‹ La Chine et les puissances chrétiennesChapitre 33 sur 65 · Je prie donc l'empereur de ne pas prêter l'oreille · texte numérisé non relu

Je prie donc l'empereur de ne pas prêter l'oreille

Kouei-liang et Houa-cha-na, mais de donner a tous les

ûuverncurs et à tous les officiers l'ordre de préparer les

u'isetles canons, et de se tenir prêts a résister aux

jtrangers.

' « 10. Je ne puis ni manger ni dormir dans cet état de fhoses; c'est pourquoi j'adresse ma pétition, etc., etc. »

Le gouvernementimpérialadoptapour règle de conduite

un juste milieu : on résolut d'annuler pur des uioycr indirects les clauses insupportables du traité d(î Tier tsin ; dans le cas de non-réussite, on ferait appel au armes. Kncore, dans l'exéeulion des mesures de résis tance, agirait-on do manière ii pouvoir désavouer, en ci d'échec, les mandarins qui les auraient dirigées.

Dans un mémoiie contre le système des concession adressé vers ce temps a l'empereur par l'un de ses cei seurs, et publié dans la Gazette de Pékin^ on trouve 1 lignes suivantes, qui prouvent combien la cour désirî se soustraiie aux engagements des traités signés- avec 1 Européens :

« Les conseillers de Votre Majesté offrent l'excuse qu n'y a dautremoyen que de leur permettre, pour le m ment, de faire le commerce et de propager leur religio jusqu'au jour où nos préparatifs militaires seront tern nés; et qu'alors nous pourrons commencer les opératio hostiles. »

M. Frédéric W. A.Bruce, frère de lord Elgin, fut nomr envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire, po aller a Pékin échanger les ratifications du traité de lie tsin. 11 arriva à Hong-kong le i" mai 1859. M. Bourbo Ion fut nommé en la même qualité et pour le mèr objet, de la part de la France.

M. Bruce apprit, dès son arrivée, que les Chine avaient rebâti les forts de Takou et barré la rivière. < lui assura qu'il ne serait pas reçu par l'empereur, a moi qu'il ne se soumît a la cérémonie du ko-tou (prostern tion}. Il dut s'arrêter quelques semaines à Hong-kong, cause de M. Bourboulon tous les navires de guerre fra çais étant en Cochinchine), et il n'arriva a Chang-hai" q le 6 juin, un jour avant M. Bourboulon.

Les commissaires impériaux Kouei-liang et Houa-chaparurent à Chang-haï au lieu de se trouver à Pékin pd

TROFSIKMF. r.rKRRK. 177

( liango dos ralilii'alioiis, i|ui di-vail avoir lieu lu 2(j du ,1110 mois, lis écriviiml il M. Hruce (juils avaient pluniis points a ivj^lt'r ol demandaient nnc cnlnîvue. lis allient avoir été convenu que la visite que les ministres lus allaient faire à Pékin était exceptionnelle et ne déni plus se répéter.

In des attachés ii la commission impériale sonda l'in-

I prête, M. Lay, sur l'idée d'échanger les ratifications il liiiiig-haï; il désirait savoir si les ministres alliés se re- ;-riaicnt il aller par terre ii Pékin, en partant de Changai. (l'est la route des ambassades des Etats tributaires.

II était évident que les commissaires avaient des in- I intions pour gagner du temps et pour revenir autant iii' possible sur le traité de Tien-tsin. MM. Bruce et Miuboulon leur répondirent, ii propos de l'entrevue delaiulée, qu'ils n'avaient pas de temps il perdre, l'échange les ratifications devant se faire ii Pékin le 26 du même fiois; qu'ils n'avaient aucune affaire ii traiter et ne pouaient pas avoir d'entrevue. Les commissaires impériaux pposérent que les ratifications ne s'échangeraient point ■ms leur présence, et que leur voyage jusqu'iiTékin ne lurait durer moins de deux mois. On leur répondit qu'ils 'avaient qu'il prendre un des bateaux ii vapeur en rade t s'en aller par la voie de Tien-tsin ; mais ils répliquèrent u'ils n'étaient pas autorisés par l'empereur ii faire leur oyage par mer.

Les ministres alliés partirent pour le Pe'i-ho et se trouèrent hors la barre de cette rivière le 20 juin (1859) avec ne escadre de cinq ou six grands navires et onze petits lateaux ii vapeur de quarante ii soixante-dix chevaux.

L'amiral Hope avait devancé les ministres, et depuis e 17 il avait envoyé un officier "a Ta-kou pour annoner l'arrivée des représentants de France et d'Angleterre. Jne populace armée vint sur le rivage et ne permit )as il l'officier de débarquer. On lui dit qu'il ne se trouait la, ni dans les forts, aucune autorité: qu'ils étaient

17H l.\ r.lllNi: KT LES l>LlSSANCi:s CIIHKTŒNNKS

lies volontaiiTs auxquels la (It'fense de la rivî»,M'o t'-ta confiée ; (luellc avait été barrée par la seule volonté < aux dépens du peuple, ooninie précaution contre les n belles et les pirates. Sur les remparts des forts on ii voyait aucun drapeau, ni soldats ni canons. Les cnibr.sures étaient couvertes avec des nattes. Cependant l'ind gène qui portait la parole se chargea d'une lettre pour I gouverneur de Tien-tsin et promit une réponse. 11 va sar dire qu'on demanda U ces gens d'ouvrir un passage poi les ministres qui devaient se rendre à Tien-tsin et Pékin.

Ces efforts pacifiques ayant été renouvelés deux fo: encore avec des résultats semblables, il fut résolu, le 24, ô s'ouvrir un passage parla force, d'autant plus que ce lie paraissait complètement abandonné des autorités.

11 n'en était pourtant pas ainsi; bien au contraire : 1< cinq forts se trouvaient garnis par de nombreuses troup» d'élite commandées par le prince Sang-ko-lin-sin, qi s'était distingué en défendant Tien-tsin contre les rebelle Le gouvernement de Pékin agissait de la sorte pour pan aux éverrtualités. En cas de revers, il aurait assuré qi le peuple seul, et non les fonctionnaires publics, s'éta opposé au passage des Européens.

