PREMIERE GUERRE ENTRE L'ANGLETERRE ET LA CHINE
Lue partie des forces envoyées en Chine par le gouvericnient anglais y arriva pendant l'été de 1840, et comiK'iiça anssitùt à opérer. Le 4 juillet on vit paraître dans archipel de Chuzan cinq grands vaisseaux de guerre, trois steamers et vingt et un transports, avec environ trois niille hommes de débarquement. Tinghaï, la principale ville de l'archipel, fut immédiatement prise, et, quoi- ]n elle fut fortifiée, il n'y eut presque pas de résistance.
Le capitaine EUiot, plénipotentiaire anglais, se dirigea avec l'escadre vers Tien-tsin, où il se mit en communication avec Ki-shcn, gouverneur général de la province de Chi-li, et, après bien des négociations et bien des messages a Pékin, Ki-shen persuada le capitaine Elliot de se transporter a Canton, où il allait lui-même par ordre de
l« l\ CHINE ET LES PUISSANCES CHRETIENNES.
l'cmptMvur, l'I où lalVairc sorail exaniinôo et arrangée. Kn consùqiience l'escadre partit le 15 septembre pour (".liuzaii.
\x <'ai>ilaiiic EUiot cl Ki-slien se réiinirt;nl en cflet à C-anloii vers le coinnionfeiiKint de 1841, et arrêtèrent les préliininain's d'un traité de |)ai\. Mais Lin, qui avait été destiliir pour avoir provoqué les hostilités, lit tous ses efforts pour que la guerre continuât, et son parti l'ayant emporté h la cour, l'empereur rendit, le 27 janvier, un décret des plus violents, ordonnant l'extermination de tous les rebell(!s anglais. 50,000 dollars étaient promis pour les tètes d'EUiot et des autres chefs anglais.
Le séjour do Chuzan avait été funeste aux Anglais; les fièvres leur avaient enlevé quatre cents hommc^s, et ils en avaient mille dans les hôpitaux. On évacua cet archipel le 24 février 1841. Le 2G du même mois les forts de la rivière de Canton, appelés Boyue^ furent attaqués et pris par cinq cents hommes soutenus par neuf vaisseaux et deux steamers de guerre. L'amiral R-wan, qui commandait ces forts, ordonna à son lils, avant l'action, de s'en aller près de sa mère, parce qu'il était décidé à mourir à son poste. En effet, bien qu'abandonné de ses soldats et de ses officiers, il combattit jusqu'au dernier moment, et mourut en vendant chèrement sa vie, malgré tous les efforts des Anglais pour le faire prisonnier et le sauver. On permit à ses parents d'emporter son corps, et le vaisseau le Blenhehn lui rendit les honneurs militaires.
Le lendemain, on s'empara d'une longue batterie située tout près de Canton, et Ton retira du fleuve un grand radeau au moyen duquel on avait essayé d'intercepter la navigation. Dans cette journée, plusieurs Chinois se firent tuer avec un grand courage.
Ki-shen fut dégradé, et d'autres commissaires impériaux furent envoyés du nord avec des renforts. Le plan des nouveaux chefs chinois était de tromper l'ennemi; en conséquence, le 20 mars, on signa une trêve, pendant
l'UEMIKIŒ GriillIU': ANCÎLAISE. 47
(|ii(( tout se prépara il p(uii' allaqiici- ii 1 inipruN istc les \ Délais par Iraliisoii. La jtliiparl des n(''j,'()ciaiils ciiro- |M(iis ùlaioiit rcloiiriii's aii\ factoreries tlo Canton. Mais nii (lit avis des intentions secrètes des Chinois, et, par uiilre d'Klliot, tous les Kuropéens se réfugièrent ù bord ilis navires. Les^ Ciiinois, se voyant découverts, essayè- K ni, pendant la nuit du 21 mars 1841, contre les vaisseaux anglais, une attaque qui fut a peu près sans effet. Alors les Anglais remontèrent vers le port de Canton avec Imites les forces qu'ils purent faire venir de Ilong-kong, s emparèrent, après une vigoureuse lutte, des forts qui le (Il fendaient, et ils se disposaient a entrer dans la ville, Il iisque les Chinois demandèrent que les hostilités fussent suspendues, et payèrent immédiatement 6 millions de tldllars comme pour racheter Canton ; dès lors les troupes 11 y entrèrent pas et se retirèrent.
Le 10 août 1841, arriva d'Angleterre un nouveau ministre plénipotentiaire, sir H. Pottinger.
