CONDITIONS IMPOSÉES
« 1. Que d'amples et satisfaisantes excuses soient dressées pour le fait des troupes qui ont tiré des forts de 'a-kou sur les vaisseaux de Sa Majesté Britannique en iiin dernier, et que tous les canons et le matériel, aussi ien que les vaisseaux abandonnés en cette occasion oient restitués
« 2. Que les ratifications du traité de Tien-tsin soient
changées sans délai ii Pékin ; que lorsque le ministre
c Sa Majesté Britannique s'avancera vers Pékin dans ce
ut, il lui soit permis de remonter la rivière en passant
ar Ta-kou jusqu'à la ville de Tien tsin, dans un vaisseau
nglais; etque des préparatifs soient faits par les autorités
hinoises pour le transporter lui et sa suite avec tous les
onneurs qui lui sont dus de cette ville jusquk Pékin.
« 3. Que plein effet soit donné aux dispositions desdits
jraités, comprenant un arrangement satisfaisant a faire
(our le prompt payement de lindemnité de 4 millions de
iiels, comme il est stipulé dans le traité, pour les pertes
(t dépenses militaires imposées au gouvernement britan-
»ique parla mauvaise conduite des autorités de Canton.
I « Le soussigné a de plus reçu l'ordre de signifier que,
en conséquence de la tentalivo pour empùclier l'ac ces du soussigné a Pékin, la convention faite entre 1 comte d'Elgin et les comniissaircs impériaux en octobr 1858, en ce qui concerne la résidence du ministre anglai en Chine, est annulée, et qu a l'avenir il dépendra exclu sivement de Sa Majesté Britannique, suivant les terme de l'article II du traité de Tien-tsin, de décider si ell donnera ou non des instructions h son njinistre pou établir sa résidence à Pékin d'une manière permanent»
« Le soussigné doit en outre faire observer que lot trage du Poï-ho a forcé le gouvernement de Sa Majesté augmenter ses forces en Chine avec des frais considér. blés, et que la contribution qui pourra être exigée d gouvernement chinois pour payer cette dépense, set plus ou moins forte suivant la promptitude avec laqucl il sera satisfait pleinement par le gouvernement impi rial aux demandes ci-dessus spécifiées.
« Le soussigné n'a plus qu'à ajouter qu'à moins de ri cevoir, dans un intervalle de trente jours après la da de cette communication, une réponse, etc., etc.
« Signé : Fkédéuick W. A, Bruce.
La réclamation de M. Bourboulon était rédigée à pi près dans les mêmes termes que celle de M. Bruce.
Ces ultimatum des représentants de la France et de Grande-Bretagne, adressés au premier ministre de l'emp reur, furent transmis cachetés à Ho-kouei-tsing, vice-r des deux provinces Kiang et commissaire impérial poi traiter avec les ministres chrétiens. Il ne se gêna p pour les décacheter.
« N'osant pas s'arrêter à des cérémonies, dit-il à l'En pereur, votre humble serviteur ouvrit sur-le-champ c dépêches dont il trouva le langage d'une extravagance d'une insubordination des plus détestables. »
Il fait ensuite des commentaires sur ces uliimatw
TROISIKME GlKUHi:. 201
l tiansnu'l les nouvollcs polilicjucs ([n'il ;i pu ;i((|H( rii-. Des canards de celte espèce (*) concenianl l'a|tpro- (ji'ialion do U'rriloircs , riiilcrccption des appruvisionncnicnls de blcs et dioscs sciiiltlalilcs, couiciit tous les jours à Chang-haï. Cependant, (}Uoi(iiril ne laillc pas à la légère attacher une trop grande importance a ces rapports, Bruce et Hourboulon n'en sont pas moins deux inséparables!**) dans la déloyauté 'ou mécbancelé) et leur caractère est vraiment sanguinaire et traître. »
Le premier ministre de Pékin ne répondit pas aux dépAichosdc MM. lîrucc et Hourboulon, mais une réponse leur jfut envoyée en forme de décret du grand conseil adressé !a IIo, le vice-roi des Dcux-Kiangs, alin qu'il le leur transmît.
Il est opportun de remarquer que toutes les communications du grand conseil sont basées sur un décret autographe reçu de l'empereur; mais dans cette occasion aucun écrit impérial n'est mentionné. Le grand conseil voulut par là faire entendre que ces ultimatum français letbritannique n'avaient pas mêmeélé soumis ii Sa Majesté [Chinoise,
Voici les paragraphes les plus importants du décret adressé à M. Bruce :
« Les défenses préparées à Ta-kou ne sont pas non plus comme il suppose) préparées pour éloigner les Anglais. Supposons que des vaisseaux de guerre de quelque autre nation allassent jusqu'à se présenter sous les couleurs
(*) Ho-kouei-tsing fait ici allusion à des traductions de quelques articles des journaux anglais de Hongkong qu'il envoyait à l'empereur dans ce mémoire.
(**) Le mot chinois traduit par inséparable est un groupe composé des noms de deux bétes fauves (dont l'une est le loup) qui se trouvent toujours ensemble.
202 LA CHINE ET LES l'IlSSAiNCES CHRETIENNES.
anglaises, pourrait-on leur permettre de comnirlh toute violation des convenances qu'il leur plairait? I bien donc, les défenses de Ta-kuu ne peuvent pas éli supprimées, alors même que le traité aura été éilianj^f
« (Ensuite la demande d) indemnité sous dinéreni chefs, et de la restitution de canons, d'armes et de vai seaux, est encore plus contre notre dignité. Les frai.- il guerre de la Chine ont été énormes. La dépense pou défendre la côte depuis Canton et Fouh-kien juscpi Tien-tsin, du commencement ii la fin, n'a pas été moii: dre de plusieurs millions dargcnt. Si elle en demandai le remboursement ii rAngleterre, l'Angleterre reconnaî trait que ses dépenses ne s'élèvent pas a la moitié d celles de la Chine.
« Quant à restituer des vaisseaux et des canons, 1 ; vant-dernière année l'Angleterre détruisit les forts ci Ta-kou, et prit possession d'un nombre de canons api)ai tenant à la Chine : ne devrait-elle donc pas de son eût penser ii tenir compte de ceux-ci? Mais, en outre.) moitié des vaisseaux et des canons anglais (demande furent coulés dans la mer; ils ne sont donc pas du toi en la possession de la Chine. En conséquence la questiu peut être également écartée par les deux parties.
« Ensuite il y a (la déclaration que) Tarrangement pa lequel, les traités une fois échangés, (le ministre) aura dû résider quelque autre part (que Pékin), a cessé d'ex i s ter. L'arrangement par lequel une fois que les traités s' raient échangés, (le ministre; devait ou choisir quelqn autre place de résidence, ou visiter (la capitale) touti les fois qu'il pourrait y avoir des afifaires importantes traiter, fut définitivement réglé par le ministre anglai Elgin, dans la négociation avec le commissaire impéri. Kouei-liang et ses collègues. La révocation de cet arrany' ment maintenant iannoncé) est même plus déraisonnab' (que toutes les autres propositions).
« L'année dcinière, quand, après (juc les Américaii
TUOISIKME CIF.UIU:. tOS
iiii'iil (•cljanyr leur traité, il y oui une modiru alion dans r lai'il" des droits de tonnage,ct que les por(s dr Tai-f)nan rt (iliang-rlio (Soua-to) furent ouverts au coninierce, le uinistre anylais sollicita vivement un seinldaldc arran- Içenient (en sa faveur). Les Anj^lais n'avaient pas échauffé !i'iu' traité, mais Sa Majesté l'empereur, libéral envers 1- nations étrangères, et plein d'une indulgente consiiri ation pour les inlérèls (lu e()nimei'0(^, sanctionna grairiiseiuent une extension du bienfait envers les Anglais, HMir lequel ils devraient être également reconnaissants. >iais si l'arrangement dûment négocié doit être annulé, !l n'y aura pas d'inconvenance de la part de la Chine si Ile annule l'arrangement par lequel elle a accordé aux Viii;lais (le même avantage des) les améliorations dans es droits de tonnage qui résultent pour les Américains de oiir traité.
Pour en venir a la demande (du ministre anglais) Iclie traité avec courtoisie quand il viendra vers le nord Miiir échanger les traités : s'il est sincère dans son désir le la paix, que le commissaire (chinois), après avoir mélile sur tous les détails du traité, ceux auxquels il sera nnvcnable de donner effet, et ceux al'égard desquels un
iupromls (ou arrangement) doit être fait (*), quelecomiii-saire négocie (avec le ministre anglais), et, quand les tt ii\ parties seront parfaitement d'accord, s'il vient vers '' nord sans vaisseaux de guerre, et avec une suite mo- U roc, et qu'il veuille attendre a Pé-tang pour échanger es traités, la Chine ne le prendra pas a partie pour ce jui est passé. Il faut lui faire prendre connaissance Us règles (observées ou prescrites) pour l'échange des faites américains, et la marche à suivre sera ultérieul'ement discutée avec lui (par le commissaire). Mais s'il est résolu à amener un nombre de vaisseaux de guerre,
(*) Ici l'empereur exige bien clairement une révision du traité de 1858, afln d'annuler toutes les cur.ccssioiis qui y avaientélé faites.