On avait construit, la où sont situés les forts de Ta-koi trois barrières à travers la rivière, La première que h alliés avaient à franchir se composait de grosses poutn (reliées entre elles par une chaîne) enclouées dans le fom les deux autres étaient composées de barres de fer, égi lement rattachées par des chaînes.

Le 24 juin, les alliés travaillèrent à renverser la pr mière barrière de poutres, et l'on parvint a y pratiquem passage. Le lendemain 25, a deux heures après-midi, u bateau a vapeur s'avança jusqu'à la seconde barrièr s'attacha a deux ou trois des barres de fer, et, faisant for< vapeur, les emporta avec lui. U revint ensuite suivi (' deux autres steamers, et arriva jusqu'à la troisième bai

TUUlSIli.MK GLERRE. 17<.i

.ic clans le but do lairc lamcnic opération. Mais, lors- 1 4I allaitconinicnoor,un coup de canon fut lire de l'un des ils sur le Ivifeau a vapeur : ce fui le .sij,Mial du combat. A\antd"en faire la d(!scriplion, il faut rendre compte lin incident important : dans la môme journée du 25, 1 peu avant midi, M. Hruco reçut une dépcV'lic datée

I 2.5 et écrite i)ar le gouverueur général de la province l^i-chi-li. 11 lui disait que Kouei-liang et lloua-cha-na

aient reçu ordre de retournera Pékin pour y faire l'é- I ange des ratifications; qu'il fallait leur donner le temps aii'iver; que lui (le gouverneur général , était allé, par (Ire de lempereur, a Pé-taug lembouchurc dune petite \it're a dix milles de celle du Peï-ho) où M. Bruce deait se rendre aussi pour y débarquer et aller par terre IN'kin, accompagné de lui (le gouverneur général^. Il oiitait qu'il allait renvoyer les troupes composant la irnison des forts de Pé-lang, et qu'aussitôt qu'elles selirnt parties il irait lui-même prendre M. Bruce dans ni' jonque pour le conduire a Pé-tang.

Uans celte lettre le nom de la reine d'Angleterre n'était as placé à la même hauteur que celui de l'empereur de bine, et parcelle raison elle fut renvoyée. M. Bruce se ouvait a bord de la Magicienne^ hors de la barre, et à I uf milles de l'amiral Ilope; celui-ci avait déjà engagé ^ l'eu avec les forts avant d'avoir communication de la t'poche reçue par M. Bruce.

II est remarquable que les ministres des États-Unis et e France se trouvaicnten compagnie de M. Bruce, et que L pendant il n'y eut que celui-ci qui reçut une dépèche du "ouverneur général. Le représentant français n'avait avec ^li qu'une corvette, et l'Américain un petit bateau à valeur; par conséquent on ne les craignait pas, on ne se ouciait pas d'eux.

J'ai dit que les onze petits bateaux a vapeur anglais enraient par la brèche faite dans la seconde barrière et se érigeaient vers la troisième, quand les forts ou\ rirent le

l'eu sur «'ux. Les bateaux, tout eu soufliaut iiumcnsénieD riposliTcnt, fl, après ik'ux courtes heures de conil)al, !< batteries des forts parurent se taire. L'ordre fut aîo; donne pour débarquer et escalader les remparts. Quar les lioninies sautèrent à terre, le fou des forts redcvii plus terrible quil ne lavait été auparavant. Après de vaii efforts, les alliés durent se retirer avec des pertes pli qu'ordinaires. Les hommes engagés, tantà terre qu'à boi de l'escadrille, ne dépassaient pas le nombre de treiî cents, cl ils eurent près de cinq cents morts ou blessé Voici la description du combat, d'après la lettre d'u témoin oculaire, publiée dans le China-Mail de Honf kong du 22 juillet (1839) :

« Ils n'y arrivèrent pas plutôt que tout à coup, i comme par enchantement, les nattes qui masquaient 1< canons de toutes les batteries rasantes furent enlevé( en un clin d'œil, et tous les canons ouvrirent le feu Nos vaisseaux étant bien préparés, cependant, onriposl immédiatement et le combat devint général.

« Il fut tout d'abord évident, néanmoins, que nou n'avions pas affaire a de l'artillerie chinoise ordinain Leur feu, tant pour le poids des projectiles que pour l|^ précision du tir, était tel que peu d'hommes, et, j'en sui certain, aucun de ceux qui avaient fait les campagnes d la Chine, n'en avaient éprouvé un pareil auparavant. F, très-peu de minutes l'Opossum eut plusieurs hommes d. ; son équipage tués ou blessés. Sur le Plovcr, l'amiral étai ■ grièvement blessé; son vaillant commandant, Rason. e le capitaine M' Kenna, du 1" régiment d'infanterie U\u remplissait son service dans l'état-major de l'amirai furent tués, et presque tous les hommes de l'équipau étaient hors de combat, tandis que le Haughty^ le Lcc le Kestrel et le Cormorant avaient éprouvé de si grave avaries qu'ils étaient près de couler. Le Lee^ en effet aurait coulé tout de i^uite, si le lieutenant Broad, sur h

THOISiËME GUERRE. 18t

laughti/, n'eût volé à son socours, et ne Voîd remorqué rérarl en essuyant un l'eu bien nourri. N/'annioins le lonibardement continua avec la même vigueur, cl en eux lieures environ le leu de l'ennemi commença à se jalentir d'une manière sensible, et (bien qu'il appréciât |i exactement la distance que presque tous ses coups ortaient, tandis que les nôtres, quoique admirablement irigés, ne faisaient comparativement que peu de dégâts ans ses murs de terre) il cessa presque entièrement un eu après quatre heures.

