‹ La Chine et les puissances chrétiennesChapitre 35 sur 65 · I.lllll · texte numérisé non relu

I.lllll

TROISIKMK r.UERlU:. i%7

tenons (lu'il ne peut y avoir de paix jiisqu a ce que ' point soit définitivcincnt arrangé, Jnsqu'a ce que la aix soit faite, nos troupes ne peuvent se retirer.

M. PAIIKICS.

u ,1e suis lâché (rentendre Vos Excellences parler sur |c ton. Vous auriez du au nioins nie faire celte dédaralon hier. Je ne puis (jue m'en retourner et rapporter ce ne vous dites maintenant a lord Elgin,

COMMISSAIRES

« Vous pouvez faire beaucoup plus si vous le voulez, 'ous pouvez arranger vous-même, sur-le-champ, le 'toint en discussion ; mais vous ne voudrez pas le faire.

M. PARKES

a Je ne puis que répéter que je n'ai pas le pouvoir le faire rien de semblable, et que tout ce que je puis naiulenant, c'est de retourner vers lord Elgin.

« Pendant que celte conversation avait lieu , je fus constamment interrompu par les mandarins, qui, enlOurant les commissaires, croyaient bien faire d'essayer d'étouffer ma voix, en répétant d'un ton élevé, avec des additions variées de leur cru, les remarques de leurs supérieurs; et les commissaires ne faisaient rien pour mettre un frein à leur grossièreté. Je notai brièvement dans mon portefeuille les réponses des commissaires, leur expliquant que je faisais cela afin de me mettre à même de rapporter avec exactitude à Votre Excellence tout ce qu'ils avaient dit; et prenant alors respectueusement congé d'eux, je retournai sans perdre de temps vers les miens.

« Je trouvai tout le monde rassemblé; on m'avait attendu environ vingt minutes. M. Loch, accompagné du major Brabazon, était venu, de la part du général Grant, dire qu'il ne nous fallait pas perdre de temps pour revenir, et nous tînmes le plus grand compte de cette injonction.

« Nous venions de passer Chaiig-kia-ouan, et nous es- m perlons être en dix minutes hors des lignes indigènes,! quand le feu de rartillerie dos Chinois s'ouvrit sur leur' front et montra que rcngagoment était commencé. Aus-; sitôt que nous fûmes aperçus, un certain nombre de cavaliers tartarcs s'avancèrent pour nous couper la route, et, faisant faire halte il mes compagnons, je disk un officier qui nous étions, et lui demandai de nous permettre de passer outre. 11 nous pria de. ne pas continuer avant que des ordres ne fussent arrivés d'un officier supérieur qui était tout près de la; à quoi je répondis qu'on pourrait épargner du temps si je visitais cet officier moimême. Il y consentit; je m'avançai donc vers l'endroit, accompagné de M. Loch et d'un sowar portant un drapeau blanc. Mes autres compagnons, c'cst-a-dire le major Brabazon, le lieutenant Andersen, MM. de Norman et Bowlby, un dragon et, je crois, dix-huit sowars, restèrent sur la route, ayant aussi un drapeau blanc.

« En passant un champ de cannes élevées, qui nous cachaient a la vue des nôtres, nous arrivâmes soudainement sur un corps d'infanterie que l'on empêcha avec peine de faire feu sur nous, et l'on nous dirigea vers un mandarin à cheval, évidemment d'un rang élevé, et portant un bouton rouge, qui était du côté opposé du canal mentionné dans la première partie de ce rapport, et près de l'endroit où l'un des ponts avait été enlevé. La foule des soldats nous cria de descendre de cheval et de passer le canal dans un bateau. J'essayai d'éviter cela, mais comme le mandarin mentionné ne voulait pas me parler a moins que je ne fisse ainsi, et m'apercevant que nous étions entourés de soldats grossiers et surexcités, qui nous considéraient évidemment comme leurs prisonnierSj je conseillai a M. Loch et aux sowars de se conformer à l'ordre. Pendant ce temps, un autre mandarin était venu trouver le premier, et entendant, comme il approchait, n le cri de :1e prince! le prince I je m'enquis près d'un

thoisii:mi': guerhe. 2.-;)

