POUVOIR PHYSIQUE ET MORAL
DES MANDARINS SLTx LE PEUPLE.
Quelques lecteurs trouveront de la contradiction entrd 3 pages et les faits qu'on a lus dans les chapitres rantant les guerres et les insurrections qui dans ces derîres années ont bouleversé Pempire. Je prie de ne pas blier que de tels événements sont exceptionnels et ne iraient donner Pidée exacte d'un pays dans son état rmal.
!et empire colossal est soumis a un gouvernement c?iliellement absolu. Il est vrai que cette dictature est opérée par do sages institutions établies dans les temps u. 19
TrU; LA CHINK I:T 1.I:s l'UISSANCES CHlUiTlIiNNES.
aiuit'iis par do bons souverains i)onr évilop les mau: que pourraient occasionner le despotisme ou rincptides mauvais princes.
L'empereur se ])r(''sente tons les jours, excepté en ca dindisposilion ou d'occupation particulière, vers les neu heures du matin, dans son salon d'audience. Là se ren dent tous ceux qui désirent lui parler; mais ceux-là seul peuvent entrer qui ont un bouton bleu transparent. Avan de passer outre, je dirai, pour ceux qui l'ignorent, qui tout employé du gouvernement chinois, civil ou mili taire, porte au haut de son chapeau ou bonnet d'un forme une petite boule de la grosseur d'une noix i\\ marque le rang de la personne. Voici l'ordre de ces boulipremière, rubis ou rouge transparent; deuxième, cora ou rouge opaque; troisième, saphir oubleu transpareni quatrième, bleu opaque; cinquième, blanc transpareni sixième, blanc opaque; septième, huitième et ncuviènn doré uni et ciselé.
Tous ceux qui vont à l'audience se placent autour d salon ; si l'empereur en connaît quelqu'un particulièri ment et veut lui l'aire honneur, il lappelle pour qu n'attende pas ; les autres s'approchent chacun à leur tou exécutent le kofu (qui consiste à faire trois fois trois prosfe nations); ils disent ce qu'ils désirent et donnent leurpcl tion, qu'ils portent toujours écrite. Cette pièce passe d( mains de l'empereur à celles des ministres et de ceux-ci quelqu'un des principaux bureaux de Vadministratioi pour être examinée et renvoyée à la décision du sou\i rain avec les éclaircissements nécessaires.
Le cabinet se compose de quatre ministres principal et de deux de second ordre ; la moitié d'outre eux sont Ta tares. Au-dessous des ministres il y a six grands burcai généraux analogues àceuxde nosministères.IIyaen out un bureau pour les colonies elles affaires extérieures (1 fan-yuen ; le censorat (Tu-chah-yuen) ; une cour d'app "a l'empereur (Tung-ching-tz, et une cour suprême deju
SYSTEME ADMIMMHAlll 1)L l,A CHINE. :.27
e (Ta-li-tz). L'Acadrinic impériale est aussi un rouage gouvcrncmont. L'ompon;ur a en outre un grand ronil d'Ktat. Le nombre de ses membres n'est pas llxe; on roit différenls princes ib.^ la maison impériale, d'anciens ;e-rois et des minisires, etc. Ils dclibcrent souvent as la présidence du souvei-ain.
De ces bureaux généraux nuMitionnés ci-dessus, l'un
îrésentc l'empereur dans les appels que l'on suppose
resscs directement à sa jiersonne, appels qui s'efTec-
mt en frappant sur un tambour. Cette cérémonie se
itique en mémoire de l'empereur Yao, qui avait dans
ïli palais une tablette a coté d'un taml)our. Le premiei-
Tiu allait y écrire ce qu'il désirait, puis, en partant, il
I iniiit un coup sur le tambour, et à ce bruit l'empereur
. lit voir ce qu'on avait écrit. Un autre de ces bureaux.
t -1 le censorat: il est chargé de surveiller les opérations
I autres bureaux généraux, la conduite de tous les
f l'Iiiyés de la maison impériale et celle du souverain lui-
r me. Les censeurs lui adressent souvent séparément des
y rcsenfations qui, en des ternies plus ou moins expli-
r <. lilàment les actes de sa vie publique ou privée; et
c |ui[ y a de plus remarquable, c'est que ces documents
odii moins une partie s'impriment dans la publication
q • les Européens appellent la Gazette de Pékin, et par-
V intMit ainsi a la connaissance du public.