206 LA CHIiNE ET LES PUISSANCES CHRETIEiNNES.
passion pour los ('trangors, ne les traitant qu'avec uni libérale humanité et n'ayant que de la sollicitude pou) le commerce, n'a pas voulu tenir compte de ce que h traité français n'avait pas été échangé, et a daigné étendre aux Français les avantages concédés aux Américains i
« N'était-ce pas les traiter avec générosité ? Et voici qui { les Français, au lieu d en être reconnaissants, parlent ai ^ contraire excuses, attaques, dommages et intérêts et in demnité de guerre, s'avisant encore de lixer dans Icui dépêche des délais à cet effet, toutes choses assurémen aussi extravagantes qu'inouïes et déraisonnables. ;
« Pour ce qui regarde le paragraphe relatif à la résidenc ji( permanente à Pékin, le conseil trouve que le traité franfij çais n'en dit pas un mot, car l'article 2 stipule seulemer î que i( dans le cas où une autre puissance inscrirait dan ï son traité qu'elle enverrait des ambassadeurs ou envoyé^ dans notre capitale, la France pourrait également en fairi autant. Or l'Angleterre ayant fait l'année dernière les in stances les plus pressantes à ce sujet, il lui fut répondu catégoriquement par les commissaires impériaux Kout^ et autres que cela était impossible. Les Français n'or| donc en aucune façon a s'occuper de cette affaire.
« Reste leur demande d'être autorisés à venir au Nor pour échanger les ratifications de leur traité. Et il est dire a cet égard que si les Français veulent se soumettij | a ce que Votre Excellence entre en négociations avec euj J à Chang-ha'i, au sujet de ce qui, dans le traité, doit avo 11 son plein et entier efifet, ils pourront évidemment y êti{ ! autorisés après que tout aura été convenu et qu'il n | ) aura plus d'objection de part ni d'autre, n'amenant, biejl entendu, avec eux, aux termes du traité, que peu de mont et pas de bâtiments de guerre. Dans ce cas, la Chine ri manquera pas de les traiter convenablement, pourvu er core qu'ils prennent la route de Pe-tang. Mais s ils veinnei avec des navires de guerre et s'ils se présentent devai Ta-kou, c'est qu'ils n'auront pas l'intention sincère d'>
TKOISIKMK (ilKltlli;. 207
liMiigcr les laliluatioiis de leur Irailé, inaissemnl mus, Il contrairo, par de mauvais sentiments.
\iissi, pour/'viter que cela ne donne lieu ii des sc»upiiis, il de linimitié cl a d'autres inconvénients semhiMes, est-il nécessaire que Votre Excellence fasse plei- (Mnont connaître ce qui précède a l'envoyé de France. »
i ifirand conseil adressa le 27 mars un décret impérial Saiig-ko-lin-sing, en le mettant au courant de ce qui ' passait : on lui envoyait copie du mémoire de llo- )iui-tsing et des traductions d'articles de journaux de on^;-kong. Quant aux ultimatum des ambassadeurs, ■nipereur disait :
i' Leur langage étant extravagant et rebelle a l'extrême, friand conseil a mandé a Ho-kouei-tsing de répondre a
-s barbares. »
Il était naturellement recommandé a Sang-ko-lin-sing } se tenir prêt a la défense. On lui enjoignait de veiller rapproche des navires russes, même dans le cas où ils ipnrteraient des canons et des armes pour le gouvernecnt chinois : il fallait leur faire jeter l'ancre à distance envoyer des bateaux indigènes pour recevoir les armes. ?ci prouve que des négociations avaient eu lieu entre s autorités russes et tartares pour l'acquisition par ces 'rnières d'effets de guerre européens.
En raison des hautaines réponses du gouvernement imlial, l'archipel de Chuzan fut occupé, sans coup férir, -21 avril, par une force de 4 à 5,000 alliés. Luid Elgin et le baron Gros arrivèrent ensemble à on--kong le 21 juin (1860), et ne tardèrent pas a se rene il Chang-hai. Des forces terrestres et maritimes arrircnt également et furent envoyées vers la baie de i-lien , près du golfe de Pi-chi-li. Les Anglais fixèrent ur rendez-vous au village de Ta-lien, adroite de la baie
en onlraiil; ot los Fraïu^ais se placèrent à gauche, dam un endroit appelé Tche-fou. Les vaisseaux britanniques | de guerre ou de transports, li la baie de Ta-lien, étaient ail nombre de 170, el les Français en avaient 90, fornianlen semble une flotte de 260 navires,, dont presque le tiers d. guerre.
Après la prise de Sou-tchaou par les Tae-pings (2 juii 4860 , les autorités chinoises supplièreiit, comme il a et dit, les ministres alliés de faire débarquer des troupe, dans la ville de Chang-haï, pour la mettre à couvert de! rebelles. Cette prière fut exaucée, et t,500 hommes, An glais et Français, occupèrent militairement la ville, C; qui l'empêcha de tomber au pouvoir des Tae-pings, Ct incident diminua la petite armée qui était en marcl vers le nord.
L'armée anglaise de terre, envoyée en Chine a l'occj sion de la défaite de Ta-kou, se composait de 12,000 hoD mes environ, et la française de 8,000; ce qui faisait, av( les troupes existant déjà dans le pays à la tin de 185! un total de 30,000 hommes environ.
Le 26 juillet, les escadres alliées quittèrent la baie t Ta-lien et se rendirent a une île (à 20 milles de l'entp, du Peï-hoi qui était le rendez-vous général. De là ell ' se dirigèrent ensemble sur Pé-tang, entrée d'un pe fleuve, située à 10 milles au nord de l'embouchure du Pi ho. Les alliés débarquèrent le 1" août, au nombre ■ 16,000 environ et de toutes armes. Le reste destroup, avait été laissé à Canton, Hong-kong, Chang-haï, Chuza Ta-lien et Tche-fou.
A Pé-lang, il y a une ville comptant 20,000 âmes de p; pulation , et trois petits forts ; deux du côté sud et un du ct ' nord. Les forts comme la ville, tout fut trouvé vide. 5 femmes s'étaient suicidées; il est vrai qu'on assurait q, celait un corps de cavalerie mongole, et non pas la pej des Européens, qui en avait été la cause; ces sauvagi cavaliers mongols, pour lesquels les Chinois ont de l'hd-
TROISIEME GUEniŒ. mu
reur, avaient occupé la ville jusciuii rarrivccdc roscadro alliée.
Dans le fort du sud il y avait huit à dix canons en bois, entourés de bandes de cuir et de cercles de fer.
On découvrit a Pé-tang dos machines infernales. Des Iboiubes chargées de poudre étaient enterrées; elles so Iconirnuniquaient par une ficelle avec une espèce de bouton couvtîrt d'un peu de terre. En mettant le pied sur ce ibouton, la ticelle devait éprouver une tension et faire partir une clef de fusil qui mettait le feu à la bombe. I Pas une de ces machines ne fit de mal aux alliés. Il Iparaît qu'ils en furent avertis par (jnehiues indigènes trestés sur les lieux.
I Le 3 août, un détachement anglo-français pratiqua lune reconnaissance vers les forts de Ta-kou : il rencontra lun corps de 5,000 cavaliers tartares avec lesquels il eut lun court engagement. Le 9 on répéta la même opération, letl'on s'assura de l'existence d'un camp retranché entre iPé-tang et Ta-kou, qui contenait douze mille cavaliers tenviron.
j Ce camp fut attaqué et pris parles alliés le 12 avant jmidi, après un combat dans lequel les tartares montré- |rent du courage, vu l'infériorité de leurs chevaux et de Heurs armes, surtout en artillerie.
j K la suite de cette victoire, le même jour, dans laprèsjmidi, les alliés prirent possession de la ville de Sin-ho, à I mi-chemin entre Pé-tang et Ta-kou.
I Pour la continuation des opérations, je laisserai parler un témoin oculaire dont je trouve la correspondance dans (le China-mail de Hong-kong, du 12 septembre 1860 :
« Dans l'après-midi du 12, un corps français s'avança vers Tang-kou, ville fortifiée sur la rive septentrionale de Pe"i-ho, à environ trois milles des forts de Ta-kou, et ouvrit le feu. Les Chinois ripostèrent vigoureusement, et quelque temps après les Français se retirèrent, trouvant
que la route ne leur permettait pas d'approcher suflisaniinent de la place pour mettre leur artillerie légère eu position do rendre un bon service. »
« Le 13, des dispositions furent prises pour un mouvement général sur Tang-kou, par une route longeant une plaine,surla rive septentrionale du Peï-lio; etau point du jour, le lendemain, les troupes alliées étaient en pleine marche vers la place; tandis quelles avançaient, un feu très-vif fut dirigé contre elles par deux batteries situéi au côté sud de la rivière : la position do l'une d'elles était indiquée par quelques jonques mouillées en face. Ces batteries furent, après quelque peine, réduites au silence par l'artillerie royale, et vers neuf heures toute l'artillerie des alliés était en ligne, bombardant furieusement les fortifications de Tang-kou, qui furent défendues pendant quelque temps avec beaucoup de vigueur. Leur feu, cependant, ne faisait pas grand mal aux troupes qui étaient alors engagées, mais il allait tomber plutôt sur celles qui composaient l'arriére-garde, particulièrement sur le corps des médecins, parmi les bagages et les coulies qui y étaient attachés. Un boulet passa tout droit entre les docteurs Woodroffe et Birnie du 1" régiment d'infanterie, qui se tenaient a deux pieds de distance l'un de l'autre,
tt Vers onze heures du matin, le feu des Chinois était à peu près éteint, et des détachements du 60" de carabiniers et du 1" régiment d'infanterie, désignés pour donner l'assaut, escaladaient la muraille, et chassaient de la place ce qui restait de la garnison Vers le même temps, une des batteries au côté sud de la rivière, que l'on croyait avoir réduite au silence dans la matinée, ouvrait le feu sur l'ambulance et envoyait quelques boulets. Ln détachement de marins sous le commandement du capitaine Willis, de la marine royale, traversait le Pe"i-ho dans une barque grande comme une coquille de noix, en-
iiii;iit les canons do la lialtorie rasante cl faisait sautt; s joniiiics.