li. UT quel prince c'était. 11 me dit : Le prince Sang ko-lin-sin), et j'espérais alors que l'usage que ce I onnaji^c avait liii-nii-nu! fait dans les dcrnif-ros liosli- !( > dos drapeaux parlc'UKMitaires, l'engagerait a rcspec- I' ( t'iui sous lequel nous agissions en ce moment. Nous iiines donc pied k terre, afin de traverser le canal vers li ; et, à peine descendus de cheval, les soldats tombc- ■iil sur nous, arrachèrent plusieurs des vètemenls que nus portions, nous traînèrent a travers le canal et nous lèrent, étendus sur le sol, devant le prince. « Dès que le prince m'eut donné l'occasion de parler, ce u il fit en me demandant mon nom, jo lui appris qui I t;iis et je l'informai sur-le-champ clairement du caracit- de ma mission à Toung-cho, ajoutant que je rein nais vers mon ambassadeur lorsque j'avais été ar- Mc par ses troupes. Je continuais, me plaignant du laiivais traitement que je recevais, lorsque le prince j interrompit, me disant : « Pourquoi n'avez-vous pas onsenti hier ii arranger la question de l'audience? (■ — Parce que je n'étais pas autorisé aie faire, » répliuai-je.

« Le prince alors continua d'un ton très-aigre : « Ecou-

z ! Vous pouvez parler raison: vous avez gagné deux

ictoires contre nous, qui n'en avons remporté qu'une.

'eux fois, vous aVez osé prendre les forts du Pe'i^ho;

ourquoi cela ne vous satisfait-il pas ? Et a présent vous

sez proclamer (le prince ici faisait allusion à la procla^

lation du commandant en chef] que vous attaquerez

importe quelles forces qui arrêteront votre marche sur

uung-cho. C'est ce que je fais maintenant. Vous dites

lie vous ne dirigez pas ces mouvements militaires, mais

^ connais votre nom, et je sais que vous êtes l'instiga-

eur de tous les crimes que votre nation commet. Vous

ûus êtes aussi servi d'un langage hardi, en présence du

M'incc de Y ; et il est temps que les élrangers apprennent

respecter les nobles chinois et les ministres, »

210 LA CIlINt: ET LtS PUlSSANCliS CIIUliTlE^^iEâ.

« J'essayai d'expliquer au prince ses erreurs; je lui dis dislinctcnicnt quelles étaient mes fonctions ; que j'étais venu à Toung-cho avec le consenteiucnt exprès des commissaires impériaux, et seulement dans l'intérêt de la paix, et je le priai de nouveau de montrer pour un drapeau anglais parlementaire un respect pareil à celui que nous avions constamment montré pour les drapeaux envoyés, il tant de reprises, par les Chinois.

« Mais le prince ne fit que rii'o de tout cela, et s'avaiicant vers une maison tout près de la, il commanda aii\ soldats de m'amener derrière lui.

« En arrivant a la maison je fus de nouveau jeté à genoux devant lui, et le prince me demanda si je voulai> écrire pour lui.

« Ayant demandé ce qu'il voulait que j'écrivisse : — Éc rivez à vos gens, dit-il, et dites-leur d'arrêter l'attaque.

— « 11 serait inutile que je lisse cela, répliquai-jc, car je ne puis ni contrôler, ni influencer les mouvements militaires d'aucune manière. Je ne veux pas trompci Votre Altesse en lui laissant supposer que ce que je pourrais écrire aurait un tel effet.

— « Je vois que vous persistez dans votre obstination, dit-il. et que vous ne me serez d'aucune utilité. »

« Je l'entendis ensuite donner des ordres de mener M. Loch, le sowar et moi au prince de Y, mais de conduire l'escorte a Chiang-kia-ouan. Pendant que l'on faisait les préparatifs nécessaires, deux officiers supérieur.'^ de sa suite, portant des boutons rouges, me prirent h l'écart dans une tente, et me dirent de m'asseoirpoui causer avec eux. «Suivez nos conseils, dirent-ils, cl n'essayez pas de nier que vous pouvez faire ceci ou cela ou sinon vous vous mettrez dans l'embarras. »

« Je leur expliquai de nouveau qui j'étais, et jusqu'où s'étendaient mes pouvoirs; mais ils me répondirent qui^ ne me croyaient pas.

a Ayant exprimé ma surprise de l'engagement qui

TnOISlEAli: (iLKRIŒ. 241

.iii eu lit^u et demandé eomincnl il avait commencé, ils rent •. « Peu importe! peut-être est-ce vous, peu t-ôlrc it-ce nous qui l'avons commencé; mais vous avez été op loin, et vous aurez à prosent ce que vous méritez.

— «Mais nous n'avons pas été trop loin, répliquai-je,ila é convenu outre nos ambassadeurs et vos commissaires le nous devons occuper le terrain jusqu'à cinq H au id de Cliang-kiaouan.

— « Oh! peu importe quelques II de plus ou de moins, rent les oificiers. C'eiit été absolument la même chose vous étiez venus à cinq, a dix ou a vingt li de notre mée. Vous avez été trop loin, nous vous le disons. » «La canonnade devenait plus forte, et les doux officiers irent il suivre le prince Sang, qui était à cheval en avant.