« Vers cinq heures environ, le signal attendu avec imlatience de débarquer et de donner l'assaut fut fait aux roupes, qui y répondirent vivement, chacune des emarcations qui les contenaient s'efforçanl d'arriver la ;|remière â la côte. Pas une âme dans lescadre, je crois, e doutait en ce moment que nous n'obtinssions une rompte victoire. Juste au moment où le premier canot ■ouchait la côte, cependant, pan ! un coup de canon ai lit encore des forts et fut inmiédiatement suivi d'une 1 rilable tempête de boulets, d'obus, de balles de gingol t do fusées, tirés de toutes les batteries du Sud, qui firent bmber nos hommes par dizaines aussitôt qu'ils étaient 'ébarqués. Néanmoins, ils sautaient tous des canots sans [uv leur ardeur en diminuât. (.Beaucoup d'entre eux dans ^ne eau si profonde qu'ils devaient nager jusqu'à la côte, Itse précipitaient en avant 'a travers la boue, tandis que 5 vaisseaux les protégeaient par un feu aussi bien luurri qu'il leur était possible.)

v< Le feu de l'ennemi, cependant, continua a être si meur-

it-ier, et la boue se trouva si profonde (dans beaucoup

l'endroits elle atteignit jusqu'aux genoux des hommes,

: jouvent jusqu'à la ceinture), que sur mille hommes qui

lèbarquèrent, cent seulement arrivèrent jusqu'au premier

' '.es trois fossés larges et profonds, qui, après une marche

'pénible de quelque cinq cents pas dans la boue, se pré-

'<■ jentèrent devant le petit nombre de braves qui avaient pu

ISi LA CUlMi ET LtS PUISSANCES CHRÉTIENNES. i

parvenir jusque-là; et de ce petit nombre, vingt h poin avaient été capables de conserver à sec leurs fusils leurs munitions. Néanmoins, ils firent hardiment fao ces nouvelles dilïicuUés, et une, cinquantaine d'entre ci avec une foub; d'officiers (parmi lesquels se faisaient re-j; marquer l'ofllcier commandant du contingent françaiiif Tricault, les commandants Commerell et Ilealb, de l(|t marine royale, lu major Parke et le lieutenant Ilawkov des soldats de marine, le major Fisht'r et le licuilcnan Maitland, du génie), réussirent a atteindre jusqu'au bor((r le plus reculé du troisième fossé, d'où ils auraient c^r tainemcnt fait un eflort vigoureux pour escalader les nu s'il y avait eu des échelles; mais toutes celles débarqui excepté une seule, avaient été brisées par les boulets s'étaient enfoncées dans la bouc. Avec l'unique qui restait cependant, dix hommes dévoués s'élancèrent en avant), sur lesquels trois furent immédiatement tués par dei balles et cinq grièvement blessés.

« Une décharge verticale de flèches, aussi bien qu'un | constante fusillade, fut entretenue contre la troupe d'éi lite, qui se blottit alors dans le fossé, attendant, mais <■ vain, des renforts; et c'est un miracle qu'aucun d'eux ai ensuite échappé vivant.

(' Voyant quelles insurmontables difficultés se présen,, talent, l'ordre fut enfin donné de se retirer; l'intrépid commandant des troupes, le colonel Lemon, des soldai de maiùne (qui avait été un des premiers dans le fossé 1 plus avancé;, le capitaine Vansittart, de la Macjicienin et le capitaine Shadwell, du Highjlier^ ayant tous d gravement blessés. Le dernier avait reçu une balle dan le pied peu après le débarquement, mais était allé coi rageusement en avant, jusqu'au fossé le plus recuh^ Le pauvre capitaine Vansittart avait eu la jambe em portée. Le lieutenant Graves, de Y Assistance, le lieutt nant Clutterbuck, du Coromandel, le jeune Herbert, ' Chesapeake, et les lieutenant Inglis et Woolrige, des -

TROISIKME GL'ERRK. 183

is (lo mariiic, uvuiciit tous éU' lues tandis qu'ils cxci-

( ni bravcnuMit leurs honiincs a marcher on avant; cl

tnijs quarts au moins dos olliciors qui étaient débar-

I s lurent plus ou moins yricvcment blessés. Kn c^flec-

iiil la retraite on perdit plus do monde, penl-èlre, qu'en

ani, parro que les Chinois, en allumant des toux de

lit;, étaient ii mémo do reronuaîlro la position exacte

> hommes chancelants alors et tout a fait épuisés,

les abattre comme des oiseaux. Mémo lorsqu'on ar-

II bord de l'eau, la position ne fut pas meilleure,

lu que tant d'embarcations avaient été mises en

- par les boulets qu'il n'en restait pas assez pour

iUir tous les survivants. Plusieurs se noyèrent en

Q ayant d'échapper, tandis que beaucoup durent rester

lis d'une heure dans l'eau justju'au cou avant d'obtenir

e place dans un canot. Et même alors tout danger ne

pas passé pour eux, car le feu des forts continuait à

e si vif, que plusieurs canots remplis de blessés furent

eints et coulés tandis qu'ils ramaient vers les vais-

.ux. Le Coromandel fut transformé temporairement en

sseau-hôpital, et la scène que présentait le second pont

il vraiment horrible. Une heure du matin allait sonner

3ind la dernière embarcation chargée de blessés les lui

ena, et longtemps avant cette heure il était encombré

ommes mutilés et de mourants. »

iBS onze petits bateaux à vapeur anglais qui se battirent !C les forts souffriront tous beaucoup, et trois d'entre

(le Cormorant, le Lee et le Plover), durent être abanmès aux Chinois.

le petit bateau à vapeur des États-Unis qui avait porté ninistre de cette nation, M. Ward, remorqua plusieurs (Canots chargés de blessés qui se retiraient de l'assaut luqué, et les conduisit a bord du navire anglais le Conandel, sauvant ainsi beaucoup de vies.

•rcs ce désastre, les alliés n'eurent qu a battre en re-

18i LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

fraito sur Chang-liaï ol attendre les ordres et les renfor d'Europe.

Les ministres de Pékin furent effrayés de leurtrioinitli Au lieu de harasser les Anglais dans les ports ouverts ; commerce, ils cherchèrent a faire oublier l'affaire d( I kou. //o, le vice-roi des deux provinces Kiang, écrivit M. Hourboulon une dépèche très-amicale dans iaqui II paraissant ignorer que des Français se trouvaient à des Anglais le jour do l'assaut des forts, il l'invitait a rendre àPé-tang pour être conduit a Pékin afin déclin ger les ratifications du traité. En même temps il pri; M. Bourboulon de faire à M. Bruce la proposition de la compagner dans le même but, l'assurant que M. Bru serait très-bien reçu. Après quelques jours, IIo sadro directement à M. Bruce et lui proposa d'aller a Pek échanger les ratifications en même temps que leminist de France et M. Ward, représentant des États-Unis, leqii était déjà en route pour Pékin.

