CHAPITRE DOLZIÈME
KilSlEME GUERRE ENTRE LA GRANDE-BRETAGNE (DE CONCERT AVEC LA FRANCE) ET LA CHINE.
oiMiis 1840 il y a eu clans cet empire ce qu'on a appelé
li de la paix et le parti de la guerre. Des mandarins
. u très-dangereux de provoquer les Européens aux
i ! I i tés, dans la crainte de les voir toujours vainqueurs,
t < ont recommandé les concessions; d'autres manda-
i n ont pu se persuader qu'un empire aussi colossal
» la Chine dût fléchir devant une poignée d'étran-
' l ils ont recommandé la résistance, les mesures
leur et, s'il devenait nécessaire, d'extermination
['S partisans des concessions ont compté généralement 11. 10
parmi ceux qui, ayant été au littoral, avaient vu de pK les Européens et leurs moyens cle guerre. A Pékin, 1du danger, l'orgueil aveugle, l'entêtement, les préjn séculaires, soutenaient les idées de ceux qui persistai i à mépriser les étrangers.
Les fonctionnaires inférieurs, (jui appréciaient nu les Européens, nosaientpas témoigner une opinion jili juste a leurs supérieurs de Pékin. Quelques-uns, pm avoir été obligés de le faire jusqu'à un certain point, oi été dégradés, et il en est même qui ont perdu non-seuii ment leur place, mais encore la vie.
Lord Elgin, dans sa dépêche du 2 mai 1858, attire l'a lention de lord Palmerston sur ces particularités malhei reuses du gouvernement tartare. 11 cite le mémoire ( Hu-nai-chau, que nous avons déjà vu, dans lequel i mandarin (parlant de l'entrevue qu'il devait avoir pr chainement avec sir J. Bowring) disait a l'empereur :
« S'il y avait une mesure positivement utile pour Chine et en même temps praticable sans violation de loi, votre esclave ne voudrait pas s'arrêter assuréme aux préjugés existants. (*) »
Ces paroles avaient fait dire a Sa Majesté, dans undéci adressé a iliang, vice-roi des Deux-Kiangs, ce qui suit, que nous avons également vu :
a D'aprèi une succession de mémoires reçus de Hu-nai-clu concernant les rebelles et le chef antilais à Chang-hai, la maladre et la faiblesse de sa conduite deviennent de plus en plus évid' tes. Il dit que le chef avait fixé un jour pour avoir une entrer avec lui, et que dans n'importe quelle mesure qui pourrait é d'un avantage positif pour la Chine il ne voudrait en auci manière s'arrêter aux préjugés existants : ce qui, en réalité, v
(*) Aux principes de politique adoptés envers les étrangers
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II' iiii'il est ilopiiis lonï;-l{'miis parfaitomonl pn-pan- à faire des missions. Nous avons <1t'j;'i di-iiradc ce pouvcrnciir, it noiig iiiinandons à Ilian^ et h kirhanga, dans le eus où il aurait clé liuit par les barliares à prendre quelque engai;ement insensé Il iliégaH, de le répudier entièrement dans un langage clair, et iii' pas se laisser égarer par l'absurdité des liarliarcs; qu'ils leur donnent en même temps de poursuivre leur route vers Kouanguiig, et lu, de s'en tenir à la décision de Yé-ming-chin.»
II serait difficile, je crois (ajoute lord Elgin\ de trouver >ii;iie d'une quantité suffîsammcnt infinitésimale pour |M csenter le montant de la chance qu'un négociateur a, il par des arguments, soit par l'appel a la raison, d'ob- 11 il' quelque chose d'un gouvernement (jui condamne un lirier parce qu'il a osé dire qu'il ne s'arrêterait pas a des l'ingés, quand c'est pour l'avantage manifeste de son ly^ qu'il n'en tient pas compte. »
Après la signature du traité a Tien-tsin en 1858 et de u'rangenient du tarif a Chang-haï, où Kouei-liang et oua-cha-na échouèrent malgré leurs efforts pour annur, pardes négociations, la convention qu'ils avaient faite lUS la pression, disaient-ils, des ba'ionnettes, les partis î la paix et de la guerre s'agitèrent fortement il Pékin. Il y a dans la Mongolie quarante-huit princes ou petits is qui possèdent des États sous la souveraineté de l'emïreur de Chine. Les uns sont plus puissants et plus ehes que les autres. Un de ces chefs, nommé San-koî-sin, souverain du pays de Khorchin, se trouvait delis quelques années a Pékin. Il avait défendu Tien-tsin mtre les Tae-pings en 1833, et réussi a les faire retirer, îs indigènes ont soupçonné ce prince de vouloir acquér de l'influence pour arriver a détrôner l'empereur et lui succéder.