n 1822, deux censeurs firent conjointement al'empcn r des représentations sur l'abus do vendre les charges subvenir aux besoins de l'État, et cela au préjudice fnule de gradués des universités qui se trouvaient mploi, en lui faisant toucher du doigt les grands i[ui en résultaient; et ils lui suggérèrent, comme 1 d'y remédier, une réduction dans les dépenses de i>on impériale. Dans les différents articles qu'ils figurent 100,000 i!ae/.y d'argent (le iael vaut à peu francs 50 c.) pour des fleurs et du fard consommés ■ femmes du harem; 120,000 pour le salaire des
32S LA CHINE ET LES PUISSANCES CHl\ETIENNES.
enfants voués au service de la maison; 200,000 avaicr été employés dans les jardins de Yueu-ming, ctprcsd'u! demi-million de lacis dans le domaine de Je-hol; et lessr laires des domcsliquos avec les présents faits aux femme de Yueu-ming en avaient coûté 400,000. « Si l'on suppr mait CCS dépenses, disaient les censeurs, on économiser;! plus de 1 million de taels qui se gaspillent inulilcmen le talent serait employé au bénéti<"e du pays, et la r chesse du peuple garantie. » 11 y a à l'ékin de qu' ranle à cinquante censeurs qui ont le droit de faire d représentations directes à l'empereur toutes les fois qui le jugent opportun ; et il est d'usage que S. M. ne se pr sente jamais en cérémonie sans être accompagnée quelques-uns d'entre eux. Les censeurs terminent on nairement leurs observations écrites à l'empereur en priant de les faire décapiter ou écartelcr sils n'ont p raison; et l'on sait en effet qu'en plus d'une occasion haute prérogative dont ils sont en possession leur a coi cher. Aucun empereur n'a osé cependant, et il serait d ficile de l'oser sans se perdre, détruire ces institution œuvre de leurs ancêtres, et justement sanctifiées par siècles. 11 faudrait pour cela sur le trône un homme )■ volutionnaire doué de grandes qualités personnelle!^.
La Chine proprement dite est divisée en dix-huit pivinces, dont chacune a un gouverneur; chaque provin est divisée en différents départements, et chaque déptement en plusieurs districts, chacun avec son chef. I dix-huit provinces se réduisent à huit vicc-royaul avec autant de chefs supérieurs appelés sun-to.
Chacun de ces chefs supérieurs communique dirci lement avec l'empereur ou avec ses ministres. Outre ^ dix-huit provinces dont l'administration est trcs-cenl lisée, le vaste empire de la Chine possède la Mandchoui • la Mongolie, l'Yli, le Khoukhou-noor, le Thibct, etc., P' vernés en dehors de la centralisation et par des prin particuliers qui en général reçoivent de l'empereur
SYSTÈME ADMlNlSTHATir Di: l\ CIIINL. .'il
)iioiaii'L's lixes. De là il est lacile île cuiiipriMulio (juc les x-luiit pi'ûvinoes, Innuaiit la C.Iiiiie aiiciciine et véril)lc, sont celles (|ui lniii'iii.sscnl les iL'ssoiii'i'es pécuairps indispensables \Hniv f^oiiveiiior.
Bien qne l'on connaisse en Chine cerlaiiis litres lionotiques et héréditaires que l'on confei'e ii des princes et de grands dignitaires, litres (jiie l'on coinpare chez nous (■eux de duc, comte, marquis et baron, et quoi([uc l'on confère aussi d'autres distinctions semblables a nos dres et décorations, ce qu'il y a de certain, c'est qu'aun de ces honneurs n'est attaché à la propriété ou à nf autre espèce de richesse. Il n'y a pas la moindre les majorais, ni par conséquent d'aristocratie à la ,anière d'Europe, excepté dans la maison impériale; et [icore dans celle-ci il n'y a pas de succession en ligne ii'cte et forcée, car le successeur est celui qui est '111 uié par élection libre ou par testament du dernier i[>iTeur,
Qu'on ne croie pas cependant qu'il n'existe point d'arisrratic en Chine; il y en a une, très-lière. Les serviteurs 1 gouvernement ou les mandarins, comme nous les pelons, forment la classe noble. Le mandarin ne se marie l'avecla fille d'un autre mandarin, et n'a de relations i \ ces qu'avec ses pareils. En effet, une ligne très-marquée [laie en Chine ceux qui obéissent de ceux qui comaiulenL II ne viendrait jamais à l'idée d'aucun de ceux li obéissent d'aller, par exemple, faire une visite partilit'i'c à celui qui commande : s'il a besoin de le voir, il il aller à son bureau, au salon d'audience ; ce qui est, I petit, une représentation de la réception que fait l'em- Lip, et dont nous avons parlé. Pour riche que soit 1 particulier, et pour si petit que soit un mandarin, le emier doit, en s'approchant du second, commencer par ctlreles genoux en terre. Aussi les Chinois s'étonnent- ■ de voir que les ministres et les consuls d'Europe, qui it dans cet empire la juridiction ci\ile et criminelle.