Non-seulement le commerce anglais continua a se l'ai paisiblement dans les ports du littoral comme aupai vaut, mais il obtint de plus une concession assez imp( tante. Voici les faits :

La mission américaine n'avait stipulé dans son tra ni la résidence d'un ministre à Pékin, ni l'ouverture Yang-tse-kiang, ni la liberté pour les Américains d'aï dans l'intérieur de l'empire avec des passe-ports ; m elle avait obtenu que les navires de commerce, au li de payer a la douane cinq maces d'argent par tonne (d'accord avec le traité de Nankin), n'en payeraient q quatre. M. Bruce réclama cet avantage pour les navii britanniques en s'appuyant sur l'article du traité de Np kin qui assure a l'Angleterre tout ce qui serait accoi a la nation la plus favorisée. Les autorités impéria mirent tout de suite le commerce anglais en possessi de cette faveur.

Après le malheureux événement de Ta-kou, le minia

> Ktats-Unis écrivit au fîouvernour général des Kiangs, 1 il ('tait venu pour échanger les ratin«;ations du traité iicricain ot pour présenter à l'empereur une lettre du .•>i(it'iit des Klats-liiis. 11 lui fut répondu de se rendre l'i-lan}{, d'où il serait eonduit à Pékin. M. Ward se iiitornia il ees dispositions. Ceci enliardit le {^'ouvcrne- I ni chinois qui tâcha d'obtenir, comme je l'ai déjà dit, If les ministres de France et d'Angleterre imitassent ■\(inple de M. Ward.

On aurait cru qu'il serait reçu très-honorifiquement à (kin, ne fut-ce que pour prouver que MM. Bruce et iiurboulon avaient eu tort de ne pas vouloir se souicUi-e aux exigences des mandarins II en fut néanmoins iiiement. Je donne ici traduction d'une dépèche que . Bruce écrivit à son gouverneziient après s'être entrenu avec M. Ward :

(I M. Ward, le ministre américain, est revenu ici le I août; je vous envoie ci-inclus le récit, publié par les iTiciors américains qui l'ont accompagné, des principaux K'idents qui ont marqué son voyage, et du traitement 110 la mission a éprouvé pendant les quinze jours de son éjour à Pékin.

L'examen de ce récit montre que le gouvernement liinois est encore loin de reconnaître ou de respecter ^s droits des envoyés étrangers ; que, quelque concesion apparente qu'il ait faite sur le papier, il refuse dans i pratique d'admettre les rapports diplomatiques sur un il d d'égalité nationale, et qu'une visite 'a la capitale n'est

M ceptée qu'autant qu'elle peut être convertie en un

l'U de flatter l'orgueil de l'empereur de la Chine et de l'cnnnaître sa supériorité.

Jamais mission purement pacifique ne pouvait être liée à Pékin dans des circonstances plus favorables que ;elle de M. Ward. La peur des conséquences qui peuvent résulter de la collision a l'embouchure de la rivière Tien-

IS« LA CIIINR i:T U:S puissances CHIŒTIKNNES.

tsiii, l'occasion lavorable dtHablirun précédent par l'( i trevuc personnelle avec l'empereur, au moyen de m dations, conduites avec un envoyé isolé et qu'aucun l'orco n'appuie, et le poids qu'une telle réception aura' donné il leurs remontrances sur la conduite de M. d iJourboulon et la mienne comme dure et arrogante, tmi concourait il démontrer la convenance de faire une k ception honorable et amicale à la mission américaint Mais loin de lii, la comparaison avec ce qui eut lieu pou de précédentes ambas^ades anglaises en Chine monli que la position de l'envoyé américain a été notoiremei. inférieure; qu'il y eut une intention méditée de rendr la visite si fatigante, physiquement, ii cause des moyen de transports, et si accablante, moralement, par la sui veillance et les restrictions imposées, que le désir de 1 renouveler deviendrait improbaI)lc, et que, quand la fei meté de M. ^Yardeut déçu le gouvernement chinois dan son espérance de lui extorquer des concessions sur I question du cérémonial, il couronna son insultante cor duite en exigeant de lui qu'il retournât à Pé-tang échai ger les traités, bien qu'il eût été invité, par un déni impérial, a accomplir cette cérémonie à Pékin. M. War m'a informé qu'il retourne plus convaincu que jamai de la sagesse de notre détermination de nous dirige vers Tien-tsin avec nos drapeaux, et de l'exactitude dt informations que nous avions obtenues à Chang-lia aussi bien que de la déraison de la cour et de l'influciR que le parti anti-étranger a dans les conseils de l'eniiK reur. Son opinion est que, a moins que le gouvernemei impérial ne soit entièrement éclairé sur l'impossibilté d résister, il ne consentira pas à établir des relations su le pied où, d'après mes instructions, je dois demande qu'elles soient placées. Il décrit le contraste remarquabl qui existe entre le ton de confiance à Pékin et les alar mes des autorités de la côte, sur les conséquences de 1 dernière collision.

TttOISIÈMli fiUKRHF,. 187

l'oiir (onliiiucr le ivvM de la visite île M. Ward, je ,i|i|icllo il Volfc l']\("('ll('mi', ([Il iipi'i's un (UM'tain délai, lanj^-fiiii, {^"ouvonieup général de Ciii-li, lui écrivit, dijîint (in'il avait i-erii le décret de l'cmpereiir autorisant 1. Ward il s'avancer, après le 19 de juillet, par la route I' l'r-tang, vers la capitale, et lii, d'y attendre les coinil-^saires iu)périaux, il l'arrivée desquels les ratifications liaient éclianyées.

