apprirent a n'avoir aucune crainte des ministres du cabinet; et pendant près d'un an Kouei-liang et Houa-cha-na ne purent rien arranger.
« 6. C'est ainsi que les étrangers vinrent a regarder les fonctionnaires chinois comme des hommes inférieurs et incapables, c'est ainsi qu'ils s'affermirent dans leurs intentions voraces.
lu LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.
a Maintenant Votre Majesté prête l'oreille aux arguments de ces hommes timides et faibles qui proposent d'arranger toutes les disputes avec les étrangers, disant que l'intérieur du pays est troublé par les rebelles, etc., etc. Mais je soutiens que ces hommes n'ont en vue que leurs propres intérêts ; ils craignent pour leur argent, pour leurs femmes et pour leurs foyers ; ils n'ont pas à cœur Jes intérêts de la patrie.
« 7, Mais si Votre Majesté essaye d'arranger les affaires avec les étrangers, il lui faut accepter le traité (le traité avec l'Angleterre) qui leur donne le droit d'avoir un représentant a Pékin. Ils prétendent que ce représentant doit discuter et arranger les affaires avec les ministres. Mais la vérité est que ce représentant se mêlera de nos affaires intérieures, et il en résultera (comme à Chang- Jiaï) qu'il devra être consulté sur tout, que sa décision sera suprême et le cabinet de Votre Majesté tout à fait inutile,
« Bien plus, en permettant aux étrangers de faire le commerce partout où ils voudront, ils acquerront toutes les bonnes sapèques, le bon argent et les biens du peuple, et laisseront les Chinois dans la plus grande pauvreté.
« Et encore il faut que la douane soit remise entre les mains des étrangers; de sorte que leurs vaisseaux seront soustraits a l'examen des employés chinois. Des cartes de l'intérieur du pays seront dressées, des munitions de guerre introduites, et de là bien des dangers.
« En ou|;re les étrangers insistent pour apporter leur religion, attirer les sots, convertir les coquins, bâtir des églises, etc. ; en sorte que les préceptes de Gonfucius pourraient un jour être méprisés et la foi haïssable des étrangers devenir triomphante. Les Chinois seront ainsi esclaves des étrangers.
« Et puis le roi des étrangers demande a être traité comme l'égal de l'empereur, rabaissant ainsi la dignité de Votre Majesté.
I «Bref, les étrangers veulent abaisser les Chinois pour is'élever eux-mêmes.
«8. A présent les grands officiers de l'empire ne font guère que manger et dormir, et si quelqu'un dit que les étrangers approchent, ils sont remplis de terreur et envoient immédiatement des pétitions à l'empereur pour traiter avec les étrangers, prouvant ainsi quïls n'ont a cœur quêteurs propres intérêts, la sûreté de leurs femmes et de leur argent; et moi, Sang-ouang, je ne puis retenir l'indignation que de tels hommes éveillent en moi.
« Or j'apprends que Votre Majesté réunit journellement son conseil, et que ses conseillers lui recommandent tous de traiter avec les étrangers. Je pense pourtant que Votre Majesté, dans cette affaire, agit de ruse; qu'elle ne goûte pas les avis du conseil, mais qu'elle craint d'inquiéter le peuple, et doute d'avoir assez de soldats et d'argent.
« Toutefois la crainte est inutile ; Kouei-liang n'est qu'un hâbleur. A mesure que les Chinois deviennent plus timides, les étrangers deviennent plus hardis; mais ils sont déjà trop audacieux : le moment est venu de les châtier. Donc, si Votre Majesté n'a pas d'argent, j'en ai et je le dépenserai pour sa cause. Si elle n'a pas de soldats, j'en ai et ils combattront pour elle; et quand le peuple nous verra résister, il nous aidera; ainsi sera épargnée à l'empire la honte de voir son grand souverain s'humilier devant les étrangers.
« 9. Je prie donc l'empereur de ne pas prêter l'oreille à Kouei-liang et Houa-cha-na, mais de donner à tous les gouverneurs et à tous les officiers l'ordre de préparer les forts et les canons, et de se tenir prêts à résister aux étrangers.
(( 10. Je ne puis ni manger ni dormir dans cet état de choses; c'est pourquoi j'adresse ma pétition, etc., etc. »
Le gouvernement impérial adoptapour règle deconduite
un juste milieu : on résolut d'annuler par des moyens indirects les clauses insupportables du traité de Tientsin ; dans le cas de non-réussite, on ferait appel aux armes. Encore, dans l'exécution des mesures de résistance, agirait-on de manière a pouvoir désavouer, en cas d'échec, les mandarins qui les auraient dirigées.
Dans un mémoire contre le système des concessions, adressé vers ce temps à l'empereur par l'un de ses censeurs, et publié dans la Gazette de Pékin^ on trouve les lignes suivantes, qui prouvent combien la cour désirait se soustraire aux engagements des traités signés avec les Européens:
c( Les conseillers de Votre Majesté offrent l'excuse qu'il n'y a d'autre moyen que de leur permettre, pour le moment, de faire le commerce et de propager leur religion, jusqu'au jour où nos préparatifs militaires seront terminés; et qu'alors nous pourrons commencer les opérations hostiles. »
M. Frédéric W. A. Bruce, frère de lord Elgin, fut nommé envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, pour aller à Pékin échanger les ratifications du traité de Tientsin. Il arriva à Hong-kong le 1" mai 1859. M. Bourbon- Ion fut nommé en la même qualité et pour le même objet, de la part de la France.
M. Bruce apprit, dès son arrivée, que les Chinois avaient rebâti les forts de Takou et barré la rivière. On lui assura qu'il ne serait pas reçu par l'empereur, à moins qu'il ne se soumît a la cérémonie du ko-tou (prosternation). Il dut s'arrêter quelques semaines a Hong-kong, à cause de M. Bourboulon (tous les navires de guerre français étant en Cochinchine), et il n'arriva a Chang-haï que le 6 juin, un jour avant M. Bourboulon.
Les commissaires impériaux Kouei-liang et Houa-cha-na parurent à Chang-haï au lieu de se trouver a Pékin pour
l'échange des ratifications, qui devait avoir lieu le 26 du même mois. Ils écrivirent à M. Bruce qu'ils avaient plusieurs points à régler et demandaient une entrevue. Ils disaient avoir été convenu que la visite que les ministres alliés allaient faire à Pékin était exceptionnelle et ne devait plus se répéter.