Apres la prise de Tantî-kou, la deuxième division y 1 hiissêc avec deux batteries d'artillerie, et la première \ i^ion retourna au camp de Sin-ho.
I r 17, un petit (•ori>s de troupes françaises traversa l'i ï-ho et s'établit dans un village sur la ri\e niéridioilc, il quelque distance au-dessus de Sin-lio. I.e 18, il iiiie excursion dans le pays, mais fut arrêté par des i< (S supérieures tarlares. Des renforts furent envoyés <•< (le l'artillerie, et la cavalerie tartare fut bientôt ia>sée de la position qu'elle avait prise et qui était dêlulue par quelques petites pièces de canon.
I, "après-midi du même jour une aflfaire eut lieu entre icliiues canons Arnistrony de la batterie du colonel H ry, et la batterie du côté méridional du Peï-ho, qui ail donné de la peine le jour de l'attaque de Tang-kou. ■Ile batterie tirait sur quelques barques auxquelles on isait remonter la rivière, atin d'établir un pont a trais le Peï-ho, pour le passage de la première division ulaise et du corps principal des Français sur la rive ( ridionale, avant de faire l'attaque projetée contre les nières des forts au sud de Ta-kou. Les canons Arm- 'iig envoyèrent quelque boulets bien dirigés par-dess le parapet de la batterie, a quelque 2,000 mètres, ndis que les Chinois rendaient le compliment en enyant leurs coups bien alignés, droit pardessus la tète s artilleurs, mais beaucoup mieux pointés que dhabide; car, évidemment, ils avaient presque réussi à obnii' un bon tir. Après environ une douzaine de boulets t's par les canons Armstrong, les Chinois cessèrent le u, et les canons retournèrent au camp.
Le 20, des ordres furent donnés pour l'attaque des rts du nord par des forces composées de 1 ,500 Anglais ilu même nombre de troupes françaises, avec un train • grosses pièces de siège, comprenant plusieurs mor-
tiers de 8 pouces, i;l lUîux l)alt('ries de six canons Arm strong chacune. Les régiments choisis appartenaient ii I, deuxième division et étaient le ii", le 67* et les soldats d^ marine, commandés par le major général sir Uober Napier.
« Les troupes se mirent en marche de Tang-kou, le 20 à travers une plaine plate et boueuse, entrecoupée pa des canaux et des fossés, et prirent position à un niill environ en arrière du fort du nord, le plus éloigné de 1 mer. La nuit fut employée ii élever des batteries et creuser des tranchées pour mettre à couvert l'infanterie! comme aussi a construire des ponts et à perfectionner le; approches du fort. Le même soir, les canonnières an glaises et françaises se placèrent a environ 1,400 métr^ de l'embouchure de la rivière, et tout était prêt pour a taquerle lendemain au point du jour.
« Vers cinq heures du matin, les canons du fort coir mencèrent a tirer sur les troupes, et en peu de temps l'a tillerie française et l'artillerie anglaise prirent position ( ouvrirent un terrible bombardement contre le fort, tand que les canonnières s'approchaient autant qu'elles osaiei le risquer, et lançaient des obus et des fusées dans le fo du nord, que nous n'attaquions pas, mais qui dirigea sur les lignes françaises et anglaises un feu bien nourr comme l'était aussi celui du fort du sud, dont les boule et les obus arrivaient jusque sur nos derrières. A se] heures notre artillerie réussit à mettre le feu au grari magasin du fort, qui sauta avec une terrible explosion. 1 garnison néanmoins ne se découragea pas, et la défen: continua vaillamment jusqu'à huit heures du matii quand les détachements désignés pour l'assaut, et i composant du 44* et du 67*, suivis des soldats de marir avec les pontons, ayant graduellement tourné par de rière, ouvrirent alors un feu très-vif sur le parapet et l embrasures, et conjointement avec les Français réuss rent, après beaucoup de difficultés, à s'établir sur l
THOISlkME GUERRK. 813
urs, ol fmalcinciil cliassi'i'i'iil du l'orl sos vaillanls dé-
juscurs à la pointe de la baïomicllc, mais nou sans
rils ousscut dispulc le lorrain ponce a pouce. Les cou-
~( liinois se coniportcrent admirablcnionl;rion déplus
^urayenx que leur conduite en général : ils portèrent les
îhelles de siège des Français jusqu'à l'assaut, et lorsque
ute de pontons il y avait difticulté a traverser les for-
' idables canaux et fossés qui entouraient le fort, les
1 )ulies sautaient dans l'eau où ils en avaient jusqu'au
)uet supportaient les échelles sur leurs épaules, de ma-
lère à en faire des ponts sur lesquels pussent traverser
- assaillants. Ce fut par celte ingénieuse manœuvre
\c les premiers Français et le 67' purent pénétrer dans
fort à droite. Le 44* se distingua hautement à la
luiiie, et le total de ses pertes fut plus élevé que
•lui des autres troupes, car il eut 14 hommes tués et
7 Messes, lesdites pertes tombant surtout sur une aile
ai couvrait la marche des soldats de marine avec les
ontons.
. Notre perte totale en tués et blessés fut de 22 officiers t iso soldats, tandis que les Français en perdirent envion 130. De plus, il faut ajouter un nombre considérable e tués et blessés dans le corps des coulies. »
Une demi heure après la prise du fort mentionné qui oniinait tous les autres, on vit sur ceux-ci des drapeaux c trêve. On leur donna quatre heures de temps pour se eiulre. Les forts du côté du nord ouvrirent leurs portes
[ trois heures après midi, et le gouverneur général de
!*i-chi-li rendit les forts du côté sud et même la province litière, après le coucher du soleil, les alliés ayant pro-
nis une suspension d'hostilités et autorisé les garnisons
les forts à sortir sans armes.
! Dans tous ces forts, il y avait cinq cents canons mon-
iés, dont plusieurs d'un très-gros calibre. Dans le fort pris d'assaut, on trouva plusieurs centaines
âli LA CHINE ET LES PL'ISSANCES CHRETIKNNES. .
tiiM-s de 8 pouces, (îl deux lialti-rics de six caïutiis Armstroiii^chaciiiic. Les n'-yinMMils choisis ai»itartcnai('nlii la deuxième division et étaient le 44*, le 67* et les soldats de marine, commandés par le major général sir Robert Napier.
tt Les troupes se mirent en marche de Tang-kou, le 20, , à travers une plaine plate et boueuse, entrecoupée par j des canaux et des fossés, et prirent position à un mille I environ en arriére du fort du nord, le plus éloigné de la mer. La nuit fut employée îi élever des batteries et à i creuser des tranchées pour mettre à couvert l'infanterie, i comme aussi ii construire des ponts et a perfectionner les ^ approches du fort. Le même soir, les canonnières an-, glaises et françaises se placèrent a environ 1,400 mètres j de l'embouchure de la rivière, et tout était prêt pour attaquer le lendemain au point du jour.
a Vers cinq heures du matin, les canons du fort commencèrent a tirer sur les troupes, et en peu de temps l'artillerie française et l'artillerie anglaise prirent position et ouvrirent un terrible bombardement contre le fort, tandis que les canonnières s'approchaient autantqu'elles osaient le risquer, et lançaient des obus et des fusées dans le fort du nord, que nous n'attaquions pas, mais qui dirigeai! sur les lignes françaises et anglaises un feu bien nourri, comme l'était aussi celui du fort du sud, dont les boulets et les obus arrivaient jusque sur nos derrières. A sept heures notre artillerie réussit à mettre le feu au granc mtigasin du fort, qui sauta avec une terrible explosion. Le garnison néanmoins ne se découragea pas, et la défense continua vaillamment jusquk huit heures du matin quand les détachements désignés pour l'assaut, et s( composant du 44' et du 67*, suivis des soldats de marin( avec les pontons, ayant graduellement tourné par derrière, ouvrirent alors un feu très-vif sur le parapet et le embrasures, et conjointement avec les Français réussi rent, après beaucoup de difficultés, a s'établir sur le
THUISIKME GUEURi;. 2ir.
murs, cl riiialcincnl cliassnnMil du lurl sos vaillanU dcfcnscurs à la pointe do la baïonnolte, mais non sans qu'ils ousst'ul disputé le terrain pouco ii pouce. Les cou- I lies chinois se couiportcrcnt aduiirablemcnl; rien déplus 1 courageux que leur conduite en génci-al : ils porloriuit les i échelles de siège des Français jusqu'il l'assaut, et lorsque ! faute de pontons il y avait difficulté à traverser les for- ] niidables canaux et fo;^sés qui entouraient le fort, les I coulies sautaient dans l'eau où ils en avaient jusqu'au I cou et supportaient les échelles sur leurs épaules, de ma- ! nière a en faire des ponts sur lesquels pussent traverser ! les assaillants. Ce fut par celte ingénieuse manœuvre ' que les premiers Français cl le 67' purent pénétrer dans ' le fort il droite. Le 44" se distingua hautement à la i gauche, et le total de ses pertes fut plus élevé que i celui des autres troupes, car il eut 14 hommes tués et 47 blessés, lesdites pertes tombant surtout sur une aile I qui couvrait la marche des soldats de marine avec les j pontons.