Le 21 du même mois, il partit de Ilong-kong avec une I vpédition composée de neuf vaisseaux de ligne, de quatre skamers, de vingt-trois transports et d'environ trois mille cinq cents hommes de débarquement; il laissa ii Canton il il Ilong-kong six navires de guerre et quatre cents liummes de troupe. Le 27, Amoy fut enlevé après une faible résistance. Le 1" octobre, Chuzan fut occupé de iiuQveau, et, cette seconde fois, la résistance fut beaucoup plus grande qu'elle ne lavait été la première. Les ufticiers se battirent corps ii corps et moururent a leur poste. On établit dans cette île un gouverneur militaire, en y laissant une garnison de quatre cents hommes.
Le 9 octobre on s'empara de la place de Tchiang-ha'i, située à l'embouchure du fleuve qui conduit a Mng-po. Les (liinois perdirent dans cette affaire environ quinze cents hommes. Le général Yukien, qui commandait dans la place, voyant tout espoir perdu, se jeta dans la rivière afm de se noyer. Ayant été retiré de l'eau, il courut a
}s i.A ciii.NK i:t u:s piissances chrétiennes.
Niny-po où il se tua. Le i:{, Niotc-po lut occupe sans résistance.
Dans la nuil du 10 mars 1842, les Chinois firent prouve de couraj,^' en alla(iuaiit Ning-po; mais ils ne réussiront pas, et perdirent six cents hommes. Les Anglais n'éprouvèrent aucune perte.
Le 7 mai, les Anglais évacuèrent Ning-po pour aller s'emparer de Chapou, ville très-lbrtifiée. Leurs forces se composaient de sept vaisseaux de ligne, de quatre steamers, de plusieurs vaisseaux de transport et de deux mille deux cents hommes de débarquement, auxquels se joignirent deux cent cinquante soldats de marine.
Les fortifications furent enlevées assez facilement; mais trois cents ïartares, s'étant retranchés dans un temple, y firent une résistance désespérée et périrent presque tous. On assura que leur chef, se voyant perdu, s'était assis sur un baril de poudre et y avait mit le feu. Un grand nombre d'autres Tartares qui se trouvaient dans cette ville se coupèrent le cou après avoir tué leurs femmes et leurs enfants. Les Anglais eurent treize morts et cinquante-deux blessés.
L'expédition sortit de Chapou et se dirigea vers Woussoung, a l'embouchure du fleuve qui conduit à Chang-hai. Le 16 juin, la place fut prise après une résistance plus grande qua l'ordinaire. Le général Chiu, qui y commandait, tomba percé de coups de baïonnettes comme il combattait vaillamment sur le rempart. Le 19, deux mille hommes entrèrent a Chang-haï, dont les habitants payèrent 300,000 dollars pour se préserver du pillage.
Vers ce même temps, sir IL Pottinger publia en langue chinoise une sorte de manifeste dans lequel il expliquait au peuple les griefs que le gouvernement anglais avait contre celui de la Chine. L'empereur, de son côté, rendit un décret où il récapitulait les événements de la guerre, qu'il attribuait a la question de l'opium, déplorant en môme temps les malheurs qui retombaient sur son peu-
pnr.MiKiu: r.i i:uiuù anglaisk. i'.t
le l't c'xliortanl loulos les classes à rcdoiililcr d'clVorls.
le G juillet, iiuecxpédilion, composée de (fuinze nains de guerre, do dix sleainers et de; cin(iuaute transoi'ts, ayant a bord neuf mille hommes de débarque- II lit, partit de Woiissoung et remonta le Yanj^^-tse-kiang ,111s la direction de. Nankin. 11 n'arriva rien d'important i-iiu'ii ce (lu'on fût parvenu à Tching-kiang-lbu, près du laiid canal.
(ette ville était une station de Tartarcs Mandclioux, cl (111 y comptait environ deux mille sept cents hommes en lai de combattre. La ville, attaquée par trois colonnes, iir trois points différents, fut prise après deux heures I une vive résistance. Les vaincus, soit par un effet du Irsespoir, soit qu'ils crussent qu'on allait les passer au il (le l'épée, se tuèrent pour la plupart. Voici comment
( \prime a ce sujet, dans son Middle Kingdom, M. S. W, Ailliams :
(I La destruction des vies humaines fut horrible. Qucl- |ues Mandchoux s'étaient renfermés dans leurs maisons, mais on pouvait voir, a travers les fentes des portes, des ^ens coupant précipitamment la gorge à leurs femmes et It'truisant leurs enfants en les jetant dans les puits. Un homme fut tué d'un coup de fusil, dans une maison, au moment où il coupait le cou a sa femme qu'il tenait sur un puits où il avait déjà précipité ses enfants.