Un des attachés a la commission impériale sonda l'interprète, M. Lay, sur l'idée d'échanger les ratifications a Chang-hai"; il désirait savoir si les ministres alliés se refuseraient a aller par terre a Pékin, en partant de Changhai". C'est la route des ambassades des États tributaires.
Il était évident que les commissaires avaient des instructions pour gagner du temps et pour revenir autant que possible sur le traité de Tien-tsin. MM. Bruce et Bourboulon leur répondirent, à propos de l'entrevue demandée, qu'ils n'avaient pas de temps à perdre, l'échange des ratifications devant se faire a Pékin le 26 du même mois ; qu'ils n'avaient aucune affaire à traiter et ne pouvaient pas avoir d'entrevue. Les commissaires impériaux opposèrent que les ratifications ne s'échangeraient point sans leur présence, et que leur voyage jusqu'à Pékin ne saurait durer moins de deux mois. On leur répondit qu'ils n'avaient qu'à prendre un des bateaux à vapeur en rade et s'en aller par la voie de Tien-tsin ; mais ils répliquèrent qu'ils n'étaient pas autorisés par l'empereur à faire leur voyage par mer.
Les ministres alliés partirent pour le Peï-ho et se trouvèrent hors la barre de cette rivière le 20 juin (1859) avec une escadre de cinq ou six grands navires et onze petits bateaux à vapeur de quarante à soixante-dix chevaux.
L'amiral Hope avait devancé les ministres, et depuis le 17 il avait envoyé un officier à Ta-kou pour annoncer l'arrivée des représentants de France et d'Angleterre. Une populace armée vint sur le rivage et ne permit pas à l'officier de débarquer. On lui dit qu'il ne se trouvait là, ni dans les forts, aucune autorité; qu'ils étaient
(les volontaires auxquels la défense de la rivière était confiée ; qu elle avait été barrée par la seule volonté et aux dépens du peuple, comme précaution contre les rebelles et les pirates. Sur les remparts des forts on ne voyait aucun drapeau, ni soldats ni canons. Les embra» sures étaient couvertes avec des nattes. Cependant l'indi* gène qui portait la parole se chargea d'une lettre pour le gouverneur de Tien-tsin et promit une réponse. 11 va sans dire qu'on demanda a ces gens d'ouvrir un passage pour les ministres qui devaient se rendre à Tien-tsin et h Pékin.
Ces efforts pacifiques ayant été renouvelés deux fois encore avec des résultats semblables, il fut résolu, le 24, de s'ouvrir un passage parla force, d'autant plus que ce lieu paraissait complètement abandonné des autorités.
Il n'en était pourtant pas ainsi ; bien au contraire : les cinq forts se trouvaient garnis par de nombreuses troupes d'élite commandées par le prince Sang-ko-lin-sin, qui s'était distingué en défendant Tien-tsin contre les rebelles. Le gouvernement de Pékin agissait de la sorte pour parep aux éventualités. En cas de revers, il aurait assuré que le peuple seul, et non les fonctionnaires publics, s'était opposé au passage des Européens.
On avait construit, là où sont situés les forts de Ta-kou, trois barrières à travers la rivière. La première que les alliés avaient à franchir se composait de grosses poutres (reliées entre elles par une chaîne) enclouées dans le fond ; les deux autres étaient composées de barres de fer, éga* lement rattachées par des chaînes.
Le 24 juin, les alliés travaillèrent a renverser la première barrière de poutres, et l'on parvint à y pratiquerun passage. Le lendemain 25, a deux heures après-midi, un bateau à vapeur s'avança jusqu'à la seconde barrière, s'attacha à deux ou trois des barres de fer, et, faisant force vapeur, les emporta avec lui. Il revint ensuite suivi de deux autres steamers, et arriva jusqu'à la troisième bar-
Irière dans le but de faire la même opération. Mais, lorsqu'il allaitcommencer,un coup de canon fut tiré de l'un des forts sur le bateau à vapeur : ce fut le signal du combat.
Avant d'en faire la description, il faut rendre compte d'un incident important : dans la même journée du 25, un peu avant midi, M. Bruce reçut une dépèche datée du 23 et écrite par le gouverneur général de la province de Pi-chi-li. Il lui disait que Kouei-liang et Houa-cha-na 'avaient reçu ordre de retourner a Pékin pour y faire l'échange des ratifications ; qu'il fallait leur donner le temps d'arriver; que lui (le gouverneur général), était allé, par mordre de l'empereur, à Pé-tang (l'embouchure d'une petite ■'rivière à dix milles de celle du Peï-ho) où M. Bruce deivrait se rendre aussi pour y débarquer et aller par terre à Pékin, accompagné de lui (le gouverneur général). Il 'ajoutait qu'il allait renvoyer les troupes composant la 'garnison des forts de Pé-tang, et qu'aussitôt qu'elles serraient parties il irait lui-même prendre M. Bruce dans une jonque pour le conduire a Pé-tang. ^ Dans cette lettre le nom de la reine d'Angleterre n'était pas placé à la même hauteur que celui de l'empereur de iChine, et par cette raison elle fut renvoyée. M. Bruce se trouvait a bord de la Magicienne^ hors de la barre, et a neuf milles de l'amiral Hope ; celui-ci avait déjà engagé :1e feu avec les forts avant d'avoir communication de la dépêche reçue par M. Bruce.
: Il est remarquable que les ministres des États-Unis et ■de France se trouvaient en compagnie de M. Bruce, et que cependant il n'y eut que celui-ci qui reçut une dépèche du •gouverneur général. Le représentant français n'avait avec lui qu'une corvette, et l'Américain un petit bateau à vapeur; par conséquent on ne les craignait pas, on ne se souciait pas d'eux.