A l'occasion du traité de Tien-tsin, dont la ratification Jvait être échangée à Pékin par un ministre anglais, il ressa h. Sa Majesté Impériale le mémoire suivant :
172 l\ CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.
(1 Les ri'lations dos Chinois avec les (''trangers loiil naître bien des troubles :
u \. Les rebelles étrangers sont sans raison et conmi' des brutes. Ils agissent comme s'ils n'avaient ni pareul ni lois. Avant dévoré les nations étrangères moins j)ni> santés, ils veulent maint(M)ant faire leur proie de I Chine, et nous ne pouvons voir où ils s'arrêteront.
« 2. Pourquoi veulent-ils nous dévorer? C'est pan que nous sommes faibles. Depuis l'avènement delà dynatieTa-tsing,rart militaire et l'usage du cheval ont été m gligés, elle peuple est maintenant lâche et sans défcnx Dans les temps passés les insurgés étaient facilement 1 1 primés parles soldats, et c'est pour cette raison que le pa\ devint paisible et sûr, que le peuple oublia l'art de I guerre. Les empereurs aussi devinrent des lettrés pluti que des soldats, et voilà trois cents ans qu'il en ( ainsi.
« 3. Dans la vingt-troisième année de Taou-kouang, rebelles étrangers envoyèrent en Chine des soldats et attî quérent les villes et les garnisons, qu'une longue inert avaient rendues incapables de résister. A ce moment S gagna quelques avantages sur les étrangers a Canton, ain que Chin à Kwinsoo, tandis que Lin brûlait leur opium, i qui prouve que les étrangers n'étaient pas invincible Néanmoins ils eurent tant de succès dans d'autres endroi quils devinrent bientôt d'une arrogance extrême.
« 4. Puis Kishen, corrompu par les étrangers, leur oi vrit la porte et les laissa entrer ; de sorte que Sii ne p plus longtemps les tenir dehors. Au nord, Ngakam aus se laissa corrompre et livra les forts, causant ainsi défaite et la mort de Chin. Kishen persuada aussi a l'er pereur que Lin, en brûlant l'opium, avait poussé les étra gers a se battre et avait été cause des troubles, de soi que Lin fut banni.
« Alors Kishen et Ki-ying, chargés d'arranger les aiïi res avec les étrangers, convinrent de les laisser entrer
TROFSiftMK r.rERRK. 17S
liisit'urs ondroils 'les tiiKi poils , <•( la CliiiK.' fiif par lii
I ;n cuit'iit t'xposrc.
>. IHiis les ('IraiiiJici's anivi-rcnt ii Cliai)f:;-liai et ('cliaii- 1(111 leur opium, jtliis iiiuUleque la boue, contre le bon ^| lit (le l'empire; de manière que les étrangers devinrent lins et les (Illinois pauvres. Mèni(> à celte époque ces liions voulaient nous dévorer, mais ils avaient encore lu lijues craintes : parce moiif, pendant plus de dix ans, ml resta donc tranquille.
Puis les étrangers virent (juc le pays était déchiré
II les rebelles, et que Clioy, le général envoyé pour i^perser les rebelles, agit timidement; ils en conclurent m la Chine n'avait pas de bons soldats.
I.ok, le gouverneur de Kiang-nan, voyant les rebelles I archer sur Nanking, prit la fuite lorsqu'ils étaient encore in ; les étrangers pensèrent que les gouverneurs aussi aient des lâches. Le prince Yeck-ghan donna quelque (MH) lis du fleuve Amour a une autre nation, ce qui lit (lire aux étrangers que les princes de l'empire étaient -- poltrons. A Canton, Yé, un des plus grands digniliics (ïsaoke) de l'empire, se laissa prendre et emme- (1 en captivité, donnant ainsi a penser aux étrangers lie les Tsaokes eux-mêmes ne sont bons arien.
Enfin Kouei-liang et Houa-cha-na, nommés commisliies a Tien-tsin, souffrirent que les étrangers entrassent ans leurs yamuns, etnon-seulementse laissèrent insulter ii'or la barbe) par eux, mais les laissèrent même censurer s jtaroles de l'empereur sans se fâcher, se contentant ' fermer les yeux et les oreilles. Alors les étrangers ap- 1 iront à n'avoir aucune crainte des ministres du cabinet; I pendant près d'un an Kouei-liang et Houa-cha-na ne m ont rien arranger.
G. C'est ainsi que les étrangers vinrent a regarder les 'iK tionnaires chinois comme des hommes inférieurs et icapables, c'est ainsi qu'ils s'affermirent dans leurs ,Uentions voraces.