Loch, le sowar et moi reçûmes l'ordre de monter dans le charctte découverte, de laplusgrossicreconstruction;

deux soldats français, que nous n'avions pas encore zs, furent mis avec nous. Quelques instants auparamt, j'avais remarqué qu'un officier français , que je vais être l'intendant du commissariat, était conduit à la aison; il avait évidemment été maltraité, mais je ne is voir jusqu'à, quel point, et je n'eus pas l'occasion de luser avec lui. »

En effet, la partie de l'armée alliée qui se trouvait à o-si-vou (trois mille cinq cents hommes), et qui s'était ise en marche le 18 au matin pour se rendre au cammient de Chang-kia-ouan, rencontra les postes avanis des Tarlares, qui ouvrirent le feu sur elle. L'armée indigène, composée de vingt-cinq mille cava- ;rs et dix mille fantassins, soutenue par quelques batries et retranchements, formait un grand demi-cercle p plusieurs kilomètres. Évidemment, le plan de Sangp-lin-sin était de faire ployer les ailes de cette ligne |squ a former le cercle entier, laissant les alliés enfer-

m LA CHINE ET LES PUISSANCES CHRETIENNES.

niés au milieu : opération qui lui paraissait très-facile i cause de leur petit nombre.

Los alliés, rompant la ligne ennemie, coupèrent en'' deux l'armée impériale, que la mitraille mit bientôt en déroute. Quinze cents Chinois restèrent sur le champ dcij bataille.

Les alliés continueront leur marche, elle 21 septem]>! Sang-ko-lin-sin leur présenta de nouveau le combat, ii quelques milles a l'ouest de Toung-cho. Le lieu était bien choisi et défendu par plusieurs tranchées et batteries L'action dura cinq heures; l'armée indigène avait encore été placée en demi-cercle : le résultat tinal fut semblable à celui du 18.

Dans ces doux combats les alliés n'eurent aucun mort, et seulement vingt-cinq blessés environ en tout, dont l'un mourut de ses blessures.

Les Tartares laissèrent aux mains des alliés plus de cent canons, avec toutes leurs munitions, bagages et tentes, et d'énormes quantités de fourrages, d'avoine et de thé.

Après ces faciles victoires un interprète anglais alla à Toung-cho, et obtint qu'on ouvrirait un marché où lc5 alliés achèteraient tous les vivres dont ils auraient besoin, et qu'a cette condition les troupes n'entreraient pas dans la ville.

On se mit sur-le-champ en communication avec les chefs indigènes pour réclamer MM, Parkes, Loch, de Norman et tous les autres Anglais au nombre de vingt-six, et treize Franf;ais ; tous avaient été faits prisonniers pendant qu'ils étaient allés dans les lignes chinoises comme parlementaires, pour suivre des négociations entamées parles mêmes commissaires impériaux.

Bientôt les ambassadeurs reçurent des communications de Koung, frère de l'empereur, s'annoncant comme le nouveau commissaire plénipotentiaire nommé par Sa Majesté Impériale. On ne tarda pas a voir qu'il avait l'intention de garder les prisonniers dans l'espoir d'obtenir

TUOlSifcWE GUI.UUK. ûi?,

esi'oncossions. Les aiiiliassiulours ch'clari'ivnl ii |»liisitMirs 'pris(\s qu'ils n'cntroraiciitdans aunino nôi^^ociation (k* aix jusqu'il co quo I(>s prisonniers eussent été rendus.

Après les déroutes des 18 et 21 septembre anrune conidéralion ne put plus retenir l'empereur, et le 28 il part. Le lendemain, son frère Koung écrivait aux ambasideurs de France et d'Angleterre que Sa Majesté éta;it liée faire un tour de chasse en Tartaric.

Ainsi ce souverain, qui a la prétention d'élre le seineur de tous les rois du monde et qui exige de leurs rerésentants l'adoration du prostcrnemcnt, abandonnait acapitale devant une division de dix mille étrangers veus de l'Occident! Il est vrai que la santé lui faisait démt et qu'il marchait sur des béquilles, ne pouvant pas 2 servir de ses jambes.

Les chefs alliés étaient décidés a attaquer Pékin, mais s durent attendre l'arrivée de l'artillerie de siège, qui e parvint a Toung-cho que le 2 octobre, portée i)ar une ottille de barques.

Le 3, on se mit en mouvement sur la capitale, en se irigeant du côté nord, par où Ton croyait avoir apeix;u uclques corps de cavalerie tartarc. Le 6, le général Monluban, ayant avec lui la division française et un régiment e cavalerie anglaise, se trouva tout a coup dcvantle fameux alais d'été appelé Youen-ming-youen. C'était la résidence abituelle de l'empereur, el il y avait très-peu de jours, omme nous l'avons dit, que Hien-foung l'avait quittée.

