‹ La Chine et les puissances chrétiennesChapitre 37 sur 65 · C. LA ciiim: i:r li:s i'iissances chuétiknnes · texte numérisé non relu

C. LA ciiim: i:r li:s i'iissances chuétiknnes

•x's sujets, et ils ne voiiliiicnl pas me permettre de h timener eux-niônies a caiisor sur ces matières. Deux ( CCS hommes étaient constamment ii côté de moi, jour ; nuit, et bien que de temps en temps ils répondissent i mes questions sur M. Loch et mes compagnons de pi son, ils déjouèrent toutes les tentatives que je fis poi, leur envoyer un messaso ou un billet. »

Les autres prisonniers furent conduits au palais Youcn-n)ing-youen, où l'empereur était encore. On le attacha les pieds et les uiains derrière le dos, et on ) mit par terre, la bouche en bas. On les abandonna ail sans leur donner ni à boire ni à manger, et probablcnM ils étaient condamnés a mourir; mais, après la déroi du 21 septembre, ils furent dirigés et conduits dans qi tre lieux différents, à quelques milles, vers les hautei voisines. Cette mesure fut sans doute prise au monn où l'empereur quitta le palais pour se sauver en T tarie.

Ces malheureux prisonniers, dirigés en quatre dil rents groupes, furent torturés et privés de nourritu Quelques-uns succombèrent en peu de jours, d'aut résistèrent davantage et leur vie ne fut sauvée que gr a la fermeté des ambassadeurs qui ne voulaient trai de la paix qu'après leur reddition.

Le lieutenant-colonel d'artillerie anglaise Brabazon l'abbé Duluc, Français, curent la tète tranchée et rent jetés dans la rivière pendant l'action du 21 : étaient entre les mains d'un général tartare qui fut b se ; soit par la rage que cet accident lui occasionna, par la retraite précipitée qu'il était obligé d'opéré assassina ses prisonniers parlementaires.

Les autres victimes furent M. de Norman, premier taché a l'ambassade anglaise ; le lieutenant de caval Anderson ; le correspondant du Times, M. Bowlby ; qu officiers français et quelques soldats.

TIUHSir.MK CrKIlIlK. î:.7

lis siii'N iviiiils (Idiiiirri'iil des dcliiils iia\ i"iiils siif jurs jinipi-cs soiinVaiiccs cl sur la iiioil de leurs ('(iiiilit;nons. Parfois, celui qu\ s'avisa de deiiiaiidei' de la iiirriture, reçut do la boue dans la bouche. Non-seu- ;iiiei)t ou leur avait attaché les poij^nels avec des cordes [ plus serrées possible, nuiis ou avait uiouillé les cordes iii <iuo par l'ottet du retrait elles deviusscnt plus ser- ■cs (Micore. Les doigts des mains de M. de Norman s'encivut jusqu'à crever, et ses soutïrances furent telles. Il il eu devint fou et expira au milieu du délire. M. le comte d Kscajrac de Lauture, chargé d'une misiMi scientifique, ne fut pas enchaîné, mais ses mains unit constamment attachées; voici un passage du réil (le sa captivité, publié dans le Moniteur des 30 et 31 rniiibre ISGO :

l'eudaulles ([uatre premiers jours, je ue pus mauger lie ({uelques fruits offerts par les prisonniers. C'est au nul d'une dizaine de jours seulement que je pus faire iit'hjues pas sans être soutenu.

" Dés le second jour, mes mains me causèrent une louleur insupportable ; j'avais quelques autres blessures ss('7, légères, mais je ne me les rappelais que lors- [n'illes étaient atteintes par quoique choc. J'avais bien loijiii la première nuit; mais pendant les vingt jours et es vingt nuits qui suivirent, mes mains me permirent Ku de sommeil. .le passais la nuit comme le jour, sur 11(111 lit de camp, tantôt accroupi , les mains appuyées ^ur les genoux, tantôt couché et les mains au-dessus de a tcte. Mes vêtements, mon visage étaient couverts d'un ul^ infect. Les phlyctènes tombèrent, mais bientôt mes mains ne furent plus qu'une plaie. Assiégé par les mouches, les vers s'y mirent.