J'ai dit que les onze petits bateaux a vapeur anglais entraient par la brèche faite dans la seconde barrière et se dirigeaient vers la troisième, quand les forts ouvrirent le
feu sur eux. Les bateaux, tout en souffrant immensément, ripostèrent, et, après deux courtes heures de combat, les batteries des forts parurent se taire. L'ordre fut alors donné pour débarquer et escalader les remparts. Quand les hommes sautèrent à terre, le feu des forts redevinl plus terrible qu'il ne l'avait été auparavant. Après de vains efforts, les alliés durent se retirer avec des pertes plus qu'ordinaires. Les hommes engagés, tant à terre qu'à bord de l'escadrille, ne dépassaient pas le nombre de treia^ cents, et ils eurent près de cinq cents morts ou blessés* Voici la description du combat, d'après la lettre d'un témoin oculaire, publiée dans le China-Mail de Hongkong du 22 juillet (1859):
« Ils n'y arrivèrent pas plutôt que tout a coup, et comme par enchantement, les nattes qui masquaient les canons de toutes les batteries rasantes furent enlevées en un clin d'œil, et tou? les canons ouvrirent le feul Nos vaisseaux étant bien préparés, cependant, on riposta immédiatement et le combat devint général.
« Il fut tout d'abord évident, néanmoins, que nous n'avions pas affaire à de l'artillerie chinoise ordinaire. Leur feu, tant pour le poids des projectiles que pour la précision du tir, était tel que peu d'hommes, et, j'en suis certain, aucun de ceux qui avaient fait les campagnes de la Chine, n'en avaient éprouvé un pareil auparavant. En très-peu de minutes YOpossum eut plusieurs hommes de son équipage tués ou blessés. Sur le Plover, l'amiral était grièvement blessé; son vaillant commandant, Rason, et le capitaine M' Kenna, du 1" régiment d'infanterie (qui remplissait son service dans l'état-major de l'amiral), furent tués, et presque tous les hommes de l'équipage étaient hors de combat, tandis que le Haughty^ le Lee^ le Kestrel et le Cormorant avaient éprouvé de si graves avaries qu'ils étaient près de couler. Le Lee^ en effet, aurait coulé tout de suite, si le lieutenant Kroad, sur le
Haughty^ n'eût volé a son secours, et ne l'eût remorqué à l'écart en essuyant un feu bien nourri. Néanmoins le bombardement continua avec la même vigueur, et en deux heures environ le feu de l'ennemi commença à se ralentir d'une manière sensible, et (bien qu'il appréciât si exactement la distance que presque tous ses coups portaient, tandis que les nôtres, quoique admirablement dirigés, ne faisaient comparativement que peu de dégâts dans ses murs de terre) il cessa presque entièrement un peu après quatre heures.
« Vers cinq heures environ, le signal attendu avec impatience de débarquer et de donner l'assaut fut fait aux troupes, qui y répondirent vivement , chacune des embarcations qui les contenaient s'efforçant d'arriver la première a la côte. Pas une âme dans l'escadre, je crois, ne doutait en ce moment que nous n'obtinssions une prompte victoire. Juste au moment où le premier canot touchait la côte, cependant, pan ! un coup de canon partit encore des forts et fut immédiatement suivi d'une véritable tempête de boulets, d'obus, de balles de gingol et de fusées, tirés de toutes les batteries du Sud, qui firent tomber nos hommes par dizaines aussitôt qu'ils étaient débarqués. Néanmoins, ils sautaient tous des canots sans que leur ardeur en diminuât. (Beaucoup d'entre eux dans une eau si profonde qu'ils devaient nager jusqu'à la côte, et se précipitaient en avant a travers la boue, tandis que les vaisseaux les protégeaient par un feu aussi bien nourri qu'il leur était possible.)
« Le feu de l'ennemi, cependant, continua "a être si meurtrier, et la boue se trouva si profonde (dans beaucoup d'endroits elle atteignit jusqu'aux genoux des hommes, souvent jusqu'à la ceinture), que sur mille hommes qui débarquèrent, cent seulement arrivèrent jusqu'au premier des trois fossés larges et profonds, qui, après une marche pénible de quelque cinq cents pas dans la boue, se présentèrent devant le petit nombre de braves qui avaient pu II. 11
parvenir jusque-la; et de ce petit nombre, vingt a peine avaient été capables de conserver à sec leurs fusils et leurs munitions. Néanmoins, ils firent hardiment face à ces nouvelles difficultés, et une cinquantaine d'entre eux, avec une foule d'officiers (parmi lesquels se faisaient remarquer l'officier commandant du contingent français Tricault, les commandants Commerell et Heath, de la marine royale, le major Parke et le lieutenant Hawkey, des soldats de marine, le major Fisher et le lieutenant Maitland, du génie), réussirent à atteindre jusqu'au bord le plus reculé du troisième fossé, d'où ils auraient certainement fait un efibrt vigoureux pour escalader les murs s'il y avait eu des échelles; mais toutes celles débarquées, excepté une seule, avaient été brisées par les boulets ou s'étaient enfoncées dans la boue. Avec l'unique qui restait, cependant, dix hommes dévoués s'élancèrent en avant, sur lesquels trois furent immédiatement tués par des balles et cinq grièvement blessés.
« Une décharge verticale de flèches, aussi bien qu'une constante fusillade, fut entretenue contre la troupe d'élite, qui se blottit alors dans le fossé, attendant, mais en vain, des renforts ; et c'est un miracle qu'aucun d'eux ait ensuite échappé vivant.