Trois cents eunuques et vingt gardes du jardin, armés, ui occupaient le palais, voulurent faire quelque rèsisrince, par suite de laquelle deux officiers français furent lessés.

On trouva dans ce palais de grandes richesses en ob- ?ts précieux de tout genre, 'et de l'or en lingots pour 00,000 francs environ.

Le 8, MM. Parkcs, Loch, le comte d'Escavrac de Lan-

m r.A ciirNK tt lks puissances chrétiennes.

lurc et deux soldats indous forjMif mis en liberté, cl vinrent an caiiii) allié, à lu grande joie de lonrs ( on>|)alriotes. f On espéra avoir les autres, quoique ceux-ci n'en eussenf pourtant aucune notivelle. On attribua la mise en liberti de ces prisonniers il lattaque du 6 contre le palais de Youcn-miug-j'ouen; et l'on redoubla les récfanialions enfaveur du lestc des prisonniers, en menaçant de prendre ' et de détruire la capitale.

l.es alliés mirent leurs batteries de bréclie prés la porle An-ling, au nord-est de la ville, et annoncèrent qu'ils ouvriraient le fou le 13 à midi, si la ville ne se vendait pas. Dix minutes avant l'heure fixée, la porte' leur fut ouverte : une partie des alliés montèrent sur les remparts et ils y portèrent quelques uns de leurs canons

Les alliés avaient promis que la capitale ne serait pa^ saccagéCj qu'ils n'entreraient pas dans la ville intérieure qui, entourée d'un mur, se trouve dans Pékin, et que Ic- C.hinois appelés coulis- (bonimes de peine), formant un <-orps au service des alliés, resteraient hors des reHiparts.

1,03 généraux anglais et français avaient dû laisser un détachement de 1,000 hommes a Toung-cho pour garder ])ossession de la rivière, et une force pareille dan» un camp retranché à quelques milles de Pékin, où ils avaient leurs munitions, bagages et hôpitaux. C'était dono il une armée de 10,000 étrangers que la grande capilalt* (lu colossal Empire céleste s'était rendue, sans tenter de se défendre!

Les ambassadeurs, se refusant toujours à entamer des négociations de paix tant que le reste des prisonniers ne serait pas rendu, on vit paraître, pendant les journées des i4 et 15, dix sujets anglais et sept français; ils arrivèrent vivant», accompagnés de dix-huit cadavres de leurs compagnons de captivité, lesquels, dirent les Chinois, étaient morts de maladie.

Je reprends ici le récit que M. Parkes a fait de sonem- ]irisonnement :

TROisii'cMn GUERni:. Sis

« Nous friiiics cnvoyt's a Toimy-rlio, sans rien voir de otre cscoilt.' sur la route, et nous ITinies conduits à tracrs la ville au temple, dans le faubourg de l'Ouest, où avais vu les commissaires, le matin. Ils étaient partis, t notre garde (consistant en cinquante cavaliers) suivit i route do Pékin, demandant après les commissaires 3ut le long du chemin, et se réjouissant des souffrances ne les cahots affreux nous occasionnaient, lorsque la oiture roulait rapidement le long de la chaussée délarée. Après être revenus sur leurs pas dans plusieurs ens, les soldats nous conduisirent enfin dans un ampcment, et nous jetèrent à genoux devant un manarin, qu'ils me dirent être le général et le ministre 'Etat Juy-lin. Afin d'éviter un autre douloureux t inutile examen, je feignis de m'évanouir, et en réonse a ses questions, je demandai de l'eau. Il comlanda alors que l'on nous conduisît à l'air; mais nous lions tellement pressés par une cohue de soldats en ésordre, que nous dûmes être emmenés dans une laison, où nous fûmes visités par un officier du rang e Ta-jin (Excellence), et tout ce que nous avions en otre possession nous fut enlevé. De nouveau, nous iines emmenés dans un temple, et un mandarin de la uite du prince Y, appelé Tsing-tajin, qui s'était comorté envers moi, dans l'entrevue du matin, avec une rossièreté notable, arriva et ordonna que nous fussions enduits devant lui pour être examinés. 11 nous demanda os noms et qui nous étions, et insista ensuite pour que 3 lui disse où j'avais obtenu un papier qui avait été trouvé ans ma poche; le hasard voulut qu'il s'y trouvât une angue mention de plusieurs princes et d'autres personlages importants qui passaient pour être parmi les prinipaux avocats de la politique guerrière. Dans la crainte e compromettre l'écrivain chinois du. mémorandum (qui 'était du reste qu'une liste de noms , je répondis que î l'avais trouvé dans un yamoun de Canton. 11 déclara

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