I « Notre perte totale en tués et blessés fut de 22 officiers I et 180 soldats, tandis que les Français en perdirent environ 130. De plus, il faut ajouter un nombre considérable de tués et blessés dans le corps des coulies. »
Une demi heure après la prise du fort mentionné qui dominait tous les autres, on vit sur ceux-ci des drapeaux de trêve. On leur donna quatre heures de temps pour se rendre. Les forts du coté du nord ouvrirent leurs portes à trois heures après midi, et le gouverneur général de Pi-chi-li rendit les forts du côté sud et même la province entière, après le coucher du soleil, les alliés ayant promis une suspension d'hostilités et autorisé les garnisons des forts à sortir sans armes.
Dans tous ces forts, il y avait cinq cents canons montés, dont plusieurs d'un très-gros calibre.
Dans le fort pris d'assaut, on trouva plusieurs centaines
en LA CHlNli ET LES PUISSANCES CIIHÉTIENNES.
de morts t'inpih's les uns sur les aulnis; bcaucitup d'o liciers y perdirent la vie, entre autres un {général y, 8( cond commandant en clief. Des témoins de ce faitd'arm< assurèrent qu'aucunt? troupe européenne ne se sera mii'ux battue avec les armes dont ces Tartares dispt saient.
La joie que les alliés éprouvèrent de cette victoire fi affaiblie par la nouvelle qu'ils reçurent presque en mêm temps de la présence des rebelles a Cluing-haï. Ils durer détacher un corps de six cents fantassins et une batleri d'artillerie pour aller au secours de cette ville, qui reçi aussi un renfort de cinq cents hommes de Chuzan ( huit cents de Canton.
Lord Elgin se dirigea par la rivière vers Tien-tsin, qu' atteignit le 25 aofit (1860). Le baron Gros y arriva le len demain. Les troupes y allèrent par terre, en marchant pa la rive droite. De Ta-kou a Tien-tsin on compte 35 milles C'est à cette dernière ville que le grand canal aboutit venant de Hang-cheou.
Le 27, les ambassadeurs reçurent des dépèches d Kouei-liang, annonçant sa prochaine arrivée pour enta mer des négociations; et en effet, il parut le 31, accora pagné d'un autre haut dignitaire.
Ils accédèrent, après de longues discussions, a toute les demandes des ambassadeurs, et leur inspirèrent uni telle confiance, qu'on prenait déjà des mesures pour 1 renvoi des troupes; mais quand le moment arriva d( signer les stipulations, Kouei-liang déclara qu'il n'étai autorisé "a rien signer. Ceci eut lieu le 8 septembre Les alliés avaient perdu quinze jours de la meilleun saison de l'année pour faire la guerre dans ces régions le gouvernement impérial avait gagné un répit et reçi une partie des renforts demandés par lui en toute hâtt aux chefs des provinces et aux princes de la Tartarit mongole.
On crut généralement alors que Kouei-liang avait agi
TROISIÈME (iUERRE. il5
I iidiiiil ces (juinzc jdiirs avec une profonde ruse, sans iliiiiir d'autre intention que celle de {>agner du temps. lus lard la minute d'un décret ii l'encre de vermillon, lunce au palais impérial d'été, expliiiua ces laits. Le i(n I l'ut adressé au grand conseil de l'État, le 7 scpt iiliii', h dix lieures du soir; les négociations de Kouei- Inir il Tien-tsin y sont commentées. L'empereur le rum' surtout d'avoir stipulé le payement, dans l'espace I (Irux mois, de 2 millions de taels (environ 14 mil- I ns (le francs); il dit que même quand il serait posi 'Ir tï exécuter ccltr clause^ elle humilierait li'oj) la Chine. liiipcreur est indigné aussi de ce que Koueiliang ait iKiidc aux ambassadeurs, pour aller échanger à Pékin 1- ratifications des traités, d'emmener mille honmies t ai un. Voici un passage de ce décret :
" Si Ivouei-liang et ses collègues se sont assez follement ]iiliis pour oser de leur propre autorité concéder ces (n\ (U'rnicrs points ('), non-seulement ils ont désobéi tu» ordres écrits et montré qu'ils ont peur des barbares, iiis ils ont tout simplement remis l'empire entre leurs iiins; nous allons sur-le-champ venger la loi en faisant «écuter ces ministres, et après nous combattrons les bar- Iri's jusqu'à la fin.
( Huant à l'admission du chef Pa ;M. Parkes) dans la caj aie, la paix une fois négociée entre les deux pays, ordre e^a, bien entendu, donné à qui cela pourra concerner, ( l'aire des arrangements convenables pour fournir tout ( qui sera nécessaire. Quel besoin y aura-t-il alors de 1 is|iection personnelle (de Pa) ? En outre, ce chef rebelle ^ipissant sans but, aboyant avec frénésie, est sûr de '.uKuider quelques nouvelles conditions restrictives, et i e fois venu il ne voudra plus s'en aller. (Son admis-
Uans la minute originale trou\ée au palais impérial d'été tout
^raphe est souligné.
i\G LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRETIENNES.
sion) serait (donc) aussi iiiipoliliquc qu'il lo serait i pernicllre une escorte de troupes (aux barbares quai ils viendront) échanger les traités. Cela ne peut nul! ment être accordé ; certainement non. »
11 est facile de voir que quand ce décret fut écrit, l'ei percur ne savait pas si Kouei-liang et ses coliégu avaient signé ou non le traité arrangé entre eux et 1 ambassadeurs. Dans le premier cas il n'avait décidé rii moins que de faire couper la tète à ses plénipotentiaire Ceux-ci, pourtant, ne s'étaient pas hasardés a signer sa connaître les vues de leur maître, et le 8 septembre reçurent sans doute de Pékin des nouvelles s'accorda avec l'esprit du décret lancé le 7 au soir. Ce fut alors qi Kouei-liang déclara qu il n'était pas autorisé à signer.
Aussitôt qu'il eut exprimé ce refus, on fit partir ui division anglaise pour Pékin ; le lendemain, 9 septembr la division française suivit le mouvement, et le reste ( l'armée partit le 13. On laissa mille hommes à Ta-kou mille a Tien-tsin. La force entière qui marchait dai l'intérieur d'an empire de 500 millions d'habitants poi. conquérir sa capitale, se composait donc de douze mil hommes!
11 y a de Tien-tsin a Pékin une distance de 68 mille mais la route est coupé de rivières et de canaux. Dai les premiers trois milles, les alliés eurent sept ponts traverser. On ne les avait pas détruits!
Le fleuve Pe'i-ho, sur lequel est bâtie Tien-tsin, contini a être navigable jusqu'à ïoung-cho, pour des bateat tirant très-peu d'eau; ceux pourtant qui ne calent qi deux pieds peuvent toujours passer.
De Toung-clio à Pékin il n'y a pas de rivière navigabh il faut y aller par terre en tournant a droite; la distanc entre ces deux points est de 10 milles. Toung-cho est ue ville de 500,000 habitants. Entre Tien-tsin et Pékin o trouve plus de soixanie-dix villes ou villages.
Viis>i bieu à Ta-kou qu'il Tien-tsiii, des la preiiiiorc lyiMir passée, les indigènes avaient apporté aux alliés |> tVuits et dos vivres en abondance a des prix raison- I lies. A Tien-tsin on forma une brigade de chariots du p. s pour traîner le gros des bagages de l'armée vers PJléi'ieur.
l.c 10, les troupes arrivèrent a Young-soung fun tiers chemin, entre Tien-lsin et Pékin). Klles eurent une ie torrentielle qui dura sept heures. Pendant la nuit, s les muletiers, conducteurs des chariots, se sauvèrent emmenant leurs che\aux. 11 fallut se procurer des •ques plates pour conduire les bagages et les munitions ' la rivière.
>ans ce village deux mandarins, venant de Toung-cho, présentèrent aux ambassadeurs et leur remirent une )èche de Tsa, prince de Y et de Mou-yin, président du iseil de la guerre, dans laquelle ceux-ci leur annonsnt que, ayant été nommés plénipotentiaires de l'emeur, ils venaient les trouver et les priaient de s'arrê- , Les ambassadeurs ne répondirent point, et l'armée itinua sa marche.
In arrivant dans la ville de Ho-si-vou, à 7 milles de mg-cho, les portes furent fermées et on leur refusa vivres. Alors la ville fut prise et saccagée. Probable- Dt il y avait à Ho-si-vou des mandarins qui ordonent le refus.
lOrd Elgin envoya de cette ville M. II. Parkes (conbritannique a Canton) faisant fonctions d'interprète l'ambassade; il alla à Toung-cho avec quelques offi- •s et une escorte portant drapeau parlementaire. 11 la aux commissaires impériaux, le prince de Y et adjoint, pour savoir s'ils étaient disposés a accepter conditions de lord Elgin. Par suite de cette entre- ', il fut convenu que l'armée alliée s'arrêterait et camait a côté d'une ville appelée Chang-kia-ouang, à lilles de Toung-cho ; que les ambassadeurs se reun. 15
2\S LA CHINli ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.
liraient à ïoung-clio, avec une escorte de deux mi! hommes, pour arranger la convention qui devait nictt fin a la guerre, et (lu'ensuite les ambassadeurs iraiet accompagnés de la même escorte, a Pékin, pour fai l'échange des ratifications des traités. Les plénipole liaires chinois confièrent a M. Parkes une dépêche j)o lord Elgin, dans laquelle ces points étaient mentionn et concédés.