Dans une autre maison, on ne découvrit pas moins de (juatorze cadavres, principalement de femmes. Telles riaient la terreur et la haine qu'inspiraient les envahisseurs, que tout Mandchou préférait la mort ou le suicide il la soumission. On a estimé que sur une population mandchoue de quatre mille âmes il n'a pas survécu plus de cinq cents individus; la plus grande partie des morts avaient péri par leurs propres mains. »
Le capilaino Luch, qui se trouvait dans celte cxpéditiou, raconte en ces termes son entrée dans une vaste maison :
« Après nous être fait une voie a travers les piles d'objets d'ameublement placés la pour barricader la porte, nous entrâmes dans une cour dont le sol était jonclié de riches élott'es et couvert de sany caillé. Sur les degrés conduisant à la demeure des ancêtres gisaient les corps, froids et roides, de deux jeunes Tartarcs qui semblaient être frères. Après être parvenus jus(iu"au seuil ilu leur demeure, ils avaient expiré lu où ils étaient tonjbés par suite do la perte de leur sang. Nous entrâmes dans l'intérieur du bâtiment, et nous nous trouvâmes en face de trois fcnniies assises, luie mère et ses deux filles, et à leurs pieds gisaientdeux cadavres d'hommes d'un certain âge, ayant la gorge coupée d'une oreille a l'autre, et dont les tètes posaient sur les pieds de ces dames. A droite étaient deux belles et délicates jeunes filles faisant des cftorts pour cacher avec leurs corps un soldat vivant. .
Je m'arrêtai, frappé d'horreur devant ce que je voyais. Le froid et inexprimable désespoir peint sur le visage de la mère fit place aune expression violente de mépris et de haine, qui finit par éclater en invectives, puis par se répandre en un torrent de pleurs. Elle vint à moi, me saisit le bras, et, les dents serrées et avec un regard horrible, elle me montra les corps morts, ses deux filles, sa demeure splendide et sa personne même; puis elle fit un pas en arrière, et, les mains crispées et dune voix rauque, elle parla, a ce que je pus juger par ses gestes, de son infortune, de sa haine et, je n'en saurais douter, de sa vengeance. J'essayai par des signes de me faire comprendre, je lui offris mes services, mais elle me repoussa avec indignation. »
l'UlîMlERl': GUKRRE ANGLAISEi 51
!■ ilicf lie roxpi'dilidii disail Itii-iurmo dans son rap-
IKuivaiil (les cadavres doTartarcs dans chaque maison
1 ipiiis entrions, surtout de femmes cl d'enfants, jetés
li's puits ou tués d'une autre manière parleurs
■s parents, je fus bien aise de retirer les troupes hors
<i iilte scène de destruction, et je les logeai au quartier
■ iii nlrional. »
V la prise de Tclun-kiang,les Anglais eurent trente-sept I lits et cent trente et un blessés.
.'expédition poussa jusqu'à jSankin, et tout était disposé
M lommencer l'attaque, lorsque, le IG août 1842, le
Il iiiissaire impérial Ki-ying demanda un armistice. Le Mu\ ais succès de la guerre avait effrayé la cour, et l'em- [ iviir ratifia le traité que Ki-ying et sir II. Pottinger si- . Cl riit le 29. Les points essentiels de ce traité sont : la
v^imi a la Grande-Bretagne de l'île de Hong-kong, l'a-
I lilion du monopole des négociants hongs a Canton, le
I veillent, au gouvernement anglais, d'une indemnité de
; inillions de dollars, indépendamment des 6 millions
ja perçus devant Canton ; et l'ouverture au commerce
aiigerdes ports d'Amoy,Fou-tchaou,]Sing-po etChang-
Le traité additionnel, qui fut signé au Bogue le 8 octo-
e, comprenait un nouveau tarif des droits de tonnage,
it pour l'importation que pour l'exportation.
Un des articles de ce traité déclare que les négociants
toutes les nations seront admis, aussi bien que les iglais, dans les cinq ports ouverts au commerce extéîur.
Sir H. Pottinger publia un ordre qui défendait a tout isseau britannique de dépasser le 32' degré de latitude >rd, déclarant aux autorités locales qu'elles pouvaient
:,i \.\ CHINE KT Li:S l'UlSSANCKS CUFttTlKNNES.
t uiilis(|H('r Imitt' i.'iiili;iri;iliiiii rt jini'lcr IouIl' pcrsoiiiieq serait Iroiivce au tlclii dt- n-lUi limite.
Ku déc'cinbro, une ^M'ande partie delà tlull(! partit poi l'Inde, emportant près de 5,000 hommes. A Hont,'-kon (".oulau},'-s()u et (^liu/an , on laissa 4,800 soldats. L pertes des Anglais pendant toute la durée de la '^xurr s'étaient élevées à plus de 3,000 lioniuîes, morts soit ( blessures, soit de maladies.