SUR L'ÉTUDE DU LATIN, US
de fruit et de plaisir la traduction d'Horace par D. Xavier de Burgos, que l'original lui-même. Je ne contesterai pas néanmoins que la poésie ne soit difficile a traduire, et je conviendrai qu'il vaudrait peut-être mieux, en général, la lire dans sa propre langue ; mais alors il faudrait commencer par étudier l'hébreu, afin de bien goCiter dans sa source la poésie biblique, la plus sublime que nous connaissions. Il faudrait apprendre aussi le sanscrit ; car il est bien certain que si les Romains ne firent qu'imiter les Grecs, ceux-ci, de leur côté, avaient tout emprunté aux Indiens : poëmes épiques, comédies, tragédies, odes et jusqu'aux fables, celles d'Ésope n'étant qu'une traduction littérale d'une collection sanscrite; et si nous voulons approfondir la question, nous trouverons peut-être que les Indiens a leur tour ont copié les Chinois. En effet, il n'y a qu'à voir a Macao ou à Canton une représentation théâtrale exécutée sur un théâtre en plein vent, sans changement de décors, par des acteurs masqués, chantant leurs rôles, non sur une musique variée et composée ad hoc comme celle de nos opéras, mais sur cinq différentes mélodies (une guerrière, une tendre, une mélancolique, etc.); il n'y a, dis-je, qu'à voir cela pour reconnaître sur-le-champ le moule où fut coulée la tragédie d'Eschyle ou d'Euripide avec ses cinq modes^ dont l'explication a donné tant de peine aux critiques et aux érudits. '-
« On dit que celui qui sait le latin apprend ensuite plus aisément le français ou toute autre langue. -- Gela est vrai jusqu'à un certain point, comme il est vrai que celui qui sait déjà le piano apprendra plus aisément le violon ou la flûte que celui qui n'a aucune pratique de la musique. Mais cet avantage n'est pas particulier au latin, et il appartient également à toute autre langue. Ce qui arrive, c'est que l'intelligence s'accoutume à comprendre et à exprimer les idées avec d'autres paroles et d'autres formes de phrases- que celles de la langue maternelle. En outre
le latin facilite l'étude des langues qui ont de l'analogie avec lui, comme le français, l'espagnol ou l'italien ; mais l'allemand sera une bien meilleure préparation que le latin pour l'anglais, le hollandais ou le suédois; l'illyrien pour le russe, l'hébreu pour l'arabe, letartare pour le turc ou le hongrois, et le sanscrit pour l'indoustani. Penser autrement, ce serait se figurer que le latin est la mère de toutes les langues, théorie que ne pourraient admettre que des gens profondément ignorants en cette matière.
« Enfin j'ai entendu quelques pères de famille dire qu'ils font apprendre le latin à leurs fils dans le premier âge, parce qu'a cette époque l'esprit n'est pas encore ca- ^ pable d'études plus sérieuses. — De toutes les absurdités que j'ai entendu avancer sur cette question, il n'en est pas de plus forte que celle-là. Je puis affirmer par expérience qu'à l'exception des quantités imaginaires de l'algèbre, il n'y a pas d'étude plus compliquée, plus ingrate, plus inintelligible, plus insupportable pour un enfant que le latin, surtout tel qu'il est enseigné dans nos écoles. Ce qu'une jeune intelligence saisit avec le moins d'ennui et de fatigue, c'est la géographie, les principes delà géométrie et de la cosmographie, et les faits culminants de l'histoire, le tout enseigné au moyen de cartes, de sphères, de planches, qui font, pour ainsidire, entrer la science par les yeux et la gravent profondément dans la mémoire. Puis viennent la physique, la chimie et la mécanique, apprises au moyen des appareils et des instruments néces- . saires pour les expériences. Nous devons ajouter la musique et la peinture, si l'enfant s'y sent disposé. Quant à la danse et à la gymnastique, ce sont d'excellents exercices pour donner aux enfants de la force et de la grâce, tout en les amusant. L'étude théorique des langues, la grammaire, la rhétorique, la logique, les mathématiques, l'économie politique, la législation exigent plus de maturité et une application toute spéciale.
« Il n'y a pas longtemps que les médecins et les chirur-