« Un médecin chinois, petit vieillard à l'œil fin et spirijtuel, qui était venu me voir par curiosité, mit sur mes iplaies une poudre qui paraissait contenir de la myrrhe. Cette poudre fit disparaître les vers. 11 écrivit une petite

■i.-.s l.\ CHINE ET LES PUISSANCES ClinfiTIENNES.

orildiinaïK'i' cl laissa (luchiiirs sa|i('(|ii(>s ii l'aiih; dcsqucl on acliola un peu (riuiilc ('paissc; et jannâli'o appcli i hoan(j-yeou-kao, av(M' laquelli^ les prisonniers purent un faire deux pansements. Malheureusement, j*; n'avais pa^ un morceau de toile pour couvrir mes plaies, l'u prisonnier m'apporta une pelilo loque bleue, que pendant quinze jours je promenai d'une main il l'autre. Les prisonniers étaient, en général, pleins d'attentions pour moi; sans leur assistance, je n'aurais pu ni boire, ni manger, ni faire un pas. De jour et de nuit, je les trouvais disposés a me rendre tous les services.

« La nourriture qui m'était allouée était aussi misérabli qu'insuffisante. C'était une tasse de riz détestable et quelques queues d'oignons salées, le matin et le soir. .Ir souffrais continuellement de la faim. Quelques enfants m bien sages dont ma vue était la récompense, des visiteursh musulmans, avec lesquels j'avais parlé du Coran, m'ap-p; portèrent des fruits et des gâteaux. Les prisonniers m'en j donnaient aussi de temps à autre, ou partageaient avec \ moi leur pitance. »

11 convient de remarquer en passant la sympathie que| les victimes de la félonie de Sang-ko-lin-sin trouvé- j. rentchez tous leurs compagnons de prison, qui étaientjh de l'écume du peuple. Ce fait vient a l'appui de l'opinion que j'ai émise plusieurs fois, sur la favorable disposition de la population envers les étrangers, malgré les efforts réitérés du gouvernement mandchou, qui voudrait les' voir méprisés et détestés.

L'armée entière fut indignée au dernier point de la trahison et des cruautés commises envers les prisonniers.

Leschefs désiraient punir cette infamie, mais la manière n'en était pas facile. On ne pouvait en rendre le peuple responsable. Sang-ko-lin-sin, le vrai criminel, se trouvait a l;i tète de ses cavaliers mongoles; il n'était au pouvoir de personne de le saisir et de le mettre à la disposition des al-

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I ■-. It'iiiic .'iiili'c pari, 1rs ('niiiiii;iii(l;ii)ls des livnipcs di'- (ii;ii('iit qu'il l'allail se iiicllrc en rclrailc piuir le

Il iMunbro au |)lus laid. Le lU-uvi' l*cï lio '^i'\r ii icllc

Mii|ii(',el les chefs mililaires craignaionl probalilcuicnl

( Il >l('r sans couiniunicatiou avcr l'cscadro.

I);iiis ces cireonstaiH'cs, lonl Elyin décida la couipli'lc

(-Inictlon des palais de Youcn-niing-youen, où se con-

t\ liiMit les hiblr/tcs de la dynastie impériale. Celle

h!i lice royale élail d'une lelle splendeur, que lous les iinpéens qui l'ont vue se sont accordés pour dire que ■Il eu Europe ne pouvait s'y comparer. Elle avait plu-

iirs lieues de circuit, et contenait plus de cent magni- |iH s palais f*^;. L'armée anglaise mil deux jours à les ùl.'f ^18 et 19 octobre 1860).

r.i aucoup de personnes ont qualifié cette mesure ai II' barbare, de vandalisme. Dans lous les cas, une lie accusation ne saurait peser sur les Français; ils n'y iicnl aucune part.

l.i' 17, les douze cadavres anglais furent inhumés au niclière russe, et les six français au cimetière cathojue, que les mandarins avaient déjà rendu au baron l'Os, ainsi que la cathédrale l.»àlie autrefois par les Porigais.

Lord Elgin présenta les demandes suivantes au prince oung :

« Ce qui reste du palais de Youen-ming-youen, qui paraît ;re l'endroit dans lequel plusieurs des captifs anglais ont té exposés aux plus grossières indignités, sera sur-le-

(*) « Il m'est impossible, Monsieur le Maréchal, de vous dire ici j)utesles merveiUes de cette habitation impériale; rien dans notre urope ne peut donner l'idée d'un luxe pareil; je n'essayerai pas en décrire les splendeurs. » (Lettre du général de Montauban à I. le Maréchal Ministre de la Guerre, en date de Pékin, 8 ociore 1800.)

2'(> I.V Clll.Ni: 1:T LCS I'LISSANCKS CimKTIKNNES.

ihainp rasi' au niveau du sol : cetlo condilion nodoniaudi pas rasspntiment de Son Altesse, parce qu'elle sera toni (le suite mise a exécution par le commandant en chef.