« Voyant quelles insurmontables difficultés se présentaient, l'ordre fut enfin donné de se retirer; l'intrépide commandant des troupes, le colonel Lemon, des soldats de marine (qui avait été un des premiers dans le fossé le plus avancé), le capitaine Vansittart, de la Magicienne, et le capitaine Shadwell, du Highjiiei\ ayant tous été gravement blessés. Le dernier avait reçu une balle dans le pied peu après le débarquement, mais était allé courageusement en avant, jusqu'au fossé le plus reculé. Le pauvre capitaine Vansittart avait eu la jambe emportée. Le lieutenant Graves, de \ Assistance^ le lieutenant Clutterbuck, du Coromandely le jeune Herbert, du CJiesapeake^ et les lieutenant înglis et Woolrige, des sol-
dats de marine, avaient tous été tués tandis qu'ils excitaient bravement leurs hommes a marcher en avant ; et les trois quarts au moins des officiers qui étaient débar- Iqués furent plus ou moins grièvement blessés. En effecîtuant la retraite on perdit plus de monde, peut-être, qu'en avançant, parce que les Chinois, en allumant des feux de (Bengale, étaient a même de reconnaître la position exacte de nos hommes chancelants alors et tout à fait épuisés, ;et de les abattre comme des oiseaux. Même lorsqu'on arriva au bord de l'eau, la position ne fut pas meilleure, attendu que tant d'embarcations avaient été mises en I pièces par les boulets qu'il n'en restait pas assez pour ; recueillir tous les survivants. Plusieurs se noyèrent en ressayant d'échapper, tandis que beaucoup durent rester plus d'une heure dans l'eau jusqu'au cou avant d'obtenir une place dans un canot. Et même alors tout danger ne ;fut pas passé pour eux, car le feu des forts continuait à être si vif, que plusieurs canots remplis de blessés furent (atteints et coulés tandis qu'ils ramaient vers les vais- • seaux. Le Coromandel fut transformé temporairement en î vaisseau-hôpital, et la scène que présentait le second pont I était vraiment horrible. Une heure du matin allait sonner quand la dernière embarcation chargée de blessés les lui amena, et longtemps avant cette heure il était encombré \ d'hommes mutilés et de mourants. »
Les onze petits bateaux à vapeur anglais qui se battirent lavec les forts souffrirent tous beaucoup, et trois d'entre ' eux (le Cormorant, le Lee et le Plover}^ durent être abandonnés aux Chinois.
Le petit bateau a vapeur des États-Unis qui avait porté le ministre de cette nation, M. Ward, remorqua plusieurs des canots chargés de blessés qui se retiraient de l'assaut manqué, et les conduisit a bord du navire anglais le Coromandel, sauvant ainsi beaucoup de vies. Apres ce désastre, les alliés n'eurent qu'a battre en re-
traite sur Chang-haï et attendre les ordres et les renforts d'Europe.
Les ministres de Pékin furent effrayés de leur triomphe. Au lieu de harasser les Anglais dans les ports ouverts au commerce, ils cherchèrent à faire oublier l'affaire de Takou. Ho, le vice-roi des deux provinces Kiang, écrivit à M. Bourboulon une dépêche très-amicale dans laquelle, paraissant ignorer que des Français se trouvaient à côté des Anglais le jour de l'assaut des forts, il l'invitait à se rendre a Pé-tang pour être conduit à Pékin afin d'échanger les ratifications du traité. En même temps il priait M. Bourboulon de faire a M. Bruce la proposition de l'accompagner dans le même but, l'assurant que M. Bruce serait très-bien reçu. Après quelques jours, Ho s'adressa directement a M. Bruce et lui proposa d'aller à Pékin échangeriez ratifications en même temps que le ministre de France et M. Ward, représentant des États-Unis, lequel était déjà en route pour Pékin.
Non-seulement le commerce anglais continua a se faire paisiblement dans les ports du littoral comme auparavant, mais il obtint de plus une concession assez importante. Voici les faits :
La mission américaine n'avait stipulé dans son traité ni la résidence d'un ministre a Pékin, ni l'ouverture du Yang-tse-kiang, ni la liberté pour les Américains d'aller dans l'intérieur de l'empire avec des passe-ports ; mais elle avait obtenu que les navires de commerce, au lieu de payer a la douane cinq maces d'argent par tonneau (d'accord avec le traité de Nankin), n'en payeraient que quatre. M. Bruce réclama cet avantage pour les navires britanniques en s' appuyant sur l'article du traité de Nankin qui assure a l'Angleterre tout ce qui serait accordé à la nation la plus favorisée. Les autorités impériales mirent tout de suite le commerce anglais en possession de cette faveur.
Après le malheureux événement de Ta-kou, le ministre
des États-Unis écrivit au gouverneur général des Kiangs, qu'il était venu pour échanger les ratifications du traité américain et pour présenter à l'empereur une lettre du président des États-Unis. Il lui fut répondu de se rendre à Pé-tang, d'où il serait conduit à Pékin. M. Ward se conforma a ces dispositions. Ceci enhardit le gouvernement chinois qui tâcha d'obtenir, comme je l'ai déjà dit, que les ministres de France et d'Angleterre imitassent l'exemple de M. Ward.
On aurait cru qu'il serait reçu très-honorifiquement à Pékin, ne fût-ce que pour prouver que MM. Bruce et Bourboulon avaient eu tort de ne pas vouloir se soumettre aux exigences des mandarins II en fut néanmoins autrement. Je donne ici traduction d'une dépèche que M. Bruce écrivit à son gouvernement après s'être entretenu avec M. Ward :
« M. Ward, le ministre américain, est revenu ici le 21 août; je vous envoie ci-inclus le récit, publié par les officiers américains qui l'ont accompagné, des principaux incidents qui ont marqué son voyage, et du traitement que la mission a éprouvé pendant les quinze jours de son séjour à Pékin.
« L'examen de ce récit montre que le gouvernement chinois est encore loin de reconnaître ou de respecter les droits des envoyés étrangers ; que, quelque concession apparente qu'il ait faite sur le papier, il refuse dans la pratique d'admettre les rapports diplomatiques sur un pied d'égalité nationale, et qu'une visite à la capitale n'est ici acceptée qu'autant qu'elle peut être convertie en un moyen de flatter l'orgueil de l'empereur de la Chine et de reconnaître sa supériorité.
« Jamais mission purement pacifique ne pouvait être allée à Pékin dans des circonstances plus favorables que celle de M. Ward. La peur des conséquences qui peuvent résulter de la collision à l'embouchure de la rivière Tien-
I8« l.A CHINE ET LES PUISSANCES CHRETIENNES.