.-.-() LA CHINE l'T LES PUISSANCES CHRÉTIENNES.
AiviMit familii'roiiicnl avec les négociants. Plus d'un m' adressé ces questions: — « Yons êtes ici le chef des Es pagnols? — Oui, monsieur. — Et vous pouvez les nietli en prison, les forcer ii payer une dette, ou statuer dar' un procès ou une dispute (pii éclate entre eux? — Ou monsieur. — Et cependant vous leur serrez la main, voi fumez, dînez et plaisantez avec eux; vous les recevf familièrement chez vous, et vous allez chez eux! Voi une chose que je ne comprends yiière. »
Mais on n'entre pas dans le cadre des employés cl gouvernement aussi facilement qu'en Europe. 11 y quatre grades universitaires appelés siut-sai, huJL isinz et hamlin^ que l'on pourrait traduire par bachclii licencié, docteur et professeur; il est indispensable put occuper un emploi public d'être kujin au moins. Les e\ mens pour obtenir ces 'grades son>, en Chine, une affaii très-importante ; il y a des individus qui ne s'occupci d'autre chose pendant toute leur vie, et ce ne sont p; seulement des jeunes gens, mais aussi des hommes mû; et même d'un âge avancé, qui se présentent.
11 n'y a point d'universités semblables aux nôtre: chacun étudie seul ou avec des maîtres particulier Quand arrive l'époque des examens, tous les aspirants : rendent au chef-lieu du district, dans un vaste local tl tiné a cet objet. A la porte, on les fouille rigoureusemei pour qu'ils n'apportent pas de livres dans leurs poches; pour le même motif, il est défendu aux imprimeurs de faii des éditions des auteurs classiques en petits caractère On leur donne des sujets tirés de ces auteurs et si lesquels ils font leurs compositions, qu'ils remcttei immédiatement aux censeurs. Cet exercice se répète tro fois, après quoi ceux qui ont le mieux réussi sont ad m et les autres éliminés. Les premiers font d'autres exercici semblables aux précédents, et par suite de cette seconc épreuve on réduit le nombre de ceux qui sont admis c déclarés aptes à se rendre au chef-lieu du départemei
SYSTKMl-: ADMIMSTHATIF Dli LA CHINK. :,-.l
1111 soiitonir un tioisièiiio concmirs ilcvanl le clirl' du lu
(i\ inci', Icqiu'l il (Hîl ofl"(!l, assiste de (]ueliiii('s niaridaliis d'un lalfiil siii)érieiir, pari^oiirt tous les trois ans les ' \n-s départements de son ressort. Ceux qui sont admis
us ce troisième concours reçoivent le litre de siul-sai
\r diplôme correspondant.
Le plus grand mérite que puisse avoir une de ces coni- )silions que présentent les aspirants aux titres univcrsiircs, est celui de contenir le plus grand nombre possible 'citations des auteurs réputés classiques. Celui qui en lit de longs morceaux par cœur est un savant. Au fait, il y a guère d'autre science a apprendre en Cbine. Aussi s citations sont indispensables il tout écrit de. quelque
rhntion. Au mois de septembre 1860, quand Pékin était 1 grande consternation et que la cour se sauvait en TariHe, les plus liants dignitaires de l'empire adressaient à i Majesté, en ces moments critiques, des mémoires tout fait exceptionnels; mais pourtant de nombreuses citaun s n'y manquaient pas.
J étais il Ning-po, chef-lieu de département, à l'époque ù se faisaient les examens ; il se présenta plus de trois lille aspirants, et trente-sept seulement obtinrent le rade. Je me trouvais un jour dans une pagode boudliiste, que je visitais souvent, quand j'entendis un grand ruit et vis venir beaucoup de monde : on conduisait un omme bien vêtu qui s'était jeté dans le fleuve pour se oyer, et que l'on en avait retiré avant qu'il eût pu conommer son suicide. C'était un des aspirants refusés qui, 'après ce qu'il me dit lui-même, avait déjà éprouvé le iiir.e sort dans sept examens consécutifs; il était projndément affligé, mais il ne m'exprima aucune plainte entre la justice des censeurs; il avait de trente-cinq à uarante ans ; on le porta au temple, parce qu'il y demeuait.(Les bonzes ainsi que les religieuses bouddhistes ont resque toujours des appartements qu'ils louent; de sorte
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qiio les pagodes sont dos espèces d'Iiùtel.s pour les personnes aisées.)
Ceux qui sont déjii siuf-sni peuvent se présentera U| capitale de la province pour obtenir le grade de A:M;în.| Les examens ne diffèrent pas beaucoup des précédents e s'en distinguent principalement par une plus grande se vérité. Chaque aspirant est enfermé et sé(iuestré dam une petite chambre de trois pieds de large sur quatre d( long, et la on lui donne ses thèmes. Les édifices oiî ce épreuves ont lieu sont très-vastes et bâtis exprès. Ih contiennent de six mille jusquà dix mille petites chambres. Dans les cours on place des surveillants et des soldats, afin que nul ne sorte de sa cellule.
Les kujins peuvent aspirer au grade de isinz, qui s'obtient à Pékin, et les tsinz à celui de hamlin. Les titre;' universitaires, depuis celui de Ai/JZ/i jusqu'aux plus élevt donnent aux Chinois la capacité d'entrer dans le servici public, mais ne donnent pas le droit à l'emploi. Le gradu( obtient une place s'il a des protections ou s'il fait deslar gesses. Une fois admis dans la carrière du commandement, on n'a pas besoin pour monter aux postes les plu; élevés d'être isinz ou hamlin; mais 11 est certain auss qu'à celui qui se trouve revêtu de ces hauts titres on n( donnera jamais une position qui ne soit de quelque im portance.
Il serait long d'énumérer les précautions que l'on i imaginées pour assurer la légalité des examens et la jus tice des censeurs. Entre autres, les examinateurs son changés à chaque exercice, et dans un examen quelconque l'aspirant peut perdre tous les avantages acquis par le; épreuves antérieures : par exemple, si, en se présentan au grade de tsinz^ qui se confère a Pékin, il donne de; preuves d'incapacité et d'ignorance, non-seulement i n'obtient pas le titre auquel il prétendait, mais encore or lui retire les diplômes de kiijin et de siul-sai qu'il aval gagnés précédemment. Toutefois, il paraît que l'on obtien '
SYSTÈMli ADMINISTRATIF I)K L.\ CIUNK. r>ri7,
ssez de tilres de siut-saiel (luohiiu's-uu.s de liujin par la use el la corruption. Mais je pense ([ue l'abus n'est pas ussi fréquent que certaines personnes le prétendent; car, ans ce cas, il n'y aurait pas un aussi grand nombre étudiants qui perdissent leur temps a se rendre il ces igoureux examens. En persévéranl.b'sjcunesgens doués 'un véritable talent réussissent toujours, nialyré leur luivreté.
In bon nombre de gradués attendent constamment our être employés. Ceux qui sont pauvres se livrent renseignement, au barreau et au service particulier es mandarins. Ces gradués, vraie pépinière d'où sort i haute aristocratie du pays, forment une espèce de nolessedans toutcsles villes, et dirigent l'opinion publique ar l'influence qu'ils exercent sur les mandarins et par le 2spect qu'ils inspirent au peuple. Dans une circonstance, > m'entretenais avec un Chinois d'un riche propriétaire 110 nous connaissions tous deux, et il me disait que la lus grande partie des biens-fonds qu'il possédait avaient té usurpés sur des mineurs. Je lui demandai où étaieutces liueurs. Il me dit qu'ils avaient grandi et se trouvaient ans la plus triste misère. Je lui demandai encore pour uel motif ils ne réclamaient pas contre l'usurpateur; et
me répondit : « Hélas ! monsieur, il n'y a pas de relèdc, il a un fils kiijin! » C'est-a-dire que le riche proriétaire n'était pas puissant par ses biens, mais parce 110 son fils se trouvait apte a être mandarin.
.l'ai déjà dit qu'on ne connaît pas dans ce pays de car- (Mos spéciales; chaque mandarin peut occuper n'importe iiolle place de l'administration. Ce système a un seul on côté: tous les employés connaissent les lois du |ays.
i II existe un Code criminel, mais pas un Code civil. Les •is civiles ainsi que celles de procédure se trouvent itremèlées dans le Code criminel et aussi dans les atuts de Vempire.