« l'ne somme de 300,000 tacls doit èfn> payée innncdiatcmeiit aux olficiers désignés par le soussigué, pour l;i recevoir; laquelle somme sera appropriée, à la discrétion du gouvernement de Sa Majesté, a ceux qui ont soutien et aux familli^s des iiommes tués.

« La siguaturi! immédiate de la convention dressée i Tien-tsin restera comme elle est, avec le simple chanment qu'il sera permis aux armées de France et d'An^lr terre de demeurer a Tien-tsin, jusqu'à ce que les indemnités entières mentionnées dans la susdite conventiiw; soient payées, si les gouvernements de France etd'Angli; terre jugent a propos d'adopter cette mesure.

« La démolition de Youen-ming-youen aura lieu sur-lechamp. A moins que, avant dix heures du malin, le 20. le Prince n'informe le soussigné par écrit que la somni» demandée comme compensation pour les sujets qui ont été massacrés ou maltraités sera prête a être payée le 22, et qu'il sera disposé a signer la convention et à échangri les ratifications du traité de Tien-tsin le 23, le soussigin demandera de nouveau au commandant en chef de s'emparer du Palais impérial a Pékin et de prendre toutes autres mesures nécessaires, pour forcer le gouvernement chinois a accéder aux demandes que celui de la Grande- Bretagne jugera convenable de faire. 11 est bon cependani qu'il informe le Prince que si l'opiniâtreté des Chinois l'oblige a adopter cette marche, il s'adressera au commandant en chef des forces navales de Sa Majesté, aussi bien qu'au commandant en chef des forces de terre de Sa Majesté. 1' prie le Prince de se rappeler que les revenus de la douane de Canton sont encaissés au profit du suprême gouvernement de la Chine, bien que cette cité soit occupée militairement par les alliés; que c'est la force militaire des alliés qui a depuis quelque temps empêché Chang-hai" de

T1W)ISI1^>!F, ClF.niU:. iOl

uiiilicr ciiliT los mains des rcltcllcs; t'l(|ii(! les jonquos

Mil tant dn riz et dos Iribnts îi IV'iiin ont i)U passer et ro-

i--('r sans T'Iro nHtl('st(''('s, bion ([ne les llnllcs dcs'allii's

oiiiinandcnl ii la l'ois les mers cl les rivicn-s de Cliiru;. »

Le prince Konni;aoc(''da ii C(>s oxigi-nccsainsi ([iriiccllos Bu baron (Iros, ipii demanda la restitution de toutes les îglises qui avaient appartenu aux missionnaires, et une ndemnité de 1,500,000 iVancs pour les prisonniers torturés, ou pour leurs familles.

Les diftlenltés ainsi aplanies, lord Elgin et le prince HouQg signèrent la con\ention anglaise, le 24 octobre 1860). La convention française fut signée le lendemain.

Voici la description que fit de la cérémonie un correspondant du Times:

« Dans la matinée du 24, lord Elgin et sir Hope Grant entrèrent par la porte d'An-ting, avec une escorte de six cents hommes et cent officiers des régiments qui occupaient Pékin. Le commandant en chef, avec l'état-major général et ses aides de camp, allait a cheval un peu en avant de lord Elgin, qui était porté dans sa grande chaise officielle par seize Chinois habillés d'écarlate; son cheval, tout sellé, était conduit derrière lui, et les membres de l'ambassade étaient a cheval de chaque côté.

« La deuxième division, sous les ordres de sir Robert Napier, faisait la haie dans les rues et, après le passage de lord Elgin, suivait par intervalles, prenant des positions stratégiques sur toute la ligne, de peur que les Chinois ne projetassent quelque perfidie. Une foule considérable garnissait les deux côtés de la route ; elle était extrêmement paisible, ne manifestant qu'une grande curiosité pour entrevoir le grand barbare, en s'efitbrçant de jeter un regard dans sa chaise comme il passait.

« Le conseil des cérémonies est situé a environ trois mille et demi de la porte dAn-ting, et il était trois heures II. 15.

2G2 LA (IIINK KT LES PLISSANCES CHRÉTIENNES.

passt'i's (|ii;iiul le cortôfîo y arriva. Une foule conij)a( tt (Milourail rciitii'c et remplissait les rues et la place qui s( trouve devant et tous les abords. I.a garde était rangée des doux côtés de la eour, où l'on découvrait le dais sous lequel devait avoir lieu la cérémonie. Les officiers européens se placèrent a la gauche du dais, qui est la place d'honneur, et à la droite étaient réunis un certain nombre de mandarins. Au fond du dais il y avaitdeux petites tables et des chaises, celle de gauche pour lord Llgin,(.t celle de droite pour le prince Koung. Tout près de la chaise de lord Elgin s'en trouvait une autre pour le commandant en chef; des deux côtés, ii angles droits, étaient dix petites tables et chaises pour les officiers supérieurs des deux nations; en arrière de celle-ci il y en avait encore une autre rangée destinée aux autres officiers.