tsin, l'occasion favorable d'établir un précédent par l'entrevue personnelle avec l'empereur, au moyen de négociations, conduites avec un envoyé isolé et qu'aucune force n'appuie , et le poids qu'une telle réception aurait donné à leurs remontrances sur la conduite de M. de Bourboulon et la mienne comme dure et arrogante, tout concourait a démontrer la convenance de faire une réception honorable et amicale à la mission américaine. Mais loin de là, la comparaison avec ce qui eut lieu peut jj de précédentes ambas^ades anglaises en Chine montrera que la position de l'envoyé américain a été notoirement inférieure; quil y eut une intention méditée de rendre la visite si fatigante, physiquement, a cause des moyens de transports, et si accablante, moralement, par la surveillance et les restrictions imposées, que le désir de la renouveler deviendrait improbable, et que, quand la fermeté de M. Ward eut déçu le gouvernement chinois dans son espérance de lui extorquer des concessions sur la question du cérémonial, il couronna son insultante conduite en exigeant de lui qu'il retournât a Pé-tang échanger les traités, bien qu'il eût été invité, par un décret impérial, k accomplir cette cérémonie à Pékin. M. Ward m'a informé qu'il retourne plus convaincu que jamais de la sagesse de notre détermination de nous diriger vers Tien-tsin avec nos drapeaux, et de l'exactitude des informations que nous avions obtenues a Chang-hai, aussi bien que de la déraison de la cour et de l'influence que le parti anti-étranger a dans les conseils de l'empereur. Son opinion est que, à moins que le gouvernement impérial ne soit entièrement éclairé sur l'impossibilté de résister, il ne consentira pas a établir des relations sur le pied où, d'après mes instructions, je dois demander qu'elles soient placées. Il décrit le contraste remarquable qui existe entre le ton de confiance à Pékin et les alarmes des autorités de la côte, sur les conséquences de la dernière collision.
Pour continuer le récit de la visite de M. Ward, je
rappelle a Votre Excellence, qu après un certain délai, Hang-fuh, gouverneur général de Chi-li, lui écrivit, disant qu'il avait reçu le décret de l'empereur autorisant M. Ward à s'avancer, après le 19 de juillet, par la route de Pé-tang, vers la capitale, et la, d'y attendre les commissaires impériaux, à l'arrivée desquels les ratifications ! seraient échangées.
i « Fort de cette invitation, M. Ward (Jébarqua a Pé- ■tang le 20, et fut informé qu'il devait faire le voyage, j jusqu'à un certain point situé dix milles au-dessus de tTien-tsin, dans un des véhicules couverts du pays. Ces i voitures sont tirées par un mulet, quelquefois accouplé [avec un cheval, quelquefois avec un âne; elles n'ont ni \ ressorts, la caisse reposant sur l'essieu, ni ouverture pour i recevoir l'air, et M. Ward a décrit les souffrances et l'éi puisement de cette manière de voyager comme intenses. I En effet, une personne jouissant de la plus robuste santé ; pourrait seule supporter un tel voyage. [ « Dans un pays où chaque détail de la vie est matière a [ un règlement précis, les moyens de transport qui servent à un voyageur indiquent son rang et sa position aux yeux . de la population. Votre Excellence verra dans les extraits ici-inclus du récit fait par Staunton, de l'ambassade de [lord Macartney, que des trois manières de voyager, en chaise, a cheval et en voiture, la dernière est la moins [ honorable. Lord Macartney lui-même et les trois principaux membres de sa suite voyagèrent en chaises, de I Toung-cho a Pékin, les autres personnes, à cheval, avec [ des mandarins; les serviteurs elles soldats de son escorte anglaise, dans des chars couverts. Des chaises furent . pareillement fournies pour le service de l'ambassade de ; lord Amherst a son retour à 'Toung-cho, même après '. qu'il eut brusquement reçu son congé de l'empereur, ir- ! rite contre lui.
" Les autorités chinoises, en proposant à M. Ward ce
moyen de transport, avaient pour but de l'abaisser, ainsi que sa nation, aux yeux des populations; résultat tout ensemble agréable a la vanité personnelle des hautes autorités provinciales, et conséquent avec la politique chinoise. Je n'ai aucun doute que M. Ward aurait refusé cet arrangement si l'intention des Chinois, en faisant cette proposition, lui avait été clairement expliquée ; mais dans de telles matières, un ministre fraîchement arrivé de l'ouest est entièrement entre les mains de ceux qui ont fait une étude du langage et des mœurs des Chinois. Il est vrai, sans doute, comme on l'a affirmé, que ces messieurs sont quelquefois, sans nécessité, susceptibles sur certains points de l'étiquette ; mais leur éducation exclusive produit dans d'autres cas un effet exactement opposé, et les dispose plutôt a consulter les préjugés chinois, qu'à insister sur ce que leur propre dignité nationale exige.
« En quittant la rivière à Toung-cho, des moyens de transport de la même espèce furent fournis, et la route étant pavée en dalles de granit et n'étant point du tout entretenue, les cahots devinrent si intolérables que M. Ward fut obligé de descendre et de se mettre à marcher sous un soleil brûlant, des chevaux lui ayant été refusés pour faire cette dernière partie du voyage. Alors l'officier chinois qui commandait l'escorte mit pied a terre et lui prêta son propre cheval; mais il le reprit en approchant de Pékin, et en conséquence M. Ward rentra dans la voiture. J'ai vu une lettre adressée aux missionnaires •catholiques au sujet de l'effet produit, par son entrée, sur la foule chinoise amassée pour en être témoin. Cette lettre parle du cortège comme étant si modeste, que les Chinois ne croyaient pas que le ministre américain pût y être. « Humillime intravit^ » voilà les mots latins qui décrivent cette entrée. Il fut logé dans un vaste bâtiment appelé le Palais des Princes. On dit à M. Ward qu'une forte somme avait été allouée pour mettre ce palais en état de le recevoir, bien qu'il ne lui ait pas semblé que
l'argent eût été employé a sa destination légitime. Un grand nombre de soldats ou d'agents de police furent placés tout autour, comme marque d'honneur; mais on s'aperçut bientôt que c'était aussi bien pour empêcher de sortir ceux qui étaient dedans que pour tenir en dehors les curieux et les impertinents. M. Ward lui-même fut arrêté en voulant sortir dans la rue, et ce fut seulement en menaçant de ne plus s'occuper de transaction d'affaires qu'il obtint l'autorisation, pour les membres de sa mission, de sortir a pied. On lui refusa nettement sa demande de chevaux et de guides pour mettre ceux de sa suite en état de parcourir la ville et d'y trouver leur chemin. Un étranger a Pékin auquel on permet de sortir à pied, mais privé de chevaux et de guides, est tout à fait un prisonnier, sauf le nom. Les autorités chinoises ayant su que le maître d'hôtel chinois (comprador) avait procuré aux Américains des éventails de papier sur lesquels le plan de la ville était imprimé, le menacèrent de la mort, dans le cas où il achèterait encore quelque chose a leur insu et sans leur permission.
