CHAPITRE DIXIEME
CONDUITE DU GOUVERNEMENT CHINOIS APRÈS LA GUERRE DE l8ZiO.
II est hors de doute que les concessions faites par les Chinois dans le traité de Nankin n'aient été arrachées par la force : elles ouvraient une brèche dans le mode d'existence de ce peuple et étaient pour le gouvernement embastillé de Pékin le commencement d'une révolution. 11 arriva donc une chose assez naturelle : la guerre terminée et la frayeur une fois passée, les mandarins retournèrent sur leurs pas et revinrent autant qu'il leur fut possible à leur ancienne manière de considérer et de traiter les Européens.
Sir J, F. Davis, qui, dès l'époque du traité de Nankin.
l'ut ministre plt'iiipotentiaire (rAnglcterre en Chine, s'exprime ainsi dans ses dernières pnltlieations :
« ...Une suecession d(! tenlativ(^s les plus harcelantes, directes ou indirectes, dans h; hut d'envahir les droits résultant de uds traités, occupa les premiers temps de mes fonctions diplomaticiues ou administratives. iJes infractions *a notre souveraineté furent tentées a Hongkong, (|uoi(iue cette île eût été cédée a la Grand(!-Bretagn€ « pour être gouvernée par telles lois et tels règlements que Sa Majesté jugerait convenable d'établir. » Un fonctionnaire chinois eut la hardiesse d'essayer de lever des contributions sur les indigènes dans la partie sud de l'île, et comme il était nécessaire de diminuer le goût pour de tels procédés, il fut remorqué par un steamer dans son propre bateau, et mis en prison à Victoria pour trois mois.
« ... Ki-ying lui-jnéme ne put résister non plus a la tentation d'essayer de retenir a Canton quelque chose du monopole hong, qui avait toujours été si profitable au gouvernement. Il proposa qu'une centaine de marchands autorisés s'établissent dans cette localité ; mais il lui fut répondu que le principe du traité, abolissant entièrement le système hong, serait aussi bien violé par l'établissement de dix que de cent marchands.
<' Des batailles de la même sorte furent livrées aux nouveaux consulats. Le vice-roi de Fou-tchaou-fou s'efforça de refuser a nos consuls une résidence, tant dans cette ville qu'à Amoy, précisément sous le même prétexte qu'à Canton, l'hostilité du peuple. Les mesures les plus fermes et les plus énergiques devinrent nécessaires, et j'eus laT satisfaction, après beaucoup de difficultés, d'établir nos! consuls dansdesrésidences convenables, a Fou-tchaou-fou et à Amoy, vers le commencement de 1843. Les consuls des différents ports signalèrent, dans leurs rapports, diverses infractions au principe de la liberté complète dej commerce. Cette intervention indirecte avait pour objet t
Li:S MANDAUINS AIMUOS LA CIKHIIK Dli 1«10. .V,
I cMlravor h' dévcIoppiMiicnt naturel du coimiicrcc ciifo-
K'i'ii dans les iioiivcaiix piirls. On en Iroiivi' un l'xcniplf
l;ms les cniixM'lH'nKMils mis an transit des tlirs du litui
le leur production vers Chany-haï, afin d'essayer par lii
le les dirif^er vers leur ancionne destination, Canton. On
•Il vit un autre exemple dans Ir, permis de monopole ac-
(irdé parles autorités locales de Ning-po à certaines per-
(iiines pour faire le commeree du fer. Un monopole
-inil)lal)le ou même pire du commerce de cassia (can-
iclle) fut accordé ii un seul marchand, a Canton, qui, en
iinséquenro, tirait do chaque acheteur de cet article une
\al('ur montant à oO pour 100 de plus que le droit requis
par les tarifs du traité. On découvrit aussi qu'une douane
;i\ail été établie dans l'intérieur pour percevoir sur nos
manufactures de coton des droits de transit, qui, confor-
iiuinent au traité, ne pouvaient être perçus dans les ports
(le connuerce. il fut enfin mis arrêt à tous ces dommages,
mais ce ne fut qu'au prix de beaucoup de temps et après
lie nombreuses correspondances, »
L'empereur ordonna qu'on dressât secrètement une liste de tous les Chinois qui avaient trahi leur pays et aidé en quelque chose les Anglais. C'était la manquer ii un article du traité de Nankin, par lequel l'empereur s'éitait engagé à tenir une conduite tout opposée.