« Au moment où la chaise "a porteurs de lord Elgin arriva ii la porte, les troupes présentèrent les armes et la musique joua le God save the queen. Sa chaise. fut portée jusqu'en face du dais, et alors le prince Koung s'avança pour le recevoir, accompagné par tous les mandarins. Après un salut froid de la part de lord Elgin, et un salut plein d'anxiété et d'hésitation de la part du prince Koung, lord Elgin s'avança immédiatement vers son siège et .s'assit en faisant signe a Koung de prendre celui de droite, qui est considéré comme étant inférieur. Entre eux deux se trouvait une table, sur le devant de laquelle étaient placées les boîtes qui contenaient la convention et le traité.

« Lord Elgin entra aussitôt en matière en disant à M. Wadede donner a Koung la traduction de ses pleins pouvoirs et de lui demander par réciprocité a voir hsiens. Le prince Koung dit que les siens n'étaient pas aussi étendus, mais tout aussi amples en tant que pouvoirs, et remit a lord Elgin le décret de l'empereur qui lui conférait des pleins pouvoirs pour négocier et conclure la paix, et pour apposer le grand sceau de l'empire

TROISIÈME r.rKRRE. î«3

■ iniiii' ralifiralion du Irailt'-. La ronvcntimi fut sif,Mi(''<',

clKuiitc iilt-nipolciiliairo y apposa son raclict. |« Les copies du traité furont cnsuilo échangées, Koung laiiposant le grand sceau de l'empire, et certifiant sous Jm propre! sceau et sa signature que la ralilicalion du jaité avait été driment accomplie, et (jue l'apposition du •and sceau de l'empire impliquait l'acceptation par l'em- 1 cur de toutes les conditions et obligations contenues 111^ le traité.

lord Elgiu et le prince Koung échangèrent entre eux irli|ues souhaits convenables sur le résultat du traité rxitrimèrent l'espérance qu'il amènerait un bon accord ili I' les deux gouvernements; le prince faisant observer \r lieaucoup de fautes avaient été commises juscjue-lii ins leurs relations avec les étrangers et que les affaires aiiMit été très-mal dirigées, mais que maintenant qu'il > avait prises entre ses mains, il espérait qu'un nou- ■1 t'tatde choses allait commencer.

(I lùisuite lord Elgin se leva; Koung fil quelques pas ii avers la plate-forme, puis s'arrêta; lord Elgin fit de lènic, et ce ne fut qu'après des signes énergiques de la a ri des mandarins de la suite de Koung et quand lord lyin se fut arrêté que Koung fut amené, après quelques loments d'hésitation, "a accompagncrle premier jusqu'au ord du dais.

« Le prince Koung a environ vingt-huit ans, mais pâlît plus vieux; sa figure ne manque pas d'intelligence, lais elle avait une expression de souci inquiet et neveux, comme si la crainte luttait avec la colère, sans |oute en se trouvant dans une position si différente de lelle qu'il avait été accoutumé d'occuper en présence des lauts fonctionnaires du gouvernement; cependant il y vait un singulier mélange de familiarité et de respect an-^ les manières des mandarins 'a son égard

'n somme il éprouvait une très-grande crainte. Il la sur-

ic, LA (.him: i:t i,i:s itissances chrétiennes.

monta tant soit p(Mi le jour suivant, dans son ontrevuej avec le baron Gros, c\ Ion dit quil s'y montra comparativement gracieux

« Les manières de htrd Klgin lurent calmes et pleines de dignité

« Une des scènes les plus intéressantes de cette journée! fut de voir l'attention sérieuse avec laquelle les grands princes et les ministres de l'empire surveillaient les manières de lord Elgin, comme s'ils étaient pénétrés de la crise dangereuse qu'ils traversaient, mais attentifs aux dangers qui les menaçaient et les environnaient encore.

« Le retour de l'ambassadeur et du commandant enl chef s'accomplit dans le même ordre qu'a l'aller, mais les' rues étaient occupées sur ditîércnts points par les troupes| de sir Robert Napier, qui les avait placées avec untl grande habileté, en sorte que les forces bi'itanniquf étaient alors maîtresses de la capitale de l'empire chinoi>

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