« Quand on leur fit des remontrances sur cette contrainte, les Chinois répondirent qu'aussitôt que les affaires seraient conclues, les Américains pourraient aller librement où il leur plairait. Mais il semble que cette contrainte fut imposée, non-seulement comme un moyen d'amener les Américains a se prêter aux cérémonies du ko-tou, mais aussi pour les empêcher d'avoir aucune communication avec la mission russe. Il paraît qu'un officier russe essaya de forcer le passage jusqu'à leur résidence, mais sans succès; une lettre même fut retenue six jours avant d'être délivrée. En attendant, on faisait toutes sortes d'efforts, tantôt par des flatteries, tantôt par d'aigres remontrances, pour obtenir que M. Ward consentît à une entrevue avec l'empereur. L'espoir de l'amener à se prêter a une cérémonie, assez différente de celle qui a lieu quand des envoyés étrangers se présentent aux II. 11.
souverains européens, pour impliquer la reconnaissance d'une certaine supériorité dans l'empereur de Chine, avait été, je n'en doute pas, le motif qui avait déterminé le gouvernement chinois à l'admettre à Pékin. Car déçu dans cet espoir par la fernieté de M. Ward, Kouei-liang, sans tenir aucun compte de ce fait, que M. Ward était allé à Pékin en conséquence de l'invitation de l'empereur à venir échanger les ratifications, écrivit à M. Ward pour lui demander pourquoi il était venu à Pékin, puisqu'il était si obstinément résolu a s'en tenir a sa propre opinion.
« Dans sa réponse, M. Ward rappela l'invitation qu'il avait reçue et fit mention de la lettre du président pour l'empereur de la Chine, dont il était chargé. Le gouvernement chinois, qui persiste a regarder les engagements qu'il prend avec des nations commerçantes comme affaires de commerce faites pour être arrangées par le commissaire chargé d'administrer les ports ouverts, mais ne tombant pas dans les attributions du cabinet impérial, saisit le prétexte donné par l'allusion de M. Ward à la lettre du président pour y voir la cause unique de la visite à Pékin. Le gouvernement refusa cependant de l'accepter, à moins que M. Ward ne déclarât préalablement par écrit que son refus de se conformer à la cérémonie exigée ne venait d'aucun manque de respect de sa part, ni de celle du président envers Tempereur.
« Après avoir écrit une dépèche dans ce sens-, M. Ward fut informé par un décret impérial que le langage de ses lettres étant respectueux, il était autorisé à la présenter à Kouei-liang et a ses collègues. Quant à l'échange du traité, on lui dit qu'il aurait du strictement retourner à Chang-hai et l'échanger dans cette ville, mais qu'en considération de son long voyage le sceau y serait apposé, et que Hung-fuh, gouverneur général de Chi-li le lui délivrerait en échange. M. Ward fut alors reconduit à Pétang, le point d'où il était parti , et la cérémonie de l'échange des ratifications fut faite parlTung. Votre Excel-
lence se rappellera que lorsqu'il était dans leurs vues de nous retenir a Chang-hai, Kouei-liang déclarait que lui et ses collègues étaient les seules personnes par lesquelles l'échange des ratifications pût être effectué.
(c Le gouvernement chinois, dans ce décret, lequel a été depuis publié dans la Gazelle de Pékin^ déclare pour la première fois qu il y avait une ferme intention de sa part de ne pas me permettre de remonter la rivière, et que Takou avait été fortifiée par les ordres de l'empereur. Il affirme que cette décision avait été communiquée aux envoyés étrangers par Kouei-liang et par Houa-chana à Chang-hai et qu'on leur avait dit qu'ils devaient aller par Pé-tang. Ces assertions sont positivement contraires à la vérité, bien que je ne croie pas impossible que les commissaires aient présenté l'affaire de cette manière à l'empereur. »
Extrait de la relation do7it parle M. Bruce, dans la dé^ pêche précédente ^ publiée par des officiers américains qui accompagnaient 31. Ward à Pékin,
« Ils firent d'abord quarante-cinq milles a travers le pays dans descharrettes couvertes, et arrivèrent auPeï-ho, à un village appelé Pei-tsang, quelques milles audessus de Tien-tsin; delà ils continuèrent leur voyage dans des jonques jusqu'à Toung-cho, à une distance de douze milles de Pékin, dont elle est le port. Ils prirent là de nouveau des charrettes jusqu'à la capitale.
« Le voyage entier dura huit jours et demi, dont cinq furent passés sur la rivière. Ils franchirent non moins de six ou sept barrières entre Pei-tsang et Toung-cho; aucune d'elles néanmoins n'était en bon état ni défendue par des forts. Les bateliers disaient que c'était en partie pour arrêter les Anglais, et en partie pour donner abri aux jonques, lorsque la glace était en débâcle.
« Les membres de la légation restèrent à Pékin quinze jours, pendant lesquels ils furent confinés dans leurs logements; non pas cependant comme prisonniers, car ils avaient la liberté de sortir à pied à toute heure. Mais les commissaires refusèrent des chevaux et des guides, laissant au choix de M. Ward de leur acorder la permission de sortir a pied ou non, comme il le jugerait convenable. Ils auraient sans aucun doute fermé complètement les portes, si M. Ward n'avait pris une attitude ferme à la première entrevue, informant Kouei-liang qu'aussitôt que ses mouvements seraient le moins du monde contraints, il cesserait toute négociation, et demanderait son escorte de congé.
« Il paraît que l'empereur était très-désireux de voir M. Ward, mais qu'il insistait aussi pour qu'il accomplît le a ko-tou » ; cette cérémonie étant contre les principes de Son Excellence fut positivement refusée. Le résultat de ceci fut que le quatorzième jour du séjour de la mission américaine, on décida enfin que l'on recevrait la lettre du président a Pékin et que l'on renverrait Son Excellence a Pé-tang échanger le traité; et le jour suivant ils s'en retournèrent en effet.
« Pendant leur séjour a Pékin ils ne virent aucun des membres de l'ambassade russe, mais en reçurent plusieurs lettres. La première mit six jours à aller d'un bout a l'autre de la ville, ayant été évidemment détenue par les autorités.