Par suite de cette enquête, plusieurs Chinois commen- Icèrent à être inquiétés sous divers prétextes, ce qui donna jlieu a de vives réclamations adressées aux autorités loicales. Le consul de Ning-po, M. Thom, pour sauver un j certain Luming, que les mandarins avaient fait emprii sonner, se rendit lui-même a la prison et y arbora le pavillon britannique.
Quelques mandarins civils ou militaires furent condamnés à mort ou exilés, mais un seul fut exécuté : ce fut le vieux général Yu Puyun, qui commandait a Tche-kiang, et qui s'enfuit lors de la prise de Ning-po. Ce général
a\ail iiMulu des services si^'iiaU's i!ii poursuivant et détruisant di's Itandos de voleurs, et il jouissait d'une grande] réputation de bravoure et dliabilelé. il lutcn conséquencel envoyé contre les Anglais, et cette distinction eut pour' résultat de lui faire perdre Ihopneur et la vie. On dit t|u'au monient où il allait être décapité, a Pékin, ses aniiv lui administrèrent une substance analogue; au cliloio lornip pour le rendre insensible.
Les gouvernements de Belgique, de Hollande, de Suède,! de Prusse et d'Kspagne envoyèrent en Cliim; des agentsl ayant mission de s'informer de l'importance et de l'ave- " nir que présenteraient les ports qui venaient d'être ouverts au commerce étranger. Les gouvernements de Belgique et de Suède olitinrent du commissaire impérial une copie du traité de Nankin et du traité additionnel, revêtue du sceau de l'empereur., et une communication du même commissaire concédant à ces deux pays les bénéficps desdits traités.
Le président des États-Unis députa, de son côté, une mission assez nombreuse, a la tète de laquelle se trouvai! M. Calcb Cushing, et qui débarqua a Macao le 24 février 1844. De là, M. Caleb adressa au vice-roi commissaire une communication où il lui annonçait qu'il avait ordre d'aller jusqu'à Pékin. Le vice-roi se rendit aussitôt à Macao et parvint à détourner le représentant américain de son projet d'aller à la cour. Les deux premières communications adressées à celui-ci par le vice-roi durent être renvoyées, parce qu'en conséquence de l'opiniâtreté avec laquelle le gouvernement chinois s'attache constamment à rabaisser les autres puissances, les mots Empne de la Chine étaient placés plus haut que le nom des Etats-\ Unis. Les deux plénipotentiaires conclurent un traité conforme en substance à celui de Nankin. Le seul avantage réel qu'il renfermât se rapportait au droit de tonnage que chaque navire étranger devait payer, d'après le
l.r.S iMA.NDAUl.NS AI'IU.S I.A (iC I.ItlU; DK IsK». .-,7
K'iiiici' liailc, ('liai|ii(' lois ijimI alKinhiil ii un di-s ('iiii| ils (iiivcrls au coinincrco, et, d'après le second, cliaqiin 1^ seulement (ju'il arrivait de l'extériour a la cnt(! do Il i lie. Kn eonséciueneo d(! eette amélioration, les navires Il ;iiii;fi's peuvent faire le eommeree de cabotage l'iilre ^ dilïérents ports, concurremment avec les jonques Il I noises.
Voici ce qui se passa après que ce traité eut été conclu.
liisieursnégoeianls européens se promenant un soirdans
jardin de la Compagnie, ii Canton, la populace en força
iitréc et s'y rua tout a coup. Ces messieurs furent obli-