Tort de cette invilation, M. Ward débarqua ii Péang le 20, et i'iit inlornié qu'il devait faire le voyage, ii-'iiu'ii un certain point situé dix milles au-dessus de it'ii-tsin, dans un des véhicules couverts du pays. Ces oilures sont tirées par un mulet, quelquefois accouplé \iN- un cheval, quelquefois avec un âne; elles n'ont ni -sorts, la caisse reposant sur l'essieu, ni ouverture pour rrcvoir l'air, et M. Ward a décrit les soutlVances et l'é- Miisemenl de cette manière de voyager comme intenses. ^n effet, une personne jouissant de la plus robuste santé courrait seule supporter un tel voyage.

u Dans un pays où chaque détail de la vie est matière à 111 règlement précis, les moyens de transport qui servent ' 1111 voyageur indiquent son rang et sa position aux yeux li> la population. Votre Excellence verra dans les extraits i-iiiclus du récit fait par Staunton, de l'ambassade do iiid Macartncy, que des trois manières de voyager, en liaise, a cheval et. en voiture, la dernière est la moins jniiorable. Lord Macartney lui-même et les trois princi- 'aiix membres de sa suite voyagèrent en chaises, de l'iMing-cho il Pékin, les autres personnes, a cheval, avec les mandarins; les serviteurs et les soldats de son escorte malaise, dans des chars couverts. Des chaises furent uuoillement fournies pour le service de l'ambassade de md Amherst a son retour ;i Toung-cho, même après |uil eut brusquement reçu son congé de l'empereur, irrilf contre lui.

lies autorités chinoises, en proposant a M. Ward ce

moyen de transport, avait-nl pour but de l'abaisser, aiiique sa nation, aux yeux des populations; résultat ton ensemble agréable ii la vanité personnelle des liantes an torités provinciales, et conséquent avec la politique clii noise. Je n'ai aucun doute (lue M. Ward aurait refusé ce arrangement si l'intention des Cbinois, en faisant ct-lli proposition, lui avait été clairement expliquée ; mais dan de telles matières, un ministre fraîchement arrivé d. l'ouest est entièrement entre les mains de ceux qui on fait une étude du langage et des nneurs des Chinois. I est vrai, sans doute, comme on l'a aliirmé, que ces mes sieurs sont quelquefois, sans nécessité, susceptibles sn certains points de létiquette; mais leur éducation cxiiu sive produit dans d'autres cas un cfilet exactement oppos et les dispose plutôt à consulter les préjugés chinois, qu'i insister sur ce que leur propre dignité nationale exige. « En quittant la rivière à Toung-cho, des moyens d transport de la même espèce furent fournis, et la roui étant pavée en dalles de granit et n'étant point du tou entretenue, les cahots devinrent si intolérables qu M. Ward fut obligé de descendre et de se mettre à mar cher sous un soleil brûlant, des chevaux lui ayant et refusés pour faire cette dernière partie du voyage. Alor l'officier chinois qui commandait l'escorte mit pied a terr et lui prêta son propre cheval ; mais il le reprit en appro chant de Pékin, et en conséquence M. Ward rentra dan la voiture. J'ai vu une lettre adressée aux missionnaire catholiques au sujet de l'effet produit, par son entrée, su la foule chinoise amassée pour en être témoin. Cett lettre parle du cortège comme étant si modeste, que le Chinois ne croyaient pas que le ministre américain pu y être. « Humillime intravit, » voilà les mots latins qu" décrivent cette entrée. Il fut logé dans un vaste bâtimen! appelé le Palais des Princes. On dit à M. Ward qu'un forte somme avait été allouée pour mettre ce palais ei état de le recevoir, bien qu'il ne lui ait pas semblé qu

TROISŒME GCEIUtE. tH9

^(Mit cftl été employé à sa destination légitime. Un iiiul nombre dt; soldats ou d'agents de police furent laces tout autour, comme marque d'honneur; mais on a|>erçut bientôt que c'étaitaussi bien pour empêcher de nitir ceux ((ui étaient dedans que pour tenir en dehors l's curieux et les impertinents. M. Ward lui-même lut II iVté en voulant sortir dans la rue, et ce fut seulement Ml menaçant de ne plus s'occuper de transaction d'affaires liiil obtint l'autorisation, pour les membres de sa mision, de sortir ii pied. On lui refusa nettement sa demande de chevaux et de guides pour mettre ceux de sa -iiite en état de parcourir la ville et d'y trouver leur chemin. Un étranger a Pékin auquel on permet de sortir à pied, mais privé de chevaux et de guides, est tout ii fait 1111 prisonnier, sauf le nom. Les autorités chinoises ayant su que le maître d'hôtel chinois ''coniprador' avait promue aux Américains des éventails de papier sur lesquels \c plan de la ville était imprimé, le menacèrent de la iimrt, dans le cas où il achèterait encore quelque chose a leur insu et sans leur permission.

« Quand on leur lit des remontrances sur cette contrainte, les Chinois répondirent qu'aussitôt que les atiaires M raient conclues, les Américains pourraient aller libremont où il leur plairait. Mais il semble que cette contrainte fut imposée, non-seulement comme un moyen d'amener les Américains à se prêter aux cérémonies du ko-tou, mais aussi pour les empêcher d'avoir aucune communication avec la mission russe. Il paraît qu'un officier russe essaya de forcer le passage jusqu'à leur résidence, mais sans succès; une lettre même fut retenue six jours avant d'être délivrée. En attendant, on faisait toutes I sortes defforts, tantôt par des flatteries, tantôt par d'aifgres remontrances, pour obtenir que M. Ward consentît I a une entrevue avec l'empereur. L'espoir de l'amener à ; se prêter à une cérémonie, assez différente de celle qui I a lieu quand des envoyés étrangers se présentent aux n. 11.

l'.»0 LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

soii\(!raiiis (mropéens, puur impliquer la reconnaissant . d'une certaine supériorité dans l'cnipereur di; Chine, avaii été, je n'en doute pas, le niotil'qui avait déterminé le gouv(' nemcnt chinois a l'admettre ii Pékin. Car déçu dans < espoir par la rermeté de M. Ward, Kouei-liang, sans tenii aucun compte de ce l'ail, (jue M. Ward était allé a Pékin en conséquence de l'invitation de l'empereur à venu échanger les ratilications, écrivit ii M. Ward pour lui demander pourquoi il était venu a Pékin, puisqu'il était si obstinément résolu à s'en tenir à sa propre opinion.

« Dans sa réponse, M. 'W'arîi rappela l'invitation qu'il avait reçue et lit mention de la lettre du président poui l'empereur de la Chine, dont il était chargé. Le gouvci nement chinois, qui persiste a regarder les engagements qu'il prend avec des nations commerçantes comme alfaires de commerce faites pour être arrangées par k commissaire chargé d'administrer les ports ouverts, mais ne tombant pas dans les attributions du cabinet impérial, saisit le prétexte donné par l'allusion de M. Ward a la lettre du président pour y voir la cause unique de la visite à Pékin. Le gouvernement refusa cependant de l'accepter, à moins que M. Ward ne déclarât préalablement par écrit que son refus de se conformer à la cérémonit exigée ne venait d'aucun manque de respect de sa part, ni de celle du président envers l'empereur.

« Après avoir écrit une dépèche dans ce sens, M. Ward fut informé par un décret impérial que le langage de ses lettres étant respectueux, il était autorisé à la présenter a Kouei-liang et ii ses collègues. Quant à l'échange du traité, on lui dit qu'il aurait dii strictement retourner ;i Chang-ha'i et l'échanger dans cette ville, mais qu'en considération de son long voyage le sceau y serait apposé, ci que Hung-fuh, gouverneur général de Chi-li le lui délivrerait en échange. M. Ward fut alors reconduit à Pétang, le point d'où il était parti , et la cérémonie de l'échange des ratifications fut faite par Hung. Votie Excel-

TRoisiKMK (;ri:nRi;. i<»i

iiicsfi rappt'llcra que lorsi|n il i-lail dans leurs vues de nii^ retenir il Clian^-liaï, Koiiei-liang déclarait que lui et .s iidlc'guos étaiont les seules personnes par lesquelles . ( lian};e des ratifications pûlètre clfectué.

I,e i^ouNeinemeiif chinois, dans ce décret, lequel a I. depuis publié dans la (lazrlfr de Pc/ci ii, déclare pour I prennére fois qu'il y avait une ferine intention de sa 'iirl (le ne pas nie permettre de remonter la rivière, et lie Takou avait été fortitiée par les ordres de Icmpe- (Mir. Il alfirmc que cette décision avait été communiquée u\ envoyés étrangers par Kouei-liang et par Iloua-chala a Clianti-haï et qu'on leur avait dit qu'ils devaient aller Kii' l'é-tang. Ces assertions sont jtositivemcnt contraires i la vérité, bien que je ne croie pas impossible que les Diumissaires aient présenté l'affaire de cette manière à riiipereur. »

'Lrl rait de la 7-elation dont paj'le M. Bruce, dans la dél"^rhe précédente, publiée par des officiers américains (jui accompagnaient M, Ward à Pékin.

« Ils firent d'abord quarante-cinq milles à travers le jays dans descharrettes couvertes, et arrivèrent au Peï-ho, i un village appelé Pei-tsang, quelques milles auiessus de Tien-tsin; de la ils continuèrent leur voyage ians des jonques jusqu'à Toung-cho, a une distance de louze milles de Pékin, dont elle est le port. Ils prirent lii ie nouveau des charrettes jusqu'à la capitale.

« Le voyage entier dura huit jours et demi, dont cinq furent passés sur la rivière. Ils franchirent non moins de six ou sept barrières entre Pei-tsang et Toung-cho; aucune d'elles néanmoins n'était en bon état ni défendue par des forts. Les bateliers disaient que c'était en partie pour arrêter les Anglais, et en partie pour donner abri aux jonques, lorsque la glace était en débâcle.

lOi I.A CHINE liT LES PUISSANCES CHRETIENNES.

« Les jui'iiihi'cs de la Ir^alion roslc'icnl ii Pokin (luin/i jours, pendant lesquels ils lurent conlinés dans leurs lo genients; non pas cependant comme prisonniers, car il; avaient la liberté de sortir à pied à toute heure. Mais lo; comnjissaires ret'usèrenl dos clievaux et des guides, lais sant au choix de M. Ward de leur acorder la pcrmissior de sortira pied ou non, comme il le jugerait convenable Ils auraient sans aucun doute fermé complètement le: portes, si M. Ward n'avait pris une attitude ferme à 1; première entrevue, informant Kouei-liang qu'aussitù que ses mouvements seraient le moins du monde contraints, il cesserait toute négociation, et demanderait soi escorte de congé.

« 11 paraît que l'empereur était très-désireux de voi M. Ward, mais qu'il insistait aussi pour qu'il accompli le « ko-tou » ; cette cérémonie étant contre les principe; de Son Excellence fut positivement refusée. Le résulta de ceci fut que le quatorzième jour du séjour de la mis sion américaine, on décida enfin que l'on recevrait h lettre du président à Pékin et que l'on renverrait Soi Excellence à Pé-tang échanger le traité; et le jour sui vant ils s'en retournèrent en effet.

« Pendant leur séjour a Pékin ils ne virent aucun de membres de l'ambassade russe, mais en reçurent plu sieurs lettres, La première mit six jours à aller d'un bou ' "a l'autre de la ville, ayant été évidemment détenue pa les autorités.

« Quand ils furent arrivés à Pé-tang le 16, on échange; les traités, et un prisonnier anglais du nom de Johi Pawell fut rendu. »

La cour désirait que M. Ward se rendît a la présence de l'empereur comme question de dignité. On ne connaî dans ce pays d'autres ambassadeurs que ceux qui vien nenl offrir des tributs de la part des princes qui se reconnaissent inférieurs. Sous ce point de vue, l'empereu)

TROISIÈMK r.lERRE. 193

Il V>t pas ràflif du rct'i'voii' des aiiibas.sadcs luintuines. J'ai dit ailleurs quv colle do lord Anihorst oui son oripiiie dans l'invitation dos Chinois cux-nicnics, faite aux chefs de la compagnie anglaise de Canton. Tous les ambassadeurs ouropoons ont ôlo qiialitios de porteurs do tributs,

idénominalion a la(iuollo so prêtait la ciroonstanco des .présents dont les envoyés étaient chargés pour l'empe-

ircur.

i M. Ward étant arrivé à Pékin, et n'allant pas présenter

Ises hommages au Fils du ciel, un commentaire général du public devait en être la suite, et l'empereur perdait son prestige. Aussi, sur le refus de M. Ward de se rendre a une audience de Sa Majesté, ii moins d'être dispensé de la cérémonie du ko-tou, Kouoi-liang lui demandait officiellement « pourquoi faire était-il donc venu à Pékin?»

Voici une partie d'un décret que l'empereur rendit a cette occasion :

« Nous avons lu aujourd'hui la réponse des barbares américains a la communication de Rouei-liang et de ses collègues.

€ Elle montre que pour ce qui concerne leur présentation à la cour, on ne peut rien faire de plus pour les ramener a la raison (*). Du reste, en déclarant que leur respect pour Sa Majesté l'empereur est le même que celui qu'ils ont pour leur Pih-li-si-tien-teh (président), ces barbares placent tout simplement la Chine de pair avec les barbares du Sud et de l'Est i"^*), ce qui est d'une arrogance trop ridicule.

(*) Litt. il ne peut plus y avoir de bons moyens de les ramener (dans le bon cherain).?Les argument* sont épuisés ; que la question de l'audience soit mise de côté.

(**) Les Mivang, anciens barbares du Sud ; les I, barbares de l'Est.

19! LA CniNl': liT LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.

« La proposition faite hier, de leur accorder une entrevue avec les princes, ne peut pas être prise en considération. »

Quoique M. Ward ICit allé a Pékin du consentement des hauts mandarins, dans le seul but d'échanger les ratifications du traité, n'ayant pas voulu se soumettre ii la cérémonie du ko-tou,on l'obligea de retourner a Pé-tang pour effectuer l'échange mentionné, et il y consentit.

A Pékin, Kouei-liang parla a M. Ward de l'affaire do Ta-kou; il se plaignit amèrement de ce que, a Chang-haï, les ministres alliés n'avaient pas voulu le recevoir, lui le second ministre de l'empereur. 11 chercha à savoir de M. Ward ce que les Anglais allaient faire, et lui insinua d'offrir sa médiation.

J'ai dit que lors du désastreux engagement de Takou, il n'y avait sur les remparts aucun drapeau ; les bannières impériales n'y reparurent que cinq ou six jours après l'affaire. Peu à peu l'empereur reconnut, dans des décrets publiés par la Gazelte de Pékiji, que le prince Sang-ko-linsin et plusieurs autres chefs étaienl à Ta-kou le 2o juin, et qu'ils avaient empêché, par .sr ordres, le passage de l'escadrille anglo-française. Voi< i la traduction de l'un de ces décrets :

« Sang-ko-lin-sin et ses collègues ont présenté leur rapport sur certains détails de la (dernière) action, dé^ tails dont ils assurent avoir vérifié l'exactitude.

« Le 25 de la lune, les vaisseaux des barbares anglais, ne tenant aucun compte des injonctions raisonnables qui leur avaient été faites, ont forcé l'entrée de la rivière et ont ouvert sur nos troupes un feu, auquel celles-ci ont riposté.

« Les vaisseaux barbares, bien qu'endommagés, n'ont pas voulu se retirer, et ont continué le combat à l'aide

rnoisiKMF, cir.nuF. 195

I leur iiiranliMic jus(|u';i ce (juc nos soldais leur aiciil

t • |iliisioiirs ccnlaiiu's d hommes cl fait dnix piison-

I I -. Alors \c roslo s'est cnrui l't raclic dans leurs vais-

,>iii\. Les bàlinients barbares entrés dans la rivière

(liiiit au nombre de treize en tout; un seul a pu fran-

( il la barre, mais les autres ont tellement eu à souffrir

( ii'dre feu qu'ils ont été mis hors de service. Le chef

Irbare Li ('? a été si grièvement blessé a la misse,

il lui était impossible de se remuer.

|t< Les barbares anglais, violents, rebelles et déraison-

bles comme ils le sont, ont, dans cette occasion, reçu

châtiment qui ne maniiuera pas de leur faire com-

Bndre le danger (littéralement, la difficulté) que l'on

iirt à porter atteinte à l'honneur militaire de la Chine.

s officiers elles soldats, qui, avec un zèle égal, ont

uni leurs forces pour achever cette grande victoire,

t certainement montré un courage plus qu'ordinaire,

nous ordonnons a Sang-ko-lin-sin de s'assurer des

ms de tous ceux qui se sont signalés dans cette occa-

»n et de les recommander a notre faveur, ^'ous i'auto-

ons, en même temps, à leur distribuer 5,000 tacis,

'il peut prendre sur les fonds de la souscription.

ih-Tung-chun, commandant en chef de l'armée chl-

ise de Chi-li, et le brigadier Lung-yu-yen, comman-

nt de Ta-kou, qui étaient en personne a la tète des

)upes, ont vaillamment dédaigné de penser à leur

opre sûreté, et ont été tués dans le bombardement :

ir perte est vraiment regrettable. Que leurs noms

ient portés au conseil dû, afin que des honneurs

sthumes leur soient largement rendus et que des mo-

iments leur soient élevés à Tien-tsin et dans leur ville

.taie. Que le major Tsitanpu, ainsi que Takshin, subal-

pne des mousquetaires dans la division de la bannière

anche, le lieutenant Wang Shi-yang et l'enseigne

lang "VN'^an-ping, qui sont tombés en même temps, re-

ivent chacun les honneurs posthumes auxquels les rè-

1% LA CIlINt: ET LES PUISSANCES CHRETIENNES.

gk'inonts leur donnent droit, atin que leurs âmes loyal^^ en soient consolées 1

0 Respectez ceci. »

Vers le mois d'août, les Anglais reçurent de Canton et de Sou-tchaou des copies d'un décret impérial dont voici, la traduction : '

« Le 6 de la sixième lune de la neuvième année de Ilienfung (le 5 juillet 1839), acte reçu le décret suivant :

« Dans un second mémoire présenté aujourd'hui pai Sang-ko-lin-sin et Tsai-hang (*), ils représentent avecj instance que les barbares anglais s'étant révoltés, et qu(j les barbares français s'étant alliés avec eux pour soutenii| leurs mauvais desseins, le crime de ces deux peuples es, tel que la mort ne serait pas une punition suffisante, e, qu'il faudrait profiter de l'occasion présente pour souteni notre dignité et tirer sur les rênes assez fort pour ré | primer efficacement leur perversité sauvage.

« Depuis la vingt et unième année de Tao-kouang (1841 ces barbares nous ont constamment cherché querelle ils ont sans cesse méconnu la dignité du ciel (**).

a Malgré cela. Sa feue Majesté, canonisée sous le non du «Parfait», n'a pas pu se décider (telle était la ten dresse qu'il ressentait pour tous les hommes venus d loin) à punir leurs infractions, conformément aux stricte exigences de la loi. 11 leur permit même de faire le coni merce dans cinq ports; il leur donna de l'argent de soi trésor pour les calmer et les satisfaire (***). Les bienfait

{') Un des proches parents de la famille impériale. On appsl! Mien la famille du dernier empereur. La famille actuelle prend 1 nom de Yih. La famille qui vient après, prend celui de Tsai d'après une loi qui règle ces matières.

(") Le ciel, c'est-à-dire l'empire céleste, la Chine.

("'*) Il fait ici allusion aux 27 millions de dollars payés aux Ai

TROISIKMK GUERRE. lOT

ni ces nations clranyùres ont clé ainsi coniltlccs ne iciit pas do pon do valeur. Kl si elles avaient eu (iui;li|uc iiiMJenoe, elles auraient été sans auenn doute remplies

t; latitude pour la bienveillanee do Sa Majesté inipéili'; elles auraient i>oursnivi en paix leurs travaux et une leur vie, et si un sujet de niéconlenti'inent se fût r\c pendant qu'elles étaient ainsi oecupées, rien ne les nixehait, dans ce cas, d'en réforer aux autorités locales,

ili> s'arranger avec elles. Pourquoi donc cette insuborii.ition, cette conduite féroce, cette constante parade de m s prouesses guerrières?

(.1 s gens ont été un poison funeste pour notre peuple. - tint envahi séditieusement nos frontières, et par d'in- It lables atrocités de tout genre ils ont montré leur wtiiine ingratitude. Si nous mettions nos forces en mouiiKMit, qui empêcherait l'extermination immédiate de > marionnettes? Toutefois, nous n'oublions pas que 1^1 par l'humanité et la droiture que nos ancêtres ont al'li leur vaste empire; que c'est par leur libéralité et ui bienveillance qu'ils ont adouci et enrichi les nations

ui\ages

A Si donc les chefs barbares changent de conduite et ni de loyales avances pour une soumission pacifique, Ml une nous avons hérité des maximes de nos ancêtres, I de leur politique traditionnelle, avec leurs vastes dolaines, nous y conformant respectueusement, nous ne ous montrons rigoureux envers aucun homme; mais W- sobstinent dans leur perversité et s'ils insistent sur L'^ demandes qu'ils n'ont pas le droit de faire, alors nous s anéantirons au même instant, et nous jurons que as un rejeton de leur race ne restera. « La loyauté et le courage des princes dont le mémoire st sous nos yeux sont vraiment dignes d'éloges, et assu-

laisen 1842 pour la rançon de Canton et l'indemnité de l'opium t des frais de la guerre.

198 LA CIIINK ET LES PriSSANCES CHRETIENNES.

renient il ne serait pas facile de trouver parmi nos w nistres et nos serviteurs, dans la capitale ou ailleurs , ii zi'le égal au leur pour la |)olitiquo (1(! l'Kliil cl le liiri être du peuple. Nous en sonimos hautement satisl'iiil charmé, mais quant ii ce qui concerne les mesures (jii i proposent pour la répression immédiate des barbares i leur serrant le frein, nous sommes d'avis que ce scia un tort de prendre l'initiative d'un acte de violeiK Nous ordonnons donc qu'on ne se règle pas pour agir si: ce mémoire, mais qu'il soit rendu . Respectez ceci. » |

Par l'article 29 du traité américain, tolérance cdn plète est stipulée pour la religion chrétienne, catholini ou •protestante. Eh bien ! trois mois après l'échange des r; tifications, (prèsdellang-cheu],un hautmandarin prit (l mesures violentes contre des chrétiens (6 décembre is'il Des indigènes convertis furent arrêtés et conduits ai tribunaux ;31 déc.) dans le village de Ilai-chin, pi' d'Amoy,sous de fausses accusations, pour des délits qu i n'avaientpoint commis. Déjale 11 octobre (1859) le prd de Lon-ling, dans la province de Kiang-si, avait pu M un édit furibond contre la religion chrétienne, ordni nant aux indigènes qui suivent cette foi de se présenLci la Cour de justice et de marcher sur la croix afin d'évil les punitions qu'il allait lancer contre eux. il y transi i vait copie de la loi de Kia-king qui porte la peine i strangulation immédiate contre ceux qui prêchent cet doctrine.

Vers cette époque, parut dans la Gazette de Pékin i mémoire a l'empereur, de Yin-chaou-young, dans lequ ce censeur blâmait les concessions accordées aux étrai gers par les traités de Tien-tsin. On y trouve ces renia quables paroles (que j'ai déjà citées à propos de la mai vaise foi des mandarins) : «Les ministres s'excusent ( « disant qu'ils ont seulement l'intention de leur laiss< « faire le commerce et propage leur religion jusqu'à (

iiioisiivMi': (;li;iuu;. ma

que nos prcpuratils inilitaires soient linis , et qu'alors nous rcconinicnrtM'ons les hostilités »

Aussitôt <iiio la Hoiivello du désaslre de Ta-kon arriva Il Europe, lesealtinetsde Londres et de Paris envoyèrent es forces en (lliinc, et tirent partir de nouveau lord VA'^in t le baron dros.

En attendant, MM. Mruco et PJourboulon adressèrent au rcniier ministre de l'Euipcreur, en date de Chanj^-liaï mars (1860), une réclamation à propos de l'afiFairc de Taou ; M. Bruce exigeait comme ultiuiatuni les conccslions suivantes:

Page 1