« Quand ils furent arrivés a Pé-tang le 16, on échangea les traités, et un prisonnier anglais du nom de John Pawell fut rendu. »
La cour désirait que M. Ward se rendît à la présence de l'empereur comme question de dignité. On ne connaît dans ce pays d'autres ambassadeurs que ceux qui viennent offrir des tributs de la part des princes qui se reconnaissent inférieurs. Sous ce point de vue, l'empereur
i n'est pas fâché de recevoir des ambassades lointaines. J'ai dit ailleurs que celle de lord Amherst eut son origine dans l'invitation des Chinois eux-mêmes, faite aux chefs de la compagnie anglaise de Canton. Tous les ambassadeurs européens ont été qualifiés de porteurs de tributs, dénomination à laquelle se prêtait la circonstance des présents dont les envoyés étaient chargés pour l'empereur.
M. Ward étant arrivé à Pékin, et n'allant pas présenter ses hommages au Fils du ciel, un commentaire général du public devait en être la suite, et l'empereur perdait ■ son prestige. Aussi, sur le refus de M. Ward de se ren- , dre à une audience de Sa Majesté, à moins d'être dispensé i de la cérémonie du ko-tou, Kouei-liang lui demandait : officiellement « pourquoi faire était-il donc venu à Pé- I kin ? »
Voici une partie d'un décret que l'empereur rendit a cette occasion :
« Nous avons lu aujourd'hui la réponse des barbares américains à la communication de Kouei-liang et de ses collègues.
• Elle montre que pour ce qui concerne leur présentation à la cour, on ne peut rien faire de plus pour les ramener a la raison (*). Du reste, en déclarant que leur respect pour Sa Majesté l'empereur est le même que celui qu'ils ont pour leur Pih-li-si-tien-teh (président), ces barbares placent tout simplement la Chine de pair avec les barbares du Sud et de l'Est (**), ce qui est d'une arrogance trop ridicule.
(*) Litt. il ne peut plus y avoir de bons moyens de les ramener (dans le bon chemin).?Les argumert? sont épuisés ; que la question de l'audience soit mise de côté
(**) Les Mivang, anciens barbares du Sud ; les I, barbares de l'Est.
19i LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRETIENNES.
« La proposition faite hier, de leur accorder une entrevue avec les princes, ne peut pas être prise en considération. ))
Quoique M. Ward fût allé a Pékin du consentement des hauts mandarins, dans le seul but d'échanger les ratifications du traité, n'ayant pas voulu se soumettre a la cérémonie duko-tou,on l'obligea de retourner à Pé-tang pour effectuer l'échange mentionné, et il y consentit.
A Pékin, Kouei-liang parla a M. Ward de l'affaire de Ta-kou; il se plaignit amèrement de ce que, a Chang-haï, les ministres alliés n'avaient pas voulu le recevoir, lui le second ministre de l'empereur. Il chercha à savoir de M. Ward ce que les Anglais allaient faire, et lui insinua d'offrir sa médiation.
J'ai dit que lors du désastreux engagement de Takou, il n'y avait sur les remparts aucun drapeau ; les bannières impériales n'y reparurent que cinq ou six jours après l'affaire. Peu a peu l'empereur reconnut, dans des décrets publiés par la Gazette de Pékin, que le prince Sang-ko-linsin et plusieurs autres chefs étaient a Ta-kou le 25 juin, et qu'ils avaient empêché, par ses ordres, le passage de l'escadrille anglo-française. Voici la traduction de l'un de ces décrets :
« Sang-ko-lin-sin et ses collègues ont présenté leur rapport sur certains détails de la (dernière) action, détails dont ils assurent avoir vérifié l'exactitude.
« Le 25 de la lune, les vaisseaux des barbares anglais, ne tenant aucun compte des injonctions raisonnables qui leur avaient été faites, ont forcé l'entrée de la rivière et ont ouvert sur nos troupes un feu, auquel celles-ci ont riposté.
« Les vaisseaux barbares, bien qu'endommagés, n'ont pas voulu se retirer, et ont continué le combat à l'aide
lie leur infanterie jusqu'à ce que nos soldats leur aient ;ué plusieurs centaines dhommes et fait deux prisonaiers. Alors le reste s'est enfui et caché dans leurs vaisseaux. Les bâtiments barbares entrés dans la rivière étaient au nombre de treize en tout; un seul a pu franchir la barre, mais les autres ont tellement eu a souffrir de notre feu qu'ils ont été mis hors de service. Le chef barbare Li (? a été si grièvement blessé à la cuisse, iqu'il lui était impossible de se remuer. ' « Les barbares anglais, violents, rebelles et déraisonnables comme ils le sont, ont, dans cette occasion, reçu un châtiment qui fte manquera pas de leur faire comprendre le danger (littéralement, la difficulté^ que l'on Icourt à porter atteinte à l'honneur militaire de la Chine. Les officiers et les soldats, qui, avec un zèle égal, ont réuni leurs forces pour achever cette grande victoire, ont certainement montré un courage plus qu'ordinaire, et nous ordonnons a Sang-ko-lin-sin de s'assurer des noms de tous ceux qui se sont signalés dans celte occasion et de les recommander a notre faveur. Nous l'autorisons, en même temps, a leur distribuer 3,000 taels, qu'il peut prendre sur les fonds de la souscription. Shih-Tung-chun, commandant en chef de l'armée chinoise de Chi-li, et le brigadier Lung-yu-yen, commandant de Ta-kou, qui étaient en personne a la tète des troupes, ont vaillamment dédaigné de penser a leur propre sûreté, et ont été tués dans le bombardement : leur perte est vraiment regrettable. Que leurs noms soient portés au conseil dû, afin que des honneurs posthumes leur soient largement rendus et que des monuments leur soient élevés à Tien-tsin et dans leur ville natale. Que le major Tsitanpu, ainsi que ïakshin, subalterne des mousquetaires dans la division de la bannière blanche, le lieutenant Wang Shi-yang et renseigne Chang Wan-ping, qui sont tombés en même temps, reçoivent chacun les honneurs posthumes auxquels les rè-
glements leur donnent droit, afin que leurs âmes loyales en soient consolées!