Laissons un moment le camp anglo-français, po considérer ce qui se passait dans Pékin.
Le prince Sang-ko-lin-sin, qui avait vu a la prise d forts de Ta-kou la manière de se battre des Européei nétait nullement sûr de les vaincre en rase canipagr malgré l'énorme différence du nombre, et il avait adresi le 26 août, un mémoire ii l'empereur, dans lequel il donnait a entendre que si son armée était battue, Sa M jesté pourrait bien tomber dans les mains des étranger il la priait donc de se retirer en Tartarie.
Quelques personnes ont vu dans ce conseil de sccrt projets d'ambition.
Le 9 septembre, l'empereur envoya un décret à tous princes et aux conseils de la cour, pour leur faire voir que les négociations de Tien-tsin étaient rompue qu'il avait décidé d'aller se mettre lui-même a la tète l'armée, afin d'anéantir les exécrables rebelles anglo-frî çais, et que Sang-ko-lin-sin 4'engageait, au contraire aller faire un tour de chasse dans la Tartarie Manhacoi L'empereur voulait qu'on délibérât sur ces points, qu'on lui transmît le résultat des conférences.
On trouva au palais impérial d'été des réponses à ce ( cret. La plupart des conseils, sinon tous, répondirent s'opposant avec force a l'idée de la retraite ou fuite souverain. Le langage clair et hardi de plusieurs de < documents prouve la grande excitation qui régnait Pékin.
Ces hauts personnages exposaient a l'empereur q
TROISIKME GUERRR. 210
it était déjà confusion, qu'olle arrivorait au comble 18 le cas de son départ; que les rebelles indigènes rcibleraient d'audace et les troupes impériales seraient ouragées. Quant aux moyens de conjurer le danger, plans indiques étaient des lieux communs, et au fond éduisaicnt à ceci : « Tout n'est pas encore perdu ; les nglo-Franrais comptent a peine dix mille combatnts; nous sommes très-nombreux, et nous attendons s renforts des provinces et de la Mongolie, etc. Redouons d'efforts, et nous pouvons encore vaincre. » est à remarquer qu'aucun de ces mémoires ne sugî l'idée de remplacer Sang-ko-lin-sin dans le comidement de l'armée. 11 paraît que, malgré la come défaite qu'il avait essuyée à Ta-kou, on continuait croire le seul homme capable de défendre la cale.
a mémoire signé (9 septembre) par Kia tcbing, prcr secrétaire d'État, et vingt-cinq autres hauts manda- , se prononçait contre l'idée émise par l'empereur de idre lui-même le commandement de l'armée, et enplus contre l'avis de Sang-ko-lin-sin, qui consoill'èloignement ou la fuite de l'empereur vers la Tar- !. Ce mémoire recommandait a Sa Majesté de publier iécret pour rassurer les populations et pour les excielles et les troupes, contre les Européens, en offrant nême temps des récompenses aux plus méritants. ntenait ce passage :
La proposition faite par Sang-ko-lin-sin concernant partie de chasse est regardée par vos ministres me plus sujette encore à objection. Si la capitale, eaée qu'elle est d'une ligne forte et non interrompue de fications, n'est pas sûre, a quel abri faut-il s'attendre un pays de chasse, ouvert et sans palissades? En , le départ de Votre Majesté exciterait dans l'esprit euple la plus grande agitation. (Ici est inséré un ren-
220 LA CIlLNli ET LES PUISSANCES CHRETIENNES.
voi à riiistoirc de Chine, inipli(iiiant que l'cnipcreu après avoir passé la yrandc niiKailIc, pourrait trouver retour impossible.) Puisque les barbares ont pu attcind Ticn-tsin, quel obstacle pourra les empêcher de pén trer de la même façon jusqu'à la rivière Loau (à Jehol) '
Cependant larnice alliée savancait vers Pékin, l'empereur se décida a fuir. Le 12, il envoya un nouvei décret aux princes et aux conseils de la cour pour le faire savoir que si les Anglo-Français dépassaient ville de Ma-to en sapprochant de Toung-cho, son to de chasse servirait de préparât if pour entrer en campagi et qu'il se dirigerait, avec une division, vers le nordpo y prendre une forte position. Il nommait son oncle Houi tsin-ouang pour gouverner pendant son absence. Il € primait la conviction que les barbares, étant à peine nombre dix mille, ne pouvaient pas manquer d'être c truits par larmée impériale. Sa Majesté croyait sans doi mystifier ainsi le public et dissimuler la frayeur que inspirait cette poignée (ce sont ses mots) de barbares facile à anéantir.
La nouvelle du prochain départ de l'empereur j tout Pékin en émoi. Le président de la cour civile, 1 nen-king, répondit à Sa Majesté le même jour, par mémoire que quarante autres grands mandarinssignèn avec lui. Ils lui exposaient que son voyage nécessitait i suite d'au moins 10,000 personnes, que la multitude voitures qui allaient encombrer les routes serait la cai de beaucoup d'inconvénients; que ce serait le signal d'i fuite générale; que quand l'empereur va chasser en T tarie, les princes mongols viennent le visiter, et d; cette occasion il a toujours été d'usage de leur faire riches cadeaux ; or, dans l'état actuel du trésor, il est i possible de pourvoir a ces dépenses ; que Sang-ko-lina 30,000 hommes avec lui; enfin ^etceci est très-reni quable; que les barbares n'ont jamais eu d'autre objet
TROISiftMK GL'liUni:. -221
,0 t| lie d(i luire le commerce, et n'uni nulKîmenl lemoi- |iL' l'intention de fonqnérlr le pays. Dansée mémoire se Ijiivcnt les liunos sui\ ailles ;
u la partie do chasse d'automne a jusqu'il ce jonr été tirpriso, quand l'occasion était favorable, seulement 11^ les moments de tranquillité, et ainsi comprise, elle
I une institution de notre auguste dynastie. Maiskpréiii (lue les barbares soulèvent partout des commotions,
lie l(-s rebelles s'étendent dans le pays entier, tout le iipl(!, et dans la capitale et dans la province, regarde )in^ Majesté, en ce moment au siège du gouvernement,
. iiinie le centre d'où doivent émaner tous les plans de
I l'i lise, et comme le soutien de l'autorité et de l'ordre.
I départ subit et sans raison plausible, quoique appelé le partie de chasse, aura toutes les apparences d'une ilc : et non-seulement il viendra ébranler la résolution
'S voldats et des otliciers dans le voisinage de la capile mais même les générau.x. commandant les corps mnée éloignés seront pleins de doutes et d'alarmes. Et
II ne peut affirmer que la hardiesse des rebelles ne sera is accrue par la nouvelle de ce départ. Ainsi tous les aiids intérêts de l'empire seront mis en péril, et peut-
re au delà de tout remède
'. La résidence impériale est sûrement gardée et elle
1 le siège honorable de la Majesté. Un moment comme lui-ci, où il est surtout du devoir de l'empereur d'y res- \\ est le moins convenable pour proposer subitement le excursion de chasse. »
Vuici quelques passages d'un autre mémoire signé par ngt-quatre grands fonctionnaires :
« Le départ de Votre Majesté pour un endroit au nord
2 Pékin doit créer une grande agitation dans la métro-
i-22 LA CIllNK ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.
pok'. Pour Votre Majesté, le meilleur moyeu de maintr nir la tranquillité et (ralloiiuii- l'esprit de l'armée, S' de rester a Pékin.
0 A une époque de trihulation publique, l'homme d'u caractère héroï(iue est prêt ;i mourir à son poste, et eu u pareil moment la plus parfaite sincérité et la loyaulr l plus complète deviennent un devoir pour les homnu tous les rangs. Vos ministres ont lu aujourd'hui le drci. vermillon (') annonçant que les dispositions prises poi votre expédition de chasse doivent servir de prépaini pour une entrée personnelle en campagne, et que si l'ci nemi so présente dans le voisinage de Ma-to ou Toim. cîio, Votre Majesté, àlatète d'une forte division, se dirij. géra, conformément au premier projet imaginé, veij quelque lieu au nord de Pékin pour y prendre positioij. Ils admirent la conduite imposante et l'habile plan strîj tégique ainsi déployé par Votre Majesté. Mais le peupU. vulgaire a la compréhension très-lente; il soupçonr, aisément et n'apprécie qu'avec difficulté; il dira que h barbares étant au sud-est de Pékin, le changement ( plan en vertu duquel votre partie de chasse devient ur expédition de guerre, devrait induire Votre Majesté à re ter a Toung-cho, pour soutenir Sang-ko-lin-sin ; il dii qu'aller occuper une position au nord de la capita serait s'éloigner du siège de la guerre.
« Si défense et résistance en paroles ne signifient e fait que fuite et dispersion, vos ministres ne veulent p! faire valoir auprès de Votre Majesté qu'ainsi les templ de vos ancêtres et les autels des dieux tutélaires seroi abandonnés ^c"est-a-dire que l'empire sera perdu'; mais i demandent en quel endroit la sûreté personnelle de i Majesté peut-elle être mieux assurée que dans la capitah
{") Écrit à l'encre de vermillon, c'est-à-dire écrit par la main ( l'empereur.
TROISIÈME GlERRK. i2.>
u Cclto maxinK' que le prince a le devoir de se sacrifier .ni' son ponple est très-familière îi Votre Majesté. , . »
OiMiK mémoires on date du 12 et du 13, signés par le
iiiM'iir Ai-jin et soixante-seize autres notables, disent
I I' depuis 1820 il n'y a pas eu do chasse impériale dans
j Tiirlarie, et rappellent que pendant celle de 1813, la
nspiration dirigée par Sin-tsing éclata. (Ce fut la révolte
s Pé-lan-kiaos dont mention a été faite ailleurs.) Ils
ppellent aussi des régences qui ont eu de très-mauvais
5ultats par suite de l'ambition humaine, et insinuent
e les princes que Sa Majesté laissera à sa place pour-
ient bien s'emparer du trône. (Probablement on faisait
allusion à Sang-ko-lin-sin.) Ils assurent, et ceci est a
marquer, que l'alarme éprouvée à Pékin en 1853 lors
l'approche des rebelles tae-ping, fut plusieurs fois
us grande que celle causée maintenant par la présence
s Anglo-Français. Voici quelques lignes de ce mémoire ■
« Nos troupes sont maintenant plusieurs fois plus imbreuses que celles des barbares; mais si Votre Maté venait à quitter la cour, tout le monde serait décou- [é, une panique pourrait envahir les esprits : les rbares saisiraient cette occasion pour s'emparer de la
lie ).
Le censeur Tsao-tang-young, dans un mémoire bel- [ueux, dit que Sang-ko-lin-sin a sous ses ordres pluîurs dizaines de milliers de soldats mongols qui ont porté leurs provisions avec eux et qui ne dépensent rien i trésor impérial. Il recommande de mettre toutes les faires de la guerre sous la direction de ce prince. Selon i on devrait gagner au moyen d'argent les Chinois qui trouvent au service des Européens : chose facile, vu le ces individus sont de la canaille mercenaire, qui a d'autre mobile que le gain. Il excite Hieng-foung à guerre, et lui dit : « Feu Sa Majesté Impériale parle dans
m LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.
son testament avec honte et contrition de la paix qu'e fit avec les barbares anirlais. »
Je donne qnolques autres passages de ce mémoire :
« Les barbares se portant en avant, et les plans ce cernant la paix ayant été trouvés difficiles a exécuter, prie avec instance Votre Majesté de retourner dans capitale (l'empereur était au palais d'été, a '6 kilométi de Pékin), et ainsi de céder aux désirs des hommes, maintenir la dignité du trône et d'apaiser les mânes vos ancêtres et les divinités tutélaires.
a La confusion et l'alarme sont indescriptibles; mi il n'y a rien de si étrange que le bruit qui court en moment, de l'intention où serait Votre Majesté de fa un tour à Jehol. Ce bruit a causé la plus grande const nation; mais votre ministre n'y croit pas. Cependa; comme beaucoup de fonctionnaires ont prié, à plusiei reprises. Votre Majesté de revenir à son palais sans c tenir de réponse favorable, on ne peut se p^éser^ d'une crainte indéfinissable. Si ce bruit se vérif lefîet produit sera comme une convulsion de la natu; et le mal en sera irréparable. Comment Votre Majc! eonsidère-t-elle son peuple? Comment considère-t-elle! tombeaux de ses prédécesseurs et les autels des dieux 1 télaires? Jettera-t-elle l'héritage de ses ancêtres comi une vieille chaussure? L'histoire, que dira-t-elle de Vo Majesté pendant mille générations à venir? Il n'y a j d'exemple qu'un souverain ait choisi un moment de j, ril et de détresse pour faire une excursion de chas; s'imaginant par là détourner le danger
Le censeur Tsao-tang-young met un post-scriptuni son mémoire pour dire qu'il vient de lire à l'instant
TUOISIKMK GLKimi:. «25
. rri't vcrmillcjn du 13, qu'il copie eu cnlifi'. et puis il iiiliiuic :
.. Il paraît ainsi que le voyage do Volro Majoslf- dans le (11(1 est positivement résolu. Notre empereur ne lail-il oiif aucun cas de son peuple, des temples de ses ancèv> et des autels des dieux tutélaires? Si réellement il a intention de commander les troupes en personne, pouruni parlo-t-il de S(^ diriger vers le nord pour p%;ndre usition avec une forte division? Le peuple n'ajoutera ;i> la moindre foi à un pareil langage »
La résolution de l'empereur Hieng-foung fut ébranlée ar ces énergiques représentations, et il consentit a res-
1 . Se rendant aux conseils qui lui avaient été donnés ans quelques-uns de ces mémoires, il publia un décret ont nous ne connaissons pas la date, mais qui dut être diité la veille de la bataille de Chang-kia-ouang (18 sepenibre), ou peut-être le même jour de bonne heure. uiei les principaux passages de ce document:
» Soit apaisant les habitants des mers du monde, soit onr tenant la bride (c'est-a-dire que nous ayons été en
paix comme un père ou en guerre avec \ nous
ivons toujours eu pour eux le même sentiment de biencillance, et nous n'avons pas frappé d'interdit le cominerce avec les nations d'outre-mer. Mais après plusieurs innées de paix avec la Chine et sans qu'aucune cause de [norelle se soit élevée depuis longtemps, les Anglais I t les Français, pendant la septième année de mon réùne, portèrent la guerre dans le Kouang-toung, entrèrent de force dans sa capitale, surprirent (ou dressèrent une embûche pour) les autorités et les firent prisonnières. Pensant encore que le gouverneur général Yé-mingchin avait, par son inflexibilité et son indépendance ex- « essives, provoqué cette querelle, nous ne fîmes pas im-
inédiati'uuMil avaiircr des troupes pour les cliùlier; ti quand, dans la luiilionic année, le chef barbare Kiyini| et d'autres se présentèrent (sur les côtes) de Tien-lsln|| pour faire entendre leurs plaintes, nous ordonnâmes auii gouverneur général Tau-tsing-siang de s'y rendre; pour examiner leur alïaire el l'ariangc^r. Cep(>ndanl les baibares profitèrent de ce que nous n'étions pas prépaK ils s'emi)arérent dos forts et remontèrent le fleuve jusqn a Tien-^in. Craignant que 1 àmo de la vie ne fût empoisonnée par l'influence pernicieuse (de la guerre), nou8|| ne perdîmes pas de temps à discuter avec eux par correspondance, nous envoyâmes sur-le-champ le secrétain en chef Kouei-liang et son collègue pour conférer avr( eux, apaiser ce trouble et mettre lin .aux hostilités. \.' traité qu'ils nous demandaient de sanctionner, conlonant beaucoup de choses qui avaient été extorquées, avec ou sans raison {litt. exigées de force), nous chargeâmes encore Kouei-liang et son collègue de se rendre || à Chang-hai pour discuter et arrêter un tarif des droit*; de douane, et ainsi revenir avec eux sur le traité, de nii nière a le rendre clair, satisfaisant, et tel enfin qu'on pùl y ajouter foi (*).
« Néanmoins, dans la huitième année (neuvième année?) le barbare Bruce et d'autres, féroces et arrogantsans aucune docilité, s'approchèrent encore avec d' vaisseaux et, remontant directement jusqu'à Ta-kou, détruisirent nos appareils de défense, et ne se retirèrent que lorsque Sang-ko-lin-sin, le général commandant en chef, leur eut infligé, avec son artillerie et ses autres armes, un châtiment terrible.
« Tout cela, les barbares l'avaient attiré sur leurs têtes ; la Chine, comme tout l'empire le sait, n'avait commis envers eux aucun manque de foi.
C'est-à-dire qu'il nous fût possible de l'exécuter.
TROISIKMC GLKUUi:. 247
Il c'otic année, quand les chefs Klyin et (Iros paru- II I encore une fois sur les côtes, la Chine, pour ne pas
I iis(>r Irop (lurenicnt à leur égard, les autorisa ii débar- UT il Pé-laiig' et il se rendre par celte voie ii la capitale Hir échanger (les ratifications de] leurs traités. Mais ces
II liares, le cœur gros de dangers, amenaient avec eux ■; canons montés sur des chars, avec des corps de ca- Iciio et d'infanterie; ils tournèrent les forts de Ta-kou, iiuand nos troupes se furent retirées ils s'avancèrent
nie jusqu'à Tien-tsin.
(jimnic Kouei-liang était celui qui avait négocié le
lilc (le Tien-tsin il y a deux ans, nous lui ordonnâmes i< ^re de se rendre auprès des barbares pour leur porter
s ordres raisonnables (ou leur indiquer avec autorité
(jui était juste). Nous espérions encore que les bariics avaient quelques sentiments de décence et de jus-
(\ et certainement nous aurions eu la libéralité d'accé- 'r il n'importe laquelle de leurs demandes, pourvu que
fùl une concession que l'on pût faire convenablement. ais pas du tout, Elgin nous fit des demandes extravamtcs; dans sa convoitise il nous aurait extorqué une d( limité pour les frais de la guerre, il nous aurait forcé ouvrir de nouveaux ports ; il voulait encombrer d'une ande armée les alentours de notre capitale (*) ; il se entra au dernier point fourbe et tracassier.
1« Sur ce, nous envoyâmes Tsai-yuen le prince d'Y, acmpagné de Mou-yin, président du conseil de la guerre, )ur leur mettre encore une fois devant les yeux le vélable chemin, et pour discuter avec eux et arranger une manière satisfaisante les difterentes concessions l'ils demandaient. Cependant ces barbares rebelles jèrent encore satisfaire à leur férocité, s'avancèrent îrs Toung-cho avec leurs troupes, et déclarèrent qu'ils
{*) Allusion est faite ici à l'escorte de mille hommes que chacun ;s deux ambassadeurs demandaient à conduire à Pékin.
•228 LA CHINE I:T les PriSSANCES CHRÉTIENNES.
les ani('nt>raii>nt nièiuc jusqu'en notre présence (ou (|u'ils vii'iKlraiciil niriiic avec elles ])our avoir nue audience (le nous'.
u Comment pourrions-nous nous présenter devant l'empire, si nous avions supporté plus loni,'temps toull cela en silence? Nous avons donné les ordres les plusl précis, aux grands officiers commandant les troupes, de! faire venir do tous les c(Més cavalerie et infanterie pour combattre les barbares jusqu'il la mort; tandis que les lettrés et le peuple des districts environnant la cïipitale doivent rassembler les milices, qui, unies par k même sentiment, prendront part à la guerre, ou ils doivent former des troupes de volontaires pour arrêter et obstruer leurs mouvements (desbdrbares).
« Tout individu, soit olïicier, soldat ou autre, qui coupera la tète a un barbare nègre, recevra 50 taels de récompense; celui qui coupera la tète à un barbare blanc,! recevra 100 taels; si quelqu'un fait prisonnier un chelj barbare de distinction, il recevra une récompense de] ;')00 taels; enfin celui qui mettra le feu à un vaisseaul barbare, recevra 3,000 taels. Toutes les richesses que nous possédons serviront a les payer.
« Les habitants de Tien-tsin ont de tout temps été réputés patriotiques et vaillants. Ils ressentiront certainement l'indignation que nous avons conçue, ils partageront notre haine ; ils combattront aussi bien dans la plaine découverte que dans l'embuscade secrète, jusqu'à ce que l'esprit pestilentiel de la rébellion ait été détruit.
« Pour ce qui concerne les indigènes de Fou-kien et Kouang-toung, que les barbares ont fait prisonniers " , ils sont tous aussi nos enfants; et si quelqu'un d'entre
n L'empereur faitici allusion aux coulis chinois qui étaient au service de l'armée alliée.
TROISlfcMi: GL'KRRE. 229
n\ peut réussir U échapper et rovonir à nous, ou nous réscnter la tète d'un chef barbare, il sera, comme les iilics, niagnil'Kiuonicnl récompensé, r.os barbares se sont lii-iiés de dix mille //' de leur pays pour vendre leurs
i;u rliandises
> 11 est en outre de notre devoir d'ordonner que tous s ports (*) soient fermés et leur commerce supprimé.
« Et si ces mêmes barbares, a la publication de cette ihortation sérieuse et de cet ordre précis, sont capables e revenir à un sentiment de leur faute, de s'en repentir tde faire offre de leur foi (c'est-a-dirc rentrer dans loéissance), comme preuve de l'étendue de notre bienveilince nous leur continuerons notre permission de faire ; commerce dans tous les ports ouverts jusqu'à présent, [ais si, s'atlacbant toujours iv leur idée, ils ne veulent as apercevoir; si, oubliant tout sentiment de justice, s persistent dans leurs violences (ou à faire le mal], nos énéraux et nos guerriers, et nos volontaires sortis du euple, n'ont plus qu'à faire tous leurs efforts pour les xterminer, en jurant que cette race ha'issable sera comlétement annihilée. Que la sagesse leur vienne à temps itléralement, il n'y aura plus de regrets (possibles) près).
« Respectez ceci. » '
Revenons au camp anglo-français. Nous avons laissé l. Parkes en route, de Toung-cho à Ho-si-vou, pour reaettre à lord Elgin une dépèche du prince de Y et de [ou-yin. Après s'être acquitté de cette commission, il ortit de nouveau de Ho-si-vou le 17 septembre, de bon iiatin, portant une réponse de lord Elgin pour les plélipotentiaires tartares, et se rendit à Toung-cho avec
(*) C'est-à-dire les ports ouverts au commerce étranger.
plusieurs ofliciers et M. BowU)}', le correspondant pari culier du Times. Quelques oHicicrs français, surtout d l'administration militaire, y allèrent aussi, accompagiir de rabbé Duluc, qui ])arlail cliiiiois, et de M. d'Escayrat correspondant de rAcadémio des sciences de Paris. 0 considérait déjii la paix comme conclue.
Je place ici le commencement de la narration oiriciell que lit M, Parkos de rcmprisonricnient qu'il eut à sujjii
« Je quittai Ho-si-vou à quatre heures dans la matin ù du lundi, le 17 de scpteml)re, accompagné par M, Locli secrétaire particulier do Votre Excellence, de M. de Mot man, premier attaché à la légation de Sa Majesté liii tannique, du colonel Walker, de M. Thompson, dépnl commissaire général, et de M. T. W. Bowlby. L'escoil était composée de cinq soldats des gardes des dragons d roi et de vingt so-svars de la cavalerie de Fane, sous 1 lieutenant Anderson.
« Peu de temps après avoir dépassé Ma-tou, nous fume rencontrés par un colonel et trois autres officiers chinoi qui avaient été envoyés, dirent-ils, par lescommissaiie impériaux pour nous escorter jusqu'à Toung-cho. Ei approchant de Chang-kia-ouan, je montrai au colone Walker le point, à 5 li au sud de cet endroit, proposé pa les commissaires impériaux et accepté par Votre Excei lence, pour être la position avancée de notre armée ; c pendant que nous parcourions une partie du terrain nous ne vîmes aucune indication qui marquât qu'il eût des forces chinoises dans ce voisinage. Après avoi passé néanmoins Chang-kia-ouan, nous observâmes de corps de cavalerie tartare entre cette place et Toung cho, et nous fumes informés par leur chef Tih-hinga! (le lieutenant général commandant à Sin-ho lorsque cett ville fut prise le 12 août), qui s'avança à cheval à notr rencontre, de la manière la plus courtoise, que c'étaien quelques-unes des troupes qui avaient dernièrement oc
Tuoisii;,Mi: (;i;i:uuK. 2x1
ipc 11! pays ciilro Toun^'-clio ol llo-si-vdii, cl qui veihiil d'(Hrc rappoU'cs jiar lordi'i! des cdiniiiissaircs imiiiiix. Il nous rdicita, avec mic olialciii' a])pai'ciih;, sur riiiitlusion do la paix, cl d'uiKî faron loulc iiiililairc (l'Ile observalion do lui-nièine : « Oublions que nous :i\(insolé cnnoniis, cl a ravonir reconnaissons-nous iimluellemcnt'comnic amis. «
u Kcrivanl après l'événonionl, jo vois maintonant une ^uilication sériouso dans ronlcvointMil do plusiiîurs pes ponts placés ii travers le petit canal ou ruisseau qui mie. passé Chang-kia-ouan, il un point que j'ai su ensuite, ir nue Irisle expérience, être la place de laquelle Sangi-liiisin dirigea en personne les mouvements de la uniéo suivante, Javais remarqué ces ponts a l'occasion ma précédente visite à Toung-cho ; mais en l'absence ' loufe cause de soupçon, nous n'allacbàmes nalurellet'iit alors aucune signification importante a celle ciriistance de leur enlèvement.
' En arrivant à Toung-cho, vers dix heures trente milles du matin, nous allâmes sur-le-champ au temple ■si-né par les oftîciers chinois, comme l'endroit choisi la fois pour notre installation et pour la rencontre avec s commissaires impériaux. On pourvut promptement à us nos besoins personnels, et vers une heure du malin fus admis k une entrevue avec les commissaires imjiriaux Tsai, prince de Y, et Mou-yin, qui étaient assistés, •ins cette occasion, par Ilang-ki, commissaire, naguère >i>laul à Tien-tsin,et bien connu de moi quand il avait ;cupé autrefois la position de surintendant des douanes Canton.
« Après que j'eus remis aux commissaires, qui me re- ) irent courtoisement, la dépèche de Votre Excellence à ai date du 16 septembre, ils élevèrent une discussion sur Jois points, savoir : l'escorte, l'éloignement immédiat , ^s troupes et la présentation d'une lettre autographe de , 1 Majesté à l'empereur. Ils s'opposèrent à ce que l'escorte
i:>î lA Clll.NK t:T LES PUISSANCES CIIHETIE.NNES.
lût prise p;ir Votre Excellence au delà de Toung clio, insistèrent pour que les forces commençassent à se retirer aussitôt que la conv(Mition serait signée, et appelèrent la ' remise de la lettre, une nouvelle demande dont ils en-, tendaient parler pour la |)remi('re fois. A ces objections., je répliquai qu'il aNait déjii été arrangé a ïien-tsin que. Votre Excellence devait prendre l'escorte jusqu'à Pékin,, qu'on ne pouvait s'attendre à ce que les forces se reli-, rassent avant que Votre Excellence eût conclu toutes lo; atïaires relatives à l'échange des ratitications du tr;i de i8.')8, et aussi que ce n'était pas la première fois quoi eût fait mention de la remise d'une lettre de la reine Votre Excellence ayant déjà eu descommunications écrite? i à ce sujet avec les commissaires à Tien-tsin.
a Comme la discussion continuait, les commissaii cessèrent leurs objections sur les deux premiers points mais persistèrent às'opposer fortement à laprésentatiori de la lettre en personne par Votre Excellence. Elle pou i vait être reçue, disaient-ils, d'une manière qui dénotât) dans leur opinion, d'un haut respect, et une réponsii autographepouvait être donnée, mais la cérémonie entièn devait être dirigée par un prince ou un commissaifi impérial nommé exprès ; et il ne pouvait y exister là occa sion pour Votre Excellence d'avoir une audience deleaii , pereur à ce sujet. J'expliquai l'objet de la lettre — qu, c'était une preuve du respect et de l'amitié que la rein entretenait pour l'empereur, mais que l'honneur dû à 1 reine ne permettait pas que la lettre fût présentée d'un autre manière que par son propre ambassadeur, etqu'al tendu que Votre Excellence était venue de très-loin d vue d'établir des relations amicales avec le gouverne ment chinois, ce serait un malheur que ce dernier s montrât toujours opposé à une intimité plus étroite, e mal disposé à répondre à la cordialité et aux bons senti mens dont témoignait Sa Majesté, M'apercevant cepen dant que ces arguments avaient peu de poids auprès de
TROISlfcMI-: f.L'EnRF.. 2,".
un iiiissnirps, j'essayai d'éviter la question, la(iiielle, clis- . pouvait être examinée pareux et Votre Kxciillenre dans ic autre occasion, et je t;\(iiai d'attirer leur attention Il li's autres alTaires que j'avais a traiter; mais comme ^ insistèrent pour y revenir, je déclinai nettement une S( iissiou plus longue, exposant qn(î je n'étais pas auto- ■-c il parler sur ce sujet, mais que je ne mauiinerais pas • faire à Votre Excellence le rapport de tout ce qu'ils . aient objecté.
La conférence l'ut interrompue h quati'o heures ir l'arrivée de l'ambassade française, qui fut reçue w les commissaires conformément au rendez-vous. i\ais été auparavant invité et parles officiers français l>ar les commissaires 'a assister a cette entrevue; et •1 s six heures, je fus de nouveau laissé seul avec les Duimissaires, qui ramenèrent encore la question de iiulience et me pressèrent déraisonnablement de la ècider, sans en référer préalablement à Votre Excelnce. Les ayant enfin convaincus, comme je le croyais, ue cela était impossible, j'obtins de leur part de proider à l'examen des autres sujets. Les termes de la prolamation par laquelle Votre Excellence proposait que cabinet impérial fît connaître au peuple les circonlances dans lesquelles les alliés renonçaient a prolonger es hostilités furent discutés, et ils acceptèrent avec une pprobation complète, en apparence, la copie que i. "Wade m'en avait donnée. Je demandai donc qu'elle it remise entre les mains des imprimeurs cette nuit lême; et pendant qu'ils donnaient ou affectaient de onner des ordres sur ce sujet, leurs secrétaires arrangè-
tmt avec moi certains détails sur la forme du document. i.es commissaires nommèrent ensuite les officiers qui evaient accompagner le colonel Walker et moi, au point u jour, le lendemain matin, pour marquer la position u camp anglais aux cinq II au sud de Chang-kia-ouan; 'autres officiers furent aussi chargés d'agir de concert
231 LA ClIINt: ET LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.
avfic moi pour former un dépôt de vivres dans la dcrnioi ville, et les mêmes personnes reçurent l'ordre de fourni les voilures roquis(;s par M. Loch pour le bagage de Vol: Kxccllouco il Toung-clio. .le quittai lescommissaires vci liiiit heures du soir, et tel était leur ton pendant ladcr nicre partie de l'entrevue, que je n'avais aucune raison d supposer que la satisfaetiou qu'ils exprimaient, lorsrpj je les félicitais sur la conclusion de la paix, ne fCil pas 1 moins du monde sincère; et je fus ensuite occupé a\r Ilang-ki, jusqu'à une heure avancée dans la soirée, arranger les détails nécessaires pour mettre à exéculi les mesures qu'ils avaient acceptées.
« Au point du jour, le mardi suivant, 18 scplembrr l'ollicier chinois chargé d'agir de concert avec le colonci Walker et moi pour marquer la position du camp éta ' prêt, et nous allâmes achevai ensemble a Chang-kia-ou ai Comme nous passions le dernier endroit, en arrivant a lieu distant de 5 Zi, nous fûmes surpris de trouver que 1 terrain des deux côtés de la route était occupé par del corps considérables d'infanterie et de cavalerie et que I longue hauteur qui formait, comme je l'avais compris, 1 ligne principale de l'endroit destiné pour le camp anglais était occupée par des hommes armés de fusils à mèchf' pendant que la cavalerie était distribuée bien loin a delà, en ordre d'escarmouche, que des canons étaier rapidement portés dans cette position, nous-mêmc étant sans intention entrés dans une batterie masqué de douze pièces, à la construction de laquelle des homme travaillaient encore, et enfin des forces considérable étaient en actif mouvement tout autour de nous. Ce fi en vain que je demandai a être conduit vers quelqu officier supérieur qui pût me donner une explication d ce mouvemenent; les officiers auxquels je parlai ne m firent que de vagues réponses, telles que celle-ci : «Leu général pouvait être ii 10 ou 20 H de distance, ou ils n savaient pas où il était. »
THOISIÈMi: GL'KUIŒ. 235
« Mes soupçons éUint pleinement éveillés par ce quo Ije voyais, je résolus de liâter mon retour vers Toungjcho (distant d'à peu près ij milles) dans le l)ul d'ahord [d'apprendre si les commissaires impériaux voulaient empêcher une collision en ordonnant l'éloigncment des forces, et aussi d'emmener le restede mes compagnons qui ^'taient dans la ville au nombre de vingt, si les commisjSaires refusaient de satisfaire a ma demande. Je priai en
fnème temps M. Loch d'aller en avant, informer le généal Grant de l'état des affaires, ainsi que de mon intenilion de revenir avec d'autres informations aussitôt que possible, pendant que le colonel Walker, avec la petite portion de l'escorte que nous avions amenée, resterait sur notre terrain de campement faisant les observations qu'il
ugerait à propos.
« Sur ma route vers Toung-cho, je rencontrai Hang-ki qui me dit qu'il allait, d'après les ordres des commissaires impériaux, voir Votre Excellence — instruction qui, si f^Ue a été donnée, n'a pas été exécutée, et il exprima sa surprise du mouvement que les troupes opéraient, et qu'il ne comprenait pas, disait-il. Je rencontrai aussi le secrétaire de l'ambassade française, et deux autres groupes d'officiers français et je leur conseillai de rentrer à leur quartier général sans perdre de temps.
« En arrivant à Toung-cho, j'envoyai k la recherche de ceux des nôtres qui étaient hors de la ville, et. ensuite j'allai chercher les commissaires. Comme personne dans le temple ne voulait me dire où ils étaient, j'allai troujver le magistrat principal de la ville, qui, après quelque pésitation, me conduisit vers eux dans un temple à peu Iprès a 3 milles de distance de celui dans lequel on nous avait logés. Ils ne parurent qu'après quelque délai, et j'observai a linstant un changement marqué a la fois ■dans leurs manières et dans celles de la foule d'oflficiers iqui les entouraient. Je les informai d'un ton grave et
respectueux de ce que j'avais vu ce même matin, et leur
ili'iiiaiulai s'ils savaient qu'un nombre considérable dt Iroupes cbinoisps avaient orrupé le terrain même qu'ih avaient désigné pour le campement des alliés. La conversation suivante en résulta alors :
COMMISSAIRES
« Nous no sommes pas des autorités militaires, et noii' n'avons aucun contrôle sur les troupes.
M. PARKES
« Mais Vos Excellences, comme commissaires impé riaux, ont certainement le pouvoir d'instruire vos gêné raux qu'ils aient à cesser les hostilités, et une collisioi est maintenant imminente entre les troupes dont je pari et la colonne alliée, laquelle doit sous peu arriver à 1: même place. Voulez-vous ordonner l'éloignementimmè diat des troupes chinoises ?
COMMISSAIRES
« Nous ne pouvons commander à nos troupes de Si retirer que lorsque la paix aura été décidée.
M. PARKES
« Je croyais que la paix avait été décidée par vous mêmes aussi bien que par les alliés. Tous les prélimi naires n'onl-ils pas été discutés et conclus dans nos dif férentes entrevues?
COMMISSAIRES
a Nous ne le croyons pas. Vous avez laissé un poin très-essentiel dans l'incertitude : celui de l'audience.
M. PARKES
« J'ai informé Vos Excellences que je n'avais aucun instruction sur ce point; mais, en même temps, je vou ai assurés qu'on pouvait l'arranger à une autre époque et le t'ait que je n'étais pas autorisé à le discuter prou vait que ce n'était pas une question dont la paix ou 1 guerre dépendît.
COMMISSAIRES
« Nous avons une manière de voir différente, et nou