« Respectez ceci. »
Vers le mois d'août, les Anglais reçurent de Canton et de Sou-tchaou des copies d'un décret impérial dont voici la traduction :
« Le 6 de la sixième lune de la neuvième année de Hienfung (le 5 juillet 1859), a été reçu le décret suivant :
« Dans un second mémoire présenté aujourd'hui par Sang-ko-lin-sin et Tsai-hang (*), ils représentent avec instance que les barbares anglais s'étant révoltés, et que les barbares français s'étant alliés avec eux pour soutenir leurs mauvais desseins, le crime de ces deux peuples est tel que la mort ne serait pas une punition suffisante, et qu'il faudrait profiter de l'occasion présente pour soutenir notre dignité et tirer sur les rênes assez fort pour réprimer efficacement leur perversité sauvage.
« Depuis la vingt et unième année de Tao-kouang (1841) ces barbares nous ont constamment cherché querelle; ils ont sans cesse méconnu la dignité du ciel (**).
a Malgré cela, Sa feue Majesté, canonisée sous le nom du «Parfait », n'a pas pu se décider (telle était la tendresse qu'il ressentait pour tous les hommes venus de loin) à punir leurs infractions, conformément aux strictes exigences de la loi. Il leur permit même de faire le commerce dans cinq ports; il leur donna de l'argent de son trésor pour les calmer et les satisfaire (***). Les bienfaits
(*) Vn des proches parents de la famille impériale. On appelle Mien la famille du dernier empereur. La famille actuelle prend le nom de Yih. La famille qui vient après, prend celui de Tsai, d'après une loi qui règle ces matières.
(**) Le ciel, c'est-à-dire l'empire céleste, la Chine.
(**•) Il fait ici allusion aux 27 millions de dollars payés aux An-
dont ces nations étrangères ont été ainsi comblées ne furent pas de peu de valeur. Et si elles avaient eu quelque conscience, elles auraient été sans aucun doute remplies de gratitude pour la bienveillance de Sa Majesté impériale; elles auraient poursuivi en paix leurs travaux et gagné leur vie, et si un sujet de mécontentement se fût élevé pendant qu'elles étaient ainsi occupées, rien ne les empêchait, dans ce cas, d'en référer aux autorités locales, et de s'arranger avec elles. Pourquoi donc cette insubordination, cette conduite féroce, cette constante parade de leurs prouesses guerrières?
Ces gens ont été un poison funeste pour notre peuple. I Ils ont envahi séditieusement nos frontières, et par d'in- [ tolérables atrocités de tout genre ils ont montré leur [ extrême ingratitude. Si nous mettions nos forces en moul vement, qui empêcherait l'extermination immédiate de [ ces marionnettes? Toutefois, nous n'oublions pas que c'est par l'humanité et la droiture que nos ancêtres ont établi leur vaste empire ; que c'est par leur libéralité et leur bienveillance qu'ils ont adouci et enrichi les nations
sauvages
« Si donc les chefs barbares changent de conduite et font de loyales avances pour une soumission pacifique , comme nous avons hérité des maximes de nos ancêtres, et de leur politique traditionnelle, avec leurs vastes domaines, nous y conformant respectueusement, nous ne nous montrons rigoureux envers aucun homme ; mais s'ils s'obstinent dans leur perversité et s'ils insistent sur des demandes qu'ils n'ont pas le droit de faire, alors nous les anéantirons au même instant, et nous jurons que pas un rejeton de leur race ne restera.
« La loyauté et le courage des princes dont le mémoire est sous nos yeux sont vraiment dignes d'éloges, et assu-
glaisen 1842 pour la rançon de Canton et l'indemnité de l'opium et des frais de la guerre.
rément il ne serait pas facile de trouver parmi nos ministres et nos serviteurs, dans la capitale ou ailleurs, un zèle égal au leur pour la politique de l'État et le bienêtre du peuple. Nous en sommes hautement satisfait et charmé, mais quant a ce qui concerne les mesures qu'ils proposent pour la répression immédiate des barbares en leur serrant le frein, nous sommes d'avis que ce serait un tort de prendre l'initiative d'un acte de violence. Nous ordonnons donc qu'on ne se règle pas pour agir sur ce mémoire, mais qu'il soitrendu . Respectez ceci. »
Par l'article 29 du traité américain, tolérance complète est stipulée pour la religion chrétienne, catholique ou protestante. Eh bien ! tr(?is mois après l'échange des ratifications, (près de Hang-cheu),un haut mandarin prit des mesures violentes contre des chrétiens (6 décembre 1859). Des indigènes convertis furent arrêtés et conduits aux tribunaux (31 déc.) dans le village de Hai-chin, près d'Amoy, sous de fausses accusations, pour des délits qu'ils n'avaientpoint commis Déjàle 11 octobre (1859) le préfet de Lon-ling, dans la province de Kiang-si, avait publié un édit furibond contre la religion chrétienne, ordonnant aux indigènes qui suivent cette foi de se présentera la Cour de justice et de marcher sur la croix afin d'éviter les punitions qu'il allait lancer contre eux. Il y transcrivait copie de la loi de Kia-king qui porte la peine de strangulation immédiate contre ceux qui prêchent cette doctrine.
Vers cette époque, parut dans la Gazette de Pékin un mémoire à l'empereur, de Yin-chaou-young, dans lequel ce censeur blâmait les concessions accordées aux étrangers par les traités de Tien-tsin. On y trouve ces remarquables paroles (que j'ai déjà citées à propos de la mauvaise foi des mandarins) : « Les ministres s'excusent en « disant qu'ils ont seulement l'intention de leur laisser « faire le commerce et propagf leur religion jusqu'à ce
TROISIEME GUERKE. 19U
i[ue nos pivparalils militaires soient finis , et qu'alors nous recommencerons les hostilités »
( Aussitôt que la nouvelle du désastre de Ta-kou arriva ' ;en Europe, les cabinets de Londres et de Paris envoyèrent ■des forces en Chine, et firent partir de nouveau lord Elgin let le baron Gros.
En attendant, MM. Bruce et Bourboulon adressèrent au [premier ministre de l'Empereur, en date de Ghang-haï 's mars (1860), une réclamation à propos de l'affaire de Taikou ; M. Bruce exigeait comme ultimatum les concesj siens suivantes: